•^^ dlw-
^V'"
-^-.-^Y
^^'•\À.
jr
rf%?>
•VW|^'
5^ i-
L».*'
ar"»-'«»v*»~^î
\
^ n.
......r
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
NOGENT-LE-ROTROU, IMPRIMERIE DE A. GOUVERNEUR.
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
PUBLIEE SOUS LA DIRECTION DE
MM. C. DE LA BERG.E, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard.
NEUVIÈME ANNÉE
PREMIER SEMESTRE.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
RUE RICHELIEU, 67
1875
"2L
1007
R-4S-
i.l7
ANNÉE 1875
TABLE DU PREMIER SEMESTRE
Art. Pages
Académie des inscriptions et belles-lettres. Voy. Sociétés savantes.
Africa. Voy. Pétrarque.
Agenais (Architecture religieuse de V). Voy. Tholin.
Alciphron, Lettres, tr. p. De Rou ville (A. Boucherie) 47 150
Alcuin. Voy, Jaffé.
Alexandre III (Lettre du pape) à Prêtre Jean. Voy. Zarncke.
Allemagne (Géographie de P). Voy. Kuhff.
— (Le premier Conflit de la Pologne avec 1'). Voy. Merwart.
— (Sources de l'histoire d'). Voy. Dahlmann.
Allemande (Littérature). Voy. Hillebrand (J.).
Alsace. Voy. Chansons, Curiosités.
Ammon-Ra. Voy. Hymne.
Anglais (Vieil). Voy. Zupitza.
Anglaise (Origines de la nation). Voy. Yeatman.
Angleterre (Histoire de la Philosophie en). Voy. Rémusat.
Annuaire géographique. Voy. Variétés.
Architecture religieuse de l' Agenais. Voy. Tholin.
Archives (Les) de Simâncas. Voy. Romero de Castilla.
Argonautes. Voy. Stender.
Aristote, Poétique, p. et tr. p. Susemihl, 2* éd. ; Baumgart, Pa-
thos et Pathema (Charhs Thurot) 36 115
— p. p. Vahlen, 2^ éd. (Charles Thurot). ... 40 129
Aryabhatîya (L'), p. p. Kern (A. Barth) 72 242
Asie-Mineure (Voyage en). Voy. Davis.
Assézat. Voy. Fail (Noël Du).
AuBiGNÉ (D'), Œuvres complètes, p, p. Réaume et De Caussade,
t. III; D'AuBiGNÉ, Le printemps, p. p. Read (T. de L.) 48 15 j
Auvergne (Histoire des Institutions de 1'). Voy. Rivière.
VJ TABLE DES MATIÈRES.
Art PâÊfcs
Backer (De), Bidasari, poème malais 120 293
Barreau (L'éloquence et le) dans la première moitié du xvi^s. Voy.
Froment.
Bartrihari. Voy. Stances.
Bartsch, Chrestomathie provençale , 5" éd 103 248
— Voy. Chanson de Roland.
Baschet, Histoire du dépôt des Archives des Affaires étrangères (A.). 39 120
Baumgart. Voy. Aristote.
Beaux-arts (Bibliographie des). Voy. Vinet.
Bégon (Michel). Voy. Duplessis.
Behm. Voy. Variétés.
Bernhardi. Voy. Milton.
Bezsonoff. Voy. Chansons.
Bhagavad-Gîtâ. Voy. Hurrychund Chintamon. , . \ ,/,....;. .;:i,.
Bible (La), tr. p. Reuss (A. Carrière) .;....,... 7 20
Erratum 64
Bibliographie méthodique et raisonnée des beaux-arts. Voy. Vinet.
Bidasari. Voy. Backer.
Blaisois (Dialecte). Voy. Talbert.
Boissier, La Religion romaine d'Auguste aux Antonins (C. de la
Berge) 1 0 1 337
Errata 384
BoNAVENTURE DES PÉRIERS, Le Cymbalum Mundi, p. p. F. Frank. 123 398
Bons mots (Recueil de). Voy. Recueil.
Boucher de Molandon, La Salle des thèses de l'Université d'Orléans
(R. L-) 24 75
Brandebourg (Acquisition par Charles IV de l'Électorat de). Voy.
SCHOLZ.
Brandes, Mémoires sur l'histoire ancienne de l'Orient 125 406
Brugsch, Histoire d'Egypte, i''''p.j 2^ éd. (G. Maspero) 119 390
•Bulgares (Chants) du Rhodope. Voy. Variétés.
Busson, Contribution à l'histoire de la ligue de paix conclue entre
plusieurs villes allemandes en 1254 (Rod. Reuss) 67 214
Catalans (Contes populaires). Voy. Contes.
Caussade (De). Voy. Aubigné.
Chanson de Roland (La), p. p. Bartsch 32 98
Chansons russes contemporaines, p. p. Kirejevsky et Bezsonoff (A.
Kirpitchnikoff) 100 331
— (Deux) sur le passage en Alsace de l'armée de Navarre, en
1587, p. p. Reuss (X. Mossmann) 44 141
Chants bulgares du Rhodope. Voy. Variétés.
Charles IV (Acquisition par) de l'Électorat de Brandebourg. Voy.
SCHOLZ.
TABLE DES MATIÈRES. VÎj
Art. Pages
Charles VII (Les Écorcheurs sous). Voy. Tuetey,
Châtelains (Les) de Lille. Voy. Leuridan.
Chrestomaîliie paléo-anglaise. Voy. Zupitza.
— provençale. Voy. Bartsch.
— védique. Voy. Delbrûck.
Chrétienne (Littérature latine-). Voy. Ebert.
Christ, Métrique des Grecs et des Romains (Henri Weil) .... 46 146
Chronique de Robert de Torigni, p. p. Delisle, t. II ...... . 14 40
Chroniques de Saint-Martial de Limoges, p. p. Duplès-Agier (A.
Molinier) 15 45
Civilisation musulmane. Voy. Kremer.
Claretie. Voy. Pibrac.
Concile tenu en 836 à Jérusalem. Voy. Lettre.
Contes populaires catalans, p. p. Maspons y Labros, je série (Th. de
Puymaigre) 99 3 5°
CooMARA Swamy. Voy. Sutta Nipâta.
Correspondance : Remarques supplémentaires sur le Dictionnaire
étymologique latin, etc. -sanscrit de Zehetmayr
(Th. N.) 120
— Lettre de M. G. d'Eichthal à M. Vidal-Lablache . 363
Cortambert, Histoire des progrès de la géographie de 1 8 5 7 à 1 874. 1 07 350
Courbet. Voy. Magny.
Courrière, Histoire de la littérature contemporaine en Russie (Louis
Léger) 117 379
Création (Mémoire sur le texte primitif du i*"" récit de la) Voy. EiCH-
thal.
Croisades. Voy. Rœhricht.
Curiosités de voyages en Alsace, p. p. Stœber (R.) 59 181
Cymbalum Mundi. Voy. Bonaventure des Périers.
Dahlmann, Sources de l'histoire d'Allemagne, p. p. Waitz, 2^ éd. 86 294
Dantès, Tableau chronologique et alphabétique des principaux évé-
nements de l'histoire du monde 105 349
Daremberg. Voy. Dictionnaire.
Davis, Journal d'un voyage en Asie-Mineure (G. Perrot) 127 407
De. Voy. à leur lettre initiale les noms précédés de cette particule.
Delbrûck, Chrestomathie védique (Abel Bergaigne) 6 17
— Le Verbe dans la langue védique (Abel Bergaigne) . . 11 33
Delisle. Voy. Chronique.
Delitzsch , Poésies juives-arabes antéislamiques (St. Guyard) . . i 3
Erratum 32
Derenbourg (h.). Voy. Djawaliki, Recherches orientales.
Dialecte blaisois. Voy. Talbert.
Dialectes germaniques. Voy. Heyne,
Viîj TABLE DES MATIÈRES.
Art. Pages
Dialogues (de Sénèque). Voy. Gertz.
Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, p. p. Daremberg
et Saglio (C. de la Berge) 5 8
• — étymologique latin, etc. -sanscrit de Zehetmayr. Voy.
Correspondance.
Dissertations philologiques de Halle. Voy. Variétés.
Dîwân de Moslim, p. p. De Goeje (Barbier de Meynard) 89 305
Djawaliki, Le livre des locutions vicieuses, p. p. H. Derenbourg
(Barbier de Meynard) 75 257
— (M.-J. de Goeje) 291
Documents inédits pour servir à l'histoire de la Réforme et de la Ligue,
p. p. LouTCHiTZKY (T. de L.) 116 377
DoNiOL, La Révolution française et la Féodalité (H. Lot) 34 101
Erratum 128
Drdimg (Le) populaire de Faust, p. p. Engel (***) 106 349
Du. Voy. à leur lettre initiale les noms précédés de cette particule.
DuHN (De), Examen critique de l'épisode de ['Odyssée relatif au
voyage en Egypte de Ménélas (H. Weil) 57 177
Dùmmler. Voy. Jaffé.
Duplès-Agier. Voy. Chroniques.
Duplessis, Michel Bégon (T. de L.) ; . . . 33 99
Ebert, Histoire de la littérature latine chrétienne (Gaston Boissier). 109 3 56
Économie politique. Voy. Mesnil-Marigny.
Ëcorcheurs (Les) sous Charles VIL Voy. Tuetey.
Egger, Notions élémentaires de grammaire comparée, 7^ éd.; Les
substantifs verbaux, 2'' éd. (M. B.) 65 209
Egypte (Épisode de VOdyssée relatif au voyage en) de Ménélas. Voy.
Duhn.
— (Histoire d'). Voy. Brugsch.
Egyptologiques (Études). Voy. Pierret.
EiCHTHAL (D'), Le site de Troie; Perrot, Excursion à Troie (P.
Vidal-Lablache) 80 273
— Voy. Correspondance.
— Mémoire sur le texte primitif du i" récit de la création. I
(J. Derenbourg) 124 402
II (Michel Bréal) » 4^4
Ellis, Peruvia-Scythica 126 407
Éloquence (L') judiciaire en France. Voy. Froment.
ÉNÉE, Poliorcétique, p. p. Hug (Charles Graux) 18 $4
Engel, Voy. Drame.
Erasme. Voy. Feugère.
Érinyes (Les). Voy. Rosenberg.
Ethé, Le poète épique Jules Grosse (C. J.) . 16 47
TABLE DES MATIÈRES. ÏX
Art. Pages
— Voy. Recherches orientales.
EucLiDE. Voy. Proclus.
Fables de Phèdre. Voy. Muller (L.).
Fabre-D'Envieu, Méthode pour apprendre le dictionnaire de la
langue grecque (M. B.) 2 6
Fail (Noël Du), Œuvres facétieuses, p. p. Assézat (C. Defrémery). 60 182
Faust. Voy. Engel.
Feugère, Erasme (Th. Gerold) 7^ 267
Fierville, Le Cardinal Jean Joufïroy et son temps (A. Molinier) . 42 13?
Frank. Voy. Bonaventure des Périers.
Friedlein. Voy. Proclus.
Froment, Essai sur l'éloquence judiciaire en France avant le xyii^s. ;
l'Éloquence et le Barreau dans la première moitié du xvi« s.
(Léonce Couture) 82 280
Gantrelle, Grammaire et style de Tacite (Max Bonnet) 37 116
Géographie de l'Allemagne en allemand. Voy. Kuhff.
— (Histoire des Progrès de la). Voy. Cortambert.
— (Nouvelle). Voy. Reôlus.
Géographique (Annuaire). Voy. Variétés.
— (L'année). Voy. Variétés.
Germaniques (Dialectes). Voy. Heyne.
Gertz, Études critiques sur les Dialogues de Sénèque (Ch. Thurot). 22 68
Gevaert, Histoire et théorie de la musique de l'antiquité, t. I (E.). 83 282
GoEJE (De), Contributions à l'histoire des Tsiganes (E. Fagnan). . 93 321
— Voy. Dîwân.
Grammaire comparée (Notions élémentaires de). Voy. Egger.
— des dialectes germaniques. Voy. Heyne.
— et style de Tacite. Voy. Gantrelle.
Grébaut. Voy. Hymne.
Grecque (Méthode pour apprendre le dictionnaire de la langue).
Voy. Fabre d'Envieu.
— (Métrique). Voy. Christ.
Grecques (Antiquités) et romaines. Voy. Dictionnaire.
— (Honneurs qu'on rendait aux fondateurs des cités). Voy.
Lampros.
Greville, Mémoires, p. p. Reeve (Francis de Pressensé) 64 203
Grosse (Jules). Voy. Ethé.
Gubernatis (De), Lectures sur la Mythologie védique (Abel Ber-
gaigne) -. 17 49
— Suite et fin 21 65
Hehn, Introduction en Europe des Plantes cultivées et des Animaux
X TABLE DES MATIÈRES.
Art. Pages
domestiques, 2" éd. (F. Baudry) 73 255
Heller, Études critiques sur le texte de la Républitjue de Platon
(Charles Graux) 85 294
Henri V (d'Angleterre). Voy. Lenz.
Herbert de Cherbury. Voy. Rémusat.
Heyne, Courte grammaire des anciens dialectes germaniques, 3^ éd.
(C. J.) 12 36
HiLLEBRAND (J.), La Littérature nationale allemande auxviii^etau
xix®s., ?«éd., p. p. K. Hillebrand (C. J.) 92 317
— (K.). Voy. HiLLEBRAND (J,), Variétés.
Histoire ancienne de l'Orient. Voy. Brandes.
— critique de la fable de l'expédition des Argonautes. Voy.
Stender.
— (Contribution à 1') de la ligue de paix conclue entre plusieurs
villes allemandes en 1254. Voy. Busson.
— (Contributions à 1') de la Nouvelle en Italie. Voy. Landau.
— (Contributions à 1') des Tsiganes. Voy. Goeje.
— (Introduction à 1') de la littérature slave. Voy. Krek.
— (Source de 1') d'Allemagne. Voy. Dahlmann.
— d'Egypte. Voy. Brugsch.
— de la civilisation musulmane. Voy. Kremer.
— de la littérature contemporaine en Russie. Voy. Courriére.
— de la littérature latine chrétienne. Voy. Ebert.
— de la littérature nationale allemande au xviii^ et au xix"^ s.
Voy. HiLLEBRAND (J.).
— de la littérature romaine. Voy. Teuffel.
— de la Philosophie en Angleterre. Voy. Rémusat.
— de la Réforme et de la Ligue. Voy. Documents.
— de l'économie politique des anciens peuples. Voy. Mesnil-
Marigny.
— de l'écriture runique. Voy. Wimmer.
— de l'Inde. Voy. Talboys Wheeler.
— de l'Union évangélique. Voy. Ritter.
— de saint Louis. Voy. Joinville.
— des Croisades. Voy. Rœhricht.
— des Idées Messianiques. Voy. Vernes.
— des Institutions de l'Auvergne. Voy. Rivière.
— des progrès de la géographie de 1857 à 1874. Voy. Cor-
TAMBERT.
— des troubles des Pays-Bas au xvi^s. Voy. Paillard.
— des troubles religieux de Valenciennes. Voy. Paillard.
— et critique des Prolégomènes sur Homère. Voy. Volkmann.
— et théorie de la musique de l'antiquité. Voy. Gevaert.
— populaire des Saxons de Transylvanie. Voy. Teutsch.
TABLE DES MATIÈRES. XJ
Art. Pages
Histoire romaine. Voy. Tite-Live.
— Voy,. aussi Dantès, Lenz, Merwart.
HoDGSON, Essai sur les langues, la littérature et la religion du Népal
et du Tibet 56 177
Homère. Voy. Volkmann.
HuG. Voy. Enée.
HuRRYCHUND Chintamon, Commentaire sur la Bhagavad-Gità (A.
Barth) 50 162
Hymne à Ammon-Ra, tr. p. Grébaut (Paul Pierret) \2î )6ç)
Ibérique (Les races historiques de la péninsule). Voy. Vilhena. •
Idylle (Première) de Théocrite. Voy. Krumbholz.
Inde (Histoire de 1'). Voy. Talboys Wheeler.
Italia, p. p. HiLLEBRAND. Voy. Variétés.
Italie (Histoire de la Nouvelle en). Voy. Landau.
Jacob. Voy, Œuvres de Tacite.
Jaffé, Monuments Alcuiniens, p. p. Wattenbach et Dùmmler (F.). 52 168
Jean, précurseur de Prêtre Jean. Voy. Zarncke.
— (Prêtre). Voy. Zarncke.
Jérusalem (Concile tenu en 836 à). Voy. Lettre.
Jeux de l'enfance, recueillis p. Maspons y Labros 104 ^48
Jimenez de la Espada. Voy. Voyages.
JoiNViLLE (De), Histoire de saint Louis, p. et tr. p. De Wailly
(Léopold Pannier) 23 72
Jouffroy (Le Cardinal Jean). Voy. Fierville.
Keil. Voy. Variétés.
Kern. Voy. Aryabhalîya.
KiREJEVSKY. Voy. Chansons.
Krek, Introduction à l'histoire de la littérature slave (Louis Léger), 28 87
Kremer (De), Histoire de la Civilisation musulmane, t, I (Barbier
de Meynard) 108 353
Krumbholz, Recherches sur la première Idylle de Théocrite (Charles
Graux) 113 372
KuHFF, Géographie de l'Allemagne en allemand (H. Gaidoz) , . . 130 414
Lamentations de la Vierge. Voy. Schœnbach.
Lampros, Des honneurs qu'on rendait aux fondateurs des cités
grecques (***) 8 21
Landau, Contributions à l'histoire de la Nouvelle en Italie 98 330
Latine (Métrique). Voy, Christ.
Laun. Voy. Molière.
Lenz, Le roi Sigismond et Henri V d'Angleterre (Rod. Reuss) - . 70 235
Xlj TABLE DES MATIÈRES.
Art PscÉ^s
Lettre adressée à l'empereur Théophile par les Pères d'un concile
tenu en 836 à Jérusalem, p.p. Sakkélion (L. Duchesne). . 95 325
Erratum ,^8
— de Prêtre Jean à Manuel I. Voy. Zarncke.
— du pape Alexandre III à Prêtre Jean. Voy. Zarncke.
Lettres du rhéteur Alciphron. Voy. Alciphron.
Leuridan, Les Châtelains de Lille (A. Giry) 19 58
Ligue. Voy. Documents.
Lille (Les Châtelains de). Voy, Leuridan.
Littérature allemande. Voy. Hillebrand (J.).
. — du Népal et du Tibet. Voy. Hodgson.
— latine-chrétienne. Voy. Ebert.
— romaine. Voy. Teuffel.
— russe. Voy. Courrière.
— slave. Voy. Krek.
Livre du Voir dit. Voy. Machaut.
Locutions vicieuses (Le livre des). Voy. Djawaliki.
Loth. Voy. Recherches orientales.
Louis (de Bavière). Les Adversaires littéraires des Papes en son
temps. Voy. Riezler.
Loutchitzky. Voy. Documents.
Machaut (Guillaume De), Le Livre du Voir dit, p. p. Paris (T. de L.). 121 394
Madvig. Voy. Tite-Live.
Magny(De), Les Souspirs, p. p. Courbet (T. de L.) 71 237
Manuel I (Lettre de Prêtre Jean à). Voy. Zarncke.
Manuel du vieil anglais. Voy. Zupitza.
Maspons y Labros. Voy. Contes, Jeux.
Max Mùller. Voy. Rig-Veda-Sanhitâ.
Mayhoff, Nouvelles Études sur le texte de Pline l'Ancien (Emile
Châtelain) 102 345
Ménélas (Épisode de VOdyssée relatif au voyage en Egypte de).
Voy. DuHN.
Merwart, Le premier conflit de la Pologne avec l'Allemagne
(Ernest Lavisse) 128 410
Mesnil-Marigny (Du), Histoire de l'économie politique des anciens
peuples, etc., 2eéd. (E. Caillemer) 41 132
Messianiques (Histoire des Idées). Voy. Vernes.
Méthode pour apprendre le dictionnaire de la langue grecque. Voy. Fabre
d'Envieu.
Métrique des Grecs et des Romains. Voy. Christ.
MlCHELET. Voy. MONOD.
Miklosich, Théorie des formes en Paléoslovène (J. Martinov, S. J.). 62 1 97
Minon, Œuvres politiques, ir. p. BEKîiHkRDi {A. Slern) 25 76
TABLE DES MATIÈRES. Xllj
Art. Pages
Molière, Le Misanthrope, Les Femmes savantes, Les Précieuses ridi-
cules, Le Tartuffe, Le Bourgeois gentilhomme, p. p. Laun (C. J.) . 129 41 ?
MoNOD, Jules Michelet 35 107
Monuments Alcuiniens. Voy. Jaffé.
Morel-Fatio. Voy. Variétés.
MosLiM. Voy. Dîwân.
MÛLLER (A.). Voy. Recherches orientales.
— (L.), Supplément à son édition des Fables de Phèdre. . . 94 324
Musique de l'antiquité. Voy. Gevaert.
Musulmane (Civilisation). Voy. Kremer.
Mythologie védique. Voy. De Gubernatis.
Népal. Voy. Hodgson.
Nietzsche, Schopenhauer éducateur 20 63
Nouvelle (Histoire de la) en Italie. Voy. Landau.
Odyssée (Épisode de T) relatif au voyage en Egypte de Ménélas.
Voy. DuHN.
Œuvres complètes de D'Aubigné. Voy. ce nom.
— de Jean Rus. Voy. ce nom.
— de Tacite, p. p. Jacob (Gantrelle) 61 193
— facétieuses. Voy. Fail (Noël Du).
— poHtiques. Voy. Milton.
Orient (Histoire ancienne de 1'). Voy. Brandes.
Orléans (La Salle des thèses de l'Université d'). Voy. Boucher de
Molandon.
Paillard, Considérations sur les causes générales des troubles des
Pays-Bas au xvi* siècle ; Histoire des troubles religieux de Valen-
ciennes, 1 560-1 $67 (T. de L.) 54 171
Paléoanglais. Voy. Zupitza.
Paléoslovène. Voy. Miklosich.
Papanti. Voy. Recueil.
Papes (Les adversaires littéraires des). Voy. Riezler.
Paris. Voy. Machaut.
Pascal, Pensées {A. Molinier) 30 91
Pathema. Voy. Aristote.
Pathos. Voy. Aristote.
Pays-Bas. Voy. Paillard.
Peiper. Voy. Querolus.
Pensées. Voy. Pascal.
Pero Tafur. Voy. Voyages.
Perrot. Voy. Eichthal.
Peruvia-Scythica. Voy. Ellis.
Xiv TABLE DES MATIÈRES.
Art. Pages
PÉTRARQUE, Africd, p. p. PiNGAUD (Léoncc Couturc) 77 26$
Phèdre. Voy. Mûller (L.).
Philippi. Voy. Recherches orientales.
Philologiques (Dissertations) de Halle. Voy. Variétés.
Philosophie (Histoire de la) en Angleterre. Voy. Rémusat.
PiBRAC (De), Quatrains, p. p. Claretie (T. de L.) 29 89
Pierret, Études égyptologiques, 2* livr. (Eugène Grébaut) .... 26 81
PiNGAUD. Voy. Pétrarque.
Platon. Voy. Heller.
Pline (l'Ancien), Voy. Mayhoff.
Poésies juives-arabes. Voy. Delitzsch.
Poétique. Voy. Aristote.
Poliorcétique. Voy. Enée.
Pologne (Le premier conflit de la) avec l'Allemagne. Voy. Merwart.
Printemps (Le). Voy. Aubigné.
Proclus, Commentaire sur le i^' livre des Éléments d'Euclide, p. p.
Friedlein (Charles Thurot) 31 97
Provençale (Chrestomathie). Voy. Bartsch.
Quatrains. Voy. PmKkC. .,;,: ;.-.•
Querolus, p. p. Peiper (G. P.) . . . . ,,-:-^;. . i' * 115 374
Races historiques de la péninsule ibérique. Voy. Vilhena.
READ.Voy. Aubigné.
Réaume. Voy. Aubigné.
Recherches orientales , p. p. Derenbourg, Ethé, Loth, Mûller,
Philippi, Stade et Thorbecke (M. -J. de Goeje) 84 289
Errata 368
Reclus, Nouvelle Géographie universelle, fasc. i et 2 (H. Gaidoz). m 361
Recueil de bons mots du xv^ et du wf s., p. p. PAPPiUri 97 329
Réforme. Voy. Documents.
Regnaud. Voy. Stances.
Religion (La) romaine. Voy. Boissier.
— du Népal et du Tibet. Voy. Hodgson.
RÉMUSAT (De), Lord Herbert de Cherbury; Histoire de la Philoso-
phie en Angleterre (Y.) 97 269
République de Platon. Voy. Heller.
Reuss (E.). Voy. Bible.
— (R.). Voy. Chansons.
Riese, L'Idéalisation des peuples du Nord dans les littératures
grecque et latine (T.) 114 373
Riezler, Les adversaires littéraires des Papes, au temps de Louis
de Bavière (Th. Gerold) 87 29$
Rig-Veda-Sanhitâ, p. p. Max Mûller, t. VI (A. Barth) 68 225
TABLE DES MATIÈRES.
RiTTER, Histoire de l'Union'évangélique, t. II (Rod. Reuss). . .
Rivière, Histoire des Institutions de l'Auvergne (A, Molinier) . .
Rœhricht, Contribution à l'histoire des Croisades, 1. 1. 1 (G. M.)
— — II (C. Defrémery)
Romaine (Histoire). Voy. Tite-Live.
— (Littérature). Voy. Teuffel.
— (Religion). Voy. Boissier.
Romaines (Antiquités grecques et). Voy. Dictionnaire.
ROMERO DE Castilla Y Perosso, Les Archives de Simâncas (Alfred
Morel-Fatio) 91
Rosenberg, Les Erinyes (p. Decharme) 27
Rouville (De). Voy. Alciphron.
Runes. Voy. Wimmer.
Rus (Jean), Œuvres, p. p. Tamizey de Larroque (G. P.) . . . . 122
Russes (Chansons). Voy. Chansons.
Russie (Littérature contemporaine en). Voy. Courrière.
XV
88
Pages
296
76
260
10
25
»
27
312
84
397
Saglio. Voy. Dictionnaire.
Saint Louis. Voy. Joinville.
Saint Martial (de Limoges). Voy. Chroniques.
Sakkélion. Voy. Lettre.
Salle des thèses de l'Université d'Orléans. Voy. Boucher de Molandon.
Saxons de Transilvanie. Voy. Teutsch.
ScHŒNBkCH, Sur les Lamentations de la Vierge 38 119
ScHOLz, Acquisition par Charles IV de l'Électorat de Brandebourg ■-•*
(R-) • 5 3 170
Schopenhauer. Voy. Nietzsche.
Scyîhica (Peruvia-). Voy. Ellis.
SÉNÈQUE. Voy. Gertz.
Sigismond (Le roi). Voy. Lenz.
Simdncas (Les Archives de). Voy. Romero de Castilla.
Slave (Littérature). Voy. Krek.
Société des anciens textes français. Voy. Variétés.
Sociétés savantes : Académie des inscriptions et belles-lettres, 2 3 déc.
1874 (Julien Havet). . . 15
— — j G décembre »... 31
— — 8 janvier 1 87 5 » ... 48
— — 1 5 » »... 64
— — 22 » »... 78
— — 29 » »... 9 s
— — Erratum 112
— — 5 février » ... mi
— — 12 » »... 126
— — 19 » »... 142
XV)
TABLE
DES MATIÈRES.
—
26
»
;)
—
5
mars
))
—
12
»
»
—
19
»
»
—
24
»
»
—
2
avril
))
■ —
9
»
))
—
16
»
»
—
23
»
»
. —
30
)j
))
—
7
mai
))
—
14
»
»
—
21
»
»
—
28
))
»
—
4 juin
»
—
1 1
»
»
— — 18 » »
Souspirs (Les). Voy. Magny.
Stade. Voy. Recherches orientales.
Stances de Bhartrihari, tr. p. Regnaud, 2" éd. (A. Barth)
Stender, Histoire critique de la fable de l'expédition des Argonautes
(P. Vidal-Lablache)
Stœber. Voy. Curiosités.
Style de Tacite. Voy. Gantrelle.
Substantifs verbaux (Les). Voy. Egger.
SusEMiHL. Voy. Aristote.
Sutta Nipâta, tr. p. Coomara Swamy
Art. Pages
158
17$
206
207
225
258
255
270
286
302
318
33$
351
367
383
399
4'5
118 385
66 211
45 MS
Tacite. Voy. Gantrelle, Œuvres.
Talbert, Du dialecte blaisois fArsène Darmesteter) 13
Talboys Wheeler, Histoire de l'Inde . n^^.rt. V;er<,';..M^î*f,iïîM^;ifr 49
Tamizey de Larroque. Voy. Rus. -
Teuffel, Histoire de la littérature romaine (L, Havet) 74
Teutsch, Histoire populaire des Saxons de Transilvanie (Edouard
Sayous) 58
Théocrite. Voy. Krumbholz.
Théophile (Lettre adressée à l'empereur) par les Pères d'un concile
tenu en 836 à Jérusalem. Voy. Lettre.
Tholin, Études sur l'architecture religieuse de l'Agenais (R. L.) .
Thorbecke. Voy. Recherches orientales.
Tibet. Voy. Hodgson.
Tite-Live, Histoire romaine , p. p. Madvig et Ussing, t. I, p. i
(Charles Thurot)
Torigni (Robert de). Voy. Chronique.
37
161
2$4
179
96 327
1 1
TABLE DES MATIÈRES. Xvij
Art. Pages
Transilvanie (Saxons de). Voy. Teutsch.
Troie. Voy. Eichthal.
Tsiganes (Contributions à l'histoire des). Voy. Goeje.
TuETEY, Les Écorcheurs sous Charles VII (Rod. Reuss) 81 276
Union évangéliqne. Voy. Ritter
Université d'Orléans. Voy. Boucher de Molandon.
UssiNG. Voy. T1TE-L1VE.
Vahlen. Voy. Aristote.
Valenciennes (Troubles religieux de). Voy. Paillard.
Variétés : Société des anciens textes français 1 07
— Italia,p. p. Hillebrand, t. II 157
— Les Chants bulgares du Rhodope (Louis Léger) 216
— Annuaire géographique, p. p. Behm, t. V; Vivien de Saint-
Martin, L'ia/zne'e geogra;7/î/^ue, t. XII (H. Gaidoz). . . 218
— Dissertations philologiques de Halle, p. p. Keil, t. I (G.
Perrot) 298
— Sur deux relations de voyageurs espagnols (Alfred Morel-
Fatio) 380
Védique (Chrestomathie). Voy. Delbrûck.
— (Le Verbe dans la langue). Voy. Delbrûck.
— (Mythologie). Voy. Gubernatis.
Vernes, Histoire des Idées messianiques (X.) 90 ?io
Vidal-Lablache. Voy. Correspondance.
Vilhena(De), Les races historiques de la péninsule ibérique (G. P.). 9 22
Vinet, Bibliographie méthodique et raisonnée des beaux-arts (Eug.
Mûntz) , .^^ %iV* :' • • ^^ '"^^
Vivien de Saint-Martin. Voy. Variétés.
VoLKMANN, Histoire et critique des Prolégomènes sur Homère, de Wolf
(Henri Weil) 51 165
Voyage en Asie-Mineure. Voy. Davis. W'.>if..'i ./cu.iitHv'^
Voyages de Pero Tafur, p. p. Jimenez de la Espada (Alfred Morel-
Fatio) • • •. 4? ni
— Voy. Variétés. -f-?"»''''
— en Alsace. Voy. Curiosités.
Wailly (De). Voy. Joinville.
Waitz. Voy. Dahlmann.
Wattenbach. Voy. Jaffé.
Wimmer, Histoire de l'écriture runique dans le Nord (K. Maurer) . 69 227
Wolf. Voy. Volkmann.
WÙLCKER. Voy. ZUPITZA.
Yeatman, Origines de la nation anglaise (Alphonse Rivier) . . ,„,.,. 5 i?
XViij TABLE DES MATIÈRES.
Art. Pages
Zarncke, Dissertation sur la lettre de Prêtre Jean à Manuel I ; Dis-
sertation sur la lettre du pape Alexandre III à Prêtre Jean; Dis-
sertation sur le patriarche Jean, précurseur de Prêtre Jean ... 6j 202
Zehetmayr. Voy. Correspondance.
ZupiTZA, Manuel du vieil anglais; Wûlker, Chrestomathie paléo-
anglaise, l'^p. (C. J.) 110 360
PERIODIQUES ETRANGERS
ANALYSÉS SUR LA COUVERTURE.
Academy (The). New séries, N"' 1 36-161 N"' 1-26
Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit. 1 874.
N»"!! I
12 7
1875. 1 9
2 14
3 n
4 24
Athenseum (The). N"' 2459-2484 1-26
Bibliographia critica de Historia e Litteratura. Fasc. XI-XII. ... 22
Geographical Magazine (The). Janvier 1875 4
Germania. Neue Reihe, siebenter Jahrg. Heft IV 8
achter Jahrg. Heft I 19
Indian Antiquary (The). Part XXXVI 3
XXXVII 7
XXXVIII 9
XXXIX 15
XL 18
Jenaer Literaturzeitung. 1874, N"' 46-47 i
48-49 2
50-52 3-5
1875 I 6
5-10 18-21
1 1-14 23-25
Literarisches Centralblatt, N"' 51-52 de 1874. 1-2
1-24 de 1875 3-26
Mittheilungen aus der historischen Litteratur. IIF année. N** i. . . 8
2. . . 21
TABLE DES MATIÈRES. xix
Nordisk Tidskrift for Filologi og Paedagogik. Ny Raeke, 2 Bd.,
Haefte 1 N'" 22
Nuove Effemeridi Siciliane. Série terza, vol. 1 21
Philosophische Monatshefte. XI Band. Livr. i et 2 16
3 22
4 25
Propugnatore (II) 1 874. N"' 4, 5 et 6 6
1875. 1-2 21
Revue d'Alsace. 1875. Janvier-Mars 10
Revue de l'Instruction publique (supérieure et moyenne) en Belgique.
Nouv. série, t. XVII, G^ livr 2
XVIII, iMivr 10
2^ livr 18
3^ livr 26
Rivista Europea (La), 1874, décembre 4
1875, janvier 7
février 8
mars 22
jg» ± Neuvième année 2 Janvier 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 6j
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
MM. les Souscripteurs qui ne veulent pas éprouver de retard dans
la réception de la Revue sont priés de renouveler de suite leur
abonnement. Pour les départements, envoyer un mandat de poste
au nom de M. F. VieTveg.
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
F|->w 1 T~^ rjr Grammaire des langues romanes. 3<= édition refondue et
• L^ 1 CjZ^ augmentée. Tome II traduit par A. Morel-Fatio et G.
Paris. 2e fascicule (complément du volume). 6 fr.
ATV/r A D T ITT^T^ 17 D r?\/ Monuments divers recueillis
. IVlArvl EL I 1 EL" D EL Y en Egypte et en Nubie.
Livraisons 9 à 11 . Chaque 6 fr.
En vente à la librairie Hinrichs, à Leipzig, et se trouve à Paris, à la librairie
A. Franck (F. Viev^eg propriétaire), 67, rue de Richelieu.
HOpTTr'QPl-T-RT?V "'^^^^'■^ d'Egypte, i '' par-
• OlXLJvjro^n DELI tie: Introduction-Histoire
des dynasties I à XVII. Seconde édition. In-8°. 6 fr.
PERIODIQUES.
The Academy, N* 136, new séries, 12 décembre. A lost Chapter in the
History of Mary Queen of Scots recovered. By John Stuart, Edinburgh, Ed-
monston and Douglas (Allan J, Crosby : dissertation sur les événements qui
se rattachent à la dispense de mariage entre Bothwell et Lady Jane Gordon;
M. Stuart a découvert l'original de la dispense). — Diary of H. M. the Shah of
Persia. A Verbatim Transi, by Redhouse. London, Murray (A. Lang : n'a de
curieux que son insignifiance). — Registrum Palatinum Dunelmense : The Regis-
ter of Richard de Kellawe, Lord Palatine, and Bishop of Durham, 1^14-1316.
Vol. II. Ed. by Sir Thomas Duffus Hardy. In the Master of the Rolls' séries
(James Raine . importante publication). — Notes and News. — Notes of Travel.
— The Palestine Exploration Fund (W. Besant : identifications de noms de lieu
proposées par M. Conder). — John Douglas, Bishop of Salisbury, and his
Correspondents (J. J. Cartwright). — Oxford Letter (A. H. Sayce) — Corres-
pondence. The Moabite forgeries (Ad. Neubauer : affirme de nouveau que les
poteries moabites sont fausses, comme l'a démontré M. Clermont-Ganneau ; il
est surprenant que M. Schlottmann s'obstine à publier des traductions des
inscriptions fantaisistes qui chargent ces poteries). — The Barhut Sculptures
(Jas. Fergusson : réfute MM. Childers et Beal; M. Childers réplique), —
Shakspere and Marlowe (F. J. Furnivall). — Meetings of Societies (Soc. de
philologie de Cambridge, asiatique, d'anthropologie).
The Athenseum, N" 2459, 1 2 décembre. The Last Journals of David Living-
stone. Ed. by the Rev. H. Waller. 2 vols. Murray (cette relation offre un
double intérêt, car elle n'est pas seulement un récit d'aventures, mais encore
une confession). — Th. Martin, The Life of His Royal Highness the Prince
Consort. Vol. I. Smith, Elder and Co. (écrit avec beaucoup de tact et d'habileté).
— J. Thomson, The Straits of Malacca, Indo-China, and China; or Ten Years'
Travels, Adventures and Résidence Abroad. Sampson Low and Co. — Hans
Conon von der Gabelentz (notice nécrologique). — The Survey of Palestine
(cf. ci-dessus VAcademy').— Literary Gossip. — Hebrev^ Metrology (réponse de
M. Conder à la lettre de M. Madden, Athen., n° 2457). — Societies (Soc. asia-
tique, d'archéologie britannique, de l'institut archéol. , de philologie de Cambridge).
— Illustrations of the Life of Shakespeare. Part I. Longmans and Co. (impor-
tante publication).
Literarisches Ceutralblatt, N' 51, 19 décembre. Schmid, Der heilige
Meinrad. Sigmaringen, Liehner'sche B. In-8", vj-74 p. (essai sur la parenté du
fondateur du cloître d'Einsiedeln avec la maison de Hohenzollern). — Von Reu-
MONT, Lorenzo de' Medici il Magnifico. 2 Bde. Leipzig, Duncker u. Humblot.
In-8", xxiv-606; xviij-604 p. (ouvrage considérable, mais dépourvu des qualités
littéraires qu'on aime à rencontrer dans un travail de ce genre). — Herodotos.
Fur den Schulgebrauch erkl. v. Abicht. i. Heft. 3. Aufl. Leipzig, Teubner.
In-8°, x-234 p. (ne présente aucune modification). — Ammiani Marcellini rerum
gestarum libri qui supersunt. Rec. etc. Gardthausen. Vol. prius. Leipzig,
Teubner. In-S", xxvj-339 p. (cette édition marque un progrès sensible dans la
critique du texte). — Ein altladinisches Gedicht in Oberengadiner Mundart.
Herausg., ûbers. und erkl. v. Rochat. Zurich, Schabelitz. In-8°, 56 p. (sans
grande valeur). — Duntzer, Charlotte v. Stein, Gœthe's Freundin. i . Bd.
Stuttgart, Cotta. In-8'', x-386 p. — Brandes, Die Hauptstrœmungen der Lite-
ratur des 19. Jahrh. Uebers. und eingel. v. Strodtmann. 5. Bd. Die Reaktion
in Frankreich. Berlin, Duncker. In-8'', 364 p. (traduction magistrale de ce nou-
veau volume qui ne le cède en rien à ses aînés).
Jenaer Literaturzeitung, 1874, "M^, 14 novembre. Ewald, Die Lehre
der Bibel von Gott. Bd. III, Haslfte2. Leipzig, Vogel. In-S", 504p. (Schrader).
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N° 1 — 2 Janvier — 1875
Sommaire: A nos lecteurs. — i. Delitzsch, Poésies juives-arabes antéislamiques.
— 2. Fabre d'Envieu, Méthode pour apprendre le dictionnaire de la langue grecque.
— 3. Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, p. p. Daremberg et Saglio.
— 4. TiTE-LiVE, Histoire romaine, p. p. Madvig et Ussing, t. I,p. i. — 5. Yeat-
MAN, Origines de la nation anglaise. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
A NOS LECTEURS.
Nous devons encore annoncer une modification dans la direction de la Revue.
M. Charles Morel, l'un des fondateurs de notre recueil, ne pouvait depuis
longtemps lui consacrer qu'une collaboration bien intermittente ; établi mainte-
nant à Genève, il aura plus de loisir, et, tout en n'étant plus un des directeurs
de la Revue, il en deviendra un collaborateur plus assidu. Nous avons fait appel
pour le remplacer à M. Camille de la Berge, dont nos lecteurs connaissent la
compétence en fait d'histoire ancienne et d'archéologie : nous espérons que son
concours nous aidera à donner à cette partie de notre tâche toute l'importance
qu'elle mérite.
Nous avons d'ailleurs peu de chose à dire cette année à nos abonnés. Us
apprendront avec plaisir que l'existence matérielle de la Revue est, grâce à eux,
mieux assurée qu'elle ne l'a été jamais. L'esprit qui la dirige est toujours celui
qui a présidé à sa fondation, et qui arrive à se faire de plus en plus accepter: on
reconnaît généralement que la Revue rend de véritables services. Nous avons
répondu plus d'une fois aux diverses objections qui nous ont été faites quant
à notre façon d'entendre la critique; nous n'y reviendrons pas. Parmi les
personnes qui nous sont sympathiques, plusieurs nous adressent des observations
dont nous reconnaissons la justesse, mais dont il ne dépend pas de nous de pro-
fiter. On appelle notre attention, par exemple, sur le manque de proportions
dans la place accordée aux diverses branches des études historiques; on se
plaint de trouver des articles trop fréquents et trop longs sur telle science,
trop rares ou trop courts sur telle autre; on signale les disparates de ton
et d'étendue qui régnent entre les articles, les uns étant de simples annonces
ou de brèves appréciations , les autres constituant quelquefois de véritables
analyses critiques , ou même des suppléments aux ouvrages examinés ;
ceux-ci s'étonnent qu'un livre important soit expédié en quelques lignes, ceux-là
qu'une brochure sans grande valeur soit l'objet d'un long article ; tous regrettent
XV 1
2 REVUE CRITIQUE
que les publications nouvelles attendent d'ordinaire trop longtemps le compte-
rendu qui leur est consacré, et que plusieurs des plus intéressantes soient com-
plètement omises. Tous ces griefs sont fondés : nous ne voyons dans leur ex-
pression qu'une preuve de l'intérêt que nous portent nos lecteurs, et nous sentons
mieux qu'eux-mêmes tout ce qui manque à la Revue pour réaliser l'idée que nous
nous faisons d'un parfait journal de critique. Mais nous ne sommes pas encore
en état de nous rapprocher autant que nous le voudrions du but que nous aperce-
vons clairement. Pour réaliser ce que nous désirons autant que nos abonnés,
il nous faudrait au moins trois choses : avoir à notre disposition tous les livres
de notre ressort qui sont publiés et choisii" ceux dont nous voulons rendre
compte; disposer de deux fois plus d'espace; recruter pour toutes les branches
de nos études des collaborateurs à la fois habiles et zélés, qui donneraient à leurs
articles des proportions calculées en vue d'un ensemble homogène. Actuellement
ces trois conditions nous font défaut : le choix des Hvres dont nous parlons est
souvent déterminé par le fait que tel ouvrage nous est ou ne nous est pas envoyé;
nos collaborateurs sont trop peu nombreux et font défaut pour plus d'une spé-
cialité : il en résulte que nous cherchons avant tout à remplir la Revue de bons
articles, sans pouvoir prétendre à être ni complets ni très-bien proportionnés,
et surtout sans songer à augmenter l'espace dont nous disposons. Enfin comment
exiger des articles absolument conformes à un plan méthodique , et surtout
livrés rapidement, de personnes qui travaillent bénévolement pour notre recueil
et qui souvent même n'ont pas reçu de nous les livres dont nous leur devons le
compte-rendu ? Nous espérons bien que nous arriverons quelque jour à faire
mieux, que nous pourrons rétribuer largement nos collaborateurs, leur distribuer
tous les livres intéressants et ne leur distribuer que ceux-là, et imprimer à leur
activité une direction plus uniforme. Alors peut-être trouverons-nous aussi plus
facilement à compléter notre phalange de travailleurs, et pourrons-nous, en
agrandissant nos colonnes, satisfaire successivement les vœux de toutes nos
catégories de lecteurs. Mais ils ont déjà compris que ce qui nous manque pour le
moment, ce n'est ni la bonne volonté ni le sentiment de nos lacunes, c'est la
puissance de les combler. A eux de nous aider en continuant à soutenir notre
entreprise et en lui gagnant des sympathies, Nous avons aujourd'hui quatre cents
abonnés; le jour où nous en aurons cinq cents, nous pourrons déjà réaliser bien
des progrès; si nous en avions mille, nous leur fournirions un journal qui satis-
ferait, pensons-nous, les plus exigeants.
d'histoire et de littérature. 3
I . — Jûdisch-arabische Poesien aux vormuhammedischer Zeit. Ein Spé-
cimen aus Fleischers Schule als Beitrag zur Feier seines Jubileums von Franz Delitzsch.
Leipzig, Dœrffling und Franke, 1874. In-S", 40 p. — Prix : 2 fr. 25.
M. Delitzsch a voulu montrer à son maître, M. Fleischer, que depuis 1836
il n'a pas oublié les excellentes leçons qu'il en a reçues, alors que sous sa direc-
tion il expliquait le Hamâsah^ ce beau recueil d'anciennes poésies arabes dont
nous devons à Freytag l'édition complète avec le commentaire de Tébrîzî. M. D.
a donc choisi, dans le Hamâsah, comme se rapportant le plus à ses études, une
pièce attribuée à un prince juif Samaw'al (Samuel) fils de 'Adiyâ, contemporain
du fameux Imro'ol-qaïs, il l'a traduite avec le commentaire qui l'accompagne, et
l'a fait précéder de quelques détails biographiques sur Samuel. Il a terminé
sa brochure par un petit nombre de réflexions sur l'authenticité de ce morceau,
sur l'origine des noms propres Samaw'al et 'Adiyâ, enfin par quelques notes sup-
plémentaires. Chemin faisant, M. D, distribue avec un visible plaisir force
horions à Freytag, à Rûckert et à quelques autres encore, il se donne la satis-
faction de terrasser Schultens, Reiske, Michaelis et Bernstein qui n'en peuvent
mais, et c'est sur un monceau de victimes qu'il dépose son offrande au vénérable
doyen des arabisants.
Je reconnais volontiers que M. D. a déployé beaucoup d'érudition et de saga-
cité dans son petit travail, qu'en plusieurs endroits il apporte une correction
heureuse au texte de Freytag, qu'en plusieurs autres sa traduction est préférable
à celle de ce laborieux orientaliste. Mais je déplore les airs de triomphateur
qu'il prend à l'égard de celui qui lui a facilité la tâche en lui fournissant un bon
texte et une excellente traduction latine qu'il aurait souvent pu mieux utiliser.
M. D. se croit-il donc lui-même à l'abri de l'erreur par ce fait seul qu'il marche
sous la bannière d'un homme illustre? J'espère lui prouver qu'il se fait illusion
et qu'il a pu, lui aussi, se tromper, même en 40 pages, si Freytag, qu'il taxe de
légèreté (p. 3 5), ne s'est pas toujours montré infaillible dans les 2,330 pages qui
représentent son édition et sa traduction du Hamâsah.
Pour commencer, M. D. nous apprend (p. 1-2) que dans la préface du com-
mentaire publié par Freytag, Tébrîzî dit avoir composé successivement trois
commentaires du Hamâsah : 1° un commentaire circonstancié, renfermant tous
les morceaux de poésie, dans lequel toutefois Tébrîzî avait expliqué séparément
chaque membre de phrase; 2° un commentaire sommaire, dans lequel les scholies
n'étaient pas non plus distribuées après les distiques; 3° un commentaire qui
intercale entre chaque distique l'interprétation qui s'y rapporte (comme c'est le
cas dans l'édition de Freytag). « Sur ce point, ajoute M. D., Freytag est tombé
» dans une telle confusion, qu'il ne sait pas lequel des trois commentaires il a
» publié. Sans aucun doute c'est le dernier, continue M. D., cela ressort des
« paroles de Tébrîzî. »
Je regrette d'avoir à le constater, M. D. s'est absolument mépris sur le sens
du passage de la préface qu'il invoque; qui plus est, il ne s'est pas douté de la
petite difficulté apparente que soulève la question des trois commentaires.
Dans la préface du commentaire imprimé du Hamâsah , Tébrîzî ne parle en
4 REVUE CRITIQUE
réalité que de deux commentaires qu'il a composés, dont le premier, que j'ap-
pellerai A, présentait chaque pièce de vers transcrite au long, sans interruption,
un commentaire général venant à la suite, et dont le second, au contraire', — celui
que Tébrîzî présente au lecteur, que Freytag a édité, et que je nommerai B, —
intercale après chaque vers les explications qui s'y rapportent'. Mais Ibn
Khallikân, dans la notice biographique qu'il consacre à Tébrîzî, et Hâdji
Khalfa attribuent trois commentaires à Tébrîzî : i ° un Petit commentaire, dans
lequel chaque pièce est transcrite au long, sans interruption ; 2" un Commentaire
moyen, dans lequel chaque vers est séparé par l'explication qui s'y rapporte ;
3° un Commentaire développé^. Comment concilier ces données? D'une façon
toute simple. Il résulte de la comparaison entre le passage de Tébrîzî et le pas-
sage de Hâdji Khalfa que le commentaire A et le Petit commentaire ne font qu'un,
que le commentaire B et le Commentaire moyen sont un seul et même ouvrage.
Si donc, comme l'affirment Ibn Khallikân et Hâdji Khalfa, Tébrîzî a encore
composé un troisième commentaire C, c'est qu'il l'a rédigé postérieurement à
B, que nous offre l'édition de Freytag, puisqu'on n'en trouve aucune mention
dans la préface de B.
Je demande à présent de quel côté est la confusion, de quel côté la légè-
1 . Voici la traduction de ce passage, c'est Tébrîzî qui parle : « J'avais composé sur le
» livre du Hamâsah un commentaire intégral ; seulement j'y avais fait entrer chaque pièce
» de vers en totalité (c'est-à-dire les vers se suivant sans interruption) , et ensuite j'expli-
» quais en bloc (en résumant le sens général du morceau) chaque poésie, sans séparer les
» vers par leur commentaire respectif. Je m'aperçus que là plupart de ceux qui étudiaient
» ce livre sous ma direction désiraient que l'interprétation de chaque vers vint à la suite,
» et qu'ils souhaitaient cela pour que la connaissance fou l'intelligence) des passages dif-
» ficiles de chaque vers leur fût facilitée, et que l'intention du poète leur apparût claire-
» ment par l'explication que j'en donnerais. Alors, implorant l'aide de Dieu, je résolus de
» commenter le livre du Hamâsah d'un bout à l'autre, d'une manière complète, et vers
» par vers, etc. » — C'est ainsi que Freytag a compris. Voyons maintenant comment
M. D. a pu trouver dans ce passage la mention de 3 commentaires. D'abord il ne s'est
pas aperçu que lorsque Tébrîzî parle du livre du Hamâsah, il se sert du pronom maso.
ho (lui, le livre), que là où on rencontre le pronom fém. hâ, ce pronom s'applique aux
pièces de vers qiVah; ensuite, il a cru que ^/t'^/z signifie membre de phrase « Redeglied, »
il n'a pas vu que modjmllan indique ici la manière dont était interprétée chaque pièce (en
gros, en donnant le sens général); puis, il substitue gratuitement afradto à awradto; il
s'imagine que djamî'ahâ signifie toutes les pièces de vers, quand cela veut dire chaque pièce
transcrite en entier, sans séparation entre les vers. Rencontrant scharahtoho (je l'avais
commenté, lui le livre du Hamâsah) et un peu plus loin thomma scharahtohd (et ensuite je
les expliquais, elles, les pièces de vers transcrites sans interruption dans le premier com-
mentaire), il prend le second scharahto comme une indication d'un second commentaire.
De la sorte, quand il arrive à la mention du véritable deuxième commentaire, il en fait
un troisième.
2. Cf. Hâdji Khalfa, t. III, p. 115: « Tébrîzî écrivit d'abord sur le Hamâsah un
» petit commentaire, dans lequel il fit entrer chaque morceau de poésie en totalité
» (les vers se suivant sans interruption). » Ensuite il écrivit un second commentaire,
vers par vers (l'explication venant entre chaque vers). Enfin, il composa un long com-
mentaire circonstancié. Les premiers mots du commentaire moyen (le second) sont :
« Après la louange rendue à Dieu, dont les attributs ne peuvent être décrits, etc. » On
remarquera que c'est par ces mots que commence la préface de Tébrîzî dans l'édition de
Freytag. Le commentaire moyen de Hâdji Khalfa est donc celui que Tébrîzî présente en
dernier lieu aux lecteurs, dans sa préface précitée. Cela ressort d'ailleurs de la description
qu'en donne Hâdji Khalfa.
' d'histoire et de littérature, 5
reté ! Freytag sait si bien que le commentaire qu'il édite est le dernier cité par
Tébrîzî et le second cité par Ibn Khallikân et Hâdji Khalfa, que voici comment
il s'exprime à ce sujet : « Ibn Khallikân rapporte que Tébrîzî a composé trois
» commentaires sur le Hamâsah, et dans la préface latine que j'ai placée en tête
» du texte, j'ai dit que le commentaire de Tébrîzî que j'édite est le second des
» trois. Ce que j'ai avancé est corroboré par ce qu'on lit dans la préface de
» Tébrîzî, dans laquelle il est question de deux commentaires seulement'. »
Freytag aurait pu être plus explicite, sans doute, principalement en ce qui
concerne le troisième commentaire; mais il faudrait être aveugle pour ne pas
reconnaître qu'il savait très-bien à quoi s'en tenir sur l'ouvrage qu'il publiait, et
que si quelqu'un s'est embrouillé dans les trois commentaires c'est à coup sûr
M. D.
Cet exemple suffirait pour établir que M. D., aussi bien que tout autre savant,
peut avoir quelquefois besoin d'indulgence, mais je ne puis à mon tour résister
au plaisir de lui signaler les endroits où il aurait mieux fait de consulter la tra-
duction de Freytag que de se' confier à ses propres forces. P. 1 3, M. D. prétend
que lam yathbot signifie : le mot « n'a pas été incorporé dans les anciens diction-
>) naires ». Je ne surprendrai aucun arabisant en constatant avec Freytag que
le vrai sens de cette expression est : « cela n'est pas fondé. » — P. 1 5, M. D.
fait dire à Tébrîzî que le mot 4Mm signifie penchant d'une montagne parce qu'il
désigne « un endroit vers lequel on se dirige en s'écartant de la route. »
Freytag fait rapporter avec raison ta'dilo à nâhiyah, et traduit : « endroit qui
» incline vers la montagne, « ce qui est tout naturel de la part d'une montée.
— Ibid., lisez 'Adî, si vous voulez bien, au lieu de 'Ada. — P. 17, note 3.
Ce n'est pas le vers ajouté entre crochet qui prouve que dans le vers précédent
il faut substituer manV à monîf, c'est, comme l'a fait observer Freytag, le passage
même du commentaire où Tébrîzî interprète le mot manî', sans parler de la
leçon monîf, élevé, laquelle d'ailleurs s'accorderait très- bien aussi avec le sens
du vers placé entre crochet. — P. 20. Pourquoi M. D. traduit-il : « denn es
» verschmâht sie der Tod ? » le vrai sens est celui que donne Freytag : « parce
» qu'ils ont horreur de la mort. » — Ihid., M. D. n'a pas compris le vers qu'il
rend ainsi : « Es verschmâhen den Schlachtentod nur Simma's Mânner nicht : sie
;) verschmâhen jeden andern, wie denn die Grosse der(ihrentsprechenden) Grosse
)) zueilt.» Freytag l'a également mal rendu à cet endroit, mais ensuite il s'est corrigé
en traduisant plus loin le même vers qui revient, cette fois commenté, à la page 3 8 1 du
texte, ce dont, par parenthèse, M. D. ne s'est pas avisé. Le sens est : « La mort
» refuse de prendre d'autres guerriers que ceux de Simmah, et ceux-ci, de leur
» côté, refusent toute chose autre que la mort. Ils courent d'eux-mêmes au-
;) devant de leur destin. » — P. 22. Quel sens forcé M, D. prête à l'expression
li 'annaho minho yataqadhdha 'r-ramaqo : « weil von ihr (der Nase) die letzte
I. Voici le texte, trad., t. I, p. xx-xxj : « Ebn Chaliikanus Tebrisium très commen-
» tarios in Hamasae opus composuisse narravit et in praefatione Latina textui praeposita
» a me editum Tebrisii commentarium iilorum médium esse dixi. Quae mea sententia ver-
» bis Tebrisiij in quibus in praefatione de duobus commentariis sermo est, adiuvatur. »
6 REVUE CRITIQUE
» Athemzug gleichsam als eine Schuld eingefordert wird ! » La phrase signifie :
« parce que c'est par le nez que s'exhale le dernier souffle. » — P. 23, M, D.
emploie treize mots pour rendre tafkhîm, emphase, redondance. — P. 24, note 3,
M. D. prétend que le vers commençant par 'alawnâ manque dans Tébrîzî. C'est
une erreur : le vers s'y trouve, mais sans commentaire ; et il signifie, comme
l'a bien vu Freytag : « Nous avons d'abord été portés par les plus nobles des
» reins (ceux de nos pères), et au moment voulu, nous avons été lancés (litt. une
)) descente nous a fait descendre) dans les plus nobles des matrices. » M. D. a
transformé les reins en hauteurs fertiles que gravissent parfois les héros dont il
s'agit, les matrices en vallées fleurissantes dans lesquelles ces mêmes héros
aiment parfois à camper. — Ibïd., la parenthèse : « weil helles nicht dunkles
» Gewôlk sich schnell und unvermuthet entladet » est parfaitement inutile, car
le commentateur n'oppose pas l'eau qui tombe d'un nuage blanc à celle qui
tombe d'un nuage noir, mais l'eau de la pluie à toutes les autres eaux : « son
)) eau (celle de la pluie) est la plus pure des eaux, parce qu'elle n'a encore servi
» à aucun usage. « — Ibid., nokhlifo 'l matara n'est pas : « wir lassen hinter
» uns einen Regen (von Wohlthaten) zurùck, » mais bien : « nous remplaçons
)) la pluie; j) c'est-à-dire, quand il y a disette, par suite de la sécheresse, nous
remplaçons la pluie en répandant nos bienfaits sur les pauvres.
Je n'irai pas plus loin dans cette énumération. La brochure de M. D., je le
répète, contient beaucoup de bonnes choses et contribue pour une très-large
part à l'interprétation du poème de Samaw'al. Elle témoigne des fortes études
arabes qu'a faites son auteur et montre que, bien que détourné par d'autres
occupations, il n'a cessé de s'entretenir dans ses connaissances acquises. Mais
d'autre part, elle amène à la conclusion que fût-on élève de M. Fleischer on
n'en est pas moins sujet à l'erreur, même là où, pour l'éviter, il suffisait pour
ainsi dire de se baisser et de ramasser la vérité.
St. GUYARD.
2. — Méthode pour apprendre le dictionnaire de la langue grecque et
les mots primitifs de plusieurs autres langues anciennes et modernes. — Onomatologie
de la géographie grecque ou l'art d'apprendre le dictionnaire grec en étudiant la
géographie de la Grèce ancienne et de ses colonies, par l'abbé J. Fabre d'Envieu, pro-
fesseur à la Faculté de théologie de Paris. 1874. Paris, Thorin. In-8'.
Dans le premier de ces ouvrages, qui est une introduction à l'autre, M. l'abbé
J. Fabre fait la critique des moyens employés pour apprendre la langue grec-
que. Il se plaint avec raison qu'on ne fasse pas la part assez grande à l'étude du
vocabulaire. Le Jardin des racines grecques de Port-Royal avait été composé dans
cette intention : mais « les enfants s'habituent à répéter les vers sans songer aux
idées ; ils apprennent les racines par cœur machinalement, et ne les reconnais-
sent plus quand ils les trouvent détachées du groupe. » D'autres hellénistes ont
essayé de condenser le dictionnaire grec dans quelques pages écrites en vers ou
en prose. « Mais cette méthode décourage les enfants, parce que, arrêtés sans
cesse par de nouvelles difficultés, ils n'ont jamais la satisfaction de voir que les
d'histoire et de littérature. 7
mots déjà appris servent pour Pintelligence de ceux qui leur succèdent. » M. F.
passe ensuite aux recueils de racines tels que celui de M. Bailly. « Nous
avouerons que pour quelques groupes de mots cette méthode peut offrir certains
avantages... Mais il faut beaucoup de temps, beaucoup de travail, pour donner
aux élèves la clef qui leur serait indispensable pour pénétrer dans la grammaire
et dans la lexicologie comparées. » L'auteur s'est donc avisé d'un autre moyen,
qui consiste à prendre les mots grecs déjà connus des élèves, soit par la géogra-
phie, soit par l'histoire, soit par la littérature ou les sciences mathématiques ou
naturelles, et à les décomposer en leurs éléments, ces éléments resteront plus
facilement dans la mémoire, puisqu'ils sont donnés par des mots déjà familiers
à l'enfant. « On ne pourra, par exemple, penser à Tclémaque, on ne pourra
exprimer le mot télégraphe, sans remettre devant l'esprit et sans enfoncer plus
avant dans la mémoire le sens de quelques radicaux grecs Qzrike loin, au loin, de
loin; \myyi combat, f^iyo\jm je combats; Ypaçw, j'écris). » M. F., qui a déjà
appliqué cette méthode aux langues sémitiques en un ouvrage resté manuscrit,
et qui se propose de l'appliquer plus tard, si son travail est bien accueilli, à
l'allemand, à l'anglais, au russe, au sanscrit, au turc, au persan, au chinois,
fait la première épreuve publique de son système sur le grec. Il se borne
d'ailleurs aux seuls mots tirés de la géographie.
On ne peut nier qu'il n'y ait une part de vérité dans les idées de M. l'abbé F.
Mais le procédé qu'il recommande, et qui d'ailleurs a été plus ou moins prati-
qué de tout temps par beaucoup de professeurs, ne peut donner de bons
résultats qu'à la condition d^une grande sévérité en matière étymologique.
Autrement l'étymologie fait place aux artifices mnémoniques. M. F. n'est pas
toujours resté en deçà des justes limites, et ce qui est plus fâcheux, il les a
franchies sciemment. « Je ne me dissimule en aucune façon que quelques-unes
des étymologies indiquées sont plutôt des conjectures que des inductions légi-
times. On peut leur appliquer ce mot d'Homère relatif à Ulysse : tj^euBéa r^oWà
Xlysiv èT6[ji,oiaiv ct;.oia. Aussi me garderai-je bien de donner ces opinions sous
forme de thèse. Je les présente comme des homophonies destinées à établir une
liaison entre certains noms propres et des noms communs, dont on retiendra,
de la sorte, la signification beaucoup plus aisément. Je rapporte donc des étymo-
logies enfantines imaginées par les anciens géographes, mais je ne les adopte pas
et je m'approprie à cet égard le mot de Pollux : -rà Se Tciaura h6^.axa [xvjvuetv
[AS y.ai [j.Yj xpiveiv voij^t^e. Je cite ces étymologies et je laisse aux professeurs et
aux élèves le soin d'appliquer les principes de critique qui ont été, dans cette
matière, très-souvent méconnus. « Nous trouvons, en effet, dès les premières
pages, des étymologies que le savant professeur de la Faculté de théologie ne
considère certainement pas comme sérieuses : mais elles n'appartiennent pas
toutes aux anciens. Je citerai, par exemple (p. 21), les deux (ou plutôt les cinq)
étymologies de l'Afrique, entre lesquelles le choix nous est laissé : le phénicien
jaraq « couper » d'oili ha-friqah « la séparée »; le grec p'^Yvuj;/., en htm frango;
le grec çpiccw avec à privatif; le verbe ûctito) « je brûle, je rôtis, » d'où un
substantif inusité fjçpoç; le verbe çpÙYw « je fais frire, je fais sécher » avec à
8 - REVUE CRITIQUE
augmentatif. La ville de Larisse (p. 93) tire son nom du radical Lar qui
signifie « prince » dans l'ancien toscan d'après Vossius. On retrouve ce mot
dans l'anglais lord, qui est pour lared « celui qui possède, le propriétaire. »
Cette étymologie, ajoute hauteur, pourrait être préférée à celle qui tire lord de
hlaf-ord ou hlaf-vard « donneur de pain. » Quant à la seconde partie de Larisse,
c'est le radical hys, en allemand haus, en hollandais ou en flamand huis, en
slave hisha « maison. « Sur la page i, Fauteur nous prévient que la choro-
GRAPHiE ne doit pas être confondue avec la chorégraphie : toutefois xwpoç
« pays » et /opoç « danse » se rattachent à un même radical khor qui signifie
la rondeur : cf. les danses ou rondes et les ar-ROND-issements.
Ces extraits suffisent pour donner une idée de l'ouvrage : nous croyons que
les intentions de M. F. sont excellentes, mais les moyens qu'il emploie soulèvent
beaucoup d'objections. Comment l'élève saura-t-il faire entre plusieurs étymo-
logies un choix dont l'auteur n'a pas voulu prendre la responsabilité ? Ou croit-
il qu'au fond l'étymologie soit indifférente, pourvu que l'élève retienne les mots ?
C'est sans doute là sa pensée. Mais l'enseignement est chose sérieuse, non pas
seulement par l'objet qu'il a en vue, mais par les habitudes d'esprit qu'il doit
donner, et l'utilité du résultat, en supposant qu'on pût l'atteindre par cette
voie, ne rachèterait pas le caractère équivoque des procédés employés pour y
parvenir.
M. B.
3 . — Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes
et les monuments, ouvrage rédigé par une société d'écrivains spéciaux d'archéologues
et de professeurs sous la direction de MM. Ch. Daremberg et Edm. Saglio. Paris,
librairie Hachette. ^-4°. Fascicules I-III. — Prix du fascicule : 5 fr.
On vient de distribuer le troisième fascicule du Dictionnaire des antiquités
grecques et romaines rédigé sous la direction de MM. Ch. Daremberg et Edm.
Saglio. La publication régulière de ce grand ouvrage, la valeur soutenue des
articles qu'il renferme, confirment l'opinion favorable qu'on en avait conçue
quand parut le premier fascicule , et légitiment le bon accueil qu'il reçut dès
ce moment.
Pour exprimer ici un jugement d'une suffisante compétence, il faudrait consti-
tuer une réunion de critiques pareille à celle des auteurs qui ont travaillé au
Dictionnaire : le domaine de l'antiquité classique, bornée si l'on veut à ce qui
concerne la vie publique et la vie privée des anciens, s'est tellement agrandi, que
l'homme le plus intelligent et le plus actif ne songe ordinairement à en cultiver
ou même à en visiter qu'un petit coin. Nécessairement tous les collaborateurs
de M. Saglio ont quelque chose à apprendre les uns des autres. Le critique le
mieux pourvu d'Adversaria ne pourrait de même aborder que quelques points
d'une œuvre aussi vaste, et il la ferait involontairement mal apprécier en n'atta-
chant qu'à quelques points ses éloges ou ses corrections.
Nous ne devons pas néanmoins laisser plus longtemps, sans le saluer de nos
encouragements, s'avancer un ouvrage que son étendue et son importance
d'histoire et de LITTÉRAIURE. 9
recommandent si hautement aux antiquaires et aux humanistes. Nous pourrons
d'ailleurs, et nous devrons même, quand nous aurons à rendre compte de quel-
que livre nouveau sur l'antiquité, revenir sur les articles publiés et sur les opi-
nions émises dans cette encyclopédie qui représente, d'une manière satisfaisante,
l'état actuel des questions. Ajoutons que certains articles sont de véritables
mémoires et doivent être étudiés et jugés comme tels. Ainsi l'article Alphabe-
TUM, qui comprend 57 colonnes et plusieurs tableaux, où M. Fr. Lenormant a
condensé les faits développés dans son travail couronné, il y a quelques années,
par l'Académie des inscriptions, mérite évidemment un examen approfondi et une
critique détaillée.
Pour prendre une idée du Dictionnaire, comparons-le à un ouvrage analogue,
bien connu et justement estimé, qui a probablement suggéré l'idée première de
la publication présente. Nous voulons parler du Dictionary of Greek and Roman
Antiquities publié par W. Smith. Notre troisième fascicule s'arrête au milieu de
l'article Asîronomia, et nous avons déjà $78 figures. Dans le dictionnaire anglais,
jusqu'au même point, je n'en ai relevé, en comptant les plus petites, que 97 '.
Ici elles sont, on le voit, incomparablement plus nombreuses et elles offrent, vu
le choix du format, une dimension beaucoup plus favorable à l'étude. Au mot
Amphitheatrum les deux dictionnaires donnent, comme on s'y attend, le plan
du Colysée : dans l'ouvrage anglais le grand axe de l'ellipse n'a que 1 1 centi-
mètres, dans l'ouvrage français il en a 18. Au mot As je ne trouve dans le dic-
tionnaire anglais que ^ figures de monnaies; ici j'en vois 14, et la plupart (y
compris un decussis de 1 1 centimètres de diamètre) sont figurées en vraie gran-
deur. Au mot Apotheosis Smith n'offre que le dessin réduit d'un camée de la
Bibliothèque nationale représentant l'apothéose de Germanicus; ici nous avons
6 médailles et 2 bas-reliefs de la colonne Antonine dont l'un (représentant une
decursio) occupe sur la page 325 un rectangle de 172 milHmètres sur 112.
Ces exemples suffisent pour faire apprécier la valeur du dictionnaire au point
de vue des figures. Nous comptons bien que le dernier fascicule donnera une
table complet^ et méthodique des gravures, qui rendra facile l'usage de cet
immense et utile répertoire, tenant lieu, à bien des égards, de mainte publication
coûteuse.
Les figures sont souvent empruntées aux monuments céramographiques. Un,
bon nombre reproduit les célèbres peintures du Virgile du Vatican, et ce ne
sont pas les moins bien choisies, car très-peu de personnes possèdent la repro-
duction qu'en a donnée Aug. Mai et peu même l'ont vue 2.
Les gravures sur bois du Dictionnaire, dues à M. P. Sellier, sont habilement
exécutées et reproduisent assez heureusement le caractère des monuments. Tou-
tefois la figure 5 5 {Achille Citharède) est censée représenter une magnifique
1. Asîronomia dans le D'° de Smith n'a pas de figures, et ici nous avons déjà trois re-
présentations d'Atlas soutenant le globe céleste.
2. Virglid pictura antiqua ex codicibus Vaticanis. Roma. 1835. f». Cet ouvrage, dont
les figures passent pour supérieures à celles de Bellori, manque à la Bibliothèque natio-
nale.
ÏO REVUE CRITIQUE
améthyste du Cabinet des Médailles, mais elle a été copiée sur quelque mauvaise
gravure où l'aspect du monument original est absolument défiguré; en outre la
dimension a été agrandie, sans qu'on en soit prévenu, La hauteur du dessin
dans le Dictionnaire est de 42 millimètres ; la hauteur de la pierre n'est que de 17.
Passons au texte. On trouve ici bien des articles (Achilles, vEsculapius,
Apollo qui manquent dans le Dictionary of Anîiqiiiîies et que les lecteurs anglais
vont chercher dans une autre publication de Smith , le Dictionary of Greek and
Roman Biography and Mythology, où les dieux et les héros coudoient les gens de
lettres et les princes. Ce nivellement évhémériste offre deux inconvénients graves.
D'abord il froisse, au plus haut point, les mythologues. En second lieu il sépare,
de la façon la plus illogique, deux idées manifestement corrélatives : le dieu et
son culte ; en effet ce dernier est nécessairement classé dans les antiquités de la
vie publique. On approuvera les directeurs du Dictionnaire de n'avoir pas disjoint
deux choses aussi bien liées.
La disposition matérielle du livre nous paraît heureuse : les articles sont bien
coupés, les figures judicieusement placées. L'air et la lumière circulent dans ces
colonnes énormes. Les notes, en quantité très- rassurante, sont rejetées au bas
des pages. Par là est évité ce fourmillement de parenthèses qui, joint à l'absence
d'alinéas, rend si pénible l'usage de V Encyclopédie de Pauly, et oblige à repasser
tout un article pour retrouver le moindre détail. Ici, au contraire, prenons l'ar-
ticle Apollo dû à la plume élégante de M. L. de Ronchaud. Les 21 colonnes,
que remplit ce travail complet, précis, bien distribué, pondéré avec sagesse,
offrent une lecture instructive, attrayante et facile. Mais n'est-il pas vrai que les
éditeurs nous auraient gâté tout notre plaisir s'ils nous eussent forcés à enjamber
les deux cent trente-sept pièces de l'échafaudage au moyen duquel M. R. a
reconstruit la légende, les caractères, les fonctions et le culte du dieu de
Délos ' ?
Parmi les articles,x[ue recommande leur importance, leur étendue ou la signa-
ture des auteurs, nous citerons :
Ammon par M. Blondel; Apothéose par M. Boissier; Aqua par M. Briau;
Amnestia, Anacrisis, Archai, Archontes, Areopagus par M. Caillemer; Am-
PHYCTiONES, Apeleutheroi par M. Foucart; Adoptio, Antidosis par MM. Gide
et Caillemer; Arcus par M. Guadet; Acropolis Agora par M. Guillaume; Accu-
SATOR, Acta, Advocatio, ./Ediles, .Erarium, Ager (publicus, romanus),
AGRARîyE leges, Ambitus, Annales Leges, Annona, Argentarm, Artifices
(romani) par M. Humbert; Amuletum Aqu-îiductus (administration) par
M. Labatut; Alphabetum As par M. Lenormant; Agmen par M. Masquelez;
Asiarcha par M. Perrot; ^Esculapius par M. Robiou; ^Eneas, Apollo par
M. de Ronchaud; Arithmetica par M. Ruelle; Abacus, Acroama, Acus, Adonis,
Mois, Agger, Amentum, Annulus, Ara, Arbores Sacr^, par M. Saglio;
Amphitheatrum, Antefixa, AQUyEDUCTUs (construction) par M. Thierry;
Achilles, Amazones, Amphiaraus par M. Vinetr
On les retrouve, soigneusement rangées et numérotées, au pied du monument.
d'histoire et de littérature. I I
On voit que le Dictionnaire sera, pour l'intelligence des auteurs classiques, un
puissant auxiliaire. Nous devons dire cependant que nous n'entrerons dans la
pleine connaissance de l'antiquité qu'au moyen d'ouvrages tels que ceux de
Preller, de Schœman, de Marquardt, d'Overbeck, où la mythologie, la vie
publique, l'art conservent leur rapport harmonieux et complet, où les rapports
historiques ou logiques des éléments qui les composent sont respectés et mis en
lumière, et non rompus au hasard de l'ordre alphabétique. Mais en attendant que
nous possédions en français de pareils livres, le Dictionnaire des Antiquités va jeter
immédiatement dans le public un nombre infini de faits bien contrôlés, rectifier
une bonne quantité d'idées fausses, multiplier les représentations de monuments
de tout âge et de toute nature, et rendre ainsi d'incontestables services.
C. DE LA Berge.
4. — Titi Livii historiarum romanorum libri qui supersunt. Ex recensione lo.
Nie. Madvigii. Iterum ediderunt lo. Nie. Madvigius et lo. L. Ussingius. Vol. I,
pars I. libres quinque primes centinens. Havniae, 1873, Gyldendal. In-8°, xxxiij-31 1 p.
L'illustre latiniste danois, M. Madvig, avait publié d'abord un volume d'obser-
vations critiques sur le texte de Tite-Live ' ; puis il a donné, avec le concours
de M. Ussing, une édition du texte, en plusieurs parties, qui ont paru en 1861
et les années suivantes. L'ouvrage dont nous rendons compte ici est une seconde
édition des cinq premiers livres.
M. M. est resté fidèle aux principes qu'il avait posés avec une grande sûreté
de jugement. Il a évité d'introduire dans le texte des formes rares, parce qu'elles
se trouvent dans d'anciens manuscrits, où elles peuvent provenir d'une erreur
de copiste, et il a suivi l'orthographe commune, telle que les grammairiens
latins nous l'ont transmise ; l'autorité de manuscrits copiés dans des temps de
barbarie et d'ignorance n'est ici d'aucune valeur,
M. M. a eu à sa disposition, pour cette seconde édition, l'espèce de fac-
similé du manuscrit palimpseste de Vérone que M. Mommsen a publié en 1868
dans le recueil des mémoires de l'Académie de Berlin (p. 31-206) et qu'il a
accompagné d'observations intéressantes, où l'on reconnaît sa profonde con-
naissance des antiquités romaines.
M. Mommsen a vu, ce que M. M. n'avait pu qu'entrevoir dans la première
édition (p. IV), que les fragments étendus des livres III, IV, V, VI de la pre-
mière décade contenus, dans ce palimpseste offrent une récension très-ancienne
et différente de celle des autres manuscrits qui nous sont parvenus et qui ont
conservé la mention de ses auteurs, Victorianus, Nicomachus Flavianus et
Nicomachus Dexter. Le manuscrit de Vérone est à beaucoup d'égards très-pré-
cieux. Ainsi on lisait dans les autres manuscrits (IV, 25, 4) « Magna... clades in
» urbe agrisque promiscua hominum pecorumque pernicie accepta. Famem
» cultoribus agrorum timentes in Etruriam... frumenti causa miserunt. » Crevier,
I. lo. Nie. Madvigii, professons Havniensis, Emendatienes Livianas. Havniae, Gylden-
dal, 1860. In-8'.
12 REVUE CRITIQUE
dont le travail sur Tite-Live est estimé de M. M. ', avait compris que ce n'était
pas pour les cultivateurs que la famine était particulièrement à craindre;
comme il est question d'une peste dans ce qui précède immédiatement, il avait
conjecturé qu'un mot comme absumptis manquait devant cultoribus, et M. M.
avait conjecturé deficientibas après cultoribus pour que l'omission fût paléographi-
quement plus vraisemblable. Le palimpseste de Vérone montre qu'il manquait
,« quoque ex pestilentia morbo implicitis «, devant cultoribus, omission qui,
comme tant d'autres, ne s'explique pas du tout paléographiquement. Dans le
discours de Camille (V, 53, i) on lisait : « Veiosne haec [c.-à-d. comitia)
» transferemus, an comitiorum causa populus tanto incommode in desertam hanc
» ab diis hominibusque urbera conveniet ? Sed res ipsa cogit vastam incendiis
» ruinisque relinquere urbem... hanc autem jactari magis causam quam veram
» esse... apparere vobis puto. » Personne n'avait soupçonné et ne pouvait
soupçonner qu'après conveniet il manquait « at enim apparet quidem... ^ nia nec
» ullis piaculis expiari posse. » Cette omission ne s'explique pas mieux que la
précédente. Il en est autrement de celle qui a été comblée par le manuscrit de
Vérone dans IV, 26, 12 : « Ab eo L. Iulius magister equitum est dictus. Simul
)) edicitur et justitium. » Il manquait dilectus devant simul. Il était impossible de
deviner, sans le manuscrit de Vérone, qu'il faut lire le nom obscur et rare
Folio au lieu de Fabio dans V, 41, 3 : « Sunt ^ui M. Fabio pontifice maximo
» praefante carmen devovisse eos se pro patria... tradant. »
Le manuscrit de Vérone a confirmé un certain nombre de conjectures, en
particulier de M. M. Ainsi dans IV, 56, 13, les tribuns du peuple refusent
d'intervenir pour forcer les tribuns militaires d'obéir au Sénat et disent dans le
texte qu'on avait autrefois qu'ils n'interviendront, que quand les honneurs seront
accessibles aux plébéiens : « intérim patricii, soluti legum magistratuumque
» verecundia, per se quoque tribuniciam potestatem agerent. « M. M. avait
remarqué {Emendationes Livianae, p. 107) que agere potestatem trib. pour exercere
était d'une latinité suspecte, que quoque qui devait tomber sur tribuniciam potes-
tatem était mal placé et surtout qu'il n'y avait pas de rapports entre 5o/un/ggum...
verecundia et l'exercice de la puissance tribunitienne, qui était elle aussi une
magistrature. Il conjectura qu'il fallait lire, après quoque, et qui avait bien pu
être omis entre quoque et tribuniciam ; et on avait ainsi un sens tout-à-fait satis-
faisant : « Que les patriciens vivent sans respect des lois et des magistrats ; ce
» n'est pas eux (les tribuns du peuple) ni la puissance tribunitienne qui les en
)) empêcheront. » Per s'emploie souvent avec ce sens « sans obstacle, empêche-
« ment de, » et Tite-Live dit (IX, 20) « sine legibus certis, sine magistratibus
)) agere. » Le manuscrit de Vérone confirme cette correction non moins bril-
lante par la sagacité qui avait découvert l'altération du texte que par la simpli-
cité et l'évidence de la restitution.
1. « Creverius recti elegantisque iudicii home non ita pauca acute emendavit,
» subsidiorum, quac Lutetia ei subministrare poterat , nimis incuriosus. » Emendationes
Liviana, p. 3 5.
2. Ces points indiquent quelques lettres qui n'ont pu être lues; M. M. suppose « pollui
» om. »
d'histoire et de littérature. 13
Une autre conjecture de M. M., qui est confirmée, mérite d'appeler l'attention
parce qu'elle est fondée sur l'emploi judicieux d'un moyen dont les philologues
sont trop portés à se servir aujourd'hui. On lisait dans IV, 21, 7 « Fidenates,
» qui se primo aut oppido aut montibus aut mûris tenuerant. » Duker s'était
demandé quelle différence il pouvait y avoir entre oppido et maris et entendait
le dernier mot de châteaux forts ou de villages fortifiés. M. M. avait fait la remar-
que suivante [Emend. Liv. p. 97) : « Sed neque muros sic quisquam absolute
» dixit, praesertim oppido in eadem sententia appellato, neque huius modi cas-
)> tella mûris munita in Fidenati agro aut commemorantur unquam a Livio aut
)) esse potuerunt. Addidit aut oppido aliquis, qui oppidum murorum appellatione
» contineri non videbat. » Le manuscrit de Vérone ne donne pas en effet aut
oppido. La conjecture de M. M. était très-plausible parce que les mots qu'il
proposait de supprimer nuisaient au sens et que leur intercalation s'expliquait
avec quelque probabilité. Il faut que ces deux raisons se réunissent pour qu'une
intercalation, faute infiniment plus rare que les omissions, soit admissible.
M. Mommsen, qui ne se fait d'ailleurs aucune illusion sur la valeur du manuscrit
de Vérone, qui est très-fautif, a peut-être admis trop facilement comme probable
l'intercalation de mots omis parle manuscrit. Ainsi III, 44, 5 « ratoa Veronensi
)) abest; recte puto. » 65, i (cf M. M. p. xxiii). 67, 10 « ecquando unam
)) urbem liabere abest a Veronensi fortasse recte. » IV, 11, 7 c coloni adscripti
» ...iam admoniti ab antiquissimo libro omnino ejiciemus. ». 14, 6 « obtran-
» cati... eleganter Veronensis omittit. « 17, i « regem ac Veientes... eo libenter
)) carebimus. » V, 3, 7 « nisi forte hoc dicitis Veronensis non habet... quod apte
» omitti pauci, opinor, negabunt. » 8, 3 « per agros vicinasqae urbes ab Livio
» aliéna esse intelliguntur ex Veronensi. » M. M. n'a adopté aucune de ces
suppressions; et il me semble avoir eu raison : pour supprimer des mots omis
par un manuscrit, il ne suffit pas qu'ils soient inutiles à l'intelligence de la
pensée ; il faut encore montrer pourquoi ils ont été intercalés.
Le Tite-Live de M. Madvig ne saurait être trop recommandé dans notre pays,
où cet auteur tient une place si importante dans l'enseignement classique.
Charles Thurot.
5. — The History of the Common La°w of Great Britain and Gaul from the
earliest period to the time of english légal memory, by John Pym Yeatman, of Lin-
coln's Inn, Esquire, Barrister-at-Law , author of « An Outline of the practice of the
» Mayor's Court of London, » etc. Part I. Second titre : A Revie-w of the Com-
mon La-w of Great Britain and Gaul. Historical Introduction. Part I. The pre-
historic period. Londres, Stevens et fils. 1874. In- 12, xii-200 p.
Sous prétexte d'Introduction historique, l'auteur fait une prétendue histoire,
extrêmement diffuse, des origines de la nation anglaise jusqu'à Guillaume le
Conquérant.
Cette histoire est surtout une diatribe contre les Saxons. M. Y. les déteste,
au moins autant que les Allemands d'aujourd'hui, auxquels il reproche entr'autres
d'être dépourvus de sens musical ! Il n'est d'ailleurs point sûr que ces barbares
fussent de race germanique ou Scandinave : peut-être venaient-ils directement
des steppes asiatiques; plus probablement, ils n'avaient pas de nationalité propre
14 REVUE CRITIQUE
(p. 199, 200). Leur nom signifie assassins; ils n'avaient point de chants natio-
naux; ils n'avaient pas même de langue; absolument illettrés, ils étaient en outre
incivilisables... Pour caractériser ce ramassis de sauvages, avec lequel le peuple
anglais d'aujourd'hui ne peut avoir aucun rapport, M. Y. renchérit sur les
lamentations de Gildas. Us n'avaient ni foi ni loi. Ce qu'on a donné, plusieurs
siècles après, pour du droit anglo-saxon, n'est que le fruit d'impostures gros-
sières, comme ce qu'on donne aujourd'hui pour de la littérature saxonne. Et
l'on a créé une chaire à Cambridge pour enseigner le jargon de ces misérables !
Au reste, leur funeste domination ne s'est étendue que sur une partie minime
de la Grande-Bretagne, partie reconnaissable encore maintenant à la stupidité
de ses habitants. Leur roitelet, le trop fameux Alfred, dit le Grand depuis la
Réformation, n'était qu'un ignorant grossier qui a volé les actes mémorables
d'Arthur. Au surplus, il n'était probablement pas Saxon, mais Romain d'origine.
Les récits attribués à Asser ont été forgés sous les Normands par un imposteur
(177-181). Edouard le Confesseur était beaucoup plus Normand que Saxon.
Le nom à'Anglo-Saxon a été imaginé par les écrivains modernes (p. 18).
Les Saxons avaient tous les vices, sauf l'incontinence; les Bretons, en
revanche, étaient doués de presque toutes les vertus. Supérieurs par leur droit
aux Romains mêmes, ils avaient surtout des rapports moraux, intellectuels et
religieux avec les Grecs. César les a calomniés; la polyandrie et les cruautés du
culte druidique sont de pures inventions. Diodore est plus digne de foi. Les
Bretons sont des Angles, les Angles ou Llogrians des Ligures, les Ligures sont
des Celtes, les Celtes des Pelages, les Pelages des Cimmériens (p. 19-22). Les
Romains, qui appelaient la Grande-Bretagne Anglia, ne les ont pas latinisés, et
ils les faisaient probablement gouverner de préférence par des Ligures (p. i8,
27, 76). Les Grecs appelaient les Bretons Angeloi, peut-être parce qu'ils
voyaient en eux les messagers des Dieux (p. 26). Ce nom peut aussi se ratta-
cher aux Angeles de la tribu Pandionis d'Athènes, d'oil Prydain serait venu
(p. 25). Enfin Angeloi se rapproche de Leleges, équivalent de Ligures (p. 25).
Le gallois actuel est encore plein de mots grecs (23, 36). L'origine grecque ou
thrace de l'anglais est encore attestée par le th, que jamais Germain n'a su pro-
noncer (26, 27). L'angle, ou ogrien, ou ligure, est encore l'anglais actuel :
« Why should we hesitate to admit that English and Ligurian are identical ? »
(p. 27-31, 35). C'est de la Hnguistique selon la méthode de M. Granier de
Cassagnac. Plutarque rapporte que les Ligures de l'armée de Marius s'appe-
laient entre eux Ambiones (sic) : c'est peut-être une corruption de Umbriones^
alors cela rappelle VHumber britannique; peut-être aussi est-ce une corruption
d'Albion. Naturellement M. Y. croit à l'authenticité du Cosmos d'Aristote. — En
somme, l'Angleterre a été peuplée par des descendants de Gomer, de Tubal, de
Javan, de Meseck, de Tiras, et de Gog. C'était probablement déjà du temps de
Noé un établissement d'une certaine importance (p. 38-40).
En voilà bien assez, je pense, pour faire juger des connaissances et de la
compétence de M. Y. en matière ethnographique et philologique. On a quelque
peine à se persuader que son livre est imprimé en la présente année 1 874.
M. Y. traite les Romains avec une certaine bienveillance, et les Danois aussi,
d'histoire et de littérature. 15
qu'il estime très-supérieurs aux Saxons. Il ne tient nul compte de la parenté
originaire des Saxons avec les Danois et les Normands ; il ne met en relief que
les différences.
Le droit ne tient qu'une place modeste dans ce fastidieux fatras. La thèse que
M. Y. entend soutenir est annoncée par l'épigraphe : « Currat lex communis
sicut prias currere consueviî », et résumée dans le premier chapitre sous le titre de
The pedigree of the Common law. La voici : Le Common law n'est autre chose, au
fond, que le droit préromain, le droit des anciens Bretons. Il y a, sans doute,
quelques infiltrations romaines, mais il faut se garder de voir des infiltrations
partout où il y a similitude ; en effet, il peut et il doit y avoir plus d'un trait
commun au droit breton et au droit romain, l'origine de tous deux étant la
même. M. Y. a l'air de croire que cette origine est grecque (p. 13-15). Les
modifications postromaines ont été graduelles et partielles. Les Saxons n'ont
rien su créer; l'aptitude leur faisait défaut non moins que le pouvoir. Guillaume,
héritier naturel des rois danois, n'a pas voulu faire de changement. Il y a donc
eu continuité dès les plus anciens temps jusqu'à nos jours. M. Y. attribue cette
stabilité du droit national à sa grandeur intrinsèque qui commandait à tous le
respect (p. 11). — Cette thèse est intéressante et je crois qu'elle contient un
noyau de vérité générale trop longtemps méconnue. Je suis, en effet, disposé à
croire qu'il y a dans les divers droits des nations indo-européennes plus de
traits communs qu'on ne pense, et que dans les institutions juridiques la perma-
nence est, plus qu'on ne pense aussi, la règle, et le changement l'exception.
Mais pour mener à bonne fin des investigations d'une nature aussi complexe et
aussi délicate, il faut une méthode sévère et une préparation scientifique quasi-
universelle. Je ne puis voir ni l'une ni l'autre dans le petit volume de M. Y.
Cependant, il ne serait pas équitable de prononcer un jugement définitif avant
d'avoir étudié les autres parties de l'ouvrage,
Alphonse Rivier.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 2^ décembre 1874.
On annonce que M. Naudet a fait une chute ces jours derniers, mais cet
accident n'a pas eu de suites fâcheuses ; les nouvelles qu'on a de lui sont rassu-
rantes. — Les nouvelles de la santé de M. d'Avezac sont au contraire peu
satisfaisantes.
M. de Sainte-Marie envoie la photographie d'une statue qu'il a trouvée à Car-
ihage ; elle est conservée presque tout entière; c'est, selon lui, une statue de Junon.
M. Desnoyers présente de la part de l'auteur un ouvrage intitulé Antiquités
préhistoriques, gauloises et romaines, du Cheylonnet {Haute-Loire), par M. Aymard,
Le Puy 1874, 8°. — M. Pavet de Courteille offre de la part de M. Barbier de
Meynard une publication intitulée : Le seïd himyarite, recherches sur la vie et les
œuvres d'un poète hérétique du deuxième siècle de l'hégire. — M. Maury dépose de
la part de l'auteur L'archipel indien, par M. L. de Backer.
l6 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
M. Jourdain lit un mémoire intitulé : Nicolas Oresme et les astrologues de la
cour de Charles V. Mémoire sur les ouvrages de N. Oresme contre l'astrologie. Il
expose qu'on a exagéré le nombre des écrits de Nicolas Oresme contre l'astro-
logie, parce qu'on a pris pour des ouvrages différents les titres divers d'un
même ouvrage ou les différents chapitres qui le composaient. M. F. Meunier,
dans l'étude qu'il a consacrée à Nicolas Oresme, a corrigé une partie de ces
erreurs, mais il en a encore laissé subsister quelques-unes. Après avoir rétabli
la vérité sur ce point, M. Jourdain indique le caractère des écrits en question
et l'esprit qui y règne. Il signale des observations d'une sagacité remarquable
sur les erreurs auxquelles l'homme est exposé par ses sens et dont la cause
principale est, selon Oresme, la puissance de l'imagination, et sur la complexité
réelle des perceptions sensuelles qui nous paraissent les plus simples. C'est un
développement des doctrines d'Aristote, mais on doit remarquer combien le
commentaire qu'il en donne est ]ud\c\eux.L'ouvrage Contra iudiciariosastronomos
est écrit pour détourner les rois de s'adonner à l'astrologie. Cette étude était
alors en grande vogue, et elle était spécialement en faveur à la cour de
Charles V, qui, dit-on, s'en occupait lui-même. Un chapitre spécial est consacré
à rappeler les malheurs dont ont été frappés les rois qui s'occupaient d'astrologie.
Le prince, dit Oresme, a assez à faire de s'occuper du gouvernement de l'état.
Toutefois il distingue entre l'astrologie judiciaire et la science que nous appelons
aujourd'hui plus particulièrement astronomie. Pour celle-ci, il trouve bon qu'on
la cultive, que le prince l'encourage, et qu'il en acquière lui-même des notions
par les leçons des savants, pourvu qu'il ne perde pas son temps en recherches
personnelles ; ce qu'il proscrit, ce sont les horoscopes tirés de l'astrologie.
M. Jourdain fait ressortir ce qu^il y a de remarquable dans ces attaques diri-
gées par Oresme, qui avait été l'un des maîtres de Charles V, et qui vivait à la
cour, comblé de ses bienfaits, contre un art qui jouissait alors d'une telle faveur
auprès du roi lui-même. Il en conclut que Charles V ne devait pas être si adonné
à cet art qu'on l'a rapporté : c'était sans doute la science astronomique, plutôt
que l'astrologie judiciaire, qu'il aimait et cultivait.
M. Duruy donne une seconde lecture de son mémoire sur la distinction des
honestiores et des humiliores dans l'empire romain. Ce travail est destiné aux
mémoires de l'académie.
M. de Longpérier lit une note sur la statue dont la photographie a été envoyée
par M. de S^" Marie. Cette statue est du temps de Trajan. Le visage est certai-
nement celui d'une femme de la famille impériale. En comparant la coiffure
de la statue aux diverses coiffures qu'on sait avoir été à la mode à la cour impé-
riale en ce temps-là, M. de Longpérier suppose que la personne représentée est
peut-être Sabina, femme d'Hadrien : la statue aurait été faite au moment de son
mariage, en l'an loo. Mais la photographie envoyée ne permet pas d'en juger
suffisamment : une vue de profil aurait été utile.
Julien Havet.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
— Sewin, Chronologie des Lebens Jesu. 2. Aufl. Tùbingen, Laupp'sche B.
In-S", iij-169 p. (Lipsius). — Von Amira, Erbenfolge und Verwandtschafts-
Gliederung nach den altniederdeutschen Rechten. Mùnchen, Ackermann. In-8°,
x-225 p. (0. Stobbe). — Venetianer, Der Allgeist. Berlin, Duncker's Verl.
In-S", iv-279 p. (Fritz Schulze). — Bùnger, Theopompea. Argentorati,
Trùbner. In-S", 71 p. (Ed. Wœlfflin). — Bûcher, Die Aufstaende der un-
freien Arbeiter 143-129 v. Chr. Frankfurt a. M., Sauerlaender. In-S", 132 p.
(C. Peter). — A. L. Ewald, Die Eroberung Preussens durch die Deutschen.
2. Buch. Halle, Buchh. d. Waisenhauses. In-8°, ix-357 p. (G. Hertzberg).
— Dantis Alligherii de monarchia libri III, codicum mss. ope emendati per C.
WiTTE. Ed. altéra. Vindob., Brauraûller. In-8% lxxxiij-144 p. (Wegele). —
Verhandlungen ûber Thomas von Absberg. Hrsg. v. Baader. Tùbingen. In-8°,
576 p. (H. Ulmann), — Fischer, Geschichte der auswsertigen Politik und
Diplomatie im Reformationszeitalter 1485-1556. Gotha, Perthes. In-8°, V-269P,
(Varrentrapp). — Hostmann, Der Urnenfriedhof bei Darzau. Braunschweig,
Vieweg. In-8", vj-129 p. (J. H. Mùller). — Ewald, Hebrseische Sprachlehre
fur Anfsenger. IV. Ausg. Gœttingen, Dieterich'sche B. In-8", iv-235 p. Vosen,
Kurze Anleitung zum Erlernen der hebrseischen Sprache. 12. Aufl. v. Kaulen.
Freiburg im Breisgau, Herder'sche Verlagsh. In-8°, iij-124 P- (Schrader). —
Seeliger, De Dionysio Halicarnassensi Plutarchi qui vulgo fertur in vitis X ora-
torum auctore (F. Blass). — Dr^eger, Historische Syntax der lateinischen
Sprache. Bd. I. Leipzig, Teubner. In-8°, xxxij-626 p. (Lùbbert). — T. Lu-
creti Cari de rerum natura libri sex, redigirt und erkl. v, Bockemùller. I. IL
Strade, Verl. v. Steudel Sen. In-8", 255 p. (W. Hœrschelmann). — M Tullii
Ciceronis Orationes selectae XVIII in usum schol. edd. Eberhard et Hirsch-
FELDER. Lipsiae, Teubner. In-8", xix-668 p. (Frey). — DieMurbacher Hymnen.
Herausg. v, Sievers. Halle, Buchh. des Waisenhauses. In-8°, vj-105 p. (Stein-
meyer). — Laur, Zur Geschichte der franzœsischen Litteratur, Mannheim,
Schneider. In-8°, iij-119 p. (G. Grœber).
N° 47, 2 1 novembre. Riehm , Handwœrterbuch des biblischen Alter-
thums. Lief. i. Bielefeld und Leipzig, Velhagen und Klasing. In-8", iv-96 p.
(C. Siegfried). — Des Magisters Petrus de Ebulo liber ad honorem Augusti.
Hrsg, v, WiNKELMANN. Leipzig, Duncker u. Humblot. In-8°, x-96 p. (W.
Arndt). — Wecklein, Der Areopag, die Epheten und die Naukraren; Lange,
De ephetarum Atheniensium nomine; Ders., Die Epheten und der Areopag vor
Solon; Philippi, Der Areopag und die Epheten; Ders., Der Athenische Volks-
beschluss von 409/8; Ders., Das Amnestiegesetz des Solon und die Prytanen
der Naukraren zur Zeit des Kylonischen Aufstandes (R. Schœll). — Weber,
Disputatio de M. Valerii Messalse qui dicitur libello de progenie Augusti. Edidit
Julius C^ESAR. Pars i. 2. Marburgi, typis acad. Elwerti. In-4", xix; xxiv p.
(Emil ByEHRENs). — Von Friesen , Altengland und William Shakspere. Wien,
ÇraumûUer. In-S", viij-452 p. (Richard Wûlcker). j
Anzeiger fijr Kunde der deutschen Vorzeit, 1874, n° il. Buntglasierte
Thonwaaren des 1 5.-18. Jahrh. im germ. Muséum. IX. (A. Essenwein). —
Summarische Beschreibung deren im fùrstlichen Schloss zu Marpurg am 22 De-
cember Ao. 1625 angestellten Déposition etc. (Dr. Baur). — Vorbereitungen
zur Taufe des erstgebornen Prinzen Albert's VII. (Stifters des schwarzb.-rudolst.
Linie), Cari Gùnther 1 576 (B. Anemùller). — Ueber die Vernichtung und
Verschleppung der verschiedenen Archive zu Mainz vor der franzœsischen Oc-
cupation und waehrend derselben (Dr. Nolte). — Zur Geschichte des Àugsburger
Reichstages vom Jahr 1 5 30 (Dr. Wilhelm Vogt). — Berichtigung (W. Watten-
bach). — Beilage zum n° 11. Chronik d. germ. Muséums. — Chronik der histo-
rischen Vereine. — Nachrichten.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Beaumont Vassy (De), Histoire intime
du second empire. In- 18 jésus, 421 p.
Paris (Sartorius). j fr. 50
Chapman (G.). Works of: Plays. Edited
with Notes, by R. H. Shepherd. In-8',
550 p. cart. London (Chatto et W.).
7 fr- 50
Clément (P.). Histoire de Colbert et de
son administration. Précédée d'une pré-
face par M. A. Geffroy. 2 vol. in-8*,
XX-1080 p. Paris (Didier et C*). 16 fr.
Colonna Geccaldi (G.). Nouvelles ins-
criptions grecques de Chypre. In-8*,
19 p. et pî. Paris (Franck).
Confucius. Essai historique par un mis-
sionnaire. In- 16, 128 p. Rome (imp.
Polyglotte).
Con-way (M. D.). TheSacred Anthology :
a Book of Ethnical Scriptures. 2d Edit.
In-S", 480 p. cart. London (Trùbner).
15 fr.
Dauphin (H.). Quelques fragments d'une
traduction en vers du second chant de
l'Enéide. In-8% 20 p. Amiens (imp.
Yvert).
Delaporte (H.). Vie de Mahomet, d'après
le Coran et les historiens arabes^ ^-8°,
272 p. Paris (Leroux). 10 fr.
Die2(F.). Grammaire des langues romanes.
y éd., refondue et augmentée. T. 2.
Traduit par A. Morel-Fatio et G. Paris.
In-8*, 460 p. Paris (Franck). 12 fr.
Dodsley's Select Collection of Old Eng-
iish Plays. 4th Edit., by W. C. Hazlitt.
Vol. V. In-8*, 410 p. cart. London
(Reeves et T.). 15 fr. 15
Elzas(El.). The Minor Prophets. Trans-
lated from the Hebrew Text. Vol. 2.
In-8* cart. London (Trûbner). 3 fr. 7J
Fragment of a Samaritan Targum. With
Introduction by J. W. Nutt. In-8° cart.
London (Trùbner). 18 fr. 75
Furness (H. H.). Concordance toShaks-
peare's Poems. Gr. in-8'' cart. London
(Trùbner). 22 fr. 50
Lebas (H.) et V^addington (W. H.).
Voyage en Grèce et en Asie-Mineure fait
par ordre du gouvernement français pen-
dant les années 1843 et 1844 et publié
sous les auspices du ministère de l'instruc-
tion publique, avec la coopération d'E.
Landon, architecte. Gravure de Lemaître.
81* et 82e livraisons. Inscriptions. T. 2.
Gr. in-4° à 2 col. 481-512 p. et 6 pi.
Paris (Didot frères fils et C*).
Philippi (A.). Der Areopag u. die Ephe-
ten. Eine Untersuchg. zur athenischen
Verfassungsgeschichte. In-8*, xx-367 s.
Berlin (Weidmann). 10 fr. 75
Reynolds (J.). Catalogue Raisonné of the
Engraved Works of Sir J. Reynolds.
With Short Biographical Sketches of
each Engraver. Gr. in-8* cart. London
(Coinaghi). 13 fr. 1 j
Sievers (E.). Paradigmen zur deutschen
Grammalik. Gotisch, Altnordisch, Angel-
saechsich, Altsaechsisch, Althochdeutsch,
Mittelhochdeutsch. Zum Gebrauch bei
Vorlesgn. zusammengestellt. In-4'', 5 s.
mit 30 Taf. Halle (Buchh. d. Waisenh.).
4fr.
Spencer (H.). Descriptive Sociology.
N* 3. Div. I. In-fol. London (Williams
et N.). 22 fr. $0
Veniero (S.). Relazione : ritornato da
potestà di Verona. MDLXVIII. In-4*,
28 p. Venezia (Antonelli).
Vielge"wandt's Sprucheu. Groa's Zau-
bersang (Fiœlvinnsmal-Grongelder). Zwei
Norraenische Gedichte der Saemunds-Edda
kritisch dargestellt, ùbersetzt u. erkiaert
v. F. W. Bergmann. In-8*, 186 s.
Strassburg (Trùbner). 6 fr.
"Walcott (M. E. C). Scoti Monasticon;
the Ancient Church of Scotland : a His-
tory of the Cathedrals etc. of Scotland.
In-4* cart. London (Virtue). 52 fr. jo
"Wasserschleben (H.). Die irische Ka-
nonensammlung. In- 8°, xij-274 s. Gies-
sen (Ricker). 8 fr.
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
X* 2 Neuvième année. 9 Janvier 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Étranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
MM. les Souscripteurs qui ne veulent pas éprouver de retard dans
la réception de la Revue sont priés de renouveler de suite leur
abonnement. Pour les départements, envoyer un mandat de poste
au nom de M. F. Vieweg.
ANNONCES
iiiî^iïfii
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu. . ; "\
BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
18^ ET 19e FASCICULES.
Rn pr I A QT* FT V R T F ^^^^^ ^"'" ^^^ ^°^^^^ ^^
• LJ i-jt l_ijr\.i3 1 IL I rX 1 IL vicomtes de Limoges
antérieurs à l'an 1000. 5 fr.
A HA R MFr^TFrTFP '^'^^'^^ ^^ '^ formation des
• UrYIviVl tliO i IL 1 ILlV mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr.
CC^ Tj A O A TVT tr A T T ^''^S^^^ts d'un mystère proven-
• V-< il A. t)/\ IN EL A.LJ cal découverts à Périgueux ,
;publiés, traduits et annotés. Gr. in-8°. i fr. 50
PERIODIQUES.
Revue de Tlnstruction publique (supérieure et moyenne) en Belgique.
Nouv. série. T. XVIL 6^ livr. Un mot sur la question des humanités. — Un
axiome de M. Jules Simon. — De quelques parisianismes populaires et d'autres
locutions non encore ou mal expliquées (Ch. Nisard; ^^ suite). — Comptes-
rendus. — Actes officiels. — Varia.
The Academy, N" i ^7, new séries. The Greville Memoirs. A Journal of the
Reigns of King George IV. and King William IV. By the late Charles C. F.
Greville. Ed. by H. Reeve. London, Longmans and Co. (T. E. Kebbel : ces
mémoires offrent un intérêt soutenu). — Gregorovius, Lucrezia Borgia. 2, Bde.
Stuttgart, Cotta (M. Creighton : appréciation très-favorable). — Notes and
News (on annonce pour paraître prochainement deux manuels, Pun sur la science
du langage, l'autre sur la mythologie, d'après Max MùUer; une histoire de la
famine en Asie-Mineure; M. Thibaut vient d'être nommé professeur de sanskrit
à Bénarès). — Notes of Travel. — Boston Letter (T. S. Perry). — Corres-
pondence. Shelley and Peter Finnerty (W. M. Rossetti). — An Allusion in
« Hamlet » (Richard Simpson). — Menant, Annales des Rois d'Assyrie. Paris,
Maisonneuve (A. H. Sayce : recommande chaudement cet ouvrage). — Univer-
sities Commission Report. Vols. II and III (James S. Cotton). — The Washington
Academy of Science (James C. Welling). — Notes and News (analyse du
mémoire de M. Halévy sur les prétendus touraniens de la Babylonie). — Meetings
of Societies (Soc. de philologie, d'anthropologie, de géographie).
The Athenseum, N" 2460, 19 décembre. Tomlinson, The Sonnet : its Ori-
gin, etc. Murray. — Blanc, L'art dans la parure. Paris, Renouard. — The last
Journals of Livingstone. Ed. by Waller. 2 vols. Murray (2* article). — Spéci-
mens of the Languages of India, including those of the Aboriginal Tribes of
Bengal, the Central Provinces, and the Eastern Frontier. With a Préface by sir
G. Campbell. Calcutta, Bengal Secrétariat Press (l'article dit que cet ouvrage
est « un tissu de bévues »). — The Diary of H. M. The Shah of Persia. Transi,
by Redhouse. Murray. (article développé), — Professor von Tischendorf (notice
nécrol.). — Bishops and Curâtes in the Sixteenth Century. — Literary Gossip
(on annonce que M. Fausbœll travaille à une édition, qui sera complète en cinq
volumes, des Jâtakas bouddhiques; la traduction sera faite par M. Childers). —
African exploration (exploration des bords occidentaux du lac Tanganyika par
le lieut. Cameron). — Societies (Soc. royale, des arts, d'anthropologie). — La-
croix (Bibliophile Jacob), Military and Religious Life in the Middle Ages and at
the Period of the Renaissance. Chapman and Hall (art. très-favorable). —
Miscellanea. Jéricho (Edward Peacock). — Glamour (Alexander J. Ellis). —
Gower's Epitaph (J. W. Hales).
Literarisches Centralblatt, N' 52, 26 décembre. An Unsere Léser. --
Verzeichniss der Mitarbeiter aus den Jahren 1850 bis 1874. — Ratzel, Die
VorgeschichtedeseuropaeischenMenschen. Mùnchen, Oldenbourg. In-8*', 300 p.
(ouvrage très-recommandable : forme le 1 1* vol. de la bibliothèque populaire
des sciences naturelles). — Dimitz, Geschichte Krains. i. Th. Von der Urzeit
bis zum Tode Kaiser Friedrich's III (i49?)- i- "• 2. Lief. Laibach, Kleinmayr
u. Baraberg. In-S", p. 1-198 (ouvrage devant être pris en considération, bien
qu'il ne soit pas très-scientifique). — Zwiedineck-Sùdenhorst, Fùrst Christian
der Andere von Anhalt. Graz, Leuschner u. Lubensky. In-S", 84 p. — K^emmel,
Johannes Hass. Dresden, Burdach. In-8°, 246 p. (bonne contribution à l'histoire
de la Réforme). — Delbrûck, Vedische Chrestomathie (note favorable; on
regrette seulement l'absence d'une esquisse de grammaire). — Hehn, Kultur-
pflanzen und Hausthiere. 2. umgearb. Aufl. Berlin, Borntraeger. In-8% xij-jjj
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 3 — 9 Janvier — 1875
Sommaire : 6. Delbruck, Chrestomathie védique. — 7. La Bible, tr. p. Reuss. —
8. Lampros, Des honneurs qu'on rendait aux fondateurs des cités grecques. — 9.
De Vilhena, Les races historiques de la péninsule ibérique. — 10. Rœhricht,
Contribution à l'histoire des Croisades, t. l. — Sociétés savantes : Académie des
inscriptions.
6. — Vedische Chrestomathie mit Anmerkungen und Glossar von B.
Delbruck. Halle, Buchhandlung des Waisenhauses. 1874. i vol. in-S", 128 p. —
Prix : 4 fr.
La publication de la Chrestomathie védique de M. D. répond à un véritable
besoin de l'enseignement. Nous savons par expérience combien il était difficile
jusqu'à présent d'introduire dans un cours élémentaire l'explication du Rig-Veda.
Après avoir traduit les quelques hymnes que renferme la Chrestomathie de
M. Benfey, il fallait avoir immédiatement recours à l'édition complète de
M. Aufrecht (ou à celle qu'a récemment publiée M. Max Mûller) et au diction-
naire de Pétersbourg, c'est-à-dire à deux ouvrages qui ne pouvaient guère être,
le second surtout, à la disposition de tous les étudiants. Grâce au secours qui
nous vient si à propos de M. D., ils trouveront dans un livre d'un usage com-
mode et d'un prix peu élevé la matière d'exercices qui pourront les mettre en
état, non pas sans doute de comprendre le texte entier du Rig-Veda, mais au
moins d'en aborder l'étude pour leur propre compte. La nouvelle Chrestomathie
fournira en un mot, avec la partie védique de la Chrestomathie de M. Benfey
dont elle ne reproduit qu'un seul morceau (l'hymne I, 48), un texte suffisant
aux premières leçons du maître.
Dans le choix des morceaux, l'auteur paraît s'être proposé surtout de faire
connaître aux élèves les principales divinités du Rig-Veda, et de les leur faire
connaître dans des hymnes offrant quelque intérêt littéraire. Il a cependant omis
les Maruts qui ne figurent qu'accidentellement dans son recueil, particulièrement
dans un hymne à Rudra (11,33). Peut-être aurait-on pu souhaiter en général
l'introduction d'un plus grand nombre d'hymnes tout à fait faciles dans un livre
naturellement destiné à des commençants.
Le texte est très-correct. Nous n'avons relevé dans un examen à la vérité
fort superficiel qu'un nombre insignifiant de fautes : une apostrophe indûment
placée dewanl jahur (II, 24, 7), 'catru pour 'çatru (V, 2, 12), sânkâh pour
sdnkâh (VI, 75, 5). Le seul défaut du texte que nous donne M. D., mais il est
grave à nos yeux, c'est d'être transcrit en caractères romains. Autant nous
approuvons pour les publications qui s'adressent aux savants l'usage de la
transcription qui diminue les frais d'impression, et, ce qui n'est pas à dédaigner
non plus, la fatigue de la vue, autant nous jugeons indispensable de maintenir
XV 2
l8 REVUE CRITIQUE
l'emploi des caractères indiens dans les livres destinés aux étudiants, La lecture
courante de l'écriture Devanâgarî est trop difficile à apprendre et à retenir pour
qu'il soit prudent de les en dispenser trop tôt. Il peut moins encore venir à la
pensée d'un maître ayant quelque pratique de l'enseignement de les en dispenser
dès l'abord, et de différer, sous le prétexte de ne pas rebuter des commençants,
une étude qui est naturellement liée à celle de la première partie de la gram-
maire, c'est-à-dire de PEuphonie. M. D. est probablement du même avis que
nous là-dessus, et peut-être a-t-il dû reculer devant des difficultés d'impression.
L'usage des caractères romains dans sa Chrestomathie n'en est pas moins
regrettable.
L'absence du Pada-pâtha, même sous la forme abrégée donnée dans l'édition
de M. Aufrecht, se justifie mieux. Quoique l'euphonie des hymnes védiques, un
peu plus arbitraire que celle des livres écrits en sanscrit classique^ offre des
difficultés qui ne peuvent pas toujours être tranchées par la connaissance des
règles, il n'est pas mauvais d'imposer à l'élève un effort de plus.
Nous ne pourrons naturellement bien juger qu'^ l'user la valeur du glossaire
adjoint à la Chrestomathie. M. D. lui a d'ailleurs donné pour base, comme il
l'annonce dans sa préface, le dictionnaire de Pétersbourg, et la partie actuelle-
ment publiée du lexique de M. Grassmann. Nous y avons remarqué l'absence
du mot vâhishtha (V, 2$, 7).
Les notes, placées au bas des pages, dans lesquelles l'auteur cite à l'occasion
les traductions déjà données des hymnes, communique les faits et les idées
nécessaires à leur intelligence, et enfin cherche à résoudre les difficuhés sérieuses
qu'ils peuvent présenter, donnent naturellement, au moins celles du dernier
ordre, plus de prise à la critique. Nous serons pourtant très-sobre d'observa-
tions sur ce sujet, parce que le travail de M. D., exécuté avec une parfaite
compétence, et un soin scrupuleux, ne nous laisse guère à relever d'erreurs
évidentes, et que la discussion de tous les points qui peuvent donner matière à
controverse nous entraînerait beaucoup trop loin.
Il lui a échappé pourtant en proposant pour le vers II, 23, 16 la réunion des
deux mots abhl drnhâs d'écrire abhidruhàh sans songer que l'accent ne tomberait
pas alors sur la désinence (cf. abhldràhe, II, 27, 16). Les corrections qu'il
propose pour plusieurs autres passages du texte sont nécessairement hypothé-
tiques, mais de plus, la nécessité ou même l'utilité n'en est pas toujours bien
démontrée. En pareil cas, la hardiesse du critique ne vient quelquefois que d'une
timidité excessive du grammairien ou du traducteur. Ainsi il propose de substi-
tuer dans le vers i , 48, 14 ydt (conjonction) à yé, et dans le vers V, i , 9 eîi à
eshi, faute d'avoir voulu reconnaître dans ces deux passages une construction
hardie du pronom relatif sans antécédent exprimé, ni facile à sous-entendre dans
la proposition principale, construction dont il a cependant signalé lui-même dans
un autre ouvrage {Der Gebrauch des Conjuncîivs und Optativs, p. 49) un exemple
emprunté au sanscrit classique. Le relatif nous semble avoir dans une construc-
tion de ce genre un sens indéfini analogue à celui du latin quicumque : « Quelques
» Rishis anciens qui t'aient invoquée (mais dans le sens de comme, et non de
d'histoire et de littérature. 19
)) quoique), agrée nos louanges, etc. « et « A quelque homme que tu sois
» apparu dans toute ta beauté, aussitôt ô Agni tu surpasses les autres (feux pour
)) cet homme » cf. 1,59, i)'. Ailleurs c'est le traducteur qui nous semble avoir
été trop timide. Ainsi dans le vers IV, 56, 2 M. D. ne propose sans doute de
réunir en un seul les deux mots pdri dhydyâ qu'à cause de l'étrangeté apparente
du sens : « ils ont fait un char de (en le tirant de) leur esprit » (mânasas pàri).
Nous croyons cependant cette traduction très-admissible, parce que le char fait
par les Ribhus, conçus comme d'anciens sacrificateurs, nous semble être la
prière avec laquelle ils amènent les dieux sur l'autel.
M. D. nous paraît avoir abusé de l'interprétation pittoresque à propos du
vers V^ 2, 4 où il propose pour pâlikmr id yuvaîdyo bhavanti la traduction :
<( Les jeunes deviennent vieilles » ce qui signifierait selon lui que les deux
morceaux de bois avec lesquels on allume Agni deviennent gris de fumée. Mais
le pluriel semble bien indiquer que les mères d'Agni dont il s'agit ici sont, non
les deux morceaux de bois qui servent à l'allumer sur l'autel, mais les eaux au
sein desquelles il naît dans l'atmosphère, et nous traduirions plutôt le passage
en question : « Les vieilles deviennent jeunes. » Agni rajeunit ici ses mères
comme ailleurs il les engendre. — L'idée que la prière à Varuna qui forme
l'hymne VII, 89 est adressée à ce dieu par un hydropique peut sembler ingé-
nieuse. Mais il paraît pourtant bien naturel de laisser un sens moral à ce vers :
« La soif lia cupidité) s'est emparée de ton chantre alors qu'il était au milieu
» des eaux, » placé entre deux autres où le dévot confesse ses péchés. Quant à
la comparaison : « Je vais bondissant (plutôt que tremblant), en quelque sorte,
» comme une outre enflée, » toute bizarre qu'elle est, ne peut-elle convenir à
la marche désordonnée du pécheur qui a quitté le droit chemin .>* — Le vers X,
14, 16 dont M. D. trouve la première moitié obscure nous paraît signifier :
« Il vole (va) par les trois coupes (les trois mondes) : les six terres (ou plutôt
» les six mondes, trois ciels et trois terres) et le grand unique (le septième
» monde), la trshtubh, la gâyaîfi, les mètres, toutes choses sont comprises en
» Yama. » Sur les six mondes et le septième monde qui est le monde du
mystère, « la place cachée de la vache ou de l'oiseau, » on peut comparer les
vers I, 164, 6 et VIII, 41, 9. — M, D., d'après le sens qu'il donne à la racine
sphnr dans son glossaire pour le vers 9 de l'hymne sur les dés (X, 34), en com-
prend le premier pâda, comme l'a traduit M. Muir, c'est-à-dire à peu près
ainsi : « Ils roulent en bas et bondissent en haut. » Or le reste du vers ne con-
tient que des jeux d'esprit sous forme de paradoxes : « Étant sans mains ils
» triomphent de celui qui a des mains; charbons divins jetés dans la fosse
» (où l'on fait rouler les dés, le mot signifie aussi source), quoique froids ils
» brûlent le cœur. » Il nous semble naturel de chercher un paradoxe du même
genre dans le premier pâda, et l'on voit par ceux que nous venons de traduire
qu'il n'est pas indispensable d'en trouver un d'un goût bien délicat. La racine
sphuT « bondir » paraît signifier activement « bondir sur, écraser « dans un
passage où il est question de la victoire d'Indra sur les démons (II, 12, 12) et
surtout dans un autre où elle est accompagnée de l'instrumental padà « avec le
20 REVUE CRITIQUE
» pied » (I, 84, 8). Nous croyons donc que le passage en question signifie :
« ils roulent en bas (dans la fosse), ils écrasent en haut (le joueur), n
Là ne se bornent pas les discussions que nous pourrions entamer à propos
soit des notes de M. D., soit de son glossaire. Mais il ne nous est naturellement
pas permis de prendre occasion d'une Chrestomathie pour soulever toutes les
questions auxquelles peut donner lieu l'interprétation des morceaux qu'elle ren-
ferme, et il ne nous reste qu'à renouveler nos remerciements à l'auteur pour le
livre dont il vient d'enrichir notre bibliothèque scolaire.
Abel Bergaigne.
7. — La Bible; traduction nouvelle avec introductions et commentaires, par Edouard
Reuss, professeur à l'Université de Strasbourg. — Préface et introduction générale.
— Paris, Sandoz et Fischbacher. 1874. In-8*, 64 p. — Prix : 1 fr. 25 ^.
C'est avec une vraie satisfaction que nous annonçons aujourd'hui le premier
fascicule d'une publication longtemps attendue et vivement désirée. Tous ceux
qui, en France, se préoccupent d'études bibliques ou s'intéressent aux résultats
de la critique historique appliquée aux livres de l'Ancien et du Nouveau Testa-
ment, savaient que M. le professeur Reuss, de Strasbourg, avait consacré une
partie de sa vie si laborieuse à une traduction française de la Bible; ils savaient
aussi que cette traduction devait être accompagnée d'introductions, de commen-
taires, de notes, en un mot de tout ce qui peut contribuer à faciliter l'intelli-
gence des livres sacrés du peuple hébreu et de la littérature primitive du
christianisme. Le nom de l'auteur disait assez comment la tâche serait conçue et
exécutée. Le savant professeur qui avait écrit l'Histoire de la théologie chrétienne
au siècle apostolique 2 et l'Histoire du canon des Ecritures saintes dans l'Eglise chré-
tienne 5, ne pouvait produire qu'une œuvre sévèrement scientifique, exclusive de
toutes préoccupations ecclésiastiques ou dogmatiques.
Un travail de ce genre était devenu, pour notre public lettré, d'une néces-
sité absolue. Non pas que les traductions de la Bible en langue française fassent
défaut; nous en avons beaucoup, quelques-unes même dignes d'éloges : par
exemple, les versions de l'Ancien Testament dont nous sommes redevables
à Perret-Gentil et à M. le professeur Segond4, de Genève, peuvent supporter
la comparaison avec tous les travaux analogues publiés à l'étranger. Mais
ces traductions ne présentent qu'un texte nu, sans notes ni commentaires. Ce
qui nous manque, ce qui constitue la lacune que va combler la publication de
M. Reuss, c'est un exposé, joint à la traduction de chaque livre, des grands
résultats obtenus depuis trois quarts de siècle par la critique et l'exégèse
biblique. A quelle époque fut écrite telle partie de la Bible ? Par quel auteur .?
1. Le prix de l'ouvrage complet ne dépassera guère la somme de 100 francs pour les
souscripteurs.
2. 3* édition. Strasbourg, 1864, 2 vol. in-S».
3. 2' édition. Strasbourg, 1864, 1 vol. in-8°.
4. Genève, 1873. 2 vol. in-8*.
d'histoire et de littérature. 21
Quelle en est la valeur historique ? Dans quel rapport se trouve tel livre avec tel
autre ? Quelle est l'interprétation scientifique de tel ouvrage controversé ? Autant
de questions que se pose à chaque instant le lecteur intelligent et qu'il ne peut
guère résoudre avec les seules ressources de notre littérature. Dès aujourd'hui
nous sommes en mesure d'affirmer que bientôt, grâce à la Bible de M. Reuss,
la patrie des Bochart, des Cappel et des Richard Simon, fondateurs de la
science biblique, sera en possession d'un véritable Bibelwerk et n'aura plus rien
à envier sous ce rapport aux autres pays.
Nous n'avons encore sous les yeux que le premier fascicule de ce grand
ouvrage qui se composera de I2à 1 5 volumes in-8°. L'auteur y expose à grands
traits l'histoire du recueil sacré et la manière dont il entend le présenter aux
lecteurs français. Dès les premières pages, on se sent en face d'un des maîtres
de la science, mais cet exposé, ou plutôt ce programme, est conçu en termes
généraux qui ne laissent guère prise à une critique de détail. Une véritable
appréciation de la méthode suivie par l'auteur ne sera possible que lorsque
plusieurs livres auront été publiés. Tout ce que nous avons à faire en atten-
dant, c'est de signaler la classification nouvelle à laquelle M. Reuss a soumis
les livres bibliques, classification beaucoup plus rationnelle que celle qui est
vulgairement adoptée. Les diverses parties de l'Ancien et du Nouveau Testa-
ment seront rangées dans l'ordre suivant :
I. Ancien Testament. I. Résumé de l'histoire des Israélites depuis la conquête de
la Palestine jusqu'à l'Exil (Livres des Juges, de Samuel et des Rois). — IL Les
Prophètes (d'après l'ordre chronologique). — IIL L'histoire sainte et la loi (Pen-
tateuque et Josué). — IV. Chronique ecclésiastique de Jérusalem (Chroniques,
Esdras, Néhémie). — V. Poésie lyrique (Psaumes, Lamentations, Cantique). —
Vl. Poésie didactique, philosophique, morale (Job, Proverbes, Jonas, Ecclésiaste,
Tobie, Ecclésiastique, Sapience). — VII. Littérature politique et polémique (Ruth,
Daniel, Esther, Baruch, Judith).
II. Nouveau Testament. I. L'histoire évangélique (Synopse des trois premiers
évangiles). — II. L'histoire apostolique (Actes des Apôtres). — III. Les épîtres
pauliniennes. — IV. L'Apocalypse. — V. Les épîtres aux Hébreux, de Jacques, de
Pierre et de Jude. — VL La théologie johannique (Évangile et Épîtres).
Au seul examen de ce plan, tout lecteur un peu au courant de l'état actuel
des questions bibliques pourra entrevoir les principaux résultats critiques aux-
quels l'auteur a été conduit par ses études. Nous nous croyons autorisé à ajouter
que certaines conclusions défendues par M. Reuss au sujet de l'histoire du
peuple hébreu seront nouvelles pour ceux-là mêmes qui se consacrent spéciale-
ment à cette branche de la science.
A. Carrière.
8. — De conditorum coloniarum Greecarum indole prsemiisque et hono-
ribus. Dissertatio inauguralis historica quam scripsit Spyridion P. Lampros,
epirota. Lipsiae. 1873. In-8* (en grec). — Prix : 2 fr.
Cette dissertation ne mérite pas de retenir longtemps la critique ; c'est un
22 REVUE CRITIQUE
devoir d'élève. Le plan en est clair; les faits connus y sont distribués avec
ordre, mais elle ne contient ni un fait nouveau, ni une idée qui soit personnelle
à l'auteur. Nulle part celui-ci n'a essayé d'indiquer à quel fonds d'idées primi-
tives et d'antiques croyances religieuses se rattachaient les honneurs rendus aux
fondateurs des cités; nous le renvoyons à un excellent chapitre de M. Fustel de
Coulanges, dans la Cité antique; c'est le cinquième du livre III.
9. — As Raças historicas da peninsula iberica e a sua influencia no direito
portuguez por Julio de Vilhena. Coimbra. 1873. Impr. da Universidade. In-8°, 141p.
Cet opuscule a principalement pour but de combattre la théorie de
M. Th. Braga, qui attribue dans la formation de la nationalité portugaise et
notamment dans le développement du droit une part prépondérante à l'élément
germanique et « mosarabe », Nous avons dit ici même tout ce qu'il y avait en
effet d'exagéré et parfois de hasardé dans le système de l'ingénieux historien de
la littérature portugaise. Malheureusement M. de Vilhena, qui signale sans ménage-
ment les brillants défauts de son adversaire, est loin d'être exempt de torts en
partie identiques, en partie plus graves encore. Les deux écrivains parlent trop
doctoralement, d'après des ouvrages de seconde main, de choses qu'ils connais-
sent fort mal; chez l'un et chez l'autre, l'esprit de système nuit d'ailleurs à la
juste appréciation des faits.
Dans le ch. I, après avoir parlé en général de M. Braga, M. de V. le réfute
en ce qui touche son assertion la plus risquée, à savoir que les Romains auraient
conquis et administré, mais non assimilé l'Espagne. Ici il a pleinement raison,
mais les textes sur lesquels il s'appuie, et qui sont cités sans méthode, auraient
pu être très-augmentés et rapportés plus exactement.
Le ch. II traite des habitants primitifs de l'Espagne; il est excessivement
faible. L'auteur se figure être au courant des travaux et des résultats de la lin-
guistique moderne, parce qu'il accumule les citations empruntées à des ouvrages
— généralement à des ouvrages de vulgarisation ~ de la valeur la plus inégale.
Chaque page pourrait servir de texte à un commentaire rectificatif aussi long
que fastidieux. Bornons-nous à dire que M. de V. rattache les Ibères à la
famille aryenne, répète, d'après je ne sais quel compilateur belge, les rêve-
ries qu'on croyait à jamais oubliées sur la proche parenté des Celtes et des
Mèdes et la séparation des Mages d'avec les Druides, prouve (p. 40) la parenté
du latin avec l'allemand par les mots Bischof, Kopf, Pfund et Pfeffer, etc. , etc.
Ce chapitre serait simplement à rayer si l'auteur n'appuyait pas la suite de la
démonstration sur l'origine aryenne des Ibères, qui explique, d'après lui, leur
fusion prompte et facile avec les Romains.
Le ch. III traite de l'influence des Allemands non pas sur la race portugaise
(car ce côté de la question n'est pas même abordé), mais sur le droit portugais.
M. Braga a peut-être exagéré cette influence; M. de V. la restreint au-delà de
toutes limites raisonnables. Ainsi quand il veut prouver que les cojurateurs, le
d'histoire et de littérature. a 5
combat judiciaire et le wergeld ne sont pas des institutions d'origine germani-
que, il a recours aux raisonnements les plus vains. Le serment se retrouvant
dans la législation romaine, les cojurateurs peuvent bien, d'après lui, en provenir;
mais ce qui fait des cojurateurs une institution si originale, c'est qu'ils jurent
non pour eux, mais pour un autre, non pour attester un fait qu'ils connaissent,
mais pour ajouter à l'affirmation d'un tiers le poids de leur autorité ' . — De
même le duel de David et de Goliath, le combat des Horaces et des Curiaces,
ne prouvent aucunement que le combat judiciaire ait existé ailleurs que chez les
Germains, non plus que des rapprochements avec l'Inde ou la Grèce ne prouvent
que les épreuves judiciaires proviennent du droit romain. — L'idée la plus
bizarre de M. de V. est de voir dans le vi'ergeld, ce trait si spécial et si caracté-
ristique des lois barbares, le produit de l'influence du christianisme et de l'Église
sur la législation romaine ! — On voit combien cette argumentation est systé-
matique et superficielle.
Le ch. IV est consacré à une appréciation du moyen-âge, que l'auteur ne
veut considérer ni comme un recul, ni comme un arrêt, ni comme une crise
dans le « développement de l'humanité », et qui, d'après lui, n'est qu'une
phase normale de l'évolution continue. Au point de vue juridique notamment,
l'auteur montre que les plus anciennes ordonnances des rois de Portugal sont
empreintes de l'esprit du droit romain et en reproduisent parfois littéralement la
disposition. Mais il ne voit pas que le droit royal, appuyé, en Portugal comme
ailleurs, sur la législation romaine, est en grande partie une innovation et même
une réaction contre la période précédente. Il laisse presque entièrement de côté
les chartes de commune (Joraes) sur lesquelles M. Braga s'était surtout appuyé,
et qui présentent un caractère bien différent des constitutions faites par les rois.
Avec de bonnes parties, ce chapitre est donc loin d'être complet et conforme à
la vérité.
Enfin, dans le ch. V, l'auteur parle des Arabes, et montre sans grande diffi-
culté que leur domination, toute-puissante à la surface, n'a pas jeté de racines dans
le sol national, que leurs institutions juridiques et sociales, par exemple, n'ont
exercé aucune influence sur celles des vaincus. Il conclut que, malgré les inva-
sions des Carthaginois, des Allemands et des Arabes, la race ibérique, aryenne
d'origine et complètement romanisée, est restée romaine dans tous ses traits
essentiels.
Malgré ses nombreux défauts, cet ouvrage contient, comme on le voit, une
part notable de vrai. L'auteur, comme beaucoup d'autres aujourd'hui, aime à
s'emplir la bouche des grands mots de «science moderne», «critique moderne»,
«philosophie de l'histoire», «anthropologiescientifique», etc., et passe beaucoup
trop de temps à proclamer solennellement un programme qui est ensuite bien
maigrement réalisé. La science et la critique « modernes », comme celles de
1. Autre chose est de savoir si M. Braga, dont je n'ai pas le livre sous la main, a eu
raison de retrouver des cojurateurs dans le droit portugais du moyen-âge. Il est sou-
vent arrivé qu'on a confondu l'institution des cojuratorcs avec celle du jury, absolument
différente.
24 REVUE CRITIQUE
tous les temps, reposent sur quelques principes bien simples, qui ne prêtent pas
aux belles phrases, mais qui doivent toujours être présents à l'esprit de ceux
qui prétendent travailler dans le grand atelier scientifique : ne pas aborder un
sujet sans avoir essayé de connaître tout ce qui s'y rapporte ; — ne jamais
avancer un fait sans s'être assuré s'il est exact, dans quelle mesure il est
certain et sous quelle forme précise on le connaît; — ne jamais tirer des faits
que les conclusions qui en ressortent naturellement, etc. M. de Vilhena, qui paraît
avoir un esprit judicieux et le goût du travail, pourra, en se conformant plus
strictement à ces règles, rendre de grands services à l'histoire de son pays.
G. P.
10. — R. Rœhricht. Beitrœge zur Geschichte der Kreuzzûge. I Bd. In-8*,
x-346 p. Berlin, Weidmann. 1874. — Prix : 10 fr, 75.
Depuis les grands ouvrages de Michaud et de Wilken, l'Histoire des Croisades
n'a été l'objet de presque aucun travail important. L'histoire de la première
croisade par Sybel est un essai tout à fait isolé; essai de jeunesse d'ailleurs, et
qui ne satisfait pas les exigences actuelles de la science. Le peu d'empressement
qu'on a mis à étudier des événements aussi considérables s'explique par ce fait
que les orientalistes sont d'ordinaire peu versés dans la connaissance des docu-
ments historiques du moyen-âge occidental ; et que les médiévistes de leur côté
sont le plus souvent incapables de consulter directement les sources arabes.
Celles-ci d'ailleurs sont encore en majeure partie inédites; la collection française
des historiens orientaux des croisades procède nécessairement à ses publications
avec une grande lenteur, et son plan l'oblige à commencer par rééditer des
œuvres dont nous possédons déjà non-seulement le texte, mais parfois même la
traduction. Dans de telles conditions, les travaux de longue haleine sur les croi-
sades sont.presque impossibles. On doit se contenter d'élucider des points de
détail dans l'intérêt des historiens de l'avenir.
C'est là le but que se propose M. R. Rœhricht dans ses Beiîr£ge zur Geschichte
der Kreuzziïge, dont le premier volume vient de paraître. Il s'ouvre par un essai
sur la croisade de Frédéric H. Bien que M. R. ne paraisse pas connaître lui-
même l'arabe, il a pu, grâce au concours de savants orientaHstes, contrôler et
compléter les unes par les autres les sources occidentales et les sources orien-
tales. Aussi nous donne-t-il un récit beaucoup plus complet que ceux que nous
possédions jusqu'ici sur les négociations de l'empereur avec le sultan Al-Kâmil,
et nous fait-il parfaitement comprendre comment les querelles d'Al-Kâmil avec
son frère Al-Moazzam et son neveu Al-Nazir l'ont amené à consentir à la cession
de Jérusalem. La qualité qui distingue le travail de M. A. est une précision
rigoureuse. Il n'avance pas une assertion qui ne soit appuyée par un renvoi aux
sources et souvent même expliquée par des notes assez développées et toujours
très-instructives. Rapide, net, lumineux, son récit est néanmoins complet jusqu'à
la minutie.
d'histoire et de littérature. 2)
Au premier abord M. R. semble s'être borné au rôle de narrateur et s'être
abstenu de toute appréciation et de toute idée générale. Mais on découvre bientôt
sous cette apparente objectivité une thèse soutenue avec habileté et avec passion.
M. R. est convaincu que Frédéric II n'a différé son départ pour la Terre-Sainte
de 121 5 à 1228 que pour les motifs les plus légitimes, que la conduite de Gré-
goire IX envers lui a été un tissu de mensonges et d'iniquités, et que l'empereur
avait mérité par son expédition et son traité avec Al-Kâmil la reconnaissance et
l'admiration de la chrétienté. Si l'on devait juger les événements historiques
d'après nos idées contemporaines, l'opinion de M. R, serait parfaitement justifiée.
Frédéric II avait de très-bonnes raisons pour ne pas s'en aller en Terre-Sainte
et ne pas sacrifier pour une expédition probablement inutile la tranquillité de ses
Etats et sa propre santé; il a montré une intelligence supérieure en ne cherchant
pas à rien arracher aux infidèles par les armes, mais en profitant de leurs dissen-
sions intestines pour obtenir par la voie sûre de la diplomatie ce que la violence
n'aurait peut-être pas réussi à conquérir. Enfin Grégoire IX a lancé contre Fré-
déric des accusations certainement calomnieuses et peut-être consciemment
mensongères. Mais tout cela ne suffit pas à légitimiter le jugement de M. R. —
Au point de vue moral du xiii® siècle, Frédéric II était coupable, et c'était le
pape qui représentait la vérité et la justice. Le devoir de Frédéric II était de
sacrifier et son royaume et sa personne à l'accomplissement de son vœu : c'est
ainsi qu'agit S. Louis. Les négociations amicales de Frédéric avec Al-Kâmil
étaient des sacrilèges aux yeux des vrais chrétiens, et le traité par lequel l'em-
pereur laissait aux musulmans non-seulement la presque totalité de la Palestine,
mais deux mosquées dans la ville sainte, était une trahison des intérêts de la
foi '. M. R. objecte que d'autres traités ont été conclus avec les musulmans sans
que l'Eglise s'en soit indignée. Sans doute; mais ces traités suivaient des batailles
et n'étaient que la ratification de ce qu'avaient décidé les armes; tandis que
Frédéric traitait sans avoir combattu. M. R. dit avec beaucoup de justesse (p. 11)
que l'empereur n'avait point fait une croisade, mais une négociation diplomatique
appuyée par une démonstration militaire. Il a donné en cela une preuve de la
supériorité de son esprit sur celui des hommes de son temps; mais vouloir que
les contemporains approuvassent cette manière d'agir, c'est ne pas comprendre
les mœurs et les idées de l'époque. C'est un malheur pour un chef d'Etat d'être
trop supérieur par l'intelligence au temps dans lequel il vit ; il se trouve comme
dépaysé,, dépourvu de règle fixe et de but pratique. C'est la raison pour laquelle,
malgré ses hautes capacités, Frédéric II s'est montré durant tout son règne in-
décis, faible et finalement impuissant. S. Louis^ au contraire, quilui était intel-
lectuellement inférieur et qui partageait tous les préjugés de ses contemporains,
a eu un règne fécond et utile. Il était venu à l'heure propice, dans le milieu
pour lequel il était fait, tandis que Frédéric II était en avance de plusieurs siècles
I . M. R. a eu le tort de raconter en' bloc les négociations de Frédéric avec Al-Kâmil
après le récit de l'excommunication lancée par Grégoire IX. Ces négociations commencées
avant la maladie et rexcommunication de l'empereur expliquent en partie l'indignation du
pape.
26 REVUE CRITIQUE
sur ceux qui l'entouraient. Il ne pouvait qu'inspirer de l'iiorreur aux croyants;
quant aux armes employées contre lui, aux mensonges, aux calomnies dont on
l'accablait, qu'importait aux yeux des hommes de ce temps ? Frédéric à son tour
employait les mêmes armes contre le pape. Dans ces temps violents et troublés,
on croyait tout possible de la part d'un ennemi, et l'on ne distinguait pas entre
le possible et le réel. Il suffit pour s'en convaincre de lire les écrits des papes et
des empereurs pendant leur grande lutte. On ne peut les juger d'après les mêmes
règles morales que nous appliquons à nos contemporains.
M. R, donne une preuve bien frappante de sa partialité en faveur de Fré-
déric II, Quand l'empereur, poursuivi par les anathèmes du pape et du patriarche
Gerold, se rembarqua pour l'Italie, il ordonna à tous les croisés de le suivre, au
grand désespoir et à la grande indignation des chrétiens de Palestine. M. R.
trouve leurs plaintes illégitimes et la conduite de Frédéric pleine de sagesse, car
il savait par expérience que les chrétiens ne respectaient les traités avec les
musulmans que quand ils étaient trop faibles pour les violer. C'était dans leur
propre intérêt et pour leur conserver Jérusalem qu'il leur enlevait le plus grand
nombre possible de troupes (p. 46). Même en admettant que ce fût là le motif
de la conduite de l'empereur, on ne pouvait vraiment exiger que les habitants
de la Palestine comprissent l'excellence de ces raisons. Il est d'ailleurs bien plus
vraisemblable de croire que Frédéric a cédé à son ressentiment, qu'il ne tenait
pas à rien faire pour les chrétiens de Syrie, qu'il voulait les affaiblir pour les
empêcher de troubler ses relations amicales avec Al-Kâmil et de contrarier ses
projets de traité de commerce avec le sultan. S'il faut en croire les historiens
orientaux, il n'aurait réclamé la cession de Jérusalem que pour pouvoir retourner
la tête haute parmi les princes d'Europe. Il est peu probable qu'il ait exprimé
explicitement sa pensée à ce sujet, mais les musulmans comme les chrétiens l'ont
comprise, et c'en est assez pour expliquer les colères qu'il a soulevées.
M. R. croit que néanmoins la croisade de Frédéric a produit une impression
grandiose sur une partie des contemporains, que les âmes naïves ont trouvé
merveilleuse cette expédition de dix mois qui avait rendu sans coup férir à la
chrétienté la ville sainte, perdue depuis quarante et un ans. Ce fait serait devenu
dans l'imagination populaire le point de départ de légendes où le souvenir de
l'empereur est resté comme celui d'un héros de la foi. M. R. rappelle à ce sujet
les poétiques paroles consacrées par Jean de Winterthur à Frédéric II, réforma-
teur de l'Eglise et sauveur de l'empire. M. R. oublie d'ajouter que le moine
franciscain traite cette légende de « magna dementia et fatuitas, » et l'on a
prouvé que la légende de Frédéric a pour unique base le double fait qu'il a passé
pour l'antéchrist et qu'il était considéré comme le dernier empereur. Le De Vita
Antechrisîi d'Adson a été l'origine de tous ces récits, et l'admiration des contem-
porains de Frédéric II n'y est entrée pour rien '.
I. Voy. un art. de M. Riezier, Zur deutschen Kaisersage, dans l'Historische Zeitschrift
de Sybel. 1874. 3'fasc. p.6^ M. Rœhricht, citant les paroles du chroniqueur thuringien
Rothe qui annonça pour la fin des temps la venue d'un puissant empereur qui établira
la paix parmi les princes et s'appellera Frédéric « umbe fredis willen, den her machit »,
d'histoire et de littérature. 27
A la suite de l'essai sur la croisade de Frédéric II, M. R. donne en appendice
la traduction allemande d'extraits des auteurs arabes, empruntés à Amari, Biblio-
îheca arabo-sicula, et de deux passages de Makrisi; 2 1 des fragments d'Amadi et
de Florio Bustron, et une note sur la légende de l'arbre desséché auquel Frédéric
suspend son bouclier et qui alors reverdit et porte des fruits.
Le second essai a pour sujet la lutte de Saladin avec les chrétiens en 1 187 et
1 1 88. C'est un récit détaillé des événements arrivés depuis la rupture de la trêve
de II 87 par Renaud de Chatillon jusqu'au siège d'Acre par Gui de Lusignan en
août 1 189. La bataille de Hattin (^-4 juillet 1 187) qui anéantit en deux jours
de combat la puissance militaire des chrétiens de Palestine et la prise de Jéru-
salem par Saladin forment naturellement la partie la plus importante du travail.
Mais ces faits étaient déjà suffisamment connus. M. R. a seulement mis en
lumière, mieux encore qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, la magnanimité de Saladin
envers les habitants de Jérusalem, magnanimité d'autant plus frappante qu'elle
contraste avec la férocité dont il fit preuve après la bataille de Hattin. M. R.
nous raconte aussi avec la plus minutieuse exactitude la campagne faite par
Saladin contre tous les châteaux-forts de la Syrie. Il montre la même rigueur de
méthode et de preuves que dans son premier essai. Il lui échappe cependant
aussi, mais bien plus rarement, de juger les personnages d'après les idées modernes
et non d'après celles de leur temps. Il s'étonne que Renaud de Chatillon qui viola
la trêve de 11 87, en pillant une caravane musulmane, ait été loué par certains
chroniqueurs et même vénéré comme un saint, après qu'il eût été tué par Saladin
(p. 175, n. 68). Rompre une trêve conclue avec des infidèles ne paraissait point
un crime aux yeux des chrétiens du xii* s.^ et Renaud était mort martyr de sa
foi, puisque Saladin lui avait offert la vie sauve s'il voulait embrasser l'islamisme.
L'appendice du 2^ essai contient deux fragments d'Ibn-Khallikan tirés de la
traduction anglaise par M. de Slane et une lettre de l'évêque Guillaume (nous
ne savons quel était son évêché) sur la ruine de Jérusalem. Cette lettre, fort
curieuse, signalée par M. Riant (de Haymaro monacho, p. 33) d'après un ms.
de Copenhague, est donnée en entier d'après l'original conservé à Leipzig.
G. M.
II.
Les 128 dernières pages du volume de M. R., en ne comptant pas un court
index géographique, sont occupées par un long et intéressant extrait de l'histoire
d'Alep, de Kémâl-Eddin, traduit en français par le baron Silvestre de Sacy, et
publié pour la première fois. Il s'agit ici d'un travail de la jeunesse de notre
grand orientaliste, travail qu'il entreprit à la demande d'un savant bénédictin de
l'abbaye de Saint- G ermain-des- Prés, dom Berthereau, et dont il confia plus tard
le manuscrit à Frédéric Wilken, qui l'a mis à contribution dans sa grande histoire
des croisades. L'ouvrage de Kémâl-Eddin (Abou-Hafs Omar) est une des chro-
niques arabes qui renferment le plus de renseignements neufs et curieux sur
l'époque des croisades, et notamment sur la principauté d'Antioche et les comtés
dit que ces paroles méritent d'être rappelées dans l'état actuel de l'Allemagne. Est-ce parce
que le prince royal s'appelle Frédéric^ On sourit de rencontrer de pareilles puérilités dans
un ouvrage sérieux.
28 REVUE CRITIQUE
d'Edesse et de Tripoli, que leur position mettait plus directement en contact
avec les souverains d'Alep. L'auteur parle souvent en témoin oculaire ou d'après
des témoins oculaires, et pour les faits relatifs aux premières croisades il a, en
général, puisé aux meilleures sources. Il était né en l'an de l'hégire $88 (1192
de J.-C), dans la ville d'Alep, oii son père, son aïeul et son bisaïeul avaient été
revêtus de la dignité de kadhi; il fut lui-même employé soit dans l'enseignement,
soit dans diverses négociations, et mourut au Caire, où l'invasion des Mongols
l'avait obligé de chercher un refuge, en 660 (1261). Comme l'a dit S. de Sacy,
l'histoire d'Alep « est une des meilleures histoires particulières composées par
» les Musulmans; et nous ne craignons pas d'assurer que, parmi les historiens
» orientaux, Kémâl-Eddin est un de ceux dont l'ouvrage mériteroit le mieux de
» voir le jour'. »
L'extrait traduit par S. de S. commence avec l'année 488 de l'hégire (1095
de J.-C.) et avec le récit de l'expédition de Tadj-Eddaulah Toutouch, prince
seldjoukide de la Syrie, contre son neveu le sultan Barkiarok. Il finit à la mort
de l'atabek Nour-Eddin (i $ mai 1 174), et comprend ainsi un espace d'environ
quatre-vingts ans. Le commencement de cet extrait correspond à peu près à un
morceau publié, il y a vingt ans, par l'auteur de la présente note, qui n'avait
pas eu connaissance du travail de son illustre devancier 2. La traduction faite par
nous s'arrête à la mort de Tancrède ; sur quelques points elle est plus complète
que celle de S. de S., dans d'autres endroits elle donne un sens différent, et
M. R. a eu soin de signaler la plupart de ces divergences. Il a reproduit aussi
en tout ou en partie un assez grand nombre de nos notes, en les faisant suivre
du nom ou de l'initiale de l'auteur. Il est à regretter que le savant allemand
n'ait pu recourir à l'original arabe, pour corriger et compléter la traduction de
S. de S. Car dans un assez grand nombre de passages ce travail ne peut être
considéré que comme une ébauche, et il nous paraît très-probable que l'auteur
n'a pas relu son manuscrit, ou du moins ne l'a pas soumis à une dernière révi-
sion. De plus, quoique l'écriture de S. de S., même vers la fin de sa longue et
laborieuse carrière, fût très-nette et très-facile à lire, M. R. n'est point toujours
parvenu à la transcrire exactement. C'est ainsi qu'il a imprimé (p. 214) que les
habitants d'Apamée députèrent en Egypte pour demander au gouverneur un
calife fatimite, au lieu de : demander un gouverneur au calife; qu'il fait émettre
par un des chefs musulmans confédérés contre les croisés, à Antioche, cet avis
qu'on les mît enfermés dans Antioche, au lieu de qu'on les tînt (p. 224). Ailleurs
(p. 246) le moueddin (crieur chargé d'appeler les fidèles à la prière) d'Ezaz est
transformé en Mouin-ed-din; souffrirez-vous, en suffirez-vous (p. 2 50); le nom
propre Amina, en celui d'Anna, et cela à deux reprises différentes (p. 229 et 250);
la grande (citadelle d'Alep), en la garde (p. 251); le taux (des impôts), en
temps (p. 263); il n'éprouva point de soulagement, en il n'aprouva (sic) point
son logement (p. 271), etc.
1 . Notice des manuscrits de D. Berthereau (extraite du Magasin encyclopédique), p. 1 3. Cf.
la Biographie universelle, t. XXII, p. 284.
2. Récit de la première croisade et. des quatorze années suivantes, etc., dans les Mémoires
d'histoire orientale, etc., par M. C. Defremery, Paris, F. Didot, 1854, p. 3J à 6j.
d'histoire et de littérature. 29
Je vais indiquer maintenant une partie des changements dont la traduction
me paraît susceptible. En donnant à ces observations une plus grande extension,
j'aurais craint de fatiguer la patience du lecteur. Mais si l'éditeur continue son
recueil et qu'il veuille y insérer des additions et corrections pour le morceau
emprunté à l'histoire d'Alep, je suis tout disposé à lui communiquer des remar-
ques qui n'ont pas trouvé place dans les pages suivantes.
Page 212, les mots Djénah-Eddaulah ont été oubliés devant le nom propre
Hosein, et le mot fils entre Behrâm et de Toutousch. Même page, au lieu
de : jusqu'au moment où Tadj-Eddoula s'étant rendu maître de Rey, ils vinrent
ensemble le trouver dans cette ville, le texte arabe dit : jusqu'à ce qu'il se mît
en marche vers Rey et qu'ils l'accompagnassent dans cette expédition {ila an sâra
ila'rreyyi fésârâ maahou). Page 2 1 3 il faut lire Adhb-Eddaulah (le glaive de l'em-
pire) Abak, fils d'Abd-Errezzak, et non Abad-Eddoula Ibek, fils de Rezzak, et
partout où il y a Abad (p. 214, 215, etc.), il faut substituer Adhb '. Page 215,
le nom de la ville de Bozaa a été estropié en Bazaga. P. 217, il est question
d'un personnage qui fut pris dans un combat, et conduit à Alep, où il fut ren-
fermé dans la prison et s'évada ensuite. Mais 1° l'orthographe donnée au nom
de ce personnage, Asbara, n'est pas conforme au manuscrit, où on lit clairement
Asbaoua (fol. 1 18 v°). Il s'agit de l'individu nommé ailleurs Sabaoua. Ensuite
le chroniqueur dit qu'il fut remis en liberté (tsoumma ouîhlika), et non qu'il
s'évada. Le manuscrit appelle la princesse, épouse de Rodhouân, Djendjec, et
non Djourdic. Page 219, il est fait mention de deux fils du prince d'Antioche,
nommés l'un Chems-Eddaulah et l'autre Mohammed. S. de S. ajoute au nom de
ce dernier le mot Asfar. Mais cette addition est le résuhat d'une inadvertance
provenant de ce que le nom de Mohammed, mis à l'accusatif, a été joint au mot
suivant, qui n'est autre chose qu'un verbe à la troisième personne du singulier
du prétérit, précédé d'une conjonction (Mohammedann fésâra; ms. fol. 1 19 v°).
A la même page il faut lire avec le texte vingt-deux vaisseaux et non 28.
Page 228, Kémâl-Eddin dit que les Francs restèrent 33 jours en possession
de Maarra, à partir de l'assaut qui les avait rendus maîtres de cette place (ouéma-
lacouha tsalatsaîann oué tsalaîsyna yaumann bad'alhadjmati); et non pas qu'ils
« employèrent 3 3 jours au siège de cette place. » En réformant la traduction de
S. de S., ainsi que je viens de l'indiquer, les difficultés que ce savant avait cru
voir dans le récit de Kémâl-Eddin disparaissent complètement, et l'on n'est pas
obligé de supposer avec lui une lacune d'un feuillet dans le manuscrit, supposi-
tion d'ailleurs qui n'était point partagée par dom Berthereau. En effet, le docte
religieux a tracé en cet endroit sur notre manuscrit de Kémâl-Eddin une note
ainsi conçue : cette page paraît être la suite immédiate de la précédente. Page
228, 1. 1 5 , il y a une phrase de l'original omise dans la traduction. Il faut suppléer
ainsi cette lacune : Djénah-Eddaulah consentit à la demande de Rodhouân, et
I. P. 309, vers le milieu, on trouve le nom d' Abad-Eddoula, donné à Modjyr-Eddin
Abak, prince de Damas. Le manuscrit porte encore ici Adhb et non Abad (f. 166 r*,
ligne anté-pénultième). Mais dans cet endroit les mots Adhb-Eddaulah nous paraissent
avoir été introduits à tort, sans doute par suite d'une réminiscence de l'auteur ou d'un
copiste.
JO REVUE CRITIQUE
celui-ci revint à Alep, en compagnie du premier, P. 229 et ailleurs, le nom du
vizir Abou'lfadhl ibn-Almaoussoul est changé en Ibn-el-Mansour. Dans cette
même page, le nom de Sermyn a été omis devant celui de Maarra. Page 233, le
prince de Tripoli est appelé Ibn-Omar, au lieu de Ibn-Ammâr.
Page 235, note i, M. R. dit par inadvertance que Cotlough était gouverneur
de Moussoul, confondant ainsi ce personnage avec Djaouély Sékaou, dont il est
parlé sept lignes plus bas. P. 239, il est question de soixante maisons ruinées
que Rodhouân vendit en un même jour, et l'auteur ajoute : « Ce sont les
soixante masures désignées encore aujourd'hui dans les registres de la chancel-
lerie d'Alep » (/y déouaouyni Haleta) et non « que l'on nomme aujourd'hui
Déouaouin-Haleb » (les douanes d'Alep). P. 261 , il est dit que Baudouin II, roi
de Jérusalem, ayant fait une incursion dans les environs d'Alep, prit des hommes
et des bestiaux dans Elganadek. Au lieu de ce mot le manuscrit porte dis-
tinctement (fol. 142 v°, 1. I®) Alfanadik, pluriel du mot fondouk^ synonyme de
khan ou caravansérail. P. 266, les mots à Mardin Çila Maridyna) doivent être
suppléés après les mots arriva sain et sauf (cf. le ms. fol. 143 r°, l. 4). Page
267, dans la réponse de Baudouin au messager de Soleïmân, les mots ouéouka-
tilou dounahou signifient « et je combattrai pour sa défense », et non : « et à
porter mes armes ailleurs. » Page 268, les mots ouédakhala biha bihaleba signi-
fient « il consomma son mariage avec elle à Alep, » et non « l'amena avec lui à
Alep. « Page 271, l. 5, le mot vertes doit être ajouté après noix. Ibidem, d'après
le texte arabe, Galeran était cousin-germain (littéralement fils de la tante mater-
nelle, ibna khaleîihi), et non neveu, de Josselin. Vers le bas de la même page, la
phrase signalée comme obscure ne présente aucune difficulté : il suffit de consi-
dérer comme une sorte de parenthèse les mots relatifs à la conquête de Harrân
par Balac, et l'on aura le sens que voici : Balac fit sortir de la citadelle d'Alep
Sultanchah, fils de Rodhouân, et le fit conduire à Harrân, dont il s'était emparé
dans le mois de rébi second. Il agissait ainsi à cause de la crainte que lui inspi-
rait ce prince.
Page 273 et p. 279, au lieu de Scheikhtân, il faut lire Schébakhtân, ainsi qu'il
est écrit plus haut (p. 239). A la page 279, vers le milieu, après les mots le mit
en fuite, il faut ajouter avec le texte (fol. 149 v") et le tua (puékaîalahou). Page
283, 1. $, en place de la porte d'Elgazak, il faut sans doute lire avec le ras. la
porte d'Alirak ou de l'Irak. Page 294, 1. 4, au lieu de la forteresse de Siz, il
faut lire avec le ms. Assinn. Page 298, les mots djobbata athlasa et imamata
cherbinn sont rendus peu exactement par un manteau de satin et une tiare de
couleur écarlate. Il vaut mieux dire : une tunique de satin et un turban d'étoffe
de lin, ou plutôt de soie '. Page 299, le vrai nom du personnage cité à la 1. 3,
est Sédyd-Eddaulah ibn-alanbâry, et non Seïf-Eddoula ibn-al-Anbazi, et le titre
de catïb Alincha, dont il était revêtu, signifie secrétaire pour les dépêches, et non
secrétaire pour les arrêts. Page 300, la fin du message du prince de Damas,
Chems-el-molouc, à l'Atabec Zengui est inexactement traduite. Le sens est
I. Cf. le Glossaire des mots espagnols et portugais dérivés de l'arabe, par R. Dozjf et W.
H. Engelmann; Leyde, 1869, in-8', p. 260, 261.
d'histoire et de littérature. jt
celui-ci : « J'appellerai les Francs et leur livrerai Damas » (istadaïtou'l frendja
oué sallamtou Dimachka ileihim). Page ^07, au lieu de Boufmis, il faut lire Bou-
kobaïs', nom d'un château-fort situé vis-à-vis de Chaïzer (l'ancienne Larissa).
Page 508, le nom de Barni doit être changé en Baryn, et le nom suivant se lit
dans le ms. (fol. 16$ r") Allacma, au lieu de Elkelma. P. 309, il ne peut être
question de la célèbre ville de Dara, en Mésopotamie; aussi faut-il lire Daréya,
avec le ms. (fol. 166 r°).
Page 311, dans le récit du siège d'Ëdesse par Zengui, il est dit que « l'armée
d'Alep commença à creuser des mines en différents endroits dont le local leur
était parfaitement connu. » Le texte porte Al-Halébiyoun, mot qui signifie bien
les Alépins, mais qui, comme son synonyme Halébiya, est quelquefois employé
pour désigner des mineurs , des sapeurs. Actuellement encore, ainsi que S. de
Sacy l'a fait observer, dans son admirable commentaire sur Abd-Allatif, « l'es
Alépins ont la réputation d'être des plus experts dans l'architecture en pierre et
dans la construction des caves 2. » Page 514, c'est à Yaghra, et non à Bagras,
que Nour-Eddin battit les Francs. Le ms. (fol. 170 v°, ligne dernière) porte
bibaghra {sic). Page 320, il est dit que Nour-Eddin donna la ville de Harrân à
Zeyn-Eddin, et S. de S, ajoute dans une note : c'est vraisemblablement Ali
Kondjek (lisez Kutchuc, c.-à-d, en turc, le Petit; cette faute d'impression, pro-
venant sans doute d'une faute de lecture, revient très-souvent dans le cours de
l'ouvrage). Le fait n'est pas douteux, car le ms. porte distinctement les mots
Aly Koudjuc, et ajoute que ce personnage était le lieutenant de Kotb-Eddin,
frère de Nour-Eddin. Page 325, au lieu de Albeni, prince de Mardin, il faut lire
Alby. Page 330, il est dit que Chircouh choisit vingt mille cavaliers dans l'armée
de Nour-Eddin et en enrôla 60,000 {sic). Ces chiffres doivent être changés en
2000 et 6000. Page 335, les mots Kitâbann maa neddjabinn signifient «une lettre
portée par un courrier monté sur un dromadaire 3, » et non « une lettre très-
respectueuse. )) Enfin, p. 336, au lieu de Hesnay, il faut lire avec le ms. (foh
1 84, v°) Béhesna, nom d'un château-fort, situé non loin de Mérach et de Sou-
maïçât, et qui est inscrit sur la carte de Kiepert {Klein-Asien und Syrien, 1 860),
sous la forme Béhesni. C. Defrémery.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 30 décembre 1874.
Le ministre de l'instruction publique transmet à l'académie un décret qui
approuve l'élection de M. G. Perrot en remplacement de M. Guizot. M. Perrot
est introduit et prend place. — Une lettre de M. J. Leblanc, bibliothécaire et con-
servateur du musée de Vienne (Isère), annonce la découverte qui a été faite en
1 . Cf. les Nouvelles recherches sur les Ismaéliens ou Bathiniens de Syrie, plus connus sous
le nom d'Assassins, etc., par M. C. Defrémery. Paris, 1855, in-S", p. 60, n. i.
2. Relation de l'Egypte, par Abd-Allatif, etc., p. 224, note (32).
3. Cf. sur le mot neddjâb, les Mémoires d'histoire orientale déjà cités, 2^ partie, Paris,
1862, p. 370, note; Boha-Eddin, Saladini Vita et res gesta, p. 146, 1. 9; les Historiens
orientaux des croisades, t. I", p. 583 et le Kitâb Alincha, apud Quatremère, Hist. des sultans
mamlouks de l'Egypte, t. I, i" partie, p. 196, n.
^2 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
cette ville d'une statue romaine en bronze brisée en un très-grand nombre de
fragments. Deux inscriptions l'accompagnaient, et M. Leblanc s'occupe à en
rassembler les fragments pour les reconstituer. L'une est du 3^ s. et porte le nom
de C. Julius Pacatianus, l'autre mentionne un hommage des charpentiers vien-
nois à L. Aquilius Severianus. — M. Jourdain présente de la part de M. Garcin
de Tassy une publication intitulée La langue et la littérature de rHindoustan.
M. Hauréau lit un mémoire Sur quelques maîtres du douzième siècle. Il examine
un poème en vers latins rimes qui a été publié par M. Thomas Wright sous ce
titre Metamorphosis Golu episcopi. L'auteur y décrit un rêve dans lequel lui sont
apparus les dieux et les grands hommes de l'antiquité et les principaux de ses
contemporains. On y remarque une grande admiration pour Abailard et des in-
vectives violentes contre S. Bernard et les moines de son ordre. Ce texte a été
attribué par M. Wright avec assez de vraisemblance, malgré quelque difficulté
pour faire concorder les données chronologiques, à l'archidiacre d'Oxford Walter
Mapes. Il paraît avoir été écrit en 11 41. L'intérêt de ce poème est dans les
détails qu'il fournit sur plusieurs des principaux maîtres de cette époque.
M. Hauréau discute les identifications proposées par M. Wright pour les per-
sonnages qui y sont désignés plus ou moins clairement, et les corrige en partie.
M. de Longpérier lit une note de M. Chabas intitulée Hebr£o-£gyptiaca.
M. Chabas a déjà signalé des textes qui montrent que les Hébreux et les Égyptiens
ont eu un fonds commun de traditions et de règles concernant la morale et la
religion. Il signale au même point de vue le texte déjà connu du papyrus Prisse,
puis celui des maximes du scribe Ani, qui a été publié par M. Mariette, et dont
il a fait un examen spécial. Les principes exposés dans ce dernier texte présentent
suivant M. Chabas des ressemblances frappantes avec ceux de l'ancien et du
nouveau testament. Il annonce une étude détaillée de ces maximes, dans laquelle,
après en avoir examiné le texte philologiquement, il en donnera la traduction et
mettra en évidence les analogies qu'il se contente maintenant de signaler.
M. Brunet de Presle lit un mémoire Sur deux inscriptions de Mile. A propos
des questions qui ont été soulevées au sujet de la Vénus de Milo, M. Brunet de
Presle pense qu'il y a lieu de rappeler l'attention sur deux inscriptions qui avaient
été trouvées dans le voisinage, et que l'on a cru être sans rapport avec la statue.
Elles sont aujourd'hui perdues, mais des éditions en avaient été données.
M. Brunet de Presle cherche à en restituer le texte. Si l'on adoptait la lecture
qu'il propose pour l'une de ces inscriptions, il en résulterait que la Vénus aurait
été l'objet d'une consécration nouvelle à l'époque romaine, ce qui n'empêcherait
pas d'en faire remonter l'exécution à un âge plus ancien.
M. Guérin, poursuivant sa communication sur la géographie historique de la
Palestine, indique ce qu'on rencontre en continuant de suivre la vallée du Jour-
dain du S. au N., et expose particulièrement ce qui concerne les ruines de
Phasaélis, d'Archélais et du mont Sarthaba. Julien Havet.
ERRATUM. — N° i, p. 3, 1. i, au lieu de aux, lisez aus.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
p. (cet important ouvrage est maintenant augmenté de loo pages et d'un index).
— Dante Alighierî, La divina Commedia. Riv. e comm. da Scartazzini. Vol.
I. L'Inferno. Leipzig, Brockhaus. In-S", xij-444 p. (malgré ses défauts, cette
édition peut être comptée au nombre des meilleures). — Hamann's Schriften
und Briefe in 4 Theilen. Herausg. v. Pétri, Hannover, Meyer. 4 Th. In-S",
548 p. — Chappell, The History of Music. Vol. L London, Chappell and Co.
In-S", xc-400 p. (contient de nouvelles vues sur la musique dans l'antiquité).
Jenaer Literatarzeitung, 1874, n'48, 28 novembre. Ritschl, Die christ-
liche Lehre von der Rechtfertigung und Versœhnung. Ed. IL Bonn, Marcus.
In-8°, v)-377 p. (Wilh. Bender). — Brandes, Der Kanzler Kreil. Leipzig,
Barth. In-S", viij-199 p. (G. Graue). — Endemann, Studien in der Romanisch-
kanonistischen V^^irthschafts- und Rechtslehre. Bd. L Berlin, Guttentag. In-S",
xij-471 p. (Stintzing). — WoLF, Lucas Geizkofler und seine Selbstbiographie
1 550-1620. Wien, BraumûUer. In-8°, iv-2n p. (Th. Muther). — Simson,
Jahrbûcher des frsenkischen Reichs unter Ludv^'ig dem Frommen. Bd. I (Meyer
v, Knonau; cf. Rev. crit. 1874, ^h P- 5 0- — D'Arneth et Geffroy, Marie-
Antoinette (M. Philippson; cf. Rev. crit., 1874, II, p. 22). — Adam, De l'har-
monie des voyelles dans les langues ouralo-altaïques. Paris, Maisonneuve. In-8*',
76 4. (Bœhtlingk). — Rœnsch, Itala und Vulgata. 2. Ausg. Marburg,
Elv^ert'sche Verl. In-S", xvj-5 26 p. '^Wilh. Schmitz).
N" 49, 5 décembre. Hausrath, Neutestamentliche Zeitgeschichte.
Th. III. Heidelberg, Bassermann. In-8°, vij-644 P- (Holtzmann). — Kayser,
Das vorexilische Buch der Urgeschichte Israels. Strassburg, Schmidt's Univ.-
Buchh. In-S", vj-198 p. (Schrader). — Luthardt, Der johanneische Ursprung
des vierten Evangeliums. Leipzig, Dœrffling u. Franke. In-8*', viij-223 P- C^-
Grimm). — Maurer, Island von seiner ersten Entdeckung bis zum Untergange
des Freistaats. Mûnchen, Kaiser. In-8", ix-480 p. (K. v. Amira). — De Bun-
sen, The chronology of the bible. With a préface by Sayce. London, Longmans
and Co. In-8'', xiv-i 58 p. (Schrader). — Menant, Annales des rois d'Assyrie.
Paris, Maisonneuve. In-8'*, xii-312 p. (Schrader). — Hopf, Chroniques gréco-
romanes. Berlin, Weidmann. In-8", xlviij-538 p. (B. Kugler). — Baumgart,
vElius Aristides. Leipzig, Teubner. In-8°, viii-24op. (R. Volkmann). — Deutsche
Rundschau, herausg. v, Rodenberg. Jahrg. I, Heft i, October 1874. Berlin,
Gebr. Pastel. In-8° (Walter).
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous le.s ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Berger (B.). Cours de langue française
avec de nombreux exercices empruntés
aux meilleurs écrivains. I. Degré élémen-
taire. In-12, 144 p. Paris (Delagrave).
Bernardakis (A. N.). Le papier-monnaie
dans l'antiquité. In-8% 22 p. Paris (Guil-
laumin).
Boissier (G.). Cicéron et ses amis. Étude
sur la société romaine du temps de César,
3* éd. In-i8jésus,4i9 p. Paris (Hachette
et C-). 3 fr. jo
Chardon (H.). Les Noëls de Jean Daniel,
dit maître Mitou, organiste de Saint-
Maurice et chapelain de Saint-Pierre
d'Angers. 1520-1530. Précédés d'une
étude sur sa vie et ses poésies, ln-8*,
lxx-65 p. Le Mans (imp. Monnoyer).
Chautard (J.). Imitations de quelques
types monétaires propres à la Lorraine
et aux pays limitrophes (avec planches).
In-8' 192 p. Nancy (imp. Crépin-Le-
blond),
Dallet (C). Histoire de l'Église de Corée,
précédée d'une introduction sur l'histoire,
les institutions, la langue, les mœurs et
coutumes coréennes , avec carte et pi.
2 vol. in-8% ccij-982 p. Paris (Palmé;.
Decroos (P.). Histoire générale de la
France du Nord, Flandre-Artois-Picar-
die, depuis les temps les plus reculés
jusqu'en 1871. In-8*, 302 p. Paris (Aur
bry}.
Hagen (H.). Catalogus codicum Bernen-
sium (Bibliotheca Bongarsiana). Pars
prior. Addita est Bongarsii imago. In-8*
320 S. Bern (Haller). 12 fr
Helfert (J. A. v.). Der Rastadtèr Gesand
tenmord. Studie. Mit e. Uebersichts
kartchen. In-8°, xj-361 S. Wien (Brau
muiler). 12 fr
Hirn (J.). Rudolf v. Habsburg. In-8^ x
188 S. Wien (Braumùller). 5 fr. 3$
Islendigadrâpa Hauks Valdisarsonar,
e. islsnd. Gedicht d. XlII. Jahrh. hrsg.
V. D' T. Mœbius. In-4», 66 S. Kiel
(Univ. Buchh.). 2 fr. 15
Jungfer (H.). Untersuchung d. Nach-
richten ùb. Friedrichs L Griechische und
normannische Politik bis zum Wormser
Reichstage (3 1 Mserz 1 1 57). In-8°, 46 S.
Berlin (Weber). • fr- 3 S
Kerviler (R.). Le Chancelier Pierre Sé-
guier, second protecteur de l'Académie
française. Études sur sa vie privée, poli-
tique et littéraire et sur le groupe aca-
démique de ses familiers et commensaux.
In-8», xv-672 p. Paris (Didier et C).
7 fr. 50
Kruse (H.). Quaestiones Aristophaneae.
In-4°, 30 S. Berlin (Calvary et C').
1 fr. 7 5
Ludorfif(F.). Ueb. die Sprache d. alt-
englischen Lay Havelok pe Dane. Ein
• Beitrag zur Kenntniss d. altengl. Gram-
matik. In-8*, 31 S. Miinster (Asschen-
dorff). 75 c.
Malherbe. Poésies complètes avec pré-
face, notes et glossaire par M. P. Jannet.
In- 16, viij-224 p. Paris (Lemerre). 2 fr.
Mayhofif (C). Novae lucubrationes P!i-
nianaï. In-8*, 104 S. Leipzig (Teubner).
3 fr. 25
Mussafia (A.). Zur Katharinenlegende.
L Gr. in-8'', 80 S. Wien (Geroldj.
I fr. 75
Otte (H.). Geschichte der deutschen Bau-
kunst v. der Rœmerzeit bis zur Gegen-
wart. Mit zahlreichen Holzschn. u. an-
deren Abbildgn. 5. (Schluss-) Liefg. Gr.
in-8*, viiju. S. 617-752. Leipzig (T. O.
Weigel). 3 fr- 25
Complet. 24 fr.
Pfizmaier (A.). Zur Geschichte Japans
in dem Zeitraume Bun-Jei. Gr. in-8',
84 S. Wien (Gerold). 1 fr. 75
Procksch (A.). Die Consecutio temporum
beiCaesar. In-8°, 36 S. Leipzig (Teubner).
I fr. 10
Sanders (D.).Vorschlasgezur Feststellung
e. einheitlichen Rechtschreibung fur All-
deutschland. 2. Hft. In-8°, viij-242 S.
Berlin (Guttentag). 2 fr, 75
Schmidt (A.). Shakespeare-Lexicon. A
complète dictionary of ail the english
words, phrases a. constructions in the
Works of the Poet. Vol. L A-L. Gr.
in-8', viij u. S. 1-678 Berlin (G. Reimer).
16 fr.
Schmidt (R.). Kritik der C^ellen zur
Geschichte der Gracchischen Unruhen.
^-8", 35 S. Berlin (Weber). i fr. 3 5
Schriften der Universitaet zu Kiel aus d.
J. 1873. 20. Bd. In-4*, iv-652 S. mite.
Steintaf. Kiel (Universitasts-Buchh.). 6 f .
Schuessler (0.). De(^. CurtiRuficodice
Oxoniensi A. In-4"', 29 S. Leipzig
(Teubner). i fr. 10
Secretan (E.). La langue allemande com-
parée à la langue française au point de
vue de la prononciation, de l'orthographie
et l'étymologie et des flexions. In-8°, viij-
77 p. Lausanne (Benda). 2 fr.
Seyfifert (0.). Studia Plautina. ^-4»,
31 S. Berlin (Calvary et C«). i fr. 65
Simon (J.). Souvenirs du 4 Septembre.
Origine et chute du second empire. In-8',
440 p. Paris (Michel Lévy frères). 6 fr.
Wahl (P. M.). De grscas radicis *EP
vario usu et verbali et nominali. In-8',
38 S. Leipzig (Hinrichs). i fr. 50
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 3 Neuvième année. 16 Janvier 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
A1\4A R T PrT"TFr-"RtrV ^^"""'^"^s divers re-
• iVl/ArvlILl lELi DILI cueillis en Egypte et en
Nubie. i2Mivraison. In-fol. 6 fr.
BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
18® et 19e FASCICULES.
ROFr î AQTÎT'VRÎFr ^^"^^ ^"^ ^^^ comtes et
• L'I-^ i-i/\ollLIr\lLl< vicomtes de Limoges
antérieurs à Pan 1000. 5 fr.
AO A R 1\/T t7 Q T* t7 T^ ÏhT T^ traité de la formation des
• L-'ArviVl lliO 1 lL 1 Cilv mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr.
f^ r^ï-IARANIFTATÎ ^'■^S"^^"^^ ^'"" mystère proven-
^* V^iIAdAINIlLAU çal découverts à Périgueux ,
publiés, traduits et annotés. Gr. in-80. i fr. 50
PERIODIQUES. ..™.
The Academy, N* n8, new séries, 26 décembre 1874. Roland Phillips,
Memoirs of the Civil War in Wales and the Marches, 1642- 1649. ^ vols. Lon-
don, Longmans and Co. (J. J. Cartwright : importante contribution à l'histoire
du pays de Galles). — Bass Mullinger, The University of Cambridge from the
Earliest Times to the Royal Injunctions of 1 5 3 5 . University Press (C. W. Boase :
excellent ouvrage contenant des détails entièrement nouveaux sur les origines de
l'enseignement universitaire anglais). — Sir Samuel Write Baker, Ismailïa ; A
Narrative of the Expédition to Central Africa for the suppression of the Slave
Trade organised by Ismail Khédive of Egypt. London, Macmillan and Co.
(EuAN Smith : art. analytique). — Notes and News. — Notes of Travel. — New
York Letter (J. L. Gilder : revue littéraire). — Correspondence. Bactrian Coins
and Indian dates (Edward Thomas). — An Allusion in « Hamlet » (F. J. Fur-
nivall). — Flint, The Philosophy of History in France and Germany. Edin-
burgh and London, Blackwood (W. Wallace : art. analytique).
The Athenseum, N''246i, 26 décembre. Continental Literature in 1874.
Belgium (E. de Laveleye — Paul Fredericq_). — Bohemia (Dr. J. Durdik).
— Denmark (E. Jessen). — France (Gustave Masson). — Germany (Robert
Zimmermann). — Greece (S. Comnos). — Holland (A, C. Loffelt). — Hun-
gary (A. Vambéry). — Italy (Angelo de Gubernatis). — Servia and Croatia
(G. Popovic). — Spain (J. F. RiAÎio). — J. R. Phillips, The Civil War in
Wales and in the Marches. — The Public Libraries of London. Dr. Williams's
Library. — The Authorship of the anti-Martinist Tracts. L Pap with a Hatchet
(Brinsley Nicholson). — Literary Gossip. — Hebrew Metrology (Barclay V.
Head). — Societies (Soc. royale, de numismatique).
Literarisches Centralblatt, N* i , 2 janvier. Brentano, Psychologie vorn
empirischen Standpunkte. i. Bd. Leipzig, Dunckeru. Humblot. In-8°, XVJ-350P.
— The Jade Chaplet in 24 beads. A collection of songs, ballads, etc. (from the
Chinese) by Carter Stent. London, Trùbner. In-S", viij-i 66 p. (on ne peut
juger cette traduction qu'au point de vue littéraire). — Destinon, De codicum
Cornificianorum ratione. Comm. L Kiel, Haeseler, In-S", 83 p. — Quellen und
Forschungen zur Sprache- und Culturgeschichte der germanischen Vcelker.
Herausg. v. Brink und Scherer. II. Ungedruckte Briefe von und an Johann
Georg Jacobi, herausg. v. Martin. Strassburg, Trùbner. In-8°, viij-90 p. —
C0MOENS, Os Lusiadas. Herausg. v. Reinhardtstœttner. Strassburg, Trùbner.
ln-8°, xlj-96 p. (article sévère). — Scaenicse Romanorum poesis fragmenta
secundis curis recens. Ribbeck. Vol. IL Comicorum fragmenta. Leipzig, Teubner.
In-8°, cxxxvj-508 p. (art. favorable; on reproche seulement à l'auteur l'âpreté
de son ton lorsqu'il parle de ses émules).
Jenaer Literaturzeitung, 1874, n* 50, 12 décembre. KôSTLIN, Martin
Luther. Sein Leben und seine Schriften. Bd. i. 2. Eingel. v. Nitzch. Elberfeld,
Friderichs. In-S", viij-8i i ; iv-679 P- C^- Holtzmann). — Weingarten, Zeit-
tafeln zur Kirchengeschichte. 2. Aufl. Leipzig, Hartung. In-8°, vj-171 p. (Nip-
pold). — Sauter, Diplomatisches ABC. Schlùssel zum Verstaendniss und Lesen
alter Handschriften, etc. Stuttgart, Bruchmann. Tn-folio, 15 Tafeln. Arndt,
Schrifttafeln zum Gebrauche bei Vorlesungen und zum Selbstunterricht. Berlin,
Kœnigliche Hof-Steindr. In-folio, 25 Taf. (Wilh. Schum). — Capasso, Historia
diplomatica Regni Siciliae inde ab anno 12 50-1 266. Neapoli. In-4'', 376 p.
(Wilhelm Bernhardi). — Ritter, Die Union und Heinnch IV 1607-1609.
Mùnchen, Rieger'sche Univ.-Buchh. In-8% vj-627 p. (G. Droysen). — Otto,
Johannes Cochlaeus der Humanist. Breslau, Aderholz. In-8% viij-199 p. (C
REVUE CRITIQ^UE
^D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 3 — 16 Janvier — 1875
Sommaire : 1 1. Delbruck, le Verbe dans la langue védique. — 12. Heyne, Courte
grammaire des anciens dialectes germaniques, 3* éd. — 13. Talbert, Du dialecte
blaisois. — 14. Chronique de Robert de Torigni, p. p. Delisle, t. II. — 15. Chro-
niques de Saint-Martial de Limoges, p. p. Duplès-Agier. — 16. Ethé, Le poète
épique Jules Grosse. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
t;
^\. -r- Das altindische Verbum aus den Hymnen des Rigveda seinem Baue nach
dargestellt von B. Delbruck. Halle, Buchhandlung des Waisenhauses. 1874. i vol.
- in-8% 248 p. — Prix : 8 fr.
I
La nouvelle publication de M. D. offre un double intérêt. A défaut d'un tra-
vail d'ensemble sur la grammaire védique que nous attendons toujours de
M. Benfey, elle traite du moins, d'une façon aussi complète que possible, l'un
des plus importants chapitres de cette grammaire, le chapitre de la structure du
verbe, et rend ainsi un service signalé aux études indiennes. Mais en même
temps elle fournit à la grammaire comparée des matériaux indispensables pour
l'étude des origines de la conjugaison dans les langues indo-européennes, M. D.
est lui-même avant tout un linguiste dont les différents travaux sur les textes
védiques ont toujours été des contributions à la science des Bopp, des Schleicher
et des Curtius, le plus souvent d'ailleurs à une partie encore peu étudiée de cette
science, nous voulons dire la syntaxe comparée. C'est encore à ce dernier ordre
d'études que se rattache indirectement le livre dont nous rendons compte :
M. D. nous annonce en effet que, dans sa pensée, un exposé de la formation du
verbe védique n'est qu'un travail préparatoire à l'étude des temps.
L'auteur a ordonné son ouvrage, non selon le plan ordinaire des grammaires
sanscrites, mais d'après les principes de la grammaire comparée, et nous ne
pouvons que l'en louer : car les catégories des grammairiens hindous, particu-
lièrement la division des verbes en dix classes, appropriées seulement à la langue
sanscrite classique dont elles n'embrassent pas même toutes les formes, paraissent
tout à fait insuffisantes quand on essaie de les appliquer au Rig-Veda. Un court
résumé de la table des matières sera la meilleure recommandation du livre auprès
de nos lecteurs.
Après une introduction consacrée à des généralités sur le texte du Rig-Veda
et les travaux dont il a fait l'objet (p. 1-20), M. D. traite d'abord des désinences
et de l'augment, c'est-à-dire des éléments distincts du thème (p. 23-80). Il
étudie les désinences en rapprochant successivement toutes celles d'une même
personne dans les différents temps, d'abord à l'actif, ensuite au moyen : cet ordre
a l'avantage de réunir tous les éléments qui remplissent une fonction iden-
tique, ridée de la personne restant la même dans quelque temps du verbe qu'elle
soit exprimée. Puis vient (p. 8j-i88) la revue des thèmes de temps. M. D.,
34 'TX \lfyl' REVUE CRITIQUE [ f \J Ti fj
remarquant que la caractéristique a par exemple n'est pas plus, en principe, le
signe du présent que celui de l'aoriste, que le redoublement n'est pas propre au
parfait, mais se rencontre aussi au présent, etc., adopte avec raison une classi-
fication générale uniquement fondée sur la contexture matérielle des thèmes. Il
étudie successivement les thèmes identiques à la racine nue; les thèmes identiques
à la racine redoublée ; ceux en a non renforcés, i " avec l'accent sur la racine,
2° avec l'accent sur la caractéristique; ceux en a renforcés; ceux de la classe
nasale formant les 5% 7^ et 9* classes des grammairiens hindous et en outre
une partie de la i""* et de la 6% ceux en ya, y compris les thèmes de passif;
enfin ceux en cha. Ici se place un appendice sur les verbes qui forment leur pré-
sent de plusieurs manières. M, D. passe ensuite aux thèmes d'aoriste en s, en
distinguant naturellement ceux qui sont entés en quelque sorte sur un thème de
présent (ex. grnîsh-e), puis aux thèmes de futur en sya, et enfin aux désidératifs.
Un appendice est ensuite consacré au prétendu / de liaison. De la page 191 à la
page 198, l'auteur traite des modes : subjonctif, optatif et précatif, impératif.
Ensuite viennent (p. 201-218) les thèmes de verbes dénominatifs, au nombre
desquels il range les causatifs, et enfin (218-238) les formes non personnelles,
c'est-à-dire les infinitifs et les participes. L'ouvrage se termine par un index des
formes les plus difficiles.
Sous chacune des divisions principales que nous venons de reproduire, et de
leurs subdivisions, M. D. donne l'énumération complète des formes qui s'y rap-
portent dans les hymnes du Rig-Veda, en y joignant les formes curieuses que
peuvent présenter les autres textes védiques. Il ne cite pas les passages du Rig-
Veda où se rencontrent les différentes formes, se contentant de renvoyer ses
lecteurs à l'index de M. Max Mûller et surtout à celui de M. Grassmann oili elles
sont méthodiquement classées. Nous ne saurions blâmer M. D. d'avoir diminué
le volume de son ouvrage en supprimant les indications qui auraient fait double
emploi avec celles d'un autre livre, et nous ne pouvons que regretter le retard
apporté à la publication des derniers fascicules de M. Grassmann, Quanta l'énu-
mération des formes, nous n'avons pu encore l'étudier d'assez près pour affirmer
qu'il ne s'y remarque aucune omission. De plus la classification de ces formes
d'après leur fonction, que M. D. n'a pas négligée, tout en la subordonnant à la
classification fondée sur leur contexture matérielle, dépend trop étroitement de
la traduction du texte, pour que les listes qu'il a dressées ne soient pas destinées
à subir certaines modifications avec le progrès de l'interprétation védique. Mais
dès aujourd'hui nous pouvons dire qu'elles paraissent présenter toute l'exactitude
dont un tel travail était susceptible dans l'état actuel de la science.
En même temps qu'il énumère les formes, l'auteur pose et discute les questions
d'origine soulevées par la comparaison de celles qui, différentes matériellement,
sont équivalentes quant à la fonction. Son livre en effet n'est pas seulement un
recueil de matériaux pour une grammaire scientifique; il est lui-même une œuvre
considérable de linguistique. Nous sommes loin d'ailleurs d'accepter toutes les
solutions de M. D. qui souvent ne les présente lui-même que sous forme dubi-
tative. En général, dans cette partie de son ouvrage, comme dans les autres
d'histoire et de littérature. 35
travaux qu'il a déjà publiés, l'auteur, sans suivre servilement sur les questions
déjà traitées les opinions généralement reçues, se montre plutôt conservateur
que novateur, et le caractère général de ses analyses linguistiques est une sorte
d'éclectisme, mêlé de vues originales, mais toujours fidèle à certains dogmes
(qu'il nous pardonne cette expression dont il semble reprocher l'usage à
M. Westphal p. 5 1), à certaines solutions qui, pour être consacrées par un long
et presque universel assentiment, ne peuvent cependant à notre avis passer
pour définitives. Nous voulons parler surtout de la théorie des désinences per-
sonnelles, et de la répugnance de M. D. à admettre sur ce domaine une diver-
sité d'éléments analogue à celle qu'il reconnaît volontiers quand il s'agit de la
formation ou de la dérivation des thèmes. Ainsi tandis qu'il revendique avec
raison les droits d'une caractéristique indépendante u dans karoti contre l'hypo-
thèse d'une chute inexplicable de l'n de krnoti (p. 1 56), il aime mieux au con-
traire supposer la chute tout aussi inexplicable d'un / (p. 66-67) qu'une multi-
plicité des désinences de la 3* personne qui tendrait à assimiler la conjugaison à
la formation et à la dérivation ordinaires. Il nous semble en un mot que M. D.,
qui d'ailleurs ne nie pas l'adaptation tardive de certaines formes telles que le
thème du causal (p. 109) à la fonction qu'elles ont prise dans les périodes histo-
riques du langage, tient trop à l'idée d'une extrême simplicité primitive des
désinences personnelles, et l'ardeur avec laquelle il a défendu contre l'attaque
selon nous mal dirigée, et pourtant victorieuse sur plus d'un point, de M. Ludwig
(cf. Revue, 1873, ^ P- 387) la théorie de Vagglutination, c'est-à-dire de la créa-
tion des formes par l'adjonction aux racines d'éléments pronominaux revêtus
déjà à l'état isolé de la fonction qu'ils remplissent après l'agglutination, nous fait
supposer qu'il ménage surtout dans les explications consacrées de la flexion
verbale le dernier refuge de cette théorie. Nous doutons encore que M. D. fût,
sans cette préoccupation, aussi prompt à admettre le changement de f en 5 dans
les troisièmes personnes du pluriel en us rapprochées de celles en an pour ant
(p. 5 1), qui sans être impossible en soi n'est pas suffisamment prouvé, et qu'on
ne peut guère accepter sans glisser bien vite sur la pente dangereuse de l'identi-
fication des suffixes nominaux ant, an, as, etc. Sous le bénéfice de ces réserves,
nous reconnaissons que les analyses de M. D. sont en général fines, ingénieuses,
appuyées de rapprochements empruntés à une érudition sûre et étendue, et
nous n'ajouterons plus qu'un très-petit nombre d'observations sur des points de
détail.
Il ne semble pas que le vers i , 48, 3 puisse être invoqué (p. 1 1 9) en faveur d'une
forme dadharire pour dadhrire, la prononciation de asyâs en trois syllabes (cf. a^ya
dans Grassmann) rétablissant seule la forme métrique parfaite du pâda qui dans
l'hypothèse de la lecture i^^Aar/ren'auraitni le double iambe final, ni la 8^ syllabe
longue. — Nous réclamerions à la p. 91 une place pour l'aoriste âvas de la racine
vas « briller « que nous avons cru reconnaître dans trois passages au moins du
Rig-Veda, I, 113, 13, 1 57, i; VII, 75, i ÇMém. de la Société de linguistique, II,
p. 37). — L'opinion de Bopp d'après laquelle la désinence ati de la 3^ personne
du pluriel serait une abréviation de anti, n'est pas restée, comme le croit (p. 51)
36 REVUE CRITIQUE
M. D., à l'abri de toute contestation, et MM. Bréal et Louis Havet ont eu au
contraire l'idée, selon nous très-plausible, que la seconde pourrait bien n'être
qu'une nasalisation de la première (ibid. II, p. 193). — Sur Ve des désinences
du duel ethe, eîe dans la conjugaison en a, M. Ludwig a présenté une hypothèse
qui peut être dégagée de sa théorie générale, et qui, ce semble, aurait mérité
une mention à la page 45. Il est difficile en effet de n'être pas frappé de l'ana-
logie de cet e avec celui qui dans la déclinaison en a est le résultat de l'élargis-
sement du thème par un /. — L'identification de la désinence des impératifs en
si avec celle de l'indicatif présent (2* personne) nous semble être une manière
d'éluder plutôt que de résoudre la question soulevée par ces formes si intéres-
santes. Nous renvoyons sur ce sujet à l'hypothèse que nous avons présentée dans
la Revue (1873, I, p. 338). — Le changement de yeno que suppose le rappro-
chement du grec 86va|xat et de la racine sanscrite yu «tirer à soi, s'emparer de»
(p. 78), nous semble difficilement admissible depuis que M. Bréal a ramené,
avec la plus grande vraisemblance, à un thème pronominal da les suffixes de
formation où M. Curtius avait cru observer ce phénomène phonétique {Mémoires
etc. I, p. 193 et suivantes). — Enfin nous avons quelque peine à comprendre
la formule par laquelle M. D. cherche à expliquer le rapport phonétique des
lettres sanscrites h et j (la muette sonore palatale). « Il n'y a pas de doute, »
dit-il, « que le h indien n'ait été une spirante sonore comme le/. » M. D. croi-
rait-il donc que le ; avait dès l'origine la prononciation du g italien devant un i
ou un e, c'est-à-dire celle d'une lettre double, d'un d suivi du / français ? Mais
les classifications des grammairiens hindous ne nous permettent pas de voir dans
le ;', tel qu'il était prononcé de leur temps, autre chose qu'un son simple et
explosif.
Abel Bergaigne.
12. — Kurze Laut- und Flexionslehre der altgermanischen Dialecte,
von Moritz Heyne. j* éd. revue et corrigée. 1874. Paderborn, Druck von F. Schœ-
ningh. In-S", X-4Î4 p. — Prix : 6 fr.
On attendait avec impatience cette troisième édition d'un ouvrage, jugé si
sévèrement à son apparition par Schleicher, et qui malgré d'inévitables défauts
n'en a pas moins réussi, et a été depuis douze ans si utile en Allemagne et à
l'étranger à tous ceux qui étudient les anciens idiomes germaniques. Mais on
pensait aussi que le retard prolongé apporté à la publication de sa grammaire
aurait permis à l'auteur de nous la donner enrichie des derniers résultats de la
science. Malheureusement les nombreux travaux qui occupent depuis longtemps
M. Heyne ne lui ont pas permis cette fois plus qu'il y a quatre ans de remanier et
de refondre son ouvrage. Le seul changement apporté à cette édition se borne à
l'indication entre crochets des publications nouvelles dont les dialectes germa-
niques ont été l'objet depuis 1870. C'est sans doute trop peu. Mais quoiqu'il en
soit, nous n'annonçons pas moins avec une vive satisfaction la publication d'un
livre indispensable à quiconque veut s'initier rapidement à la connaissance des
anciens idiomes allemands. Toutefois nous espérons que M. H. tiendra à
d'histoire et de littérature. 37
honneur de nous donner dans la quatrième édition, ce qu'il n'a pu faire jusqu'ici:
une refonte et un remaniement complet de son travail primitif. Il serait à sou-
haiter aussi qu'il y joignît, comme seconde partie, un abrégé de la syntaxe
allemande, dont sont privés les germanisants, qui ne possèdent que la seconde
édition de la grammaire de Grimm.
C. J.
13. — Du dialecte blaisois et de sa conformité avec rancienne langue
et rancienne prononciation française, thèse présentée à la faculté des lettres
de Paris, par F. Talbert, professeur de rhétorique au prytanée militaire de La Flèche.
Paris, Thorin. 1874. i vol. in-S", xv-338 p. — Prix: 7 fr. 50.
Le titre qui précède annonce une étude sur le dialecte de Blois et des rappro-
chements entre ce dialecte et la vieille langue française. On s'attend donc à
trouver d'un côté une description exacte et méthodique de la phonétique, de la
grammaire et de la syntaxe de ce patois, de l'autre une étude comparative éta -
blissant rigoureusement en quels points il a conservé des traces de l'ancien
français, en quels points il a innové. Mais, en ouvrant le livre, on est quelque
peu déçu. L'ouvrage de M. T. ne contient qu'un essai de description plus ou
moins précis du patois ou, comme dit de préférence l'auteur, du dialecte blaisois,
accompagné, quand l'occasion s'en présente, de digressions étendues sur la vieille
langue, depuis la fin du moyen-âge, jusqu'au xviii^ siècle. Ce n'est pas une
étude méthodique sur un point spécial et nettement déterminé de la philologie
française; c'est un ensemble d'observations rentrant dans un cadre plus ou
moins large. Il ne serait pas juste de demander à l'auteur plus qu'il n'a voulu
nous offrir. Voyons comment, le plan de son livre ainsi compris, il l'a exécuté.
On n'a qu'à jeter un coup d'œil au hasard sur l'ouvrage de M. T. pour se
convaincre que l'auteur n'est nullement au courant des questions de la philologie
française. Il ne connaît ni les méthodes ni les travaux de Diez et de son école.
Il paraît ignorer l'ouvrage de M. Gaston Paris sur Vaccenî latin, qui est Vabc
dans la science de la philologie française. La seule autorité à laquelle il se réfère
volontiers est Burguy, dont il fait son guide habituel, et c'est là un guide peu
sûr, comme on sait. Bien que l'ouvrage paraisse fait, à en juger par la table des
matières, sur un plan correct (I Voyelles; II Diphthongues ; III Triphîhongiies ;
IV Consonnes; V Article, substantif et verbe ; VI Textes blaisois) l'ordre suivi dans
le détail n'est rien moins que scientifique. D'abord, on chercherait vainement
soit une carte soit une description géographique du dialecte dont l'auteur
entreprend l'étude. Les quelques mots qu'il dit dans V Avant-propos ne sont pas
suffisants. En dehors de Blois, quels sont les environs qu'a exploités M. T. et
jusqu'où s'étendent-ils ? Si nous entrons dans l'examen du livre, nous voyons
dans la cinquième partie, une section (p. 243-259) consacrée aux substantifs
qui ne diffèrent du français que par la prononciation, autrement dit, qui sont soumis
à des lois de phonétique spéciale. L'auteur n'a pas vu que cette question devait
rentrer dans l'étude de la prononciation des voyelles et des consonnes. M. T.
n'a qu'unis vague idée du rôle de l'accent latin en roman, et il ignore l'histoire
38 REVUE CRITIQUE
du vieux français et des lois de sa formation. Dès les premières lignes, consta-
tant ce fait que le dialecte blaisois allonge Va long français et tend à en faire
un 0 (sable = sâbe), il cite à l'appui de cette prononciation nasale (sic) les
formes de l'anglo-normand aun, le changement de al en au, faits d'ordre
entièrement différent; il en rapproche d'autres formes blaisoises telles que
papa, maman oh c'est Va atone initial qui devient 0 bref ou long. Comme exemple
du changement de a en e, il cite (p. 1 1) almena, bremer qui contiennent un e
féminin, à côté de chercutier, catherre qui renferment un é ouvert. «E sonne é dans
» dehors, fainéant, lézard, lécher, jeter, etc. » (p. 18). Ici sont rapprochées des
formes dissemblables, 1'/ de diors,féegniant est dû à un adoucissement de l'hiatus;
celui de lizard, licher, jiter, à l'action de la gutturale avoisinante. Dans les
exemples de changement de i en e ou é, ou ai ou ei (c'est tout un pour l'auteur),
on trouve pêle-mêle réunis des mots ayant un / atone, ou un i en position, ou
un i devant un consonne palatale (p. 24). M. T. affirme que les rimes Othon,
semun de la Chronique des ducs de Normandie (v. 18144-45) sonnaient oun, et
il tranche la question de Vo en vieux français d'après les assertions de Burguy,
sans se douter de la complexité des problèmes que soulève l'étude de cette
voyelle. Il démontre que Vu s'est jadis prononcé eu. « Telle a été, en effet, non
» pas la seule prononciation de la voyelle, mais une des plus communément
» employées depuis l'origine de la langue (!) » (p. 49). Il fonde cette étonnante
affirmation d'un côté sur des exemples établissant la prononciation eu pour des
mots qui depuis ont eu un u, mais qui se prononçaient d'abord eu et plus ancien-
nement eu, ce qui ne prouve rien; de l'autre sur le témoignage de Palsgrave qui
note par eu notre u, ce qui n'est pas plus étrange que la notation allemande du
même son par ue {ueber). Pour prouver que de tout temps ai en v.-fr. sonnait
é, noté par é ou par ei (p. 62), il cite les imparfaits normands en eit, comme si
l'imparfait français avait toujours été en ait, les participes bourguignons en eit
(de aîus) et des formes en e réduites de ai qu'il accentue à son gré en é; parmi
ces formes en e qu'il donne comme issues de ai, on trouve des mots tels que per
(aujourd'hui pair de parem), qui n'a jamais été en v.-fr. que per et ne doit son
orthographe par ai qu'à une erreur des lettrés de la Renaissance. Entre autres
exemples de l'affaiblissement de ai en a (p. 70) il cite des mots comme
vrâment, pâment ce qui est exact, ou comme agu, aguser, claron, char (carnem),
que j'aimasse (affaiblissement de que j'aimaisse, dit M, T., p. 246); il ne remar-
que pas que dans ces derniers mots 1'^ est étymologique. Il partage l'opinion
des grammairiens qui voient des diphthongues dans des sons simples tels que
ou, au, eu (p. i $7); aussi écrit-il que « la diphthongue ou sonne 0 dans un
» certain nombre de mots : tourment, poumon, nourrir, etc., prononcez tor-
» ment, etc. « Il fait dater la diphthongue iau des origines de la langue et
comme preuve à l'appui, il cite des vers d'Eust. Deschamps, d'Adam de la
Halle, c'est-à-dire des textes de la fin du xiii'= siècle ou du xiv*. Ayant
remarqué que le normand a une affection spéciale pour Ve et le bourguignon
pour Va, et admettant la théorie surannée qui voit dans le français un mélange
de deux dialectes, il reconnaît du normand dans le v.-fr. amere, avère (amara,
d'histoire et de littérature. î9
avara), serchent (circant) et du bourguignon dans parcevoir, mrrai, damier, larme,
gendarme! Combattant Chevallet, Ampère, etc. qui voient dans 'f aurais soit
haherem, soit habuero, il penche à faire venir ce temps de fiabere habeam (p. 294),
ne se doutant pas que depuis longtemps l'étymologie habere habebam est hors de
conteste. On peut prolonger sans fin cette énumération de rapprochements
inexacts, d'erreurs de faits, d'assertions téméraires. Presqu'à chaque page on se
heurte à des fautes de ce genre, et il n'est pas besoin d'un bien long examen
pour se convaincre, comme nous le disions au commencement, que M. T. est
étranger aux questions de la philologie française.
Cependant cet ouvrage est-il sans valeur .? Loin de là. La description du dialecte
blaisois laisse plus qu'à désirer; on n'en trouve pas moins des formes curieuses,
dignes d'être notées; les textes blaisois cités à la fin de l'ouvrage, quoique peu
nombreux, sont intéressants. Les affirmations de M. T. sur le vieux français
sont plus que téméraires; mais ses observations sur la langue du xvi* et du
xvii® siècle sont en partie neuves. C'est surtout dans ces observations que con-
siste l'intérêt de son livre, dans les témoignages qu'il cite des grammairiens et
des littérateurs, dans l'étude intelligente qu'il fait des rimes des poètes. Il y a là
bien des faits curieux qu'il réunit, qui ne sont pas tous nouveaux comme il se
l'imagine, mais qui le sont du moins pour le grand public. Je signalerai spécia-
lement le chapitre consacré à l'histoire de la diphthongue 0/, et dans lequel il
montre bien, contre M. Quicherat, que le son oua de cette diphthongue a été
précédé d'un son oué (et même ouè) lequel à son tour dérive de oe. Là encore,
sans parler d'erreurs de détail et de sa facilité à se contenter de certains argu-
ments bons en soi, mais insuffisamment développés, l'auteur n'a pas vu que oe
dérive d'un 6i (prononcez comme dans le grec jxoi) , qui provient lui-même
d'un ei antérieur commun à toute la langue d'oil et issu le plus souvent d'un é
ou d'un i latin. Au xii^ siècle, la Picardie change cet ei en oi; la Bourgogne
l'imite; l'Ile-de-France aussi mais partiellement; la Normandie refuse de suivre
dans cette voie les provinces de l'Est et garde son ei. Je signalerai encore le
chapitre consacré à l'histoire de la finale er dans les verbes. Là encore M. T. a
raison contre l'auteur du Traité de versification française. Je noterai aussi les obser-
vations sur la prononciation des nasales au xvi* siècle, sur la distinction du passé
défini et du passé indéfini au xvii« s. Ces diverses observations, d'autres encore
que je ne puis signaler ici, prouvent un esprit judicieux et perspicace. Elles
forment, malgré les nombreuses erreurs qui les déparent et qui sont
dues à l'ignorance de la vieille langue, la partie solide du livre de M. T. Ceux
qui s'intéressent à l'histoire du français tireront profit des renseignements utiles
qu'il y a réunis.
L'ouvrage de M. T. nous montre une tendance nouvelle qui porte les esprits
curieux vers l'étude scientifique de notre langue. C'est ce qui a été compris en
Sorbonne, et on ne peut qu'approuver la Faculté des Lettres d'avoir donné ses
encouragements à de pareilles tentatives en recevant comme thèse de doctorat
un travail sur un patois. Si l'on ne peut aborder sans études préliminaires,
longues et difficiles en somme, des travaux sur le vieux français ou même sur
4© .:•!«!!! REVUE CRITIQUE
les patoisj il reste toujours un champ ouvert aux recherches des hommes
studieux. L'étude de la langue du xvi" et du xvii" siècle demande moins de
connaissances spéciales ; il suffit de lire avec attention les ouvrages du temps :
grammaires, observations littéraires, etc. En recueillant et coordonnant avec
soin et critique les documents de ce genre qui abondent du reste, on peut
apporter beaucoup de faits nouveaux à l'histoire de notre langue. Si l'ouvrage
de M. T. était le signal de recherches de ce genre, nous ne pourrions que nous
en féliciter.
Arsène Darmesteter.
tit}hnQîiqnozsi>Râ M' :-J2o 3^sivîjo j3") Jr
14. — Ghronlqiie de Robert de Torigni, abbé dii Mont-Saint-Miéhel , suivie de
divers opuscules historiques publiée d'après les mss. originaux par L. Delisle.
T. II. Coll. de la Société de l'Histoire de Normandie. Rouen, Le Brument. 1874.
I vol. in-8", xix-415 p. — Prix : 12 fr.
Ce volume complète l'excellente édition de la chronique de Robert de Torigni
entreprise par M. E. Delisle pour la Société de l'Histoire de Normandie '. Il
contient une préface sur la vie et les oeuvres de l'historien normand ; la fin de sa
grande chronique de 1 1 68 à 1 1 86 ; les additions que cette chronique a reçues
dans les monastères de Fécamp, de Lire, de Savigny et du Valasse; la conti-
nuation ajoutée par un moine du Bec pour les années 1 1 57-1 160 à la première
rédaction de la chronique s'arrêtant à 11 56 ; l'opuscule intitulé : De immutaîione
ordinis monachorum. De abbatibus et abbaîiis Normannorum et xdificationibus
earum; des Annales du Mont Saint-Michel s'étendant de la naissance de Jean-
Baptiste à l'année 1291 et dont une panie de 1135 à 1173 est l'œuvre de
Robert; d'autres courtes annales de 506 à 1 1 54 et de 876-1087; enfin les
actes de Robert de Torigni conservés en majeure partie dans le cartulaire du
Mont Saint-Michel et aux archives de la Manche et commençant par le récit de
l'administration du monastère pour les années ii $5-1 159. Un index très-
complet termine l'ouvrage. Nous possédons par conséquent dans les deux
volumes de M. Delisle les œuvres complètes de Robert, à l'exception du hui-
tième livre ajouté à Guillaume de Jumièges qui ne peut pas être séparé des livres
précédents et qui sera publié par M. Lair dans l'édition de Guillaume qu'il pré-
pare en ce moment pour la Société de l'Histoire de France. Une partie de ces
œuvres était inédite. Les Annales les plus développées du Mont Saint-Michel
(ms. d'Avranches, n° 211) n'avaient jamais été publiées; il en était de même des
courtes Annales de 876-1087 (Paris, ms. lat. 1 180); les actes de Robert étaient
également inédits, à l'exception des dernières pièces, la lettre à Gervais prieur
de Saint-Céneri pour l'inviter à écrire l'histoire de Geoffroi le Bel duc de Nor-
mandie et comte d'Anjou, la lettre écrite à l'abbé du Bec en lui envoyant la
seconde partie de sa chronique, et un prologue à une collection d'extraits de
saint Augustin. Les actes relatifs à l'administration du Mont Saint-Michel pen-
dant les années 11 55-1 159 sont en particulier du plus haut intérêt; ils nous
offrent un tableau de l'activité de l'abbé d'un grand monastère normand au
i, Voy. sur le i" vol. Rev. ait. 1873, n* 4, art. 21.
i;;^ î;3I
d'histoire et de littérature. 41
milieu du xii* siècle et peuvent être rapprochés du livre si intéressant de Suger :
de rébus sua administratione gestis. L'opuscule sur les monastères normands avait
déjà été publié à plusieurs reprises par D. Luc d'Achery en 165 1 (à la fin des
œuvres de Guibert de Nogent), par D. Brial (dans le t. XIV du Recueil des
Historiens de Fr.), et dans le Monasticon anglicanum (t. VI, p. 1061-1065).
M. Delisle le premier a indiqué la différence entre les deux rédactions de l'œu-
vre : il donne comme ses prédécesseurs le texte de la seconde, mais il met en
note les variantes que fournit la première.
C'est la chronique qui forme naturellement la partie la plus importante du
travail de M. D. Nous la possédons pour la première fois dans un texte vraiment
correct et complet, avec l'indication de toutes les modifications que Robert a
apportées à son œuvre lors de chacune des rédactions successives. Jusqu'à l'année
1 147 il suit la chronique de Henri de Huntingdon, et M. D. note avec soin tous
les rapports entre les deux ouvrages. A partir de 1 147, Robert écrit d'une ma-
nière tout à fait indépendante et originale, au fur et à mesure des événements,
d'abord au monastère du Bec, puis au Mont Saint-Michel. M.D., dans les notes
vraiment excellentes qui accompagnent le texte, ne laisse passer aucun nom de
personnage ou de lieu sans l'expliquer, souvent par des documents inédits ; il
renvoie aux passages des autres chroniqueurs anglais contemporains qui peu-
vent éclaircir et compléter les renseignements que nous fournit Robert, J'avais
déjà signalé à propos du premier volume les annotations de M. D. Je ne puis
que répéter ici ce que j'avais déjà dit : il est impossible d'être plus complet, plus
sobre et plus précis. Aussi ne pouvons-nous nous empêcher de regretter que
M. D. ait cru devoir borner ses annotations à la chronique et n'en point donner
aux autres écrits contenus dans cette édition. L'opuscule sur les abbayes nor-
mandes en particulier nécessiterait des éclaircissements presque à chaque ligne,
et ces éclaircissements eussent été surtout désirables dans une publication qui
n'est pas exclusivement destinée aux érudits, mais encore aux membres très-
divers d'une société d'histoire provinciale. Je reconnais toutefois que ce commen-
taire eût été très- difficile à exécuter et qu'il aurait augmenté d'une manière
disproportionnée le travail déjà si considérable de M. D.
C'est le désir de ne pas trop dépasser les limites qui lui étaient prescrites qui
a imposé à M. D. dans sa préface une sobriété que nous serions disposé à
trouver excessive. Il dit tout ce qui est essentiel ; et il le dit avec une précision
qui ne laisse rien à désirer. Pour un livre destiné aux savants, il n'y aurait rien
à demander de plus ni de mieux; pour le grand nombre des souscripteurs de
la Société, quelques pages sur le caractère de l'œuvre de Robert, sur ses
sources, sur son autorité, sur le groupe d'historiens auxquels il se rattache
n'eussent pas été sans utilité. — Continuateur de Sigebert de Genebloux, il fait
partie en effet de cette série d'auteurs d'histoire universelle qui ont pour source
primitive la Chronique d'Eusèbe traduite par saint Jérôme et qui écrivent
pour la plupart sous l'influence de l'Empire d'Allemagne, héritier de l'empire
rom.ain; continuateur de Henri de Huntingdon, il peut être considéré comme un
chroniqueur anglo-normand. H a lui-même très-bien indiqué la nature de son
4i REVUE CRITIQUE
travail dans sa lettre à l'abbé du Bec (p. 540-341 de la présente édition) dont
M. D, eût pu faire remarquer l'importance, et qui détermine parfaitement sa place
dans l'Historiographie du moyen-âge où les chroniques se relient les unes aux
autres et semblent s'engendrer naturellement.
Quant à l'autorité de Robert, M. D. n'en dit qu'un mot, mais ce seul trait a
une importance capitale, et l'habile éditeur aurait pu y insister davantage. Il
montre comment les fonctions d'abbé du Mont Saint-Michel mirent le chroni-
queur en rapport avec un grand nombre de personnages importants, et en parti-
culier avec le roi d'Angleterre Henri II, et il nous indique toutes les occasions
où le roi et l'abbé se trouvèrent réunis. Nous voyons donc que Robert était
dans une position exceptionnellement favorable pour l'exécution de son ouvrage.
Mais en même temps M. D. nous fait remarquer que Robert glisse sur les
démêlés de Thomas Becket et de Henri II. Ce n'était pas dire assez. A l'année
nyi, Robert passe entièrement sous silence l'assassinat de l'archevêque de
Cantorbery et ne parle que de sa canonisation par le pape. Les quatre vers qui
indiquent la mort de Thomas ont été ajoutés postérieurement par une autre
main dans le manuscrit autographe de Robert.
La biographie du chroniqueur était déjà assez bien connue dans ses traits
généraux. Néanmoins M. D. a tiré des actes de Robert des détails nombreux
relatifs à sa vie au Mont Saint-Michel et il a rectifié une erreur assez grave
accréditée depuis longtemps. On croyait que Robert avait été à Rome en 1 1 6 3 .
M. D. réduit à néant cette hypothèse, montre que Robert et Alexandre III se
sont vus à Tours au concile de 1 165 et non à Rome, et replace à sa vraie date
(30 sept. 12 59) une lettre d'Alexandre IV qu'on attribue d'ordinaire à Alexan-
dre III et qu'on date du 30 sept. 1163.
Les additions faites à la chronique de Robert dans divers monastères nor-
mands n'avaient jamais été publiées à part sous leur forme authentique et séparées
du texte primitif comme elles le sont aujourd'hui. La plus importante est celle
que M. D. appelle Continuatio Beccensis, qui a été prise par les précédents édi-
teurs pour une des formes de la chronique de Robert, et qui est en réalité une
continuation tout à fait indépendante. M. Bethmann s'y était trompé et avait
reproduit dans les Monumenta Germaniae l'édition des Bénédictins, tout en pré-
tendant avoir coUationné deux mss. l'un de Rouen et l'autre de Paris dont
l'examen attentif lui aurait certainement fait reconnaître le vrai caractère de
l'œuvre ' .
On peut juger par ce que nous venons de dire de l'importance de l'édition de
M. D. C'est une bonne fortune pour la Société d'Histoire de Normandie d'avoir
pu à ses débuts offrir aux amis des études historiques une publication aussi
remarquable.
1. Bethmann, un des meilleurs collaborateurs des Monumenta, était malheureusement
assez sujet à des négligences de ce genre.
d'histoire et de littérature. 45
15. — Chroniques de Saint-Martial de Limoges, publiées pour la Société de
l'Histoire de France par H. Duplès-Agier. Paris^ Renouard. 1874. In-8*, lxvij-429 p.
— Prix : 9 fr.
Parmi les monastères de la France au moyen-âge, l'un des plus brillants fut
certainement l'abbaye de Saint-Martial de Limoges. L'importance de sa
bibliothèque, le soin avec lequel la plupart des abbés se plurent à l'augmenter et
à la conserver, enfin l'existence d'un grand nombre de fragments de chroniques
manuscrites, tout concourt à le prouver. Ces chroniques, restées pour la plupart
inédites jusqu'à la publication dont nous rendons compte, sont d'une grande
importance, non-seulement pour l'histoire de l'Aquitaine, mais encore pour celle
de toute la France ; on y trouverait nombre d'indications nouvelles sur l'histoire
des démêlés des rois de France et d'Angleterre aux xii^ et xnf siècles, et quand
elles deviennent tout-à-fait locales aux xiv* et xv«, elles ne laissent pas pour
cela de présenter encore un grand intérêt. Avant d'adresser à M. Duplès-Agier
les quelques reproches que nous croyons pouvoir lui faire, nous devons rendre
hommage au talent qu'il a déployé, à la patience avec laquelle il a su retrouver
dans près de 200 manuscrits les fragments qu'il nous donne aujourd'hui. En
effet, il n'est pour ainsi dire pas une seule de ces chroniques qui forme corps
dans les manuscrits; elles sont éparpillées par fragments de quelques lignes sur
leurs marges, sur leurs feuillets blancs; il a fallu les réunir, les reconnaître, com-
parer les écritures et retrouver l'auteur probable de chaque morceau. Aussi
n'y a-t-il rien d'étonnant si dans une publication aussi difficile certains détails
laissent à désirer. La difficulté et le mérite du travail doivent nous disposer à
l'indulgence.
Le volume de M. D.-A. se compose de trois parties, l'introduction, les textes
et une table copieuse. Les textes eux-mêmes se divisent en textes historiques
et en textes archéologiques.
Dans l'introduction, M. D.-A. fait l'histoire des œuvres qu'il édite, en s'ap-
pesantissant surtout sur Adémar de Chabannais ou de Chabannes et sur Bernard
Itier. Sur le premier auteur, il faut avouer qu'il est tout-à-fait insuffisant, il
n'ajoute aucun détail à ceux que nous connaissions déjà et ne semble pas s'être
servi de la notice des éditeurs des Monumenîa Germaniae (SS., t. IV); tout au
moins ne la cite-t-il pas parmi les auteurs qui ont parlé d'Adémar (Jntroduct. ,
p. IV, note 3). De plus, page v, il semble oublier qu'Adémar était moine de
Saint-Cybar d'Angoulême et non pas de Saint-Martial, et que malgré un assez
long séjour dans cette abbaye, avec laquelle il eut de fréquents rapports de
voisinage, jamais il n'y exerça aucune fonction. M. D.-A. n'est pas éloigné
de lui attribuer une restauration du tombeau de ce saint, qui eut lieu à son
époque ; il s'appuie sur une inscription qui orne le tranchant de la pierre tombale
du martyr : Ademari miserere lui. Mais comment un moine de Saint-Cybar eût-il
pu faire exécuter des travaux à Saint-Martial .>* et pourquoi se livrer à cette
supposition invraisemblable, alors qu'au xi® siècle il y eut à Saint-Martial même
un abbé du nom d'Adémar .'' un peu de réflexion eût pu convaincre M. D.-A.
que cette seconde supposition était la seule admissible.
44 REVUE CRITIQUE
La notice qui suit immédiatement celle d'Adémar de Chabannes est un peu
confuse ; elle se rapporte à Hélie de Ruffec et à ses continuateurs, et notamment
pour l'examen et pour l'histoire du manuscrit de Taillefer, le raisonnement de
M. D.-A. quoique juste, est assez difficile à suivre.
Il n'en est pas de même de la notice sur Bernard Itier, qui nous a semblé
excellente de tous points, claire, bien étudiée, infiniment plus complète que
tout ce qui a encore été écrit sur cet auteur; M. D.-A. a tiré, croyons-nous,
tout le parti possible des textes qu'il publiait. Nous y trouvons nécessairement
la biographie de cet écrivain, l'histoire et l'analyse de ses ouvrages, la descrip-
tion des manuscrits qui les contiennent, une étude détaillée sur leur valeur, enfin
des indications intéressantes sur la bibliothèque du couvent au commencement
du xiii^ siècle.
L'auteur termine cette notice en donnant une copieuse analyse des diverses
œuvres de Bernard Itier, étrangères à l'histoire; ici nous lui adresserons un
petit reproche; nous estimons qu'il s'est laissé entraîner à donner une trop
grande importance au personnage dont il faisait l'histoire, et qu'il a attribué à
B. Itier des théories philosophiques et morales, qui ne lui sont pas propres,
car il n'a fait qu'emprunter aux auteurs scolastiques de son temps la matière de
la plupart de ces essais, qui n'ont d'ailleurs aucun intérêt ni pour le fond ni pour
la forme, et sont en général imités de Sénèque et deCicéron. On peut même se de-
mander si ces morceaux sont bien de B. Itier, car ils n'ont rien d'assez original
pour empêcher de les attribuer à un auteur plus ancien, dont le bibliothécaire de
Saint-Martial n'aurait fait que recopier les travaux '. Dans tous les cas, on peut
regretter que M. D.-A. ait cru devoir comprendre ces traités dans sa publica-
tion ; il aurait pu alléger son volume en les omettant et consacrer utilement la
place qu'ils y occupent à une annotation plus complète de la dernière partie 2.
Après la notice sur Bernard Itier en vient une autre sur ses continuateurs,
Etienne de Salvaniec et Hélie Dubreuil, compilateurs inhabiles et incomparable-
ment moins intelligents que leur prédécesseur, mais dont les chroniques ont
toujours l'avantage d'être absolument contemporaines ; toutefois, comme intérêt
et comme valeur, on ne peut les mettre en balance avec celle du premier
rédacteur.
Vient ensuite une étude sur une vaste compilation faite à la fin du xiii® siècle
par un moine de St-Martial, qui tenta de composer avec tous les fragments histo-
riques laissés par ses prédécesseurs un ouvrage analogue à celui de M. D.-A.
lui-même; il les réunit dans un ordre à peu près méthodique, sans toutefois
distinguer les auteurs, en y insérant tous les renseignements qu'il put trouver
ailleurs sur l'histoire de son couvent ; ce travail remplit le manuscrit latin 1 1 0 1 9
de la Bibl. Nat. Il fut recopié à la fin du xiV siècle par un moine de S. Martin
de Limoges et cette copie forme aujourd'hui le manuscrit latin J452. C'est
1. Remarquons que B. Itier a fait d'autres travaux de copie analogues; il avait no-
tamment copié la vie du philosophe Secundus (v. Introd., p. xxx).
2. Nous en dirons autant des traités de théologie et de physique, qu'il attribue à B.
Itier.
d'histoire et de littérature. 45,
du moins ce que cherche à prouver M. D. A.; son argumentation est fondée
sur ce fait que dans la transcription, le style indirect est toujours remplacé par
le style direct, toutes les fois qu'il s'agit du monastère de S. Martin et sur
quelques mots qui prouvent chez le copiste une certaine aversion pour les moines
de Saint-Martial. Les raisons qu'il donne à l'appui de son opinion nous parais-
sent concluantes.
Dans cette compilation et dans les fragments historiques recueillis soit sur les
marges des manuscrits originaux, soit dans les copies de D. Estiennot, M. D. A.
essaie de reconnaître le travail des différents rédacteurs qui se succédèrent. La
première chronique qu'il tente de reconstituer va de l'an 1207 à l'an 1320;
il donne, p. lv-lvi, d'assez bons arguments à l'appui de son opinion. Mais il
nous semble errer en essayant de l'attribuer à Simon de Châteauneuf, chantre
et moine de Saint-Martial, sur lequel on n'a qu'une courte notice assez élogieuse,
il est vrai, des écrivains postérieurs; d'ailleurs cette mention nécrologique sur
laquelle s'appuie M. D.A. n'autorise aucunement une telle supposition; la mort
d'un dignitaire, tel que le chantre, vu le rôle qu'il pouvait avoir joué dans les
affaires intérieures du monastère, était un événement assez important pour
que les annalistes anonymes jugeassent bon d'en marquer exactement l'année et
le jour.
Dans les pages suivantes, M. D. A. combat l'opinion qui soutient que nous
possédons une grande chronique limousine rédigée tantôt par les moines de S.
Martial, tantôt par ceux de S. Martin; il prouve que ce que l'on a pris pour
cette grande chronique n'est qu'une compilation historique allant jusqu'en 1284.
Si de l'introduction nous passons aux textes publiés dans le volume, nous
serons obligés de faire à M. D. A. plusieurs reproches ; ayant voulu collationner
sur les manuscrits originaux quelques passages choisis au hasard, nous avons pu
constater qu'ils n'avaient pas toujours été transcrits avec assez de fidélité. Nous
avions choisi les pages 117 et 1 18 du volume, qui font partie de la chronique
de Bernard Itier, et voici le résultat de notre travail : P. 117, ligne lo, après
de Sancto Marciate, le manuscrit ajoute et. — Même page, 1. 15, au Heu de
id est presbiterum^ le manuscrit porte I presbiîeruin ; la leçon donnée par M, D.A.
se comprendrait mal. — Même page, 1. 22, à la place de rogaî, rogavit, le ms.
porte rogav. — P. 118, 1. 1 1, à la place de promisisset, qui n'a pas de sens, il
faut lire permisisset.
De plus, les renvois ne nous semblent pas toujours parfaitement exacts ; ainsi
Kpage 1 18, les paragraphes 2, 3, 4 sont indiqués comme étant aux feuillets 224
et 225 du ms. latin 4281; ce ms. n'a que 137 f. ; évidemment, l'éditeur a
oublié de donner de nouveau le numéro du manuscrit, qui devait ne plus être le
même.
Enfin, nous ferons à ce sujet à M. D. A. une dernière objection; il a voulu
distinguer les noms de langue vulgaire du contexte latin et les a mis en italiques;
l'idée est bonne, mais il fallait en poursuivre l'application jusqu'au bout; p. 119,
nous trouvons en caractères romains des noms tels que ceux-ci : La Concha,
Trobat; p. 1 20, Chauchagma, etc.
46 REVUE CRITIQUE
La plupart des textes à proprement parler historiques que nous trouvons dans
ce volume présentent un certain intérêt ; ils fournissent des faits nouveaux sur
l'histoire de l'Aquitaine et donnent souvent de curieux renseignements sur l'état
des mœurs et des esprits aux différentes époques du moyen-âge. A ce point de
vue, la chronique factice composée par M. D. A, de fragments anonymes
retrouvés sur les marges des manuscrits de S. Martial renferme nombre de
faits intéressants; tel est, entre beaucoup d'autres, le récit du séjour du dauphin
Louis à Limoges en 1438 (p. 203 et suiv.). De plus, la plupart du temps, les
textes que M. D. A. donne des chroniques déjà publiées sont meilleurs, par
exemple pour Bernard Itier, et pour la Commemoraîio d'Adémar de Chabannes ;
ce dernier morceau, publié d'après un manuscrit du Vatican, fournit dans un
passage célèbre une variante importante et qui semble donner raison aux der-
nières hypothèses sur le lieu de naissance du chroniqueur Adémar ; au lieu de
Campanense, que portait le texte de Labbe, le manuscrit de Rome donne
Capannense, ce qui est bien Chabannes, près Château-Ponsac (p. 4). Ailleurs
(p. 182), il fournit une variante de nom de lieu assez importante au texte donné
par les Historiens de France; les éditeurs de ce recueil auraient vu un mot
de basse latinité là où se trouve le nom d'un prieuré.
M. D. A. a annoté les textes qu'il publiait d'une manière sérieuse et
avec une connaissance très-réelle de cette partie de l'histoire; pourtant,
il oublie quelquefois de donner la raison des dates qu'if attribue à certains
textes; c'est ainsi que p. 298, il ne nous dit pas pourquoi il place entre 12 16
et 1 2 1 8 le récit des miracles accomplis par le pallium de l'autel du Sauveur à
S.Martial. "jj xuci ^nogisq 2uof! nomubcni
A la suite des chroniques, nous trouvons d'abord un certain nombre de listes
des moines bienfaiteurs de l'église et donateurs de terres; la plupart n'ont
aucune importance historique et figureraient plus naturellement dans un cartu-
laire de S. Martial, où elles serviraient à donner une date approximative aux
pièces qui n'en auraient pas. Nous ne ferons guères d'exception qu'en faveur des
indications fournies par le manuscrit latin 1 139, sur les réparations de l'église
et sur les ornements ecclésiastiques dus à la générosité du sacristain W. La
Concha (p. 300 et suiv.). Nous dirons à peu près la même chose des polyptyques,
dont la place était ailleurs, et dont rien ne vient motiver la présence ici, il eût
tout au moins fallu, puisque M. D. A. voulait les publier, donner quelques
détails géographiques sur les possessions de l'abbaye.
Quant aux inventaires d'ornements d'église et de vêtements sacerdotaux, ces
textes, étant relativement anciens, sont d'un grand intérêt; l'annotation en est assez
copieuse et donne tous les détails désirables. Nous n'y avons relevé qu'une note
confuse sur les quinque bans Gaifiers (p. 3 1 5) ; M. D. A. rappelle à ce sujet les
dépouilles de Waïfre, duc d'Aquitaine, conservées à S. Denis, au dire de la
chronique française de ce monastère, et il cite justement un texte de Geoffroi de
Vigeois, qui donne du passage de l'inventaire une explication toute naturelle. Cet
auteur parle en effet de cinq étendards, qua appellanîur hanum Guelferii de
Turribus, que les moines de Saint-Martial portaient à la procession annuelle des
d'histoire et de littérature. 47
Rameaux. Le nombre de ces objets étant le même dans les deux cas, leur iden-
tité n'est pas douteuse. Quant aux inventaires de la bibliothèque qui terminent
le volume, leur annotation est trop succincte, et M. D. A. eût bien dû indiquer
à quels signes il reconnaissait dans les manuscrits cités par l'inventaire les
volumes aujourd'hui à la B. N.
Pour terminer, nous n'avons plus qu'à dire quelques mots de la table. Elle
était naturellement très-difficile à faire, et il faut reconnaître que M. D. A. n'y
a pas entièrement réussi. Les articles en sont mal groupés, les noms sont
souvent mal identifiés à travers leurs variantes orthographiques, et sous un
même mot, les articles sont quelquefois mal rangés. C'est ainsi qu'à l'article W.,
après l'indication d'un certain nombre de personnages tant laïques qu'ecclésiasti-
ques, désignés dans le texte par cette initiale, nous trouvons les dignitaires de
Saint-Martial, placés sans aucun ordre ; l'abbé W. vient en dernier lieu et son
article fait double emploi avec un autre article qui lui est consacré au mot
Willelmus. '"''.'1.'^''.
Voici donc en résumé notre opinion sur l'ouvrage de M. ti. A. : une foule de
textes intéressants, à côté d'un certain nombre d'un intérêt moins immédiat au
point de vue historique et de quelques-uns de parfaitement inutiles ; une anno-
tation généralement bien conçue, sobre et savante, une introduction en majeure
partie excellente. Les défauts que nous avons relevés eussent pu disparaître
presque tous si l'éditeur avait apporté dans l'impression du volume le même soin
et la même patience que dans la recherche des textes qui le composent.
A. MOLINIER.
i6. — Julius Grosse als epischer Dichter. Eine literatur-historische Studie, von D'
Hermann Éthé. 1874. Berlin, Fr. Lipperheide. In-8', 48 p. — Prix : 50 cent.
Une réclame de librairie, mais signée d'un nom connu et dès lors non sans
intérêt. J. Grosse, un des poètes en vue de la génération contemporaine, est
surtout célèbre par ses récits, contes ou nouvelles en vers, qui ne forment pas
moins de six volumes. Ses éditeurs ont réuni, dans le petit livre que nous
annonçons, les articles consacrés dans la Didaskalia par M. Ethé à ces pro-
ductions aussi variées qu'attrayantes, en y joignant des extraits d'articles emprun-
tés à d'autres périodiques. L'idée n'est pas nouvelle ; mais elle n'avait pas encore
été réalisée dans d'aussi larges proportions. On ne peut sans doute que l'approu-
ver; cependant on y applaudirait davantage, si l'on trouvait dans cet opuscule
toutes les critiques dont les œuvres épiques de Grosse ont été l'objet, quel
qu'en fût d'ailleurs le caractère : ce seraient autant de matériaux précieux pour
servir à juger son influence et le rôle qu'il a joué dans la littérature allemande
contemporaine : œuvre plus utile, mais qui aussi eût répondu peut-être moins
bien au but des éditeurs.
Je ne dirai qu'un mot des articles de M. Ethé : s'ils sont trop uniformément
élogieux, ils font aussi ressortir souvent avec bonheur les côtés originaux du
talent épique de Grosse ; par là ils mériteront d'être consultés par l'historien
/
48 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
futur de la génération littéraire actuelle, dont ce poète est un des plus dignes
représentants. C. J.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 8 janvier 1 87 5 .
M. Maury est élu président de l'académie pour l'année 1875 ; M- de Wailly
est élu vice-président. Ces messieurs prennent place au bureau. M. Maury pro-
nonce une courte allocution ; sur sa proposition, des remercîments sont votés à
M. Jourdain, président sortant.
Sont élus membres : de la commission du prix Gobert, MM. Desnoyers, Hau-
réau, Heuzey, Perrot; de la commission des travaux littéraires, MM. Naudet,
Guigniaut, Mohl, Laboulaye, Egger, Ad. Régnier, de Longpérier, Hauréau; de
la commission des antiquités de la France (M. de Lasteyrie ayant demandé à
n'être pas réélu), MM. de Saulcy, de Longpérier, L. Renier, Delisle, Desnoyers,
Hauréau, Jourdain, de Rozière; de la commission de l'école d'Athènes, MM. Ra-
vaisson, Brunet de Presle, Rossignol, Egger, de Longpérier, L. Renier, Wad-
dington, Heuzey; de la commission administrative, MM. Mohl et Brunet de
Presle.
;rT «;,;r.
L'académie a reçu : — pour les concours du prix Bordin, un mémoire sur les
noms des dieux mentionnés dans les inscriptions babyloniennes et assyriennes,
et deux mémoires sur les œuvres de Sidoine Apollinaire; — pour le prix Gobert,
les ouvrages suivants : Le roi René, par M. Lecoy de la Marche; L'école royale
des élèves protégés, par M. Courajod; Livre-journal de Lazare Duvaux, 1748- 17 58;
— pour le concours des antiquités de la France, une Histoire de la ville de Troyes
et de la Champagne méridionale, par M. Boutiot; Annibal en Gaule, par M. Mais-
siat ; et deux mss. l'un sur les voies romaines de la Gaule, l'autre intitulé La
bienheureuse Alpais de Cudot et son biographe.
Ouvrages offerts à l'académie : Note sur quelques: représentations antiques de
Daniel dans la fosse aux lions, par M. E. Leblant; Note sur un temple romain dé-
couvert dans la forêt d'Halatte, par M. de Caix de S. Aymour, et divers recueils
périodiques. — M. Hauréau présente de la part de M. l'abbé Demimuid une
thèse de doctorat sur Jean de Salisbury. Il fait l'éloge de cet ouvrage, mais il
estime que l'auteur s'est montré trop sévère dans son appréciation des doctrines
philosophiques de J. de Salisbury. — M. Maury présente de la part de M™' la
baronne de Belloguet et de M. Maisonneuve, éditeur, une nouvelle édition delà
seconde partie de l'Ethnogénie gauloise du baron Roget de Belloguet. Le nom de
M. Maury a été mis sur le titre de cette publication, mais c'est, dit-il, à son insu:
son travail s'est borné à la révision de quelques notes, et l'honneur comme la
responsabilité de l'ouvrage demeure tout entier à M . de Belloguet.
Julien Havet.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
Bursian). — Rivista di filologia e d'istruzione classica. Roma, Torino, Firenze,
Lœscher (Ludwig Jeep). — JEneîe commentarius poliorceticus recens. Hue.
Lipsise, Teubner. In-S", xij-88 p. (F. K. Hertlein). — Rosenberg, DieErinyen.
Berlin, Borntraeger. In-8°, vj-87 p. (K. Dilthey). — Romanische Studien.
Herausg. v. Bœhmer. Heft4. Strassburg, Trùbner. In-8°, 441-552 p. (Hermann
Suchier).
The Indian Antiquary, éd. by Jas. Burgess. Part XXXVl (vol. III)
novembre 1874. ^^ Inscription from Badâmî (Eggeling). — Dolmens at Konur
and Aiholli (by the Editor). — Pahlavî Inscriptions in South India (A. C. Bur-
nell). — The Temple of Amarnâth (by the Editor). — Legends from Dinâjpur
(continued ; G. H. Damant). — The Beni-Israel of Bombay (Rev. J. Wilson).
— An Inkstand M^ith Arabie Inscription (E. Rehatsek). — Progress of Oriental
Research in 1872-73. — M. Auguste Barth on the State of Indian Society in
the time of Buddha (traduction par M. Muir de l'article de M. Barth sur Var-
chéologie indienne de Lassen, Revue critique, 1874, I, p. 369 et suiv., 385 et
suiv.). — Review. Report on theCensus of the Madras Presidency, 1871 (W. R.
Cornish). — Correspondence and Miscellanea. Paradise (Max Mùller). — Nija-
guna (F. Kittel).
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle- se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Beitrsege zur vergleichenden Sprachfor-
schung auf dem Gebiete d. arischen ,
celtischen u. slavischen Sprachen. Unter
Mitwirkg. v. A. Leskien u. J. Schmidt.
Hrsg. V. A. Kuhn. 8. Bd. 4 Hfte. In-S".
Berlin (Dùmmler). 21 fr. 35
Berichte u, Mittheilungen d. Alterthums-
Vereins zu Wien. 13. Bd. In-4*, xvj-
206S. m. 2Steintaf. Wien (Gronemeyer).
21 fr. 3 5
: Bibliographie Hebrasische. Blaetter f,
neuere u. aeltere Literatur d. Judenthums.
Hrsg. v. J. Benzian. Mit liter. Beilage
v. D' Steinschneider. 14. Jahrg. 6 Nrn,
In-8*. Berlin (Benzian). 10 fr. 75
^ionghi (R.). L'Istruzione popolare in
Italia. Lettere al prof. G. Sacchi. In-8*,
24 p. Milano (tip. délia Perseverenza).
]{oretius (A.). Beitraege z. Capitularien-
kritik. In-8<>, x-169 S. Leipzig (Duncker
"• H.). 4 fr. 85
1 iraun (F.). Die Tage v. Canossa unter
Heinrich IV. 2. ThI. In-40, 26 S. Mar-
burg (Elwert). i fr. 3 5
Calonzio (G.). Documenti inediti e lavo-
ri letterarii sul Concilie di Trente. In-8*,
xxiv-680 p. Roma (tip. Sinimberghi).
14 fr.
Curci (C. M. S. J.). Lezieni esegetiche e
morali sopra i quattro Evangeli dette in
Firenze dal i* Novembre 1873 al 29
Giugne 1874 con innanzi a ciascuna il
teste singolare 0 concordato che vi si es-
pone. 2 vol. in-8°, 430 6474 p. con una
carta. Firenze (Manuelli). 12 fr.
Delbrûck (B.). Das altindische Verbum
aus den Hymnen d. Rigveda seinem Baue
nach dargestellt. In-8°, viij-248 S. Halle
(Buchh. d. Waisenh.) 8 fr.
Denkmaeler aus vEgypten u. ^îlthiopien
in photogr. Darstellungen ausgewaehit
aus d. auf Befehl S. Majestaet d. Kœnigs
F. Wilhelm IV. v. R. Lepsius heraus-
gegebenen gleichn. Denkmaelerwerke. Mit
kurzen Erlaeutrgn. v. R. Lepsius. 2. Sé-
rie. 12 Blatt.(Photog.)In-fel. Berlin (Ni-
colaï). 50 fr.
Ebert (A.). Allgemeine Geschichte der
Literatur d. Mittelalters Im Abendiande.
I. Bd. Geschichte d. christlich-latein.
Literatur von ihren Anfaengen • bis zum
Zeitalter Karls d. Grossen. In-8*, xij-
624 S. Leipzig (Vogel). 16 fr.
Ficker (J.)- Forschungen zur Reichs- u.
Rechtsgeschichte Italiens. 4. Bd. 2. Abth.
In-S^jXv u. S. 289-603. Innsbruck (Wa-
gner). 1 1 fr. 80
Vol. I-IV. 2. 62 fr. 75
Fischer (H.). Die Forschungen ûber das
Nibelungslied seitKarl Lachmann. In-8*,
452 S. Leipzig (Vogel). 6 fr. 75
Hapluchiris Michaelis Versus e cod
Neapol. éd. M. Treu. Veterum rhetorum
de sententiarum figuris doctrina scr. H.
Monse. ^-4°, 24 S. Berlin (Calvary et
C-). 2 fr.
Heilmann (J. A.). De genetivi graeci
maxime Homerici usu. In-8°, 47 S. Mar-
burg (Ehrhardt). i fr. 50
Kâlidâsa Meghadûta d. Wolkenbote.
Gedicht m. krit. Anmerkgn u. Wœrter-
buch. Hrsg. v. A. F. Stenzler. In-8%
vj-74 S. Breslau (Melzer), 6 fr.
Kliesoth(T.).D.OfFenbarungd. Johannes.
2. Abth. In-80, 221 S. Leipzig (Dœrf-
fling et Franke). 5 fr. 3 5
Krek (F.). Einleitung in die slavische
Literaturgeschichte und Darstellg. ihrer
aelteren Perioden. i. Thl. Einleitung in
die Slav. Literaturgeschichte. In-8', vij-
336 S. Graz (Leuchsner et Lubensky).
10 fr. 75
Kurtz (J. H.). Lehrbuch der Kirchen-
geschichte f. Studirende. 7. verb. Aufl.
2 Bde. In-8°. Mitau (Neumann). 16 fr.
Lucianus Samosatensis. F.Fritschius re-
censuit. Vol. III, Pars I. ^-8°, xlij-
226 S. Rostock (K-uhn). 8 fr.
Michael (H.). De Ammiani Marcellini
Studiis Ciceronianis. In-8'', 48 S. Breslau
(Kœbner). i fr. 50
Mûller (F. M.). Missionsrede in der West-
minsterabtei am 3. Dcbr 1873 gehalten.
Mit e. einleit. Predigt v. D. A. Penrhyn
Stanley. In-S», 72 S. Strassburg (Trùb-
ner). 2 fr.
Opère storiche inédite sulla città di Paler-
mo ed altre città siciliane pubblicate su'
manoscritti délia biblioteca communale,
precedute da prefazioni e corredate di
note per Cura di G. di Marzo. Vol. V.
In-8", 376 p. Palermo (Pedone-Lauriel).
Palmer (G. M. A.). Commentatio in li-
brum Danielis prophetas sive d. tempo-
ribus gentium. ln-8», 248 p. Roma (tip.
Polyglotta).
Peter (H.). De P. Ovidii Nasonis fasto-
rum locis quibusdam epistula critica. In-
8% 23 S. Leipzig (Teubner). i fr.
Pfleiderer (E.). Empirismus u. Skepsis
in D. Hume's Philosophie als abschlies-
sender Zersetzg. der engl. Erkenntniss-
lehre, Moral und Religionswissenschaft.
In-8*, xij-540 S. Berlin (G. Reimer).
10 fr. 75
Prsetorius (F.). Beitraege zur Erklaerung
der himjarischen Inschriften. 3. Hft.
(Anh.) ùb. e. palmyren Inschrift. In-8',
51 S. Halle (Buchh. d. Waisenh.). 2 fr.
Ranke (E.). Fragmenta antiquissimae
evangelii Lucani versionis iatinas. E.
membranis Curiensibus ed atque adnota-
tionibus criticis instruxit. Accedit tabula
photographica. In-4', 41 S. Wien (Brau-
mùller). 4 fr.
Reissmann (A.). Geschichted.deutschen
Liedes. Mit Musikbeilagen und vielen in
den Text gedr. Beispielen. In-8», vj-
284 S. Berlin (Guttentag). 8 fr.
Schrader (E.). Die Hœllenfahrt der Istar.
Ein altbabylon. Epos. Nebst Proben
assyr. Lyrik. Text, Uebersetzg., Com-
mentar u. Glossar. In-8°, 1 53 S. Giessen
(Ricker). S fr- 3 S
Sonnenburg (F.). D. Heroen d. deutschen
Literatur. In lebensgeschichtl. Form. 3
(Schluss-) Bd. In-8', v-728 S. Braun-
schweig (Vieweg et Sohn). 12 fr.
Varnhagen (F. A. de). Ainda Amerigo
Vespucci : Novos estudos e achegas, es-
pecialmente em favor da interpretaçâo
dada â sua la Viagem, em 1497-98, as
costas do Yucatan e Golfo Mexicano.
In-fol., 8 S. mit i Steintaf. Wien (Brau-
miiller). 6 fr.
Verein(Allgemeines) f. deutsche Literatur.
I. Série 1873-1874 (7 Bde). 3. und 4.
Bd. In-8°. Berlin (Hofmann). Les 7 vol.
40 fr.
Zeitschrift fur vergleichende Sprachfor-
schung auf dem Gebiete des Deutschen,
Griechischen und Lateinischen. Unter
Mitwirkg. v. D'E. W. A. Kuhn. Hrsg.
V. D' A. Kuhn. Gesammtregister zu den
Bdn. XI.-XXII. Bearb. v. A. Vanîcek.
In-8^ vj-185 S. Berlin (Diimmler).
10 fr. 7j
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 4 Neuvième année. 23 Janvier 1875
REVUE CRITIQUE
43iLHISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
•-'■ ■ RECUEIL HEBDOMADAIRE F'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Étranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
A. MARIETTE-BEY
Nubie. 12^ livraison. In-fol. 6 fr.
Monuments divers re-
cueillis en Egypte et en
BIBLIOTHEQUE DE L ECOLE DES HAUTES ETUDES
18* et 19e fascicules.
RFiR î AQT'FTVRTPr ^^"'^^ ^^^ ^^^ ^°"^^^^ ^^
• LJ l-j i-ji\0 l Hà 1 k\i lL vicomtes de Limoges
antérieurs à l'an 1000. 5 fr.
AF^ A D IV/T tr Ç T' tr '"P CT T^ Traité de la formation des
• L-^/^rviVl ILo 1 Cj 1 Cj Jl\ mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr.
Cf^ ÎT A t) A NT tr A T T ^'"^S™^"^^ d'un mystère proven-
• v>« 11 A D A 1 N Ci A IJ cal découverts à Périgueux ,
publiés, traduits et annotés. Gr. in-S". i fr. jo
PÉRIODIQUES. î"^/
i-TT r-
The Academy, N* i ^9, new séries, 2 janvier 1875. Rev. E. J. Davis, Ana-
tolica; or, the Journal of a Visit to some of the Ancient Ruined Cities of Caria,
Phrygia, Lycia and Pisidia. London, Grant and Co. (E. H. Bunbury : l'intérêt
de cet ouvrage réside surtout dans la description des contrées qu'a parcourues
l'auteur). — W. S. Lindsay, History of Merchant Shipping and Ancient Com-
merce. In Four Vols. London, Sampson Low and Co. (Travers Twiss : art.
très-favorable). — NoUs and News. — Notes of Travel. — Paris Letter (G.
MoNOD : nouvelles littéraires). — Exploration in Paraguay (Keith Johnston).
— Correspondence. M. Halévy and the Accadian Language (A. H. Sayce : ne
peut croire qu'aucun assyriologue songe sérieusement à réfuter le mémoire de
M. Halévy, et rappelle que ce ne sont pas les savants modernes qui ont décou-
vert dans l'accadien une langue agglutinative non-sémitique, mais les scribes
d'Assur-bani-pal ; il n'y a que les profanes qui puissent trouver spécieux les ar-
guments de M. H.). — A passage in « Hamlet» (Richard Simpson). — H^ckel,
Anthropogenie. Entwickelungsgeschichte des Menschen. 2. Aufl. Leipzig, Engel-
mann (T. H. Huxley : loue beaucoup ce livre). — On the Stages of develop-
ment in the formation of Myths (Max Mùller).
The Athenseum, N°2462, 2 janvier. Memorials of St. Dunstan, Archbishop
of Canterbury. Ed. by W. Stubbs, M. A. Master of the Rolls Séries. Longmans
and Co. (édition soignée). — Rev, J. P. Mahaffy, Social Life in Greece, from
Homer to Menander. Macmillan and Co. (intéressant petit ouvrage donnant les
résultats des lectures étendues de l'auteur), — The Captivity of Hans Stade of
Hesse in A. D. 1457-1 $ 5 5 among the Wild Tribes of Eastern Brazil. Transi, by
TooTAL, and annotated by Burton. Hakluyt Society (très-curieux ouvrage). —
Continental Literature in 1874. Portugal (A. Soromenho). — Russia (E.
Schuyler). — Shakspeare's Books (C. Elliot Browne). — Notes from Paris
(E. About). — <x The Sonnet. « — Literary Gossip. — Draper, History of the
Conflict between Religion and Science. King and Co. (cet ouvrage est en réalité
une apologie de la science, en réponse à l'anathème lancé contre elle par le
pape). — Moabite Pottery (R.).
Literarisches Centralblatt, N" 2, 9 janvier. Arndt, Schrifttafeln zum Ge-
brauch bei Vorlesungen und zum Selbstunterricht. Berlin, Hofbuchdr. In-folio,
25 Taf. (indispensable pour l'étude de la paléographie du moyen-âge). —
ScHOLZ, Erwerbung der Mark Brandenburg durch Karl IV. Breslau, Max. In-S",
79 p. (excellente brochure). — Wolff, Die unmittelbaren Theile des ehema-
ligen rœmisch-deutschen Kaiserreiches. Berlin, Lûderitz. In-8°, $90 p. (cet
ouvrage traite un point de la géographie politique de l'Allemagne qui avait été
très-négligé jusqu'ici). — Maltzan, Reisen in Arabien. 2 Bde. Braunschweig,
Vieweg. In-8°, xvj-422 p.; viij-J75 p. (importante relation des voyages de de
Wrede et de Maltzan dans le Sud de l'Arabie, accompagnée de cartes et fac-
similé d'inscriptions). — Glossary and Index of the Pahlavi Texts of the book
of Arda Viraf, the Taie of Gosht-i-Fryano, etc. v^ith notes on Pahlavi Grammar
by E. W. West, revised by Martin Haug. London, Trûbner. In-8°, 550 p.
(glossaire exécuté avec le plus grand soin). — Grundt, Hebraeische Elementar-
grammatik. Leipzig, Hirt. In-8°, xij-256 p. (manuel recommandable contenant
outre une grammaire des exercices de traduction avec glossaire). — Galeni, de
placitis Hippocratis et Platonis libri novem. Recens, et expl. I. Mùller. Vol. I.
Leipzig, Teubner. In-S", viij-827 p. (art. très-favorable). — Floriant and Flo-
rete, a metrical romance of the fourteenth century edited from a unique ms. of
Newbattle abbey by Francisque Michel. Printed for the Roxburghe Club.
Edinburgh. In-S", lxv-296 p. (ce poème n'a rien de très-remarquable; il est
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
I I il
N* 4 — 23 Janvier — 1875
Sommaire : 17. De Gubernatis, Lectures sur la Mythologie Védique. — 18. Enée,
:" Poliorcétiûue, p. p. HuG. — 19. Leuridan, Les Châtelains de Lille. — 20. Nietz-
sche, Schopenhauer éducateur. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
1 7. — Letture sopra la Mitologia vedica fatte dal prof. Angelo de Gubernatis
air istituto di studii superiori di Firenze. Florence, Le Monnier. 1874. i vol. in-12,
x-jôs p.
La mythologie védique, à part des travaux excellents, mais consacrés plutôt
à l'exposé des faits qu'à leur interprétation , comme le V^ volume des Sanscrit
texts de M. Muir, a été jusqu'à présent peu étudiée pour elle-même, mais elle a
en revanche été souvent exploitée au profit des travaux de mythologie comparée.
Les savants voués à l'étude de cette dernière science ont-ils toujours su tirer
d'une mine, assurément fort précieuse^ mais dont le minerai est loin d'être
entièrement extrait et surtout épuré, les trésors véritables qu'elle renferme?
C'est ce dont il est permis de douter. Ce qui nous paraît certain en tout cas,
c'est que ce pillage souvent désordonné a rendu beaucoup plus difficile une
exploitation régulière pour ceux qui voudront l'entreprendre. La mythologie
védique était une science trop nouvelle pour résister aux empiétements de la
mythologie comparée, comme pouvaient le faire la mythologie grecque et la
mythologie latine depuis longtemps constituées. Toutes les interprétations solaires,
si attrayantes qu'elles puissent être, laissent subsister à côté des hypothèses
naturalistes une mythologie grecque et une mythologie latine ayant chacune leur
physionomie propre : sur le domaine védique, au contraire, elles se sont pure-
ment et simplement substituées à la mythologie elle-même, si bien que l'opinion
régnante aujourd'hui sur le caractère du Rig-Veda fait de ce livre le monument
d'une poésie descriptive de la nature, plutôt que d'une religion véritable.
Si c'est là un mal, comme nous le croyons, la nouvelle publication de M. D, G.
ne fera que l'aggraver. Jusqu'à présent la mythologie comparée offrait l'hospita-
lité à la mythologie védique. Aujourd'hui la mythologie comparée, et l'on sait
déjà par la Zoologie mythologique {Revue, 1875, I, p. 209) qu'aux yeux de
M. D. G. elle embrasse à peu près toutes les productions anonymes de l'esprit
humain dans les pays les plus divers, depuis nos contes de nourrices et nos
proverbes jusqu'aux légendes de la Bible et de l'Évangile, s'installe sur le
domaine de la mythologie védique et y fait la loi. Sans doute l'histoire des dieux
védiques fournit les titres et même la matière principale des différents chapitres ;
sans doute aussi ce sont toujours, au moins en apparence, les mythes védiques,
que M. D. G., comme ses devanciers, consulte sur le sens des contes et des
XV 4
50 î ^ ^T"^ REVUE CRITIQUE l'V* ''
légendes étrangères ; mais ces oracles sont de ceux auxquels on fait rendre aisé-
ment la réponse qu'on désire, et entre lesquels d'ailleurs on peut choisir exclu-
sivement ceux dont la réponse est prévue. Nous sommes convaincus que les
préoccupations étrangères apportées jusqu'aujourd'hui dans l'interprétation des
mythes védiques par la plupart des savants qui l'ont tentée, leur en ont fait
dénaturer le plus souvent le caractère essentiel.
Un des points que M. D. G., fidèle en cela aux errements de l'école actuelle
de mythologie comparée, tient surtout à établir, c'est que le scénario primitif de
la mythologie est limité au ciel et à l'atmosphère, et que les dieux terrestres,
particulièrement les dieux du sacrifice, sont des parvenus indignes de l'attention
du mythologue. Ne pouvant nier qu'Agni, objet dans le Rig-Veda d'un culte si
caractéristique_, ne soit, au moins dans la majorité des cas, le feu du sacrifice, il
cherche à réduire la dignité de ce dieu à défaut de son importance. Il semble
que selon lui le seul titre d'Atharva-Veda qu'il traduit « le Veda du feu » soit
déjà un indice du caractère plus humble de cette littérature (p. 1 17). M. D. G,
cite dans le même ordre d'idées deux passages VIII, 19, 25 et VIII, 44, 23 où
le poète dit que s'il était dieu et qu'Agni fût mortel, il le traiterait généreusement,
ajoutant qu'un pareil langage n'aurait pas été tenu aux dieux du ciel. Il oublie
sans doute les Maruts (I, 38, 4) et Indra (VIII, 14, i ; VII, 32, 18) auxquels
les poètes tiennent un langage très-analogue. Quant à Soma, le breuvage du
sacrifice , l'auteur a pris le parti de l'identifier, non-seulement comme l'a fait
M. Kuhn avec l'eau de la pluie (il serait plus exact selon nous de dire : l'élément
igné conçu comme renfermé dans les eaux du ciel), mais aussi et surtout avec la
lune. Il est vrai que le mythe de Soma-Lune n'est bien constaté que pour la
période brahmanique de la religion indienne. Mais M. D. G. qui n'a pas hésité
à transporter ce mythe en Grèce, en identifiant pareillement Aiéwaoq avec la
lune, devait se faire moins de scrupule encore d'en gratifier la période védique.
Il ne s'agit pas d'ailleurs d'allusions isolées, comme on peut être tenté en effet
d'en trouver quelques-unes, même dans le Rig-Veda, mais d'une substitution
pure et sîmple de la lune à Soma, dans le plus grand nombre des passages cités.
« Quand nous lisons que les dieux viennent boire Indu ou Soma, « dit M. D. G.,
« qu'on entende qu'ils viennent boire le suc qui coule de la lune » (p. 10 $-106).
A peine mentionne-t-il incidemment « un Soma terrestre, liqueur enivrante que
« le professeur Haug eut dans l'Inde le rare privilège de goûter, et qu'il trouva
» d'un goût très-désagréable )) (p. 106).
Le parti-pris de négliger les dieux et les mythes du sacrifice se trahit d'une
façon caractéristique dans un passage (p. 71) où l'auteur nous parle d'un poète
védique (VII, 76, 4) qui « par une pensée gracieuse et poétique a imaginé que
« les âmes des poètes védiques antérieurs étaient allées à la recherche de la
)) lumière cachée pour la faire reparaître dans l'aurore matinale. » Or cette in-
vention gracieuse d'un poète n'est rien moins que l'un des mythes les plus im-
portants du Rig-Veda. En revanche l'abus de l'interprétation naturaliste, qui fait
des hymnes une suite de cris d'enthousiasme ou de terreur poussés par le poète
en présence même des phénomènes, nous semble poussé à ses dernières limites
d'histoire et de littérature. 5 I
dans l'explication des vers VI, i8, 3 et 4. M. D. G. voit dans le vers 3 l'expres-
sion d'une révolte de l'homme contre la divinité « qui éclate d'une manière ter-
» rible, formidable » (p. 185). Il le traduit : « Es-tu fort, Indra, ou ne l'es-tu
)> pas? Montre-toi sous ton véritable aspect. » Mais bientôt après, dit-il,
l'entendant probablement tonner, il s'effraie et s'écrie : « Je crois, 6 tout-puissant,
» je crois que ta force, à toi qui es né puissant, est réelle, » Remarquons d'ail-
leurs qu'en demandant au dieu, dans un hymne consacré tout entier à sa louange,
non pas même s'il est fort, car la traduction est inexacte, mais s'il est bien vrai
qu'il a vaincu les Dasyus, le poète ne veut que piquer son amour-propre et
l'exciter à renouveler son exploit, et que dans ce passage, comme dans ceux que
M. D. G. en rapproche, il y a de la naïveté sans doute, mais il n'y a aucune
trace de scepticisme de la part de l'auteur de l'hymne. Il faut se faire une bien
singulière idée de la composition des hymnes védiques pour croire que le poète
y trahit en quelque sorte involontairement dans le cours d'une même inspiration
les sentiments contradictoires du doute et de la confiance, et y passe subitement,
pour avoir entendu la foudre, de la révolte à la prière.
Dans sa campagne contre les dieux terrestres, M. D, G. a jugé que la victoire
ne saurait lui rester décidément s'il ne s'attaquait à la divinité dont le caractère
terrestre semblait le moins contestable, c'est-à-dire à la terre elle-même, ou du
moins à cette Prthivî dont personne n'avait jusqu'ici contesté l'identité avec la
terre. « Sans nier en aucune façon, » dit-il (p. 42), « que la Prîhivî mentionnée
dans les hymnes védiques ne soit souvent la terre fécondée par le ciel, je crois
qu'il faut dans le duel Dyâvâ ' Prîhivî chercher plus souvent une Prthivî céleste
qui peut avoir deux natures, analogues d'ailleurs, selon qu'on la reconnaît dans
la nuée ou dans la nuit ténébreuse et lumineuse, et, comme lumineuse, aussi
dans l'aurore que nous avons déjà vu appeler la large. » Il est clair qu'il n'y
aurait rien d'impossible en soi à ce que le mot Prîhtvî signifiant « la large » eût
été appliqué à un phénomène céleste : mais il faudrait le prouver, et l'argumen-
tation que nous allons résumer ne saurait suffire pour rendre le fait certain ni
même vraisemblable.
Selon M. D. G., il y aurait d'abord deux passages « où il est évidemment
>) question d'une Prthivî céleste.» L'un est emprunté à l'hymne V, 56, (3) *, qui
« nous représente la Prîhivî comme la pluie réjouissante qui arrive. » Mais les
mots ety asmad â paraissent signifier plutôt « part, s'éloigne de nous, » et s'ap-
pliquer à la terre ébranlée, « enivrée » (p^r la pluie), se dérobant en quelque
sorte sous les pas des hommes à l'arrivée des Maruts, dieux des vents (cf. I,
87, 3), et comparée par le poète à « celle qui arrose, » c'est-à-dire peut-être
à la nuée. Le sens serait donc : la terre est ébranlée comme la nuée. Cette inter-
prétation ne saurait être sûre à cause de l'obscurité du mot mîihushmatî, mais il
ne nous semble pas en tout cas, par suite de cette obscurité même, que le pas-
1. Et non Dyavd. Les fautes d'impression dans la transcription des mots védiques sont
très-nombreuses; mais celle-ci se reproduit avec une singulière régularité.
2. Les passages védiques ne sont cités ordinairement que par le numéro de l'hymne,
ce qui rend la vérification un peu plus pénible.
52 REVUE CRITIQUE
sage puisse fournir à M. D. G. un argument bien solide. Quanta l'autre passage
considéré comme décisif, il est emprunté à l'hymne V, 84, qui « nomme Prthivi
» la lumineuse, versant des torrents de pluie sur la terre qu'on distingue en
» l'appelant ici, non pas Prthivî, mais Bhûmi. » Il est bien vrai que Prlhivî est
dans cet hymne distinguée de la terre, mais sans doute comme le dieu du ciel
peut être distingué du ciel matériel. D'ailleurs dans le vers même où il est dit
qu'elle « vivifie » la terre, elle est représentée portant les fondements des mon-
tagnes que nous n'avons pas de raison particulière d'identifier en ce passage avec
les nuages, comme au vers ^, soutenant les arbres sur le sol, alors que les pluies
tombent du ciel pour elle. Elle est d'ailleurs appelée brillante comme peut l'être
toute divinité. Quant à la phrase qui la représente lançant un « sauveur « (c'est
le sens de perum dans ses deux seuls autres emplois), elle est obscure, mais rien
n'empêche de voir dans ce « sauveur » Agni ou Soma qui sont des fils de la
terre aussi bien que de la nue ou du ciel. — Il y a encore un passage (II, 41,
19-20) qui peut sembler au premier abord faire quelque difficulté si on laisse à
Prîhivî son sens de terre : non qu'il ne soit naturel de prier le ciel et la terre
d'offrir le sacrifice aux dieux; mais l'expression pretâm peut paraître embarras-
sante. Aussi signifie-t-elle probablement « mettez-vous à l'œuvre « (Dict. de
Pét.) plutôt que « partez ; » d'ailleurs on s'adresse là aux divinités du ciel et de
la terre, et non au ciel et à la terre matériels. — Quant à l'hymne X, $8, il ne
nous semble pas qu'on puisse en tirer aucune conclusion en faveur de la théorie
de M. D. G. Il y est question de l'âme d'un mort passée dans tous les éléments,
et le poète résume ces migrations en disant qu'elle est allée dans le ciel et dans
Prthivî. L'auteur doute que Prthivî et Bhûmi (nommée au vers suivant) soient ici
la terre par la raison que « les autres hymnes védiques attribuent à la terre et
» au feu souterrain malfaisant le corps, mais non l'âme, qui au contraire voyage,
)> etc. )) Nous répondrions que les deux modes de sépulture, l'enterrement et
l'incinération, ont donné lieu à des croyances contradictoires et néanmoins asso-
ciées dans l'esprit de tous les indo-européens, et que la croyance à une vie dans
la tombe ressort clairement des vers 10-13 de l'hymne X, 18, si l'ensemble de
l'hymne qui nous occupe paraissait pouvoir laisser un doute sur le sens de Prthivî
et de Bhûmi.
Du moins ces premiers arguments méritent-ils la discussion. Il n'en est mal-
heureusement pas de même de tous ceux que M. D. G. croit devoir y ajouter.
Nos lecteurs nous reprocheraient d'insister sur celui-ci par exemple : Les Açvins
sont nommés dans le même vers (X, 132, i) avec le ciel et, non pas même
Prthivî, mais Bhûmi, comme ils sont ailleurs rapprochés de Paurore. Nous pour-
rions en relever plus d'un de ce genre; d'autres sont presque insaisissables;
d'autres enfin témoignent d'une singulière précipitation dans le choix et dans
l'interprétation des passages cités. Nous ne savons par exemple comment l'auteur
a pu lire dans l'hymne I, 115, que « Prthivî est identifiée à l'aurore comme à
n celle qui croît et grandit dans le ciel » (p. 6$). Veut-il parler du vers 6, qui
sert d'ailleurs de refrain à plusieurs hymnes, et où Aditi est nommée avec Prthivî
ex. Dyauh? Or\ pourrait le croire, attendu qu'il identifie Aditi avec l'aurore et
d'histoire et de littérature. 5J
qu'à propos d'un autre passage (VIII, 90, 15 p. 57) il substitue également
l'aurore à Aditi selon une habitude commune à plusieurs mythologues qui ne se
font pas assez scrupule, quand ils croient avoir défini un personnage mythique,
de remplacer le défini par la définition sans en avertir le lecteur. Mais alors où
aurait été pris ce trait « qui croît et grandit dans le ciel ? » Serions-nous donc
renvoyés au vers i, précédant celui où il est question de l'aurore, et qui nous
présente le soleil comme remplissant le ciel et la terre ? Nous aimons mieux croire
qu'il y a erreur dans la citation du passage. Mais il ne saurait y avoir d'erreur
dans la citation du vers VIII, 6 (5) où M. D. G. lit qu'Indra étend les deux
mondes et par conséquent Prlhivî comme une peau. Or, dit-il, « la lumière, les
» ténèbres, la nue sont élastiques, » mais « Indra qui élargit la terre ne pourrait
» se comprendre » (p. 49). M. D. G. aurait pu mieux choisir entre les passages
fort nombreux où il est dit qu'Indra a étendu la terre ou les deux mondes, celui-
ci portant au contraire qu'il les a roulés ensemble Çsamavarîayat), c'est-à-dire
probablement confondus. La comparaison de la terre avec une peau se retrouve
d'ailleurs dans le vers I, 85 , 5, où il est dit que les Maruts l'humectent de pluie.
Quant aux passages où Indra est représenté étendant la terre comme le ciel, ils
pourraient s'expliquer dans une interprétation directement naturaliste, en ce sens
qu'il la fait paraître plus large au lever du soleil; mais il nous paraît plus exact
de considérer l'expression « étendre « (cf. « consolider «) comme un équivalent
de celle de « créer « les mondes. C'est ainsi encore que le passage (VIII, 6, 38)
où il est dit que les deux mondes suivent Indra comme la roue le cheval, ne doit
pas être pris à la lettre, mais considéré comme une expression figurée de l'obéis-
sance des deux mondes au dieu Indra. Quant aux trois Prthivî sur lesquelles
M. D. G. se livre à des spéculations tout arbitraires, elles pourraient représenter
les trois mondes (ciel, atmosphère et terre) en vertu d'un usage du pluriel ana-
logue à celui bien connu qui consiste à désigner deux objets ordinairement
nommés ensemble par le duel de l'un des deux noms. Mais nous croyons que
l'expression peut désigner aussi trois terres par opposition aux trois ciels, et
c'est probablement de ces trois terres qu'il est question dans le vers III, $6, 2,
où il serait dit que deux sont cachées (souterraines) et une seule visible.
Les arguments les plus inattendus sont peut-être ceux que l'auteur tire de
l'hymne I, 18$. D'abord le vers i n'identifie pas Dyâvâ Prth'm à ahanî « le jour
» et la nuit » même dans la traduction de M. D. G., et l'épithète acarantî, du
vers 2 « qui ne se meuvent pas » conviendrait fort mal à Dyâvâ Prthivî s'ils
avaient ce sens. L'auteur croit comprendre ensuite au vers 4 que Dyâvâ Prthivî
« sont entre les deux jours divins, ou sont, comme aurores crépusculaires, les
» rives célestes du jour et de la nuit. » En supposant que rodasî fût étymologi-
quement identique à rodhasî « les deux rives, « l'expression se comprendrait
parfaitement du ciel et de la terre, rives de la mer atmosphérique, et rien n'in-
dique, ici plus qu'ailleurs, qu'il s'agisse des rives du jour et de la nuit. Le vers,
d'ailleurs obscur, semble signifier que le poète désire atteindre les deux mondes
(c'est-à-dire sans doute faire parvenir jusqu'à eux sa prière), eux qui ont les
dieux pour fils, eux deux entre les dieux (ubhe devânâm , c'est-à-dire probable-
54 REVUE CRlTiQU'i('^'^*W*^J
ment honorés à part), et dans l'un et l'autre (ou invoqués avec l'un et l'autre)
des deux jours (ubhayebhir ahnâm). Mais le plus inexplicable est que M. D. G.
ait pu lire dans le vers 5 que Dyauh et Prthivî « arrivent au point médial de
» l'univers. » Nous lui accordons qu'il serait en effet impossible de concevoir la
terre montant au « pôle suprême, ou ombilic céleste; » mais où a-t-il pu prendre
que abhi-ghar signifiât « arriver, « alors que les seuls sens connus de ce verbe
sont « verser « et « arroser. » Le ciel et la terre arrosent le nombril du monde,
c'est-à-dire le sacrifice (I, 164, 3 $) ou la place du sacrifice appelée plus souvent
le nombril de la terre. C'est ainsi que le foyer de Delphes était chez les Grecs
le milieu, le nombril du disque terrestre (Voyez le Mémoire de M. Th. Henri
Martin dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions^ XXVIII, repartie), ce
qui montre, soit dit en passant, que les mythes du sacrifice pourraient très-bien
remonter à la période indo-européenne elle-même. Maintenant si l'on veut abso-
lument donner à notre phrase un sens précis, on entendra que le ciel arrose
l'autel de pluie et que la terre l'arrose de Soma terrestre; mais il nous semble
beaucoup plus simple de comprendre que le sacrifice est récompensé par l'obten-
tion de tous les dons, célestes et terrestres. Rien n'empêche d'ailleurs de voir
une allusion au Soma terrestre dans les passages où la terre est représentée avec
le ciel comme un réceptacle de l'ambroisie (vers 6) et dans toutes les expressions
équivalentes.
Nous ne ferons plus qu'une seule observation sur ce sujet. M. D, G. n'aurait
jamais songé peut-être à transporter Prthivî dans le ciel si cet effort ne lui avait
paru nécessaire pour sauver l'identification de Sîtâ, fille de Prthivî (comme sillon
ou sortie du sillon) avec l'aurore (p. 50). C'est la confirmation de la remarque
faite plus haut, à savoir que les préoccupations étrangères à l'interprétation des
hymnes, s'agît-il même de mythes indiens, ont pour effet ordinaire de défigurer
et de rendre méconnaissables les parties les moins obscures du Rig-Veda.
{La fin au prochain numéro.) Abel Bergaigne.
18. — A. HuG prolegomena critica ad Aeneae Poliorcetici editionem.
Turici. 1874. In-4*, 45 p. — Prix: 2 fr. 75. — Aeneae Gommentarius Polior-
ceticus, recensuit A. HuG. Lipsiae. 1874. In-8*, xij-88 p. [Bibliotheca Teubneria-
na.] — Prix : 5 fr. 35.
On s'applique de toutes parts, aujourd'hui, à la recherche des gloses de diffé-
rente sorte, qui ont gâté, souvent de très-bonne heure ', les auteurs classiques
de l'antiquité. Pour Énée le Tacticien, c'est M. Hercher qui ouvrit dernièrement
la campagne; mais, si vigoureusement qu'il l'ait menée, il devait laisser à faire
après lui, M. Hug signale, à son tour, un nombre considérable de passages sus-
pects qui ont échappé à son devancier; et il y en a, probablement, encore
d'autres qu'il n'a pas vus. Examinons rapidement quelques-uns des textes traités
par M. H., soit dans les Prolégomènes, soit dans l'édition. Chemin faisant, nous
I . Voir, p. ex., dans le Traité sur la défense des places d'Enée, la glose sur les Locriennes,
qui ne peut être postérieure de plus de dix années à la publication de l'ouvrage. (Aeneae
comment, pol. rec. R. Hercher, éd. major, 1870, p. 95, 1. 4.)
d'histoire et de littérature. 5^
donnerons aussi notre opinion sur quelques autres difficultés qu'il n'a point
abordées.
XL 6. « Pour que les patrouilles qui circulent sur le rempart paraissent plus
» fortes qu'elles ne sont en réalité, il n'y a qu'à faire marcher les hommes deux
» à deux, et faire porter la lance sur l'épaule gauche au premier rang, sur
» l'épaule droite au second rang : de la sorte, ils sembleront avancer à quatre
» de front. » Personne, que je sache, ne s'est permis d'exprimer un doute sur
la réussite de cet étrange stratagème. M. H., même, a illustré ce texte d'une
figure, qui, il faut bien l'avouer, ne me le rend guère plus intelligible. Veut-on
que l'ennemi, qui, du dehors, observe les patrouilles, voie deux hommes pour
un, il suffit, ce me semble, de donner à chacun des soldats, composant la pa-
trouille, deux lances, une pour chaque épaule'. Dans cet ordre d'idée, on
pourrait peut-être proposer délire : y^pr^ zepiibxxi è^l Buo, exovxaç [xàj^ <56o>
ScpaTjX, Tc <\).h> £V (MS tov eva; [jlsv inséré par M. Hercher) [c-cixov] £7:1 xfô
àptffxspw ol)|j.({), to (MS Tov) Se eTspov èxl tÇ» Be^iîd • y.a\ outw çavouvxoci dq Tic-
capaç. — Du reste, notre conjecture n'exclut pas la suppression, que M. H. a
proposée, du § suivant.
III 3. Ajoutons aux raisons présentées par M. H. qu'il ne peut être question,
chez Enée, de « place forte confiée exclusivement à la garde d'étrangers.» Enée
va même Jusqu'à recommander, s'il y a des alliés dans la ville, p^riTOxe a[;,a cu-
TeXeiv Toùç (su]x\).dyouq^ àXkà hiea-AeZâc^M •/,. 1. A. (XII i).
X 8. xà T£ TcXoïa opi^iî^ecôai y,aO' àq %ùXaq <£V> laXq £y^O{/,£Voiç pY)ô-^c7£Tat.
Cela signifie , si je ne m'abuse : u Les vaisseaux mouilleront auprès des portes
» qu'on aura soin de designer dans la suite (de la proclamation). »
XV 4. Il n'y avait pas lieu de revenir sur la correction de M. Hercher; car
ouTwç, qu'il a supprimé devant b/.izi[K~eiv^ provient de o'Jxwç iy.':ié\KTie(j(ici.i^ qu'on
lit à la ligne précédente. — Ibid. Il ne fallait pas rejeter: /,ai {jltj âp6{i,<{) TïoppwOcV
TCapaYt'YVwvxai.
XVII. Sans prendre parti pour ou contre la proposition de M. Ad. Kirchhoff,
qui tend à souder au § 2 du chap. VII le chapitre XVIII et tout ce qui vient
ensuite, j'incline à conseiller une transposition dans l'intérieur du groupe de
chapitres VIII-XVII. Le chap. XVII s'intercalerait tout naturellement entre les
chap. XI et XII, tandis qu'on ne voit point sa raison d'être là où il est.
XX I. Je persiste à croire, malgré l'approbation que M. H. peut trouver ici
chez M. Ad. Kirchhoff, que p.Y) ceoti.'KYqv.ôix doit être conservé. Il est recom-
mandé au général de fermer les portes avant le dîner, prescription conforme à ce
qu'on a lu plus haut. Il est dit, en effet, au chap. XVHI § i , que lorsque le soir
est venu et tout le monde rentré dans la ville, c'est le moment de sonner le
dîner et de fermer les portes.
1. S'il est difficile à l'assiégeant de compter les soldats, à cause des merlons qui les
masquent la plupart du temps, il n'en est pas de même des lances, qui dépassent la crête
du mur.
2. Nous mettons entre crochets droits [ ] ce qui est à retrancher du texte fourni par
les manuscrits; entre crochets obliques < >, ce qu'il y faut ajouter pour combler des
lacunes.
JÔ .•-' -REVUE CRiriQaÉffft'O-'hn'^
XXII 25. La conjecture de M. Herchef;, — qui, soit dit par parenthèse, offre
seule un sens satisfaisant, — signifie , je pense : « il faut changer la clepsydre
» tous les dix jours. » Cp. Enée XXIII 4 §tà /pévou Tivéç («de temps en temps»);
de même X j ; Thucydide III 2 1 Sià §é/,a sTCaX^ewv Tuôpyot rjaav (« il y avait des
tours tous les dix créneaux »); Philon de Byzance, p. 80 des Veteres Mathematici,
8tà TETTapwv xYj^wv (« de quatre en quatre coudées »); Dion Cassius LXX 10,
4 (dans l'abrégé de Xiphilin) Bi' okr(oo (en parlant de tours, « à une petite
distance l'une de l'autre (?) »).
XXIII 2. Nous ne chicanons point sur la correction. Mais il ne faut pas attri-
buer à l'auteur, quel qu'il soit, de l'intrusion', des singularités, dont quelque
copiste est, évidemment, seul responsable. Car on s'imagine aisément que la glose,
à l'origine, disait à peu près ce qui suit : v^ai -/àp al to6twv fwval <a)ç> opôpou
XXIV 6-8. Pour rendre lisibles ces dix lignes, M. H, met en œuvre simul-
tanément seize conjectures, parmi lesquelles huit sont de lui. Il nous reste des
doutes sur la légitimité d'une semblable restitution'. — XXIV 19. Ta Bk c7uvG-/|-
[mia — av èpwxwY]]. Le mot d'ordre ne peut être demandé successivement
par la patrouille à la sentinelle et par celle-ci à la patrouille, que s'il y a deux
mots d'ordre distincts, selon le système d'Iphicrate et comme il est expliqué au
§ 16. Tout ce § 19 est à supprimer; car ce n'est qu'une rédaction marginale,
équivalente au § 16. — Quant à changer y.oivwç en xôtvbv êuxco, il n'y faut pas
songer : ce serait arbitraire.
XXV 2. Ici non plus, M. H. n'a rien remarqué de suspect. Il faudrait cepen-
dant écarter du texte, croyons-nous, èv [xàv laXç Gv.oxei^aXq — «fasivotç xpcvotç
(§ 2). Le 7capaff6v6Y)[j,a, — appelé uxoauvOY)iJ,a dans les manuscrits de Philon de
Byzance, — est essentiellement un signe muet, atpwvov (Philon, p. 93 des Veteres
Mathematici. — Cp. Onosandre, ch. 20 (p. 90-91 Schwebel) : to Se T:apa<7uvOY]|;.a
[).r\ Btà (pwv^ç Xe^éf^Ou), àXkà Sià G(!i[).y.xoq -/lYvécôco y., x. X., et Végèce III 5
signa muta). Si le xapaa6vOYi[j.a pouvait consister dans un bruit, vocal ou autre,
il serait tout aussi facile à surprendre que le simple mot d'ordre, ce qui est con-
tradictoire à la définition qu'Enée lui-même en donne (voir au § i). M. H. a
signalé, dans son édition, une glose (XXXIX 6), qui procède de la même manie
de tout distinguer, même ce qui ne souffre point de distinction. Nous soupçon-
nons ces deux gloses d'être parties de la même main.
XXVIII 4-$. Restitution douteuse. En tout cas, lire à[;içoT£pa)v <tûv>
xuXûv.
[XXIX 7] (passage intrus). Les poignards ne sont pas a cachés sous des
» pépins de citrouille ; » mais, si nous ne nous trompons, enfoncés par la lame,
vers la région de la queue, dans le cœur des citrouilles. — XXIX 8. Ka\ TYjpï]-
1. Sur l'avantage qu'il y aurait à substituer, dans ce sens, le mol « intrusion » au
mot « interpolation «, voir Tournier, Exercices critiques, p. 6 (à la note).
2. En passant, nous proposerons à M. H. la conjecture suivante sur la p. 26, I. 29
de sa brochure: «çOeYTfôjAEvai (Hercherus pro çôeYyojAévwv).» Lire: prop.,i\x lieu de pro.
3. Polyen raconte (III 14) le même stratagème, parfois dans les mêmes termes qu'Enée,
quoique d'une manière un peu différente au fond.
d'histoire et de littérature. 57
(jâvTwv est bien peu admissible : comment s'expliquerait la faute? M. H. ne se
préoccupe guère de l'origine des fautes. Il en résulte que certaines de ses con-
jectures, par exemple sur XVIII i î et sur XVIII 19, sont de la fantaisie pure.
XXXVII 8-9. Kal oTç [Aev icpou-^xei xà Iv, twv èvavTÎtov 'Zz-/yâaiKOixct (ivTto6|xevov
à[x6veiv SeB-^Xwxat • toTç 81 uTropûaaeiv [;iXXouaiv t6B' av y^voito [(T/upéxaTov
(ppaY[;,a Suit la description d'un abri pour le mineur assiégeant. Est-il besoin
de faire remarquer que cela ne rentre point dans le cadre d'Enée ? Enée traite
de la défense des places, mais nullement de la manière de les prendre. Déjà Ca-
saubon avait signalé une glose de la même nature (XVIII 22 — XIX).
Malgré la vraisemblance de certaines suppressions proposées par M. H., nous
ne croyons devoir approuver sans réserve (en dehors des conjectures déjà jugées
favorablement, soit par M, Ad. Kirchhoff, soit par d'autres critiques, ou par nous-
même dans le cours de cet article) que les corrections afférentes aux passages
suivants: IX; XII 4; XIII 2; XV 9; XX 4; XXI 2; XXII 1 5-16; XXII 26 (sup-
pression de o'JTw-oyXetv ; cp. Aeneae comm. pol. éd. H., praef, p. vij); XXIX 5;
XXXII 8-10; XXXVIII 3 ; XXXIX 6 (les deux corrections); XL i.
Nous avons réservé pour la fin les chapitres X et XI, qui ont besoin d'être
sérieusement remaniés. — §3 sTuetTa xYipuYt'-aTa TroietaOai xotaBe BtaTivoçjrpôvou,
çi^ou xat àTioxpo-KT^q xwv èxipouXsuovTwv ëvsxa. Reporter ces mots, soit à la
marge, soit plutôt au § 1 5 devant ôç 5v /.aTaixvjvuaY), en supprimant xal. Motif:
les articles de la proclamation, qui suivent immédiatement la phrase eirsiTa
y.. X. \., ne sont de nature, ni à être publiés de temps en temps, ni à détourner
les conspirateurs de leurs desseins. — § 5 'Eàv Bà wat çuYaSeç, sTCaYjpucrastv,
oç àv às-wv y; ^évwv yJ §o6Xwv aTuoxxst'vY) (correction de M. Sauppepour la leçon
du M S àTTCxivY)), à exaaxw xouxwv è'cxai. M, H. a bien fait de transporter cette
phrase devant le § \6. Mais il en résulte ceci. On lit, dans un même chapitre,
au § 6 : y.al èiv xiç xivt xwv çuy^^^^ (^'■j'^^hriiai y,, x. X. : donc il y a des pros-
crits; puis, au § 16, eàv Se toai çuYaSî? : // n'est plus sûr qu'il y en ait. C'est que
le § 6 doit être transposé devant le § 18. Là où il se trouve actuellement
enchâssé, il interrompt, comme faisaient èàv lï — loxat (§ 5) avant M. H., le
développement naturel de la proclamation. — Nous hésitons à suivre M. Hercher,
lorsqu'il change, au § 1 5 , la leçon c xi ' du manuscrit en oç. Nous aimerions
mieux : âç 5v xaxa[x-rjv6aY) xtvà eTci^ouXeôovxa xv^ xiXet, 9j 5 xt ouv (M S av) xwv
xpcYsYP^t^t'-^^wv [xiç] xpaxx6[j.evov l^aYY£^XY). — Un peu plus bas, nous supprime-
rions XI xwv zpoYeYP^E^'l^-^^^''- — Puis, ^u § 17, nous voudrions placer la virgule
après xpa^'f), et transposer xi xwv rpoy£i[j.évwv à la suite de à-xoSiSoGOai, en
effaçant le signe, indiquant une lacune, introduit ici par M. Hercher; le sens
serait : « Et si c'est quelqu'un de sa suite, qui tue le tyran, on lui donnera une
» partie de la récompense proposée et, de plus, le droit de rentrer dans la
» patrie, » — Maintenant, observons que, avec le § 20, nous passons d'un sujet
à un autre. Il s'agissait jusque-là des « Proclamations » : nous trouvons, à partir
de [X£xà lï xaoxa, les « Précautions à prendre contre les conspirateurs ».
C'est donc devant [/.exà l\ xauxa qu'il faut écritre Chapitre XI : libre aux futurs
I. Et non point ôç ti, comme on lit chez M. H.
58 .IHUT REVUE CRITIQUE T^ihVj
éditeurs de mettre de nouveau à la ligne et de numéroter XI bis, en arrivant au
chapitre XI actuel. Nous ne leur demandons plus que de débarrasser le texte,
en tête du ci-devant chapitre XI, de "Exi âà y.a\ twv — à7:o$é/,e<76ai Stà xâSe,
vu que les mots /.al [XYjoàv sùOécoç à-océxeaOa'., s'ils s'appliquent parfaitement à la
trahison de Chios, ne s'accordent aucunement avec les autres exemples annoncés
par p-^ÔYjcrûVTai 8a k.B,iqq.
M. H. n'a pas toujours la main heureuse, lorsqu'il essaie de faire des restitu-
tions. Sa méthode est peu sévère; il oublie volontiers qu'il faudrait, en général,
lorsqu'on corrige une faute, en rendre sensible, en même temps, l'origine. Mais
M. H. déploie une remarquable sagacité à découvrir les commentaires insérés
dans les textes. Sur ce terrain, il frappe presque toujours juste. J'aurais voulu
seulement le voir reléguer toutes les gloses également, au bas des pages, dans
l'annotation critique. Dans l'édition, les passages déjà condamnés par M. Hercher
ont seuls disparu du texte. Pourquoi cette différence dans le traitement des
gloses? La modestie ne commandait pas cela à M. H., quoi qu'il dise, et elle n'a
rien à faire ici. M, H. eût été obligé, sans doute, à un peu plus de réserve; ce
n'eût peut-être pas été un mal. En outre, il n'aurait pas eu la fâcheuse idée, en
mettant ses gloses entre crochets, de se servir,, pour les mieux distinguer du reste,
d'un alphabet hybride dans lequel l'G et le K onciaux se rencontrent avec des
formes toutes modernes, comme le q de la Renaissance.
Nous ne voudrions pas terminer le compte-rendu d'un travail aussi utile
et estimable qu'est celui de M. H., en exprimant un regret. Cette édition
est munie d'un apparat critique suffisamment complet; enfm, à tout prendre,
le texte de la nouvelle édition d'Enée est certainement en progrès sur celui de
toutes les éditions précédentes; pour en permettre le contrôle, la leçon du
manuscrit unique y est constamment indiquée au bas des pages, et les conjec-
tures admises dans le texte portent toutes la signature de leur auteur. En somme,
la nouvelle édition possède un mérite incontestable ; elle est consciencieusement
revue,, et, — c'est là son originalité, — considérablement diminuée.
Charles Graux.
19. — Les Châtelains de Lille, par Th. Leuridan, archiviste de la ville de Rou-
baix. Paris, Dumoulin. 1873. In-8*, 334 p.
Cet ouvrage se compose de trois parties : Dans la première l'auteur a étudié
les origines des châtelains, les origines et la topographie de la châtellenie, les
attributions et les pouvoirs judiciaires, administratifs et militaires des châtelains,
leurs relations avec la ville de Lille, leurs fonctions comme avoués des abbayes
et particulièrement de l'abbaye de Phalempin (p. i à 92). La seconde partie est
consacrée à l'histoire et à la généalogie des châtelains depuis 1038 jusqu'en 1789
(p. 93 à 172). Enfm la troisième que M. L. nomme Carîulaire des châtelains de
Lille est un recueil de 229 chartes allant du xi" siècle à 1572, analysées ou
reproduites entièrement, suivant leur intérêt et suivant qu'elles étaient inédites
ou déjà publiées (p. 175 a 309). Le volume est terminé par une Table onomas-
tique du carîulaire des châtelains.
Les documents qu'a réunis M. L, sont importants; pour les recueillir il lui a
d'histoire et de littérature, 5'9
fallu beaucoup de zèle et de persévérance; on en peut juger en voyant par ses
notes les nombreux dépôts d'archives qu'il a dû explorer. Ses recherches du reste
ont été fructueuses, car il a mis au jour et groupé nombre de faits intéressants
qu'on chercherait vainement dans les livres de Piétin et de Van der Haer qui
avant lui, l'un au xvî" et Pautre au xvii* siècle, s'étaient occupés du même sujet.
Il n'y aurait guère que des éloges à donner au travail de M. L. s'il s'était
contenté de tirer des documents qu'il avait patiemment réunis les données qu'ils
pouvaient fournir relativement à la châtellenie et aux châtelains, et s'il n'avait eu
la prétention comme il le dit lui-même <( de traiter ce sujet sur des bases plus
)> larges et essayé de le mettre en rapport avec les données nouvelles et
» les dernières révélations de la science historique. » En l'absence de textes
M. L. a tenté de résoudre les problèmes délicats et complexes, d'origine, de
topographie et de relations juridiques par voie d'analogie, et souvent, pour
« élargir » son sujet, il s'est lancé dans des généralités sans rapport direct
avec les questions qu'il traitait. C'est ainsi que voulant rechercher les
origines de la châtellenie de Lille, sur laquelle les textes ne lui fournissaient
aucune lumière, puisque la première mention d'un châtelain est de 1087, M.L.
ne s'est pas contenté de reproduire l'opinion généralement admise qu'avant d'être
seigneur héréditaire le châtelain avait été un officier du comte chargé par lui de
la garde et de la défense d'un château. Il a voulu aborder la discussion des
origines de la féodalité, et malheureusement ne s'y est guère montré au
courant des « dernières révélations de la science historique; » il avoue (p. 21)
que son principal guide en cette matière a été l'ouvrage vieilli et peu critique de
Raepsaet ' . Ses investigations personnelles sont du reste encore moins heureuses,
principalement parce qu'il ne paraît pas se rendre compte de la valeur relative
des sources : à côté d'un diplôme et de capitulaires il cite, comme d'une
valeur égale, l'historien du xvi* siècle Jacques Meyer (p. 4, 6, 7). Il dit que la
châtellenie de Gand devint héréditaire en 1046 et son autorité est la chronique
de Saint-Bavon écrite au xvi* siècle (p. 12). Tout ce qu'il dit à la p. 8 et à la
p. 9 de la mention vers 960 du château de Lille est faux, et il l'a reconnu lui-
même en reportant le texte sur lequel il s'appuyait au xi*^ siècle (entre 1034 et
1067, voy. p. 175). Il semble ailleurs à peine hésiter à accepter la légende fabu-
leuse des forestiers de Flandre : Dargnel, Lyderic, le tyran Phinaert, et essaye d'en
extraire quelques données historiques sur les premiers châtelains.
Pour déterminer les limites de la circonscription territoriale nommée châtelle-
nie, il semble que la méthode devait consister à noter d'abord avec soin toutes
les localités mentionnées dans les chartes comme ayant fait partie de la châtel-
lenie, en ayant soin de ne pas confondre avec la châtellenie toutes les seigneuries
qu'ont possédées les châtelains, ensuite à relever dans les documents concer-
nant les seigneuries limitrophes les mentions de localités voisines qui ne faisaient
pas partie de la châtellenie. Ce travail eût donné des limites générales qu'on
I. Analyse historïaue et criûqac de l'origine et des progrès des droits des Belges. Gand,
1824-1826. M. L. s indigne de ce que M. Guérard a pu dire que beaucoup d'opinions de
Raepsaet étaient peu probables et trouve que « le temps ne fait qu'ajouter à l'autorité qu'ont
» acquis ses travaux. » n mw.t4'^^-miiJm^f'y:mistttJ:iit^3S!^i
60 REVUE CRITIQUE
aurait pu peut-être déterminer plus exactement en les comparant à celles des
territoires anciens et en s'aidant de la topographie du pays. M, L. n'a eu garde
d'entreprendre ce travail délicat ; il a préféré, sans s'appuyer sur aucun docu-
ment, placer dans la châtellenie une partie des pays des Ménapiens et des Atré-
bates et divers territoires qu'il nomme tous des Pagi. Là encore M. L. n'était
pas au courant des « dernières révélations de la science historique, » car il dis-
tingue sans raison le pagus du comté (p. 4); crée toute une série de pagi majores,
médiocres, minores rentrant les uns dans les autres et dont l'existence n'est rien
moins que prouvée (p. 4, 7); énumère parmi les pagi des territoires qui sont
désignés dans les textes sous les noms de regiuncula (le Ferrain) d'Ager (le Ca-
rembaut) de regio (le Weppes) et auxquels, sous peine de tout confondre, on ne
saurait appliquer le nom de pagi.
Dans son exposition de la puissance des châtelains, de leur juridiction, de
leurs fonctions, M. L. a tiré des documents par lui réunis nombre d'observations
importantes, malheureusement il a cru que le recueil de documents qu'il plaçait à
la fin de son livre le dispensait de les citer, et il ne produit que rarement les
textes qui ont formé son opinion, en sorte que pour la contrôler, il faut sans
cesse relire et feuilleter les chartes qu'il a publiées; et ce contrôle est d'autant
plus nécessaire que M. L. accorde aux ouvrages de seconde main la même
autorité qu'aux chartes. En voici quelques exemples. C'est d'après Panckouke
[Abrégé de l'histoire des comtes de Flandre) qu'il dit qu'un châtelain de Lille fut
le principal conseiller de Baudouin IX (p. 1 2). Rapportant que le châtelain de
Lille, garant en 121 5 du traité de Pont à Wendin, défendit contre les Fla-
mands le passage de la Lys à Erquinghem, il cite comme autorité Ed. Leglay
{Histoire des comtes de Flandre), qui, dit-il, nomme ce châtelain Jean au lieu de
Roger (p. 124). S'il avait consulté les sources, M. L. aurait pu voir que c'est
l'auteur de V Histoire des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre (p. 1 38) dans
lequel M. Leglay a puisé, qui a commis cette méprise. C'est dans Duthilloeul,
Petites histoires de Flandre et d'Artois, qu'il prend l'indication d'une donation de
1 244 aux chanoines de Seclin.
Dans le chapitre où il traite des attributions judiciaires des châtelains, M. L.
a confondu toutes les relations juridiques. Il ne distingue pas la juridiction féodale
de la cour du château composée des pairs de la châtellenie, des plaids généraux
dont les juges étaient des échevins, juges des gens de condition inférieure comme
le dit un chroniqueur du xii" siècle, Galbert. Le mot pair employé seulement
dans la langue judiciaire pour désigner le vassal d'un châtelain, juge dans sa
cour en matière féodale, est devenu pour M. L. le titre de seigneurs dont
il a nommé les seigneuries des pairies sur lesquelles il a disserté au chapitre IX,
les distinguant sans raison d'autres fiefs mouvant aussi du château et dont le
possesseur était également tenu au service de cour (chap. X).
Malgré le grand nombre de textes qu'il a parcourus, M. L. n'a pu parvenir à
établir une généalogie définitive. Quelques textes qui lui sont restés inconnus et
dont on trouvera plus loin l'indication, complètent sur certains points ses ren-
seignements. Non-seulement cette généalogie a des lacunes, mais ce qui est plus
grave elle manque absolument de clarté, et ses allégations sont souvent contra-
D'HISTOIRff ET DE LITTÉRATURE. 6\
dictoires. Là aussi M. L. a manqué de critique, a mélangé les faits prouvés par
des chartes, ceux altérés peut-être par des chroniques postérieures, et ceux in-
ventés par des généalogistes de mauvaise foi.
La dernière partie de l'ouvrage de M. L. est sans contredit la plus importante
et la plus intéressante. J'y ferai cependant quelques observations; d'abord sur
le nom qu'il lui donne. Ce recueil de chartes n'est pas un carîulaire, cette déno-
mination ne saurait s'appliquer à une réunion d'actes ne provenant pas d'un
même fonds, n'ayant, pour une bonne partie, rien autre de commun que la
mention, souvent accessoire, d'un fait ou d'un personnage. Il eût été mieux sans
doute de ne publier qu'un carîulaire des châtelains sans embarrasser ce recueil
de nombreuses analyses de chartes avec l'indication des ouvrages où elles sont
publiées d'après les tables de M, Wauters. Ces chartes n'ont souvent d'autre rap-
port avec le sujet que des souscriptions de châtelains et eussent été mieux à leur
place au cours du récit lorsque leurs souscriptions prouvaient quelque chose.
Ajoutons que presque tous les textes publiés sont fort mal ponctués et qu'en outre
pour les dates, M. L. tantôt ne les a pas ramenées au nouveau style, tantôt a
mis l'indication v. s., et tantôt a indiqué les deux années d'ancien et de nouveau
style '. La charte n° 78 de 1200, dont M. L. ne cite qu'un extrait d'après Vre-
dius est tout entière dans le Grand cartulaire de l'abbaye de St-Berîin (t. I, p. 597,
ms. n" 803 de la bibliothèque de Saint-Omer).
Voici maintenant l'indication de quelquesdocuments que n'a pas connus M. L.;
j'ai omis de mentionner les souscriptions de châtelains qui n'apportaient pas un
complément de renseignements à son travail pour n'indiquer que les textes impor-
tants. Les papiers de D. Grenier aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale
contiennent une table chronologique des chartes relatives à la Flandre où se
trouve l'analyse suivante : « 1156. — Contrat de mariage entre Renaud châte-
« lain de Lille et Mathilde fille de Varin ^j donation faite par ledit Varin
» des biens qu'il avait à Singhin en Weppes, du consulat {sic) de Everlinghem
» et des dîmes de la Potrie. » (Bibl. nat. Pap. de Dom Grenier, t. 249, f" 63
v°). Ce document fait connaître une seconde épouse du châtelain Renaud. M. L.
a omis de dire sur quelle autorité il s'appuie pour lui faire épouser la fille d'Ar-
noul de Guines et à quelle époque on en trouve la mention (p. 115). — En 1 174
on trouve la souscription du châtelain Jean (S. Johannis castellani de Insula) à une
charte de Philippe d'Alsace confirmant la vente faite à l'abbaye de Saint-Nicolas
de Fumes par Evrard Radol de Tournai, d'une terre nommée Wokinewerf,
sise paroisse d'Alverghem, châtellenie de Fumes ( Cartulaire de Saint-
Nicolas de Furnes, p. 217). M. L. n'avait pas connu de mention de ce
châtelain antérieure à 1 177 (p. 1 17). — Une charte de 11 77 contient sur ce
châtelain des particularités inconnues à M. L. On le voit mentionné (ad judicium
hominum nostrorum Johannis quoque castellani de Insula qui erat hères deSingin)
1. M. L. date de janvier 1237 et semble appliquer au traité de Péronne, qui ne fut
cependant conclu que le 12 avril, un acte de garantie donné au roi de France par le
Châtelain de Lille en 1238 et qui s'applique au traité de Compiègne conclu en décembre
1238 (p. 241).
2. Ce blanc existe dans le ms.
62 '-'n- REVUE CRITIQUE
à la suite d'un jugement qui termine une contestation relative aux moulins
d'Anoeulin, entre l'abbaye de Saint-Vaast d'une part, et Hellin de Wavrin,
sénéchal du comte de Flandre, et Robert de Sengin (Sainghin) « cjui tune Sen-
» guin vadio et maritali dote tenebat » (Bibl. d'Arras. Papiers de Dom Lepez.
Ms. n° 204 ancien, 316 nouveau, f° 41 v"). — La charte suivante de 1 208 avec
un post-scriptum de 1212 contient des détails importants et mérite plus qu'une
analyse. La voici par extraits : Ego Rogerus Insulensis castellanus pro anima
patris mei Johannis castellani — (confirmation de la vente faite à l'abbaye d'Hénin
Liétard par Hugues de Balmont qui la tenait en fief de lui, de la dîme d'Assel-
ville). Ut igitur certius hoc omnibus habeatur et ratum, cum sigillum adhuc pro-
prium non haberem, sigillo domini Johannis abbatis de Phalempin patrui, presenîem
paginam confirmare et munire volui. Actum anno domini M°CC°VIII° mense aprili,
V° idus ejusdem mensis coram hiis testibus : Hellino de Gondocorî tum ballivo terra
mes Postmodum autem cum sigillum proprium habuissem hoc totum coram
hominibus meis diligenter recognovi etfideliter approbavi et presentem paginam sigilli
mei appensione roboravi. Hac recognitio facta fuit et approbata apud Aneulin anno
domini M°CC°XII° mense julio CBibl. d'Arras. Papiers de Dom Lepez. Extraits
des archives de l'abbaye d'Hénin. Ms. ancien 201, nouveau 332, f" 147 ancien,
107 y"* nouveau). M. L, ne mentionne ce châtelain Roger IV qu'en 1211-1212
(p. 124). Entre Jean l" et Roger IV il suppose l'existence d'un fils inconnu de
Jean P'', sous la baillie de Ghilebert de Bourghelles. Cette charte démontre que
ce fils mineur était précisément Roger IV qui en 1 208 n'avait pas encore de
sceau et n'en posséda qu'en 1212. — 121 3. Retrait opéré par Roger châtelain
de Lille de la dîme de Boesinga tenue en fief de lui par Michel de
Herentaga qui l'avait vendue à l'abbaye de Saint-Martin d'Ypres (Sanderus,
Flandria illustrata , t. II, p. 313). — La mention suivante se trouve dans
un ms. de Dom Lepez (Bibl. d'Arras. Ms. ancien 204, nouveau 316,
p. 84) et renvoie à un cartulaire de Saint-Vaast coté P que je n'ai pu retrouver:
1220. Carta Rogeri castellani Insulensis de terra de Carembaut. Fol. XLI v°. —
1226. 14 décembre. Acte de garantie fourni au roi de France par Roger, châte-
lain de Lille (Teulet. Layettes du trésor des chartes, t. II, p. 103). — 1230.
Septembre. L'abbé de Saint-Martin de Gemelle et Michel, chanoine de Saint-
Nicolas d'Amiens, juges-commis par le saint-siége confirment un accord du mois
d'août précédent, intervenu entre l'abbaye de Saint-Vaast et Roger, châtelain de
Lille, au sujet de la pêche de la rivière a loco qui dicitur Pourvues usque ad
sedem molendini de Dons et super quodam ponte quem dictus castellanus construi
fecerat super cursum dicta aqu£ et super hoc quod predictus castellanus faciebat
purgari rivum aquA dictorum abbatis et conventus a predicto Fourques usque adfossam
de Tournecul. Ce procès commencé contre le châtelain Roger IV avait été conti-
nué contra nobilem virum Guillelmum prepositum beati Pétri nunc castellanum Insulen-
semfratrem et successorem predicti Rogeri (Bibl. d'Arras. Ms. ancien 204, nouveau
316. Papiers de Dom Lepez. Copie d'après la suite du cartulaire de Saint-Vaast
de Guiman). — 1237. Juillet. Accord entre la comtesse Jeanne et le châtelain
Jean au sujet des droits de juridiction que la comtesse prétendait exercer dans la
châtellenie; publié par Tailliar, Recueil d'actes en langue romane wallonne, p. 91,
D*HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 6^
et par Duchesne, Maison de Béthune. Preuves, pj r52. — 1243. Mai. Donation
à l'abbaye dite l'Honneur N. D. par Marguerite de Daiïipierre, de la terre de
Baroeul qu'elle avait acquise de Jean, châtelain de Lille, du consentement de son
fils Guillaume (L'abbé Hautcœur, Cartulaire de l'abbaye de Fîmes. 2 vol. in-8°.
Lille. 1873. — T. I, p. 3 1). Cette charte fait mention d'un fils du châtelain Jean
que n'a pas connu M. L. — 1272. 26 août. La comtesse Marguerite confirme
l'accord intervenu entre l'abbaye de Saint-Vaastet Jean, châtelain de Lille, pour
faire un bornage entre Berclau et Hautay et es liens prochains (Bibl. d'Arras. Ms.
ancien 204, nouveau 316. Papiers de Dom Lepez. Copie diaprés le cartulaire de
Saint-Vaast coté P f 50).
Ces notices des chartes montrent qu'après M. L. il reste encore à glaner; je
suis persuadé que les cartulaires et les fonds d'archives du pays tiennent encore
en réserve .une ample moisson, suffisante pour dédommager de sa peine un
chercheur que ne déconcerterait pas le travail de M. L. dont le livre ne saurait
être considéré comme définitif.
Je termine cette trop longue critique par quelques observations accessoires.
Les citations de ce livre ne permettent que rarement une vérification. P. 39.
M. L. cite Roisin sans autre indication; ailleurs, il indique « Archives du dépar-
» tement du Nord. Chambre des comptes passim » (p. 142). Ailleurs, « Mss. de
la bibl. de Lille » (p. 169). Souvent il cite : « Desplanque, Cartulaire du Nord.
Cet ouvrage n^a jamais paru, et quelques feuilles seulement ont été tirées. En
général les textes sont mal publiés, mal ponctués, souvent sans accents ni
apostrophes. M. L. imprime Xpofle ou même Xpfle pour Christofle (p. 235). Je ne
citerai qu'un exemple des conjectures qu'il hasarde parfois: p. 53, il pense que
Heldebault est une forme défigurée de Herban. A. Giry.
20. — F. Nietzsche. tTnzeitgemsesse Betrachtungen. Drittes Stûck : Schopen-
hauer als Erzieher. Schloss Chemnitz, Schmeitzner. In-8", 1 13 p. — Prix : 8 fr.
Cette troisième brochure a été pour nous une déception. Le titre nous avait
fait espérer une œuvre d'une tout autre portée ; nous pensions qu'après avoir, au
nom de la philosophie de Schopenhauer, attaqué Strauss et l'érudition des Uni-
versités allemandes, l'auteur allait mettre en regard l'éducation telle que Scho-
penhauer l'a comprise et telle qu'elle devrait être dirigée d'après ses théories.
Au lieu de cela, M . Nietzsche s^est contenté de faire une troisième satire contre
ses compatriotes en général et contre les savants allemands en particulier. Ses
critiques manquent de variété et leur exagération leur enlève une partie de leur
force. Il descend même à des personnalités aussi dépourvues de convenance
que de vérité, par exemple quand il écrit : v J'aime mieux lire Diogène Laerce
» que Zeller, car je retrouve du moins chez lui l'esprit des anciens philosophes,
» tandis que chez Zeller je ne retrouve ni leur esprit ni aucun autre » (p. ici).
Le sujet choisi par M. N. était pourtant du plus haut intérêt. Schopenhauer,
après avoir vécu pendant de longues années au milieu de l'indifférence univer-
selle, est devenu aujourd'hui le plus lu et le plus goûté des philosophes alle-
mands. Les officiers l'emportent avec eux en campagne, les hommes du monde
et les femmes mêmes s'en nourrissent avec passion. Il vaut certes la peine
64 . REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
de se demander quelle influence il peut exercer et quelle éducation il donne à
ceux qui se mettent à son école. M. N. aurait pu expliquer plus qu'il ne l'a fait
le rôle prédominant que Schopenhauer assigne à l'art et au-dessus de l'art à la
sainteté dans la vie humaine, et les préceptes héroïques qu'il tire de sa conception
pessimiste du monde. Il aurait cherché à réfuter ceux qui voient dans le pessi-
misme outré de Schopenhauer, dans son mépris de l'action, dans le cynisme avec
lequel il démontre à l'homme non-seulement le néant, mais la bassesse de ses
plus sublimes émotions, dans la malédiction dont il frappe la nature entière, les
signes d'une philosophie de décadence, faits pour une époque blasée et impuis-
sante. Au lieu de cela, M. N. se contente de retourner sur toutes ses faces une
seule idée; il répète sous cent formes diverses que Schopenhauer était un homme
complet, et non un pédant, et que le vrai philosophe doit être avant tout un
homme, non un savant, doit être instruit par la vie, non par les livres. On
retrouve bien dans certaines parties de cette brochure la verve et l'énergie pit-
toresques que nous avons signalées dans les précédentes, mais l'ensemble est
faible et abondant en redites. Quand M, N. se moque de ceux qui comme Strauss
pensent que la fondation de l'empire allemand a porté un coup mortel au pessi-
misme philosophique, ou de ces vainqueurs de 1 870 qui n'ont rien de plus pressé
que de copier avec plus d'ardeur que jamais les modes et les actes des vaincus
comme des barbares qui auraient été pour la première fois en contact avec la
civilisation, nous ne pouvons que le féliciter de sa franchise et de son courage;
mais nous ne saurions approuver sans restriction ses attaques contre la science
allemande et les savants allemands. Au milieu de la décadence morale et intel-
lectuelle que M, N. signale en Allemagne et que nous n'avons garde de nier, les
travaux scientifiques qui sortent des Universités devraient être pour lui un sujet
de consolation et non de colère. Les modestes et laborieux érudits d'aujourd'hui
amassent des matériaux qu'utiliseront un jour des esprits généralisateurs et
créateurs. Quant aux pédantisme et à tous les vices qui en sont la conséquence,
ce ne sont pas les protestations de M. N. qui le feront fuir, ni même cette des-
truction sauvage de tous les livres qu'il prédit avec une sorte de joie ; une seule
belle œuvre de poésie ou d'art fera plus pour mettre les pédants en déroute que
toutes les injures, plus même que les plus éloquentes apostrophes. Ce n'est pas
l'érudition des Universités qui empêche les Allemands d'avoir des écrivains, des
poètes, des peintres, des musiciens; s'ils n'ont en ce moment que des savants,
c'est qu'ils ne peuvent pas produire autre chose; mais grâce à ces savants, ils
font encore assez bonne figure en Europe.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 1 5 janvier 1 87 5 .
Le président, M. Alfred Maury, annonce la mort de M. d'Avezac, membre
ordinaire de l'Académie. La séance est levée. Julien Havet.
Erratum. — N° 2, p. 21, ligne 2, au lieu de ouvrage, lisez passage.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
édité avec soin; l'article propose cependant plusieurs corrections). — Schmidt,
Shakespeare-Lexicon. Vol. I. A-L. Berlin, Reimer. In-8°, viij-678 p. (très-
complet et attestant une connaissance approfondie de Shakspeare). — Von Hell-
WALD, Geschichte des hollaendischen Theaters. Rotterdam, Van Baalen. In-S",
vij-i 50 p. (note favorable).
Jenaer Literaturzeitung, 1874, n° 51, 19 décembre. Ulrici, Gott und
der Mensch I, Th. i. 2. 2. Aufl. Leipzig, Weigel. In-8'', xij-363 ; xij-454 p.
(Fortlage). — Van der Linde, Geschichte und Litteratur des Schachspiels.
Bd. I. 2. Berlin, Springer In-8°, xj-422-i 54; xvj-524 p. (G. Schaarschmidt).
— Revue de philologie et d'ethnographie, p. p. De Ujfalvy, t. I, fasc. i . Paris,
Leroux. In-8", 96 p. (Georg Gerland). — Halévy, Rapport sur une mission
archéologique dans le Yémen; — Inscriptions sabéennes; — Études sabéennes;
— PRiCTORius, Beitrsege zur Erklaerung der himjarischen Inschriften. Heft 3
(Bernhard Stade). — Jahresbericht ûber die Fortschritte der classischen Alter-
thumswissenschaft, herausg. v. Bursian (R. Schôll; cf. Revue crit., 1874, II,
p. 379). — Bibliotheca philologica classica (Jos. St-î:nder). — Titi Livii ab
urbe condita liber II fur den Schulgebrauch erki. v. Tûcking. Paderborn, Schô-
ningh. In-8°, 104 p. (Gustav Becker). — Hofmann, Schulbibel. Heft i. Dres-
den, Meinhold. In-8'', xvj-i-192 p. (W. Hollenberg). — Lindemann, Blu-
menstrauss von geistlichen Gedichten des deutschen Mittelalters. Breigau,
Herder'sche Verlagsb. In-8°, xv-529 p. (E. Sievers). — Est joint au numéro :
Erwiderung auf Herrn Maurenbrecher^s Besprechung raeiner Arbeit ûber « Don
Carlos » in Nr. 40 der « Jenaer Literaturzeitung » (Adolf Schmidt).
The Geographical Magazine, edited by Cléments R. Markham. January
1875. 0-^ """^^ décembre ne nous est pas parvenu). The Great African Disco-
very. (Compte-rendu de l'exploration de la région du lac Tanganyika par le
lieutenant Cameron; avec une carte). — D. Ker : The minerai wealth of Cen-
tral Asia as bearing on Russian progress. — E. Schuyler : The Journey of the
Chinese Traveller Chang-te-hui (traduit du russe de l'Archimandrite Palladius).
— M. Miklucho-Maklay in New-Guinea (résume l'exploration de ce courageux
voyageur russe). — Parmi les comptes-rendus de livre un intéressant article est
consacré au journal de Livingtone publié chez Murray. — Nouvelles. — Comptes-
rendus des Sociétés géographiques.
La Rivista Europea, décembre, 1874. Lettere inédite di Alessandro Man-
zoni. — M. Amari, Nuovi studj sulle crociate (à propos de l'ouvrage de
M. Rœhricht. Voy. Rev. crit. 1875, n° 2, art. 10), — A. de Gubernatis, Giu-
seppe Regaldi. — V. Bacci, Giacomo Leopardi. — N. Caix, Di un antico monu-
mento di poesia italiana (sur les cinq sonnets publiés par M. Mussafia. Vienne.
1874. M. C. les attribue à un Arétin contemporain de Gui d'Arezzo, mais qui
écrivait sous l'influence de l'École bolonaise). — G. Ferraro, Nuova raccolta
di canti popolari Monferrini (suite). — Muscogiuri, Alfred de Musset (fin). —
L. Ottolenghi, Délia vita e degli studj di Girolamo Picchioni (fin). — Suite
de la polémique philologique entre MM. Storm et Caix. — Notices bibliogra-
phiques et littéraires françaises, italiennes, hongroises, slaves, allemandes.
,flfKkjtij-ij' 'i
.luanTsvuoD ./.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Archiv f. Literaturgeschichte. Hrsg. von
D' F. Schnorr v. Caro'.sfeld. 4. Bd. 4
Hefte. In-8°(i- Hft. 116 S.). Leipzig
(Teubner), 18 fr. 75
Baudissin. (W. W.). Jahve et Moloch
sive de ratione inter Deum Israelitarum
et Molochum intercedente. In-8% 85 S.
Leipzig (Grunow). 3 fr.
Bibliotheca geographica , od . systematisch
geordnete Uebersicht der in Deutschland
u. dem Auslande auf dem Gebiete der
gesammten Géographie neu erschienenen
Bûcher. Hrsg. v. D' W. Mùldener. 21.
Jahrg. 2. Hft. Juli-Decbr. 1873. ^-8°,
S. 51-144. Gœttingen (Vandenhœck et
Ruprecht). i fr. 25
Historica od. systematisch geordnete
Uebersicht der in Deutschland u. dem
Auslande auf dem Gebiete der gesammten
Geschichte neu erschienenen Bûcher.
Hrsg. V. D' Mùldener. 2 1 . Jahrg. 2. Heft.
Juli-Decbr. 1873. In-80, S. 121-310.
Gœttingen (Vandenhœck et Rnprecht).
I fr. 6j
-: philologica. Verzeichniss der vom J.
1852 bis Mitte 1872 in Deutschland er-
schienenen Zeitschriften, Schriften der
Akademien u. gelehrten Gesellschaften,
Miscellen, Collectaneen, Biographieen,
der Literatur ùb. die Geschichte der
Gymnasien, ùb. Encyklopaedie u. Ge-
schichte der Philosophie u. ùb. die phi-
lolog. Hùlfswissenschaften. Hrsg. v. C.
H. Herrmann. In-8* (2. Abthlg.) S. 103-
229. Halle (Hermann). Complet. 7 fr.
— — philologica od. geordnete Uebersicht
aller auf dem Gebiete d. class. Alter-
thumswissenschaft wie der aelteren u.
neueren Sprachwissenschaft in Deutsch-
land u. dem Auslande neu erschienenen
Bûcher. Hrsg. v. D. W. Mùldener. 26.
Jahrg. 2. Hft. Juli-Decbr. 1873. I^'^",
S. 43-91. Gœttingen (Vandenhœck et
Ruprecht). 2 fr. 30
Bibliothek d. aeltesten deutschen Lite-
ratur-Denkmseler. i. Bd. F. L. Stamm's
Ulfilas oder die uns erhaltenen Denkmaeier
der goth. Sprache. Text, Grammatik u.
Wœrterbuch. Neu hrsg. v. D' M. Heyne.
6. Aufl. In-8", xij-442 S. Paderborn
(Schœningh). 6 fr. 75
Bieling (H.). Ein Beitrag zur Ueberliefe-
rung der Gregorlegende. In-4% 26 S.
Berlin (Gœtz'sche Buchh.). i ir. 35
Chappell (W.). The History ot Music
(Art and Science). Vol. I : from the
Earliest Records to the Fall of the Ro-
man Empire. WithExplanation of Ancient
Systems of Music, Musical Instruments,
and of the true Physiological basis for
the Science of Music, whether Ancient and
Modem. In-8% 480 p. cart. London
(Chappell). 20 fr.
Eîchholtz (P.). Uhiands franzœsische
Balladen auf ihre Quellen zurùckgefuhrt.
^-8°, 42 S. Berlin ( Weidmann). i fr. 3 5
Flint (R.). The Philosophy of History in
France and Germany. In-8°, 630 p. cart.
London (Blackwoods). 18 fr. 75
Friesen(H.v.).Shakspere-Studien. i. Bd.
Altengland u. William Shakspere. In-8*,
viij-452 S. Wien (Braumùller). 10 fr. 75
Gertz (M. C). Studia critica in L. Annaei
Senecas dialogos. In-8*', viij-169 S. Leip-
zig (T. O. Weigel). 7 fr. 40
Mahn (N.). Ueber das Studium der pro-
venzalischen Sprache u. Literatur. In-8*,
24 S. Berlin (Dummler). i fr.
Newmann (F. W.). Hebrew Theism the
Common Basis of Judaism, Christianity
and Mohammedism. With Revisions and
Additions to the 4th edit. of 1858. Gr.
in-8*, 172 p. London (Trûbner et C).
S fr. 65
Reinaert. Willems Gedicht van den vos
Reinasrde u. die Umarbeitg. u. Fortsetzg.
Reinaerts Historié. Hrsg. u. erlaeut. v. E.
Martin. In-8*, Iij-321 S. Paderborn
(Schœningh). 12 fr.
Voick (V.). D. Bedeutung d. semitischen
Philologie f. d. alttestanientliche Exégèse.
2. durchgeseh. Auflage. In-8*, 34 S.
Dorpat cGIaeser). 75 fr.
Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 5 Neuvième année. 30 Janvier 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE F'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
A. MARIETTE-BEY
Nubie. i2Mivraison. In-fol. 6 fr
Monuments divers re-
cueillis en Egypte et en
BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
18^ ET 19e fascicules.
Rn R î A QT" FT V R î FT ^^^^^ ^"^ ^^^ ^°"^^^^ ^^
• L/ Hj l_i r\ O 1 IL I Iv 1 CL vicomtes de Limoges
antérieurs à l'an 1000. 5 fr.
AT-\ A D TV /l IT' C nn 17' T^ 17' TD Traité de la formation des
• i-z/VlviVl CiO 1 lL 1 t_il\ mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr.
C/^ f_T A O A TVT 17' A T T ^'■agroents d'un mystère proven-
• V-i il A. IdA iN Lu A U çal découverts à Périgueux ,
publiés, traduits et annotés. Gr. in-S". . 1 fr. 50
PÉRIODIQUES.
The Academy, N" 140, new séries, 9 janvier 1875. Letters from India and
Kashmir. London, Bell and Sons (E. Frère). — Th. Martin, Life of H. R. H.
the Prince Consort. London, Smith, Elder and Co. (A. Lang : la meilleure des
biographies publiées jusqu'ici). — The History of the Peloponnesian War by
Thycydides. Transi, by R. Crawley. London, Longmans and Co. (F. Storb :
art. favorable). — Notes and News. — Notes of Travel. — London Gossip in
1723 (gathered from some ras. news letters). — Boston Letter (Thomas Ser-
GEANT Perry : nouvelles littéraires). — Correspondence. The Original of Shakes-
peare's « Othello » (Rawdon Brown : curieux détails sur la nouvelle de Cinthio
qui a servi de base au drame de Shakespeare). — Statue to King Robert the
Bruce at Stirling (William B. Scott). — Records of the Past; being English
Translations of the Assyrianand Egyptian Monuments. Vol, II. Egyptian Texts.
London, Bagster and Sons (P. Le P. Renoue : contient la traduction de qua-
torze textes anciens). — Recently discovered Antiques in Rome (C. I. Hemans).
The Athenaeum, N° 246?, 9 janvier. Smith, Assyrian Discoveries. Sampson
Low and Co. (rapport de M. Smith sur ses fouilles en Mésopotamie). — Tyler,
Ecclesiastes ; a Contribution to its Interprétation. Williams and Norgate (appré-
ciation défavorable). — The Works of Thomas Love Peacock, Ed. by Cole.
3 vols. Bentley and Sons {2" article). — A new Shakspeare (J. Payne Collier).
— Notes from United States (D.). — Literary Gossip. — Societies (Soc. d'ar-
chéologie biblique). — Miscellanea. Gower's Epitaph (M. T. Duggan). — Re-
liable (G. P. Mason).
Literarisches Centralblatt, N' 3, \6 janvier. Mayer, Geschichte Œster-
reichs. 2 Bde. Wien, Braumûller. In-S", viij-326; viij-330 p. (excellent manuel
pour l'enseignement secondaire). — Mûller (H. D.), Syntax der griechischen
Tempora. Gœttingen, Vandenhœck u. Ruprecht. In-4°, 3 5 p. (recommandable).
— Terentius Afer, Ausgewaehlte Komœdien. Von Dziatzko. i. Bdchen.
Phormio. Leipzig, Teubner. In-S", iv-io8 p. (art. très-favorable). — Brey-
mann, a french Grammar. London, Macmillan and Co. In-S", xx-245 P- (assez
bon ouvrage fondé sur les principes de la philologie romane). — Il Contrasto di
Ciullo d'Alcamo ristampato di d'ANCONA, Bologna (édition critique revue sur le
ms. du Vatican n" 3793). — Lieblein, Die aegyptischen Denkmaeler in St.
Petersburg, Helsingfors, Upsala und Copenhagen. Christiania. In-S", 82 p.
3 5 pi. autogr. (important catalogue rendant accessibles des monuments jusqu'ici
peu connus). — Scriptum super Apocalypsim cum imaginîbus (Wenceslai Doc-
toris). Prag, Calve. In-4'', xv-301 p. (très-curieux commentaire sur l'Apoca-
lypse, remontant au xiii^ s., et accompagné de sujets exécutés au xiv'^s., dans
le midi de la France, probablement à Avignon).
Jenaer Literaturzeitung, 1874, n" 52, 26 décembre. Friedrich Delitzsch,
Assyrische Studien. Heft. Leipzig, Hinrichs'sche B. In-8°, vij-i89p. (Schrader :
ce cahier contient une importante étude sur les noms assyriens d'animaux; l'au-
teur en a réuni une grande quantité). — Report on the proceedings of the second
international congress of orientalists held in London. London, Trùbner. In-8°,
67 p. (Schrader). — Ulmann, Ueber den Werth diplomatischer Depeschen als
Geschichtsquellen. Leipzig, Hirzel. In-8", 23 p. (Adolph Schmidt : discours,
concluant selon M. Schm., sur l'estime exagérée en laquelle les historiens tiennent
ces pièces diplomatiques). — Zur Geschichte des deutschen Humanismus (Adalb.
Horawitz : donne sous ce titre une longue étude sur 10 publications relatives à
Reuchlin, Locher Philomusus, Eobanus Hessus, Von Vatt, Erasme, Mélanchthon,
etc.). — Schrœder, Ueber die formelle Unterscheidung der Redetheile im
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 5 . — 30 Janvier — 1875
'mA^
Sommaire: 21. De Gubernatis, Lectures sur la Mythologie Védique [suite et fin). —
22. Gertz, Études critiques sur les Dialogues de Sénèque. — 23. De Joinville,
Histoire de Saint Louis, p. et tr. p. de Wailly. — 24. Boucher de Molandon,
La Salle des thèses de l'Université d'Orléans. — 25. Milton, Œuvres politiques,
tr. p. Bernhardi. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
2t. — Letture sopra la Mitologia vedica fatte dal prof. Angelo de Gubernatis
air istituto di studii superiori di Firenze. Florence, Le Monnier. 1874. 1 vol. in- 12^
x-36^ p.
(Suite et fin.)
La discussion qui précède a déjà fait connaître au lecteur les singuliers pro-
cédés d'interprétation qu'emploie parfois M. D. G, Le nombre des inadvertances
plus ou moins graves ou des innovations malheureuses que nous avons relevées
dans ses traductions ou ses résumés des passages qu'il cite est trop considérable
pour que nous puissions songer à les signaler toutes ici. Nous nous bornerons
aux exemples les plus caractéristiques. Le passage mahî mitrasya varunasya mâyâ
(III, 6ï, 7) : « La puissance de Mitra et de Varuna est grande », est traduit :
« qui accroît Mitra, qui trompe Varuna » (p. 67). Le mot jânatî (I, i2j, 6)
« connaissant « est confondu avec janantî ou janayantî « engendrant » (p. 67).
L'expression bhuvanasya patnî « maîtresse du monde », appliquée à l'aurore, est
comprise « épouse de tout le monde, » d'où la jalousie du mari de l'aurore (!)
(p. 68). Le refrain de l'hymne X, 58, déjà cité : « Nous rappelons ici ton
» âme qui », prend ce sens : « Puisque ton âme nous nous en retour-
» nons ici », non que M. D. G. ignore le sens véritable, puisqu'il cite la
traduction de M. Max MùUer, mais, comme en bien d'autres cas, seulement parce
qu'il veut innover, sans tenir compte d'ailleurs de difficultés telles que l'emploi
du causal et du préfixe â, et surtout la présence du mot te qu'il supprime simple-
ment (p. 49). Ailleurs (p. 140) il affirme que dans le vers X, 95, 4, Purûravas
appelle Urvaçî « aurore » : la vérité est qu'il y est question de l'aurore, ou plu-
tôt des aurores, ûshas étant l'accusatif pluriel de ush, et non un vocatif de ushas
dont on ne saurait que faire, et qui, d'ailleurs, n'étant pas au commencement du
pâda, ne pourrait pas être accentué ; quant à Urvaçî elle est dans ce vers le sujet
d'un verbe à la 3^ personne nanaxe. Au v. 17 du même hymne, il est impossible
de comprendre comment M.D.G. peut voir qu'Urvaçî promet à Purûravas pour
le consoler un fils nommé Vasish/ha. On n'y trouve qu'une invocation de Vasish-
iha (peut-être identifié à Purûravas) adressée à Urvaçî. Nous n'insistons pas sur
le vers 2 où il est dit « je suis partie » {prâkramisham) et non « je suis arrivée
» comme la première des aurores. » M. D. G, traduit le refrain bien connu de
l'hymne X, 119; « Pour cela j'ai bu beaucoup de soma », quoiqu'on ne connaisse
XV 5
66 '^ T ! /^f^ REVUE CRITIQUE 1 -
pas à kuvit d'autre sens que le sens interrogatif^ et il en conclut qu'Indra (s'agit-
il d'Indra?) veut s'excuser d'avoir bu le soma (p. 199). Dans le vers VII, 21,
3, le roulement du char d'Indra n'est pas comparé au mugissement des vaches,
mais il est dit que les vaches ont caracolé, roulé, en s^éloignant d'Indra, comme
des cochers ou des héros qui combattent en char (p. 253). Cette citation est
faite à propos du mot bakara auquel l'auteur veut donner le sens de char (I,
117, 21) quoique la comparaison du passage IX, 1,8 ne laisse guère de sens
possible que celui d' « instrument à vent » proposé par M. Roth. C'est plus
légèrement encore que M. D. G. remplace le sens traditionnel de « joue n donné
à çiprâ par celui de « toupet, » sans autre raison qu'une explication tout à fait
hypothétique du mot çipi dans çipivishxa (p. 314). Il donne (p. 191) au duel
samrâjâ le sens de «collègues dans la royauté» bien que ce sens ne puisse convenir
aux emplois du mot samrâj au singulier; ce mot signifie « maître universel. »
Dans le vers II, 1,6 Rudra n'est pas identifié avec Agni et Pûshan (p. 314);
mais, ce qui est bien différent, Agni est identifié avec l'un et avec l'autre, comme
il l'est dans le même hymne avec tous les autres dieux. M. D. G. voit dans le
vers final de l'hymne sur le Purasha X, 90, 16, l'indication que Purusha est « le
» dieu qui s'offre comme victime en sacrifice à ces mêmes dieux qui lui sacri-
» fient » (p. 282); nous y lisons simplement que par le sacrifice les dieux ont
gagné (mérité) le sacrifice. M. D. G. ne traite d'ailleurs pas le sanscrit de Yâska
mieux que celui des hymnes, et sans nous prononcer sur le sens du passage
obscur qui a divisé Goldstùcker et M. Muir {Sanscrit îexts, V, p. 234), nous ne
pensons pas que ùrdhvam ardharâtrât « après la demi-nuit » puisse signifier en
aucun cas « avant et après la nuit, » ni même que sûryodayaparyanîah « qui se
» termine au lever du soleil » puisse, étant donné le sens ordinaire de paryanta
à la fin des composés, prendre le sens de «lever et coucher du soleil» (p. 208).
On s'étonne moins des traductions souvent imprévues de M. D. G. quand on
constate les libertés qu'il prend avec la grammaire. C'est ainsi qu'il inter-
vertit sans scrupule l'ordre régulier de la composition pour traduire les com-
posés açvasùnTtâ par « qui a des chevaux agiles, » vadhryaçva par « qui est privé
» de cheval, » ajâçva par « qui pousse les chevaux, » en reconnaissant cepen-
dant pour le dernier que l'interprétation « qui a des chèvres pour chevaux » a
été suggérée de bonne heure par l'ordre « plus ordinaire » de la construction
des composés. Il donne à âyaû (oxyton) épithète de la nuit (X, 127, i) et des
aurores (I, 124, 2) le sens de « large » (p. 42 et 62) bien que le mot âyata,
large, soit accentué sur le préfixe et fasse son féminin en â. Il parle (p. 46) de
l'union de Prthivî, tantôt avec Dyu masculin, tantôt avec Dyavâ féminin, de façon
à faire croire qu'il prend Dyavâ (lisez Dyâva) pour un mot au singulier dérivé de
Dyu, au lieu d'y reconnaître un duel qui s'ajoute au duel Prthivî comme le duel
Mitra au duel Varuna. C'est le mot Dyu lui-même qui est tantôt masculin, tantôt
féminin.
M. D. G. use volontiers de la critique conjecturale dans l'interprétation védique,
mais avec plus de hardiesse que de bonheur. Ainsi il propose au vers I, 124, 4
de remplacer nodhâh par les deux mots no dhâh dont le second serait un nom^
d'histoire et de littérature. 67
d'ailleurs inconnu, de la vache, sans s'apercevoir qu'il laisse ainsi un enclitique
{no pour nah) au commencement du pâda (p. 64-65). Dans les v. X, 1 19, 4 et 5
il propose de lire amatir et amatim au lieu de matir et matim (oxytons) : or amati
proparoxyton signifie « pauvreté » et amaîi paroxyton « éclat. » Comme l'auteur
donne à sa correction le sens de « Soma » et qu'il identifie constamment le Soma
à la lune, nous supposons que la leçon qu'il introduit dans le texte védique est
un mot amati, paroxyton, auquel les dictionnaires du sanscrit c/iï^5/^ue donnent
le sens de lune (!) (p. 199). Un modèle de correction purement arbitraire est
celle qu'il propose pour le passage svasarasya patnî « maîtresse de l'étable » (de
l'aurore) qu'il change en sûryasya patnî, sans autre raison que le désir de trouver
une nouvelle preuve à l'appui de l'idée que l'aurore est l'épouse du soleil, et
sans se demander si le mot sûryasya lu en cinq syllabes laissera subsister une
longue comme 8^ syllabe du pâda. Le changement de viçpalâvasù en deux mots
viçpalâv asû (ï , 182, i) pourrait sembler ingénieux si l'on connaissait un seul
emploi de asu au sens concret, et si le rapprochement de sûryâvasû (VII, 68, 3)
n'interdisait pas de toucher à la leçon traditionnelle.
Venons-en au chapitre de l'étymologie. Nous trouvons dans une discussion sur
le dieu de l'amour, le rapprochement des racines ar, var et même tvar (p. 1 56),
et ailleurs (p. 252) le rapprochement des racines dâ, dî dans les mots dânava,
dasyu, dâsa, dasra, dasma d'un côté, tldaiîyaà&VdiXxXVQ sans indication d'ailleurs
du choix à faire entre les différentes racines qui se ramènent à ces deux formes.
Ce sont là des jeux étymologiques qu'il n'y a pas lieu de discuter et que nous
citons seulement pour donner une idée de la méthode de l'auteur sur ce domaine.
Une autre racine dvar a couvrir, » qu'il croit retrouver dans le latin induere ' ,
serait, selon lui, une simple modification de tvar, comme dvish de tvish, si bien
que le mot latin duellum d'où bellum viendrait en dernière analyse de tvar (p. 156).
C'est le même changement de î en d que M. D. G. admet sans difficulté dans le
mot Indra identifié à Antara dans le sens de « dieu de l'atmosphère » par l'inter-
médiaire du zend Andra (p. 188). Mais ce qui est étrange, c'est qu'en dépit de
cette étymologie, il n'abandonne pas le rapprochement, si frappant en effet,
d'Indra et d'Indu « dieu de nom analogue, » dit-il (p. 189). Ailleurs (p. 242)
il indique, à titre de simple hypothèse, il est vrai, une explication de Saramâ par
sa-yamâ (!) qui établirait un rapport étymologique entre 'Epjj,eîaç et Yama. Le
rapport, d'ailleurs probable, de fv^cavec Tvashxar (pour Tvakshiarde tvax, racine
élargie par une 5) nous est expliqué de cette manière (p. 166) : la sifflante pala-
tale (sic; il s'agit du c de tvac cf. 175) s'est changée en sifflante cérébrale. Nous
hésitons à croire que la racine vas ait été citée dans le même passage en vue
d'un rapprochement étymologique. Selon M. D. G. le nom des Maruts est une
variante de garut (p. 150) et laisse transparaître leur nature de vents, le mot
garut signifiant « aile » : notez que garut « aile » n'est d'ailleurs connu que par
I. Sans doute en comprenant dans la racine \'r de l'infinitif (! p. 156 en note). A
propos d'étymologie latine voyez encore (p. 227) le rapprochement de Fidius et de
Bhujyu donné lui-même comme un dérivé de bhaga. i .
68 REVUE CRITIQUE
les dictionnaires et pourrait bien n'être qu'un postulatum des grammairiens pour
expliquer le mot Garutman. — Enfin M. D. G. explique le mot çraddhâ « foi »
par la racine çrath, en donnant pour cela à cette racine, qui signifie «se relâcher»
et au causal v relâcher, délier «, le sens d' « unir ».
Nous n'avons sans doute pas besoin d'ajouter en terminant que nous ne con-
testons pas à M. D. G. des connaissances étendues sur le sujet qu'il traite, et la
sévérité même de notre appréciation montre que nous ne le confondons pas avec
ceux dont la critique peut simplement ignorer les travaux. Il ne nous coûte nul-
lement de lui donner raison sur des points de détail, par exemple contre M. Roth
à propos de l'étymologie de raxas (p. 265) qui paraît bien en effet venir de la
racine rax «garder», dans le sens de «gardien avare», et nous aimons à recon-
naître ce qu'il y a d'ingénieux dans le rapprochement, d'ailleurs encore bien
hypothétique, du Çimçumâra (dauphin, Çiçumâra dans la langue classique) attelé
d'après un hymne védique au char des Açvins (divinités qui d'ailleurs sauvent
des eaux un personnage mythologique) et du poisson qui traîne le navire de
Manu pendant le déluge dont parle le Çatapatha-Brâhmana (p. 227)/*^^1*^'At'
Abel Bergaigne.
22. — Studia critica in L. Annasi Senecae dialogos. Scripsit Martinus Clarentius Gertz.
Hauniae, Gyldendal. 1874. In-8°, 169 et viij p.
M. Gertz publie dans ce volume des observations critiques sur les ouvrages
de Sénèque que, d'après le principal manuscrit, les deux derniers éditeurs de
Sénèque, Fickert et Haase, ont nommés dialogi, à savoir de providentia, de con-
stantia sapientis, de ira, consolatio ad Marciam, de vita beata, de oîio sapientis, de
îranquilUtate animi, de hrevitate vit£, consolatio ad Helviam, consolatio ad Polybium.
Sénèque est peut-être le prosateur latin qui a été le plus lu au moyen-âge
après le xii^ siècle; aussi les manuscrits de ses ouvrages sont-ils nombreux, la
plupart peu anciens, et très-fautifs, surtout par les corrections arbitraires dont ils
fourmillent, et qui rendraient la restitution du texte impossible, si l'on n'avait pas
quelques manuscrits du x" siècle, le manuscrit de Milan pour les dialogi, le
Nazarianus (Vaticano-palatinus 1 547) pour le de clementia et le de beneficiis, les
manuscrits de la Bibliothèque nationale 8540 et 8658 A pour les 88 premières
lettres à Lucilius, un manuscrit de la bibliothèque de Strasbourg (aujourd'hui
consumé) et un manuscrit de Bamberg pour les autres lettres. On n'a malheu-
reusement pas de manuscrit ancien pour les Qu£stiones naturales.
Dans sa préface, M. G. traite brièvement des travaux dont Sénèque a été
l'objet, et les apprécie avec équité. Fickert est le premier et jusqu'à présent le
seul qui ait publié une édition critique des œuvres de Sénèque '. Malheureusement
son édition est très-défectueuse ; le texte est mal constitué, et les collations des
I. L. Annaei Senecae opéra. Ad libres mânuscriptos et impressos recensuit commenta-
rios criticos subiecit disputationes et indicem addidit C. R. Fickert. Lipsiae, Weidmann,
1842, 1843, 184$, m, in-8*. Les disputationes et VIndex annoncés n'ont jamais paru.
d'histoire et de littérature. 69
manuscrits les plus importants paraissent inexactes'. Fr. Haase, qui a publié
une édition de Sénèque dans la collection Teubner 2, Haupt 3 et surtout M. Mad-
vig4 ont beaucoup amélioré le texte de Sénèque. M. Gertz n'est pas indigne
d'être nommé à côté d'eux.
Dans la première partie de sa publication M. G. montre que la collation du
manuscrit de Milan qui a été communiquée à Fickert n^est pas satisfaisante ; et
il essaye d'établir que tous les autres manuscrits des dialogi dérivent du manus-
crit de Milan : ce qu'il dit sur ce second point semble plausible; mais la chose
aurait besoin d'une vérification attentive. On a déjà constaté que le Puîeanus
n'est pas la source unique pour la troisième décade de Tite-Live ni le manuscrit
de Florence pour les lettres familières de Cicéron. Il ne me paraît pas très-
vraisemblable qu'un auteur qui avait gardé tant de réputation, qui a toujours été
aussi lu, n'ait été conservé pendant un temps que par le manuscrit de Milan.
Dans la seconde partie M. G. présente des observations critiques sur le texte
des dialogi. Il pense (p. 134) que le titre qui se lit en tête du manuscrit de Milan,
L. ANNyEI SENECyE DIALOGORUM LIBRI. NUM. XII, a une certaine auto-
rité; et il en donne de bonnes raisons. D'abord ce titre qu'on lit dans le plus
ancien et le meilleur manuscrit de ces traités doit être traditionnel. Ensuite le
grammairien Diomède cite (375 P) Sénèque « in dialogo de superstitione, » et
les fragments assez longs de cet ouvrage que S. Augustin nous a conservés
montrent qu'il ne différait pas pour la forme des traités de Sénèque que nous
avons. Il est vrai que le de clementia et le de beneficiis ne nous sont pas parvenus
sous ce titre ; mais il a peut-être été omis par hasard : il est de tradition ancienne
puisqu'il est mentionné par Diomède et avant lui par Quintilien (X, i, 129). Il
provient sans doute de ce que l'argumentation a souvent dans Sénèque la forme
du dialogue, qui était traditionnelle dans l'école stoïcienne. Sénèque lui-même dit
(de Ben. V, 19, 8) au moment où il vient d'argumenter sous cette forme : « Sed
» ut dialogorum altercatione seposita tanquam jurisconsultus respondeam, mens
» spectanda est dantis. »
Je trouve dans M. G. quelques remarques intéressantes sur des faits de langue
latine. Ainsi (p. 62) dans l'expression d'une comparaison par tam quam,
(Zque quam^ non minus quam, non magis ^Mm (dans le sens du fran-
çais pas plus que) Sénèque met très-souvent dans la proposition principale ce que
nous mettrions aujourd'hui dans la proposition dépendante. Il dira (de consîanîia
sapientis 7, 2) « mali tam bonis perniciosi quam inter se » là où nous dirions
plutôt « mali tam inter se perniciosi (ce qui est remarquable) quam bonis.» M. G.
signale encore dans Sénèque un emploi de ne quidem, que M. Siesby a constaté
1. Je puis l'attester en ce qui concerne le manuscrit de Paris 8540 dont M. Châte-
lain, élève de l'école des Hautes-Études, publiera prochainement une collation faite avec
beaucoup de soin.
2. L. Annaei Senecae opéra quae supersunt, recognovit et rerum indicem locupletissi-
mum adjecit Fridericus Haase Prof. Vratislav. Lipsiae, Teubner, 1852-1853. III, in-8*.
3. Emendationes et adnotationes criticae in libros Annaei Senecse éd. M. Haupt (Pro-
gramme des cours de l'Université de Berlin). 1864-1866.
4. Adversaria critica. I-II. Haunise. 1871-1873.
H Kl
70 . './-.ui. REVUE CRITIQUE '
aussi dans Cicéron Phil. XIII, 43, in Pis. 83, Verr. IV, 101, de N. D I, 58, de
rep. ], 47 et d'autres auteurs. Ainsi Sénèque (de ira III, 40, 2) « fregerat unus
» ex servis (Vedii Poliionis) crystallinum. Rapi eum Vedius jussit ne vulgari qui-
» dem more periturum (pour périr, pas même (ce qui eût été bien le moins) par
» un supplice ordinaire), muraenis obici jubebatur. » Aussi dans ad Marciam
20, 5 «video istic cruces non unius quidem generis, sed aliter ab aliis
» fabricatas. » M. G. lit-il avec raison ne au lieu de non « je vois ici des croix,
)) pas même (ce qui serait bien le moins) d'une seule espèce. » A propos du
passage {de vita beata 5, i) <* potest beatus dici qui nec cupit nec timet bene-
» ficio rationis, quoniam et saxa timoré et tristitia carent nec minus pecudes,
» non ideo tamen quisquam felicia dixerit, quibus non est felicitatis intellectus, »
M. G. signale (p. 124 n.) l'emploi elliptique de la conjonction quoniam par
laquelle Sénèque explique pourquoi il a ajouté bénéficia rationis, comme s'il y
avait « haec adjeci, quoniam » On a donc tort de mettre un point devant
quoniam ' .
M. G. rétablit d'ailleurs le sens d'un bon nombre de passages par le seul
changement de la ponctuation, qui était souvent bien vicieuse. Haase en par-
ticulier me paraît avoir abusé du point. Ainsi le passage (de ira II, 10, 6) est
ponctué dans Haase de la manière suivante : « Non irascetur sapiens peccanti-
» bus, quare.f* quia scit neminem nasci sapientem, sed fieri. Scit paucissimos
n omni aevo sapientes evadere, quia condicionem humanas vitae perspectam
» habet : nemo autem naturae sanus irascitur. » M. G. ponctue « peccanti-
» bus ; quare .'' quia scit fieri,scit ; quia habet. Nemo » Seulement
je mettrais devant nemo une virgule au lieu d'un point; cette dernière proposi-
tion me paraît liée étroitement avec condicionem humana vit£, et dépendre aussi
de quia.
Les restitutions proposées par M. G. sont souvent évidentes. Ainsi il a appli-
qué un procédé qui est d'un emploi fréquent au passage (de breviîate viu 4, 5)
« in ipsa urbe Murense, Caepionis, Lepidi, Egnatiorum in eum mucrones acueban-
» tur. » Il fait remarquer avec raison que d'après les autres historiens et Sénèque
lui-même (de clem. I, 9, 6) il n'y avait eu qu'un Egnatiusqui eût conspiré contre
Auguste. Il restitue avec certitude Egnaîi, aliorum. Il restitue de même dans
Qudist. natur. IV, 2, 28 « nisi aliquid liquidi (omis dans les manuscrits) terra
» acciperet, exaruisset^. »
M. G. n'est pas moins circonspect que sagace : il sait s'arrêter, il sait ne pas
toucher à ce qui ne peut être guéri, ou à ce qui n'a pas besoin de l'être. Je n'au-
rais pourtant pas substitué posset dans (de const. sap. 6, i) « cogita nunc, an
» huic fur aut calumniator injuriam facere possit. « J 'admettrais /acere/; mais
1. M. G. signale le même emploi de quoniam dans Sénèque {quast. nat. IV, 13 , 3) et
de quia dans Cicéron Brut. 293 ; Quintilien I, 5, i, 6 ; 7, 28 ; VI, 5, 55.
2. M. G. (p. 126) s'est rencontré avec moi (voir Revue critique, 1874, I, 52) dans la
correction de de vita beata 8, 4 « at in se revertatur. » Mais je persiste à penser que le
futur erit doit être conservé, puisqu'il s'agit d'un fait et d'un fait indépendant de notre
volonté, le point de départ de la raison étant nécessairement dans la sensation.
d'histoire et de littérature. 71
possit, à cause du sens de ce verbe, me paraît correct. Dans le même traité (12,
2) M. G. a été arrêté par « hi ut magnum aliquid agentes in lapidibus ac parie-
» tibus et tectis moliendis occupati. « Il pense, avec raison, que moUendis ne
peut se construire avec lapidibus ; il propose de supprimer ac et de construire
lapidibus comme ablatif instrumental : construction que des exemples comme
« ad honestis occupatum » ne peuvent justifier, puisque la préposition ne s'y
construit pas avec l'ablatif. Il me semble que in lapidibus occupati s'entend sans
qu'on ajoute de verbe : « Ils sont occupés après des pierres. » L'expression est
même plus dédaigneuse. M. G. a eu recours au dangereux procédé qui consiste
à supposer qu'un passage embarrassant a été interpolé, pour résoudre la difficulté
qu'il a cru apercevoir dans un texte (de ira II, 8, 3) oii Sénèque après avoir
tracé le triste tableau que présente la société des hommes dit : « Ferarum iste
» conventus est, nisi quod illse inter se placidae sunt morsuque similium abstinent,
» hi mutua laceratione satiantur. Hoc autem uno ab animalibus mutis difïerunt,
» quod illa mansuescunt alentibus, horum rabies ipsos a quibus est nutrita depas-
» citur. » Juste Lipse avait déjà été arrêté par uno et s'était demandé « uno?
)) atqui alterum discrimen praecessit. » Mais peut-être uno a-t-il ici le sens de
pr£ cateris, comme dans Cicéron, Tusc. 5, 36 « nemo de nobis unus excellât, »
Tite-Live (41, 20^ « Rhodiis ut nihil unum insigne, ita omnis generis dona
» dédit.» Virgile, En. II, 339, « justissimus unus qui fuit in Teucris. » M. G.
voit une autre difficulté : c'est qu'il n'y a rien dans ce qui précède à quoi se
rapporte alentes. Il incline à croire (p. 85) « lectorem aliquem ingenium suura
» experiri voluisse atque hsec verba in margine adscripsisse. » Cela me paraît
bien peu probable. Il me semble que Sénèque veut parler de l'ingratitude des
hommes qui ne respectent pas même ceux qui les nourrissent. Il n'y a rien à
changer dans de ira II, 5, i « eos occidunt a quibus nec acceperunt injuriam nec
» accepisse ipsos existimant. » Sénèque, Quinte Curce, etc. emploient les cas
obliques d'ipse comme se, sibi; voir Madvig, Gramm. Lat. 490, c, 4 note. Je ne
vois pas non plus pourquoi on substituerait calor à color dans le passage {de ira
II, 19, 5) où Sénèque après avoir développé que la chaleur du sang porte à la
colère ajoute : « neque uUa alla causa est cur iracundissimi sint flavi rubentesque,
» quibus talis natura color est, qualis fieri ceteris inter iram solet; mobilis enim
» illis agitatusque sanguis est, » La proposition « quibus etc, » n'est que le
développement de flavi rubentesque, et alla alia causa est expliqué par mobilis
enim.
M. G. s'étonne beaucoup (maxime miror p. 91) qu'on n'ait pas vu qu'il fallait
lire tabidi au lieu de rabidi dans Sénèque de ira II, 19, 5, et que Halm ne se soit
pas aperçu que dans Quintilien VII, 3, i, il fallait corriger infitiatio au lieu d'ini-
tiatio. Son étonnement cessera, quand il aura édité des textes d'une certaine
étendue. Il appelle de tous ses vœux une nouvelle édition de Sénèque, qui est
en effet absolument nécessaire. Nul ne me paraît mieux préparé que M. Gertz à
nous rendre ce service. Il a des aptitudes philologiques distinguées, et une
méthode sévère, à laquelle on reconnaît un disciple de M, Madvig, qui lui a
72 _:^àm'lf' REVUE CRITIQUE
fourni un certain nombre de corrections dont le voisinage ne nuit pas à celles de
.l'auteur. Charles Thurot.
''2j. — Jean sire de Joinville, Histoire de saint Louis, Credo et Lettre à Louis X,
. texte original accompagné d'une traduction, par M. Natalis de Waiixy, membre de
l'Institut, Paris, libr. Firmin Didot. 1874. Gr. in-S», xxx-690 p, avec nombr. planches
et trois cartes. — Prix : 20 fr.
En rendant compte il y a deux ans, ici même', du Villehardouin publié
par la maison F. Didot, je me faisais Pécho de deux souhaits que j'avais
entendu formuler très-souvent. Le premier était qu'à cette édition déjà si
parfaite de la Conquête de Constantinople, M. N. de Wailly consentît à ajouter
les éclaircissements nécessaires sur l'histoire de la 4*^ Croisade et notam-
ment sur différentes questions soulevées dans ces derniers temps. Or, ces éclair-
cissements, personne mieux que M. de W. n'était préparé à les donner. Je suis
heureux de déclarer aujourd'hui que, dans la seconde édition promptement
devenue nécessaire, le savant académicien s'est empressé comme toujours de
déférer au vœu général ; mais au lieu de quelques notes dont nous nous serions
contentés, nous avons eu plus de cent pages d'introduction nouvelle où on
entretient successivement le lecteur des causes si discutées de la direction im-
prévue donnée à la 4* Croisade, de ses divers historiens, des armes et des vête-
ments de l'époque, enfin de la langue de Villehardouin et de Henri de Valen-
ciennes. Si, sur le premier point, les raisons alléguées par M. de W. pour
repousser l'existence d'un traité entre les Vénitiens et Malek-Adel n'ont pas
encore été acceptées par tout le monde, il n'en reste pas moins acquis que
nous avons maintenant un Villehardouin entouré de tous les éclaircissements
désirables.
Le livre que j'annonce aujourd'hui, avec un retard dont je m'accuse, est la
réalisation du second des vœux dont je parlais tout à l'heure. Après le Villehar-
douin, voici en effet le deuxième volume delà série des Chefs-d'œuvre historiques
et littéraires du moyen-âge promise par la maison Didot : c'est une nouvelle édi-
tion de Joinville ; et lorsqu'il parut, il y a déjà un an, on nous faisait espérer
qu'il serait bientôt suivi d'un choix de morceaux en vers et en prose, d'un
Commynes, etc., préparés, sous la direction de M. Léon Gautier, par divers
érudits. On me dit que l'entreprise subit en ce moment un temps d'arrêt.
Espérons qu'il n'en est rien : après un tel début, on ne peut ainsi s'arrêter à
moitié chemin.
C'est qu'aussi ce nouveau Joinville est un chef-d'œuvre et inaugure encore
plus brillamment que le Villehardouin, s'il est possible, la collection promise.
On n'ignore pas avec quel soin, quel amour, quel goût exercé M. de Wailly
s'occupe depuis longtemps du vieil historien de Saint Louis. Voilà dix ans que
de ses mains sortent coup sur coup des traductions et des éditions de Joinville,
I. Rev. criî. 1872, T. II, p. 314.
d'histoire et de littérature. 7}-
ou des travaux relatifs à sa chronique, et toujours chaque ouvrage est en progrès
sur le précédent. Les deux principales et les dernières en date de ces publica-
tions, l'édition de 1867' où, en même temps qu'il réimprimait une traduction
déjà donnée en 1865, M. de W. restituait d'après un examen plus attentif des
manuscrits les leçons de son auteur, et celle 2 où, à l'aide des chartes de Join-
ville, il en a rétabli les formes et l'orthographe, sont bien connues de nos
lecteurs : un juge compétent les a ici même étudiées et appréciées comme elles
le méritaient?. Cette troisième édition se présentant tout d'abord comme la
réunion et la refonte des deux autres, je ne puis que renvoyer le lecteur aux
deux excellents articles dont je parle. Je ne dirai donc rien de la traduction qui
est à peu de choses près celle qui parut en 1 86 5 et en 1 867 et a été tout récem-
ment citée ailleurs comme un modèle, ni du texte où se retrouvent à la fois les
leçons restituées de l'édition Le Clere et les formes pour la première fois rétablies
en 1868. Il me semble plus nécessaire d'indiquer en quelques mots les nom-
breuses et considérables additions qui viennent encore donner lîn prix plus grand
à la nouvelle publication.
Dans la préface qui ouvre le livre il n'y a guère à signaler que les termes
élevés dans lesquels sont appréciées et l'œuvre et les idées de Joinville. Un
morceau plus important est l'examen critique des éditions et des manuscrits. Là,
M. de W. rappelle et complète les raisons qui l'ont précédemment guidé dans
la classification des trois manuscrits consultés par lui 4 et défend le texte du
chroniqueur, son intégrité et son authenticité contre les objections soulevées
dans ces dernières années par feu Ch. Corrard et le père Gros. Le texte restitué
de l'Histoire de Saint Louis avec la traduction en regard viennent ensuite, puis
le Credo, collationné cette fois sur le manuscrit unique volé à la Bibliothèque
nationale et qui se trouve aujourd'hui chez Lord Ashburnhara, enfin la Lettre à
Louis X. Je me joins à M. Gaston Paris 5 pour demander à M. de W. que dans
la quatrième édition que le succès de son ouvrage l'obligera d'en donner bientôt,
il réunisse aux œuvres mêmes de Joinville l'épitaphe composée en 1 3 1 1 par
celui-ci en l'honneur de son arrière-grand-père Geoffroi de Joinville, et dont
nous trouvons ici, seulement dans les Eclaircissements, le texte ingénieusement
restitué.
Nous voici arrivés à ces éclaircissements, la partie la plus neuve du présent
volume. Quelques-uns d'entre eux, il est vrai, tels que ceux qui traitent du
système monétaire de Saint Louis (II), du mot Nouvellement (II), d'un des sens
du mot Fief(lU), de la domesticité féodale (IX), etc., avaient déjà paru dans
l'édition de 1867; il en est d'autres aussi comme l'étude sur la langue et la Gram-
1. Un vol. gr. in-8», chez Le Clere.
2. Publiée en 1868 par la Société de l'Histoire de France.
3. Rev. ait. 1867, i" sem. p. 87, et 1869, 2* sem. p. 3.
4. Un quatrième manuscrit a été signajé dans ces derniers temps en Angleterre , dans
la bibliothèque de l'ordre des avocats à Edimbourg (V. First report on historical manu-
scripts ; London, 1870, in-fo!.). Mais il paraît que ce ms. du XVI' siècle n'est qu'une
copie du texte de Rieux.
5. Romania, t. III, 1874, p. 402.
74 .3«!;TAr REVUE CRITIQUE
maire de Joinville (XVII) et les extraits textuels des manuscrits (XVII I) qui se
retrouvent également dans les publications antérieures; mais en voici une double
série inédite du plus grand intérêt : d'abord deux éclaircissements historiques,
une courte mais substantielle dissertation sur le pouvoir royal de Saint Louis (I)
dont les éléments et les preuves sont puisés dans le texte même du chroniqueur,
et un résumé chronologique des récits de Joinville, qui sera désormais indis-
pensable pour se reconnaître au milieu des souvenirs un peu confus du bon
sénéchal. La seconde série se compose de petites notices archéologiques sur les
armes offensives et défensives III, IV), le vêtement (V), et les sceaux (XX).
Dans cette partie, où M. de W. s'est aidé des renseignements et des dessins
qui lui ont été fournis par MM. J. Quicherat et Demay, aucun des passages de
Joinville où il est question d'habillement ou d'armement n'est laissé dans
l'ombre, et, par extension, ces renseignements, complétés au moyen des notes
que contient sur le même sujet la 2" édition de Villehardouin, forment comme une
véritable histoire de la matière au xiii^ siècle. Ce qui constitue en outre l'origi-
nalité de ces renseignements et ajoute en même temps à leur authenticité, c'est
qu'ils sont pour la plupart puisés à une source encore peu explorée, les sceaux
des personnages cités dans Joinville ou des contemporains ; on comprend mieux
après cela de quelle utilité seront désormais pour l'étude du costume et
de l'équipement au moyen-âge ces petits monuments que leurs propriétaires
avaient intérêt à rendre le plus exacts possible. .nv&St mjcênsb'aèv g
Je n'en ai pas fini avec les éclaircissements ; le dernier en effet n'est pas le
moins remarquable. Il s'agit des notes explicatives des trois cartes jointes au
volume; cartes et notes sont dues à M. A. Longnon, l'homme le plus compé-
tent de France en fait de géographie historique. J'avoue que les deux cartes sur
la r« et la 2^ croisade de Saint Louis et la notice qui les précède auraient pu
être plus détaillées, et éclaircir encore quelques points obscurs du séjour de
Louis IX outre mer; mais cette fois du moins il n'y a pas à faire le petit repro-
che que j'adressais à la carte de Villehardouin : les noms modernes sont
toujours accompagnés de la forme donnée par Joinville mise entre parenthèses.
Quant à la troisième carte et à la Note sur les divisions de la France féodale en
1259, après le traité d'Abbeville, c'est vraiment un travail étonnant d'érudition
et de perspicacité. On peut se demander si l'une et l'autre étaient ici bien
indispensables, et par cela même regretter que le défaut de place ait forcé
M. Longnon à condenser, peut-être outre mesure, les précieux documents qu'il
fournit successivement sur chacun des fiefs du royaume ; ce n'en est pas moins
la première fois qu'un travail de cette importance et de cette exactitude a été
entrepris sur la géographie si embrouillée et si variable de la période féodale
du moyen-âge. Il reste encore beaucoup à faire, mais le travail de M. L. est le
point de départ forcé de tous les travaux à venir.
Maintenant il faut bien dire que parmi ces éclaircissements si pleins de faits
et si nombreux, il en est un que l'on est surpris de ne pas rencontrer tout
d'abord, je veux parler d'une dissertation étendue sur l'auteur même de ce
livre qu'on entoure de tant de notes et d'illustrations. Les premiers éléments de
d'histoire et de littérature. 7f
cette étude biographique se trouveraient déjà dans les trente pièces originales en
français, émanées de la chancellerie de Joinville, que M. de W. a réunies et
d'où il a tiré l'ensemble des règles phonétiques et grammaticales à l'aide
desquelles il a refait le texte de l'Histoire de Saint Louis. Il ne serait pas em-
barrassé de recueillir encore d'autres matériaux tant français que latins qui lui
permettraient de donner une histoire plus sûre et plus complète du sénéchal de
Champagne. M. de W., comme le faisait déjà remarquer il y a cinq ans M. P.
Meyer, est trop bien « préparé par ses travaux sur les historiens du xiii* siècle
» et notamment sur l'époque de Saint Louis, » pour laisser à d'autres moins scru-
puleux et moins compétents le soin de nous donner une biographie définitive de
son héros. M. de W. me pardonnera si je me permets de formuler encore un
souhait; il met tant d'aimable empressement et d'abnégation à contenter les plus
légers désirs de ses moindres critiques ou à tenir compte de leurs plus minces
observations, qu'on se croit autorisé à lui demander ce qu'on ne demanderait à
nul autre. Ce qui lui arrive n'arrive qu'aux gens riches : plus ils'donnent, et plus
on exige d'eux. :
Je ne puis pas finir sans rappeler que cette édition de Joinville n'est pas seu-
lement remarquable par la valeur inestimable du fond, la forme en est des plus
riches. Gravures sur bois tirées des miniatures d'un manuscrit du confesseur de
la reine Marguerite, et représentant les divers épisodes de la vie publique et
privée de Saint Louis, chromolithographies d'après les exemplaires de l'Hwfoire,
dessins reproduisant des peintures du Credo et de divers autres manuscrits du
xiii*' siècle ou du commencement du xiv% épreuves photographiques des sceaux
de Joinville, de Saint Louis, de Blanche de Castille, et enfin fac-similé de la
charte de l'Historien, tout cela, réuni aux cartes et aux croquis de costumes et
d'armes dont j'ai parlé, forme le plus exact et le plus agréable album que l'on
puisse consulter sur le siècle brillant du moyen-âge. Que si à présent l'on s'éton-
nait que dans cette Revue, où la critique réclame toujours ses droits, j'aie fait si
peu d'observations sur tel ou tel point du texte ou de la traduction où je pourrais
être en léger dissentiment avec l'auteur, je répondrais que le peu que j'aurais à dire
sur ce point a déjà été dit et mieux que je ne le ferais dans les deux comptes-
rendus de M. P. Meyer et, par M. Gaston Paris, dans un article détaillé de la
Romania auquel j'ai déjà renvoyé et auquel M. deW. s'est empressé de répondre
dans le même recueil, en tenant compte, comme il le fait toujours quand il
croit la chose admissible, des observations "qui lui étaient adressées. Le retard
involontaire qu'a subi le compte-rendu a au moins cet avantage, qu'il me permet
de louer sans restrictions un ouvrage qui honore à un si haut point la science et
la conscience françaises.
Léopold Pannier.
24. — La Salle des Thèses de l'Université d'Orléans, par M. Boucher de
MoLANDON. 2* édlt. Orléans, 1872. In-8», 93 p.
La ville d'Orléans possède encore la salle des thèses de son ancienne Univer-
sité, élégant monument de la fin du xV siècle. Cet intéressant édifice, vu sa
76 REVUE CRITIQUE
V situation toute inoffensive, en retraite sur les voies publiques qui l'enfer-
)) ment, semblait ne devoir porter ombrage à aucun projet de voirie municipale. »
Malgré cela l'édilité orléanaise, prise de la manie de démolitions, qui a déjà
ravagé tant de nos grandes villes, forma il y a une dizaine d'années le projet de
renverser la Salle des thèses, pour construire une place devant l'entrée princi-
pale de la Préfecture. Grâce aux réclamations de la Société archéologique de
l'Orléanais, grâce aux démarches de plusieurs citoyens éclairés, ce malencontreux
projet a rencontré de sérieuses entraves. C'est pour aider à le combattre que
M. Boucher de Molandon a rédigé la notice que nous signalons aujourd'hui.
L'à-propos de cette publication en fait le principal mérite. L'auteur a réuni et
groupé d'une manière satisfaisante des renseignements précis sur la date de
construction et la destination de l'édifice. Les plus curieux de ces documents,
il est vrai, étaient déjà connus. MM. Verdier et Cattois dans leur beau livre sur
l'Architecture civile au moyen-âge ' avaient donné, dans une planche très-supé-
rieure à celles de M. B. de M., le plan, la coupe et les principaux .détails de la
Salle des thèses. MM. Meyer et Thurot avaient publié dans la Bibliothèque de
l'École des Chartes le règlement de réformation de l'Université d'Orléans; d'autres
textes non moins importants étaient également imprimés. Mais M. B. de M. le
reconnaît lui-même en citant loyalement les travaux de ses devanciers , et si ce
fait diminue quelque peu l'originalité de son livre , il ne doit pas nous empêcher
d'en reconnaître la valeur.
Nous terminerons par une légère critique. Les textes que publie M, B. de M.
sont si clairs, qu'ils pouvaient se passer de notes. En tout cas, c'est supposer le
lecteur bien naïf que de lui expliquer que « noët et iour » signifie nuit et jour,
que (c seallées du seal » veut dire « scellées du scel, « qu'Edouard III est « l'un
)) des plus puissants rois d'Angleterre et l'un de ceux qui firent le plus de mal à
» la France, » etc
R. L.
25. — John Milton's politische Haaptschriften, ûbersetzt u. mit Anmerkungen
versehen von D' W. Bernhardi. Bd. I. Berlin, Koschny (Heimann). 1874. In-8',
"321 p.
Lessing disait des ouvrages de Klopstock : « Tout le monde les loue et per-
)) sonne ne les lit. » Il en est de même pour les écrits en prose de Milton, aussi
bien en Allemagne qu'en France. En France, les ouvrages en prose de Milton
n'ont jamais été traduits, et l'ouvrage de M. Geffroy * les a seuls fait un peu con-
naître. Eh Allemagne, l'opuscule sur la Liberté de la Presse a été traduit par
Rœpell; celui sur « la théorie et la nature du divorce » a été abrégé par F. v.
Holtzendorff (1855); mais de tous ses autres écrits, on ne connaît que des frag-
ments dispersés dans les essais biographiques consacrés à l'auteur du Paradis
perdue. L'entreprise de M. Bernhardi sera donc accueillie avec faveur par le
1. Architecture civile et domestique au moyen-âge et à la renaissance, t. II, p. 165.
2. Étude sur les pamphlets politiques et religieux de Milton. 1848. In-8*.
3. L'important travail de Weber : John Milton s prosaische Schriftc.i, etc., publié
d'histoire et dk littérature. 77
public allemand. En réalité, ce n'est que dans ses œuvres en prose que le génie
de Milton apparaît dans toute sa puissance. A une époque aussi agitée que la
nôtre par la passion des luttes politico-ecclésiastiques, on trouve un intérêt tout
particulier à écouter la voix austère du penseur inflexible qui a jadis examiné
toutes ces questions au point de vue de son temps, et a trouvé pour seule solution
de séparer entièrement le domaine ecclésiastique du domaine politique et de
traiter les associations religieuses dans leurs rapports avec l'État d'après les mêmes
règles qu'on applique à toutes les autres associations.
On doit approuver M. B. d'avoir fait un choix parmi les écrits qu'il a l'inten-
tion de traduire. Les ouvrages en prose de Milton n'ont pas tous un intérêt
général. Même parmi ceux dont M. B. a entrepris la traduction on sera souvent
choqué par l'abus de l'érudition théologique et la lourdeur de la forme. — Par
contre, on ne comprend pas ce qui a guidé M. B. dans la division arbitraire qu'il
a adoptée pour sa publication qui doit comprendre deux volumes. Cette division
n'est pas chronologique, car le premier volume paru s'ouvre par un opuscule de
1659 et se termine par un opuscule de 1651. Elle n'est pas non plus métho-
dique, car on trouve pêle-mêle dans ce premier volume des traités sur les sujets
les plus divers, disposés sans aucun ordre. Ce sont : le traité sur le Pouvoir de
l'État dans les affaires ecclésiastiques ; les écrits sur ['Éducation et la Liberté de la
Presse; le traité sur le Divorce, et enfin la première apologie pour le peuple anglais.
— Le second volume contiendra, d'après les promesses de la préface, la seconde
apologie pour le peuple anglais, VEikonoklastes, et une grande partie des écrits
consacrés aux questions ecclésiastiques.
Un second défaut, que le traducteur a d'ailleurs senti et dont il a cherché à
s'excuser, vient de ce que le texte original des écrits en prose de Milton laisse
beaucoup à désirer et met souvent le traducteur dans le plus grand embarras.
Croira-t-on que nous ne possédons encore aucune édition critique des œuvres
en prose de Milton, où l'on ait tenu compte des diverses éditions anciennes et
de leurs variantes et cherché à éclaircir les passages douteux ? La préface de la
grande biographie anglaise du poète par M. G. Masson (1 vol. 1859) nous a fait
espérer l'apparition prochaine d'une nouvelle édition des œuvres en prose de
Milton par les soins du Rév. J. E. B. Mayor, M. A., Fellow de S. John's
Collège Cambridge; mais jusqu'ici cette espérance n'a point été réalisée. Nous
en sommes donc toujours réduits à des éditions peu satisfaisantes parmi lesquelles
celle de Pickering (Londres 185 1, rééditée en 1867 avec les œuvres poétiques
8 vol.) est sans contredit la meilleure. Malheureusement il est difficile de la
trouver en dehors de l'Angleterre. Il est regrettable que M. B. ne s'en soit pas
servi et ait dû se contenter de l'édition ordinaire de Saint John, quand la première
condition d'une bonne traduction est naturellement l'emploi du meilleur texte.
L'usage de l'édition Pickering aurait permis d'éviter certaines fautes. Ainsi
p. 120, la traduction est obscure, parce que M. B, a trouvé dans son texte
d'abord dans V Historisches Taschenbuch de Raumer, 3e série III-IV, et reproduit dans l'ou-
vrage intitulé : Zur Geschichte des ReformJtionszeiîalters (1874) ne donne que des extraits.
yS REVUE CRITIQUE
anglais le passage suivant : « The Jesuits and that sect amongst us which is
» named of Arminius, are wont to charge us of making God the author of sin
» in two degrees especially, etc. » L'éd. Pickering, il est vrai, porte elle aussi
en cet endroit le mot degree, mais quelques lignes plus loin on trouve le mot
decree qui est le bon, celui que Milton avait également voulu écrire la première
fois et qui seul offre un sens'. Sans parler de ces imperfections, auxquelles la
nécessité peut servir d'excuse, la traduction de M. B. n'est pas exempte d'obscu-
rités et de lourdeurs. Il est vrai que la langue étrangement concise et puissante
de Milton ne rend pas aisée la tâche du traducteur; cependant Gustave Liebert
dans son excellent ouvrage sur Milton (Hambourg 1860) a montré par quelques
exemples que les difficultés peuvent être vaincues à force d'élégance et de savoir
faire. Nous nous permettons de recommander à M. B. ces modèles qui pourront
lui être utiles pour la seconde partie qu'il annonce, et d'y ajouter le vœu qu'il
nous donne aussi un choix des lettres et des dépêches de Nfilton dont M. W.
Douglas Hamilton nous a fait connaître un si grand nombre 3.
On doit surtout louer le traducteur d'avoir cherché à éclaircir pour le lecteur
un grand nombre d'allusions qui ont besoin de commentaire. Quelquefois il a
simplement reproduit les notes de l'éditeur anglais S' John (dans Bohn's Stan-
dard Library) ; mais dans le plus grand nombre des cas ses commentaires témoi-
gnent d'une étude approfondie; on pourrait même parfois les trouver trop déve-
loppés. Ainsi p. 266 sur Catilina, on aurait pu être plus bref.
*': Un troisième volume contiendra une biographie développée de Milton et en
même temps les éclaircissements nécessaires sur la composition et l'ordre des
écrits traduits. En somme nous pouvons féliciter M. B. de son entreprise qui fait
partie de la Historisch politische Bibliothek de L. Heimann?.
A. Stern.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 22 janvier 1875.
Une lettre adressée à l'académie annonce la mort de M. Deville, l'un de ses
correspondants.
,ii I . L'emploi de l'édition Pickering aurait appris à M. B. que Milton a bien écrit comme
il le suppose (p. 51) : « I am not able. » On trouve aussi dans l'éd. Pickering, IV, 385,
le mot : « Law-French » qui est sans doute une allusion à la langue du barreau. Pour-
quoi M. B. ici (p. 32 note) et ailleurs écrit-il : Standart Library, pr. Standard.
2. Original Papers illustrative of the Lite and writings of John Milton printed for
the Cambden Society (1850).
3. Une question avant de finir : M. GefFroy, dans l'important essai cité plus haut, dit
p. 242 qu'un ms. des Epistola Jamiliares de Milton se trouvait en la possession de sir
Thomas Philipps. Celui-ci est mort depuis. La Commission pour la recherche des mss.
historiques qui depuis quelques années travaille en Angleterre avec tant de succès, ne
pourrait-elle donner des renseignements sur ce point? — à supposer que l'indication de
M. Geffroy fût exacte.
d'histoire et de littérature, 79
M. G. Perrot, au nom de la commission du prix Gobert, fait connaître les
titres des ouvrages qui ont été envoyés au concours pour ce prix. Ils sont au
nombre de 5 , plus les deux ouvrages qui sont en possession du prix.
L'académie élit les membres des commissions chargées de décerner divers
prix. Ces commissions sont ainsi composées : — Prix ordinaire (histoire de la
lutte entre les écoles philosophiques et théologiques sous les Abbassides) :
MM. Renan, de Slane, Defrémery, Derenbourg; — Prix Bordin (étude philolo-
gique et critique du texte des œuvres de Sidoine Apollinaire) : MM. Naudet,
Egger, Quicherat, Thurot ; — Prix Bordin (recueillir les noms des dieux men-
tionnés dans les inscriptions babyloniennes et assyriennes) : MM. de Saulcy, MohI,
de Longpérier, Derenbourg; — Prix de numismatique : MM. de Saulcy, de la
Saussaye, de Longpérier, Robert ; — Prix La Fons-Mélicocq (pour le meilleur ou-
vrage sur l'histoire et les antiquités de la Picardie et de l'Ile-de-France, Paris non
compris) : MM. P. Paris, Delisle, Hauréau, Deloche; — Prix Stanislas Julien
(pour le meilleur ouvrage relatif à la Chine) : MM. Mohl, Ad. Régnier, Dulau-
rier, Pavet de Courteille ; — Prix Fould (Histoire des arts du dessin jusqu'au
siècle de Périclès) : M. M. de Saulcy, de Longpérier, Renan, Perrot.
Ouvrages déposés : Saint Louis et son temps, par M. H. Wallon; Topographie
archéologique des cantons de la France : canton de Ribécourt (Oise), par M. Peigné
Delacour; les publications de l'académie des sciences de Cracovie, et divers
autres recueils périodiques. — M. Delisle présente de la part de M. Baschet
l'Histoire du dépôt des archives des affaires étrangères. — M . de Wailly présente les
Œuvres de MM. Alfred, Gustave et Jules de Wailly, recueillies et publiées par
M. Gustave de Wailly. — M. de Longpérier présente de la part de M. L. d'Her-
vey de S. Denys deux nouveaux fascicules contenant les actes 5 à 10 de la
traduction du Si-siang-ki par Stan. Julien, publiée par M. d'Hervey, et deux
mémoires de ce dernier, l'un sur Formose et les îles Lieou-Kieou , l'autre sur
l'ethnographie de la Chine centrale et méridionale. — M. Egger offre de nou-
velles éditions de son étude sur la Poétique d'Aristote et de son étude sur les
substantifs verbaux en français, et la 3" éd. de son manuel de grammaire com-
parée; il présente les ouvrages suivants de la part des auteurs : Fabre d'Envieu,
Onomatologie de la géographie grecque; Éd. Chaignet, Théorie de la déclinaison en
grec et en latin; G. d'Eichthal, Le site de Troie; Joseph Grandgagnage, Coutumes
de Namur et de Philippeville, 2^ vol. — M. Didot offre un vol. publié par lui sous
ce titre : Aide Manuce et l'hellénisme à Venise et en Italie. — M. Renan présente
un Dictionnaire français-cambodgien par M. Aymonier. — M. L. Renier présente
une publication extraite de la Revue archéologique , et intitulée Une invasion gau-
loise en Macédoine en l'an 1 17 avant notre ère, par M. l'abbé Duchesne : c'est
l'explication d'une inscription trouvée aux environs de Salonique, qui nous révèle
une invasion gauloise dont les historiens ne parlent pas.
M. de Vogué fait une communication sur une stèle phénicienne qui a été
découverte par M. Peretié aux environs de Djebel, l'ancienne Byblos (dans la
Bible Gebal), et dont il présente une photographie à l'académie. Ce monument
paraît provenir du temple de la déesse de Byblos. C'est un bloc de calcaire taillé
8o REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
en un parallélipipède arrondi par le haut. Sur le devant sont dans un encadre-
ment une scène gravée au trait et une inscription phénicienne. On voit à gauche
la déesse assise et tournée vers la droite; elle présente la plus grande ressem-
blance avec les figures de divinités égyptiennes ; elle est vêtue d'une longue robe
et porte en guise de coiffure un disque solaire avec deux cornes de taureau. A
droite est un roi debout qui lui offre une libation ; il est vêtu comme un roi dé
Perse. Un disque égyptien muni de deux ailes inclinées domine la scène.
L'inscription en 1 5 lignes d'une écriture soignée, mais pourtant difficile à lire,
est un acte par lequel un roi de Gebal consacre le temple à la déesse. Celle-ci
est appelée Baalat Gebal : c'est la première fois qu'on connaît son nom phéni-
cien. Le monument remonte, selon M. de Vogué, à la première moitié du 5'' s.
avant notre ère. Après diverses observations philologiques sur le texte de
l'inscription, M. de Vogué présente des considérations sur l'art religieux des
Phéniciens, qui n'a jamais eu, dit-il, de caractère propre. La stèle de Gebal
semble copiée des monuments égyptiens; à l'époque grécoromaine, ce fut l'art
grec qu'on imita, comme le montre une petite statuette de la déesse de Byblos,
faite à cette époque, que M. de Vogué met sous les yeux des membres de l'aca-
démie.
M. Jourdain commence la seconde lecture de son mémoire sur Nicolas Oresme
et les astrologues de la cour de Charles V.
Julien Havet.
LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE.
Acta Societatis Phiiologas Lipsiensis éd. Ritschelius, t. II, fasc. 2 (Lipsiae, Teub
ner). — Ausgewaîhlte Komœdien des Terentius Afer erkl. v. Dziatzko. I. Bdchen
(Lipsias, Teubner). — Michel Bégon, Correspondance et documents inédits, p. p. Du
PLESsis (Paris, Aubry). — Blass, Die Attische Beredsamkeit, 2. Abth. (Leipzig
Teubner). — Boucher, William Cowper, sa correspondance et ses pensées (Paris
Sandoz et Fischbacher). — Busson, Zur Geschichte des grossen Landfriedensbundes
deutscher Stasdte 1254 (Innsbruck, Wagner'sche Univ.-Buchh.). — Chaignet, Théorie
de la déclinaison des noms en grec et en latin d'après les principes de la grammaire com-
parée (Paris, Thorin). — Die Regesten des Kaiserreichs unter Kaiser Karl IV. 1346-
1378. Aus dem Nachiasse Bqehmer's herausg. v. Huber. i. Lief. (Innsbruck, Wagner).
— Die Schiacht von Alischanz ; niederdeutsches Heldengedicht herausg. v. Roth (Pader-
born, Schœningh). — Von Giesebreght, Geschichte der deutschen Kaiserzeit. IV. Bd.
2. Abth. (Braunschweig, Schwetschke). — Q^ Horati Flacci Carmina. Lucianus Mùl-
ler recogn. (Lipsiae, Teubner). — Kayser, Das Vorexilische Buch der Urgeschichte
Israels (Strassburg, Schmidt's Univ.-Buchh.). — Krek, Einleitung in die slavische
Literaturgeschichte. 1. Th. (Graz, Leuschner u. Lubensky). — Von Kremer, Cultur-
geschichte des Orients unter den Chalifen. 1. Bd. (Wien, Braumiiller). — Krohn,
Sokrates und Xenophon (Halle, Verl. v. Mûhlmann). — De Neuvo, Isabelle la Catho-
lique (Paris, Lévy).
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A, Gouverneur.
Griechischen und Lateinischen. Leipzig, Kœhler. In-8°, viij-562 p. (B. Del-
BRûCK : contient d'excellentes parties, mais d'autres qui n'eussent pas dû être
imprimées et que l'auteur aurait dû plus longtemps élaborer).
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Bonnejoy. Études historiques. Chars
(Seine-et-Oise). Son histoire, ses hauts-
barons, son vieux château, son Hôtel-
Dieu, son église, la pierre qui tourne,
Bercagny, etc. Avec une eau-forte. In-S",
112 p. Paris (Dumoulin).
Boucherie (A.). Êtymologies françaises
et patoises. In-8°, 46 p. Paris (lib. A.
Franck).
Boucher (L.). William Cowper, sa cor-
respondance et ses poésies. In-i2, 343 p.
Paris (Sandoz et Fischbacher).
Broutin (A.). Histoire des couvents de
Montbrison avant J793. i" vol. In-8°,
xiv-376 p. Saint-Étienne (imp. Monta-
gny)-
Calvary's phiiologische u. archseoiogische
Bibliothek. 24. u. Supplément Bd. In-8*.
Berlin (Calvary et C"). Chaque volume,
2 fr. 75
Contenu : 24. R. Bentley's Disserta-
tions upon the epistles of Phalaris, The-
mistokles, Socrates,Euripides a. upon the
fables of ^Esop. Edited with an Intro-
duction and Notes by D' W. Wagner.
Part 4. Supplément bd. Rœmische Ge-
schichte v. G. B. Niebuhr. Neue Ausgabe
V. M. Isler. Register.
lamoês (L. de). OsLusiadas. Unter Ver-
gleichg. der besten Texte, m. Angabe d.
bedeutendsten Varienten u. e. krit. Ein-
leitung. Hrsg. v. D. K. v. Reinhard-
stœltner. i. Lfg. In-8*, xlj-96 S. Strass-
burg (Trùbner). 4 fr.
lampagne (La) de 1692 dans le Haut-
Dauphiné. Lettres de Catinat, de Vau-
ban, etc. Relations des sièges d'Embrun
et de Guiliestre. Protocole du notaire
Grassi. Mémoires du capitaine Le Clair
et de J. p. de Rochar. In-8*, 185 p. et
3 pi. Paris (Réunion des officiers).
Chapelle et Bachaumont. Voyage
publié par D. Jouaust. In-i6, xij-75 p.
Paris (Libr. des Bibliophiles). 2 fr. ^0
Golbert (N.-J.). Traditions et souvenirs,
ou mémoires touchant le temps et la vie
du général Auguste Colbert (1793-1809).
T. 5. In-8*, 483 p. et carte. Paris (F.
Didot frères fils et C*).
Coll y Vehi (J.). Los refranes del (^uijote,
ordenados por materias y glosados. En-8*,
xxv)-248 p. Barcelona (imp. del Diario
de Barcelona).
Desjardins (E.). La table de Peutinger,
d'après l'original conservé à Vienne ; pré-
cédée d'une introduction historique et
critique et accompagnée : 1° d'un index
alphabétique des noms de la carte origi-
nale avec la lecture des éditions précé-
dentes; 2" d'un texte donnant, pour
chaque nom, le dépouillement géogra-
phique des auteurs anciens, des inscrip-
tions, des médailles, et le résumé des dis-
cussions touchant son emplacement; 30
d'une carte de redressement comprenant
tous les noms à leur place et identifiés,
quand cela est possible, avec les localités
modernes correspondantes; 4° d'une se-
conde carte établissant la conformité des
indications générales de la table avec les
connaissances présumées des Romains
sous Auguste (Orbis Pictus d' Agrippa).
Liv. 13. In-fol. p. 2 17-244 et i pi. Paris
(Hachette et C'). lo fr.
Deux ligueurs de Picardie. Docu-
ments historiques sur un maïeur d'Amiens
et un gouverneur de Gerberoy. In-8°,
132 p. et 2 pi. Paris (Dentu). 4 fr,
Dœtsch (P.). Juvenal. Ein Sittenrichter
seiner Zeit. Ein Beitrag zur Sittengesch.
Roms unter den Kaisern. In-8°,vij-75 p.
Leipzig (Engelmann). 2 fr.
Dûmichen (J.). Die erste bis jetzt auf-
gefundene sichere Angabe ûb. die Regie-
rungszeit e. asgyptischen Kœnigs aus dem
altem Reich, welche uns durch den me-
dicinischen Papyrus Ebers ùberliefert
wird. Mit dem v. Prof. Ebers herge-
stellten genauen Facsimile der Kalendar,
Notiz auf dem Rùcken d. Papyrus Ebers.
In-8', 32 S. Leipzig (Engelmann). 2 f. 25
Durand (V.). Recherches sur la station
gallo-romaine de Mediolanum dans la cité
des Lyonnais. In-8°, xij-63 p. et 4 plans.
Saint-Étienne (Chevalier).
Durieux (A.). Les artistes cambrésiens
du IX"-XIX' siècle et l'école de dessin de
Cambrai, avec 10 pi. lithogr. dont 2 en
couleurs et 2 photographies. In-8*, 474 p.
Cambrai (imp. Simon).
Fischer (D.). L'ancien prieuré de Dur-
renstein, près Walscheid (comté de Dabo).
In-8', 24 p. Nancy (imp. Crépin-Leblond).
Flavigny (de). État de la compagnie
écossaise des gardes du corps du roi à
Coblentz, en 1791 et 1792, d'après un
manuscrit du vicomte de Flavigny, sous-
aide-major de ladite compagnie. Publié
par le vicomte A. de Flavigny. In-i6,
117 p. Paris (Schlesinger).
Franck (A.). Moralistes et philosophes.
2* éd. In- 12, viij-489 p. Pans (Didier et
C-). 4 fr-
Heller (H.). Curas criticae in Platonis de
republica libros. In-4*, 48 p. Berlin
(Calvary et C*). 2 fr. 75
Heuzey (L.) et Daumet (H.). Mission
archéologique de Macédoine, ii* livr.
In-4°, p. 257-344 et 6 pi. Paris (Didot
frères fils et C*). 12 fr. 50
Houdoy fJ.). Renart-le-Nouvel, roman
satirique composé au XIII* siècle par Jac-
quemars Gielée de Lille; précédé d'une
introduction historique et illustré d'un
fac-similé d'après le manuscrit La Vallière
de la Bibliothèque nationale. In-8*, 212p.
Paris (Aubry).
Houdoy (J.). Verreries à la façon de Ve-
nise. La fabrication flamande d'aprèsdes
documents inédits. Gr. in-8°, 81 p. Paris
(Aubry).
Jacob ben Chabib en Jacob (oculus Jacobi),
i. e. collectio locorum talmudis babylonici
hagadicorum sec, ordinem talmudis ad-
jectis commentariis celeberr. virorum,
accedunt notae Isak Alfasi, Kakajon de
Jona. Jehuda Arje di Modena u Salomon
Dajan Glogaviensis. V^ol. i-}.in-4*, 360,
348 u. 298 S. Berlin (Cohn). 24 fr.
Jullien (A.). Histoire du théâtre de
Madame de Pompadour dit théâtre des
Petits Cabinets. Avec une eau-forte de
Martial d'après Boucher. Gr. in-S", 80 p.
et grav. Paris (Baur).
Keryiler (K.). Le chancelier Pierre Sé-
guier, second protecteur de l'Académie
française. Études sur sa vie privée, poli-
tique et littéraire, et sur le groupe aca-
démique de ses familiers et commensaux.
2« éd. In- 12, xv-égô p. Paris (Didier et
C-).
Lenormant (F.). Les premières civilisa-
tions, études d'histoire et d'archéologie.
T. I. Archéologie préhistorique. Egypte.
T. 2. Chaldée et Assyrie, Phénicie. In-
8°, viij-883 p. Paris (Maisonneuve et C';.
Ménard et Goiffon. Les Évêques de
Nîmes au XVIII* siècle (1687- 17 50).
Fléchier, la Parisière etBecdelièvre. Con-
tinuation (i 7 50-1 820) Becdelièvre (suite),
Cortois de Balore, la période révolution-
naire, les martyrs nîmois. In- 12, 269 p.
Nîmes (Bedot).
Pannier (L.). Les joyaux du duc de
Guyenne, recherches sur les goûts artis-
tiques et la vie privée du Dauphin Louis
fils de Charles VI. In-8*, 72 p. et i pi.
Paris (Didier et C*).
Rosny (L. de). Manuel du style épisto-
laire et du style diplomatique. Texte ja-
ponais publié à l'usage des élèves de
l'école spéciale des langues orientales,
traduit en français et accompagné d
notes. In-8°, 60 p. Paris (Maisonneuve
et C*). 6 fr.
Rostan (L.). Monographie du couvent
des dominicains deSaint-Maximin. In-8*,
316 p. Draguignan (imp. Latil).
Smith (S.). Memoir of. By his Daughter,
Lady Holland. With a Sélection of his
Letters. Edited by Mrs Austin. New
edit. ^-8°, 637 p. London (Longmans).
3 fr. 15
Vintler (H.). Die Pluemen der Tugent.
Hrsg. V. J. V. Zingerle. In-S", xxxiij-
403 S. Innsbruck (Wagner). 11 fr. 25
Wheeler (J. T.). The History of India.
Vol. 3. Hindu , Buddhist, and Brahma-
nical. In-8°, 5 14p. c«irt. London (Trùbner
et C*). f t f 22 fr. 50
Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur.
N' 6 Neuvième année. 6 Février 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Étranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
A. MARIETTE-BEY
Nubie. 12* livraison, In-fol. 6 fr.
Monuments divers re-
cueillis en Egypte et en
BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
18* et 19e FASCICULES.
R n F I A ST F Y R I F ^'"'^' '"' ^f '°"'''' '^
Iv» JL^J—^ l-jr^kjl l_il IvIJLj vicomtes de Limoges
antérieurs à l'an 1000. 5 fr.
Ar^ A R \A F ^T^ F T' F R '^'^^'^^ ^^ ^^ formation des
• L/rVrViVl HiO 1 il l ILIx mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr.
Cf^ TT A TD A NT 17 A T T ^""^S^^^^s d'un mystère proven-
• v^ n A. t)/\l N rL/\LJ çal découverts à Périgueux,
publiés, traduits et annotés. Gr. in-8<». i fr. 50
PÉRIODIQUES.
The Academy, N" 141, new séries, 16 janvier. J. Thomson, The Straits
of Malacca, Indo-China, and China. London, Sampson Low and Co. (Ruther-
FORD Alcock : prédit un grand succès à cette relation de voyage). — Mahaffy,
Social Life in Greece from Homer to Menander. London, Macmillan and Co.
(D. B. MoNRo: ouvrage plein de bon sens, de critique, et donnant à réfléchir).
— Stoughton, Ecclesiastical History in England. The Church of the Révolu-
tion. London, Hodder and Stoughton (J. Bass Mullinger : ouvrage devant
être pris en considération, bien qu'il paraisse écrit pour défendre une thèse). —
Blair, Indian Famines; their Historical, Financial, and other Aspects. London,
Blackwood (F. J. Goldsmid). — Notes and News. — Notes of a Tour in the
Cyclades and Crète. L Delos and Rheneia (H. F. Tozer). — Correspondence.
The « Quarterly Review « and Mr. Darwin. — Statue of King Robert the Bruce
at Stirling Castle (J, E. Alexander, Major-General). — The Urari Poison
(John R. Jackson). — Blackie, Horae Hellenicae. London, Macmillan (R. C.
Jebb : réimpression d'essais sur divers points d'histoire, de philosophie, de cri-
tique littéraire, de philologie et de grammaire). — Societies (Soc. d'archéologie
biblique).
The Athenœum, N" 2464, 16 janvier. Sumner-Maine, Lectures on the
Early History of Institutions. Murray (i'"' art., développé). — Morris, Elemen-
tary Lessons in Historical English Grammar. Macmillan (art. très-défavorable).
— Pope Alexander the Sixth (R. Garnett). — A Celtic Mss. Society (John
Stuart Blackie; J. Jeremiah). — « The Nobla Leyçon » (J. A. Wylie). — The
Ptolemy of 1 562 (R, H. Major). — The written Pottery of Moab (R. ï'Athe-
n£um ne recevra plus de communication à ce sujet). — Literary Gossip.
Literarisches Centralblatt, N" 4, 23 janvier. Bruyn, Palaestina. Ders.
Prolegomena ad tabulam geographicam Palaesîinas. Utrecht, Kemink et Zoon,
In-4°, 16 p. (n'offre aucune amélioration qu'on puisse signaler; on remarque
seulement une dissertation sur le site de Tarichée). — Kirchhoff, Ueber die
Schrift vom Staate der Athener. Berlin, Dûmmler. In-4'', 5 1 p. (très-érudite
brochure). — Baumgart. MWns Aristides. Leipzig, Teubner. In-S", viij-240 p.
(ouvrage de la plus haute importance pour l'histoire de la rhétorique grecque).
— Myriantheus, Die Marschlieder des griechischen Drama. Mùnchen, Acker-
mann. In-S", vij-141 p. (très-compétent). — Schulze, Idioticon der nord-
thûringischen Mundart, Nordhausen, Fœrstemann. ln-8% vij-69 p. (étude sur
le dialecte de Nordhausen et des environs). ;
Jenaer Literaturzeitung, 1875, n» i, 2 janvier. FiTTiNG , Zur Ceschichte
der Rechtswissenschaft am Anfange des Mittelalters. Halle, Buchh. d. Waisenh.
In-8°, 28 p. Ders., Glosse zu den Exceptiones legum Romanorum des Petrus,
Ibid. In-8°, iij-68 p. (Stintzing). — Steffenhagen, Deutsche Rechtsquellen
in Preussen vom xiii. bis zum xvi. Jahrh. Leipzig, Duncker u. Humblot. In-S",
viij-248 p. (Behrend). — Waltek, Die Lehre von der praktischen Vernunft
in der griechischen Philosophie. lena, Mauke'sVerl. In-8'', xviij-573 p. (Prantl:
excellent travail). — Philippson, Heinrich IV und Philipp III. Bedin, Duncker.
In-8", xij-398; iv-444 p. (Noorden : expose les origines de la prépondérance
française en Europe). — Homerica Carmina, éd. Nauck. Vol. II. Odyssea. Pars
I-II. Berolini apud Weidmannos. In-8", xxj-222; xvj-223 p. (J. La Roche:
c'est à peine si, dans cette édition, on peut reconnaître l'Homère auquel on est
habitué). — Schanz, Studien zur Geschichte des Platonischen Textes. Wûrz-
burg, Stahel. In-8°, vj-88 p. (H. Sauppe : destiné à exposer les principes sur
lesquels M. Sch. fonde son édition de Platon, dont le i"''' vol. ne tardera pas à
paraître). — Compte-rendu de la Commission impériale archéologique pour les
REVUE CRÏTIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
._ N* 6 — 6 Février — 1875
Sommaire : 26. Pierret, Études égyptologiques, 2' livr, — 27. Rosenberg, Les
Erinyes. — 28. Krek, Introduction à l'histoire de la littérature slave. — 29. De
PiBRAC, Quatrains, p. p. Claretie. — 30. Pascal, Pensées. — Sociétés savantes :
Académie des inscriptions.
26, — Études égryptologiques. Deuxième livraison. Recueil d'inscriptions inédites
du musée égyptien du Louvre, traduites et commentées par Paul Pierret, conserva-
teur-adjoint au musée égyptien du Louvre. Première partie. In-4', 158 p. Paris,
librairie A. Franck. 1874. — Prix : 25 fr.
On sait que l'administration du Louvre n'a pas à sa disposition , comme le
British Muséum, par exemple, des fonds permettant aux savants conservateurs
de notre Musée de publier au moins les plus intéressants d'entre les monuments
confiés à leurs soins. A défaut de ces fac-similé que les musées du Caire, de
Londres, de Berlin, de Leyde, etc., la plupart depuis longtemps, ont livrés aux
investigations des égyptologues, M. P. Pierret a commencé à insérer dans ses
Études égyptologiques un certain nombre d'inscriptions inédites. La révélation de
monuments presque inconnus rendait déjà un inappréciable service; les textes
sont en outre accompagnés de traductions et de notes savantes qui font de cette
publication l'une des plus marquantes dont la science ait été dotée en ces der-
nières années.
Il est certain que la plus sérieuse difficulté des premières études de l'égypto-
logue provient de la rareté des ouvrages exécutés d'après le plan que M. P.
s'est imposé. Le système graphique des anciens Égyptiens, quelque simples et
ingénieuses qu'en soient les règles, n'en présente pas moins, dans la pratique,
les complications inhérentes à l'emploi de mille signes environ, et à la combi-
naison des valeurs alphabétiques, syllabiques, idéographiques, dans la même
phrase, souvent dans un seul mot. Avant d'aborder l'interprétation des textes et
d'interroger les recueils d'inscriptions, il faut, au préalable, se rendre maître de
cette écriture. Pour cela étudier des textes bien analysés serait assurément le
meilleur moyen. Malheureusement l'impression des caractères égyptiens étant
lente et dispendieuse, les traducteurs renoncent bien souvent à publier leur
texte, surtout un commentaire et des notes suffisantes. M. P. a dû autogra-
phier son ouvrage, travail long et pénible qui lui a permis de composer deux
volumes d'hiéroglyphes avec traductions interlinéaires. C'est peut-être la pre-
mière fois qu'on trouve réunis autant de textes hiéroglyphiques traduits et
annotés.
La place accordée aux notes dans ce second volume est un peu plus large
que dans le premier. Concises, mais remplies d'érudition, ces notes mettent
le lecteur à même de peser toutes les difficultés de l'interprétation. Le but de
l'ouvrage ne comportait point qu'il fût donné encore plus de développement à
XV 6
82 REVUE CRITIQUE
cette partie, la plus importante, selon nous, et d'ordinaire la plus négligée, d'un
travail sur les hiéroglyphes. Nous ne pouvons que le regretter quand nous trou-
vons, dans celles qui nous sont données, une foule d'observations précieuses,
qu'il nous serait impossible d'analyser ici, dont les égypiologues tireront le
plus grand profit. Afin de faciliter les recherches, l'auteur a placé à la fin du
volume un glossaire comprenant tous les mots intéressants, au nombre de près
de 200, qui se rencontrent dans ses textes, et qu'il a discutés dans ses notes.
La réserve qu'inspire la connaissance vraie de l'état actuel et dr.s conditions
du déchiffrement; la préoccupation de ne rien laisser à l'imagination: voilà,
après une science éprouvée, ce qui caractérise la méthode de M. P. Inter-
prète aussi consciencieux qu'habile, il ne craint pas de laisser intraduits les pas-
sages qu'il ne croit pas bien comprendre. Quelques-uns cependant (à peine deux
ou trois) nous paraissent susceptibles d'une interprétation non douteuse. — Ainsi
mes Qp. 4, 1. lo), nom d'un objet que le dieu Horus-Chem doit tenir à la
main, et qui est déterminé par l'image d'un sceptre, se reconnaît pour une ortho-
graphe de âmes, sorte de sceptre ; que la chute de l'aspirée initiale a, dont on a
tant d'autres exemples, soit fautive ou non. Le passage est (a)mes m (toi) : « le
)) sceptre âmes à la main. » Le groupe d'un lion et de trois plumes (p. 1 2,
1. 4) n'est autre que le mot res'u « joie « : hâti yjr res'u, « un cœur possédant
)) la joie. » Cette forme de basse-époque est signalée par M. Brugsch. — Parmi
les formes hiéroglyphiques déjà déchiffrées il est, certes, impossible de n'en oublier
aucune ; nous voulons seulement faire ressortir la méthode prudente qui fait des
Études égyptologiques un livre que même les personnes les moins versées dans le
déchiffrement pourront consulter avec confiance. Les interprètes des monuments
pharaoniques manquent parfois de courage pour s'arrêter quand ils cessent de
comprendre; on ne découvre qu'en trop d'endroits, dans les meilleurs ouvrages,
au lieu de l'intelligence du texte égyptien, la preuve de l'imagination du tra-
ducteur.
Malgré un contrôle attentif des traductions de M. P. nous n'avons guère
vu l'occasion de proposer une autre interprétation. Voici toutefois un cas à dis-
cuter. La phrase rendue par « 6 royal ? exécuteur, chef (muni) de ses deux
» plumes! ))' signifie, à ce que nous croyons, «ô roi puissant qui tranche le ciel^
» avec ses deux plumes » : pa suten neyt tem pe m s'u-ti. Pendant sa course, le
dieu-Soleil, ainsi invoqué, partage (l'égyptien dit tem, coupe, tranche) en hémi-
sphère boréal et en hémisphère austral le Monde entier, ciel, terre, enfers. D'où
son titre de Roi du Midi et du Nord, suten (yab), que les égyptologues ont rendu
bien à tort par Roi de la Haute et de la Basse-Egypte, et que le Pharaon reçoit
comme fils du Soleil, se râ. Le dieu-Soleil régnant sur les deux régions du Midi
et du Nord, porte sur la tête un double diadème symbolisant sa double souve-
1. P. ),\.2.
2. L'hiéroglyphe que je lis pe, ck\, peut également se lire ker, et alors signifier « chef».
— Le bras armé, après le mot suten, roi et royal , a été considéré par M. P. comme
un simple déterminatif : j'y vois l'adjectif neyt, vaillant, victorieux, puissant, écrit idéo-
graphiquement.
d'histoire et de littérature. 8f
raineté : tantôt le pschent, composé de la couronne rouge, ou couronne du Nord,
et du diadème blanc, ou diadème du Midi; tantôt d'autres ornements symbo-
liques, comme la double plume. Lorsqu'il s'avance, le ciel est coupé par sa coiffure
des deux plumes, dont l'une, en effet, désigne souvent le Nord, et l'autre le
Midi. Au reste ces vues sur la mythologie nous étant personnelles, nous devons
avouer qu'elles ne sauraient faire autorité.
Aucune des inscriptions inédites du Recueil de M. P. n'est, selon la juste
remarque de l'auteur, sans apporter une donnée concernant soit la religion, soit
l'histoire, soit la langue. Elles couvrent des stèles, des statues, des tables d'of-
frandes, des pyramides funéraires; ou de moindres objets, scarabées, palettes de
scribe, et instruments divers ; enfin un précieux papyrus. Elles nous initient aux
détails de la vie civile et des croyances religieuses. On se formera une idée des
renseignements de toute nature apportés par ces documents en lisant ce passage
de la traduction que M. P. donne des inscriptions gravées sur la statue A,
90 (cette statue est celle d'un fonctionnaire d'Apriès, nommé Nes-Hor) :
« L'a placé Sa Majesté dans une dignité très-grande, dignité de son fils aîné (comme)
» gouverneur des régions du Sud pour repousser les nations rebelles de là. Il a placé sa
» crainte parmi les peuples du miai et les a éloignés de leurs montagnes Il a cherché
B à faire honneur à son maître, le roi Haa-ab-râ, plein de vénération pour Ouah-ab-ra
» dont la faveur était pour Nes-hor, surnommé Psametik-menkh , fils d'Auw-rer, enfanté
» par la dame de maison Ta-ten-hor, véridique. Il dit :
» 0 seigneur de l'ardeur créatrice, fabricateur^des dieux et des hommes, Khnoum,
» seigneur de Nubie; ô Sati et Anouké, dame d'Éléphantine, je suis réjoui par vos per-
» sonnes, j'adore vos beautés, incapable de lassitude dans l'acte d'aimer vos personnes
» Je me remémore ce que j'ai fait pour votre demeure. J'ai rendu splendide votre temple
» par des vases d'argent, par des bœufs, des oies ser, des oies apet nombreuses, ayant
B constitué (leur) alimentation dans (leur) parc, ainsi que (celle de) leurs préposés, à tou-
» jours et éternellement. J'ai construit leur oisellerie dans cette localité. J'ai fait don
B d'excellent vin de ïOaan méridional, de blé et de bière? J'ai fait votre magasin , je l'ai
B construit à nouveau au grand nom de Sa Majesté. J'ai donné de l'huile de l'arbre des-
» her? pour l'éclairage de la lampe de votre temple. J'ai donné des tisserands, des ouvrières,
B des tailleurs? pour l'habillement sacré du dieu grand et de ses dieux auwaot? J'ai
« construit pour eux des chapelles dans son temple et je les ai fondées pour l'éternité par
» l'ordre du dieu bon^ maître des deux pays, Apriès, vivant éternellement.
» Rappelez-vous que j'ai fait des embellissements à votre demeure, dans son centre,
n (^e Nes-hor se perpétue dans la bouche des citoyens en récompense de cela ; j'ai fait
» placer mon nom dans votre demeure afin qu'on se souvienne de ma personne après mon
» existence, etc. » (p. 22, s.).
Nes-hor continue en rappelant ses guerres, et il souhaite des prospérités de
toute sorte à ceux qui reliront l'offrande qu'il fait à ses dieux.
Comme presque tous les textes de l'Egypte antique, ceux-ci consacrent à la
religion la première place. C^ant aux titres du personnage dont nous avons
retrouvé la stèle ou la statue, ils précèdent son nom, sans nous apprendre tou-
jours au juste les fonctions qu'il exerçait. Pour en saisir la valeur il faudrait
qu'une bonne fortune mît entre nos mains quelque texte où le possesseur de
titres pareils fût représenté remplissant ses fonctions. Mais, après s'être fait
connaître par son nom et ses emplois, le personnage, ordinairement un défunt
qui dans l'inscription prend la parole, prie la divinité de lui accorder la félicité
I . Le roi.
84 REVUE CRITIQUE
étemelle. Certes, ces compositions ne dénotent pas toutes une grande recherche.
Beaucoup sont coulées, pour ainsi dire, dans un même moule. Le donateur ou
le défunt demande au « maître de l'éternité » la part des élus : les pains, les
viandes, le vin, la bière, l'huile, les vêtements, les parfums, en un mot, « toutes
» les choses bonnes et pures », qu'obtiennent « ceux qui subsistent », c'est-â-
dire qui échappent à l'anéantissement ou seconde mort, châtiment des impies'.
Mais, à côté de ces prières un peu banales, nombre de compositions, œuvres de
scribes mieux rétribués sans doute, méritent la plus sérieuse attention. Il n'y a
pas de documents plus instructifs en ce qui regarde les recherches mythologiques.
Voilà pour les prières funéraires. La traduction des légendes tracées sur les
mille objets, si connus des visiteurs du Musée, qui garnissent les vitrines des
salles civile, historique, religieuse, funéraire, donnent au volume une agréable
variété. Le tableau de l'enlèvement de la récolte; les deux boîtes de momie aux
noms des rois Antef de la XI^ dynastie, d'autres, d'une époque inconnue mais anté-
rieure au xxv^ siècle, fournissent au Recueil leurs inscriptions, en même temps
que l'encrier de Psar, la harpe d'Amenmès, la canne de Ramsès, des palettes
de scribe, des objets de toilette, etc. Parmi ces monuments divers figurent : la
plus belle table d'offrande du musée, omise par E. de Rougé, avec plusieurs
monuments importants, dans sa Notice; plusieurs stèles ayant pour nous une
valeur historique ; et le naos monolithe retiré du fond de la mer et portant les
cartouches du roi Amasis.
Là longue composition qui remplit les pages 103 à 149 est écrite sur un des
papyrus exposés dans la salle funéraire. Elle est relative à la course du dieu- Soleil
dans l'hémisphère inférieur durant les douze heures de la nuit. La traduction de
Devéria, donnée dans son Catalogue des manuscrits du Louvre, en avait révélé
l'importance exceptionnelle et en faisait désirer la publication.
M. P. aura donc en très-peu de temps publié deux forts volumes d'inscrip-
tions inédites. Ces belles publications n'assurent pas seulement à l'auteur une
place distinguée entre les maîtres, elles montrent que la science française, après
la perte du vicomte de Rougé, n'est pas près de déchoir du rang qu'elle a tou-
jours su tenir dans l'école de Champollion.
Eugène Grébaut.
27. — Die Erinyen. Ein Beitrag zur Religion und Kunst der Griechen, von Adolph
RosENBERG. In-8', 88 p. 1 pi. Berlin, 1874. Gebriider Borntraeger.
Cet opuscule se divise en deux parties : la première (p. 1-45) est une étude
mythologique faite d'après les textes; la seconde (p. 45-80) est purement
archéologique. Une telle division a permis à l'auteur de dresser un catalogue
méthodique et très -complet des œuvres d'art qui offrent la représentation des
Erinyes ; mais peut-être a-t-elle l'inconvénient de séparer trop nettement deux
études qui doivent s'éclairer mutuellement et qui eussent gagné à être fondues
ensemble. Nous eussions préféré, pour notre part, que l'archéologie des Erinyes,
au lieu d'être traitée à part, servît de commentaire perpétuel aux textes mytho-
d'histoire et de littérature. 85
logiques. N'est-il pas fâcheux, pour ne citer qu'un exemple, que le rôle infernal
attribué par les Grecs aux Erinyes soit à peine indiqué dans la i'* partie, et qu'il
faille attendre la fin de l'ouvrage pour apprendre, par les vases peints, que ces
divinités étaient chargées, dans le monde d'en bas, du châtiment des grands
coupables, tels que Sisyphe et Ixion? La division adoptée par M. R. nous paraît
avoir nui à la clarté de son œuvre.
Les textes qui se rapportent aux Erinyes ont été depuis longtemps rassemblés
et interprétés par les maîtres de la science mythologique. En revenant sur un
terrain souvent exploré, M. R. a eu le mérite de faire une revue des textes
exacte et complète, de n'omettre aucun témoignage, en suivant l'ordre historique
depuis Homère jusqu'aux poètes romains. Les citations qu'il accumule dans son
premier chapitre se succèdent, il est vrai, d'une façon si dense et si rapide
qu'elles manquent quelquefois d'interprétation suffisante. M. R. nous dit, par
exemple (p. 4) que chez Homère les Erinyes sont des divinités qui veillent à la
conservation des grandes lois de la nature ; mais il oublie de nous expliquer
qu'elles doivent ce rôle à leur caractère de divinités chtoniennes, le sein de la
terre étant souvent considéré, dans les croyances grecques, comme le sanctuaire
des lois qui règlent l'harmonie du monde et des êtres. M. R. laisse échapper une
erreur de détail quand il affirme (p. 7) que les enfants lésés dans leurs droits
par leurs parents ont aussi leurs Erinyes. «Ce sont les Erinyes, dit-il, qui arment
)) le bras de Clytemnestre contre Agamemnon pour venger la mort d'Iphigénie. »
Cette assertion repose sur une interprétation inexacte des deux vers suivants de
VAgamemnon d'Eschyle (v. 1 377, éd. Weil) :
p.à TY]v TéXeiov t^ç l^t/qq xaiSbç AaY)v,
'Atyjv "Epivuv 6', afci ^ivS' IcçaÇ' èYw.
Dans ces vers, Dikè exprime seule l'idée d'une justice et d'une vengeance divine,
dont Clytemnestre, pour justifier le meurtre de son époux, prétend avoir été
l'instrument. Erinys, rapprochée d'Até, est la divinité qui produit l'égarement
fatal de l'esprit et qui pousse au crime (cf. Iliad. XIX, 87; Odyss. XV, 234).
C'est donc Clytemnestre qui est elle-même en proie à Até et à Erinys ; ce n'est
pas Agamemnon qui a été la victime de l^Erinys de sa fille. Dans la croyance
générale et populaire des Grecs, c'est le meurtre des parents par les enfants, et
non celui des enfants par les parents, qui déchaîne les Erinyes.
Le mythe arcadien de Démèter-Erinys a souvent exercé la sagacité des mytho-
logues. M. R. nous paraît en avoir donné le premier une explication plausible.
D'après Pausanias (VIII, 2$, 4) on racontait, à Thelpousa, en Arcadie, que
Poséidon avait pris la forme d'un cheval pour s'unir à Démèter : de cette union
étaient nés une fille dont il était défendu de révéler le nom aux profanes (Des-
poina-Perséphonè) et le cheval Arion. Démèter, irritée de la violence qui lui
avait été faite par le dieu, avait été surnommée Erinys, du mot Ipivùetv qui, en
Arcadie, signifiait : être irrité. — M. R. cherche la solution de ce problème dans
les autres traditions qui se rapportent au cheval Arion. Il remarque que la légende
d'Arion, originaire de Thessalie (Hésiod. Scut. Herc. 120) s'est développée en
Béotie où on le faisait naître à Oucheste près de la source Tilphossa (Schol.
86 REVUE CRITIQUE
liiad. XXIII, 346) et où on le disait fils de Poséidon et d'Erinys. Dans la guerre
des Sept contre Thèbes, Adraste, on s'en souvient, échappe à la mort, grâce à
la rapidité d'Arion; dix ans plus tard, il revient, avec son merveilleux coursier,
renouveler la guerre qui doit détruire complètement la descendance de Labdacus.
Arion, coursier d'Adraste, est donc l'instrument des Erinyes acharnées à la perte
des Labdacides; c'est en ce sens qu'il a pu être appelé en Béotie, le fils d'Erinys.
— Or, des migrations béotiennes apportèrent le mythe de la naissance d'Arion
en Arcadie, où ce mythe se mêla aux traditions locales qui concernaient Poséidon
Hippios et les relations de ce dieu avec Démèter. Erinys, mère d'Arion en Béotie,
se confondit ainsi en Arcadie avec Démèter qui porta désormais en ce pays le
surnom, plus tard inexplicable, d'Erinys. Le mythe arcadien, tel que nous l'a
transmis Pausanias, se compose donc en réalité de deux mythes de provenance
diverse, qui se sont mêlés et confondus.
Ce résultat n'est pas sans importance. Si, comme nous le croyons avec M. R.,
la fable de Démèter-Erinys, localisée en Arcadie, n'est pas une fable primitive,
il est impossible d'accepter les conclusions d'Ad. Kuhn qui croyait avoir établi
l'identité du mythe grec avec un mythe védique où Sara/zyû lui paraissait jouer
le rôle de Démèter-Erinys (Zeiîschr. f. vergl. Sprachforsch. I, 439). Si Erinys et
Démèter, accidentellement unies en Arcadie, furent toujours deux divinités
distinctes, Max Mùller s'est trompé en identifiant Démèter avec Sara/zyû et en
la considérant comme une divinité de l'Aurore. L'explication, un peu subtile,
par laquelle il essayait de rattacher l'idée du jour naissant à la conception des
Erinyes vengeresses des crimes de la nuit (Nouvelles leçons, t. II, p. 270, trad.
française) tombe d'elle-même. Malgré l'identité possible du mot grec 'Eptvuç et du
mot sanscrit Saranyû, et à défaut de preuves suffisantes, nous croyons qu'Erinys
n'était à l'origine ni « la nuée orageuse qui planait dans l'espace au commence-
» ment de toutes choses » (interprétation de Kuhn) ni « la lumière de l'Aurore
)) qui s'avance dans le ciel » (Max Mùller) et nous pensons avec M. R. que les
Erinyes, dont le caractère est en Grèce si nettement défini, doivent être consi-
dérées comme un produit original de la religion hellénique. Ce ne sont point des
divinités de la nature, mais des divinités qui ont leur origine dans les sentiments
et les désirs du cœur humain. Nous adoptons donc volontiers l'explication psy-
chologique que M. R., à la fin de son travail, donne de la conception des Erinyes.
« L'homme offensé, lésé dans ses droits, désire naturellement le châtiment de
l'offenseur. L'instinct de conservation ancré dans l'âme de l'homme, ou, si l'on
veut, l'égoïsme lui inspire la ferme conviction que, s'il n'est pas en état de se
venger lui-même du tort qui lui a été fait, une puissance supérieure, une puis-
sance divine prendra le soin de sa vengeance. Le dernier sentiment de l'homme
frappé d'un coup mortel se concentre dans une imprécation contre son meurtrier,
et cette imprécation, adressée à l'origine à une divinité, devient elle-même une
divinité qui s'attache aux pas fugitifs du coupable. »
; .;.iï9î;\05«î q^iî^oiifi. P- Decharme.
' : h^-^^^ii ^.
d'histoire et de littérature. 87
28. — Einleitung in die slavische Literatnrgeschichte und Darstellung
ihrer selteren Perioden, von D' Gregor Krek. Erster Theil. Einleitung in die
slavische Literaturgeschichte. i vol. in-8", vij-336 p. Graz, Leuschner et Lubensky,
1874. — Prix : 10 fr. jo.
Jusqu'ici le grand ouvrage de Schafarik sur les Antic^uités slaves est resté le
manuel de tous ceux qui veulent aborder les origines de la race slave. L'édition
allemande que l'on consulte d'ordinaire offre de graves erreurs de traduction ;
elle se trouve rarement dans le commerce; une réimpression en serait utile, mais
elle demanderait à être sérieusement révisée sur l'original et il faudrait y joindre
les suppléments posthumes que M. Josef Jrecek a ajoutés à la deuxième édition
tchèque (Prague 1862-63). Telles que nous les avons aujourd'hui les Antiquités
slaves sont loin de répondre complètement à leur titre ; elles ne comprennent que
l'ethnographie, la géographie et l'histoire; on sait par les papiers de Schafarik
qu'il méditait d'ajouter à son œuvre une seconde partie, dont il n'a malheureu-
sement laissé que le plan et dont les matériaux sont restés épars soit dans des
notes non rédigées soit dans divers opuscules en tchèque et en allemand. Ce plan
était très-vaste, il comprenait neuf grandes divisions : 1° Caractère des anciens
Slaves. — 2° Manière de vivre. — 3° Religion. — 4° Droit et gouvernement.
— 5° Langue. — 6° Dialectes. — 7" Écriture. — 8*" Arts et sciences. — 9° Anciens
monuments slaves. Schafarik avait lui-même tracé les titres des différents cha-
pitres dont l'ensemble eût formé une véritable encyclopédie. Ses successeurs se
sont partagé cet immense héritage; parmi les nombreux travaux qui ont vu le
jour depuis 1837, date de la première publication des Slovanské Starozitnosti, il
en est peu qui ait mieux répondu que celui de M. Krek aux désirs, aux inten-
tions, à la méthode de Schafarik.
M. Krek, dont le nom est sans doute nouveau pour la plupart de nos lecteurs,
est aujourd'hui professeur de philologie et de littérature slave à l'Université de
jGratz. Il a seulement écrit jusqu'à présent quelques articles en dialecte slovène,
une thèse de doctorat : Die nominale Flexion des Adjectivs im Alt- und Neuslove-
nischen (Vienne, 1866), il prépare en ce moment une édition critique des chan-
tsons populaires Slovènes. M. Krek est élève de Miklosic ; toutefois il ne se laisse
point uniquement absorber par la philologie; on peut juger par le présent volume
qu'il y a joint une sérieuse étude de la littérature et de l'histoire.
Cet ouvrage est le résultat de leçons faites à l'Université de Gratz. J'ai voulu,
dit l'auteur au début de sa préface, sans devenir infidèle au but primitif de mon
travail, le rendre d'un abord aisé pour les non-slavistes. Il ne nous paraît pas que
M. Krek ait toujours exactement suivi ce programme. Son livre abonde en textes
slaves, en mots isolés non traduits, en titres d'ouvrages non expliqués. Nous
doutons que les lecteurs non-slavistes, et ils sont nombreux en Europe,, parvien-
nent facilement à s'orienter dans les notes si érudites d'ailleurs et si conscien-
cieuses qui sont le commentaire perpétuel du texte. M. K. fait grand cas, et il a
raison, d'une foule de publications trop ignorées, russes, serbes, polonaises,
tchèques, etc Il y renvoie le lecteur en maint endroit; il n'eût pas été inutile
d'en traduire les titres, ne fût-ce que pour justifier les Slaves des accusations de
88 REVUE CRITIQUE
ceux qui leur reprochent l'absence d'esprit et de production scientifique. Cer-
taines transcriptions embarrasseront peut-être plus d'un lecteur. Pour le bulgare
et le russe M. Krek a cru devoir transcrire l'orthographe et non la prononcia-
tion. Cette rigueur, parfaitement justifiée dans un livre de philologie pure, nous
semble ici hors de propos; le nom de la ville de Kharkov devient presque mé-
connaissable sous la forme Harikovû et nous ne croyons pas que ce littéralisme
exagéré facilite beaucoup les recherches bibliographiques. M. K. reconnaît lui-
même que la lettre û est absolument inutile et il engage les Russes et les Bulgares
à imiter l'exemple des Serbes qui depuis longtemps s'en sont débarrassés. Nous
sommes absolument de son avis. C'est là d'ailleurs une simple chicane de détail;
l'exagération de l'auteur ne tient qu'à un excès de conscience philologique.
L'ouvrage complet aura deux volumes ; il comprendra une introduction géné-
rale à l'histoire littéraire des Slaves (c'est le sujet du volume actuel) et l'histoire
de la période primitive. La première partie est divisée en deux livres: le premier
réunit les renseignements les plus importants que l'on peut tirer de la linguis-
tique et des anciens écrivains, touchant l'histoire et la culture des anciens Slaves,
le second contient une série de remarques générales sur la littérature slave et
ses rapports avec l'histoire de la civilisation et la mythologie. L'auteur aborde
toutes les questions avec l'érudition la plus minutieuse. Ainsi il ne consacre pas
moins de cinquante pages à démontrer que les Slaves appartiennent à la famille
arienne, à exposer les circonstances dans lesquelles ils s'en sont détachés , et
leur situation en tant que peuple indépendant {Einzelvolk). Nous regrettons qu'à
ce propos il n'ait pas, au moins dans une note, discuté la théorie qui a prétendu
enlever aux Slaves trente ou quarante millions de grands Russes pour en faire des
Touraniens. Cette note n'eût pas été inutile, non pas pour les slavistes, qui savent
parfaitement à quoi s'en tenir, mais pour le grand public qui s'est laissé égarer
quelquefois par des pamphlets soi-disant scientifiques. La critique pénétrante de
l'auteur aurait pu s'exercer avantageusement sur ce sujet. L'un des chapitres les
plus intéressants est sans contredit celui où M. K. s'appuyant sur des faits de
linguistique reconstruit la culture et la civilisation des Slaves primitifs. Après
avoir répété les témoignages déjà connus des historiens grecs et romains il les
complète par l'examen comparatif de la lexicologie slave en ce qui concerne la
religion, l'industrie, les coutumes. Chemin faisant, il renverse plus d'une opinion
jusqu'ici admise sans conteste; il démontre que le nom du dieu Svatovit(p. 105)
ne veut pas dire la Sainte lumière, mais le Souffle violent, il détrône l'idole du
Cernoboh ou dieu noir si longtemps admise par les mythologues ; ailleurs il
démontre la non-authenticité d'un recueil de chants serbes récemment publié à
Belgrade et où l'on retrouvait, réunies avec beaucoup trop de complaisance et
d'ingéniosité, toutes les divinités vraies ou fausses du Panthéon slave (Voir
notam. p. 321). Nous espérons que dans son prochain volume M. Krek sou-
mettra à une critique aussi rigoureuse les chants bulgares que MM. Schafarik
(neveu) et Verkovitch viennent de publier à Belgrade sous le titre pompeux de
Veda slave. Personne chez les Slaves méridionaux ne nous paraît mieux préparé
que lui à ce travail, qui, nous n'en doutons pas, révélera de curieuses choses.
d'histoire et de littérature. 89
Il nous promet d'exposer dans ce volume les raisons qui l'empêchent de douter
de l'authenticité des poèmes tchèques de Grunberg et de Kœniginhof {Zelens-
horsky et Krolodvorsky Rukopis), authenticité qui a été contestée ici même.
Dans la seconde partie du volume nous recommandons spécialement les cha-
pitres relatifs au rôle des contes et des énigmes populaires dans la mythologie.
Il y a là des pages excellentes, et qui seraient encore meilleures si l'auteur avait
eu soin de traduire tous les exemples qu'il cite. Nous appelons instamment son
attention sur ces lacunes ; nous comptons qu'il nous donnera au second volume
un répertoire alphabétique, faute duquel les recherches sont fort difficiles. Dès
maintenant, VEinleitung doit prendre place dans la bibliothèque de tous ceux qui
s'occupent des origines européennes ; elle met à leur portée une foule de résultats
épars dans un grand nombre de publications inaccessibles ou de dialectes ina-
bordables. M. Krek a rendu à la science un véritable service. Son livre sera le
complément indispensable de l'œuvre de Schafarik.
Louis LEGER.
29. — Les Quatrains de Pibrac suivis de ses autres poésies avec une notice par
Jules Claretie. Paris, Alph. Lemerre. 1874. i vol. in-i8, iij-i67 p. — Prix : 5 fr.
M. J. Claretie admire beaucoup le xvi* siècle, que je n'admire pas moins que
lui, et, parmi les hommes de cette grande époque, il accorde une affection par-
ticulière à Guy du Faur, seigneur de Pibrac, qui est un vieil ami pour moi.
Malgré ce double trait d'union, malgré l'indulgence extrême dont a fait preuve
le nouvel éditeur des Quatrains envers l'éditeur de la Vie de Pibrac par Guillaume
CoUetet, j'examinerai son petit livre comme si j'ignorais ses sympathies , et le
critique ne se souviendra pas des éloges trop libéralement donnés au commenta-
teur.
Pour prouver tout de suite à M. Cl, mon impartialité, je lui adresserai sans
miséricorde un grave reproche : comment, appréciant Pibrac autant qu'il l'ap-
précie, n'a-t-il pas cherché à rendre plus complète l'édition dont il a été chargé ?
Sans doute les vers du bon homme sont réunis ici en plus grand nombre qu'ils
ne l'avaient jamais été; sans doute, à la suite de ces cent vingt-six Quatrains qui
forment tout un catéchisme d'honneur (p. i), M. Cl. a placé les cinq Sonnets des
dames illustres (Lucrèce, Virginie, Porcie, Cornélie, Didon), les Plaisirs de la vie
rustique, cinq autres sonnets, les stances qui commencent ainsi :
D'où vient que d'autant plus que ie suis enflammé.
Que mon malheur consent que ie sois moins aymé ;
et la pièce vraiment remarquable {L'esprit de Lysis disant le dernier adieu à sa
Flore; Dialogue sur la mort de Bussy d'Amboise), tirée par M. E. Tricotel (Variétés
bibliographiques, 1863) d'un recueil de poésies de l'an i6oo'. Mais, pour ne
m'occuper que des Quatrains, qui restent et resteront le principal titre de gloire
I. M. Cl. n'a malheureusement pas retrouvé l'opuscule sur la manière civile de se com-
porter pour entrer en mariage avec une demoiselle, et il est fort à craindre que là, où, après
tant d'autres, il a échoué, personne désormais ne puisse se flatter de réussir.
90 tiH*»: REVUE CRITIQUE
de Pibrac, ne devait-on pas s'attendre à trouver, dans l'élégant volume où ils
sont si coquettement réimprimés, une notice bibliographique renfermant les
détails les plus précis sur les cinquante éditions antérieures, et surtout un com-
mentaire où auraient été groupées toutes les explications, toutes les observations
désirables ? Au lieu de cette ample notice, au lieu de cet abondant commentaire,
qui auraient été si bien accueillis des bibliophiles auxquels s'adresse la collection
Lemerre, nous n'avons que de maigres notes qui occupent une dizaine de pages
seulement (p. 1 57-167). Pour décrire toutes les éditions, pour éclaircir toutes
les difficultés, pour indiquer tous les rapprochements, il aurait fallu cent pages
de plus, et encore auraient-elles à peine contenté la curiosité de certains lecteurs
de ma connaissance !
L'insuffisance de l'annotation est d'autant plus fâcheuse, que la nouvelle édi-
tion des poésies de Pibrac se recommande, à d'autres égards, par toutes les
qualités que peuvent souhaiter les gens du goût le plus délicat. Un soin parfait a
présidé à toutes choses dans ce recueil que M. Cl. appelle (p. 72), sans trop le
vanter, c< un monument de choix. » On ne relèvera pas la plus petite faute dans
le texte, reproduit d'après les plus pures leçons '. La notice, qui remplit 72 p.,
mérite surtout notre attention. Elle est excellente d'un bout à l'autre, bien pensée
et bien écrite ; tous les travaux antérieurs y sont habilement résumés et, sur
certains points, quelque peu augmentés; et je n'hésite pas à déclarer que, soit
comme étude biographique, soit comme étude littéraire, c'est ce que nous possé-
dons de meilleur sur le poète toulousain. Pour caractériser l'homme et son
œuvre, M. Cl. a trouvé une foule de traits heureux, d'expressions vives et char-
mantes, et Pibrac, en somme, ne l'a pas moins bien inspiré que Molière.
Laissant de côté de nombreux passages où l'émotion la plus sincère perce à
travers la plus brillante verve, je ne citerai que cette neuve et pittoresque appré-
ciation des Quatrains (p. 60-63) • ^^ Cette double qualité de l'élévation de l'âme
» et de la tendresse du cœur se retrouve dans ses vers, plus chargés d'idées que
» de mots, et sur lesquels, disait un contemporain, la rouille ni le temps ne trou-
» veroient que mordre. Il y a, en effet, une s'ève toute particulière, une grâce
» piquante de langage unie à une pensée robuste, dans ces Quatrains qui firent
» partie, durant un si long temps, de toute éducation solide. Cela est concis,
» ferme et clair. On sent, à travers ces préceptes, la résolution inébranlable de
» la vertu. Point de morgue, point de puritanisme hautain; tout au contraire,
» une morale accessible et humaine, mais sans faiblesse et sans compromis. On
» sent passer souvent, à travers ces mâles enseignements, après la douceur
» souriante d'un Horace, le souffle vigoureux d'un Agrippa d'Aubigné ou l'accent
» amer et profond de VAlceste de Molière. Ils ont surtout, ces Quatrains, une
'"*- , — —
I. M. Cl. nous avertit (p. 72) que M. Courbet, l'éditeur d'O. de Magny, de Michel
de Montaigne, de Régnier, deTahureau, etc., a revu \ts Quatrains sur l'édition vrinceps,
et que cet érudit est, de plus, l'auteur de toute la partie bibliographique. M. le comte
de Pibrac a bien voulu communiquer ses notes à M. Cl., qui exprime le regret (p. iij) de
« n'avoir pu donner une plus large place à ses précieuses indications. » Espérons que
M. de Pibrac se décidera bientôt à publier lui-même tout ce qu'il a recueilli avec une
sorte de piété filiale sur celui dont il achèverait ainsi de rajeunir la noble mémoire.
d'histoire et de littérature. 91
» qualité inappréciable, une vertu toute nationale. Ils sont francs et gaulois.....
» Je souhaiterais volontiers qu'on donnât encore aux générations nouvelles de
» semblables préceptes. Le libre esprit d'un Pibrac exhausserait, en y péné-
» trant, les jeunes âmes. Les Quatrains ont l'éloquence entraînante que donnent
» les fortes convictions. Ce sont les enseignements d'un cœur fier, d'une intelli-
» gence éveillée et loyale, qui a beaucoup vu, profondément observé, et qui
» lègue à ses descendants, sous une forme brève, le résultat de ses réflexions
» sur l'homme et sa destinée. Et telle est la puissance de la droiture de la pensée,
» que ces quatrains sont presque toujours frappés à la bonne marque et solides
» parfois comme l'airain. » ■ fEù&atîtsq'i;':
Je dois ajouter que, dans la notice si bien faite de M. Cl., il s'est glissé une
regrettable erreur. Ce n'est pas de notre Pibrac, mais bien de son frère aîné qu'il
s'agit dans le dramatique épisode dont le récit (p. 10-13) ^st emprunté à M. Henri
Martin. Je n'ai pas manqué de signaler {Vie de Guy du Faur de Pibrac, p. 14),
avec la méprise de l'auteur de l'Histoire de France (t. VIII, p. 499), les divers
témoignages contemporains qui auraient dû rendre impossible, en cette occa-
sion, la substitution du nom de Guy du Faur au nom de Louis du Faur^.
T. DE L.
30. — Pensées de B. Pascal (édition de 1670), précédées d'un avant-propos et
suivies de notes et de variantes. In-8', xxv-xxxviij-308 p. Paris, Jouaust. 1874. —
Prix : 12 fr. 50.
« Nous devons compte au lecteur des raisons qui nous ont fait choisir pour
» cette impression des Pensées de Pascal l'édition donnée par MM. de Port-
» Royal en 1670. » Telle est la première phrase de l'avant-propos; en effet on
peut au premier abord s'étonner de voir paraître dans une collection des
Classiques français cette édition des Pensées, qui a la réputation d'être extrême-
ment infidèle. Depuis 1842, date de la publication du mémoire de M. Cousin
dans le Journal des Savants, chacun s'était habitué à lire cet ouvrage, soit dans
l'édition Faugère, reproduction intégrale des manuscrits originaux, soit dans
l'édition Havet; quant aux éditions anciennes elles étaient depuis longtemps
oubliées, y compris celle de Bossut, et celle de Port-Royal était passée à
l'état de curiosité littéraire. C'est donc un plaidoyer en faveur de celle-ci, un
essai de réhabilitation, que va nous donner l'auteur anonyme de cet avant-
propos.
Sans refaire ici après tant d'autres l'histoire des petits papiers de Pascal, il
sera peut-être bon de rappeler en quelques mots dans quel esprit fut conçue la
publication de MM. de Port-Royal. Ils ne voulurent pas donner toutes les notes
rassemblées par leur illustre ami ; ils ne voulurent pas laisser à l'esprit du lecteur
le soin de relier ces lambeaux ; les goûts du public d'alors, beaucoup trop raffinés
I. On peut voir encore, sur le rôle joué, en 1559, par le conseiller au Parlement de
Paris Louis du Faur, « qui estoit frère aisné du célèbre Pibrac, » les Additions de J. Le
Laboureur aux Mémoires de Michel de Casteinau (t. I, in-f*, 1731, p. 354). - -.
92 REVUE CRITIQUE
et littéraires, les habitudes d'esprit des amis du défunt, tout s'y opposait; il
fallait un livre suivi, bien disposé, clair, dans lequel les matières fussent ran-
gées dans un ordre méthodique, les idées enchaînées étroitement. Nul parmi
tous ceux qui dévorèrent le petit volume de 1670 n'eût pu lire seulement dix
pages du manuscrit original ou de l'édition Faugère. D'ailleurs, imbus des idées
de leurs contemporains, les amis de Pascal n'eurent pas un instant ces scru-
pules; ils se proposèrent en quelque sorte de « suppléer l'ouvrage que Pascal vou-
lait faire »; telles sont leurs propres expressions; ils ont eu tout au moins le
mérite de la franchise. A cette première considération, purement littéraire,
ajoutons les suppressions, les changements, les modifications amenées par les
circonstances religieuses du temps ; écrit dans des idées toutes jansénistes et
primitivement conçu pour justifier le miracle de la Sainte-Epine, le livre de
Pascal ne devint que peu à peu une apologie générale de la religion chrétienne,
et il garda toujours des traces de son origine première.
En tout ceci, nous ne faisons pas le procès des gens de Port-Royal ; ils agirent
bien, étant données les circonstances, et il faut s'étonner avec Sainte-Beuve
comment ils purent tirer de tout ce fouillis du manuscrit original ce livre net et
lumineux qui charma plusieurs générations et ne fut guère supplanté qu'en 1778
par l'édition Bossut '.
Devant cette réédition donnée comme édition définitive des Pensées, il y a
donc deux questions bien distinctes à traiter, la question de principe et celle de
fait. Est-il permis, alors que l'on possède les manuscrits autographes d'un
auteur, de donner sous son nom un remaniement, ce remaniement fût-il du
même temps, fût-il l'œuvre des amis, des coreligionnaires de l'auteur ? A
cette question, il faut répondre non sans hésiter. C'est là en réalité une question
de sincérité littéraire ; l'auteur de la préface dit que la lecture du Pascal de
M. Faugère, voire même de celui de M. Havet est insoutenable: que ceux qui
ne peuvent lire une œuvre inachevée le laissent de côté puisqu'il blesse leur
goût trop délicat; mais à tout prendre, mieux vaut un original décousu et incohé-
rent qu'une copie infidèle. Ce côté de la question a complètement échappé au
nouvel éditeur, du moins il n'a pas l'air de s'en être douté, et il se contente de
traiter la question de fait.
« On pourra se convaincre que Port-Royal a rectifié plus de phrases mal cons-
» truites, supprimé plus d'anachronismes et élucidé plus de pensées obscures,
» qu'il n'a affaibli d'expressions fortes et dénaturé de conceptions originales, a
Telles sont (p. xxxiii) les paroles mêmes de l'éditeur, qui nous renvoie pour
l'examen de la question et la preuve de ses assertions aux notes et variantes qui
terminent son volume. Ce qu'on remarque au premier abord, c'est la grande
étendue de ces variantes, qui occupent presque exclusivement 48 pages en texte
^— — .— —
I. Les preuves authentiques de tout ce que nous avançons ici se retrouvent dans la
préface de l'édition Faugère. dans l'introduction de M. Havet, enfin dans le Port-Royal
de Sainte-Beuve. C'est par des remaniements successifs demandés par les censeurs et par
les amis de Pascal qu'il faut expliquer la présence de plusieurs cartons dans certains exem*
plaires de l'édition originale. .,,,. . ,„,. ..^.,,
d'histoire et de littérature. 93
minuscule, alors que les Pensées en occupent seulement 254 d'une impression
peu compacte ; on peut affirmer sans exagération que ces variantes, pour
lesquelles l'auteur a d'ailleurs employé des signes d'abréviations extrêmement
multipliés, occupent à peu près moitié autant d'espace que l'ouvrage lui-même.
On s'étonnera aussi de les voir indiqués non pas d'après le manuscrit ori-
ginal, mais d'après l'édition Faugère. Cette dernière donnant presque toujours
exactement la page de l'autographe ou des copies, il n'aurait pas été difficile de
recourir à l'original. Enfin passons ; une fois admise cette idée bizarre de mettre
en variantes l'ouvrage original, on ne peut plus être surpris d'aucune singularité.
Nous allons choisir dans toutes ces variantes un certain nombre d'exemples
qui pourront justifier nos assertions. Voici d'abord quelques expressions que
nous croyons affaiblies ; avons-nous tort .'* — Texte : à jouer et à se divertir
(p. 8); notes : à jouer au piquet (p. 258), d'où cette créature (p. 32), d'où cet
animal {p. 261); Pascal parle de l'homme. — Amas d'incertitude (p. 123);
cloaque d'incertitude et d'erreur (p. 275); cet atome imperceptible (p. 126); ce
raccourci d'atome (p. 276); sur une planche plus large qu'il ne faut pour marcher à
son ordinaire (p. 141); les mots pour marcher à son ordinaire sont ajoutés par
Port-Royal (p. 275).
Texte, p. 128, Notes, p. 128.
Nous sommes sur un milieu vaste, tou- Nous voguons sur un milieu vaste, tou-
jours incertains et flottans entre l'ignorance jours incertains et flottans, poussés d'un bout
et la connoissance ; et si nous pensons aller vers l'autre. Quelque terme où nous pen-
plus avant, nostre objet branle, et échappe sionsnousattacheretnousaffermir, il branle
nos prises; il se dérobe, et fuit d'une fuitte et nous quitte, et si nous le suivons, il
éternelle : rien ne le peut arrester. C'est échappe à nos prises, nous glisse et fuit
nostre condition naturelle, et toutefois la d'une fuite éternelle. Rien ne s'arrête pour
plus contraire à nostre inclination. Nous nous. C'est l'état qui nous est naturel, et
brûlons du désir d'approfondir tout et d'édi- toutefois le plus contraire à notre inclination,
fier une tour qui s'élève jusqu'à l'infiny. Nous brûlons du désir de trouver une as-
Mais tout nostre édifice craque et la terre siette ferme et une dernière base constante
s'ouvre jusqu'aux abysmes. pour y édifier une tour qui s'élève à l'infini,
mais tout notre fondement craque, et la terre
s'ouvre jusqu'aux abîmes.
P. 171, on trouve en tête de l'article xxvii (^Pensées chrestiennes) un long pas-
sage qui n'existe que dans MM. Port-Royal, il est donc probablement leur
ouvrage; l'éditeur admet cette supposition, mais, dit-il, il était nécessaire pour
expliquer ce qui suit (p. 286) ; singulière justification du sans-gêne avec lequel les
éditeurs de 1670 avaient traité Pascal. — Le 30* article de Port-Royal est
composé de passages extraits de la fameuse lettre de Pascal à ses sœurs sur la
mort de leur père ; ce procédé littéraire n'a rien qui étonne l'éditeur. Il se com-
prenait au xvii^ siècle; des raisons de famille, de convenance, empêchaient
peut-être la publication intégrale de ce beau morceau, mais au xix" toutes ces
raisons n'existent plus ; pourquoi s'y conformer ?
Remarquons d'ailleurs que l'auteur de la nouvelle édition est absolument de
bonne foi, il voudrait faire partager sa propre opinion, qui est que l'édition de
1670 est bien assez fidèle.
94 ■ REVUE CRITIQUE
En elle-même la nouvelle préface est claire, méthodique et bien écrite; on
sent que l'auteur connaît et aime son sujet. Pourtant outre la longue critique de
fonds que nous venons de faire, nous lui adresserons encore quelques critiques
de détail.
P. IX. Pourquoi citer à propos des remarques de Voltaire sur Pascal et de
l'édition de Condorcet une phrase légèrement ridicule de Chateaubriand ' ? Nous
n'avons point ici à comparer Voltaire et Pascal ou à indiquer nos préférences,
mais nous croyons qu'il est inutile d'appliquer à toute une école une parole
aussi injuste et aussi emphatique. Remarquons d'ailleurs que l'édition Condorcet,
faite dans d'autres idées, par un homme absolument différent, est en somme une
œuvre analogue à celle de Port-Royal et qu'on y a tout autant respecté la pu-
reté du texte.
P. X. L'auteur nous paraît visiblement hostile à M. Cousin et lui conteste
le mérite qu'on ne lui avait jamais refusé d'avoir remis en lumière le texte
authentique de Pascal ; il prétend que c'est Sainte-Beuve qui, par son Port-
Royal, par ses conférences de Lausanne, avait fourni à Cousin l'occasion de sa
nouvelle publication. Mais celui-ci s'est toujours occupé de recherches person-
nelles sur celte partie du xvii* siècle, et au sujet de son mémoire, nous aimons
mieux nous en rapporter au jugement favorable d'un écrivain contemporain qui
lui est notoirement hostile 2,
P. xii, XIII, xiv. Les reproches que l'éditeur fait à l'édition Faugère nous
semblent exagérés; sans doute il y a beaucoup à dire à ce sujet et la lecture du
manuscrit est fautive dans plus d'un cas; mais M. Faugère a été le premier à
déchiffrer les hiéroglyphes de Pascal d'un bout à l'autre et une grande partie de
ses deux volumes était inédite avant lui. Quant à lui reprocher (p. xix) d'avoir
donné les passages barrés par Pascal, c'est lui faire une critique injuste; rien de
plus propre que ces parties effacées à bien faire connaître la manière de penser
et d'écrire de l'auteur.
En résumé, il aurait été intéressant de republier l'édition originale de Port-
Royal à titre de curiosité littéraire et bibliographique ; mais nous croyons qu'il
est impossible de la donner comme édition définitive des Pensées. A part ces
réserves, nous maintenons les éloges donnés plus haut à la préface, et nous
reconnaissons volçAîiersqiielâTeproduction de l'ancien texte est d'une-exactitude
scrupuleuse iv;v<mo-i ^iti^smiiiu >• .cAu»^ ,
^ .V.: i ysliiimiixî^btJuo.a-stîi,; ^' Molinier.
I . « On croit voir les ruines de Palmyre, restes superbes du génie et du temps , au
» pied desquelles l'Arabe du désert a bâti sa misérable hutte. » Génie du Christianisme,
part. III, 1. ij, c. vj.
'2. M. Taine, Les Philosophes français du XIX^ siècle, p. 191.
• '^^ . Nous ne disons rien de l'exécution typographique qui est parfaite, comme tout ce
3u imprime M. Jouaust; nous ferons toutefois nos réserves pour le portrait placé en tête,
ont la gravure laisse beaucoup à désirer.
't'Sfajîistyo , »oo:i!ti'y.r.3'iSEn3ioflTi/on "ïti:- l.tgàïiartE '
d'histoire ET DE UTXÉRATU RE. 9f
oiBiSupiliiaâiigndlcïsl' SOCIÉTÉS SAVANTES. 'SiiiifiWmaim^im^'M*,'"
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
l'D i3 lB:32iB%-nm\^iiiiyj^ S^'^f^ce du 29 janvier 187$» : i^^.iojfpifiohi .ra»;'*
Le mmîstre de rinstruction publique transmet à l'ACâdérnté tïhé 1ëtt^è par'
laquelle M. Em. Burnouf, directeur de l'école française d'Athènes, annonce que
des travaux exécutés pour la construction d'un chemin de fer ont amené la dé-'
couverte d'un beau bas-relief antique, dont il envoie la photographie. Ce bas-'
relief a été trouvé dans le lit de l'Uyssus ; il appartient au gouvernement greci •
Suivant M. Collignon, membre de l'école d'Athènes, qui a examiné ce monu-"
ment, il provient d'un des tombeaux qui existaient autrefois sur les bords de'
l'Uyssus. Une note de M. Collignon est jointe à la lettre de M. Burnouf. Le tout
est renvoyé à la commission de l'école d'Athènes. — M. de S*" Marie adresse
de nouveaux estampages d'inscriptions puniques ; il demande les instructions de
l'académie pour continuer sa mission épigraphique en Tunisie, pour laquelle de
nouvelles ressources lui ont été allouées, — Un travail sur l'éducation des
sourds-muets est adressé à l'académie ; l'auteur demande à être compris dans
l'un des concours ouverts pour les divers prix. Il ne peut être donné suite à
cette demande. — Une lettre de la Société de géographie annonce que le
congrès international géographique est retardé et ne commencera ses séances
que le i^"^ août prochain.
M. Hauréau donne une seconde lecture de son mémoire sur quelques maîtres
du 12^ siècle, mémoire auquel il a fait, depuis la première lecture, un certain
nombre de corrections et d'additions.
M. Duruy lit un mémoire sur les tribuni militum a populo qui sont mentionnés
dans plusieurs inscriptions romaines. Ce terme a jusqu'ici beaucoup embarrassé
les archéologues, qui n'en ont pu trouver aucune explication satisfaisante. La
plupart s'accordent à voir dans ces tribuns de véritables tribuns légionnaires, ou
du moins des personnes qui en auraient reçu le titre honorifique. M. Duruy
rejette ces hypothèses. Il montre par l'examen du cursus Iwnorum des personnes
qui reçoivent cette qualification (ce ne sont jamais des habitants de Rome) que
cette charge était un office municipal, et l'un des plus importants. Ceci explique
les mots a populo, car on sait aujourd'hui que les municipes conservèrent durant
les deux premiers siècles de l'empire le droit de choisir leurs magistrats par voie
d'élection populaire. Mais quelles étaient dans l'administration municipale les
fonctions de ces tribuni militum ? M. Duruy établit par divers textes que l'empire
romain n'entretenait pas de troupes à l'intérieur et qu'entre Rome et les fron-
tières il n'y avait pas un soldat. Le soin de maintenir l'ordre appartenait aux
autorités municipales, qui jouissaient d'une autonomie complète et qui avaient
leur police, leurs prisons à elles, et aussi leurs milices. M. Duruy pense que les
tribuni militum a populo étaient les chefs de ces milices : comme il n'y avait dans
les cités ni consul ni empereur pour nommer ces tribuns, c'était,de même qu'à Rome,
le peuple même qui les élisait. A ceux qui s'étonneraient de ce que l'indépendance
96 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
laissée aux colonies et aux municipes allât jusqu'au droit d'entretenir des troupes
et d'en élire les chefs, il répond en citant la loi de la colonie JuliaGenetiva, conservée
par les tables de bronze d'Osuna, dont un article réserve expressément ce droit
à la colonie. Rien n'indique que cette colonie ait eu en cela une situation privi-
légiée. Quant à concilier l'existence de ces milices avec la loi qui défendait le
port des armes de guerre, il est facile de le faire en supposant que cette loi ne
s'appliquait qu'aux particuliers, et qu'elle laissait aux cités le droit de conserver
dans leurs arsenaux les armes dont se servaient leurs milices. — M. Léon
Renier appuie la théorie de M. Duruy, cite des textes qui la confirment, et
insiste sur l'importance de cette découverte. Le travail de M. Duruy est destiné
aux mémoires de l'académie, il en sera fait une seconde lecture.
Ouvrages offerts à l'académie :
Sovra due dischi in brotizo anîico-italici del museo di Perugia, par M, Cônes-
tabile.
Thomae Vallami animaâversiones in locum quemdam Plauîini militi gloriosi a
Frid. Ritschelio insigniter viîiatum, Turin.
Diverses publications de l'académie des sciences de Vienne, entre autres un
vol. intitulé Monumenta conciliomm generalium seculi decimi quinîi, Concilium
Basiliense, Scriptorum tom. Il, qui contient les livres 1 à 12 de la relation de
Jean de Ségovie.
M. de Longpérier présente de la part de M, Joachim Menant un ouvrage
intitulé Babylone et la Chaldée.
M. Guérin, continuant sa communication sur la géographie historique de la
Palestine, décrit les ruines de la ville de Césarée. C'était, dit-il, à l'époque
d'Hérode, une des plus grandes et des plus belles villes de cette contrée. Elle
occupait un territoire étendu, était ornée de colonnes et de beaux édifices, et
recevait de l'eau par deux aqueducs. Plus tard elle déclina, et un jour vint, à
l'époque de la domination musulmane ou peut-être seulement au temps des
croisades, oîi les nécessités de la défense obligèrent d'en restreindre considéra-
blement l'enceinte.
Julien Havet.
LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE.
Paillard, Histoire des troubles religieux de Valenciennes, 1 560-1 567, t. I (Paris,
Sandoz et Fischbacher; E. Leroux); — Considérations sur les causes générales des
troubles des Pays-Bas (ibid.). — Paludan, Udsigt over den Franske Nationaliiteraturs-
historie (Copenhague, Prions forlag). — Parallei-Tabellen zur griechisch-rœmischen
Chronologie (Lipsias, Teubner). — Petit de Julleville, Histoire de la Grèce sous la
domination romaine (Paris, Thorin). — Ritter, Briefe und Acten zur Geschichte des
dreissigjaehrigen Krieges. 2. Bd. (Mùnchen, Rieger'sche Buchh.)
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
années 1870 et 1871. Saint-Pétersbourg, Impr. de l'acad. imp. des sciences.
In-4'', xliv-298-vj p. et une pi. in-folio (Adolf Furtw^engler). — Braune,
Althochdeutsches Lesebuch. Halle, Lippert'sche Buchh. In-8°, viij-22$ p. (E.
SiEVERS : excellent manuel).
Il propugnatore, 1894, N° 4 et 5. Juillet-octobre. C. Baudi di Vesme, La
lingua italiana e il volgare toscano. — A. Neri, Poésie inédite di Averano Semi-
netti. — L. Gaiter, Saggio di correzioni al 1. vi del Tesoro di Brunetto Latini,
volgarizzato da Bono Giamboni. — L. Balduzzi, Di Leonardo Papini e degli
autografi délie sue poésie. — G. Vanzolini, Somma délie Penitenze di Fra
Tommaso d'Aquino. — ^ A. d'Ancona, Un sonetto di F. Petrarca ed una canzone
al medesimo attribuita. — V. Imbriani, Canti popolari di Avellino e Circostanze.
— G. Sforza, Lettere inédite di Carraresi illustri al conte G. Tenderini. —
Carolina Coronedi Berti, Novelle popolari bolognesi. — C. Giuliari, La let-
teratura Veronese al cadere del secolo xv.
N° 6. Nov.-déc. L. Cappelleti, Commento sopra la terza novella del
Decamerone. — L. Gaiter, SuU' autenticità del libro VII, del volgarizzamento
del Tesoro di Ser Brunetto Latini, attr. à Bono Giamboni. — G. Vanzolini,
Somma délie penitenze (suite). — G. Sforza, Lettere inédite di Carraresi (suite).
— C. Gargiolli, Saggio del brève raccoglimento del dispregio dell' umana
condizione^ di Angiolo Torini Bencivenni. — A. d'Ancona, Lettera a Francesco
Zambrini. — L. Scarabelli, Lettera allô stesso.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE, 5^,,n^^viît^^
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Bœttger (H.). Diœcesan- u. Gau-Grenzen
Norddeutschlands zwischen Oder, Main,
Jenseit d. Rheins derNord- u. Ostsee v.
Ort zu Ort Schreitend festgestellt , nebst
e. Gau- u. e. dieselbe begrund. Diœce-
sankarte. 2. Abth. Von Ort zu Ort.
Schreit. Begrenzg. v. 40 Gauen u. 59
Untergauen in 6 Bisthùmern u. 1 30 geist.
Bezirken im Umfange der Prov. Hannover
nebst e. Gau- u. e. dieselbe begrund.
Diœcesankarte. In-S", xi]"-4i4S. Hanno-
ver (Heiwingj. 10 fr.
Bunge (F. G. v.). Die Revaler Rathslinie
nebst Geschichte d. Rathsverfassung u. e.
Anhang ùb. Riga und Dorpat. In-8»,
vi-210 S. Reval (Kiuge). 6 fr.
Clément- Janin. Recherches sur les im-
primeurs dijonnais et sur les imprimeries
du département de la Côte-D'Or. In-8*,
85 p. Dijon (imp. Marchand).
Groiset. De publicae eloquentiae principiis
apud Graecos in Homericis carminibus.
In-8'', 119 p. Montpellier Cimp,„ M4r.tei
':,.' .-n) ■^iriris'-'.'-' \
Conestabile (G.). Sovra due dischi in
bronzo antico italici del museo di Peru-
gra e Sovra Tarte ornementale primitiva
in Italia e in altre parti d'Europa. Ricer-
che archeologiche comparative. In-4*,
92 p. contavole. Torino (Stamperie di
Paravia e C).
Dufour (V.). La Dance macabre des SS.
Innocents de Paris, d'après l'édition de
1484; précédée d'une étude sur le cime-
tière , le charnier et la fresque peinte en
1425. In-8* tellière, viij-155 p. Paris
(Daffis). 6 fr.
Dupré (A.). Étude locale sur les lettres
de Geoffroy, cinquième abbé de la Trinité
de Vendôme. In-8*, 26 p. Angers (imp.
Lachèse, Belleuvre et Dolbeau).
Statistique religieuse du Vendômois
au moyen-âge. In-8°, 14 p. Ibid.
Gosselin (J.)- Histoire du chapitre royal
de Saint-Fursy de Péronne et des églises,
communautés et établissements hospita-
liers de cette ville, soumis à sa juridiction.
I" partie. In-8*, jjS p. Péronne (lib.
Trépant).
Guyot (A.). Entretien familier sur l'étude
du langage, complément nécessaire à tout
âge d'une éducation sérieuse, indispen-
sable au corps enseignant. In-8°, i5J p.
Bar-sur-Seine (imp. Saillard).
Gubernatis (E. de). Aidoneo e San Do-
nato. Studio di Mitologia epirotica. In-
8*, i6p. Firenze(tip. dell Associazione).
Inventaire sommaire des archives hospi-
talières antérieures à 1790, publié en
exécution des instructions ministérielles
du 10 juin 1854. Hospices de Marseille.
In-4*, 168 p. Marseille (imp. Cayer et
C-).
La Fontaine (de). Contes et nouvelles
en vers. Edition des fermiers-généraux.
T. I. avec 41 fig. à part, 34 têtes de
page, fleurons et culs-de-lampe. In-S»,
268 p. Paris (Barraud). 40 fr.
Launay. Les monuments gallo-romains
du Vendômois. In-8°, i j p. Angers
(imp. Lachèse, Belleuvre et Dolbeau).
Mémoires sur les polissoirs et sur les
monuments mégalithiques du Vendômois.
In-8', 12 p. Ibid.
Liouandre (C). Notice sur la statuette
d'un dieu gallo-romain trouvée à Cahon.
In-8*, 7 p. Abbeville (imp. Briez, Pail-
lart et Ritaux).
Meaume (E.). Note sur les différents
tirages des planches du livre intitulé :
Austrasise reges et duier. Cologne, i J91 .
^-8", 8 p. Paris (imp. Lahure).
Mémoires de la Société littéraire, histo-
rique et archéologique de Lyon. Années
1872-1873. In-8*, lxxx-336 p. 10 pi.
Lyon (imp. Vingtrinier).
de l'Institut national de France. Aca-
démie des inscriptions et belles-lettres.
T. 28. i" partie. In-40, 361 p. Paris
(Imp. nationale).
Nohl(L.). Beethoven's Leben. 3. Bd. Die
letzten 10 Jahre. i. Abth, 1815-1823.
In-8*, 448 S. Leipzig (E. J. Gunther).
10 fr.
Pas (Le) des armes de Sandricourt. Rela-
tion d'un tournoi donné en 1-195 au châ-
teau de ce nom, publié d'après un manu-
scrit de la bibliothèque de l'Arsenal et
l'imprimé du temps, par A. Vayssière.
1x1-8" tellière carrée, xxxij-8o p. Paris
(Willem). 8 fr.
Petzholdt (J.). Adressbuch der Biblio-
theken Deutschlands m. Einschluss v.
Œsterreich-Ungarn u. d. Schweiz. i. Lfg.
In-8'', 160 S. Dresden (Schœnfeld).
S fr. 3 5
Regesta diplomatica nec non epistolaria
Bohemias et Moraviae. Pars II. Annorum
1253-13 10. Opéra Archivar J. Emler.
Vol. VI. In-4% S. 801-976. Prag(Grégr
et Dattel). 6 fr. 75
Reliquise tabularum terrse regni Bohe-
miae anno MDXLI igné consumptarum.
Edidit J. Emler. Tom. II, vol. 3. In-4»,
S. 209-3 12. Pj'^g (Grégr et Dattel). 4 f.
Rutebœuf. Œuvres complètes recueillies
et mises au jour pour la première fois,
par A. Jubinal. Nouvelle edit. revue et
corrigée. T. i. In- 16, lxiij-250 p.. Paris
(Daffis). 5 fr.
Sainte-Marie Mévil et Desjardin
(G.). Inventaire sommaire des archives
départementales antérieures à 1790.
Seine-et-Oise. Archives civiles. Série E.
N" 1 à 2943, In-4°, 445 p. Versailles
(Cerf et fils).
Sauvagept (C). Monographie de Che-
vreuse. Étude archéologique. In-40, 46 p.
et 26 pi. Paris (V* Morel).
Schmidt (H.). Geschichte d. katholischen
Kirche Deutschlands v. d. Mitte d. 18.
Jahrh. bis in die Gegenwart. 2. u. 3.
Abth. In-8-, S. 380-818. Mùnchen (01-
denburg). 8 fr.
Seeker (J.). Voyage d'un ministre otto-
man. In-8°, 32 p. Montpellier (Coulet).
L'Orient en Languedoc. Relation de
Mehemet-Effendi annotée avec des docu-
ments inédits.
Servières (L.). Histoire de l'église du
Rouergue. In-8°, Y-726 p. etgrav. Rodez
(V* Carrère).
Tafur (P.). Andanças é viajes por diversas
partes del mundo avidos (143 5-1439.
2 vol. en-8°j 624 p. Madrid (Murillo).
Thiérron de Monclin (R.). Adminis-
tration des biens et des revenus des cités
en droit romain, administration des biens
et des revenus des villes et des commu-
nautés d'habitants dans l'ancien droit
français, administration des biens et des
revenus des communes en droit français.
^-8°, 472 p. Paris (Pichon).
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 7 Neuvième année. * 13 Février 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE l'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard,
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
A. MARIETTE-BEY
Nubie. i2Mivraison. In-fol. 6 fr
Monuments divers re-
cueillis en Egypte et en
BIBLIOTHÈQUE DE l'ECOLE DES HAUTES ETUDES
18^ ET 19e FASCICULES.
RnFT î AQTPVRÎR Étude sur les comtes et
• LJ l-j JLjr\0 1 JZj 1 r\ 1 Ci vicomtes de Limoges
antérieurs à l'an 1000. . [ <y fr.
Traité de la formation des
mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr.
A. DARMESTETER
Cf^ LJ A D A NT ET A T T fragments d'un mystère proven-
• v>« ri /\ t3 A IN Ci A. U çal découverts à Périgueux »
publiés, traduits et annotés. Gr. in-S". i fr. 50
PÉRIODIQUES,
The Academy, N° 142, new séries, 23 janvier. Briefe und Akten zur
Geschichte des Sechzehnten Jahrhunderts. Bearb. v. Von Druffel. I. Ed.
(Alfred Stern; cf. Revue criî., 1874, ^^> P- ^^2)- — Minor historical Books. —
Notes and News. — Notes of Travel. Notes of a Tour in the Cyclades and Crète.
II. Tenos (H. F. Tozer). — Correspondence. Our Oldest Ms., and Who mutilated
it (P. LE Page Renoue). — Pathshegen, Commentary on the Targum of Onqelos
on the Pentateuch, by a French Rabbi of the Fourteenth Century; and Neîhinah
Lagger, a Commentary on the Sarae, by D"" N. Adler, Chief Rabbi. Warsaw
(Ad. Neubauer). — Morris, Elementary Lessons in Historical English Grammar.
London, Macmillan (F. J. Furnivall : note favorable). — Reform in the Uni-
versity of Dublin. — Meetings of Societies (New Shakspere Soc, Soc. de géo-
graphie, d'archéologie de Londres et de Middlesex, d'anthropologie, de philo-
logie). — The Flavian Amphithéâtre (CI. Hemans).
The Athenseum, N" 2465, 23 janvier. Sumner-Maine, Lectures on Early
History of Institutions (2^ article). — The Georgics of Vergil. By Musgrave
WiLKiNS. Longmans and Co. (n'est guère qu'une reproduction du Virgile de
Conington). — Anatolica; or, the Journal of a Visit to some of the Ancient
Ruined Cities of Caria, Phrygia, Lycia, and Pisidia. By the Rev. E. J. Davis.
Grant and Co. (non sans intérêt). — Chapman's Complète Works. 3 vols.
Chatto and Windus (très-recommandable édition). — Blanchard Jerrold,
The Life of Napoléon the Third. Vol. II. Longmans and Co. (s'étend depuis la
tentative de Strasbourg jusqu'à l'élection du prince comme député républicain).
— Jewish Coinage (F. W. Madden).— A Celtic Mss. Society (E. B. Cowell).
— Literary Gossip. — Societies (séances des Soc. royale, asiatique, des anti-
quaires, de philologie, d'anthropologie).
Literarisches Centralblatt, N" $, 30 janvier. Weiffenbach, Das Papias-
Fragment bei Eusebius. Giessen, Ricker. In-8", viij-i 50 p. (l'auteur est le plus
souvent parvenu à des interprétations qui ne laissent place à aucun doute). —
Grûn, Ludwig Feuerbach. i Bd. Leipzig, Winter. In-8°, viij-435 p. — Planck,
Anthropologie und Psychologie. Leipzig, Fues's Verl. In-8°, viij-224 p. (pour
l'auteur, il y a deux manières de comprendre l'homme, la manière non-allemande:
c'est la fausse, et la manière allemande : c'est la vraie). — Noire, Die Welt
als Entwicklung des Geistes. Leipzig, Veit. In-S", xvj-486 p. (le titre de l'ou-
vrage en indique suffisamment la tendance). — Neudecker, Untersuchungen
ûber die Erkenntniss-Principien. Wùrzburg, Stuber. In-8°, iv-52 p. (sans
grande valeur). — Noire, Die Entwicklung der Kunst. Leipzig. Veit. In-8°,
62 p. (le développement des différents arts correspond à celui des sens;, c'est
pourquoi les arts qui correspondent à la vue et à l'ouïe sont venus historique-
ment en dernier lieu). — Dahn, Westgothische Studien. Wùrzburg, Stahel.
In-4'', xij-321 p. (important travail). — Waschou, Herzog Otto von Braun-
schweig, Fûrst von Tarent. Breslau, Aderholz. In-4°, 49 p. (ne fait guère
avancer la question). — Corssen, Ueber die Sprache der Etrusker. i. Bd. (ap-
préciation embarrassée ; l'article loue surtout le courage de l'éditeur; cf. Rev.
crit., 1874, II, p. 321). — Von der Gabelentz, Die melanesischen Sprachen.
2. Abth. Leipzig, Hirzel. Pet. in-folio, vj-i86 p. — Augusti rerum a se ges-
tarum indicem cum graeca metaphrasi éd. Bergk. Gœttingen, Dieterich. In-8°,
iv-xvij-136 p. (les conjectures de M. B. ne s'imposent pas). — Wùlcker,
Altenglisches Lesebuch. i. Th. Halle, Lippert'sche Buchh. In-8"^ xij-228 p.
(bon manuel).
Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit, 1874, n° 12. Summarische
Beschreibung deren im fûrstlichen Schloss zu Marpurg am 22. December Ao.
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 7 — 13 Février — 1875
Sommaire: 31. Proclus, Commentaire sur le i" livre des Eléments d'Euclide, p. p.
Friedlein. — 32. La Chanson de Roland, publiée p. Bartsch. — 33. Duplessis,
Michel Bégon. — 34. Doniol, La Révolution française et la Féodalité. — 35. Mo-
NOD, Jules Michelet. — Variétés : Société des anciens textes français. — Sociétés
savantes : Académie des inscriptions.
ji. — Procli Diadochi in primum Euclidis elementorum librum comnientarii. Ex re-
cognitione Godofredi Friedlein. Lipsia;, Teubner. 1873. In-S", viij-507 p. — Prix:
9 fr.
Le commentaire du philosophe Proclus sur le premier livre des éléments
d'Euclide est très-important pour l'histoire de la géométrie. On n'en avait
jusqu'ici, du moins du texte grec, que l'édition publiée par Simon Grynaeus (Basi-
leae, apud lo. Hervagium. 153?) d'après un très-mauvais manuscrit. Baroci, qui
eut à sa disposition des manuscrits beaucoup meilleurs, ne donna que la traduc-
tion latine (Patavii 1 560). M. Friedlein a eu à sa disposition un manuscrit de
Munich (427 xi' ou xii* s.), un manuscrit de Bologne (223), deux manuscrits
de la Barberine (ici et 145 xv* et xvi^ s.); il s'est aidé de la traduction latine
de Baroci et des remarques de MM. Nesselmann, Knoche, Hultsch. Les variantes
sont au bas des pages ; un index très-complet des noms et des mots termine le
volume, index d'autant plus utile, que la langue technique de la géométrie n'est
que très-insuffisamment représentée dans le Thésaurus, ainsi que les langues
techniques des autres sciences.
Le texte édité par M, F. est très-lisible au point de vue de la géométrie.
M. F. a publié sur l'histoire des sciences de très-bons travaux. Mais il n'est pas
helléniste de profession; et on est souvent arrêté, plutôt il est vrai par des incor-
rections de langage et dans les parties de l'ouvrage qui ne sont pas purement
géométriques, c'est-à-dire en réalité dans ce qui ne touche pas au fond des
choses.
Ainsi c'est avoir pour les copistes un respect trop scrupuleux que de conserver
la forme ouveùeiv à côté de auvveuetv, de ne pas substituer le subjonctif présent à
l'indicatif présent ou le subjonctif aoriste au futur, par exemple XéYwixev à Xé^o-
IJiev, Gewp-^aa)[X£v à ôswpiQaojxsv, partout o\i Proclus annonce qu'il va immédiate-
ment traiter un sujet, comme dans 11, 27; 14, 24; 34, 20; 42, 12; 47, 8;
64» 17; 75) 6; 151, 14, etc. D'autre part il faut lire GeaffifxeOa 61, 26.
La ponctuation me semble laisser à désirer dans un certain nombre de pas-
sages. Ainsi 5, 12 il faut mettre la virgule après xapév. — 14, 6-20. Il faut
mettre entre parenthèses 1 1 oùSè 1 5 aùxb et placer un point d'interrogation
après 20 8£iy.vu|ji,éva)v ; car 15 vcal -rcaXtv oxt dépend de 1 1 àTOça(v£iv. — 20, 1 1.
Ponctuez dtTcoxaXeT, StÔTt 23, 9. Ponctuez Suvai^etç t6 — 31, 1-2
XV . 7
98 REVUE CRITIQUE
xpôcYtii, «frjciv èTCiffTYjjjLY) ; — 37, 3 Ponctuez è^é^Yjvev xai — 37, 18
Ponctuez (asy^Ocuç, èirei — 56, 10 -jrapaêoTwaç, Stixi — 68, 12-13
mettez entre parenthèses xat yàp EùxXetSou. — 80, 9-15. Il eût été plus
clair de mettre entre parenthèses les propositions incidentes xal ^àp êort
Yàp Suvaxbv yàp.
Je ne ferai pas un crime à M. F. de n'avoir pas remarqué un certain nombre
de fautes dans un texte qu'il édite pour ainsi dire le premier. Les philologues
les plus exercés en laissent passer ; le plus vigilant est celui qui en laisse passer
le moins. Je signalerai ici quelques passages qui me paraissent fautifs, 14, 23
àXX'oi] Lisez àXkà. — 19, 20 Lisez àizo fàp tûv dcp^wv àvwOev àpy^oi;i,évyj. —
29, 10 Lisez auTî^. — 30, 18 Lisez tyjv Ysvvafav aoçtaxa'/jv. Voy. Platon,
Sophiste 231 B. — 31, 3. Lisez ^vcoatûv. — Ji, 6 {xepiaTYjv m'est suspect. —
33, 9. Il faut peut-être Siafépoucrt. — 36, 19. axaaa me semble suspect. —
57, 22. Lisez auTYjv. — 39, 4. Seî^ai] lisez Sé^aaOau — 41, 3. Lisez Se. — 43,
20. Supprimez x'. — 44, 10, Lisez y]v. — 4j, 14. Lisez 5, 11. — 50, 7. La
construction de l'infinitif eTvat avec sTciBeixvûoufft est suspecte. — 64, 9. La gram-
maire exige absolument eTxev. — 67, 23. Ne manque-t-il pas Tîspù après xai? —
69, 27. Le sens me semble meilleur si on lit tocxe au lieu de ^ et que l'on supprime
oux, — 76, 13-14. La grammaire exige absolument le subjonctif TiÔY^tat, ouy-
Xwpf). Je crois en outre qu'au lieu de ii^ian le sens réclame cu-p.axa.'zt^xai.
— 107, 6. Lisez ^. — 183, 26. Je lirais TrpoTaTxetv. — 207, 21. TcepteXaixéavov
me paraît préférable. — 216, 21. Lisez 'Emxoùpetov.
Quelques inadvertances qu'on puisse encore relever, ce serait manquer à la
justice que de ne pas reconnaître le soin que M. Friedlein a apporté dans cette
publication qui est un grand service rendu à l'histoire de la géométrie et de la
langue grecque.
Charles Thurot.
32. — Das Rolandslied, herausgegeben von Karl Bartsch, Leipzig, Brockhaus.
1874. In- 12, xxij-382 p. (Deutsche Dichtungen des Mittelalters, III), — Prix : 4 fr.
La traduction de la Chanson de Roland faite entre 1 127 et 11 39 par le curé
Conrad est, comme on sait, d'un grand intérêt pour les deux littératures aux-
quelles elle appartient. Imprimée pour la première fois en 1727 (cent dix ans
avant l'original) par Schilter d'après un manuscrit incomplet de Strasbourg, elle
a été publiée une seconde fois d'après un manuscrit de Heidelberg par Wilhelm
Grimm (1838). En dehors de ces deux manuscrits, on ne possède que de courts
fragments. M. Bartsch vient de donner de ce précieux texte une nouvelle édi-
tion qui était depuis longtemps désirée : il a pris pour guide principal, comme
le plus ancien et le meilleur, le ms. de Strasbourg, ou plutôt l'édition qu'en a
donnée Schilter, car les obus allemands ont anéanti en août 1 870 le manuscrit
lui-même, qui n'avait jamais été collationné depuis l'édition. Le texte du nouvel
éditeur, fondé partout sur la comparaison des mss. et sur le rapprochement des
renouvellements postérieurs aussi bien que de l'original français, est aussi satis-
faisant que possible ; il a d'ailleurs sur celui de Grimm, qui est une simple copie
d'histoire et de littérature. 99
diplomatique, l'avantage d'être disposé, ponctué, etc., de manière à rendre la
lecture facile . Des notes abondantes, conçues dans le système des Deutsche Clas-
siker dont nous avons parlé plusieurs fois, un glossaire des mots et un des noms
propres, complètent le travail soigneux dont le savant professeur de Heidelberg
a entouré le poème. Il l'a fait précéder d'une introduction brève, mais substan-
tielle, où l'histoire de la légende de Roncevaux est bien exposée et où la valeur
respective du Roland français et du Roland allemand est appréciée avec beaucoup
de justesse et d'impartialité. L'auteur, et c'est la seule erreur qui nous ait frappé,
cite encore (p. vij) comme authentique la charte d'Alaon, dont la fabrication
n'est plus guère contestée aujourd'hui.
53. — Un curieux du XVII« siècle. Michel Bégon, intendant de La Ro-
chelle. Correspondance et documents inédits recueillis, publiés et annotés par Georges
DuPLESSis. Paris, A. Aubry, 1874. i vol, petit in-S", vj-144 p, — Prix : 6fr.
Je dirai tout d'abord que le volume publié par M. Duplessis n'a été tiré qu'à
250 exemplaires; qu'il est imprimé en caractères elzéviriens sur ce fort papier
vergé qui, pour peu qu'on le touche, rend un si beau son, et qu'il est orné d'un
portrait de Bégon gravé à l'eau-forte par P. Sellier. Mais, comme on se pré-
occupe ici beaucoup plus du principal que des accessoires, j'ajouterai bien vite
que le livre, consciencieusement préparé, est plein de renseignements d'autant
plus instructifs, qu'ils sont, pour la plupart, entièrement nouveaux.
M. D. a voulu montrer un côté seulement de l'existence de Michel Bégon.
Abandonnant à d'autres l'intendant et l'homme politique — M. Arthur de BÔislisle
se chargera de nous le faire connaître d'une façon définitive, — il n'a étudié que
le collectionneur et l'érudit. « Il nous a suffi, » dit-il (p. v) « de voir dans Michel
» Bégon un amateur passionné avide d'acquérir les estampes qui lui manquent;
» un lettré cherchant à se renseigner sur Molière , Racine , Pascal , Scarron et
» tant d'autres Hommes illustres qu'il entend faire entrer dans l'ouvrage auquel
» Charles Perrault attachera son nom ; un curieux entretenant des rapports avec
» les graveurs Robert Nanteuil, Gérard Edelinck, Pierre van Schuppen et
n Jacques Lubin ; un savant enfin, possesseur du médailler de Grolier et d'une
» partie des manuscrits de Peiresc, qui jouit réellement des richesses qu'il a
I) accumulées, et qui prend plaisir à en faire profiter autrui. Peu d'existences
■) ont été mieux et plus utilement remplies ; peu de collections ont été formées
) avec plus de soins, avec plus de discernement et avec autant de dépenses. »
Le volume de M. D. renferme : i" une notice biographique écrite par un
îarent de l'intendant (p. 1-5) ', notice complétée à l'aide d'indications extraites
l'un travail spécial de M. de La Morinerie (Paris, 1855) ^^j pl"s encore, à
'aide de divers documents inédits; 2° l'inventaire, dressé en 1699, des collec-
I. Mémoire « remis le 29 novembre 1765 » par l'auteur « à la Bibliothèque du Roy. »
] I. D. ne nous dit pas en quelle collection et en quel volume ce mémoire est aujourd hui
1 onservé.
100 REVUE CRITIQUE
tiens réunies dans un cabinet dont le propriétaire pouvait dire avec un légitime
orgueil ' que c'était v un des plus beaux du royaume, » inventaire presque in-
trouvable, à peu près ignoré, dont un exemplaire a été communiqué à M. D, par
M. Frédéric Reizet (p. 7-11); 3" des extraits (p. 1 8-1 3 j) de la correspondance
adressée par Bégon, de 1689 a 1705, à M. Cabaret de Villermont, secrétaire
du marquis de Dangeau 2 ; 4° la liste des personnages qui figurent dans les deux
volumes in-fol. de Perrault (1697-1700) et diverses pièces justificatives (p. 1 36-
144).
L'intérêt du livre réside surtout dans les lettres de Bégon. Quoique M. D.
n'en ait reproduit que les passages qui ont quelque rapport aux arts, bien des
sujets y sont effleurés, bien des personnages y sont mentionnés. On y voit défiler
tour à tour, sans parler de ceux qui ont été déjà tout à l'heure signalés, Bernier
surnommé V Indien, Tavernier, le P. Petau, l'abbé de La Chambre, l'évêque de
Châlons?, Bussy-Rabutin, M"«Chéron, Antoine Arnauld, le sculpteur Girardon,
le P. Menestrier, Pabbé de Louvois, le P. Catrou, les frères Dangeau (l'abbé et
le marquis), Roger de Piles, Roger de Gaignières, etc. 4 Quant au nom de
Charles Perrault, il revient presque à chaque page, entouré de témoignages de
déférence et de sympathie. La part considérable que Bégon prit, tant pour le
texte que pour les portraits, à la publication des Hommes illustres y est, jour par
jour, nettement déterminée : on voit par mille détails que l'intendant fut pour
Perrault un collaborateur des plus dévoués et des plus précieux ; que son initia-
tive, son élan, furent vraiment admirables, et c'est surtout pour cette protection
intelligente, généreuse, donnée aux lettres et aux arts, que, comme l'a proclamé
M. D. (p. 18), « il mérite dans l'histoire de la curiosité, une place que d'autres
» amateurs plus célèbres occupent sans avoir les mêmes titres que lui à l'estime
» de la postérité. »
T. DE L.
1. Lettre du 29 novembre 1 701, p. 87,
2. Quelques fragments de cette correspondance (qui appartient à la Bibliothèque
nationale, fonds français, n" 22800-2281 5) avaient été pubhés, comme le rappelle M. D.,
par M. Jal {Dictionnaire crititjue, article Bégon, p. 170-175).
3. M. D. a oublié de dire que c'était Louis Antoine de Noailles, le futur cardinal-
archevêque de Paris. Mettons ici deux autres petites observations. M. D. est-il bien sûr
de la lecture (p. 23) des mots Meslan et Rubrucquis. Ce sont là des formes inaccoutumées
et partout, au XVII* siècle, on écrit Mdlan et Rubruquis. — A la p. 98, un mot a été
omis dans la phrase que voici : « J'ay très particulièrement connu M. Brunier, premier
[médecin?] de Gaston, oncle du roy. »
4. On lira avec plaisir, j'en suis persuadé, cette citation tirée de la p. 103 : « A Ro-
» chefort le 25 avril 1703 Les recueils que j'ay des Manuscrits de M' de Peyresc
» n'ont rien de commun avec le commerce qu'il pouvoit avoir avec M' de Chasteuil sur
» l'astrologie judiciaire, parce que ce que j en ay est principalement sur les poids, les
» mesures, les caractères des différentes langues, les statues, inscriptions et médailles. Les
» autres recueils sur toute sorte de matières sont entre les mains de M' Thomassin de
» Mazogne qui en a plus de cent volumes in-folio dont il a extrait ce qu'il a crû estre le
» plus curieux, et l'a fait imprimer, mais je ne sçais pourquoy il n'a pas rendu ce livre
» public. Il a fait tout ce qu'il a pu pour tirer de moy mes huit volumes, mais j'ay tenu
» bon parce que je crois que lorsqu'on a dans un cabinet comme le mien des manuscrits
» tels que ceux-là, on ne doit point avoir la complaisance de s'en défaire. »
d'histoire et de littérature. 101
34. — La Révolution française et la Féodalité, par Henry Doniol, corres-
pondant de l'Institut. Paris, Guillaumin. 1874. In-8', xj-369 p. — Prix : 5 fr.
Cet ouvrage est divisé en trois livres ; le premier est consacré à « l'abolition
de la féodalité en France », le second à « l'abolition de la féodalité dans les
autres états du continent », le troisième à « l'abolition de la féodalité en Angle-
terre. »
Je ne m'occuperai ici que de la première partie, les autres étant hors de ma
compétence.
Avant tout, il est nécessaire d'observer qu'en se servant du mot « Féodalité, »
M. D. emploie un terme inexact. La Féodalité s'entend d'un régime politique
et social ; elle avait disparu en France depuis trois siècles à l'époque qu'étudie
M. D. C'est du régime « seigneurial », c'est-à-dire d'un état exclusivement
social qu'il devait inscrire l'abolition en tête de son travail. Cette inadvertance
n'est pas sans gravité parce qu'elle induit l'esprit en une certaine confusion qui
se fait sentir dans les conclusions mêmes de l'auteur. On y trouve la trace des
préjugés qui régnent encore aujourd'hui dans l'enseignement populaire.
Je critiquerai l'étude de M. D. au point de vue de la forme, et au point de
vue du fond.
Au point de vue de la forme je regrette un procédé d'imitation trop visible de
la manière de Montesquieu, et une affectation malheureuse de concision. Le
premier livre a 34 chapitres pour 170 pages; le style a les allures cassantes.
Tant de morcellement n'est pas d'une utilité frappante et n'empêche par l'obscu-
rité '. Ce n'est pas une multitude de phrases de trois mots qui donne de la pré-
cision à la diction. Je voudrais que la pensée fût plus claire et le langage plus
correct. Il n'est pas encore admis d'écrire « davantage que » (p. 120, 1 57) ni
« interdire que » (p. 19). Ces négligences sont particulièrement choquantes dans
un ouvrage qui paraît viser à la méthode des grands modèles. Un petit nombre
d'aperçus présentés avec netteté et simplicité me ferait infiniment plus de plaisir
que beaucoup de propositions ambitieuses dont je saisis à peine le sens, celle-ci
par exemple : « En 1 792 commença cette suite de décrets qui a fait des institu-
» tions civiles de 1789 comme le phare du monde » (p, 147).
Au point de vue du fonds, j'examinerai les appréciations, les affirmations et les
éléments de ces affirmations.
Je n'ai rien à dire des publications que M. D. a prises pour base de ses
études. Les mémoires des acteurs de la Révolution, les travaux des économistes,
les récits tels que ceux d'Arthur Young étaient des matériaux indiqués et que
M. D. était invité par son sujet à mettre en valeur. Mais il a voulu pénétrer
plus avant et interroger les documents manuscrits. Il est venu demander aux
Archives Nationales un supplément d'informations et voici ce qu'il y a décou-
vert en ce qui concerne les vœux des paysans en 1789 :
« Les Archives de France possèdent ces exemplaires (des cahiers) multipliés
I. Je viens de relire pour la io« fois la page 1 16 sans pouvoir la comprendre.
102 REVUE CRITIQUE
» par l'impatience. Sous les liasses vulgaires qui les rassemblent, dans leur
» papier grossier, tout sali d'innombrables signatures rustiques, ils figurent
» exactement l'état de ceux qui les dressèrent, à côté des cahiers des bailliages
)) magistralement transcrits dans des registres luxueux. Sur les marges de ces
» registres les bailliages croyaient avoir écrit la constitution définitive de la
» liberté politique; elle n'est pas encore faite, tandis que ces laides pages
» paysannes changèrent la face du monde en quelques jours. » Et en note pour
la précision: « Dans les cartons des Comités, série D i-xiv » (p. 33-34).
Et plus loin « Ces cahiers des villages sont classés aux Archives suivant la divi-
» sion moderne du territoire par départements » (p. 3 5). Après cela, il est
facile de comprendre l'admiration que M. D. professe pour « l'intuition mer-
veilleuse » de Michelet (p. 28-29). J'avoue n'être pas encore revenu de la stu-
péfaction où m'a jeté la lecture du passage que je viens de citer. Voici en effet,
réduit à son expression la plus simple, ce qui constitue le dépôt des cahiers de
1789 conservé aux Archives Nationales.
Chaque ordre dans chaque bailliage rédigea son cahier. Ce cahier, conservé
en minute au siège de la délibération, fut délivré en original aux députés qui le
portèrent aux Etats généraux. En outre il fut envoyé en expédition à peu près
régulièrement au Ministre de la Maison du Roi, et très-irrégulièrement au con-
trôleur des finances.
En ce qui touche le Tiers-Etat, non-seulement il y eut des bailliages princi-
paux et des bailliages secondaires qui se réduisaient quant au vote et venaient
se perdre dans le bailliage principal, mais encore toutes les communautés d'ha-
bitants, les paroisses, voire de simples particuliers purent émettre et émirent
leurs vœux, qu'ils envoyèrent aux bailliages secondaire ou principal.
Les cahiers destinés aux Etats généraux et déposés par les Députés subsistent
comme pièces annexes dans les Archives de l'Assemblée constituante (série C).
Les cahiers envoyés aux Ministres attirèrent l'attention de Camus, quand il
fut nommé archiviste de l'Assemblée. Réunis à la correspondance administrative
à laquelle avait donné lieu la convocation des Etats, ils formaient un ensemble
qu'il parut intéressant de conserver. Le libraire Roudouneau était préposé à la
garde des Archives de la Chancellerie ; il communiqua successivement à Camus
de 1790 à 1791 les dossiers de chaque bailliage. Camus les fit transcrire à
mesure qu'il les recevait dans des registres qu'il enrichit de tables, en suivant
l'ordre alphabétique des bailliages. Il se procura également la collection de
Necker et la transcrivit avec celle de Laurent de Villedeuil. Il devait rendre
l'une et l'autre ; ainsi qu'il arrive, elles ne sortirent pas de ses mains. Les expé-
ditions manuscrites des cahiers subsistent donc aux Archives Nationales à côté
de la transcription exécutée par les soins de Camus (série B).
Jusqu'en 1858, la similitude des deux fonds fut parfaite. A partir de cette
époque un nouveau classement eut pour résultat de réunir en un seul bloc les
deux collections de Necker et de Villedeuil, et de supprimer une division qu'avait
créée Camus sous le titre : Vœux des villes et des communautés, division qui
subsiste dans la série des registres de transcription.
d'histoire et de littérature. 105
Que le lecteur se reporte maintenant au pied de l'échafaudage bâti par M. D.,
aux registres luxueux des bourgeois, et aux laides pages paysannes, les uns
impuissants malgré leur appareil, les autres changeant la face du monde en
quelques jours (je laisse de côté le reste, cartons des Comités D — ils ne con-
tiennent presque pas de pièces de 1789, ces documents sont ailleurs, — ordre
de départements,, — c'est l'inverse qui est vrai), et il partagera peut-être l'éton-
nement que m'a causé tout ce travestissement déclamatoire de notions élémen-
taires ' .
Certes, et pour épuiser le sujet, il y aurait un travail fort instructif à faire sur
les cahiers des villages. Il y a une quinzaine d'années feu M. Grùn en eut la
pensée; il me suffit pour l'en détourner d'une observation. En l'état, cette étude
comporte une longue pérégrination dans toutes les archives de France. C'est là
seulement qu'on peut réunir les matériaux d'un ensemble. Les vœux des paysans
transmis à Paris et parvenus à l'hôtel Soubise sont en trop petit nombre
pour permettre de porter à leur endroit un jugement certain. La sénéchaussée
d'Aix présente, il est vrai, une exception remarquable à ce fait. Il n'en est pas
moins vrai de dire que réduit au dépôt de Paris cet instrument de recherches
sur le mouvement de 1789 est défectueux, et qu'il s'accommode à toutes les
théories préconçues.
Je passe aux affirmations.
L'importante question de l'origine des droits seigneuriaux est traitée par
M. D, dans le sens des doctrines qui y signalent une usurpation. Je ne dissimule
point que je partage l'opinion contraire. Il est manifeste que si on remonte à
l'établissement de la propriété immobilière, toute appropriation collective ou
individuelle implique un état antérieur d'où résulte un envahissement sur le
domaine présumé commun à la population qui l'occupe. C'est là une spéculation
hors de cause. Je pense que l'examen attentif de l'éclosion du régime féodal
démontre que dans la majorité des cas accessibles à l'observation, les faits
réputés servitudes actives, créées par le seigneur à son profit, sont au contraire
des concessions consenties bénévolement par lui, des démembrements de ses
droits. A la suite des invasions normandes qui peuvent être regardées comme le
vrai point de départ de ce régime, une foule de villages vinrent se grouper à
l'abri des mottes seigneuriales. Aux paysans qui venaient rechercher sa protection
le seigneur distribua pour en tirer leur nourriture des parcelles de terre à la
simple charge d'un cens perpétuel qui marquait la nature de la concession. Les
droits d'usage dans les forêts, devenues des servitudes passives fort désagréables
et onéreuses aux propriétaires du fond, ont presque toujours cette origine. Le
dommage était minime à l'époque de la concession, il était à peine sensible au
seigneur. Qu'en 1789, tous ces souvenirs fussent perdus, que sous l'empire de
besoins singulièrement accrus, sous l'influence des théories humanitaires large-
ment répandues, l'aspect des choses se soit travesti devant les yeux des inté-
I . Je dois en passant exprimer le regret de trouver estropié dans une étude sur la
Révolution le nom de Treiihard (p. 1 59).
104 REVUE CRITIQUE
ressés, cela n'est point douteux. Le droit fut réputé usurpation, et la servitude
exaction. Cela ne suffit point pour renverser les données de l'histoire.
Au xviii= siècle que restait-il des droits seigneuriaux ? Peu de chose d'après
l'opinion commune. De ces droits les uns, dit-on, avaient disparu, les autres
étaient réduits à des proportions insignifiantes. Telle n'est point la doctrine de
M. D. Il semble au contraire, à l'entendre, que jamais ce régime social n'a été
plus vivace, plus envahissant, plus oppressif: « Toutes les positions, dit-il,
« dépendaient des cens et des droits utiles » (p. 1 5). L'usurpation était instante,
continue, implacable. Toute une classe d'agents avides, percepteurs et feudistes,
s'ingéniaient à falsifier les titres en les renouvelant, à étendre démesurément les
terriers en les rajeunissant (p. 42, 43, 87, 119). Les juridictions elles-mêmes
couvraient l'usurpation de l'autorité complaisante de leurs arrêts. Ce fut un cri
général.
En se faisant l'interprète de plaintes fort nombreuses, il est vrai, mais bien
souvent aussi vagues que déclamatoires, M. D. n'a pas pris garde qu'il n'écou-
tait qu'une des parties en cause. Les moyens d'étudier la question en soi ne font
pourtant pas défaut. Le sujet est même un de ceux qui offriraient le plus
d'attraits à un historien économiste. Sans doute, grâce à la Révolution, les
archives des seigneurs laïques ont été généralement détruites ; mais celles des
seigneurs ecclésiastiques subsistent; grâce à cette même Révolution elles sont
centralisées au chef-lieu de chaque département. C'est de là qu'on peut tirer la
vraie connaissance de ce qu'était le cens au xviii^ siècle, comparé à ce qu'il fut
dans les siècles précédents, pourvu qu'on y joigne la pratique des localités.
L'expérience (très-restreinte d'ailleurs) que j'en ai faite et dont je ne voudrais
pas généraliser les conclusions m'a fait assister au spectacle le plus instructif,
celui d'un état à peu près immobile depuis saint Louis jusqu'à Louis XVL Dans
un petit territoire que je pourrais citer, dont la contenance ne dépasse pas 1 50
hectares, le domaine direct était en 1 240 (comme aujourd'hui 1 875) de 1 20 hect.,
les terres redevables d'un cens se partageant le reste, à raison de 80 habitants
adultes (la population est toujours à ce chiffre), soit 5 quartiers (l'arpent y
est à la très-petite mesure) par tête, c'est-à-dire ce qu'un homme peut à peu près
cultiver dans ses moments de loisir, tout en travaillant au service d'autrui (ce
dernier fait est une des meilleures marques de l'origine de la concession). Quant
au cens, il est d'une modicité incontestable même dans les reconnaissances les
plus modernes des terriers. Quoi qu'il en soit, l'étude locale des terriers ecclé-
siastiques, et quand ils subsistent laïques, est à coup sûr un des premiers élé-
ments de l'enquête que M. D. dénoue dans le sens de réclamations plus
bruyantes peut-être que sérieusement motivées.
Dans tous les cas et à priori, le tableau tracé par M, D. des positions sociales
universellement subordonnées aux cens et aux servitudes seigneuriales est pure-
ment fantastique. Je parlais tout à l'heure du domaine direct. Ce domaine a eu
dans tous les siècles le rôle prédominant. De tout temps les seigneurs laïques ou
ecclésiastiques ont administré, soit par des régisseurs, soit par des fermiers, des
propriétés immobilières, maisons, terres ou bois, absolument libres. Ces pro-
d'histoire et de littérature. 105
priétés composaient les trois quarts au moins du territoire de la France. Elles
avaient pu être grevées de services, mais de services exclusivement féodaux,
c'est-à-dire de l'ordre politique, entièrement éteints au xviii^ siècle.
A la vérité, M. D. range les dîmes au rang des droits seigneuriaux (p. 3,11,
71). Cette assertion n'est pas exacte; elle comporte tout au moins une distinction
fondamentale. Non-seulement il est permis de concevoir la dîme comme une
institution qui se prête à tous les régimes politiques, propre à tous ceux où une
foi religieuse exerce son empire sur une nation ; mais il est certain que l'organi-
sation en fut de beaucoup antérieure à la formation de la féodalité en France.
Elle ne représente donc pas essentiellement un droit seigneurial; ce qui est
exact, c'est qu'elle fut souvent usurpée, soit par suite de violences, soit en
vertu d'abandon volontaire. Il y eut en un mot des dîmes inféodées. De la
dégénérescence partielle d'une institution, il importe de ne pas tirer des consé-
quences contraires à sa signification constitutive. Dans son principe, la dîme est
un mode de paiement, un procédé d'entretien d'un corps à l'existence duquel
une nation rattache la sienne même; la suppression de ce mode implique son
remplacement par un mode équivalent, même dans celles de ses parties qui ont
fait l'objet d'aliénation (aliénation légitime comme toutes celles qui représentent
le démembrement d'un droit d'usage ou d'usufruit); à moins que la nation
accueille la volonté de se dégager de toute foi religieuse et répudie le soin d'en-
tretenir aucun clergé.
Les appréciations remplissent la majeure partie du livre de M. D. Elles se
résument toutefois dans la critique de l'œuvre attribuée à l'Assemblée consti-
tuante et dans l'éloge prodigué aux Assemblées qui l'ont suivie, surtout à la
Convention. Cette critique même se réduit à un point, l'hésitation, l'abstention
de mesures radicales. Il est difficile d'accepter ce jugement. En présence du régime
seigneurial, la Constituante admit une distinction essentielle: des droits de la seigneu-
rie, elle fit deux parts; elle plaça d'un côté les droits honorifiques (ou assimilés),
de l'autre les droits utiles. Elle abolit les premiers, parce que de leur nature ils
sont inappréciables en argent, partant non rachetables ; elle posa pour les autres
le principe du rachat, de l'indemnité pécuniaire. Elle suivit en cela les principes
de l'équité. Autant qu'on peut la saisir, car elle n'est pas toujours nette (voyez
surtout p. 60, 61, 69, 81, 87, 1 12, 113, 114, IIS, 119, 121, 124, 126, 127,
129, 1 30) la pensée de M. D., quand il énumère les fautes de la Constituante,
se concentre sur deux ordres de reproche. L'un consiste à blâmer cette Assem-
blée de n'avoir pas rangé les droits seigneuriaux au nombre des servitudes
d'Etat, de n'en avoir pas fait une dette publique '. Mais une question préjudi-
cielle se posait devant elle : l'Etat était-il assez riche pour assumer un pareil
fardeau ? Le moment était-il bien choisi pour accroître la dette publique, alors
que le déficit du budget était précisément le motif de la convocation des repré-
sentants de la Nation ? Enfin l'opération ne devait-elle pas soulever une foule de
I. Ailleurs M. D. loue nos assemblées de n'avoir pas accepté ce principe (p. 155). De
là robscurité dont je me plains.
I06 REVUE CRITIQUE
difficultés de détail dont la solution demandait de longues années ? La Consti-
tuante assimila le règlement de toutes ces difficultés à un débat d^intérêts privés,
dans lesquels elle n'avait pas à intervenir et qu'elle était absolument incompé-
tente à trancher. Selon moi, elle fit bien, et se tint dans les principes de la
justice et du droit.
Dans un autre ordre d'idées, connexe d'ailleurs au précédent, au fond le
dominant, M. D. blâme la Constituante d'avoir admis le titre seigneurial et con-
sacré le droit d'en faire la preuve comme celle de tout autre titre. Au lieu que
la Législative restreignit les moyens de preuves, et que la Convention détruisit
le droit lui-même. Et selon M. D. la Convention eut raison « parce qu'il est
» impraticable d'ériger les choses gênantes (sic) en intérêt supérieur quand elles
» entravent le développement d'un pays et que tous les esprits les repoussent »
(p. 1 5 5). En somme, voilà l'argument principal de M. D. J'en nie la valeur.
Oui, certes, les droits seigneuriaux étaient à quelques égards « gênants » (pas
tant que le dit l'auteur); surtout ils étaient « odieux». C'est là le sort commun
à tous les impôts directs. Ni les révolutions ni les théories ne changeront ce fait,
parce qu'elles sont impuissantes à changer la nature de l'homme. Les impôts
fonciers, ceux des prestations , des portes et fenêtres, des mutations de tout genre •
sont, que M. D. en soit assuré, et resteront aussi « odieux » que le furent les
cens, les lods et vente, les dénombrements et reconnaissances de terriers. L'im-
mense majorité des contribuables ressent le plus vif désir de s'en affranchir.
Faut-il les abolir ? Les noms sont autres. La chose subsiste et subsistera.
L'indulgence que M. D. professe pour des actes que l'équité réprouve est
marquée à toutes les pages de son livre. Quand il parle de l'incendie des châ-
teaux, il ne craint pas d'avancer (p. 53) « que nous réprouvons ces jacqueries
» parce qu'elles furent des précédents. « (Comment ! seulement pour cela !)
« Et que les contemporains ne s'en émurent pas. » Quoi ! pas même les incen-
diés, les familles en fuite, et qui cherchaient un asile ! Après cela comment
s'étonner que les historiens de l'école de M. D. fassent un crime aux émigrés
d'avoir abondonné la terre de France !
Tel est l'esprit de l'ouvrage de M. D. Je le regrette, parce que l'auteur y fait
preuve de qualités sérieuses ; il a étudié et médité son sujet. A presque tous les
points de vue je crois ses conclusions erronées.
H. Lot;
P. S. Après réflexion, je pense que M. D. a confondu ce qu'il appelle les
cahiers des paysans en 1789 avec les plaintes envoyées au Comité des Droits
Féodaux (D xiv). Ce sont choses bien différentes. Les vœux de 1789 ont un
caractère de généralité et surtout de spontanéité (autant que la spontanéité
existe en ces matières) dont les plaintes sont dépourvues. Les documents de
D XIV sont des adresses, des pétitions restreintes dans leur objet, postérieures
au mouvement de 1789, obéissant (1790-1 791) à l'impulsion imprimée par
l'assemblée elle-même, la dépassant ensuite, ou s'efforçant de faire prévaloir les
débris du droit qui subsistent dans l'interprétation des restrictions de la loi. Les
réclamations des seigneurs y coudoient celles des paroisses; historiquement elles
d'histoire et de littérature. iô';^
n'ont pas une moindre valeur. Le classement des pièces par ordre départemental
est à lui seul un indice de leur caractère. Sur 2500 pétitions environ reçues par
le Comité des Droits Féodaux, il n'y en a que cent qui appartiennent à l'année
1789. H. L.
35. — Gabriel Monod, Jules Michelet, avec un portrait à l'eau-forte par Boilvin,
un sonnet par G. Lafenestre et un fac-similé. Paris, Sandoz et Fischbacher. i vol.
in- 18, 124 p. — Prix : 3 fr. 50.
Ce petit volume, imprimé avec luxe et accompagné d'une charmante eau-forte,
n'est pas une étude critique sur les œuvres de Michelet, comme pourrait le faire
supposer le nom de son auteur. Il contient une biographie littéraire de l'illustre
historien, suivie d'une appréciation de son talent et d'une analyse des sentiments
et des idées qui ont inspiré ses œuvres. Dans un avant-propos, M. Monod a
indiqué les raisons de reconnaissance et d'affection pour lesquelles il s'est con-
tenté d'expliquer le talent de Michelet et s'est abstenu de le juger. Cependant,
malgré sa discrétion, on discerne bien à travers les expressions de son admira-
tion les points sur lesquels il aurait des réserves à faire.
Ce n'est point ici le lieu d'apprécier la valeur littéraire de cette étude. Nous
nous bornerons à signaler la présence de quelques détails inédits sur Michelet,
entre autres la lettre reproduite en fac-similé à la fm du volume et qui a pris
aujourd'hui un intérêt historique. La voici dans sa tragique concision : « 16 juillet
» 1870. — Les événements se sont précipités, cher Monsieur. Le crime est
» accompli. — L'Europe interviendra , mais pas assez vite pour qu'il n'y ait
» avant un désastre immense: — Je vous serre la main. — J. Michelet. — J'ai
» envoyé aux journaux des lettres, hélas! inutiles. »
Une bibliographie des œuvres de Michelet accompagne l'étude de M. M. Nous
craignons qu'elle ne soit pas sur tous les points parfaitement exacte. Ainsi la
4* édition du Précis d'Histoire de France est indiquée comme étant de 1841.
Nous en possédons un exemplaire qui porte la date de 1842. Il est vrai que
Michelet faisait faire pour ses premières œuvres des tirages successifs où la date
variait, mais sans changer le numéro d'ordre de l'édition, lorsque le texte n'avait
pas subi de remaniements. C'est là une grande difficulté pour le bibliographe.
Une erreur plus grave et que M. M. aurait dû éviter, c'est l'omission dans
la bibliographie des trois volumes de l^Histoire de France relatifs au xviii* s. :
la Régence, 1864. — Louis XV, 1866. — Louis XV et Louis XVI , 1867. Nous
avons peine à comprendre une pareille inadvertance.
L'exécution typographique de cet élégant volume n'est pas irréprochable. Nous
y avons remarqué surtout page 67, 1. 18, un le pour la qui défigure une citation
de SuUy-Prudhomme.
VARIÉTÉS.
Société des anciens textes français.
On nous communique le programme de la Société qui vient de se constituer sous les
auspices des savants les plus autorisés en vue de la publication des anciens monuments
I08 REVUE CRITIQUE
de notre langue. Nos lecteurs nous sauront gré, pensons-nous , de placer sous leurs yeux
ce document in-extenso.
« La Société que nous fondons se propose de publier des monuments de notre
ancienne langue et de notre ancienne littérature. Ces monuments, pour la plu-
part, gisent encore inédits, souvent inconnus, dans nos archives et dans nos
bibliothèques, exposés à toutes les chances de destruction. Il est vrai que depuis
le siècle dernier on a commencé à mettre au jour quelques-uns de nos vieux
textes, et qu'il se passe peu d'années sans qu'il en paraisse encore ; mais ces
publications sont peu de chose si on les compare à l'immensité du fonds qui reste
à exploiter. D'ailleurs beaucoup d'entre-elles, exécutées par des amateurs mal
préparés, ne répondent en aucune façon aux exigences de la science. Enfin,
surtout depuis quelques années, la plupart se font hors de chez nous, en Alle-
magne, en Belgique, en Angleterre. Cet état de choses est regrettable : nous
convions tous ceux qui le pensent comme nous à nous aider dans l'œuvre que
nous allons entreprendre.
Les anciens textes français et provençaux ont une triple importance, suivant
qu'on les considère comme servant à l'histoire de la langue, de la littérature, ou
de la nation elle-même. Ce dernier point de vue est peut-être celui qui a le
moins attiré l'attention : on s'est enquis des faits de notre histoire, et c'est ce
qui a fait mettre au jour un nombre considérable de nos anciennes chroniques ;
mais Phistoire des idées, des sentiments, des mœurs de nos ancêtres a été bien
plus négligée. Elle est tout entière dans ces innombrables ouvrages qui, du
xii^ siècle au xvF, ont charmé toutes les classes de la société française, soit qu'ils
en exprimassent l'idéal, soit qu'ils en reflétassent la vie. La religion, les institu-
tions, le droit, la famille, l'éducation, la société, la guerre, le commerce, Pin-
dustrie, l'art du moyen-âge ne redeviendront compréhensibles et vivants pour
nous que quand les documents de tout genre, mis en grand nombre à la portée
• des travailleurs, auront été rapprochés, analysés et interprétés.
Quant à l'histoire de notre langue, cette expression essentielle de notre
nationalité, elle est, faute de textes, à peine ébauchée. Faire revivre les anciens
dialectes et les rattacher aux patois modernes, suivre dans son élaboration et
dans son développement la langue littéraire, telle est la tâche immense qui s'im-
pose au philologue. Il ose à peine aujourd'hui en aborder quelque partie, sûr
que même en se restreignant il n'atteindra que des résultats provisoires. Et
cependant les moyens d'information abondent. A partir du xiii^ siècle, déjà plus
anciennement sur quelques points isolés, les dialectes vulgaires ont été employés
à la rédaction des actes privés et publics ; les œuvres littéraires, qui apparaissent
dès le ixe siècle, pullulent à partir du xll^ Un glossaire de la langue d'oïl et de
la langue d'oc, une grammaire comparée des dialectes français et provençaux,
enfin, cette œuvre magnifique, une histoire de la langue française, ne pourront
être exécutés d'une manière satisfaisante que quand des éditions faites avec soin
et critique auront mis le savant en mesure de connaître et de classer toutes ces
richesses dont l'existence ne fait aujourd'hui que le décourager.
Mais l'intérêt littéraire domine peut-être les deux autres. Sans parler du
d'histoire et de littérature. top
mérite et du charme si divers des productions du vieux génie français, elles ont
une importance capitale pour l'histoire des littératures modernes. Ces littératures,
on le sait maintenant à n'en pas douter, ont la nôtre pour mère. Au Nord, la
grande poésie épique, la plus vraiment nationale que nous ayons jamais possédée,
puis les compositions romanesques nées dans une société déjà raffinée et brillante,
plus tard les contes, les oeuvres didactiques, enfin le drame religieux et popu-
laire, ont suscité tout autour de nous des imitations d'abord serviles, puis de
plus en plus libres, grâce auxquelles les peuples voisins sont arrivés à leur tour
à produire des œuvres originales. Au Midi, c'est la poésie lyrique, qui, éveillée
la première après un silence de six siècles, a passé de bouche en bouche d'abord
à nos trouvères, puis aux poètes de l'Espagne et du Portugal, aux Minnesinger
allemands, aux chantres italiens, précurseurs de Dante et de Pétrarque. Aussi
la littérature française du moyen-âge est-elle en quelque sorte le patrimoine
commun de l'Europe, car toutes les nations de l'Europe la retrouvent à la base
de la leur. Partout on publie les traductions, les imitations de nos poèmes, de
nos romans, de nos chansons, de nos mystères ; et combien de fois n'avons-nous
pas à rougir en lisant dans la préface de l'éditeur anglais, italien, allemand,
hollandais, suédois ou norvégien, qu'il n'a pu comparer l'œuvre qu'il imprime à
l'original français, parce que celui-ci est inédit! Aussi se décident-ils à venir aux
frais de leurs gouvernements copier sous nos yeux, dans nos bibliothèques, pour
les imprimer dans leurs pays, ces manuscrits que nous gardons, mais que nous
semblons mépriser. A tous ces ouvriers du dehors qui travaillent dans notre
vigne, nous ne devons que des remerciements ; mais il est grandement temps,
croyons-nous, de les dispenser de leur obligeant concours et de faire la vendange
nous-mêmes.
Il est un dernier point de vue sur lequel nous appellerons l'attention, c'est la
valeur de notre ancienne littérature pour l'éducation nationale. Nous ne parlons
pas seulement de l'instruction qui se donne dans nos collèges : les Allemands
associent dans leurs gymnases l'étude de leur poésie du moyen-âge à celle des
œuvres antiques; chez nous aussi, croyons-nous, il y aurait tout avantage à faire
lire à la jeunesse Joinville et la Chanson de Roland à côté d'Hérodote et de l'Iliade.
Mais pour tout le monde il y a un grand intérêt à connaître ce qu'a été pendant
six siècles la vie intellectuelle et morale de la France : aussi ne craindrons-nous
pas, à côté de simples reproductions, de joindre à nos volumes des introductions,
des commentaires, des glossaires, des traductions même, qui mettront à la portée
de tous le plaisir et le profit que contiennent ces vieux livres.
Ce sont ces considérations et ces sentiments qui nous ont décidés à fonder la
Société des anciens textes. Nous pensons qu'il n'est pas d'œuvre plus vraiment
nationale que celle à laquelle nous voulons nous consacrer. Nous faisons appel
pour nous aider non-seulement à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des
langues et des littératures romanes, mais encore à tous ceux qui aiment la France
de tous les temps, à tous ceux qui croient qu'un peuple qui répudie son passé
prépare mal son avenir, à tous ceux qui savent que la conscience nationale n'est
pleine et vivante que si elle relie dans un sentiment profond, de solidarité les
I 10 REVUE CRITIQUE
générations présentes à celles qui se sont éteintes. Pour réussir, notre œuvre a
besoin de puissants encouragements : nous avons la confiance qu'ils ne nous
manqueront pas. Nous avons fixé à une somme peu élevée le chiffre de la coti-
sation ; nous avons abaissé encore celui de la cotisation perpétuelle, parce que
nous ne nous adressons pas seulement aux érudits ou aux riches, parce que nous
voudrions que tous pussent participer à notre entreprise. Mais les cotisations, si
nombreuses qu'elles soient, nous permettront difficilement d'atteindre le but que
nous visons, c'est-à-dire de publier beaucoup, bien et à bon marché. Nous espé-
rons que des donations plus importantes nous aideront à réaliser une pensée qui,
surtout au moment présent, doit rencontrer de nombreuses sympathies.
Les publications de la Société seront in-octavo; chaque volume sera revêtu
d'un élégant cartonnage. Le nombre des volumes publiés annuellement sera
déterminé par les ressources de la Société. Les ouvrages dont nous pouvons dès
à présent promettre la publication prochaine sont, entre autres :
Aiol, chanson de geste; — la Bataille de Roncevaux (texte rajeuni de la Chanson de
Roland); — Tristan; — Œuvres de Crestien de Troies; — Le roman de fîm«u5 ; — Le
roman des Sept Sages; — Girart de Roussillon; — Chansons du roi de Navarre; — Chro-
nique de Jehan le Bel; — Recueil de mystères ou miracles de la Vierge; — Recueil
général des farces; — Le mystère de la Passion en provençal; — Chansons populaires
du XV' siècle; — Contes de Philippe de Vigneulles, etc., etc.
La cotisation est fixée à 25 francs par an. On peut racheter sa cotisation
annuelle pour la durée de sa vie en payant une somme de 250 francs. — On
pourra souscrire aux publications sur grand papier moyennant 50 francs par an
ou 500 francs une fois payés. — Les membres qui verseront une somme de
5 00 francs au moins recevront le titre de membres fondateurs et figureront en tête
de la liste des membres. — Les membres qui verseront une somme de 250 francs
auront le titre de membres perpétuels et figureront sur la liste après les membres
fondateurs.
Indépendamment de la cotisation, chaque membre nouveau admis dans la
Société aura à acquitter un droit d'entrée de 10 francs. Les trois cents premiers
souscripteurs seront exemptés de ce droit. Ce droit est personnel et ne varie pas
quand un même membre souscrit à plusieurs exemplaires.
Le bureau provisoire de la Société est composé de :
MM. Paulin Paris, membre de l'Institut, président;
Natalis De Wailly, membre de l'Institut, vice-président;
Marquis De Queux de Saint-Hilaire, administrateur;
Paul Meyer, chargé du cours de langues romanes à l'Êcoles des chartes,
secrétaire;
Baron James E. De Rothschild, trésorier;
L'éditeur de la Société est M. Ambroise Firmin-Didot.
Les adhérents sont priés d'écrire à M. Paul Meyer, 99, rue de la Tour, Passy-
Paris. Dès que la Société aura recueilli un nombre suffisant d'adhésions, le bureau
provoquera une réunion générale, à laquelle on soumettra les statuts de la
Société. »
d'histoire et de littérature. III
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du $ février 1 87 5 .
Le ministre de l'instruction publique transmet à l'académie une lettre de
M. Ém. Burnouf, directeur de l'école d'Athènes, qui contient une note de
M. Lyghounès sur deux statues de marbre trouvées en décembre 1874 dans les
ruines d'Aptéra en Crète. Cette lettre annonce que des photographies de ces
statues seront envoyées à l'académie. — M. Leblanc, conservateur de la biblio-
thèque et du musée de Vienne (Isère), envoie des copies des deux inscriptions
dont il a annoncé la découverte (séance du 30 décembre 1874). — Le ministre
transmet des estampages d'inscriptions provenant de Rome, et des estampages
d'inscriptions sémitiques envoyés par M. de S*e-Marie.
Ouvrages déposés :
Felice Walmass, Paleologia coptica ;
Robiou, les classes populaires en France au moyen-âge, etc.
M. Jourdain présente de la part des auteurs une Histoire de la littérature fran-
çaise au moyen-âge, par M. Gidel, et le premier livre des fables de La Fontaine
accompagné d'une traduction latine interlinéaire, etc., par M. Hipp. Cocheris. Ce
dernier ouvrage a pour but de montrer comment les mots latins ont passé à la
forme qu'ils ont aujourd'hui en français.
M. de Longpérier présente de la part de M. Lenormant le 3* fascicule de son
Choix de textes cunéiformes inédits ou incomplètement publiés.
M. Defrémery présente de la part de M. G. Paris Le petit Poucet et la Grande-
Ourse, nouveWe édition, augmentée, d'un travail qui a paru pour la première fois
dans les mémoires de la Société de linguistique de Paris (« offert à l'université
de Leyden, le 8 février 1875 »).
M. de Vogué présente la fin du i" vol., le 2"^ vol., et la fm de l'atlas, du
compte-rendu de l'exploration de la mer Morte organisée par le duc de
Luynes.
M. de Witte présente les tomes 11 et 12 de la Revue bibliographique univer-
selle.
M. Derenbourg présente La femme juive, sa condition légale d'après la Bible et
le Talmud, par M. Emm. Weill, rabbin à Versailles.
M. Jourdain termine la seconde lecture de son mémoire sur Nicolas Oresme
et les astrologues à la cour de Charles V.
M. Naudet lit un mémoire sur la caserne des pérégrins, castra peregrinorum,
à Rome. Cette caserne est indiquée par d'anciens plans de Rome comme située
dans la 2*^ région, sur le mont Coelius. Elle servait de demeure aux soldats que
plusieurs inscriptions mentionnent sous le nom de milites peregrini. M. Naudet
recherche ce qu'étaient ces soldats. M. Henzen, qui a déjà étudié cette question,
a fait remarquer qu'il y avait une grande connexité entre ces pérégrins et les
centurions ou soldats désignés sous le nom de frumentaires. Il a supposé que
112 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
les frumentaires et les pérégrins étaient deux classes de militaires qui compo-
saient ensemble un corps de milice politique. M. Henzen admet d'ailleurs que
les milites peregrini n'étaient pas des citoyens romains. M. Naudet repousse cette
théorie. Il lui paraît bizarre que des citoyens et des étrangers (les frumentaires
étaient des légionnaires et par conséquent des citoyens romains) fussent réunis
dans un même corps. D'ailleurs les personnages qualifiés de peregrini sont dési-
gnés, comme des romains, par leur nom et leur prénom, le nom de leur père,
celui de leur tribu, et leur surnom. Selon lui ce sont des Romains et ils ne font
qu'un avec les frumentaires. Ceux-ci étaient des soldats ou des centurions déta-
chés des légions campées dans les provinces et préposés au commissariat des
vivres. Le nom de peregrinus, désignant d'abord les sujets de Rome non citoyens
romains qui habitaient les provinces, avait fmi par devenir synonyme de pro-
vincial ; c'est ainsi que Faustine, dans une lettre à Marc-Aurèle, rapportée par
Vulcatius Gallicanus, applique ce mot à Pompeianus, gendre de l'empereur,
alors absent de Rome : or tous les légionnaires, ayant leur domicile au campe-
ment de leur légion, étaient des provinciaux; quand ils étaient appelés à Rome
pour y faire le service de frumentaires, il était donc naturel que les habitants de
Rome donnassent à ces soldats venus des provinces le nom de peregrini, à leur
demeure celui de castra peregrinorum. Les frumentaires n'étaient pas organisés
en centuries ou en cohortes, ils formaient un bureau régi par un chef et un sous-
chef {princeps, subpr inceps). Sous Dioclétien ils disparurent et furent remplacés
par une administration civile. Leur demeure, castra peregrinorum, subsista :
peut-être servit-elle de prison.
M. Th. Henri Martin commence la lecture d'un mémoire sur les hypothèses
astronomiques des philosophes grecs qui n'admettaient pas la sphéricité de la
terre. Il commence par dire qu'on a beaucoup exagéré les emprunts que les
Grecs auraient faits à la science des Orientaux, Chaldéens, Egyptiens, etc. Leurs
connaissances scientifiques ont été restreintes, et elles ont eu pour point de
départ leur cosmographie poétique. M. H. Martin commence ensuite l'exposition
des idées cosmogoniques et cosmographiques des philosophes de l'école ionienne :
Phérécyde, Epiménide, Thaïes de Milet. Il discute les témoignages qui attri-
buent à Thaïes l'opinion de la sphéricité de la terre : il croit plus dignes de foi
d'autres témoignages qui disent qu'il donnait à la terre une surface plane.
Julien Havet.
ERRATUM.
N" 6, p. 95, infràj lisez : Comme il n'y avait dans les cités ni consul ni em-
pereur pour nommer ces tribuns ainsi que cela se faisait à Rome, c'était le peuple
même qui les élisait.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
iA
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
1625 ausgestellten Déposition, etc. Der durchl. vndt Hochgeborenen jungen
Fûrsten vndt Herrn, Herrn Heinrich vndt Herrn PYiedrich Landgrafen zu Hessen,
etc. (Schluss : D' Baur). — Sphragistische Aphorismen (F.-K.). — 7.we\
gereimte Grabschriften des 16. Jahrhunderts (J. Friedl/Ender). — Kampfbrief
vom Jahre 1488 (Baader). — Vaticinium auf Karl den Kùhnen (Winkelmann).
— De ebriosis (Fr. Schirrmacher). — Fine Handschrift der Stadtbibliothek zu
Verdun (D' Nolte). — Grabschrift auf den Erzbischof Reinald von Dassel
(D"" Nolte). — Nicolaus, Abt des Klosters Sigeberg (D"" Nolte). — Findling
(D"" Frommann). — Beilage zum N° 12. Chronik des germ. Muséums. — Chro-
nik d. hist. Vereine. — Nachrichten.
The Indian Antiquary, éd. by Jas. Burgess. Part XXXVIl (vol. III),
décembre 1874. The Original Settlement-Deed of the Jewish Colony at Cochin
(Jacsimile to face p. 3 34 in Pt. XXXVI, for Nov., by A. G. Burnell). — Religious
and Moral sentiments freely transi, from Indian Writers (J. Muir). — Notes on
Castes in the Punk and Solâpur Zillas (W. F. Sinclair). — Notes on Prof,
Hœrnle's Translation of the ijlh Canto of Chand (F. S. Growse). — Anecdote
of Nadir Shah (H. Blochmann). — Legends from Dinajpur {suite ; G. H. Da-
mant). — A Strauge Mode of Fortune Telling (V. N. Tirumalacharyar). —
Correspondence and Miscellanea. Letter on Indian Chronology (J. Fergusson).
— The Vishâlgad Inscriptions (H. Blochmann), — Index,
La Rivista Europea, G. Pierfranceschi, Délia letteratura in relazione colla
scienza. — G, Sangiorgio, Pietro Custodi (curieuse biographie de cet écono-
miste milanais 1 771-1842). — A. Hortis, Dante e il Petrarca. (M, H, corrige
un passage des œuvres de Pétrarque, rerum Memorandarum lib. II, c. 4, où l'on
avait cru voir une attaque contre Dante et publie un éloge de Dante en vers
latins attribué à Pétrarque). — L. Léger, La langue russe (leçon d'ouverture à
l'École des langues orientales). — A. De Gubernatis, A. Gemciusnicofî (poète
russe contemporain), — Lettres inédites de Volta, Cesarotti et Carmignani. —
G. Ferraro, Nuova raccolta di canti popolari Monferrini (fin). — P. Tedeschi,
Machiavelli e la critica moderna (fin). — Revue littéraire et bibliographique de
France, d'Italie, d'Allemagne, de Roumanie, de Hollande, de Danemark, du
pays Slave, de Grèce et de l'Inde,
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A, Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Acta SS. martyrum Edessenorum Sarbelli,
Barsimasi, Gurias, Samons et Abibi.
Fasc. I. Acta SS. martyrum Sarbelli et
Barsimaei, saeculo secundo p. Christum
scripta, ex fontibus syriacis , armeniacis,
graecis et latinis collecta explanata de-
lensa a prof. G. Mœsinger. In-S", vij-
136 S, Innsbruck (Wagner). 3 ir. 25
Appel (M.). Quasstiones de rébus Samari-
tanorum sub imperio romanorumperactis.
In-8°, 97 S. Gœttingen (Dieterich).
2 fr. 75
'Apt!7TOTE),o'j; irepl Troiyîxtxîiç, Aristotelis de
arte poetica' liber. Iterum recens, et ad-
notatione critica auxit J. Vahlen. In-S»,
xv-246 S. Berlin (Vahlen). 6 fr. 75
Benecke (G. F.). Wcerterbuch zur Hart-
mann's Iwein. 2. Ausg. besorgt v. E.
Wilken. i. Lief. In-8°, 128 S. Gœttin-
gen (Dieterich).
fr.
2S
Bœhm (C. E. v.). Die Handschriften d.
kaiserl. u. kœnigl. Haus-, Hof-u. Staats-
Archivs. Supplément. Gr. in-8°, iv-ijéS.
Wien (Braumùller). 4fr. 8$
L'ouvrage complet avec le supplément,
18 fr. 25
Brandes (H.). Abhandlungen zur Ge-
schichte d. Orients im Alterthum. In-8",
v)-i5o S. Halle (Lippert). 5 i^r. 35
Gaspari. A Grammar of the Arabie lan-
guage. Translated from the German, and
edited with numerous Additions and
Corrections, by W. Wright. Vol. i.
In-8*, J58 p. cart. London (Norgate).
1 3 fr. 15
Curtius (G.). Studien zur griechischen u.
lateinischen Grammatik. 7. Bd. i. Hft.
In-8°, S. 1-272. Leipzig (Hirzel). 8 fr.
Les vols I-VII 1 . 69 fr. 3 5
Donaldson (J.). Lectures on the History
of Education in Prussia and England,
and on Kindred Topics. In-8', 186 p.
cart. London (Longmans). 4 fr. 40
Dûnner (J. H.). Die Theorien ùb. Wesen
u. Ursprung der Tosephtha, kritisch
dargestellt; zur Geschichte d. Halachah-
literatur waehrend der ersten $ Jahrhun-
dertederûbl. Zeitrechng. In-8°, iv-95 S.
Amsterdam (Seyffardt). 2 fr. 75
Haug (M.). Ueber das Wesen und den
Werth d. wedischen Accents. In-4*,
107 S. Mùnchen (Franz). 6 fr.
Herder (J.-G.). Philosophie de l'histoire
de l'humanité. Traduction de l'allemand
par E. Tandel. Nouv. édit. T. 3. In-8*,
399 p. Paris (Lib. internat.). 6 fr.
Houssaye (A.). Van Ostade, sa vie et
son œuvre. 20 eaux-fortes par Van
Ostade, Ch. Jacques et Subercase. In-4*,
1 5 p. Paris (Maury et C^).
Jacopo daVaragine. Leggenda di San
Luca evangelista scritta in latino, Volga-
rizzata nel buon secolo, ora per la prima
Volta messa in pubblico secondo un co-
dice proprio dall' ab. L. Razzolini. In-8*,
28 p. Firenze (tip. G. B. Campolmi).
Klussmann (R.). Emendationes Fron-
tinianae. Inest epistula critica G. Stude-
mund ad R. Klussmann. In-8°, xIij-78 S.
Berlin (Calvary et G*). 3 fr. 25
Koser (R.). Der Kanzleienstreit. Ein Bei-
trag zur Quellenkunde der Geschichte d.
3ojaehr. Krieges. In-8', 88 S. Halle
(Gesenius), 2 fr. 50
Lincke (G.). De Xenophontis cyropediaî
interpolationibus. In-S", 3 5 S. lena (From-
mann). ' fr. 3 5
Luber (A.). TpayoûSta 'Pwixaïocà. Neu-
griechische Volkslieder m. einleitg. Corn-
mentar u. Glossar. In-8°, 61 S. Salzburg
(Mayri). ' fr. 75
Mac Laughlin (H.). Biographical Sket-
ches of Ancient Irish Saints, etc. In-8*,
240 p. cart. London (Hunt). 6 fr. 25
Masson (D.). Wordsworth, Shelley,
Keats and other Essays. In-8*, 306 p.
cart. London (Macmillan). 6 fr. 25
Mignard. Archéologie bourguignonne.
Alise, Vercingétorix et César. In-8', 62 p.
Paris (Aubry).
Molinier (A.). Catalogue des actes de
Simon et d'Amauri de Montfort. In-8°,
119 p. Nogent-le-Rotrou (imp. Gouver-
neur).
Monumenta Hungariae historica. 3 . Série.
Monumenta comitialia regni Hungariae v.
D' Vilmos Fraknoi. i.Bd. (1526-1536).
In-8', xxxij-650 S. Pesth (Rath). 1 3 f. 3 5
Mûller (W.). Politische Geschichte der
Gegenwart. VII. Das Jahr 1873. Nebst
e. Chronik d. Ereignisse d. J. 1873 u.
e. alphab. Verzeichnisse der hervorrag.
Personen. ^-8°, xx-402 S. Berlin (Sprin-
ger). 6 fr.
Reuss (E.). Die Geschichte der heiligen
Schriften neuen Testaments. 5. verm. u.
verb. Ausg. In-8°,x-64oS. Braunschweig
(Schwetschke u. Sohn). 13 fr, 3J
Robertson (J. C). History of the Chris-
tian Church, from the Apostolic Age to
the Reformation A. D. 64-1517. New
and revised (8 vols.). Vol. 4. In-8',
478 p. London (Murray). 7 fr. 50
Rogers (H.). The Superhuman Origin of
the Bible inferred from Itself, 2nd edit.
In-8*, 478 p. cart. London (Hodder et
S.). 1 5 fr.
Smend (R.), De Dsv r' Rvmna poeta
arabico et carminé ejus commentatio.
^-8°, 38 S. Bonn (Weber). 2 fr.
■Westermayer (A.). Der Lysis d. Plato
zur Einfuhrg. in das Verstasndniss der
Sokratischen Dialoge. In-S", 132 S. Er-
langen (Deichert). 2 fr. 25
Zurborg (A.). De Xenophontes libello qui
TOpoi inscribitur. In-S", 46 S. Berlin
(Weber). i fr. 75
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N» 8 Neuvième année. 20 Février 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE F'UBLIÊ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas G u yard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, propriétaire
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
Monuments divers re-
rV • iVl rViVlILl i LL» DLLI cueillis en Egypte et en
Nubie. i2Mivraison. In-fol. 6 fr.
BIBLIOTHEQUE DE L ECOLE DES HAUTES ETUDES
18" et 19e fascicules.
Rn FT ï A QT" R V R ï pr ^^^^^ ^"^ ^^^ ^°^^^^ ^^
• L/ IL l_i/\0 1 IL I Iv 1 IL vicomtes de Limoges
antérieurs à l'an 1000. 5 fr.
AT-\ A tH W/I^'t^^i^^ t? HP r? "p Traité de la formation des
• LJ/\ iviVl ÎLO 1 lL 1 JlL Jl\ mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr.
Cr^ fj A O A TV T r? A T T f>'3g"^6nts d'un mystère proven-
• V-^ 11 A JLjPi. IN lL A U, rai découverts à Périgueux ,
publiés, traduits et annotés. Gr. in-S». . /i^iJ.,»?!- i fr. 50
PÉRIODIQUES.
The Academy, N° 14^, new séries, 30 janvier. John Earl Russel, Recollec-
tions and Suggestions, 181 3-1873. London, Longmans and Co. (Houghton,
i^^ art.). — Bancroft, History of the United States, from the Discovery of the
American Continent. Vol. X, London, Sampson Low and Co. (J. M. Ludlow:
ce volume embrasse les années 1778-1782; art. généralement favorable : l'ou-
vrage de M. B. aura une valeur durable). — Contes populaires recueillis en
Agenais par M. Bladé, avec notes deKŒHLER. Paris, Baer(W. R. S. Ralston :
art. analytique). — Notes and News. — Notes of Travel. — The late Canon
Kingsley (G. A. Simcox). — Extracts frora a Journal Kept at Bath (1809-1818,
J. J. Cartwright). — Correspondence. Our Oldest Manuscript, and who muti-
lated it (qq. observations sur la lettre de M. Le Page Renouf par Edmund S.
Ffoulkes). — Meetings of Societies (Soc. asiatique, de numismatique, royale).
The AthensBum, N° 2466, 30 janvier. Kinglake, The Invasion of the
Crimea : its Origin, and an Account of its Progress down to the Death of Lord
Raglan. Vol. V. Blackwood and Sons (volume du plus haut intérêt). — The
Poetical Works of J. Milton. Ed. by David Masson. Macmillan and Co. (deux
excellentes éditions Tune en 3, l'autre en 2 volumes). — The Jewish Coinage
(T. Lewin : réponse à M. Madden). — Our Oxford Letter (T.). — Nashe's
Death-Date (Brinsley Nicholson). — Canon Kingsley (not. nécrol.). —
Literary Gossip. — Societies (Soc. royale, de géographie, de numismatique, de
l'institut anthropologique).
Literarisches Centralblatt, N° 6, 6 février. Heyden, Beitrsege zur
Geschichte Antiochus des Grossen. Emmerich, Romen. In-8", 64 p. (cette bro-
chure contient de bonnes choses). — Kleine Toggenburger Chroniken. Von
Scherrer. St. Gallen, Huber, In-8'', 152 p. — Petrick, Zur Geschichte des
Grafen Bothwell. St. Petersburg, Buchdr. v. Pratz. In-S", 52 p. (apologie du
troisième époux de Marie Stuart; travail qu'il faut consulter). — Strelitz, De
antiquo Ciceronis de republica librorum emendatore. Breslau, Leuckart. In-8",
95 p. (l'auteur admet que les corrections de deuxième main du palimpseste qui
contient le de re publica sont faites d'après l'original sur lequel a été copié le
palimpseste, et par conséquent il donne aux corrections de deuxième main la
préférence sur les leçons de première main). — Romanische Studien herausg.
V. Bœhmer. IV. Heft. Strassburg, Trùbner. In-8'', p. 441-552 (contient le
commencement du Girbers de Metz de J. de Flagy, publié par M. Stengel).
— Fœrster, Der Raub und die Rûckkehr der Persephone (cf. Revue crit., 1874,
I, p. 390). — MÛLLER, Numismatique de l'ancienne Afrique. Supplément. Avec
3 pi. et une table alphabétique de tout l'ouvrage. Leipzig, Brockhaus. In-4", vj-
96 p. (contient des additions et rectifications nouvelles aux 3 premiers volumes).
Germania, herausg. v. K. Bartsch. NeueReihe, siebenter Jahrg. IV. Heft.
Zum Rolandsliede (K. Bartsch). — Heinrich von Morungen (Fedor Bech). —
Urkundliche Nachweise ùber das Geschlecht und die Heimat der Dichter Hein-
rich und Johannes von Freiberg (Ders,). — Ulrich von Zatzikhoven (J. B^ch-
told). — Mittelalterliche Ansichten ûber die Trseger des Namens Petrus (R.
Kœhler). — Dienstag-Zinstag (Adelbert Jeitteles). — Sonnenuntergang,
Geilâte, Gustrâte u, a. Gott folgen gehn (Schrôer). — Lûtbrechic (Adalbert
Jeitteles). — Ahd. Glossen aus Scheftlarn und Tegernsee (K, Bartsch). —
Litteratur. 0. Erdmann, Untersuchungen ûber die Syntax der Sprache Otfrids
(P. Piper). — J. Chr. Cederschiôld, Bandamanna Saga (K. Maurer), —
Bibliographie. Bibliographische Uebersicht der Erscheinungen auf dem Gebiete
der germanischen Philologie im Jahre 1873 (K. Bartsch). — Miscellen. Bericht
ùber die Sitzungen der deutsch-romanischen und der Section fur neuere Sprachen
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 8 — 20 Février — 1875
Sommaire: 36. Aristote, Poétique, p. et tr. p. Susemihl, 2' éd.; Baumgart,
Pathos etPathema. — 37. Gantrelle, Grammaire et style de Tacite. — î8. Schœn-
BACH, Sur les lamentations de la Vierge. — 39. Baschet, Histoire du dépôt des Ar-
chives des Affaires étrangères. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
36. — Aristoteles ûber die Dichtkunst. Griechisch und Deutsch und mit sacher-
kiaerenden Anmerkungen, herausgegeben von D' Franz Susemihl, Professer in Greifs-
wald.ZweiteAuflage. Leipzig, Engelmann. 1874. ln-8°, xxxvj-3 1 3 p. — Prix: 5^.35.
Pathos und Pathema im Aristotelischen Sprachgebrauch. Zur Erlaîuterung von
Aristoteles' Définition der Tragœdie dargelegt von Hermann Baumgart , Gymnasial-
lehrer am kœnigl. Friedrichs-Collegium zu Kœnigsberg in Pr. Kcenigsberg, Koch.
1873. In-8*, 58 p. — Prix : 2 fr.
M. Susemihl vient de publier une nouvelle édition (la première avait paru en
1865) ^" ^^^^^ ^^ '^ Poétique d'Aristote avec traduction allemande en regard,
précédé d'une introduction très-développée, accompagné de notes critiques où
les conjectures les plus importantes ont été rassemblées, enfin suivi de nombreuses
remarques, où comme dans l'introduction, tous les travaux dont la Poétique a
été l'objet ont été utilisés. M. S. connaît complètement et à fond la littérature
de son sujet ; et son édition est nécessaire pour celui qui veut s'y orienter. Elle
rendra les plus grands services à ceux qui voudront pénétrer un peu avant dans
l'intelligence de cet ouvrage, l'un des plus célèbres et des plus intéressants
d'Aristote, et sans contredit le plus maltraité de tous par le temps. Le texte
repose sur un seul manuscrit représenté par le manuscrit de la Bibliothèque
nationale de Paris 1741 (^xi® siècle). Il est défiguré par des altérations innom-
brables et pour la plupart irrémédiables; les critiques qui s'en occupent n'ont
pas trouvé et ne trouveront pas beaucoup de corrections qui paraissent aussi
évidentes aux autres qu'elles le paraissent à eux-mêmes.
M. S. ne se fait pas, en général, illusion sur l'intégrité du texte. Il a eu le
sentiment net et exact des difficultés ; et il les a examinées très-attentivement.
Peut-être a-t-il eu trop de confiance dans la possibilité de les résoudre. Quand
on est obligé de trop multiplier les corrections et les conjectures à un court in-
tervalle , c'est un signe qu'il faut y renoncer. On est souvent réduit , quand on
traite de ce texte, à expliquer pourquoi on ne peut pas le comprendre. Il est vrai
que M. S. donne une traduction et qu'on ne peut traduire ce qu'on ne comprend
pas ; et comme d'ailleurs il a mis les lecteurs en état de se faire une opinion par
eux-mêmes, il y a peut-être moins d'inconvénient à admettre trop de-conjectures,
qu'à extorquer par des interprétations forcées un sens peu satisfaisant de fautes
de copiste ' .
I. M. S. admet, non sans raison, beaucoup de transpositions, mais il aurait mieux valu
XV 8
I 14 REVUE CRITIQUE
Si la multitude des conjectures diverses qui ont été proposées sur le texte de
la Poétique montre qu'il n'est pas facile de s'entendre sur sa restauration, la
diversité des vues qui ont été émises sur les théories indiquées dans la Poétique
montre qu'il n'est pas plus facile de tomber d'accord sur le fond des choses.
Ainsi chacun a pour ainsi dire son avis sur la manière d'interpréter le passage
célèbre où Aristote dit (VI, 1449 b 28) que la tragédie eaTtv {;/'[jly](7iç
Tcpoc^cwç aTuouBataç xal TeXet'aç St' èXéou y,at çoêou xepaivouaa tyjv tô)v
Toio'jTwv xa6ir){ji.aTtj)v ^âôapaiv. En 1847, M. H. Weil, aujourd'hui doyen de la
Faculté des lettres de Besançon, eut' le premier l'idée de se servir d'un texte
important de la Politique d'Aristote (VIII, 7. 1 341 b 32) pour serrer la pensée
d'Aristote de plus près qu'on ne l'avait fait jusque-là. Dans ce passage, qui avait
bien été cité mais non examiné attentivement par les commentateurs de la
Poétique, Aristote dit que certaines musiques servent à la y.aôapatç, que par
exemple les gens sujets à ce délire extatique que les Grecs appelaient IvOcucta-
(jlJ.6ç, quand ils ont entendu la musique sacrée qui produit ce délire, deviennent
tranquilles wczep îaTpeîaç Tuyçvxaç xal xaOapaswç ; que, de même, pour ceux
qui sont sujets à la pitié, à la crainte, en général à quelque passion, Tuàci 'c{-|^cCf-
6at Tiva y.âôapctv v.oà y.ou^tî^eaôai p-eO' y;§ovyîç. M. Weil a conclu ^ de ce passage
que le mot xa6apaiç devait être entendu d'une sorte de purgation au sens médi-
cinal; que, suivant Aristote, la terreur et la pitié sont des émotions dont l'homme
éprouve le besoin; que tant que ce besoin d'émotions n'est pas satisfait, l'homme
éprouve une sorte de malaise ; que la tragédie en satisfaisant ce besoin et en
nous soulageant de ce malaise exerce sur le moral une action qu'Aristote com-
pare à celle d'un purgatif sur le corps. Mais d'après le texte de la Politique, ce
ne sont pas les passions qui sont purgées, c'est celui qui les éprouve. Donc il
faut entendre le génitif tcov xaô'^[j.aTa)v du sujet qui produit la purgation,
et TotouTwv se rapporte aux passions autres que la pitié et la terreur, comme
l'èvôouatacixôç : « La tragédie produit par la terreur et la pitié la purgation que
» produisent les passions de cette espèce, qui est propre aux passions de cette
» espèce '. »
Plus tard, en 1857, M. J. Bernays, sans avoir connu le travail de son devan-
cier, qui avait paru à Bâle au milieu des bouleversements de l'année 1848, fut
conduit par l'examen attentif de ce même texte de la Politique à prendre aussi
ne pas les introduire dans le texte : ce qui rend très-difficile de retrouver une citation.
1 . Ueber die Wirkung der Tragœdie nack Aristoteks dans le recueil des Verhandlungen
der 10. Philologenversammlung. Bâle. 1848. 131 p. et suiv.
2. P. 139 : « Mitleid und Furcht, fur manche Gemùther auch Enthusiasmus und Ex-
» tase, sind Bedurfnisse des Menschen wir empfinden ein Missbehagen, ein schmerz-
» liches Gefùhl, wenn wir laengere Zeit dieser Erschùtterungen entbehren mussten Je
» mehr unsere Natur fur dièse affecte empfaenglich ist, desto schmerzlicher quaelt uns das
» Bediirfniss nach denselben, desto heftiger verlangen wir nach Arznei, nach Erleichte-
» rung, desto lebhafter ist unser Vergnùgen an der Tragœdie. Die Erschùtterung erleich-
» tert und reinigt uns wie der Kœrper durch ein Purgativ gereinigt wird, das ihn
B gewaltsam durchwuhlt. »
3. P. 140 : « Die Reinigung asolcher Affecte » ist die Reinigung welche durch seiche
» Affecte bewirkt wird. »
d'histoire et de littérature. I 1 5
le mot y.atôapatç dans le sens de purgation médicinale ' . En outre il découvrit
dans Jamblique (De mysîeriis I, 1 1) et dans le commentaire de Proclus sur la
République de Platon (p. 362) des textes qui contenaient des allusions évidentes
à la théorie de la xaOapaiç développée par Aristote dans une partie de la Poétique
que nous n'avons plus. Il a même établi d'après un passage de ce commentaire
de Proclus (p. 360) qu'Aristote avait probablement eu en vue, dans cette
théorie, de contredire Platon, qui bannit de sa république la poésie dramatique.
Dans l'interprétation du texte de la Poétique il a entendu xaGYjixa d'un état per-
manent {affection), d'une disposition à éprouver l'émotion par opposition à un
état transitoire qui serait désigné par xaOoç (affect, émotion), ici par eXsoç et
féSoç; il pense que toioutwv est l'équivalent de éXeYjTixwv xal çoêrjxixwv ; enfin,
suivant lui, Aristote dit que la tragédie, en excitant la pitié et la terreur, débar-
rasse avec soulagement de la disposition à ces émotions 2, Il convient d'ailleurs
que xaÔYjiJLdxwv n'est que grammaticalement l'objet sur lequel s'exerce l'action
de la xaôapciç; que logiquement c'est le xaôr^xtxcç (p. 149).
M. Bernays avait resserré à l'excès les liens qui unissent le texte de la Poli-
tique à celui de la Poétique. M. Bonitz a établi ? que la distinction que M. Ber-
nays avait cru voir entre xâôoç et xaGY][;.a n'était pas fondée, et que ces deux
mots sont employés sans différence de sens appréciable. M. Baumgart, dans la
dissertation indiquée en tête de cet article, s'est efforcé de démontrer contre
M. Bonitz, que les deux mots ne sont pas absolument équivalents, que xàôoç
signifie un certain changement en général (allgemeine Bezeichnung der hervor-
gebrachten Veraenderung), tandis que xa6Y)ixa désignerait un cas particulier et
concret de ce changement (die besondere Erscheinungsform jener allgemeinen
Veraenderung an diesem Objecte). La démonstration ne me semble nullement
convaincante, et la traduction (p. 5 5) où M. B. applique sa distinction à la défi-
nition de la tragédie aurait bien besoin d'être expliquée. En aucune langue il
n'est possible de distinguer avec une précision rigoureuse les termes synonymes
qui désignent des idées de l'ordre moral ; les synonymistes qui ont voulu distin-
guer en français feux et flamme pris au sens moral ont perdu leur peine.
M. Zeller4 a trouvé que l'interprétation proposée par MM. Weil et Bernays
ne tenait pas assez de compte de la manière dont les émotions devaient être
excitées ; il pense qu'Aristote devait distinguer entre la manière dont elles sont
excitées par l'art et la manière dont elles sont excitées par la réalité. M. Suse-
mihl approuve cette objection (p. 47) ; il croit (si j'ai bien saisi sa pensée, ce
dont je ne suis pas sûr) avec M. Reinkens 5 que la tragédie en excitant artisti-
quement la terreur et la pitié nous débarrasse des passions du même genre qui
1 . Grundzûge der verlorenen Abhandlung des Aristoteles ûber Wirkung der Tragœdie von
J. Bernays. Breslau, 1857. In-8*.
2. P. 148 : « Die Tragœdie bewirkt durch (Erregung von) Mitleid und Furcht die
» erleichternde Entladung solcher (mitleidigen und furchtsamen) Gemùthsaffectionen. »
3. Aristotelische Studien. Wien, 1867. (Dans les comptes-rendus de l'Académie de
Vienne LV, p. 13.) iuL^ii;;..
4. Die Philosophie der Griechen, Ul, 61 ^-61^.
5. Aristoteles ùber Kunst. Wien, 1870, p. 161.
I l6 REVUE CRITIQUE
existent en nous indépendamment de la tragédie (p. 53); ces passions forment
en nous une sorte de matière trouble, qui fermente obscurément au fond de
Pâme et pèse sur elle sans qu'elle en ait conscience (p. 5$); la tragédie donne
à ces passions une occasion innocente de se manifester, occasion qui leur est
refusée par la vie où nous ne pouvons pas leur laisser un libre cours (p. 56).
L'interprétation proposée par MM. Weil et Bernays, surtout dans les termes
où s'est renfermé M. Weil, me paraît garder un avantage incontestable sur
celles qui ont été proposées depuis : elle ne va pas au delà des textes. La théorie
elle-même peut paraître insuffisante, l'analogie bizarre; mais qui nous dit
qu'Aristote ne s'en était pas tenu là ? Il reste une difficulté grammaticale, c'est
le sens de toioùtwv. L'explication de M. Weil exigerait qu'on lût toûtwv xai
Twv ToioÙTwv. Les explications de MM. Bernays, Reinkens, Susemihl donnent
un sens à twv toioùtwv; mais il faut établir entre ekezç y.ai çc6oç et TraO'^jjLa'ca
des distinctions que rien ne confirme ; et cependant si on n'établit pas de distinc-
tion, le sens exigerait qu'on lût touxwv twv zaOYîixaxtov. Je ne vois pas de moyen
de sortir de cette difficulté.
Charles Thurot.
37. — Grammaire et style de Tacite, par J. Gantrelle, docteur ès-lettres,
professeur à l'Université de Gand, ancien inspecteur de l'enseignement moyen. Paris,
Garnier frères. 1874. In-12, xii-54 p.
Le contenu de cet opuscule est suffisamment indiqué par le titre. La préface
mentionne les sources où l'auteur a puisé, Bœtticher, Drseger, Sirker, Wœlfflin,
etc. ; elle nous apprend que l'ouvrage, destiné surtout aux élèves, doit suffire à
l'enseignement dans les classes supérieures. Nous désirons rendre toute justice à
l'excellente intention de M. Gantrelle, qui est évidemment d'offrir à l'étude de
Tacite qui se fait au lycée un bon fondement philologique. Mais il nous semble
qu'il a donné trop ou trop peu. Nous avons peine à croire que les élèves
des lycées fassent jamais grand usage d'un livre de ce genre, et nous ne sommes
pas même bien sûr que nous les y engagerions. Ce qui leur fera le mieux con-
naître le style de Tacite, c'est de lire le plus possible de ses œuvres et d'être
rendus attentifs, pendant la lecture, à ce qui distingue son langage de celui des
autres auteurs classiques. Ceci sera l'affaire d'un bon commentaire, ou, mieux
encore, de l'explication orale du professeur. En revanche, un traité du vocabu-
laire et du style de Tacite serait certainement utile au professeur, pour l'aider à
bien faire cette explication. Mais le livre de M. G. est trop incomplet pour servir
à cet usage. Il faudrait, pour cela, une énumération beaucoup plus développée
des formes, des expressions et des tournures propres à Tacite , et surtout de
nombreux passages de l'auteur cités à l'appui de chaque observation. Il faudrait,
en un mot, quelque chose comme les ouvrages de Bœtticher, de Draeger et de
Sirker renouvelés et fondus en un seul. Peut-être un jour M. G. nous donnera-
t-il un livre de cette nature. Ce n'est pas ce qu'il a voulu faire cette fois. Il
convient d'examiner son ouvrage tel qu'il est.
La division et la distribution de la matière sont celles de la grammaire latine.
d'histoire et de littérature. 117
et plus spécialement de la grammaire latine de M. G. lui-même". C'était tout
indiqué. Aussi est-ce à propos de la grammaire de M. G, que l'on aurait à faire
ses réserves sur ce sujet. Nous laisserons donc les nôtres de côté, excepté en ce
qui concerne la j*' partie, intitulée Du style. Nous ne saurions l'accepter comme
une 5« partie, coordonnée aux autres. Par quoi donc le style d'un auteur se
caractérise-t-il, si ce n'est par l'usage particulier qu'il fait de toutes les ressources
de la langue, c'est-à-dire précisément par ce qui forme l'objet des obser-
vations contenues dans les quatre premières parties? surtout, la quatrième trai-
tant déjà des Figures de syntaxe, qui sont de la rhétorique plutôt que de la gram-
maire. C'est pourquoi nous voudrions que M, Gantrelle eût donné à cette pré-
tendue 5*' partie son titre naturel de Conclusion, mais principalement qu'il en eût
fait une conclusion plus que ce n'est le cas; ou mieux encore, qu'il eût com-
posé son ouvrage tout entier de telle façon que la conclusion en ressortît pour
ainsi dire d'elle-même, et au courant de l'exposition. Nul écrivain plus que
Tacite ne s'est créé un langage à lui, avec intention, on peut même dire avec
calcul. A l'aide des riches matériaux réunis dès aujourd'hui dans les nombreuses
monographies sur le sujet, ou dans les répertoires de Bœtticher, de Draeger et
de Sirker, il n'eût pas été trop difficile, croyons-nous, de montrer jusque dans
les moindres détails quelle a été cette intention de Tacite, quel effet il s'est pro-
posé de produire, quels caractères il a voulu donner à son style, et par quels
moyens il y a réussi.
En recherchant ces caractères dans tous les traits particuliers où ils se mani-
festent, comme il l'a fait en quelques endroits malheureusement trop rares (p. 4,
§ 12; p. ?9, § 1 58), M. G. aurait sans doute aussi trouvé plus que la couleur
oratoire à ajouter aux trois qualités observées par Bœtticher, brièveté, variété
et couleur poétique; avant tout, le caractère dominant, fondamental, et qu'on
s'étonne de voir à peine mentionné par certains des admirateurs modernes de
Tacite, tandis qu'il a été si bien remarqué par son ami contemporain (Plin. Ep.
II, II, 17 et, quod eximium orationi eius inest, aepwç), la gravité, la solen-
nité même quelque peu pompeuse. (Voy. Nipperdey, Introd. aux Annales, 4^ éd.
p. xxxiij. M. G. semble à peine connaître cette excellente peinture du style de
Tacite, bien supérieure pourtant à la sèche analyse de Bœtticher.) Il aurait aussi,
très-probablement, donné un autre nom à la variété. C'est bien plutôt d'asymé-
trie qu'il faudrait parler; les exemples qu'on en donne prouvent que c'est là ce
qu'on entend. (E. Wœlfflin, Philologus XXV, p. 121 suiv. propose uariatio au
lieu de uarietas.) Enfin, cette asymétrie même, et en général la nouveauté, et la
brièveté (ou, pour mieux dire, la concision) et la couleur poétique auraient été
subordonnées plutôt que coordonnées à la couleur oratoire, quand on aurait vu
comment c'est partout et toujours la préoccupation de l'effet qui guide la plume
de Tacite. Car il faut bien le reconnaître, Tacite, en devenant historien, n'a pas
cessé d'être orateur, ou du moins ancien élève de l'École de rhétorique.
I . Si du moins il nous est permis d'en juger par la Grammaire élémentaire publiée
chez E. Belin. Il nous a été impossible de nous procurer la Nouvelle grammaire de la
langue latine qui doit paraître chez Garnier frères.
I l8 REVUE CRITIQUE
Le choix des observations que M. G, présente dans chaque chapitre est, en
général, assez heureux. Pourtant, on aimerait à connaître les motifs qui l'ont
dirigé, soit dans bien des cas particuliers, soit surtout en principe. Pourquoi
nous parle-t-on de Perseus et Orpheus, et non de tous les noms propres en es,
si fréquents chez Tacite? de l'imparfait en ibam et non de -aram, -arim, -asse,
etc. ? de ceîerum (mais) et non de iaxta (également) ? pourquoi ne trouve-t-on
rien sur les nombres, rien sur les pronoms? Mais surtout, en vertu de quel
principe M. G. cite-t-il tantôt des formes ou des tournures propres à Tacite
seul, tantôt de celles qui se retrouvent chez un ou deux autres auteurs, tantôt
de celles qui sont communes à tout son siècle (p. 14, inuidere avec l'ablatif, v.
Quint. IX, 3, 1; p. 34, ab epistolis, etc., titres très-fréquents, surtout dans les
inscriptions, et que Tacite d'ailleurs cite comme tels), ou même à toute la litté-
rature latine (p. 31, § 122, nam avec ellipse, etc.)? On pouvait, sans doute,
montrer comment le goût de Tacite se manifeste dans le choix qu'il fait entre
plusieurs manières possibles de s'exprimer; mais du moins eût-il fallu marquer
nettement ces différents degrés d'originalité, et c'est ce que M. G. nous paraît
avoir fait d'une manière trop irrégulière.
Qu'il nous soit permis de terminer par quelques critiques de détail.
Dans les quatre pages consacrées à la lexicographie, nous relèverons seule-
ment l'abus que M. G. fait, après Sirker, mais encore plus que lui, du mot de
contraction. Il se trouve six fois en une page et quelques lignes, et deux fois pour
le moins il est employé à faux. Sans doute, le génitif en i des substantifs en ius
et m/72, et très-probablement (Corssen, Ueber Aussprache, etc., Il*, p. 72$ suiv.)
le gén. plebi sont contractés. On pourrait de même voir dans Persi l'i long équi-
valent à ei contracté de eï comme dans Pelei, Promethei. Quant à l'imparfait de la
4'' conj. en ibam, qui était encore considéré par Bopp (Vergl. Gramm. IP,
p. 404 suiv., trad. de M. Bréal, vol. III, p. 1 57, en note) comme contracté de
iebam, il ne l'est plus aujourd'hui (Corssen, Krit. Beitrsege, p. 539; Ausspr. IP,
p. 736; H. Merguet, Die Entw. d. lat. Formenbildung, p. 207 suiv.), et ne doit
pas l'être, puisque ibam est plus ancien, et conforme à l'analogie des autres
conjugaisons. Peut-être M. G. pense-t-il à la contraction présumée à laquelle
sont dus l'a de la première conjugaison, Vë de la deuxième et l'ï de la quatrième.
Cependant, l'origine de la forme en iebam est trop incertaine pour qu'on puisse
expressément en distinguer l'autre par cette dénomination d' « imparfait con-
tracté». Mais l'abus de langage devient excessif, quand on parle de con-
traction dans les génitifs deum, nummum, etc. (forme plus ancienne que deorum^
etc., et d'une origine différente) et dans salutantum, etc. (confusion des radicaux
en / et de ceux qui se terminent par des consonnes).
Dans les parties suivantes, plusieurs observations n'ont pas trouvé leur vraie
place. Ainsi, p. 5, dans Ann. XIV, 26, ce n'est pas comme nom collectif que
pars est suivi du verbe au pluriel, mais c'est parce qu'il faut sous-entendre trois
fois alla pars. — P. 7, falsum renidens, adjectif quahfiant le verbe au heu d'un
adverbe qui le modifie (comp. le toruum et furiale renidens de Silius, le dulce
ridenîem d'Horace) ne peut être rangé dans la même rubrique que uulnus pauens,
etc. Sa place était au § 102, p. 27.
d'histoire et de littérature. nç
Dans un ouvrage destiné aux commençants, et où les citations sont relative-
ment si rares, on n'aurait dû en admettre que de tout à fait incontestables. Mais
en bien des endroits, l'explication donnée par M. G. aux passages qu'il cite est
douteuse, et en quelques-uns elle est fausse à nos yeux. Ainsi, p. i, § i, dans
Germ. 28, plusieurs interprètes, depuis Juste Lipse jusqu'à Schweizer-Sidler
entendent par conditoris sui Agrippa, et non pas Agrippine. Par contre, au ch.
7, uagitus infanîium contraste d'une façon singulière avec l'idée d'appeler sanc-
tissimi testes, maximi laudatores, ces mêmes infantes! — P. 28, § 107. On ne
peut pas dire que et soit mis pour aut dans Agr. 1 2 nec (solem) occidere et exsur-
gere sed transite, les deux premiers de ces verbes formant une seule idée opposée
à transite. Cicéron ou n'importe quel auteur aurait mis gf aussi bien que Tacite. —
P- ? 3> § n 5- Hist. I, 8, est un passage dont le texte même n'est pas incontesté
(de même que p. J , § 9, Hist. 1, 1 2, eodem auctu; p. 6, Ann. XIV, 20, et d'autres).
Nous croyons que M. G. a bien fait de conserver la leçon du ms. noluisset, mais
nous pensons que son interprétation n'est pas la vraie. Les soldats de Virginius
craignaient d'être suspects à Galba, parce qu'ils ne s'étaient décidés que lentement
à abandonner Néron, et que Virginius ne s'était pas tout de suite prononcé pour
Galba ; c'était une question de savoir si Virginius n'avait vraiment pas voulu du
trône (an imperare noluisset dubium) ou s'il l'avait refusé par prudence , de sorte
que ce refus ne pouvait faire pardonner à l'armée ; mais il n'était pas douteux que
les soldats le lui avaient offert (delatam ei a milite imper ium conueniebat), de sorte
qu'ils avaient raison de craindre. On voit que ce n'est pas un exemple de an
affirmatif. — P. 43, §171. Hist. I, 64 Çprope exarsere, ni admonuisset)
est bien certainement elliptique. M. G., qui le nie, s'est laissé prendre à sa
propre traduction. En latin, il y a : ils en vinrent presque au combat (et ils en
seraient venus là en réalité, devons-nous ajouter), si Valens ne les eût avertis.
Quant aux passages suivants, comme M. G. renvoie à son commentaire sur
l'Agricola, nous attendons pour juger que cet ouvrage ait paru.
En fait d'orthographe, on ne peut prévoir encore quel principe M. G. adoptera
dans son édition. Mais il nous paraît difficile qu'aucun principe justifie millia (p.
5), annulas (p. 37) et surtout concio (ibid.). -sic/i hi
Enfin quelques fautes d'impression fâcheuses : p. vj et p. 2, Zirker (lisez
Sirker); p. 7, § 18, trirèmes (1. triremis); p. 9, Bœttiger (\. Bœtticher); p. 48.
Hist. 3, 38 (l. 3, j8).
Max Bonnet.
38. — Ueber die Marienklagen. Ein Beitrag zur Geschichte der geistlichen Dich-
tung in Deutschland. Von D' Anton Schcenbach. Graz. Leuschner et Lubensky (Fest-
schrift der le. k. Universitaet in Graz). In-4', 82 p. — Prix : 5 fr. 35.
Cette excellente dissertation éclaire un point jusqu'à présent fort obscur de
l'histoire de la poésie pieuse allemande. Au moyen-âge on rencontre souvent,
soit isolément, soit intercalées dans les grands mystères de la Passion, des varia-
tions de ce thème : les lamentations de la Vierge au pied de la croix. M. Schcen-
bach montre que toutes ces compositions ont la même source, un hymne latin,
120 REVUE CRITIQUE
composé en France au xii* siècle, et plusieurs fois publié {Planctas ànte nescia),
et qu'elles se sont variées presque à l'infini à cause de leur popularité même. Il
redresse chemin faisant un grand nombre d'erreurs plus ou moins graves com-
mises à ce sujet par les critiques qui l'ont précédé. En appendice il donne plu-
sieurs textes inédits. — L'auteur ajoute en terminant qu'il ne méconnaît pas l'im-
portance des formes françaises et anglaises du Planctus, mais que les matériaux
nécessaires pour une étude approfondie sont encore trop peu accessibles. Quand
ils seront mis à la portée des travailleurs, il sera en effet intéressant de soumettre
à un examen comparatif le développement du Plancîus dans les diverses littéra-
tures; il faudra, pour compléter ce travail, y joindre l'étude des sources latines
du Planctas lui-même, et suivre depuis l'origine l'histoire du rôle attribué à Marie
dans le drame du Calvaire et des sentiments sous l'empire desquels il s'est trans-
formé.
39. — Histoire du dépôt des Archives des Affaires étrangères, par Armand
Baschet. Paris, Pion, i vol. in-S", xxviij-590 p. — Prix : 10 fr.
« Ces archives, dit M. B. dans sa préface (viij), n'ont pas encore eu dechro-
» niques. Leurs annales n'ont pas été produites. Nous avons essayé d'être ce
» chroniqueur, nous avons tenté d'écrire ces annales. » M. B. définit ici très-
bien la nature du travail auquel il s'est livré. Il raconte comment et par qui le
dépôt des Affaires étrangères a été formé, en quels lieux il a été installé, quels
déplacements il a subis, quelles personnes en ont eu la garde, quelles acquisitions
l'ont enrichi, de quelle manière enfin il est organisé. C'était un travail long et
difficile; les sources en étaient disséminées en maint endroit différent, mais M. B.
sera récompensé des peines qu'il s'est données par le service réel qu'il rendra
aux historiens. Il est en effet moins difficile de pénétrer dans ce dépôt fameux
que de savoir comment y diriger ses recherches. De ce chef, les découvertes
de M. B. sont d'un très -grand prix; son travail mérite d'être tout particulière-
ment signalé à l'attention des chercheurs. — M. B. a pris soin de faire connaître
ses sources ; les notes de son livre sont donc déjà par elles-mêmes remplies
d'indications très-intéressantes. Il classe ces sources de la manière suivante :
1" l'incomparable «fonds français» des manuscrits de la Bibliothèque nationale; il
mentionne en particulier les recueils de Clairambault, les papiers de l'abbé Le
Grand et le « petit fonds » de Bréquigny; 2° les Archives nationales et spéciale-
ment les papiers de la surintendance des bâtiments; 3° les Archives du départe-
ment de Seine-et-Oise ; 4" les Archives des Affaires étrangères où il a fait des
recherches sur une période qui s'étend de 1 547 à 1748; 4" des papiers qui lui
ont été communiqués par M. Henri Bordier, entre autres deux Mémoires précieux
l'un de Sémonin, daté de septembre 1792, l'autre de Gaillard, daté de fructidor
an XII. — M. B. suit l'ordre chronologique. Il prend pour cadre l'histoire des
ministres qui ont contribué à la constitution du dépôt et celle des archivistes qui
en ont eu la garde. Il arrive quelquefois que le cadre déborde sur le tableau et
que M. B. ne résiste pas au désir d'ouvrir au public ses portefeuilles de notes.
d'histoire et de littérature. tai
Il s'est arrêté par moment à des faits qui n'avaient qu'un rapport assez indirect
avec son sujet et il en est résulté un excès d'abondance, je ne sais quoi de
touffu, qui arrête en certains passages le lecteur; mais il faut reconnaître que
ces temps d'arrêts, en des régions si peu explorées, sont rarement sans profit.
Dans V Introduction, M, B. résume l'histoire des papiers diplomatiques de la
France, jusqu'à l'année 1661, époque à partir de laquelle on a commencé à les
classer aux Affaires étrangères. Jusque-là ces papiers restaient entre les mains
des familles des secrétaires d'État et des diplomates : un grand nombre de ces
documents ont été retrouvés plus tard, par occasion, et ce n'est pas la partie la
moins utile du livre de M. B. que l'histoire des collections particulières qui sont
venues enrichir le dépôt des Affaires étrangères. La première partie contient
l'histoire du dépôt à Paris sous le ministère du marquis de Torcy jusqu'à la
translation à Versailles sous les ministères des ducs de Choiseul et de Praslin,
17 10-1763. — Pendant cette période les biographies de Le Dran (17 30- 1740)
et de l'abbé de La Ville (1740- 1746), gardes du dépôt, présentent un intérêt
particulier. L'un et l'autre sont, avec des traits un peu différents, des types de
ces admirables serviteurs de l'État qui firent la force de la monarchie et l'honneur
de l'ancienne France. — La deuxième partie s'étend de 1763 à 1796; c'est
l'histoire du dépôt à Versailles. — La troisième partie part de 1796, date de la
translation du dépôt à Paris et conduit le lecteur jusqu'en 1874. On y remarque
un portrait de d'Hauterive, dont le livre d'Artaud de Montor avait déjà fait
connaître la physionomie grave, sévère et profondément respectable. — A travers
ces chapitres très-remplis de faits et de documents, nous nous sommes surtout
arrêté à l'histoire des acquisitions successives faites par le dépôt et aux rensei-
gnements relatifs à l'Académie politique fondée par M. de Torcy.
Les collections du dépôt des Affaires étrangères se composent surtout des
correspondances diplomatiques, rapports des agents à l'extérieur, dépêches du
département, mémoires rédigés soit par les agents soit par les ministères, lettres
particuHères des agents et des ministres, pièces annexées aux correspondances
des uns et des autres. A partir de l'année 1661 ces correspondances sont divisées
par puissance et classées par ordre chronologique. En outre le dépôt s'est enri-
chi de collections diverses : les unes contenaient des correspondances diploma-
tiques, et ces correspondances ont dû être au moins en grande partie versées
dans les collections générales du dépôt (p. 570); les autres contenaient des
pièces historiques, des mémoires, des travaux rédigés au moyen de documents
diplomatiques par des agents du ministère. Les catalogues découverts par M. B.
et les indications rassemblées par lui peuvent servir de guide à travers ces
nombreuses collections. Mais M. B. n'est pas en mesure d'affirmer que toutes les
pièces qui ont été acquises par le dépôt ou qui, d'après les documents qu'il a
dépouillés, pourraient s'y trouver, s'y trouvent en réalité. Certaines collections
ont été distraites en faveur d'autres dépôts, M. B. l'indique lui-même (p. 191,
272, 461); des papiers ont été restitués à des particuliers (p. 161). Quoiqu'il
en soit, les notes très-nombreuses et très-détaillées de M. B. seront certainement
très-utiles à consulter. — Il indique comment les collections étaient distribuées
122 REVUE CRITIQUE
en 1792 (p. 277); comment elles le furent en 1804 (p. 425), comment enfin
elles le sont aujourd'hui (p. 567). — Il n'a pas cru devoir dresser une table,
une sorte de catalogue — in partibus — des documents qui, d'après ses recherches,
doivent ou peuvent se trouver au dépôt. Voici, à défaut de cette table, un aperçu
très-sommaire des renseignements que fournit le livre de M. B.
I. Travaux de classement commandés par M. de Croissy en 1679, p. 77. —
II. Inventaire fait en 1679 et intitulé : Recueil de toutes les négociations, lettres,
mémoires des ambassadeurs et ministres du roi dans les pays étrangers avec diverses
autres pièces concernant les affaires étrangères depuis l'année 1661, p. 80 (pièce
produite par Nicolas Clément, de la bibliothèque du roi, chargé de ce classement:
Bibl. nat. Registre n'* 1 5 1 de la collection de Bréquigny). — III. Catalogue des
manuscrits de la bibhothèque de M. Parayre, ancien premier commis des Affaires
étrangères sous MM. de Brienne, de Lyonne et de Pomponne, acquis, sauf peut-
être quelques articles, par le dépôt, p. 86 (Bibl. nat. manuscrits, fonds latin,
registre n° 10595). ~ ^^- Extraits d'un inventaire des papiers du cardinal de
Richelieu (acquis en 170$) dressé en 171 1 par l'abbé Le Grand sur l'ordre de
M. de Torcy, p. 147 (Bibl. nat. Mélanges de Clairambault, volume n° 671). —
V. Papiers saisis chez M. de Cellamarre, indications vagues, p. 172. — VI.
Mémoires politiques et Histoire des Traités, commencés par Saint-Prez, chef du
dépôt, mort en 1720, p. 173, mention. — VII. Papiers du président de Mesmes,
indication générale p. 192, Mémoire sur ces papiers p. 212, Catalogue des
manuscrits choisis dans cette collection pour les Affaires étrangères, p. 214
(Bibl. nationale). — VIII. Papiers de Loménie de Brienne, évèque de Coutances,
acquis en 1732, p. 192, mention. — IX. Papiers de Mazarin, mention, p. 192
et 232, classement, p. 224 (Bibl. nationale). — X. Papiers de Bouthillier, de
Chavigny, p. 192 et indications p. 227 d'après la Bibliothèque historique de la
France. — XI. Papiers de Law, mention, p. 209. — XII. Papiers de Lorraine.
Papiers du cardinal de Fleury, mention, p. 271-272. — XIII. Mémoires et
travaux de Le Dran, garde du dépôt, p. 317, 3i8_, 319, 427, 564. — XIV.
Papiers de Durand de Distroff, garde du dépôt, mention, p. 350. — XV.
Papiers de Tercier, p. 353. — XVI. Travaux de Bréquigny, p. 360. Mémoires
écrits par Prieur pour Louis XVI sur l'histoire diplomatique de 1748 à 1775,
p. 366. Note pour le commissaire des relations extérieures, 22 août 179$, men-
tionnant divers mémoires, p. 394. — XVII. Papiers acquis pendant la Révolution,
p. 407, 411, 426. —XVIII. Notes d'Anquetil sur ses recherches au dépôt,
p. 416. — XIX. Détails sur les papiers de Soulavie, 462-472.
Quelques exemples montreront toute l'importance de ces documents. Ainsi les
travaux d'histoire diplomatique composés sur les pièces originales par les gardes
du dépôt, pour l'instruction des diplomates, souvent pour renseigner le roi et ses
ministres doivent présenter à ceux qui étudient l'histoire les ressources les plus
précieuses et les plus inattendues. Non-seulement on doit trouver dans ces
Mémoires des indications sur les pièces que contient le dépôt, mais encore des
données sur la manière dont les contemporains les mieux informés des desseins
de l'État, considéraient l'ensemble de la politique européenne : on doit découvrir
d'histoire et de littérature. 12}
là ce que les dépêches mêmes ne donnent pas — ce que l'historien ne retrouve
que par un effort d'induction — le lien des pensées, l'enchaînement des faits,
l'esprit général de la politique. Aussi M. B. nous dit (p. 173) que Saint-Prez
travailla jusqu'à sa mort, 1720, à une Histoire des Traités, il nous indique (p. 1 69)
que Dubois demanda en 1 7 1 8 à ce savant diplomate un mémoire sur ses projets
d'alliance avec l'empereur et le consulte sur la question de savoir s'il n'y a pas
quelquefois avantage à s'allier avec l'adversaire de la veille « lorsqu'on ne peut
» rien de plus efficace contre un ennemi puissant et armé dans le tems qu'on
» n'est pas en état de lui résister, que de l'arrêter, le désarmer et se donner
» le tems dont on a besoin pour rétablir ses forces, — Je voudrais, écrit
» Dubois, savoir les maximes et les exemples des nations anciennes et modernes
» qui peuvent autoriser cette conduite. » — Nous trouvons (p. 317) parmi
les titres des ouvrages de Le Dran : une Histoire de la négociation du Traité
de Turin, août et octobre 1696, qui forme un volume de 407 p.; une Histoire
de la négociation pour la paix de Ryswick en 1 697 ; une Histoire de la négociation
des Traités de paix conclus aux congrès de Rastadt et de Bade en 1714e/ 1 7 1 5 .
— Nous signalerons encore (p. 336) un Précis historitjue de toutes les négo-
ciations de la France avec les différentes puissances de l'Europe depuis la paix
d'Aix-la-Chapelle en 1748, continué jusqu'à l'année 1776, par l'ordre de
MM. de Vergennes et de Montmarcis, et destiné à mettre Louis XVI au courant
des affaires diplomatiques. — Au moment où la Commission des archives récem-
ment instituée au ministère des Affaires étrangères paraît diposée à encou-
rager les études historiques et à ouvrir plus largement le dépôt aux hommes
d'étude, M. B. leur rend un service inestimable en leur faisant connaître des
ouvrages dont personne avant lui — au moins dans le public — ne parais-
sait soupçonner l'existence. Il serait possible même que plusieurs de ces travaux
et mémoires fussent dès maintenant en état d'être publiés, moyennant certains
accommodements et compléments nécessaires. Dans tous les cas c'est une mine
à explorer et très-probablement une mine féconde pour ceux qui l'exploiteront.
— Nous pourrions multiplier les exemples. Nous renvoyons le lecteur au livre
de M. B., que nous ne prétendons pas analyser ici dans son entier et dont nous
ne désirons que faire connaître l'utilité.
Arrivons à l'histoire de l'Académie politique fondée par M. de Torcy. M. B. a
puisé ses documents à ce sujet dans le registre n" 668 des Mélanges de Clairam-
bault (Bibl. nationale). M. de Torcy est le véritable fondateur du dépôt des
Affaires étrangères. Mais il ne voulait pas se borner à conserver les documents,
il voulait en tirer parti. Ce ministre de Louis XIV avait à ce sujet des idées que
l'on considérerait peut-être encore aujourd'hui comme assez hardies et comme
empreintes d'un dangereux esprit d'innovation. Il avait rédigé en 171 1 un Projet
d'estude; on y lisait : « Ce n'est pas assez d'avoir bien fortifié une place, de
» l'avoir remplie de toutes sortes de munitions de bouche et de guerre, si on n'y
» met du monde pour la défendre. Ainsi il ne suffit pas d'avoir ramassé grand
» nombre de mémoires, de dépêches, de papiers, de les avoir mis en lieu où ils ne
» se puissent perdre, il faut encore former des hommes pour s'en servir. »
124 REVUE CRITIQUE
C'était l'objet de V Académie politique. Elle était destinée à faire l'éducation des
futurs diplomates. M. de Torcy leur souhaitait de rares qualités, mais surtout
des qualités sérieuses. « Quant au caractère d'esprit que je demanderais, j'avoue
» que j'aimerais mieux, du côté de la vivacité, qu'ils en eussent moins que plus,
» pourvu qu'ils fussent laborieux et qu'ils ne fussent pas des portefaix de litté-
» rature qui, chargés de grec, de latin, d'histoire, ne savent faire aucun usage
» de leurs connaissances. De l'autre côté, ces esprits si vifs prennent si souvent
» à gauche, subtilisent si fort que, cherchant partout à faire paraître qu'ils en
» savent plus que d'autres, ils ne finissent jamais rien. Nous avons eu deux
» hommes employés dans les Affaires étrangères d'un mérite extraordinaire : ce
» sont le cardinal Dossat et le président Jeannin: Ni l'un ni l'autre n'étaient de
» naissance. Quelques-uns même ont cru que le premier était bâtard On
» doit proposer sans cesse ces hommes incomparables pour modèle à ceux qui
» doivent être employés pour le service du roi dans les Affaires étrangères, et
» leur faire connaître qu'en se conduisant avec sagesse, en travaillant sans
» relâche et avec application, en servant fidèlement, il n'est rien où un homme
» habile ne puisse parvenir. »
Quant aux études que M. de Torcy prescrivait aux élèves de son Académie, le
plan n'en est pas moins intéressant ; il montre chez ce ministre des vues tout
aussi élevées, tout aussi inattendues , disons le mot, tout aussi modernes. Il
signale en même temps chez les contemporains de M. de Torcy des travers
d'esprit que nous déplorons encore aujourd'hui. « On ne saurait trop s'attacher à
» les préserver ou à les guérir d'un défaut commun à toute notre nation qui est
» de ne pouvoir goûter ni approuver que nos manières et de blâmer celles de
» tous les autres pays. Rien ne nous rend plus odieux et plus insupportables
» parmi les étrangers. Il serait à désirer, non-seulement qu'ils sussent le droit,
» mais qu'il y eût à Paris ou ailleurs quelque professeur de droit public. » Mais
par droiî public, Torcy n'entend pas, comme on le faisait de son temps et comme
on le fait encore trop souvent aujourd'hui, de vaines spéculations sur la consti-
tution idéale d'États imaginaires ou sur le droit des gens abstrait de peuples
perfectionnés. Par esprit politique, il s'élève au sentiment de la véritable
méthode, de la seule qui soit vraiment féconde et bienfaisante en ces matières et
il écrit : « L'étude du droit public ne donnant que des notions générales, elle
» suppose ou demande beaucoup d'autres connaissances et principalement celle
» de l'histoire moderne des traités de paix et des langues. » Cette étude ne doit
pas remonter au delà du règne de Louis XH. Torcy conseille l'étude des pièces
originales et de divers ouvrages étrangers. Son projet d'Académie et d'étude
achevé, il consulta ses conseillers des Affaires étrangères, et M. B. nous donne
(p. 129) un aperçu de leurs observations qui sont fort intéressantes.
Comme complément à l'Académie, Torcy avait conçu le projet d'un Corps
d'histoire formé d'après les papiers des Affaires étrangères et commençant en
1660. « Dans cet ouvrage, disait-il, on expliquerait les traités que la France a
» faits non-seulement avec ses voisins, mais avec les États plus éloignés Les
» raisons qui l'ont fait prendre part aux affaires, soit du Nord, soit d'Italie où
d'histoire et de littérature. 125
» elle s'est intéressée. Je crois qu'une bonne histoire du ministère du cardinal
» de Richelieu, de celui du cardinal de Mazarin, et du commencement du règne
» du roi, où l'on s'appliquerait moins à raconter des faits, à décrire des batailles
» qu'à découvrir la source et la cause des mouvements et des guerres dont
» l'Europe a été agitée pendant le dernier siècle, pourrait donner une grande
» connaissance de ce que je souhaiterais sur cela. » Le Corps d'histoire ne devait
cependant pas être une suite de discours, et ce n'est pas précisément l'histoire à
la Montesquieu que désire M. de Torcy. Il était grand chercheur et collection-
neur de documents, il tenait qu'en « fait d'affaires on ne peut travailler que
» papiers sur table, » et il voulait que l'histoire fût un instrument de travail
pour ses diplomates. Il conseillait donc de mentionner dans l'histoire des négo-
ciations, les dépêches, les pièces publiques, proclamations, harangues, actes,
« même certains écrits fugitifs qui donnent de grandes lumières sur des matières
» qui ne se trouvent pas assez expliquées dans les dépêches. » — On devait
commencer le travail par un dépouillement consciencieux des pièces ; puis, cela
fait, les historiographes devaient en conférer entre eux. L'histoire de toute négo-
ciation devait être précédée d'une introduction. « On examinera l'état de la
» France, celui des pays où la négociation a été conduite, les guerres dont elle
» avait été précédée, celles qui duraient encore, leurs causes et leurs principaux
» événements, le génie du prince, celui de ses ministres et les dispositions de la
» nation. » Enfin Torcy donnait aux futurs historiographes ce précieux aver-
tissement : « Ceux qui sont employés à ce travail sont trop éclairés pour s'ima-
» giner, comme font quelques curieux, que tout est dans les dépêches et qu'on
» doit douter d'un fait qui ne s'y trouve point. Il y faut chercher l'histoire
» secrète; les événements publics se doivent tirer d'ailleurs; mais on peut enri-
» chir et éclaircir sa matière par des circonstances que le public a ignorées et
» qui ont été connues par l'ambassadeur. »
L'/lc^^em/e /)o////^ug fut installée en 1712, sous la direction de M. de Saint-
Prez; elle se composait de six jeunes gens rémunérés chacun de mille livres, et
de six attachés libres. Elle disparut en 1720, sans avoir, il faut le reconnaître,
donné de grands résultats. M. de Torcy avait quitté le ministère en 171 5 et
n'avait pu surveiller le développement de son œuvre. Or, en pareille matière,
l'application est plus malaisée et exige presque plus de talent que la conception
même de l'entreprise. Cependant on peut citer parmi les élèves de l'Académie
MM. de Chavigny et d'Argenson. Enfin c'est des travaux prescrits par M. de
Torcy que sortit l'Histoire des traités de Henri IV à la paix de Nimègue, écrite
par Saint-Prez et publiée à La Haye en 172 5. — Au dire de Marmontel, le car-
dinal de Bernis reprit un instant l'idée d'un cours de diplomatique (p. 309), mais
cette idée n'aboutit pas. — Un arrêté du 9 floréal an VIII (29 août 1800) fit
renaître l'établissement des élèves politiques, sans plus de succès (p. 433). Plus
tard on songea à faire des bureaux des Archives une sorte de préparation à la
carrière diplomatique, mais cet essai, conçu sans méthode, exécuté sans résolu-
tion, demeura sans résultat. L'école d'administration de 1848 parlait d'une con-
ception trop abstraite de la politique, et, bien qu'elle ait fourni à notre diplomatie
126 REVUE CRITIQUE
un de ses agents les plus distingués, elle ne répondait que très-incomplètement
à l'objet que s'était proposé M. de Torcy. Enfin la section de diplomatie à
l'école libre des sciences politiques (1872) est le premier essai d'un enseigne-
ment complet et méthodique, uniquement fondé sur les sciences historiques, et
destiné à fournir aux futurs diplomates les connaissances qui leur sont néces-
saires.
A.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 1 2 février 1 87 5 .
Un rapport de M. le secrétaire perpétuel fait connaître les progrès des divers
travaux de l'académie pendant le second semestre de l'année 1 874.
M. de S** Marie envoie cent nouveaux estampages d'inscriptions sémitiques
(n°^ 801 à 900), avec la copie d'une lettre au ministre de l'instruction publique
dans laquelle il signale celles de ces inscriptions qui présentent le plus d'intérêt.
Une circulaire relative à un congrès international des américanistes est adressée
à l'académie.
M. Th. H. Martin continue la lecture de son mémoire intitulé : Hypothèses
astronomiques des philosophes grecs, de l'école d'Ionie et d'autres écoles, qui n'admettent
pas la sphéricité de la terre. — Il achève d'exposer le système cosmographique de
Thaïes de Milet. Thaïes considérait les astres comme des corps de nature ter-
restre, mais incandescents, qui sortaient de la mer le matin et y redescendaient
le soir. Il savait que la lune est plus rapprochée de la terre que le soleil, et qu'elle
produit les éclipses de cet astre en s'interposant entre lui et la terre. Mais quoi
qu'en dise Stobée il paraît avoir ignoré la cause des éclipses de lune, et n'avoir
pas su que la lune emprunte sa lumière au soleil. Il est faux aussi, probablement,
qu'il ait professé une opinion sur la dimension relative des astres, dont personne
ne paraît s'être occupé avant Anaximandre. Il expliquait les mouvements des
astres par l'âme divine, principe du mouvement qu'il supposait répandu dans tous
les corps. Il admettait probablement que l'eau, sur laquelle il faisait reposer la
terre, avait une étendue infinie, tant dans la direction horizontale qu'en profon-
deur. — Anaximandre de Milet, dont M. Martin parle ensuite, prit comme Thaïes
la cosmographie poétique et populaire des Grecs pour point de départ de son
système. Mais il eut le mérite de s'en écarter, d'une part en considérant la terre
seulement comme une petite partie de l'univers visible, de l'autre en ne cher-
chant pas comme Thaïes à lui donner un support, solide ou liquide, qui eût paru
devoir faire obstacle au mouvement nocturne des astres. Il s'égara complètement
en voulant déterminer la dimension des corps célestes. Il comprit ainsi que Thaïes
que la lune était plus près de la terre que le soleil, mais il crut comme lui que la
terre était un disque et que la lune avait une lumière propre. M. Martin lui
reproche aussi d'avoir considéré les astres comme des feux revêtus d'une enve-
loppe opaque qui ne laissait passer la lumière que par un étroit orifice, et d'avoir
d'histoire et de littérature. 127
expliqué les éclipses, les phases de la lune, par des rétrécissements de cet
orifice.
Ouvrages offerts à l'académie :
Th. H. Martin, Astronomie grecque et romaine (extr. du Dictionnaire des anti-
quités grecques et romaines de MM. Daremberg et Saglio);
Lassen, Indische Alterthumskunde, t. 2 ;
Das Buch der Jubilàen oder die kleine Genesis etc. herausgegeben von Herrmann
Rônsch ;
Records of the past, traductions de textes assyriens et égyptiens, publ. par la
Société d'archéologie biblique, 3 vol. ;
Filopanti, Indication de quelques nouvelles idées scientifiques exposées dans son
ouvrage « LWniverso », Bologne 1875;
Diverses revues, etc. . '
M. de Longpérier présente de la part des auteurs les ouvrages suivants :
1° un nouveau fascicule de la traduction de Ma-touan-lin par M. Léon d'Her-
vey, dans lequel se trouve l'histoire de la Corée du 7* au 12^ s.; M. de Long-
périer signale de curieux détails sur les soins que le gouvernement de la Corée
prenait aux 10" et 1 1* siècles pour répandre l'instruction dans ce pays, et sur les
négociations qu'il engageait avec les empereurs de la Chine pour obtenir d'eux
des dons de livres imprimés ;
2° Mélanges d'épigraphie et d'archéologie sémitiques, par M. Joseph Halévy.
M. E. Le Blant lit un mémoire intitulé Les larmes de la prière. Il signale un
sarcophage d'Arles sur lequel sont représentés deux hommes prosternés au pied
du Christ, et deux autres debout de chaque côté qui couvrent leurs yeux d'un
linge. C'est là la représentation d'un usage constant des premiers siècles du
christianisme : on pleurait en priant. On trouve déjà cet usage dans la Bible et
dans l'antiquité païenne, mais il prit une force plus grande dans le christianisme,
o\i il s'autorisait de l'exemple même des larmes du Christ. Les larmes étaient
considérées comme la marque de l'assistance de Dieu; tant qu'elles duraient,
on ne devait pas cesser de prier. Sans elles la prière était incomplète; aussi
s'eflforçait-on de les provoquer, fût-ce en affaiblissant le corps, et c'était là l'un
des objets du jeûne. On en avait tellement l'habitude qu'un acte du j^ siècle
ordonne que lors de l'ouverture d'un concile, le peuple se mette en prières, et
répande des larmes. Au reste l'usage de pleurer en priant s'est continué après
l'antiquité, pendant le moyen âge, et n'a entièrement disparu que dans les temps
modernes. — Là comme partout, dit M. Le Blant, l'exagération a eu sa part.
On faisait plus que pleurer, on poussait des cris et des gémissements : les pères
emploient plusieurs fois, pour désigner ces gémissements, l'expression de mugitus.
S. Augustin décrit les transports furieux dont un malade qu'il avait visité accom-
pagnait sa prière. Le biographe de S. Julien l'ascète raconte que sur tous ses
livres le nom de Dieu se trouvait partout effacé, par les larmes qu'il répandait
chaque fois qu'il rencontrait ce nom. — M. Le Blant termine en citant une
légende rapportée par Anastase le Sinaïte, au 7* siècle. Un brigand thrace après
une vie souillée de crimes, était mort en donnant de vives marques de repentir
128 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
et en priant Dieu avec des larmes abondantes. La nuit de sa mort, un médecin
vit en songe des Éthiopiens et des anges se disputer son âme. Les premiers
mirent sur l'un des plateaux d'une balance des papiers où étaient écrits tous les
crimes du mort : mais les anges mirent sur l'autre plateau le linge qu'il avait
mouillé de ses larmes, et ce linge pesa plus que les papiers accusateurs.
M. Guérin termine sa lecture sur la ville de Césarée de Palestine. Il fait
l'histoire de cette ville depuis ses premières origines, au temps où elle portait le
nom de Tour de Straton, et sa fondation définitive sous le nom de Césarée par
Hérode le Grand, jusqu'à sa destruction à la fin du 1 3^ siècle. Il raconte notam-
ment les événements remarquables qui s'y produisirent au i"s. de notre ère,
les dissensions entre Grecs et Juifs, la mort d'Hérode Agrippa, la fondation de
la colonie Julia Flavia par Vespasien, la conversion du centurion Cornélius, le
premier gentil qui devint chrétien. Après l'empire romain et la domination musul-
mane, M. Guérin indique les vicissitudes de cette ville à l'époque des croisades;
conquise en 1 102 par Beaudouin I", reprise en 11 87 par Saladin, puis plusieurs
fois prise et reprise par les deux parties, elle fut définitivement détruite par les
Arabes en 1 291. Au 12'' siècle c'était encore une grande ville avec un faubourg
et une forte citadelle; au temps d'Aboul Féda, au commencement du 14^ siècle,
elle était entièrement déserte, il n'en restait que des ruines qui ne se sont jamais
relevées.
Julien Havet.
LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE.
Von Amira, Erbenfolge und Verwandtschaftsgliederung nach den ait- niederdeutschen
Rechten (Munchen, Ackermann). — Bluhme, Die Gens Langobardorum. 2. Heft. Ihre
Sprache (Bonn, Marcus). — Brugsch-Bey, Histoire d'Egypte. 2* éd., 1" livr. (Leip-
zig, Hinrichs). — Cassiodore, De l'âme, tr. p. De Rouville (Paris, Rouquette). —
Das Nibeiungenlied. Schul-Ausgabe mit einem Wœrterbuch, v. Bartsch (Leipzig,
Brockhaus). — De Dionysii Thracis interpretibus veteribus scrips. Hœrschelmann.
Pars I. (Lips., Teubner). — D'Eichthal, Le site de Troie selon M. Lechevalier ou
selon M. Schliemann (Paris, Durand, Pedone-Lauriel ; Maisonneuve). — Fournier, Abt
Johann von Viktring und sein Liber certarum historiarum (Berlin, Vahlen). — Claudii
Galeni de piacitis Hippocratis et Platonis libri novem recens, et expl. I. Mûller. Vol.
I (Lips., Teubner). — Gantrelle, Grammaire et style de Tacite (Paris, Garnier). —
— Grùber, Versuch einer Erklaerung der L. 9 § i D. De jure dotium (Munchen, Ac-
kermann). — Von Helfert, Der Rastadter Gesandtenmord (Wien, Braumuller). —
Hellmann, Das Gemeine Erbrecht des Religiosen (Munchen, Ackermann).
ERRATUM.
N" 7, p: 102, 1. 31, au lieu de Roudouneau, lisez Rondonneau.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
;t; ,Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
'auf der XXIX. Versammlung deutscher Philologen und Schulmaenner zu Inns-
bruck vom 28. Sept, bis i. Oct. 1874 (J. Egger). — Uebersicht der germa-
nistischen Vorlesungen an den Universitaeten Deutschlands, Œsterreichs, der
Schweiz und Hollands im Wintersemester 1874-75. — Oscar Jaenicke (Joseph
Strobl). — Jacob Grimm an Adelbert von Keller. — Denkmal fur Walther von
der Vogelweide. — Herrn Walther sanc. (K. Bartsch). — Jacob Grimm (Ders.).
— Denkmal fur Hoffmann von Fallersleben. — Personalnotizen. — Berichti-
gungen.
La Rivista Europea, Février 1875. Busslaieff, Appunti di Mitologia
Slava. — La Chiesa e lo stato in Italia. — Patuzzi, Cesare Bettoloni. — Bacci,
Giacomo Leopardi (fin), — Notices littéraires et bibliographiques italiennes,
françaises, et slaves. Polémique linguistique. Réponse de M. Caix à M. Storm.
— Sous la rubrique Notizie letterarie slave nous trouvons de piquantes rectifica-
tions à l'étude toute d'imagination de Castelar sur Pouschkine ; et sous la rubrique :
Italiani ail' estero une réponse de M. A. de Gubernatis aux articles de M. Ber-
gaigne dans la Revue critique. 1875 (j^^^- ^7 ^^ 21),
Mittheilungen aus der historischen liitteratur. III* année. N" i. Voy.
Rev. crit. 1873. 2*sem. p. 406. — Wollschl/EGEr, Handbuch der vorhisto-
rischen, historischen und biblischen Urgeschichte. Leipzig, Spaarmann. In-8°,
iv-245 p. (Abraham). — Programmenschau, Alte Geschichte (Foss). Cet article
passe en revue des dissertations sur l'histoire ancienne qui accompagnent des
programmes de gymnase : Fricke, Die Hellenen in Campanien (Hildesheim);
Genz, Die servianische Centurien Verfassung(Sorau); Strenge, Der tendenziôse
Charakter des csesarischen Memoirenvom Burgerkrieg(Lunebourg); Luttgert,
Das Varusschlachtfeld u. Aliso (Lingen) ; Meyer, Sueven in Flandern (Bnabrùck);
Wolffgramm, Cn. Domitius Corbulo (Prenzlau). — Cassel, Morgen u. Abend-
land : Kaiser u. Kœnigsthrone in Geschichte, Symbol u. Sage. Berlin, Gûlker.
10-8", iv-152 p. (Stœckert). — Carolingiaca (Foss. Sous ce titre, M. F.
examine les ouvrages de MM. Fœrster, Drei Erzbischœfe vor tausend Jahre.
Gutersloh, Bertelsmann, In-8", 128 p.; Gegenbauér, Das Kloster Fulda im
Carolinger Zeitalter, 2, Buch : Buchonia u. das Grabfeld; B. Simson, Ludwig
der Fromme, Cf. Rev. crit., 1874, II, p. 51). — Tobien, Denkwùrdigkeiten
aus der Vergangenheit Westfalens, Elberfeld, Hartmann. 2 vol, in-8'', 299 et
83 p. (Feldner). — HoRAWiTz, Caspar Bruschius. Leipzig, Brockhaus. 1874
(Grossmann; cf. Rev. crit., 1874, II, p. 326). — Juste, Guillaume le Taciturne.
Bruxelles, Muquardt. In-8'*, 363 p. (Zermelo). — Noorden, Europaeische
Geschichte im xviii. Jahrh. : I. Abth. : Der spanische Erbfolgekrieg. 2* vol.
Dusseldorf, Buddeus. In-8°, xv-592 p, (Hirsch). — Riemann, Geschichte der
Stadt Colberg. Colberg, Post'sche Buchh. $72 et 106 p. (Jungfer). — Wer-
nicke, Die Geschichte der neuesten Zeit. Berlin, Paetel. 2 vol, gr. in-8", 492 et
59° P- (Foss).
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Alciphron. Lettres grecques, traduites | en français par S. de Rouville. In- 16,
151 p. Paris (Rouquette).
Baguenault de Puchesse (G.). I.-a
Saint-Barthélémy à Orléans (26 août
1572). In-8", 35 p. Orléans (Herluison).
Baumefort (V. de). Cession de la ville et
de l'État d'Avignon au pape Clément VI
par Jeanne I", reine de Naples. In-8*,
108 p. Apt (imp. Jean).
Cartulaire de Marmoutier pour le Du-
nois, publié par M. E. Mabille. In-8%
Ixi-312 p. Paris (Dumoulin). 7 fr.
Casati (C.-C). Notice sur les faïences de
Diruta, d'après des documents nouveaux
(avec une pi. chromolithog. In-8*, 12 p.
Paris (Lévy).
Cauvet (J.). L'ancienne université de
Caen. Notice historique. In-S", 38 p.
Caen (Le Blanc-Hardel).
Cazin. Recherches sur les usages et le
luxe des anciens dans leurs repas. In-B",
32 p. Caen (Le Blanc-Hardel).
Chabouillet. Notice sur un ducat d'or
inédit de Borso, marquis d'Esté et sei-
gneur, puis duc de Ferrare. In-8°, 1 5 p.
Nogent-le-Rotrou (imp. Gouverneur).
Charencey (H. de). Essai d'analyse gram-
maticale d'un texte en langue Maya. In-
8*, 22 p. Caen (Le Blanc-Hardel).
Dechepare (B.). Poésies basques. Nou-
velle édit. absolument conforme à la pre-
mière de 1545. In-B", 71 p. Bayonne
(Cazals).
Deladreue (L.-E.) et Mathon. Histoire
de l'abbaye royale de Saint-Lucien (ordre
de saint Benoît). In-8°, 296 p. et !o pi.
Beauvais (imp. Père).
Duchâteau (E.). Souvenirs historiques
de la ville et du canton de Jargeau. In-
18 jésus^ 178 p. Orléans (Séjourné).
Duruy (V.). Histoire des Romains depuis
les temps les plus reculés jusqu'à la fin
du règne des Antonins. T. 4. In-8*,
489 p. Paris (Hachette). 7 fr. 50
Pabre (A.). Romans et chansons sur
Gérard de Roussillon, étude historique et
littéraire. In-B", xv-20 p. Vienne (imp.
Savigné).
Feugère (G.). De Socraticae doctrinal
vestigiis apud Euripidem. In-B", 83 p.
Paris (Hachette et C'').
Froidefond de Boulazac (A. de). Liste
chronologique des maires de la ville et de
la cité de Périgueux depuis 1200 jusqu'à
nos jours, accompagnée de nombreuses
notes. Avec une vue de l'ancien Hôtel-de-
Ville par M. H. Dupuy, In-8*, 115p.
Périgueux (imp. Dupont et C«).
Gabourd (A.). Histoire contemporaine,
comprenant les principaux événements
qui se sont accomplis depuis la révolution
de 1830 jusqu'à nos jours, et résumant
durant la même période le mouvement
social, artistique et littéraire. T. 12.
In-8% 49$ p. Paris (F. Didot frères, fils
et C«).
GabrieL Louis XVI, le marquis de Bouille
et Varennes. Épisode de la Révolution
française. In-8°, 415 p. Paris (Ghio).
Gautier (T.). Portraits contemporains.
Littérateurs, peintres, sculpteurs, artistes
dramatiques. Avec un portrait de T. Gau-
tier, d'après une gravure à l'eau forte par
lui-même, vers 1833. In-i8 Jésus, 468 p.
Paris (Charpentier et C«). 3 fr. 50
Germain (A.). Pierre Gariel. sa vie et ses
travaux, 1584-1674. In-4', 224 p. Mont-
pellier (imp. Martel aîné).
Gubernatis (A. de). Mythologie zoolo-
gique, ou les légendes animales. Trad. de
l'anglais par P. Regnaud. Avec une no-
tice préliminaire par M. F. Baudry. 2 vol.
in-8°, xlj-9 5 5 p. Paris (Durand et Pedone-
Lauriel).
Lezat (A.). Bourdaloue, théologien et
orateur. In-8°, 89 p. Paris (Thorin).
Marinier (H.). Un nouveau voyage au
Groenland. In-8*, 30 p. Paris (Douniol
et C°).
Peîletan (E.). Le 4 Septembre devant
l'enquête. In- 18 jésus, 343 p. Paris
(Pagnerre). 3 fr.
Rivière (H. -F.). Histoire des institutions,
contenant un essai historique sur le droit
public et privé dans cette province.
T. !•'. In-8',xxiv-5i8 p. Paris(Marescq
aîné).
Schmidt (M.). Die Inschrift v. Idalion u.
das kyprische Syllabar. Eine epigraph.
Studie. Mite. autograph.Taf. In-S", vj-
102 S. lena (Mauke). 8 fr.
Zeitschrift fiir Vœlkerpsychologie und
Sprachwissenschaft. Hrsg. v. D' M. La-
zarus u. Prof. D' Steinthal. 8. Bd. 2.
Hft. In-8% S. 129-256. Berlin (Dûmm-
ler). 3 fr. 25
Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur.
N' 9 Neuvième année. 27 Tévrier 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Étranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67. RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
Le Petit Poucet et la Grande Ourse, i vol. in-i6
, imprimé en caractères elzeviriens. 2 fr. 50
G. PARIS I
BiBLid+H'ÈQUl'ÔE l'École des hautes études
20^ FASCICULE.
•^ ï T T VT np' T T T 17 IVT Institution oratoire. Collation d'un ms.
V^ U 1 IN 1 1 L« 1 iL 1 N du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules
Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de FÉcole des hautes études. 3 fr.
1 8® ET 1 9* fascicules précédemment parus :
Rn Pr T A ^X PT V R î FT ^^"^^ ^^^ ^^^ ^°"^^^ ^
• LJ LLi l_i/\0 1 Cj;^I r\l IL vicomtes de Limoges
antérieurs à l'an 1000. • . , : ^ fr.
Ar\ A D IV/r rr Ç nn X7 T^ T7 X? "^^^^^^ ^^ ^^ formation des
• L-'/^rviVl IliO 1 I_j 1 JL-irv mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr.
Pour paraître très-prochainement :
2i« fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com-
menté par Eugène Grébault, avocat, élève de l'École des hautes études.
PÉRIODIQUES.
The Academy, N" 144, new séries, 6 février. Desnoiresterres, Voltaire et
la Société française au xyiii^ siècle. Voltaire et J.-J. Rousseau. Paris, Didier
(E. F. S. Pattison : forme le VP volume de l'Histoire de Voltaire ; art. très-
élogieux). — C. I. Hemans, Historié and Monumental Rome. London, Williams
and Norgate (C. W. Boase : excellent manuel composé par un archéologue des
plus compétents). — C. M. Ingleby, Shakespeare's Century ofPrayse. London,
Trùbner (R. Simpson : recueil de matériaux pour une histoire de l'Opinion des
écrivains postérieurs à Shakespeare sur cet auteur et sur ses œuvres). — Jahr-
bûcher des fraenkischen Reichs unter Ludwig dem Fromraen. Von.B. Simson.
Ed. I. (Harry Bresslau; cf. Rev. ait., 1874, II, p. 51). — Ciirrent Literaîure
(notes de l'éditeur sur la biographie de Strauss, par Zeller, la grammaire d'éco-
nomie politique de Marriott, la 2^ éd. du Mémoire de John Grey, les Œuvres
complètes de Sheridan). — Notes and News. — Notes of Travel. — The Late
M. Hitzig (T. K. Cheyne). — Paris Letter (G. Monod; notices littéraires). —
Correspondence. The first Book printed in Spain (Winand B. G. Jansen), — A
Pehlevi Ms. recovered (Max Muller). — Our oldest Manuscript and Who mu-
tilated it (P. Le Page Renoue). — Platts, A Grammar of the Hindûstânî or
Urdû Language. London, Allen (E. H. Palmer : recommande cette grammaire,
malgré ses défauts, comme la meilleure parue jusqu'ici). — Science notes (contient
des notes sur la dernière communication de M. de Vogué à l'Académie des
inscriptions, relative à l'inscription phénicienne trouvée à Byblos ; sur la publi-
cation du manuel d'astronomie d'Aryabhafa, par M. Kern, sur l'Introduction au
Nouveau-Testament de M. Hilgenfeld, sur les Jahrbiicher de la faculté de théo-
logie de lena). — Meetings of Societies (Soc. de géographie, d'anthropologie,
royale de littérature, des antiquaires).
The Athenœum, N" 2467, 6 février. Gardiner, A History of England under
the Duke ofBuckingham and Charles the First, 1624- 162 8. 2 vols. Longmans
and Co. (se distingue par la scrupuleuse minutie des détails). — The Odes of
Pindare. Transi, by Ernest Myers. Macmillan and Co. (art. favorable). —
Mr. Wilkin's Edition of the «Georgics» (réponse des éditeurs — Bell and Sons
— kVartkk deVAthen£um du 23 janvier). — Prof. Ferdinand Hitzig (not.
nécrol.), — Sir Philipp Francis in India (R. Garnett). — Bohemian (Slavonic)
Manuscript in the Library of Trinity Collège, Cambridge (A. H. Wratislaw).
— « Fac-similé Reprints, » — Mr. Finlay (not. nécrol.). — The Tomb of
David (Charles Warren). — Orientalia (notes sur divers ms. sanskrits et pra-
krits de l'Hindoustan et sur des monnaies).— Literary Gossip. — Societies (Soc.
des antiquaires, royale de littérature, d'archéologie britannique^ d'archéologie
biblique). -, _^^,j ,;;^„...:'
Literarisches Centralblatt, N' 7, 13 février. Capitolare dei Visdomini del
Fontego dei Tedeschi in Venezia. Zum erstenmal bekannt gegeben von G. Mart.
Thomas. Berlin, Cohn. In-4°, xliij-309 p. — Kaufmann, Die Fasten der spae-
teren Kaiserzeit. Gœttingen, Dieterich. In-8°, p. 235-295 (contient: 1° Les
Fastes d'Idatius; 2° Les fastes de Ravenne). — Otto, Johannes Cochlaeus der
Humanist. Breslau, Aderholz. In-8^ viij-199 p. (cette brochure n'est qu'un
avant-coureur de la biographie que l'auteur prépare depuis de longues années).
— The Aryabharîya éd. by H. Kern. Leiden, Brill. In-8°, xij-107 p. (impor-
tante publication).— CiOFi, Ad. Q^Horatium Flaccum Spécimen observationum.
Rom, Druck von Salviucci. In-8% 108 p. (pour la science allemande « ce qu'il
« y a de bon » dans cette brochure « n'est pas nouveau, ce qu'il y a de neuf
» n'est pas bon »). — Flach, Das System der Hesiodischen Kosmogonie.
Leipzig, Teubner. In-8°, viij-134 P- (a^. développé). — Geiger, Petrarka.
Leipzig, Dunckeru. Humblot. In-S*, x-277 p. (s'adresse au grand public : in-
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 9 — 27 Février — 1875
Sommaire: 40. Aristote, Poétique, p. p. Vahlen, 2' éd. — 41. Du Mesnil-
Marigny, Histoire de l'économie politique des anciens peuples, etc., 2' édit. — 42.
FiERViLLE, Le cardinal Jean Jouffroy et son temps. — 43. Voyages de Pero Tafur,
p. p. JiMENEz DE LA EsPADA. — 44. Dcux chansons sur le passage en Alsace de
l'armée de Navarre en 1 587, p. p. Reuss. — Sociétés savantes : Académie des inscrip-
tions.
40. — Aristotelis de arte poetica liber. Iterum recensuit et adnotatione critica
auxit lohannes Vahlen. Berolini, Fr.Vahlen. 1874. In-8*, xv-2i6p.— Prix : 6fr. 75.
M. Vahlen avait publié en 1867 une édition du texte seul de la Poétique'
constitué d'après les remarques qu'il avait faites en quatre dissertations publiées
dans les comptes-rendus de l'Académie de Vienne (L, 1865 ; LU, 1866; LVI,
1867) et parues sous le titre de Beitrsge zu Aristoteles Poetik. La seconde édition,
dont nous rendons compte, contient les variantes du manuscrit de Paris 1741,
et quelques leçons choisies des autres manuscrits, les textes parallèles à certains
passages de la Poétique; et elle est suivie du fragment sur la comédie publié
par Cramer, des textes d'Aristote {Poliîicjue 1341 a 21, b 32), de Proclus (in
Plaîonis remp. p. 360), de Jamblique (de mysteriis 1,11) relatifs à la xaôapciç
7i:aOY3[;i.aT{j)v, et d'un commentaire grammatical et explicatif de la Poétique.
M. V. s'est attaché uniquement à la constitution du texte, et il ne s'est pro-
posé dans son commentaire que de l'expliquer grammaticalement. On avait déjà
entrevu que le manuscrit de Paris 1741 devait être la base du texte, puisque les
autres manuscrits n'offraient pas de variante de quelque importance, que par
exemple aucun ne donnait nulle part plusieurs mots de suite qui auraient manqué
dans le manuscrit de Paris. M. V. qui a eu à sa disposition les collations de 16
manuscrits croit pouvoir affirmer qu'ils sont tous des copies plus ou moins corri-
gées du manuscrit de Paris. , :-,i , ,, .
Le manuscrit de Paris a été collationné très-exactement et très-minutieuse-
ment; M. V. a donné même les fautes d'accentuation. Dans la constitution du
texte il s'est tenu le plus près possible du manuscrit, se défiant beaucoup des
conjectures proposées par les autres (et en effet il n'en est guère de certaines),
un peu moins des siennes propres, disposé à penser que le texte, quand il n'a
pas aperçu le premier les difficultés, peut être expliqué tel qu'il nous a été
transmis. C'est ce que je vais tâcher de montrer à propos de quelques passages
que j'ai particulièrement étudiés 2.
i. Voir la Revue critique, i8é8, II, 65. Je crois sans nulle vû/z/'/é que l'auteur de l'article
est désigné dans les plaintes amères de M. V. contre les docti homines « qui identidem
» diffitentes se editoris mentem perspicere maluerunt superbi videri quam pusilla sumpta
» opéra cognoscere et de cognita causa ut aequos judices decet iudicare. »
2. Observations philologiques sur la poétique d'Aristote dsins h Revue archéologique, 1863,
XV 9
I ÎO REVUE CRITIQUE
En trois passages (1449 b 9, 1453 b i, 1460 a 1 1) les particules [j/ev ouv
interprétées suivant l'usage des auteurs et d'Aristote lui-même rappellent quelque
chose dont il a dû être traité antérieurement et dont il n'y a plus trace dans le
texte tel que nous l'avons. M. V. a objecté {Beiîrage l, 48) que ouv n'est pas
toujours une particule de conclusion, qu'on ne saurait par conséquent s'en servir
pour admettre une lacune dans le texte et que le premier écrit venu d'Aristote
peut montrer par une foule d'exemples, « jede beliebige Schrift des Aristoteles
» durch viele Beispiele ùberzeugen kann » combien peu une telle conjecture est
fondée. Il répète {Beitr. III, ??8) qu'Aristote emploie ouv pour passer à autre
chose dont il n'a pas encore été question, et il ajoute que, pour en citer un
exemple, on a ainsi admis, à tort, une lacune dans Hlst. anim. 608 b 19 devant
'Kokz]i.oç, [JL£V OUV. Dans l'index de Bonitz, après qu'il a été question de l'emploi
de [xàv ouv au début de l'explication d'une idée antérieurement énoncée, comme
dans Top. I, 104. 105 b 21 et ailleurs, on lit (54°) 5^) • " i"<^Ê paullum deflectit
» usas, ita quidem ut [xàv ouv usurpetur ubi non e superioribus notio explicatur,
» sed prorsus novi aliquid profertur, veluti 'KÔXeixoq [j,6v ojv 608 b 19
» 1460 b 1 1. » On le voit, la foule des exemples se réduit, en dehors de la
poétique, à un seul, à celui de l'histoire des animaux. Tant qu'on n'en aura pas
produit d'autres, je persisterai à penser qu'Aristote n'a pas employé [ih ouv
comme équivalent de M, non par une légère inflexion du sens primitif, mais par
un saut brusque à une signification opposée ; c'est là un fait de langage assez
extraordinaire pour avoir besoin d'être établi par des textes nombreux, d'une
intégrité incontestable : îestis unus, tesîis nullus. En réalité le premier écrit venu
d'Aristote peut montrer par des exemples innombrables que oùv rappelle quelque
chose d'antérieurement énoncé.
Une autre lacune que M. V. s'efforce de nier en interprétant la leçon du
manuscrit, c'est celle qu'indique (XXVI, 1462 a 14) le mot e'zeiTa par lequel
commence le développement des avantages que la tragédie a sur l'épopée. Aristote
établit sa thèse d'abord indirectement, en réfutant l'opinion de ceux qui tenaient
la tragédie pour inférieure à cause de la mimique exagérée des acteurs. Il fait
deux réponses à l'objection : Premièrement (xpwtov [xàv 1462 a 5) ce reproche
tombe non sur la tragédie elle-même, mais sur la manière dont elle est jouée;
en outre (Iti 1462 a 1 1) la tragédie n'a pas besoin d'être jouée pour produire
son effet. Ensuite (è'xeixa 1462 a 14) la tragédie l'emporte (il manque quelque
chose comme otaçépei) parce que etc. S'il n'y a pas de lacune, ^Tteixa est certai-
nement altéré; M. Usener corrige lai S' en sous-entendant xpsÎTTwv qui est
exprimé dans la phrase précédente : ce qui me semble moins conforme à l'usage
que de répéter xpetxTcov en sous-entendant le verbe substantif. Quoi qu'il en
soit, M. V. maintient l'intégrité du texte en donnant exsixa comme le corrélatif
de TrpwTOV [xh (1462 a 5) : ce qui me semble inadmissible, puisque la preuve
indirecte et la preuve directe seraient ainsi confondues, et que c'est ne tenir
II, 281-296. Je crois avoir donné le premier dans ces observations l'explication du texte
1457 b 19 qui jusque-là n'avait pas été bien entendu.
d'histoire et de littérature. 4|1
aucun compte de Ixi (1462 a i\) qui est évidemment le corrélatif de TtpGixov
[/.ev, et qui indique la seconde réponse à l'objection.
Il y a dans le passage (V, 1449 b 9) dont nous avons parlé plus haut une
autre difficulté qui ne me paraît pas levée par l'interprétation. En effet le manu-
scrit de Paris donne : yj \)kv ouv ir^oTzodc/. if^ xpaYwBia [xé/pt [xévou [xéTpou \xe-{iXo^
[xfjAYjaiç £tvai ffzouBatwv i^xoXoûÔYjaev. D'abord on ne comprend pas que l'épopée,
qui, de toutes manières, a précédé la tragédie, la suive; les textes cités par
M. V. ' ne peuvent établir que àxoXouôetv puisse jamais se traduire par « una
» procedere cum ; » suivre ne sera jamais synonyme de marcher avec, ni de
s'accorder avec indépendamment de toute idée de succession. Enfin il me semble
peu naturel et peu grammatical d'entendre le reste ainsi : « commune epicae
» poesi cum tragoedia est solum hoc [jLéxpov [lÀ'^a. (h. e. spatium amplum, fines
» ampli), [x([jLY]ot(; elvai, aTOuSaiwv. » C'est un passage qui, comme tant d'autres
de la Poétique, laisse entrevoir le sens, mais est altéré de telle sorte qu'on ne
peut le restaurer avec vraisemblance. ■- âjàb yiîÊq li-rôr .'jjugdfi'l
Ailleurs (IX, 145 1 b ^ i) Aristote, après avoir dit que le poète n'est poète que
par l'invention de la fable, ajoute : xâv àpa au[).6r\ Y£Vi5iJi.eva ucteiv, oùOev -^ttov
■JCotYjTifii; èaxt • xûv yàp Yî^^P-évcov Ivta cOckv xwXôei TOiauxa elvat oïa. àv etxbç
Y£véa6at y,at cuvaxà Y^vécôat, /.aÔ' 0 èxetvoç aùtwv 'KOtY]TY]ç ècTtv. M. V. fait
observer avec raison que des faits vrais peuvent paraître invraisemblables ou im-
possibles à celui qui ne sait pas qu'ils sont vrais. Mais toute la difficulté n'est
pas levée. On ne voit pas dans notre texte en quoi consiste l'œuvre du poète qui
raconte ou met en scène des faits qui se sont réellement passés, ni la raison du
restrictif Ivia. Le sens exige quelque chose comme : « Même en représentant
» des faits vrais, le poète fait œuvre de poète en les faisant paraître vraisem-
)) blables et possibles. » Je ne vois d'ailleurs aucun moyen plausible d'introduire
ce sens dans le texte.^ ^u^ x^jkvs'îî 8S2 î3 joibnoloïqqii-eôu obuîb sny îitii b li
Je ne puis admettre que dans XIIÏ, 1453 â 24, ceux qui reprochaient à Eu-
ripide de terminer ses tragédies par un dénouement triste commissent la même
erreur que ceux dont Aristote dit incidemment 1 1 lignes plus haut qu'ils préfé-
raient à tort une fable double à une fable simple ; car ce n'est pas du tout la
même erreur et rien n'indique dans le texte qu'Aristote ait voulu rapprocher ces
deux erreurs qui n'ont rien de commun ; les mots xb aùxb sont donc certainement
altérés.
Ailleurs (XV, 1454 a 29) Aristote, après avoir énuméré ce que l'on doit
rechercher dans les mœurs des personnages, donne un exemple de chacun des
défauts que l'on doit éviter eaxiv Sa 7:apaBe(Y|xa TcovYjpfaç [j.£v v^ôouç [/.y; àvaYxaïov
oTov 0 M£véXaoç 6 èv 'Opéax'fj, xoy §£ àTCpsTCoijç xou §£ àvti)[ji.aXou x. x. é. Il
me paraît forcé de maintenir àvaYxatov (qu'il est si facile de corriger en
àvaYxaiaç ou même àvaYxaiou, car l'adjectif était souvent des deux genres dans
la prose Attique), et d'interpréter « exemplum non necessarium, quod facile
I. Encore dans ces textes n'en est-il qu'un (Phys. Ausc. I^ 5. 188 b 26) où le mot
oMVYixoXou8rîxa(7i soit employé; et ce texte n'est pas sans difficulté.
IJJ REVUE CRITIQUE
» evitari potuit ; » le sens force de rapporter l'adjectif à Trovrjpiaç, et non à
TcapâSctYiJ'a : un poète n'a pas à se préoccuper de donner des exemples.
Enfin dans un texte très-difficile (XXV, 1460 b 22-26) M. V. me paraît avoir
résolu heureusement une première difficulté en mettant un point en haut après
^pÛTov [xàv Ta Tupbç. aÙTYjv TTiV T£5(VTQV et en sous-entendant £7utTi[jLYj[;i,aTa Ssï èx
TouTwv £xtc7/,oTïouvTa Xutiv, qui vient d'être exprimé. Mais je ne puis plus le suivre
lorsqu'il ponctue le passage où Aristote dit de la poésie qui représente des choses
impossibles, opOôç e/et, ei xu^/avsi toj TéXouç tou abxriç (to '/àp xéXoç el'p'/îTat),
el ouTtoç èxTcXiQ/.Tiy.wTepov v^, aùxo v^ àXXo xoi&î [/.époç, et qu'il l'entend ainsi :
« il n'y a rien à blâmer, si le poète atteint le but de la poésie (en effet il a déjà
» été parlé plus haut de ce but XXIV, 1460 a 12), c'est-à-dire s'il rend ainsi
» ce passage même ou un autre plus frappant, » D'abord, il n'est pas question
XXIV, 1460 a 12, du but de la poésie, tel qu'il est ici expliqué; Aristote explique
(1460 a 12) comment la poésie épique peut pousser le merveilleux jusqu'à
l'absurde. Ensuite, eût-il parlé déjà du but de la poésie, pourquoi dire ici qu'il
en a déjà parlé, puisqu'il explique immédiatement quel est ce but? que signifie ici
•^ap? on comprendrait « je ne parlerai pas de cela, » ou « je n'en parlerai pas
» plus en détail, car j'en ai déjà parlé; » ou bien : « si le poète atteint le but
» de la poésie, qui, comme il a été dit plus haut, est de etc. » Mais, dans le
texte tel que M. V. le constitue, fàp ne peut indiquer le rapport que le sens
exige entre les deux propositions que cette conjonction doit unir. On a essayé,
dans la vraie direction à mon avis, de corriger en lisant auTî^ç • xo yàp
'zi'koç, euprjTai ou siXT^xTai ou aipstiai, ei outwç y., t. é. mais, ici encore, il faut
reconnaître qu'on ne peut déterminer avec précision la nature de l'altération ni
trouver un remède certain. M. Vahlen a eu raison de suspecter la grécité de to
téXoç £upY]Tai. Car en général ', il connaît très-bien la langue d'Aristote, dont
il a fait une étude très-approfondie ; et ses travaux sur la poétique d'Aristote
abondent en observations précieuses sur l'usage de son auteur.
Charles Thu ROT. -'i
41 . — Histoire de réconomie politique des anciens peuples de l'Inde, de
l'Egypte, de la Judée et de la Grèce, par Du Mesnil-Marigny. Deuxième
édition. Paris, Pion. 1875. 2 vol. in-S», 487-442 p. ,3,-j jç^q'.„ ,„p ^lus
C'est au mois de juin 1872 que nous avons rendu compte ici-même de la
première édition du livre de M. Du Mesnil-Marigny. En apprenant récemment
qu'une seconde édition avait été publiée dès les premiers jours de 1873, nous
avons éprouvé tout d'abord une véritable surprise.
Aucun éditeur français ne songe à réimprimer, en la complétant d'après la
■seconde édition allemande, la traduction faite en 1828 par Laligant de VÉconomie
politique des Athéniens. VËconomie politique des Romains par Dureau de La Malle,
publiée en 1 840, est depuis longtemps épuisée, et il n'est pas question de la ré-
I . Je ne sais pourquoi il n'a pas été arrêté par l'emploi du moyen dans Ta TrpdYM-ata
'oruvîcTTaCTÔai (VI, 1450 a 37).
d'histoire et de littérature. IJ5
éditer. •— Au contraire, V Économie politique des peuples anciens par M. DuMesnil-
Marigny rencontre dans le public une telle faveur que la première édition est
enlevée en une année, et que l'éditeur s'empresse d'en donner une seconde !
Et, cependant, est-ce ce dernier ouvrage qui mérite les préférences des lec-
teurs? Nous croyons avoir prouvé, en 1872, par des exemples frappants, que
M. Du Mesnil-Marigny, loin de faire progresser la science, retarde sa marche,
en nous obligeant à démontrer de nouveau (aufs neue nachweisen) ', contre des
attaques mal fondées, des propositions que l'on était autorisé à regarder comme
certaines.
Aujourd'hui, nous sommes remis de notre première impression; mais elle a
disparu pour faire place à un autre sentiment que nous n'osons pas caractériser.
Les lecteurs n'ont pas été aussi nombreux que nous le pensions, et un artifice a
été employé pour leur recommander le livre. L'Histoire de l'économie politique des
peuples anciens est toujours à sa première édition. Le frontispice a été changé ;
mais le nombre des feuillets est resté le même ; chaque page commence et finit
par les mêmes mots; les fautes d'impression sont identiques, etc
Quelle raison peut porter un auteur à présenter au public comme une édition
nouvelle le reliquat d'une précédente édition? Nous l'ignorons; mais voici le
résultat : La Faculté de droit de Grenoble, sur la foi d'une annonce qu'elle
croyait sincère, vient d'acquérir la prétendue deuxième édition de l'ouvrage de
M. Du Mesnil-Marigny. Elle a affecté une partie des modestes crédits que le
budget lui alloue à un livre qui lui est complètement inutile, et qu'elle se serait
bien gardée de demander si elle avait pu deviner la vérité. Nous espérons que
les lecteurs de la Revue, suffisamment avertis, ne tomberont pas victimes de la
même erreur. E. Caillemer.
42. — Le cardinai Jean Joufifroy et son temps (1412-1473). — Étùdè
historique par Ch. Fierville, docteur ès-lettres, censeur des études au Lycée de
Coutances. Paris, Hachette, 1874. vij-296 p.
Cet ouvrage est l'histoire d'un des diplomates les plus clairvoyants du
XV® siècle. Amené depuis longtemps à l'étude de la personnalité intéressante du
cardinal Jouffroy, M. Fierville a réuni sur ce personnage un grand nombre de
documents et de notes, empruntés d'ailleurs pour la plus grande partie aux
ouvrages imprimés. Il a connu peu de manuscrits, et ceux qu'il a consultés ne
lui ont pas fourni de renseignements importants; tel est le Quintilien de Carcas-
sonne, dont les marges et les feuillets blancs ne lui ont donné que des poésies
assez insignifiantes et les noms des auteurs connus et pratiqués par le cardinal.
En somme, malgré les défauts dont nous allons donner le détail, c'est là une bonne
monographie qui pourrait rendre de grands services, si l'auteur n'avait pas
suivi un plan absolument défectueux.
Jean Jouffroy, cardinal de Saint-Martin in Montibus, évêque d'Arras, puis
i. C'est le jugement que nous trouvons exprimé, à propos de notre compte-rendu du
livre de M. Du Mesnil-Marigny, par Baehr, dans sa cinquième édition des Staatsalterthùmer
d'Hermann, 1874, § 126, note 11.
I 34 REVUE CRITIQUE
d'Albi, abbé de Saint-Denis, de Saint-Sernin, de Caunes et de Bonnecombe fut
conseiller et favori de Louis XI et ami du duc de Bourgogne, Philippe le Bon.
Franc-Comtois de naissance, il fut un de ces prélats diplomates, si nombreux
aux XV® et xvi« siècles, pour lesquels les dignités de l'église n'étaient qu'un
moyen d'arriver plus facilement aux honneurs du siècle. N'ayant en politique
guère plus de scrupules que le dernier de ses maîtres, il sut abandonner à
temps la cour de Bourgogne, se rallier à la fortune naissante de Louis XI et
jouer un rôle important dans toutes les grandes affaires de son temps. Ce n'était
donc pas un prélat pieux, un abbé exemplaire que M. F. avait à étudier, c'était
un politique hardi et entreprenant, un intrigant consommé, un courtisan
habile. L'auteur aurait dû, reléguant dans l'ombre l'érudit et le dignitaire de
l'église, nous montrer l'activité de Jouffroy s'étendant de jour en jour, nous faire
comprendre comment, dans ces dignités accumulées, le cardinal de Saint-Martin
ne voyait qu'un moyen d'accroître son influence, d'augmenter l'importance
de son rôle. De là la nécessité de suivre dans l'exposition l'ordre chronologi-
que, en nous montrant ^dans chaque nouvelle commende la récompense d'un
nouvel effort et le moyen d'atteindre plus haut. Au lieu de cette division claire et
naturelle, que trouvons-nous .'' Après'un résumé de quinze pages rappelant les prin-
cipaux faits de la vie de son personnage, M. F. considère successivement en lui
l'abbé commendataire, l'évèque, le cardinal. Un autre chapitre étudie son rôle au
concile de Ferrare, son ambassade à Rome, ses entreprises contre la Pragma-
tique Sanction, ses actions en France à la cour de Louis XI et la part qu'il prit
à la guerre du Bien public, enfin une dernière division nous parle de Jouffroy
savant et bibliophile. Aucune unité dans le récit, répétitions perpétuelles,
confusions, tels sont les principaux inconvénients de cet ordre singulier.
Nous reconnaîtrons d'ailleurs volontiers qu'à part ce défaut capital, les recher-
ches sur chaque partie du sujet sont aussi complètes que possible, la mise en
œuvre satisfaisante et que chaque chapitre forme en lui-même un tout complet,
mais ce n'est pas là un ouvrage, ce n'est qu'une collection de monographies.
Outre cette critique de fond, nous adresserons encore à l'auteur quelques
observations de détail. Parmi les sources qu'il a consultées il en est une, à
laquelle il a, croyons-nous, attribué une importance exagérée ; ce sont les
discours officiels prononcés par Jouffroy en diverses occasions, discours auxquels,
en dépit de l'enthousiasme de M. F., nous ne pouvons accorder aucune impor-
tance ; ils peuvent être de quelque intérêt au point de vue littéraire, pour nous
montrer comment les lettrés du xv® siècle comprenaient et traitaient l'antiquité ;
mais chercher des renseignements historiques dans ces discours en beau latin,
émaillés de citations, de sentences et d^exemples, c'est ce qu'on ne saurait faire,
et M. F. a eu grand tort de les donner en appendice. A propos de ces compo-
sitions littéraires, nous relèverons encore les détails trop abondants dans lesquels
l'auteur est entré quand il a .voulu en apprécier le mérite oratoire ; l'utilité de
ces détails est nulle et ces discours pourraient tout au plus être donnés comme
exemples à des élèves de rhétorique; ils y trouveraient des modèles accomplis, des
phrases en excellent latin et vides de sens.
d'histoire et de littérature. (35
Il ne nous reste plus qu'à parler des pièces justificatives qui terminent le
volume; elles sont en général peu intéressantes et se composent presque unique-
ment de poésies insipides et des discours politiques de Jean Jouffroy. Ajoutons-y
quelques lettres, dont deux ont pu être collationnées par nous sur les manuscrits
de la B. N. ; dans ces deux pièces la correction du texte laisse un peu à désirer.
— N° I (p. 241), lettre de Jehan Josier de Sancerre à Louis XI, du 16 mai
1462, nombreuses variantes orthographiques, et de plus : licencié en droit;
corrig. licentié en décret; — à sa {sic) collation, corrig. à la collation. — N" V
(p. 246), lettre latine de JoufFroi à Pie II; i*"" paragraphe, lig. ult. après condi-
tione, ajouter : dispositionem ecclesiarum causarumque cognitionem ; ce membre de
phrase est indispensable au sens. — 3^ parag., ligne 2 : rependit, corrig.
refundit: ligne 4 : profici, corrig. perfici. — 4* parag., ligne 4 : temporis (sic),
lisez îemporibus. — Page 247, ligne 2 : Guarineti, corr. Guarmeti.
On voit, par toutes ces critiques sur l'exécution du livre et sur la disposition
des matières, que l'histoire de Jean Jouffroy laisse fort à désirer, ce qui ne l'em-
pêche pas d'être un utile répertoire de faits pour l'histoire politique du xv* siècle.
Un meilleur ordre dans l'arrangement des parties en eût fait un livre vraiment
bon '. A. MoLiNiER.
43. — Andanças é viajes de Pero Tafur por diversas partes del mundo avidos
(1435-1439). Madrid, libreria de Murillo. 1874. xxvij et 618 p. in-S" (t. VIII de la
Coleccion de libres espanoks raros 6 curiosos^).
M. le marquis de la Fuensanta del Valle et M. Sancho Rayon viennent encore
d'enrichir leur intéressante collection d'un nouveau texte inédit. Ce texte est la
relation d'un voyage « dans diverses parties du monde » accompli dans la pre-
mière moitié du xv* siècle par Pero Tafur, un gentilhomme de la cour de Juan II.
Il est publié ici par M. Jimenez de la Espada qui l'a fait suivre d'un vocabulaire
géographique, de deux cent quarante-huit pages, en petit texte, de notes bio-
graphiques et critiques, enfin d'un glossaire des mots rares ou difficiles. Cette
relation de voyage, qui n'avait été que citée par quelques historiens ou biblio-
graphes espagnols des xvi^ et xvii" siècles?, méritait certainement d'être inté-
gralement publiée. Ce n'est pas que le récit de Tafur abonde en renseignements
nouveaux propres à compléter certains chapitres de l'histoire de la géographie
au moyen-âge, car les pays les plus excentriques visités par le voyageur espagnol
1 . En fait d'erreurs de détail, nous n'en relèverons qu'une seule assez singulière. Page
203, M. F. suppose qu'un récit de La Faille, auteur des Annales de la ville de Toulouse
(1687), a été copié par De Serres (Véritable inventaire) et par Mézeray. La Faille est pos-
térieur à de Serres de près d'un siècle et de }o à 40 ans à Mézeray.
2. Nous rendrons compte des tomes V, VI et VII quand nous les aurons reçus.
3. C'est à tort que M. J. de la E. accuse N. Antonio d'avoir prétendu que Argote de
Molina avait /au /'é/og« de Tafur dans sa Nobkza de Andalucia. L'illustre bibliographe dit
très-exactement: a Hune et consulebat Gundisalvus Argote de Molina, siquidem in libris
» suis, quos ad manum habuit, cum Beûccz Nobilitatis conficeret commentarios , Petrum
n Tafur laudat (c.-à-d. il le cite dans la liste de ses sources). » Voy. Bibl. hisp. vêtus II,
254.
136 REVUE CRITIQUE
sont simplement la Crimée; la Syrie et les îles de la Méditerranée; mais le ton
par moments presque humoristique de la narration (une rareté pour l'époque),
l'intérêt qui s'attache aux personnages que Tafur a rencontrés, ou du moins pré-
tend avoir rencontrés, dans ses pérégrinations, font en somme du journal de
l'aventureux chevalier une œuvre historique d'une certaine importance qui peut
revendiquer une place honorable parmi les nombreuses productions de la prose
castillane au XV* siècle.
Avant d'examiner avec quelques détails le voyage de Tafur il importe de
s'arrêter un instant à l'introduction de l'éditeur. Dans ces pages préliminaires
M. J. de la E. se plaint avec raison que des relations de voyageurs espagnols
antérieurs à la découverte de l'Amérique on n'ait publié jusqu'ici que la relation
de l'ambassade de Ruy Gonzalez de Clavijo au grand Tamerlan, et cependant,
nous dit-il, « deux relations de ce genre ont eu l'heureuse fortune de se con-
» server jusqu'à nous. » La seconde est celle de Tafur. La première, d'après
M. J. de la E., est anonyme; elle a dû être écrite dans la première moitié du
xiv' siècle (l'auteur donne l'époque exacte de sa naissance : 1 1 septembre 1 304),
« elle traite du monde connu alors et même de quelques pays qu'on croit avoir
» été découverts à des époques très-postérieures, beaucoup de ses para-
» graphes se réduisent à une énumération , qui est bien dans la nature d'un iti-
» néraire, des villes, des montagnes et des rivières d'une contrée. L'emploi fré-
» quent que fait l'auteur de l'impératif saheî en s'adressant à ses lecteurs, la
» symétrie des chapitres qui se terminent sans exception par la description des
» armes ou des signes symboliques (senales) de chaque état, signes qui sont
» peints à la fin du texte, donnent à cet ouvrage le caractère d'un traité de
» géographie décoré d'ornements héraldiques, plutôt que celui d'une relation de
» voyage. » Viennent ensuite l'analyse et des extraits de quelques parties de ce
livre dont M. J. de la E, déclare connaître trois manuscrits ' du xv* siècle qui
lui ont servi à établir un texte correct. Avant de remettre son manuscrit à l'im-
primeur M. J. de la E. fera bien de se mettre au courant de certaines questions
de géographie historique qu'il traite ici un peu légèrement. Il s'est même com-
promis aujourd'hui en attribuant à ce texte une valeur qu'on lui a contestée à
quatre reprises au moins, car il s'en faut que ce traité de géographie soit aussi
ignoré qu'il veut bien le croire. S'il s'était avisé d'ouvrir VHistoire de la première
descouverte et conqueste des Canaries faite dès Van 1402 par Messire lean de Bethen-
court escrite du temps mesme par F. Pierre Bontier.... et lean le Verrier, etc.
Paris, 1630, il n'eût pas manqué de reconnaître que certains extraits (insérés
aux ch. LV à LVIII) d'un livre attribué par les deux ecclésiastiques français à
un frère « mendeant espagnol « répondent exactement à divers passages de son
texte inédit 2. Bergeron, dans les remarques dont il a accompagné le livre de la
1 . Un de ces mss. se trouve sans doute à la Bibl. nationale de Madrid. Vindice de cette
bibliothèque {Ensayo de una bibl. esp. de libros raros 6 car. t. II) mentionne une Descrip-
cion de Espaha, .Europa y parte de Asia por un anônimo del S. XIV, con las divisas itumi-
nadas (Aa 1 58) qui paraît répondre au texte de M. J. de la E.
2. Qu'on en juge par le passage suivant (p. xiij) : « é andodimos despues que parti-
d'histoire et de littérature. 1 37
conquête de Bethencourt, a été assez frappé de l'inexactitude et de l'incohérence
des données géographiques et historiques de cet extrait pour noter par exemple
un fait comme « faux mais pardonnable, selon l'ignorance du temps » et pour
reconnaître à un autre endroit que « toute ceste géographie est fort embrouillée
» et incertaine. » Bien plus, les rédacteurs eux-mêmes, Bontier et Leverrier,
déclarent qu'ils taisent certaines « choses merveilleuses « racontées par leur
moine de la ville de Mêlée « pour plus brièvement passer outre et pour doute que
» se ne semblast au lisant estre mensonges. » Et en effet comment croire à la véra-
cité d'un homme qui déclare avoir traversé l'Afrique à la hauteur du 20° de
latitude nord environ, et qui ne trouve à raconter sur ces contrées tout à fait
inconnues alors qu'une série d'historiettes étrangères aux localités décrites,
comme celle des « fermis qui tiroient gravelle d'or ? » On sent bien qu'on n'a point
affaire ici à un récit d'exploration semblable à ceux que nous ont laissés les
grands voyageurs arabes, mais à une compilation inspirée d'une part par l'étude
d'une carte du temps (analogue à la carte catalane de 1375) et empruntée de
l'autre au trésor commun des légendes qui circulaient au xiv® s. sur les pays
inconnus de l'Afrique. La critique moderne a du reste formulé son opinion sur
cet étrange traité. M. 0. Peschel, qui dans sa Geschichte des Zeitalîers der Entde-
ckungen s'était borné (p. s 8) à citer sans commentaire quelques passages du
moine espagnol, a reconnu dans un autre ouvrage (Geschichte der Erdkunde,
p. 174 note) que l'extrait de cette relation contient « tant de choses ineptes
» qu'on ne se sent pas tout à fait à l'abri d'une mystification. » De son côté
M. H. Major, qui dans sa nouvelle édition de la conquête de Bethencourt ' a dû
s'occuper du passage en question , s'est prononcé catégoriquement contre l'au-
thenticité de l'ouvrage du franciscain espagnol (en tant que relation de voyage 2).
p mos de! rio del Oro muy gran camino guardando siempre !a ribera , é dejamos atras
» las Islas Perdidas, é fallamos una ysla muy grande poblada de muchas gentes, é de-
» zianle însula Gropis, é era bien abondada de todos los bienes, salvo que las gentes eran
» ydolatrias, é llevaronnos â todos ante su rey é maravillôse mucho de nos é de nuestra
» fabla é de nuestras costumbres .... (les points sont dans le texte) Partimos de la
» însula Gropis é tomamos camino contra el Levante por el mar meridiano, e fallamos
» otra ysla que dizen Quyble, é esta ysla ... (de même ici) es ya en el mar meredionai,
» é es poblabla de gentes negros, é dexâmosia â man derecha é tomamos après de la
» ribera, é paresçiô un monte muy alto que dezian Alboch, etc. » Voici le texte français
qui naturellement abrège : « Puis se partirent de là et tindrent le chemin selon le rivage
» de la mer et trouvèrent une isle moult bonne et riche où ils firent grandement leur
» proffit, qui s'appelle isle Gulpis, là sont les gens idolâtres, et de là se partirent et alle-
» rent plus avant et trouvèrent une autre isle qui s'appelle Caable et la laissèrent à main
» dextre. Et puis trouvèrent une montaigne en terre terme moult haulte et moult abon-
» dante de tous biens qui s'appelle Alboc, etc. » Hist. de la prem. desc, etc. ch. LVII.
i. The Canarian, or, book of the comjuest and conversion oftheCanarians in the year 1402,
by messire Jean de Bethencourt, etc., translated and edited by Richard Henry Major. Lon-
don. Printed for the Hakluyt Society. 1872. In-8°.
2. Voy. 1. c. p. 102 note : « This history of the Mendicant Friar is a confused em-
» bodiment of the geographical traditions of the period.» Et plus loin (p. 107 n.), après
avoir cité un passage d'Edrisi mal compris par le moine, M. Major ajoute : «The reader
» has only to recognise in the mendicant friar's language, as he easily may do, a rechauffé
» of the confused geography of Edrisi, not losing sight of the good friar's stumble over
» the référence to the Euphrates, to judge whether the fear of the narrator (Bontier et
» Leverrier) as to his crédit for veracity is a reasonable one. »
138 REVUE CRITIQUE
Ces appréciations si peu favorables que nous venons de citer édifieront sans
doute M. J. de la E. sur la valeur du texte qu'il est impatient de nous faire con-
naître. Nous ne voulons pas dire par là que le projet de publication de ce traité
géographique doive être abandonné, il se peut que ce moine ait recueilli quelques
renseignements intéressants dont l'importance pourra être déterminée par les
critiques spéciaux, mais il est indispensable que l'éditeur se rende un compte
exact de la nature de l'ouvrage qu'il désire produire au jour et qu'il ait recours
aux ouvrages qui pourront le mettre au courant de l'état des connaissances
géographiques au xiv* siècle. L'inexpérience de M. J. de la E. en des matières
qui devraient lui être familières s'est encore trahie dans cette introduction. A
propos d'un passage de son géographe anonyme où il a cru voir une allusion
aux Vivaldi, M. J. de la E. sépare encore l'expédition de ces derniers pour trou-
ver la route des Indes Orientales (qu'il place en 1287) de celle de Theodosio
Doria (à laquelle il assigne la date de 1292). Et pourtant le passage des annales
de Jaques Doria, seul témoignage contemporain et digne de foi qui prouve qu'il
n'y a eu qu'une seule expédition dirigée par les frères Vivaldi et par Doria, et
cela en 1291, a été publié par M. Pertz dans un travail spécial {Der slîeste Ver-
such zur Entdeckung des Seewegs nach Osîindien, Berlin 1859, traduit dans les
Nouvelles annales des voyages. Septembre 1859, p. 257-272), reproduit par
M. d'Avezac dans des notes additionnelles au mémoire de M. Pertz (^Nouv.
annales des voy. Sept. 1859, p. 273-289) et enfin compris dans l'édition défini-
tive de ces annales {Monumenta Germ. hist. script, t. XVIII, p. 3 3 5). Il est ensuite
à désirer que M. J. de la E. se livre à quelques recherches pour découvrir le
nom de l'auteur de son traité ' . Un franciscain né « dans le royaume de Castille,
» le 1 1 septembre 1 304, » compilateur d'un ouvrage de géographie qui a sans
doute joui d'une certaine popularité, puisqu'il nous en reste trois copies, doit au
moins avoir été honoré d'une mention dans une des nombreuses biographies
franciscaines des provinces d'Espagne.
Revenons à Pero Ruiz Tafur. Ce chevalier voyageur de la cour de Juan II,
dont M. J. de la E, n'a pas réussi à reconstituer bien exactement l'état civil,
descendait d'une famille établie à Cordoue. Lui-même paraît être né à Séville;
en tous cas il a vécu longtemps dans cette ville et s'y est créé de nombreuses
relations. Le voyage dont il nous a laissé le récit a duré quatre ans, de 1435 à
1439, à peu près. A peu près, car un défaut de concordance entre les dates de
certains événements mentionnés au début du récit s'oppose malheureusement à
la détermination plus précise de l'époque à laquelle il a quitté l'Espagne. Après
avoir parcouru les côtes du nord-ouest de l'Italie et visité l'Italie du centre, il
s'embarque à Venise pour la Terre-Sainte qu'il quitte bientôt pour se rendre en
Chypre, de là au Caire et au mont Sinaï. Puis il retourne en Chypre pour passer
ensuite en Turquie et en Crimée, d'où il revient à Venise en stationnant dans les
i. Peut-être est-il question du moine espagnol et de son oeuvre dans les Noticias de la
historia gênerai de las nias de Canaria de José de Viera y Clavijo, mais nous n'avons pas
pu nous en assurer, car le tome premier de cet ouvrage important manque à la Biblio-
thèque Nationale. ,
d'histoire et de littérature. 130
diverses îles de la Méditerranée. De retour en Italie il franchit les Alpes, traverse
la Suisse, longe les bords du Rhin, visite la Flandre et le Brabant, revient à
Bâle et se rend de là en Bohême et en Autriche. Il se rapatrie enfin par Venise,
la Sicile et la Sardaigne,
Tafur n'est point un écrivain. Convaincu que l'intérêt du sujet le dispensait
de toute recherche de style il s'est borné simplement à faire l'énumération de ses
impressions de voyage. Ces impressions sont celles du premier moment : Tafur
n'est pas un observateur bien pénétrant, il ne cherche pas à s'expliquer les causes,
même les plus immédiates, des phénomènes naturels, moraux ou politiques qui
le frappent; mais dans les jugements qu'il porte sur les mœurs et les coutumes des
pays qu'il a visités on reconnaît un homme de bon sens, curieux et qui n'est pas
par trop crédule. Lorsqu'on lui montre à Nuremberg la lance « qui est entrée dans
» le côté de notre Seigneur, » son respect pour les reliques ne l'empêche pas
de répondre sans ambages « qu'il l'a déjà vue à Constantinople, » réponse qui
attire sur lui la colère des Nurembergeois. Comme Tafur prétend être entré en
relations directes avec tous les souverains des pays qu'il a traversés et avoir été
témoin d'événements qui ont marqué dans l'histoire, il est facile dans beaucoup
de cas de contrôler ses assertions. M. J. de E. ne s'est pas dérobé à cette tâche,
il a compris que le devoir de tout éditeur sérieux est non -seulement de publier
un texte correct, mais encore de déterminer la valeur de ce texte par une véri-
fication soigneuse des faits qu'il contient.
S'il est un reproche qu'on soit autorisé à faire à l'éditeur de Tafur c'est d'avoir
donné à certains articles de son commentaire historique un développement exa-
géré, d'y avoir compris quantité de choses qui ne contribuent nullement à
l'intelligence plus complète de tel ou tel passage de ce voyage. Ainsi à propos
d'une légère allusion à Alphonse V d'Aragon, M. J.deE., inspiré par la grandeur
du sujet et par un sentiment d'admiration très-légitime pour son illustre compatriote,
a laissé courir sa plume : il a écrit sept pages là où quelques lignes eussent suffi.
On pense bien qu'il ne nous a pas été possible de vérifier page par page la
relation de Tafur, ni même de nous assurer de l'exactitude de toutes les notes de
l'éditeur. Pour être fait consciencieusement ce travail de vérification demande-
rait un temps dont nous ne pouvons pas disposer. Nous n'insisterons donc ici
que sur deux passages dont l'un au moins n'est pas sans importance pour la cri-
tique de l'œuvre de Tafur. Après avoir passé trois jours au monastère de Sainte-
Catherine du mont Sinaï, Tafur, désireux de se rendre en Inde, va en suivant le
bord de la mer Rouge à la rencontre de la caravane qui arrivait chargée des
trésors du pays des merveilles. Au nombre des voyageurs de la caravane se
trouvait le Vénitien Nicolo Conti (Nicolo de Conto) avec sa famille qui entre
aussitôt en relations avec Tafur et le dissuade de continuer son voyage en Orient.
Tafur se laisse persuader par le marchand vénitien et revient avec lui au Caire.
Pendant le trajet Nicolo Conti raconte au chevalier espagnol sa vie aventureuse,
notamment sa conversion forcée, et s'étend longuement sur les merveilles de
l'Inde. M. J. de la E. a déjà remarqué que le récit de Conti, tel que nous l'a
conservé Tafur, ne s'accorde pas sur la plupart des points avec la relation de
140 REVUE CRITIQUE
ces mêmes aventures écrites en latin par Poggio, secrétaire du pape Eugène IV,
sous la dictée, pour ainsi dire, de Conti lui-même'. S'il est admissible que
Poggio ait amplifié les renseignements qui lui étaient fournis par Conti, il n'avait
en tous cas aucune raison pour les dénaturer. Or, les différences qui séparent
les versions de Poggio et de Tafur sont telles qu'il nous semble impossible
d'admettre l'une sans rejeter entièrement l'autre. Si le récit de Poggio est exact (^il
est difficile qu'il ne le soit pas) nous ne serions pas éloigné de croire que Tafur
a inventé une rencontre avec le célèbre marchand vénitien pour donner plus d'in-
térêt à sa narration. Le passage en question mérite donc d'être examiné à nou-
veau et de très-près.
L'autre passage n'a pas la même importance, aussi nous y arrêtons-nous
plutôt pour apporter quelques rectifications aux notes de l'éditeur que pour
constater l'exactitude de Tafur. Ayant appris à Bâle que le cardinal de San
Pedro, Juan de Cervantes, prenait les eaux à Baden en Argovie (estava en las
Alpes en Sabada, que dizen los Santos Banos, que son de agua calienté), Tafur
s'empresse d'aller rendre visite à ce compatriote, comptant du reste profiter de
son séjour à Baden pour se guérir d'une vieille blessure. Tafur parle à ce propos
d'un monastère situé près de Baden nommé Maristella où le cardinal de San
Pedro avait fait construire des étuves. M. J. de la E. a pensé que Maristella
pouvait être pour Maria-Stein (près de Bâle). Marlsstella est le nom d'une abbaye
cistercienne assez connue du diocèse de Constance, située aux portes de Baden
sur la Limmat, et dont le nom vulgaire est Wettingen (voy. le Gallia christiana,
V, 1090). La chute d'eau par-dessus laquelle on faisait passer les bateaux en les
retenant avec des cordes, tandis que les voyageurs étaient obligés de descendre
à terre, et qui se trouve, selon Tafur, près d'une ville sur la route de Baden à
Bâle, n'est pas la chute du Rhin à Schaffouse, ainsi que M. J. de la E. est
disposé à le croire, mais le Hoellenhaken, autre chute de la même rivière près de
Rheinfelden. Tafur raconte avec une certaine surprise qu'il a vu à Baden « les
)) hommes et les femmes entrer tout nus dans le bain et y faire beaucoup de
» jeux et y prendre beaucoup de boissons selon la coutume du pays. » Du
reste, en homme qui a beaucoup voyagé et qui prend son parti des vicissitudes
de ce monde, il ne tarde pas à se familiariser avec les coutumes du pays : on
pourra même lire dans le texte les plaisanteries auxquelles il se livre avec les
suivantes d'une dame de Cologne, venue en pèlerinage à Marisstellapour obtenir
la délivrance d'un frère prisonnier en Turquie.
I . Cette relation qui constitue le quatrième livre du traité De vanetate fortuna de Pog-
gio, si elle n'a pas été imprimée à la fin du XV' siècle (l'existence d'une édition de 1492
est fort douteuse), était du moins assez répandue à l'état de manuscrit vers la même
époque pour avoir été comprise dans un recueil de voyages imprimé en portugais à Lis-
bonne en 1 502 (Marco Paulo. Ho l^vro de Nycolao K£«efo,etc. Lysboa 1 502). On a du De
varietate fortuna une édition de Pans 1723 , et le quatrième livre qui contient la relation
de Conti a été réimprimé avec des notes par M. F. Kunstmann, Die Kenntniss Indiens im
XV Jahrhunderte, Mùnchen, 1863, in-8' p. 54 à 66. La Bibliothèque Nationale ne pos-
sède pas l'ouvrage de M. A. de Gubernatis Memoria intorno ai viaggiatori Italiani nelle
Inde Orientali dal s. XIll a lutta il XVI, Firenze 1867, qui contient peut-être quelques
faits nouveaux sur le voyage de Conti.
d'histoire et de littérature. 141
En somme, bien que l'impression que laisse la lecture du voyage de Tafur
soit généralement satisfaisante, nous ne nous sentons pas encore en état de
porter un jugement d'ensemble sur la véracité de l'auteur et l'exactitude de ses
rapports, car beaucoup d'assertions du chevalier espagnol demandent à être
confirmées par d'autres sources. Mais la tâche n'est pas aisée. Il est clair par
exemple que la présence d'un chevalier espagnol, sans mission officielle, à la
cour du duc de Bourgogne ou de l'empereur d'Allemagne devait passer assez
inaperçue. Ce n'est donc pas dans les histoires générales des pays parcourus par
Tafur qu'on peut espérer trouver une mention confirmant le séjour du voyageur
espagnol en tel lieu ou sa rencontre avec tel personnage. En fouillant les chro-
niques de l'époque on arriverait sans doute à déterminer assez exactement la
valeur de la plupart de ses témoignages^ mais un travail de ce genre demanderait
un temps considérable : il ne pouvait être entrepris par l'éditeur qui n'aurait pas
trouvé dans les bibliothèques de son pays des ressources suffisantes.
Il ne nous reste plus qu'un mot à dire de l'édition. Le manuscrit unique, du
xviii« siècle, qui a servi à M. J. de la E. est conservé à la BibHothèque Patri-
moniale; il provient du Colegio mayor de S. Bartolomé de Cuenca à Salamanque.
A part quelques lacunes de peu d'importance cette copie paraît avoir été exécu-
tée avec soin et nous avoir conservé l'ouvrage de Tafur dans un état assez
satisfaisant. L'éditeur s'est borné à corriger les fautes évidentes et à régulariser
l'orthographe. Le glossaire que nous avons signalé plus haut a été rédigé avec
intelligence, nous ne trouvons à reprendre qu'une étymologie dépourvue de
toute valeur (il s'agit du mot en, abréviation de dominas que M. J. de la E. tire
de l'arabe) et l'omission des formes intéressantes regi5f/r, registencia (y oy. p. 184,
219, 279) p. resistir, etc. Voici enfin quelques fautes d'impression qui n'ont pas
été relevées dans l'erratum. P. 84, 1. 4 du hzsfasta, 1. fnsta; p. 118, 1. 4 du
bas aman, 1. a man; p. 185, 1. 9 du bas ase, 1. a se; p. 224, 1. 14 ôvoso,
1. ôvose; p. 249, 1. 8 enîendor, 1. entender;^. 2C)^, 1. 14 de que, 1. deque.
Alfred Morel-Fatio.
44. — Z-wei Lieder ûber den Diebskrieg, oder Durchzug des Navarrischen
Kriegsvolkes im Elsass (1587) mit historischer Einleitung und ungedruckten Beilagen,
von D' Rudolph Reuss. Strassburg, Noiziel. 1874. In-S", xv-iji p. — Prix : 4 fr.
Ce petit livre est ce qu'on appelle en Allemagne une Festschrift. M. Reuss a
voulu célébrer à sa manière le 70"* anniversaire de la naissance de son père, le
docte professeur de théologie si estimé de toute l'Europe savante. Prenant occa-
sion de deux chansons retrouvées par Ijai dans les archives de l'église de Saint-
Thomas, il a écrit en allemand, mais avec toutes les qualités de style et de com-
position que l'Alsace lettrée doit à son éducation française, l'histoire d'une des
nombreuses calamités qui font de notre pauvre province l'une des grandes vic-
times historiques de l'Europe. Il s'agit de l'expédition organisée dans la Basse-
Alsace en suite du traité conclu à Friedelsheim, le 1 1 janvier 1 587, entre le roi
de Navarre et le comte-palatin du Rhin Jean Casimir, pour porter secours aux
142 REVUE CRITIQUE
protestants de France, et qui n'eut d'autre résultat que la défaite des Allemands
sous les coups du duc de Guise à Vimory, en Gâtinois, et à Aulneau, au pays
Chartrain. On peut se figurer les souffrances du pays pendant les longues semaines
qui s'écoulèrent entre la fin du mois de juin jusqu'à la mi-août, — depuis l'arrivée
du corps du duc Guillaume-Robert de Bouillon, jusqu'au départ des 30000 soldats
sous les ordres du comte de Dohna. M. Reuss n'a rien négligé pour donner à
son récit toute l'exactitude, toute la vérité possibles. Je ne crois pas qu'il se
trouve, parmi les sources imprimées, un seul témoignage contemporain dont il
n'ait pas fait son profit, et je ne vois pas davantage quel document inédit nos
archives pourraient, quant à présent, lui fournir encore. Dans son introduction il
a esquissé d'un crayon rapide les faits de l'histoire générale auxquels se rattache
cet épisode particulier; il a mis les acteurs en scène, expliqué les intérêts que
chacun personnifiait, les causes qui ont fait avorter d'aussi grands préparatifs.
Strasbourg est comme le centre de ce récit, tant son rôle fut considérable. En
dépit de sa neutralité apparente, cette ville ne pouvait se désintéresser des efforts
que faisaient les Huguenots pour vaincre la Ligue. Mais c'était là une connivence
plutôt morale qu'effective, et en rendant la grande métropole protestante de
l'Alsace responsable des excès dont ils étaient victimes, les vassaux catholiques
de l'évèque témoignaient plutôt de leurs passions religieuses qu'ils ne rendaient
hommage à la vérité. Les deux chansons que M. Reuss a publiées et qui, sous ce
rapport, rendent bien l'impression ressentie par les contemporains, ne sont pas
les seuls documents dont il a appuyé son texte : il y a ajouté de nombreuses
pièces justificatives, et, ce qui n'est pas à dédaigner pour les travailleurs, une
bonne table des noms propres.
Pour résumer mon opinion sur le travail de M, Reuss, je dirai que c'est une
page définitivement écrite de notre histoire, et qu'il serait à désirer qu'on y posât
plus d'un jalon de ce genre.
X. MOSSMANN.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 1 9 février 1 87 5 .
M. de Sainte Marie adresse à l'académie une lettre contenant des détails sur
les fouilles qu'il dirige en Tunisie et sur les dernières découvertes qu'elles ont
amenées;
M. Ch, Giraud, de l'académie des sciences morales et politiques, commence
la lecture d'un mémoire sur les tribuni militum a populo, en réponse à celui que
M. Duruy a lu sur la même question à la séance du 29 janvier dernier. Il est
d'accord avec M. Duruy pour repousser les opinions antérieurement émises au
sujet de ces tribuns. Mais il ne trouve pas que M. Duruy ait réussi à démontrer
que les tribuni militum a populo fussent autres que les tribuns militaires élus dans
les comices romains, et qu'ils eussent le caractère de fonctionnaires municipaux
d'histoire et de LITTÉRiTURE. I45
que son système leur attribue. — Le tribun militaire, sous la République, était
le chef de la tribu armée, c'est à dire de la légion. De bonne heure on donna à
chaque légion 6 tribuns commandant alternativement chacun pendant deux mois.
Primitivement la nomination des tribuns appartenait au commandant en chef de
l'expédition. Puis ce commandement, très-important quoique temporaire, devint
l'objet de l'ambition des plébéiens, qui obtinrent d'abord pour eux-mêmes l'ad-
missibilité au tribunat, puis en l'an J94 de Rome l'élection des tribuns par les
comices. Maiscommece système présentait de graves inconvénients on en sus-
pendit plusieurs fois l'application, puis on finit par adopter une transaction en
vertu de laquelle les tribuns seraient élus pour moitié, et pour l'autre moitié'
nommés par les consuls. Il en fut ainsi jusqu'à la fin de la République; les tri-
buns élus affectaient la primauté sur leurs collègues nommés. Salluste appelle
leur dignité îribunatum militum a populo. Selon M. Giraud le tribunat électif ne
disparut pas avec la République; il continua d'exister après l'établissement du
régime impérial jusque sous les Flaviens. Il n'est pas exact, comme l'ont dit
Orelli et M. de Boissieu, que cette élection ait été rendue impossible par la
suppression des comices : les comices législatifs furent seuls supprimés sous
Tibère, les comices électoraux durèrent beaucoup plus longtemps : Tacite et
Pline le jeune témoignent que des comices pour l'élection des magistrats furent
tenus sous Vitellius et sous Trajan. Il est vrai que ce n'était plus alors qu'une
forme vaine, mais cela suffit pour expliquer un titre officiel. Rien n'autorise donc
à attribuer aux mots tribunus militum a populo, sous l'Empire, un sens différent
de celui qu'ils avaient sous la République. — M. Giraud passe ensuite à l'examen
détaillé des textes où sont mentionnés des tribuns militaires a popu/o. Le premier
qu'il étudie est une inscription de Vérone (n° 1 87 du musée de cette ville), où
un personnage est qualifié tribunus militum a populo, prdfectus ec^uitum, ponîifex
et ejuatuoruir. Cette dernière qualification, n'étant pas suivie des mots iuri dicundo,
indique que le monument est antérieur à la loi Rubria, de l'an 7 1 1 de Rome,
qui conféra aux quatuorvirs de la Gaule cisalpine le plein exercice de la juridic-
tion. M. Giraud fait remarquer qu'à cette époque, où le tribunat militaire électif
était certainement en pleine vigueur à Rome, on ne peut voir dans le person-
nage désigné qu'un tribun romain ; c'est ce que confirme la qualification de pr£-
fectus equitum, qui désigne sans conteste une charge d'état, romaine et non
municipale. Viennent ensuite deux titres purement municipaux, pontifex et qua-
tuoruir : mais le cumul des fonctions romaines et des fonctions municipales est
un fait très-fréquent à cette époque, et qui n'a rien que de très-naturel.
Ouvrages offerts à l'académie :
Œuvres de Tacite, publiées par Ém. Jacob : Annales, 1. 1-6. Paris, Hachette,
8%
A. Darmesteter, Traité de la formation des mots composés dans la langue fran-
çaise, Paris, Franck, 8" (19® fascicule de la Bibliothèque de l'école des hautes
études, sciences philologiques et historiques);
Bruston, Les inscriptions assyriennes et l'ancien testament, Montauban, 8";
144 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
Cortambert, Histoire des progrès de la géographie de iSjy^i 1874 (présenté par
M. L. Delisle).
M. Maury présente de la part de l'auteur les Letture sopra la mitologia vedica
de M. A. de Gubernatis.
M. Ravaisson met sous les yeux des membres de l'académie deux photogra-
phies d'un vase funéraire en marbre, trouvé à Athènes, qui paraît de la seconde
moitié du 5* siècle av. J.-C, et qui présente de l'intérêt tant par la beauté de
l'exécution que par le sujet qui y est représenté. On y voit une jeune femme que
Mercure mène par la main : elle va à la rencontre de trois autres personnages,
qui paraissent être des membres de sa famille. M. Ravaisson rapproche ce sujet
d'un grand nombre de scènes analogues figurées sur divers objets funéraires.
On y a toujours vu jusqu'ici des scènes d'adieu, le mort prenant congé des
membres de sa famille. Cette interprétation, dit M. Ravaisson, est contredite
presque toujours, et notamment dans le vase dont il entretient l'académie, par
l'attitude et l'expression des personnages. Il est évident que la scène représentée
est une réunion et non une séparation. Comme sur plusieurs monuments on voit
en outre Caron, dans sa barque, venir au devant du mort, il faut croire que la
scène figurée est supposée se passer dans l'autre vie et non dans celle-ci. C'est,
selon M. Ravaisson, la réunion du mort, dans l'autre monde, avec ses parents
morts avant lui, qu'on a presque toujours voulu représenter, et cette interpréta-
tion doit être substituée à celle des « scènes d'adieu » . Les anciens n'ont jamais
représenté que des scènes réelles ou supposées telles, non des fictions allégo-
riques comme les adieux d'un mort à ses parents vivants.
M. du Chatellier présente un vase en argent, en forme de coupe, de 19 ou
20*^"^. de diamètre sur 5 ou 6^™. de profondeur, qui a été récemment trouvé en
Bretagne. Il pense que ce vase a dû servir à administrer aux fidèles la commu-
nion sous l'espèce du vin, suivant un usage qui a été pratiqué jusque dans le
16* siècle. Il est impossible de fixer avec certitude la date de la confection de
cet objet, mais on peut avec assez de probabilité indiquer le 14^ ou le 1 5® siècle.
Deux vases analogues se trouvent au musée de Cluny.
Julien Havet.
LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE.
Sprachwissenschaftliche Abhandlungen hervorgeg. aus Georg Curtius' Grammatischer
Gesellschaft zu Leipzig (Leipzig, Hirzel). — Stender, De Argonautarum ad Colchos
usque expeditione fabulas historia critica (Kiliae, Wechmar). — Volkmann, Die Rheto-
rik der Griechen und Rœmer. 2. Ausg. (Leipzig, Teubner).
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
téressant ouvrage). — Quellenschriften fur Kunstgeschichte und Kunsttechnik
des Mittelalters und der Renaissance, herausg. v. Eitelberger v. Edelberg
(annonce des tomes VII et VIII). — Crowe u, Cavalcaselle, Geschichte der
italienischen Malerei. Leipzig, Hirzel. In-8", viij-642 p. (cinquième volume de
la traduction allemande de Jordan).
Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit, N° i, janvier 1875. Ueber
eine Schwabenspiegelhandschrift (Rockinger). — Handschriften der Stockholmer
Bibliothek (Wattenbach). — Zwei Fliesen aus dem 1 5. Jahrh. (Fùrst Hohen-
lohe : accompagné d'une planche détachée). — Mittheilungen aus dem Haus-
buche des Rathsherrn Christoph Hùber von Lintz (C. Woldemar Neumann).
— Siegel des Fridricus de Raspuhel (V/inkelmann). — Nachtraegliche Berichti-
gung. — Beilage zum N° i. Chronik des germ. Muséums. — Schriften der Aka-
demien und historischen Vereine. — Nachrichten.
The Indian Antiquary, éd. by Jas. Burgess. Part XXXVIIl (vol. IV),
janvier 1875. Metrical Translation of the Nîtiçatakam of Bhartrihari (C. H.
Tawney). — Tree and Serpent Worship (J. S. F. Mackensie). — Persian
Inscriptions from Belgâm, Sâmpgâm, Gulbarga, and Siddhâpur (H. Blochmann).
— Malifattam (H. Yule). — Santhâli Folklore (F. T. Cole).— Archaeological
Notes (M. J. Walhouse). — Notes on Hindu Chronograms (G. H. Damant).
— Old Kanarese Literature (F. Kittel). — Correspondence and Miscellanea. On
the Catholics of Western India. — The God Vifhobâ and Pandarpur. — Âgarîs.
— Sketch of Sabaean Grammar (E. Rehatsek)^,
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Antiquités (Les) égyptiennes. Traduit
librement de l'anglais. Ouvrage illustré
de nombreuses vignettes insérées dans le
texte. In- 12, 192 p. Paris (Lib. pro-
testante). 80 c.
Backer (L. de). L'Archipel indien. Ori-
gines, langues, littératures, religions,
morale, droit public et privé des popula-
tions. In-8*, 552 p. Paris (F. Didot
frères, fils et C*).
Brassart (F.). Le Pas du Perron-Fée
tenu à Bruges en 1463 , par le chevalier
P. de Lalamg; publié pour la première
fois et accompagné de notes généalogiques
et héraldiques sur les princes, les seigneurs
et les gentilshommes qui ont figure dans
ce pas d'armes. In-8% 94 p. Douai
(Crépin). 4 fr.
Cahier (C). Nouveaux mélanges d'ar-
chéologie, d'histoire et de littérature sur
le moyen-âge. Ivoires, miniatures, émaux.
In-4*, viij-jjop. 8 pi. et nonib. figures.
Paris (F. Didot frères, fils et C*).
Delhaye (L.). Histoire de la prévôté de
Bavay suivie d'une dissertation sur l'an-
cienne capitale de la Nervie. In-8°, 254 p.
Bavay (Jouglet).
Demmin (A.). Histoire de la céramique
en planches phototypiques inaltérables,
avec texte explicatif. L'Asie, l'Amérique,
l'Afrique, et l'Europe par ordre chrono-
logique. Poteries opaques (faïences, etc.)
et kaoliniques (porcelaines). Peintures
sur lave. Émaux sur métaux. Vitraux et
verreries. Mosaïques. Liv. 100 à 103.
In-folio, 5 p. et 8 pi. Paris (Loones).
Dictionnaire de la conversation et de la
lecture, inventaire raisonné des notions
générales les plus indispensables à tous,
par une société de savants et de gens de
lettres sous la direction de M. W^. Duckett.
Supplément offrant le résumé des faits et
des idées de notre temps, sous la direc-
tion de M. Louvet. T. 4. 1" et 2" livr.
Gr. in-8'', 320 p. Paris (F. Didot frères,
fils et G').
de l'Académie des beaux-arts, conte-
nant les mots qui appartiennent à l'en-
seignement, à la pratique, à l'histoire des
beaux-arts, etc. T. 3. 3' livr. Gr. in-S",
p. 193-256. Paris (F. Didot frères, fils
et C-). 3 fr. 7S
Goethe, œuvres. Traduction nouvelle par
J. Porchat. T. 10. Mélanges. In-8»,
xxxj-491 p. Paris (Hachette et C"). 6 f.
Lecoy deLaMarche(A.). L'Académie
de P>ance à Rome. Correspondance iné-
dite de ses directeurs, précédée d'une
étude historique. In-8*, vij-391 p. Paris
(Didier et C^), 6 fr.
Marie- Antoinette. Correspondance se-
crète entre Marie-Thérèse et le comte de
Mercy-Argenteau, avec les lettres de
Marie-Thérèse et de Marie-Antoinette.
Publiée avec une introduction et des notes
par M. le chevalier A. d'Arneth et M. A.
Geflfroy. T. 3" et dernier. In-S", 574 p.
Paris (F. Didot frères, fils et G*).
Marno (E.). Reisen im Gebiete d. blauen
u. weissen Nil, im asgyptischen Sudau u.
den angrenzenden Negerlaendern in den
Jahren 1869 bis 1873. Mit 36 (lith.)
Tafel u.Holzschn. nach Original-Zeichgn
u. 3 flith.) Karten. In-8% $16 S. Wien
(Gerold). 26 fr. 75
Mûlinen (E. F. von). Prodromus e.
schweizerischen Historiographie, in alpha-
bet. Reihenfolge die Historiker aller
Gantone u. aller Jahrhunderte umfassend.
In-4°, 240 S. Bern (Huber et G'). 9 f. 3 5
Nibelungenlied in der aeltesten Gestalt.
Schulausgabe. Hrsg. u. m. e. Wœrter-
buche versehen v. A. Holtzmann. 3. um-
gearb. Aufl. besorgt durch A. Holder.
In-8°, xvj-376 S. Stuttgart (Metzler).
4fr.
Règlement ecclésiastique de Pierre le
Grand, traduit en français sur le russe,
avec introduction et notes par le R. P.
G. Tondini, barnabite. Édition accom-
pagnée de la traduction latine imprimée
à Saint-Pétersbourg en 1785 par les soins
du prince G. Potemkin, du texte russe
original et de l'instruction du Procureur
suprême du Synode. In-8», xl-270 p.
Paris (Société des Bibliophiles). 10 fr.
Renan (E). Mission de Phénicie. 7% 8* et
9*Iîyr. (fin). In-4*, p. 604-887 et 12 pi.
Paris (Michel Lévy frères).
Sage. Les folies de Daniel Sage, de Mont-
pellier, éditées par A. Du Ménil. In-8«,
xlix-219 p. Montpellier (Goulet).
Saint-Simon (de). Mémoires publiés par
MM. Ghéruel et A, Régnier fils et colla-
tionnés de nouveau pour cette édition sur
le manuscrit autographe, avec une notice
de M. Sainte-Beuve. T. 14. In- 18 jésus,
485 p. Paris (Hachette et G'). 3 fr. 50
Schneider (J.). Neue Beitrasge zur alten
Geschichte u. Géographie d. Rheinlande.
5. Folge. Local Untersuchungen ûb. die
alten Heeresstrassen u. Schanzen auf der
rechten Rheinseite. Mit i. lithog. Taf.
In-8*, 38 S. Dusseldorf (Schaub). 2 f..
Les J parties. 14 fr. 50
Schultz (A.). De Theseo. Quaestio ar-
chaeologica. In-8°, 79 p. Breslau (Tre-
wendt et Granier). i fr. 3 5
Schweinfurth (G.). Im Herzen v. Afri-
ka. Reisen und Entdeckgn im centralen
iEquatorial-Afrika waehrend des J. 1868
bis 1871. Deutsche Originalausg. 2 Thl.
Gr. in-S". Leipzig (Brockhausi. 40 fr.
Syrneilh (De). Journal de François de
Syrneilh , chanoine de Saint- André de
Bordeaux, archidiacre de Blaye, de l'an
1 568 à l'an 1 58 5 publié par M. G. Simon.
In-40, 120 p. Bordeaux (imp. Gounouil-
hou).
Tourtual (F.). Zur Geschichte d. west-
phaelischen Friedens. 1. Hft. ^-8", 40 S.
m. I. Tabelle. Munster (Theissing). 2 f.
Vainberg (S.). La faillite d'après le droit
romain. Monographie juridique. In-8*,
312 p. Paris (Leroux).
Viel-Castel (L, de). Histoire de la Res-
tauration. T. 16. In-8°, 704 p. Paris
(Michel Lévy frères).
Vinson (J.). Documents pour servir à
l'étude historique de la langue basque,
recueillis et publiés avec index , notes et
vocabulaires, i" fascicule. L'Évangile
selon saint Marc, traduit pour la première
fois en basque par J. de Licarrague, de
Briscous. Nouv. édit. entièrement con-
forme à la première de 1 571. In-S'/xxv-
76 p. Bayonne (Gazais).
Zeitung, numismatische. Blaîtter f. Munz-,
Wappen- u. Siegel-Kunde. Red. Leitz-
mann. 41. Jahrg. 1874, 26 Nrn. in-4*.
Weissensee (Weber). 1 1 fr. 50
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 10 Neuvième année. 6 Mars 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. r
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
. ;,:.:!/. iLi'. ^- VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
7/ ?.vr,.<îfAT- 67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES :''
'0
En vente,à,la,.librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
;3rflif!ov ^7> ^"^ ^^ Richelieu.
G. PARIS
Le Petit Poucet et la Grande Ourse, i vol. in-i6
imprimé en caractères elzeviriens. 2 fr. 50
BrBLIOTHÈQUE DE L'ECOLE DES HAUTES ÉTUDES
20« FASCICULE.
•^ ITT XTT' T ï T tr NT ^"stitution oratoire. Collation d'un ms.
V^ U 1 IN 1 1 l_i 1 lL IN du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules
Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de PÉcole des hautes études. 5 fr.
1 8* ET 1 9* fascicules précédemment parus :
Rn tr T A ^nr F v r î r ^^"'^^ ^^^ ^^^ ^°"^^^^ ^^
• jL/ EL i-j/nLO i/Ili I r\ 1 IL vicomtes de Limoges
antérieurs à l'an 1000. '->7 .•'":---'^ -- .' 5 fr.
AT~^ A D TV /T t7 Ç '"P T7 T^ 17 D '^'"^'^^ ^^ ^^ formation des
• L'/\rvlVl lLi3 1 l_j 1 l-j l\ mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr.
Pour paraître très-prochainement :
2 1^ fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com-
menté par Eugène Grébault, avocat, élève de l'École des hautes études.
PÉRIODIQUES.
Revue de l'Instruction publique (supérieure et moyenne) en Belgique.
Nouv. série. T. XVIII% i""^ livr. La paix de Cimon (A. Motte). — Le Parthé-
non. Die Kunst des Pheidias am Part.henon und zu Olympia von Eugen Petersen
(D. Keiffer). — De l'emploi du participe et de l'infinitif dans la langue grecque
(J. Delbœuf), — Comptes-rendus. Grammaire latine par le Père Janssens (A.
D. S.), — Spâss an Jérscht. Fum Michel Lenz : choses plaisantes et sérieuses.
Chansons et Poésies de M. Lenz (G. Kurth). — Varia. Rapport triennal (1870-
1872) sur l'état de l'enseignement moyen en Belgique. — Sommaire de la Revue
critique d'histoire et de littérature.
The Academy, N" 145, new séries, 1 3 février. Nordhoff, The Communistic
Societies of the United States. London, Murray (J. M. Ludlow : tableau assez
complet). — Smith, Assyrian Discoveries. London, Sampson Low and Co.
(A. H. Sayce : recommande chaudement la lecture de ce rapport, qui entre
autres documents importants, contient le texte complet des tablettes du déluge).
— K. Maurer, Island von seiner ersten Entdeckung bis zum Untergange des
Freistaats. Mùnchen (Edmiind W. Gosse : la première contribution de valeur à
l'histoire de l'Islande). — Kerviler, Le Chancelier Pierre Séguier, second
protecteur de l'Académie française. Paris, Didier (F. Bury Palliser : art.
analytique). — The Last Journals of David Livingstone in Central Africa, etc. by
Waller. 2 vols. London, Murray (George Birdwood). — Talboys Wheeler,
The History of India from the Eârliest Ages. Vol. IH. London, Trùbner (F. J.
GoLDSMiD : contient l'histoire du Bouddhisme et du Brahmanisme). — Notes and
News. — Notes of Travel. — The Royal Historical and Archaeological Association
of Ireland. — Correspondence. The Century of Praise (R. Simpson : erratum à
sa précédente lettre). — Irish Texts (James Graves). — An unpublished Letter
of Coleridge (R. Childers). — Pour le Mérite (H. Schûtz Wilson). — Our
Oldest Ms., and Who mutilated it (John Morris). — Ewald, Die Lehre der
Bibel von Gott, ^. Bd. Leipzig, Vogel (W. Robertson Smith : déclare qu'il est
impossible de faire la critique proprement dite de ce volume; on ne peut, dit-il,
(ju'adopter en bloc ou rejeter le système d'Ewald). — Catalogue of the Collec-
tion of Oriental coins belonging to Colonel C. Seton Guthrie. Fasc. L Coins of
the Amavv^î Khalîfehs. By Stanley Lane Poole. Stephen Austin (G. Stîckel).
— Meetings of Societies (Soc. d'archéologie biblique, royale de littérature, des
antiquaires, de philologie).
The Athenseum, N* 2468, 1 3 février. Mark Pattison, Isaac Casaubon.
Longmans and Co. — A. H. Sayce_, The Principles of Comparative Philology.
Trûbner (attaque plusieurs des doctrines admises aujourd'hui). — Our Oxford
Letter (T.). — The Utrecht Psalter (Edward A. Bond). — The Commémora-
tion at Leyden. — Literary Gossip (M. Smith a découvert au Br. Muséum une
tablette assyrienne contenant la légende de la tour de Babel). — Societies (Soc.
de géographie, royale de littérature, d'archéologie britannique, de l'Institut
archéologique, de philologie). — A Lintel from Niniveh (Jas. Fergusson).
liiterarisches Centralblatt, N*8, 20 février. VoiGT, Geschichtschreibung
ùber den schmalkaldischen Krieg. Leipzig, Hirzel. In-8°, p. 569-758 (extr. du
t. VI des Mém. de l'Acad. des sciences de Saxe, classe hist.-phil., n" VI: contient
d'abondantes informations). — Lenz, Kœnig Sigmund und Heinrich der Fùnfte
von England. Berlin, Reimer. In-S", viij-216 p. (travail très-considérable). —
Vanderkindere, Notice sur l'origine des magistrats communaux (cf. Rev. crit.,
1874, II, p. 405). — Halévy, Essai sur la langue Agaou. Paris, Maisonneuve.
In-8°, p. 149-188 (extr. des Actes de la Soc. de phil., t. III, n° 4, note analy-
tique). — Précis de grammaire polynésienne, par J. F. V. Paris, Maisonneuve.
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 10 — 6 Mars — 1875
Sommaire : 45. Sutta Nipdta, tr. p. Coomara Swamy. — 46. Christ, Métrique
des Grecs et des Romains. — 47. Alciphron, Lettres, tr. p. De Rouville. — 48.
D'AuBiGNÉ, Œuvres complètes, p. p. Réaume et De Caussade, t. III; D'Aubh
GNÉ, Le printemps, publ. p. Read. — Variétés : Italia, p. p. Hillebrand, t. II. —
Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
45. — Sutta Nipâta, or dialogues and discourses of Gotama Buddha, translated from
the Pâli, with introductfon and notes, by sir M. Coomara Swamy. London, Triibner.
1874. In-i2, xxvj et i6o p. — Prix : 7 fr.
Ce petit volume renferme la traduction de trente Sûtras, sur soixante-dix dont
se compose le Sutta Nipâta; les quarante autres doivent faire l'objet d'une publi-
cation ultérieure. Le traducteur, hindou de naissance, n'a pas cru pouvoir ajouter
à sa version anglaise le texte pâli, d'abord parce qu'il s'adresse plutôt au
public {gênerai reader) qu'aux savants (critical student'), ensuite parce que, dit-il,
« ce texte, bien que suffisamment correct pour se prêter à une traduction, n'est
» cependant pas assez exact {? précise) pour pouvoir être imprimé. » Ce scrupule
n'a pourtant pas arrêté plusieurs savants européens, qui nous ont déjà donné le
texte de quelques-uns des Sûtras ici traduits. Nous devons d'autant plus vivement
regretter ce manque de confiance de M. Coomara Swdmy, qu'il nous apprend
dans l'introduction que « d'après les pandits de Ceylan, le Sutta Nipâta présente
» quelques-uns des plus anciens spécimens de Pâli, et qu'il a, sous ce rapport,
» une valeur en quelque sorte correspondante à celle des Vedas pour le Sanskrit.»
Il ajoute que « pour les Buddhistes du Sud le Sutta Nipâta est, avec le Dham-
» mapada, le plus estimé des livres du Khuddaka Nikâya, et que, de ces deux
» livres, il est regardé comme le plus original. » On trouve encore dans cette
introduction quelques renseignements sur la place qu'occupe le Sutta Nipâta dans
le canon buddhique, et d'autres sur le style de l'ouvrage, qui gagneraient
beaucoup en clarté et en utilité, s'ils étaient accompagnés d'exemples. Mais
M. C. Sw. évite les détails techniques, et il semble en général moins désireux
de mettre ses lecteurs au courant de la littérature et des idées buddhiques, que
de se présenter à eux comme un homme au courant des littératures et des idées
européennes. C'est du moins ce que nous croyons pouvoir conclure de la fré-
quence des citations, assez inutiles, en Anglais, en Français, même en Allemand
(en caractères gothiques), ainsi que de certaines allusions, auxquelles on ne
peut trouver quelque saveur qu'en se rappelant qu'elles émanent d'un Hindou.
L'effet produit par la prédication du Buddha est dépeint en ces termes :
« La liberté, l'égalité, la fraternité, ces véritables pierres de touche de toute
» saine morale, ces bases sur lesquelles fut élevé le plus grand peut-être des
» événements de l'Europe moderne, ce but vers lequel tend aujourd'hui tout
XV 10
146 REVUE CRITIQUE
» progrès humain, semblent avoir eu leurs échos, en ces bons vieux temps, dans
» les fertiles contrées de Kosala et de Magadha. ...Un coup terrible était porté
» au culte déréglé de ce fétiche — la Force, — culte qui est le vice de tous les
» peuples dans l'enfance, et qui malheureusement aujourd'hui en Occident, bien
» que dépouillé de son auréole et de ses accessoires barbares par l'arrivée oppor-
» tune de ce doux génie de l'Orient — le Christianisme, — s'affirme encore
» avec plus ou moins d'énergie dans toutes les directions. » Telles sont les
transitions qui amènent M. G. Sw. à parler du Nirvana. Mais sur cette question
éminemment indienne, le savant hindou laisse la parole à ses collègues euro-
péens, dont il cite les opinions divergentes, et lui-même s'abstient de
conclure.
Nous ne pouvons rien dire de la traduction des Sûtras, si ce n'est qu'au dire
du traducteur elle est très-littérale. Les notes sont courtes mais suffisantes,
sauf celles sur la géographie qui ne méritent aucune confiance. On y voit que
le pays des Mallas est peut-être le Malwa moderne; Vesali y est assimilée à
Allahabad, et Rajagaha au moderne Râjagrha dans le Bihar.
En résumé, on doit se montrer reconnaissant envers M. C. Sw. de nous
avoir fait connaître par une traduction un certain nombre de Sûtras buddhiques,
et on ne saurait que l'encourager à continuer, mais nous voudrions pouvoir le
convaincre, d'abord que les discours du Buddha n'ont plus grand attrait pour le
gênerai reader depuis qu'il connaît, dans ses traits généraux, la doctrine buddhi-
que, mais qu'ils pourraient en avoir un bien plus grand pour les savants s'ils
étaient publiés avec le texte ; et ensuite que les idées et les appréciations qu'un
Européen aime à trouver dans l'œuvre d'un Hindou sur l'Inde, sont non pas celles
des Européens, mais celles des Hindous.
46. — Metrik der Griechen und Rœmer, von W. Christ. Leipzig, Teubner.
1874. — Prix: 18 fr. 75.
Il est facile, avec un peu de patience, de faire une métrique grecque et latine,
si on veut se contenter de mots : on n'a qu'à relever et à classer les assemblages
de longues et de brèves dont se composent les vers antiques. Mais l'entreprise
est difficile, si on a l'ambition de comprendre les mots, d'attacher un sens clair
et précis aux termes techniques. Comment les anciens disaient-ils les vers destinés
à la récitation .? comment chantaient-ils les vers lyriques ? Sans doute, on ne
saurait en deviner l'air; mais ne peut-on en retrouver la mesure ? Si les valeurs
naturelles des syllabes étaient modifiées par la musique, elles l'étaient cependant
beaucoup moins que dans nos langues modernes : autrement, la variété des
combinaisons métriques et leur exacte reproduction dans les strophes corres-
pondantes n'auraient pas eu de but ni de raison d'être. Les textes peuvent nous
apprendre quelque chose de la mesure des airs : ils en conservent une image
plus ou moins fidèle. Cependant ces textes offrent souvent une réunion d'éléments
métriques (de pieds) divers. Faut-il les ramener à l'unité de mesure? le faut-il
toujours, ou seulement dans certains cas? et comment les y raraènera-t-on ? Et
d'histoire et de littérature. 147
dans ces mesures ainsi rétablies, comment répartira-t-on les temps forts et les
temps faibles, comment battra-t-on la mesure ? Pour répondre à ces questions,
on peut d'un côté comparer, étudier, les textes poétiques ; de l'autre, interroger
les traités de métrique et de musique que l'antiquité nous a légués. Malheureuse-
ment la tradition antique est fragmentaire, confuse, souvent contradictoire; quant
aux inductions qu'on peut tirer de l'étude comparée des textes poétiques, il est
difficile d'éviter l'arbitraire et les opinions préconçues.
La science de la métrique grecque et latine est donc de celles qui se débrouillent
lentement, après beaucoup d'efforts et d'hypothèses erronées. Quoi qu'on fasse,
elle ne sera jamais complète. Qu'elle établisse ce que nous pouvons savoir, ce
que nous pouvons supposer avec une certaine probabilité, ce qu'il faut nous
résigner à ignorer : voilà tout ce qu'un esprit judicieux peut lui demander. Outre
beaucoup de recherches partielles, plusieurs essais pour reconstruire l'ensemble
de la métrique ancienne ont été tentés dans ces dernières années en Allemagne.
L'essai de H. Schmidt est très-hardi, aventureux même. L'ouvrage de Rossbach
et Westphal a éclairé beaucoup de points qui étaient restés obscurs dans la tra-
dition antique, et il marque un progrès notable dans la science. Mais, comme il
arrive aux chercheurs, ils abondent trop dans leur sens, ils développent avec
complaisance ce qu'ils ont trouvé eux-mêmes, et laissent dans l'ombre ou négli-
gent tout à fait des parties qui les intéressent moins. Le livre de M. Christ répond
mieux à l'idée d'un manuel : il est substantiel et complet; il donne tout ce qui
est nécessaire et s'interdit le superflu. Les mètres les plus usuels sont étudiés
avec le détail que comporte leur importance; les poètes latins ne sont pas sacri-
fiés aux grecs, les lecteurs de Plaute et de Térence trouvent dans ce livre tout
ce qu'il importe de connaître des particularités de la métrique et de la prosodie
de ces poètes ; d'un autre côté quelques indications sur les vers politiques et
l'accent se substituant à la quantité comme règle de la versification sont insérées
à propos. L'auteur n'a garde de trancher toutes les questions; il ne dissimule
pas les difficultés et les obscurités du sujet qu'il traite. Et cependant il ne tombe
pas dans un scepticisme qui empêcherait toute exposition suivie et jetterait le
lecteur dans la perplexité. Il prend son parti et met en avant la théorie qui lui
semble la plus probable, tout en marquant ce qu'elle a de conjectural.
L'auteur a consacré à peu près le quart de son livre à la métrique
générale. Cette excellente introduction, aussi claire que nourrie de faits et d'aper-
çus, se complète par l'appendice relatif à la composition des poèmes et à la
manière de les débiter, de les exécuter. Cela est si vrai que quelques-unes des
observations qui se trouvent ainsi rejetées à la fin du volume eussent été mieux
placées, ce nous semble, en tête du livre. Les mouvements du corps, la marche
et la danse, ont d'abord mesuré le chant et la parole : là est l'origine de la
métrique : les vers marchés et dansés ont précédé les vers simplement chantés;
enfin sont venus les vers récités, qui ne conservent plus qu'une ombre de la
mesure primitive, mais dont les éléments s'appellent encore des pieds, c'est-à-
dire des pas. Il fallait insister sur ce fait fondamental : le lecteur aurait mieux
compris, et l'auteur lui-même aurait peut-être mieux exposé certains points qui.
148 REVUE CRITIQUE
suivant nous, ne se trouvent pas assez élucidés. Comment se fait-il que, dans les
anapestes, la fin des mots coïncide avec la fin des dipodies, souvent même
avec la fin de chaque pied, tandis que le contraire est la règle de l'hexamètre
dactylique ? L'anapeste était le mètre de la marche : or la marche veut être forte-
ment rythmée, elle demande des divisions nettement accusées. La mesure des
vers récités, tels que les hexamètres, doit au contraire se varier, se dissimuler :
ils fatigueraient l'oreille, s'ils se scandaient comme au son du tambour. On
remarque une différence analogue entre les césures du trimètre iambique et du
tétramètre trochaïque ; et cette différence s'explique de la même manière. Aussi
ne croyons-nous pas, comme M. Chr. l'assure à la page 665, que les élégies de
Tyrtée aient accompagné la marche des bataillons Lacédémoniens : cela n'est
vrai que des £[ji[3aTY]pia anapestiques de ce poète. On peut rapporter aux élégies
ce que l'orateur Lycurgue dit des vers de Tyrtée chantés devant la tente du roi.
A ces restrictions près, il n'y a qu'à louer l'étude très-attentive dont les césures,
et particulièrement celles du vers héroïque, ont été l'objet dans le livre de
M. Chr, C'était là un des points trop négligés dans la métrique de Rossbach
et Westphal.
Si l'on pouvait suivre historiquement tous les mètres grecs, il y aurait plaisir
à les voir naître les uns des autres, ou, tout au moins, les uns après les autres.
J'accorde que cela n'est guère possible, et qu'un manuel n'est commode qu'à
condition d'observer un ordre systématique. Cependant, il est utile d'adopter
l'ordre historique toutes les fois qu'il peut se concilier avec le système. P. 165-
172, M. Chr. énumère les mètres dactyliques, en allant du plus court au plus
long, jusqu'à ce qu'il arrive à l'hexamètre. C'est un inventaire. J'aurais com-
mencé par l'hexamètre. Le lecteur aurait été charmé de voir les membres (xûXa)
en lesquels se divise ce vers suivant ses diverses césures, s'émanciper et devenir
des mètres plus ou moins indépendants, quelquefois en gardant la place qu'ils
avaient occupée dans le grand vers, comme VAdonius (-uu-u) qui figure à la fin
de systèmes dactyliques ou de la strophe saphique. De même, le rôle et la valeur
des petits mètres trochaïques eussent été plus facilement compris, si l'auteur les
avait traités à la suite du dimètre et du tétramètre. Je m'étonne d'autant plus
qu'il n'ait pas préféré cette ordonnance, que plus loin, quand il arrive aux iambes,
il commence, très-rationnellement, par le trimètre.
En fait de termes techniques inventés par les métriciens modernes, M. Chr.
(p. 98) applique, avec G. Hermann, le nom de base au pied initial et librement
conformé de certains vers, des dactyles éoliens, des glyconiques, etc. Cette
désignation est commode, pourvu qu'elle ne soit pas étendue à des faits d'un
ordre différent. Or Hermann avait compris sous ce même nom de base les deux
longues qui se voient en tête de ce vers d'Eschyle {Agam. 160) : Zsù;, Sctiç
tot' èaxi'v xtX., et d'autres vers analogues. Ces deux syllabes, dont la durée est
prolongée au delà de leur valeur naturelle, ne forment pas un pied, mais équi-
valent à deux pieds trochaïques. M. Chr, le sait et le dit, il distingue ces cas
différents : cependant, il y a peut-être quelque inconvénient à confondre ainsi
dans une dénomination commune des faits métriques qui ne se ressemblent pas.
d'histoire et de littérature. 149
Le terme de syncope est emprunté à Rossbach et Westphal. Il désigne préci-
sément le fait dont nous venons de parler : un vers dans lequel une longue (ou
plusieurs) prend la valeur d'un pied tout entier est appelé un vers syncopé. Cette
manière de parler peut induire le lecteur en erreur : en prenant un terme dans
la musique moderne, il ne fallait pas en modifier le sens. Cela est d'autant plus
fâcheux qu'on trouve chez les anciens des syncopes proprement dites, auxquelles
on pouvait réserver ce nom. Dans le Sotadée (p. 509) les ioniques mineurs
(- - u u) alternent avec les dipodies trochaïques (- u - u) : c'est un mélange de
la mesure à trois avec la mesure à six-huit, lequel constitue une marche à contre-
temps, une vraie syncope. L'emploi des syncopes semble avoir été très-répandu
chez les anciens: voy. Revue critique, 1872, 1,p. 52. M. Christ lui-même signale
(p. 9J et p. 501) le mélange des choriambes et des dipodies iambiques, ainsi
que la permutation de ces pieds. Il admet avec beaucoup de vraisemblance que
le sotadée est né du tétramètre trochaïque. Ne pourrait-on pas supposer que les
choriambes mixtes, tels que
IIplv [).h £5(wv (âepPéptov, Y.ak()\).\ioi.x' ècîÇY)y,o)iAéva
(Anacréon, fr. 21), sont une modification des tétramètres iambiques? Quoi qu'il
en soit, on y voit le trochée s'y substituer à l'iambe, comme cela arrive dans le
pied initial (la base) de certains mètres. Si ces faits et quelques autres avaient
été rapportés dans la partie générale du livre comme exemples de syncope pro-
prement dite, M. Chr. aurait peut-être hésité à rejeter d'une manière aussi
absolue qu'il le fait à la page 80, des observations d'Aristide Quintilien qui ne
semblent pas être purement théoriques, mais paraissent se rapporter à la pratique
des musiciens anciens, à leur manière de battre la mesure.
Relevons encore quelques petits détails, afin de prouver à l'auteur que nous
avons lu son livre avec l'attention qu'il mérite. P. 10. Oaa[xaxa aTpouôûv
(Eschyle, Agam. 1 57) est donné comme exemple de la position négligée à la fin
d'un mot. Mais comment croire à une telle licence avant trois consonnes, lorsque
les poètes grecs de l'époque classique n'offrent qu'un seul parallèle {el\û axoTst-
v6v, Pindare Ném. VII, 61), bien moins choquant et, de plus, facile à corriger.
'Le texte d'Eschyle est, sans doute, altéré. — P. 61. En disant : au^eaGai 8e
çaiveTat to [aèv ta[j,pr/,bv ^évoç i^é^pt xtX., Aristoxène ne s'exprime pas avec
précaution et réserve. Le verbe çaîvexai indique au contraire l'évidence d'un
fait facile à constater. — P. 186 et p. 201. Le jugement porté sur les hexa-
mètres d'Horace me paraît injuste. Pour approprier un vers aussi solennel à ses
causeries familières, Horace l'a brisé à dessein, l'a malmené encore plus que
Ménandre n'avait fait le trimètre iambique. La preuve, c'est que, dès que le
sujet et le ton s'élèvent, Horace donne à ses vers une allure plus noble. —
P. 519. Les vers anacréontiques des Bacchantes d'Euripide sont mal choisis, et
ne prouvent pas ce que l'auteur veut établir : la quatrième syllabe y est toujours
brève, jamais longue. — P. 514. L'ionique mineur serait-il en effet plus effé-
miné que l'ionique majeur? J'en doute. — P. 536. Les vers du vieux poète
comique Phérécrate :
150 REVUE CRITIQUE
au[/,xT6/,T0i(; àvaxaicTOiç
sont très-difficiles à expliquer. Héphestion les donne comme exemple du mètre
dit phérécratien; mais comment le nom d'anapestes repliés peut-il convenir à
ce mètre ? Héphestion et les autres métriciens grecs se seraient-ils trompés, et
ces vers n'auraient-ils qu'une ressemblance trompeuse avec les phérécratiens
proprement dits ? Comme tous les hémistiches commencent par deux longues,
on pourrait donner la valeur de quatre brèves à la seconde et à l'avant-dernière
syllabe de chaque hémistiche. De cette manière les deux hémistiches équivau-
draient à un tétramètre anapestique, le vers ordinaire des parabases, et l'épi-
thète g{j\).'p:xuv.ioi se trouverait aussi justifiée. Rossbach et Westphal mesurent de
la même manière les vers qu'on lit dans les Perses d'Eschyle :
2éPo[xai [xàv xpoaiSécjOat, cé^op-ai 0' àvTia cpdcaôat.
P. 639. On sait qu'Horace imite le début de la deuxième Olympique de Pindare
dans son : Qaem virum aut heroa. Mais l'imitation ne s'arrête pas là. L'ode latine se
décompose en cinq fois trois strophes, comme l'ode grecque, avec cette différence
que les groupes ternaires sont marqués dans Pindare par l'épode, tandis que dans
Horace ils ne sont indiqués que par le sens. Nous n'avions vu nulle part cette
observation curieuse : elle appartient, sans doute, à M. Chr. lui-même, et nous
la signalons d'autant plus volontiers qu'elle met fin aux hypothèses des critiques
qui voudraient nous faire croire que cette ode a été amplifiée par des interpola-
tions.
Nous nous bornons à ces observations. Le livre de M. Chr. est trop substan-
tiel pour être analysé. C'est un ouvrage instructif, bien fait, consciencieux, au
courant des dernières recherches, aussi satisfaisant, à le juger dans son ensemble,
que le permettait notre science, très-imparfaite, de la métrique grecque et latine.
Nous ne saurions recommander de guide plus sûr à ceux qui veulent s'initier à
des études sans lesquelles on ne peut bien juger et apprécier les poètes de
l'antiquité.
Henri Weil.
47. — Stéphane de Rou ville , Lettres grecques du rhéteur Alciphron , tra-
duites en français. Paris, Rouquette. 1874. In- 16. — Prix : 2 fr.
Cette traduction se présente dans un état complet de nudité. Ni préface, ni
avant-propos, ni notes, ni table analytique. M. Stéphane de Rouville se contente
de prendre pour épigraphe la maxime quelque peu usée nil novi sub sole, fai-
sant ainsi allusion à certains détails des lettres d'Alciphron, mais oubHant que,
ce qui «est nouveau sous le soleil», c'est de présenter au lecteur une traduction
aussi complètement dépourvue de tout cadre littéraire et bibliographique. Non-
seulement il ne donne aucun renseignement sur celui qu'il traduit, mais encore
il ne dit point quelle édition il a choisie, quels sont ses devanciers, s'il a utilisé
leurs travaux et dans quelle mesure. Alciphron cependant, écrivain de talent qui
avait la finesse d'observation, la délicatesse de style et la sobriété élégante d'un
d'histoire et de littérature. I 5 I
véritable attique, méritait mieux que de servir uniquement d'appât à une cer-
taine catégorie de lecteurs.
Quand on entreprend de traduire un auteur on contracte par cela même envers
lui, et surtout envers le lecteur, des obligations fort étroites. M. Stéphane de
Rouville ne paraît pas s'en être douté. Il a interprété ses devoirs de traducteur
dans le sens le plus restreint, il n'a eu qu'une chose en vue, translater en français
le grec d'Alciphron. Mais cela ne le dispensait pas de chercher le meilleur texte,
et par conséquent de comparer entre elles les différentes éditions. Croira-t-on
qu'il s'est servi uniquement de celle de Bergler (171 5), à l'exclusion de toute
autre, qu'il a laissé de côté les éditions plus récentes, forcément plus complètes
et probablement meilleures, de Wagner, de Meinecke et de Seiler ? qu'il n'a
même pas connu, ou voulu connaître, celle de M. Hercher, publiée en 1873 (!)
par la maison Didot? Aussi, il est résulté de cette inexplicable méprise que M. St.
de R., en se faisant le contemporain de Bergler, nous a donné une traduction
qui, pour le fond, sinon pour la forme, est vieille de plus de cent ans, et, ce qui
est plus grave, une traduction incomplète. Car elle ne contient pas les lettres
ou fragments de lettres qui, depuis Bergler, ont grossi le recueil d'Alciphron.
Elle est de plus inexacte et négligée. Les noms propres y sont souvent repro-
duits d'une manière fautive : P. 6, Rhodins = PôOioç, p. 7, Eutybolus = EùOu-
^cAoç, p. 21, IschoUne — ''lay^ô'kiiJ.oq (Bergler), p. 78, Cotylobrocîise =^Ko-:\)\o-
^p6i^t.ao<;^ etc. Je ne chicanerai point trop M. St. de R. sur sa transcription des
noms propres, car, avec les habitudes actuelles, il est impossible de s'en tirer
d'une manière absolument satisfaisante. Mais il devait être conséquent avec lui-
même et ne pas adopter deux notations différentes pour des formes identiques.
Ainsi pourquoi écrire, p. 109, Licopinace = Aer/oniva^, et p. 141, Aristocorax
= 'Apta-uoxipa^, p. 107, Psicodaustès =^ WiyQ-/.'kaÙGTqq^ et p. 110, Psicodiakcîe
= Wr/oSta>v£XTY]ç? Pourquoi employer tour à tour, et cela dans la même pièce,
les formes latines Vénus, Cérès, et les formes grecques i4p/zro^tfé, Démèîer, p. 32,
3? et p. 57, 60?
Ce ne sont que des négligences. Soit; mais on ne les pardonne pas volontiers
à un traducteur qui, en s'interdisant toute excursion dans le domaine de la cri-
tique littéraire et philologique, en laissant de côté une bonne partie de sa tâche,
prenait par cela même l'engagement de redoubler de soins et d'attention pour
ce qui lui restait à faire.
Ce qui est plus grave ce sont les fautes de sens qui témoignent d'une connais-
sance imparfaite du grec ou d'une lecture trop rapide. Je n'en citerai que quel-
ques-unes prises dans deux des principales lettres. — P. 43 (I, XXXIX, Didot),
TpéiJLouaav oiov my.eXr,'^ yj 'i:7]-/,Tcv ^iXa Tr^v oaçùv àvecaT^suasv, n'est pas exacte-
ment traduit par « elle commença à agiter des hanches dont l'embonpoint n'avait
» nulle fermeté y) . Il fallait dire avec Alciphron « des hanches dont les chairs
» tremblaient comme une boule de graisse ou du lait caillé ». — P. 44, uxo(âXé-
'KOuaoL dq Toùxtaw xpbç xà 7.iYq\x%-:a tyjç xuy% • -^péf/.a S'oTov èvepYoDca èpwxixbv
uxeaTéva^ev, wcte èiji, vy) tyjv 'AçpoSiTr/V, /.aTax^a^^vai. « Elle se mit ensuite à
» considérer ses mouvements avec complaisance, tout en soupirant tendrement
152 REVUE CRITIQUE
» comme si elle éprouvait de la passion. Je la pris alors pour Vénus (/), et j'en fus
» émue (St. de R.) » Eiç ToÙTitaw veut dire « en arrière » et non « ensuite »,
•^p£[;,a « lentement, doucement » et non « tendrement», (ùaxe l\jk etc. doit se tra-
duire par «si bien, par Aphrodite, que j'en fus stupéfaite.» «Comme si elle éprou-
» vait de la passion » n'est ni exact ni bien français, car on « éprouve une pas-
» sion (-f- une épithète) » et non « de la passion ». Dans ce passage et dans le
suivant, M. St. de R. semble avoir reculé devant son modèle; mais puisqu'il
était décidé à ne pas tirer le rideau sur les passages scabreux, à ne pas les
cacher, suivant l'habitude, sous la feuille de vigne du latin, il devait tout traduire
et traduire tout exactement. — Ibid. « S'inclinant légèrement » ne rend pas bien
[j(.t"/,pbv uTi:o{ji[xwaa(7a r/]v ocçùv, il fallait « cambrant légèrement ses reins ». —
P. 45. « Nous avons dit beaucoup de mal de nos amants, dans l'espoir de les
» changer bientôt. » lisez « avec l'espoir d'en changer bientôt. » — Ibid. Mexà
fàp Tûv èpaffTwv Y.pM'Kal.riao\LVf doit se traduire par « car nos amants seront
» de la partie » et non par « nous boirons avec des amis », attendu que l'article
Twv marque ici la possession.
M. St. de R. n'a pas été plus heureux avec la lettre de Glycère à Ménandre,
lettre spirituelle et passionnée, qu'il pouvait cette fois reproduire dans tous ses
détails sans craindre de choquer le lecteur. — Comme elle est trop longue pour
être analysée en entier, il suffira d'en citer un passage. — P. 62, (II, IV,
Didot) f(Ttç xàv Toîç Tcapac/.Yjvi'oiç êar^xa tûuç BaxTuAouç èjjLauTïiç wéÇouaa,
êwç Sv xpoTaX((îY) xb ôéaxpov • xai Tp£[xou(ja xoxe vy] tyjv 'ApT£{ji.!,v àvat{;6xo> xai
x£pi[3aXXouaa ers xy)v Upàv twv Spa[j.dT(i)v £X£ivy)v xs^aX^jv èvaYxaXtî^ojjLai. « Gly-
» cère qui se tient aux avant-scènes, pour donner dans le théâtre le signal des
» applaudissements. Diane en est témoin; je tremble souvent, j'essaie toujours de
» f encourager. Que de fois j'ai entouré de mes bras cette tête sacrée qui produit
» des drames! (St. de R.). » Traduction faible et peu fidèle. En interprétant
ziéî^ouaa toùç SaxxuXouç, comme il l'a fait, M. St. de R. s'est trompé avec Ber-
gler, guide excellent il est vrai, mais non pas le seul que doive suivre un tra-
ducteur d'Alciphron. Quant aux autres erreurs elles lui appartiennent en propre.
Ce passage pourrait se traduire ainsi : « N'est-ce pas moi qui, debout dans
» les coulisses, me tords les doigts avec angoisse, jusqu'à ce que le théâtre
» éclate en applaudissements ? Et, toute tremblante encore, c'est alors que je
» me sens revivre, par Artémis, et je te presse sur mon cœur, et je serre dans
» mes bras ta tête, ce sanctuaire de la comédie ».
Signalons quelques fautes de français. — P. 59. « Il n'y a besoin ni de sol-
» dats, etc. » 1. « Il n'est besoin ». — P. 60. « Mes désirs c'est d'avoir »
Dit-on « créer des comédies » (p. 64) ? Que signifie « tu es animé des plus vifs
» sentiments » (ibid.) ?
Malgré les fautes de sens et les négligences qui déparent trop souvent cette
traduction, on doit lui reconnaître une qualité, c'est qu'elle n'est pas, comme
d'autres qu'on pourrait citer, la reproduction plus ou moins déguisée d'une tra-
duction antérieure. Je m'en suis assuré en la comparant avec celle de l'abbé
Richard, le premier et, jusqu'à M. St. de Rouville, le seul traducteur français
* ■ d'histoire et de littérature. 155
d'Alciphron. J'ajoute, ce qui est encore en faveur de ce dernier, qu'elle n'est
pas languissante comme celle de son devancier et qu'elle fait effort pour serrer
le texte de plus près. Mais d'autre part elle est, comme on l'a vu, trop incom-
plète, trop défectueuse pour qu'on puisse la recommander aux lecteurs exigeants
et j'ai le regret de dire qu'Alciphron attend encore un traducteur.
A. Boucherie.
48. — Œuvres complètes de Théodore Agrippa d'Aubigné, publiées pour
la première fois d'après les manuscrits originaux accompagnées de notices biographique,
littéraire et bibliographique, de variantes, d'un commentaire, d'une table des noms
propres et d'un glossaire par MM. Eugène Réaume et de Caussade. T. j"'. Paris,
Lemerre, 1874. În-B* écu de 444 p. — Prix : 10 fr.
Agrippa d'Aubigné. Le printemps « poème de ses amours » stances et odes publiées
pour la première fois d'après un manuscrit de l'auteur ayant appartenu à M°* de Main-
tenon avec une notice préliminaire par M. Ch, Read. Paris, Librairie des Bibliophiles,
1874, in-j2 de xxx-i47 P- — P*"'^ • ^ ^'■•
Je me suis beaucoup étendu (n° du 10 janvier 1874, p. 2 3-28) sur le tome i"
des Œuvres complètes de d'Aubigné, ce qui me permet d'être très-bref aujourd'hui
dans l'appréciation du tome 3* '. Les éloges donnés ici, l'an dernier, à M. Claye
et à M. Lemerre, comme à MM. Réaumç et de Caussade, je n'ai pas à les renou-
veler : ils subsistent dans toute leur étendue. Sans donc m'attarder dans d'inu-
tiles répétitions, je m'occuperai des vers mêmes de d'Aubigné, et non de la
manière dont ils ont été publiés.
Ces vers se divisent ainsi : Le primtems (p. 1-205); Poésies diverses (p. 207-
270) ; Poésies religieuses et vers mesurés (p. 27 1-3 14); Tombeaux (p. 312-314);
Vers funèbres sur la mort d'Estienne Jodelle, Parisien, Prince des poètes tragiques
(p. 31 5-324); La Création (p. 325-444).
La partie la plus remarquable du recueil est sans contredit la première, le
primtems, et, des trois livres du primtems, le plus remarquable est le premier,
intitulé Hécatombe à Diane et composé de cent sonnets inspirés par M"^ de Talcy.
Il y a là, avec quelques-uns des défauts de Ronsard, quelques-unes de ses plus
admirables qualités, et je ne crois pas que, parmi tous les disciples du chantre de
Cassandre, aucun se rapproche plus de lui que le chantre de Diane 2, Le talent
de d'Aubigné, voilé de temps à autre par le mauvais goût, entortillé parfois dans
des phrases prétentieuses, ridicules, éclate avec une singulière vigueur à chaque
page, et pas un seul des sonnets à Diane n'est dépourvu de quelque étrange
beauté. Dans les stances du second livre, dans les odes du troisième, odes qui
1. Le tome second paraîtra dans quelques mois et le tome quatrième au commence-
ment de 1876. Les cinq volumes promis seront complets avant la fin de la même année.
Puisse, avec le même soin, la même rapidité être apportée à la publication de l'Histoire
universelle !
2. D'Aubigné, du reste, invoque et célèbre Ronsard avec enthousiasme. Voir p. 17
(sonnet V); p. 207 (vers faits à seize ans). Voir encore (t. i", p. 457) la lettre où d'Au-
bigné parle complaisamment de ses relations « avec M' de Ronsard, que j'ay cogneu pri-
» vément, ayant osé, à l'âge de vingt ans, luy donner quelques pièces, et luy daigné me
n respondre. »
154 -REVUE CRITIQUE
sont le plus souvent des odelettes, les taches sont plus nombreuses, les qualités
sont moins brillantes. Le sonnet est décidément la forme qui paraît le mieux
convenir au génie poétique du a gentilhomme Xantongois. » Parmi les Poésies
diverses figurent vingt-et-un autres sonnets, qui ne sont pas tous des sonnets
amoureux, et dont un, le premier (p. 246), fort spirituellement tourné, est la
traduction libre du programme de béatitudes renfermé dans une des plus jolies
épigrammes de Martial (X, 47). La verve gauloise anime plusieurs des sonnets
suivants, surtout le sonnet II (p. 247), dont le sujet n'est pas mal scabreux '. Je
signalerai comme excessivement curieux le sonnet XI, ou le poète répond ainsi
à sa femme Susanne de Lezay qui lui reprochait de pleurer Diane, perdue depuis
si longtemps :
Pourquoy ne peut sa mort me donner de l'amour,
Puisque morte elle peut te donner jalousie? 2
Le sonnet XX (p. 256) reproduit non sans énergie les vers latins dictés par Jules
César Scaliger mourant à son fils Sylvius.
D'Aubigné qui, comme je l'ai déjà remarqué^ est, dans ses chants d'amour,
un imitateur habile de Ronsard, me paraît avoir, dans son poème de la Création,
moins heureusement imité la Sepmaine de son coreligionnaire Du Bartas. Sans
doute les quinze chants de la Création renferment de beaux vers, parfois de beaux
passages, mais l'œuvre, prise en son ensemble, laisse beaucoup à désirer. Le
souffle y manque, et en trop de circonstances le poète donne raison à l'objection
qu'il se fait adresser (p. 328) :
Mais quoy, dira quelqu'un, c'est beaucoup entrepris.
Tes cordes sonnent bas
L'auteur, du reste, avoue sans fausse modestie que son style « mène peu de
» bruit, » mais il ajoute qu'on peut le comparer à un de ces petits tuyaux qui,
dans les orgues, rendent un son qui n'est pas inutile. Malgré de pittoresques
détails, malgré quelques éloquentes tirades, le poème de la Création n'est, à tout
prendre, qu'une assez faible copie d'un original déjà très-imparfait. Mais si ce
poème, au point de vue purement littéraire, est d'une médiocre valeur, il
constitue, au point de vue philologique, un document d'une réelle importance.
D'Aubigné, entassant descriptions sur descriptions, prodiguant tour à tour les
plus minutieux détails sur les pierres, les arbres, les plantes, les poissons, les
oiseaux, les quadrupèdes, les reptiles, ainsi que sur la structure du corps humain,
a trouvé l'occasion d'employer une foule de mots et de tours que les historiens
1. Un des vers de ce sonnet est incomplet, sans que nous sachions si la lacune provient
d'un mot que l'on n'a pu déchiffrer dans le manuscrit original. Le mot qui manque est,
d'après une communication de M. Read, le mot soif :
Je ne veulx ny saouler ma [soif], ny tormenter.
Mais je me demande si l'on est bien sûr de la lecture du mot tormenter, et s'il ne faut pas
lui substituer le mot augmenter, ce qui fournirait un sens si clair et si naturel :
Je ne veulx ny saouler ma soif, ny l'augmenter.
2. Ce cri du cœur ne devait pas empêcher d'Aubigné de pleurer avec désespoir celle à
qui il avait préféré un fantôme. Voir (p. 278) la pièce : ÏMrmts pour Susanne de Lezay,
et aussi (p. 201) la Vision funèbre de Susanne.
d'histoire et de littérature. ■ 155
de la langue française ne devront pas négliger. Sec, aride, et, puisqu'il faut
parler net, ennuyeux, si on ne le lit qu'en tant que poème, l'ouvrage de l'inégal
émule de Guillaume de Saluste devient, au contraire, très-intéressant, si on
l'étudié comme un texte nouveau, et je suis bien sûr que MM. Réaume et de
Caussade , qui ne manqueront pas d'indiquer , dans leur annotation , les nom-
breux rapprochements qu'on peut établir entre les deux poèmes, ne manqueront
pas non plus d'indiquer toutes les ressources qu'offrira la Création aux chercheurs
qui marchent dans la voie si largement ouverte par l'éminent auteur du Diction-
naire de la langue française.
Les vers mesurés et les poésies religieuses, qui forment, avec la Création, la partie
la moins précieuse du bagage poétique de d'Aubigné, ont été extraits du volume
qui a pour titre : Petites œuvres meslées et sont réimprimés pour la première fois
d'après l'édition de 1630. Trois pièces (p. 2^'S-2bci) sont tirées d'un recueil
intitulé : Le séjour des Muses ou la Chresme des bons vers (in-12, Rouen, 1626).
Les vers funèbres sur la mort d'Esîienne Jodelle avaient paru à Paris, chez Lucas
Breyer, i $74'. Tout le reste provient des manuscrits originaux de la collection
Tronchin.
Pendant que MM. Réaume et de Caussade préparaient leur édition du prim-
tems, M. Ch. Read en préparait une autre d'après un recueil manuscrit de poésies
du xvi^ siècle acheté par lui à la vente de M. Monmerqué (1861), et que ce
dernier, tantôt inclinait à regarder comme ayant appartenu à M'"'' de Maintenon,
car, a-t-il dit en une note consignée sur le premier feuillet du recueil, « les noms
» de poètes, écrits à la marge de leurs pièces, paraissent être de sa main qui
» m'est bien connue, « et tantôt était tenté d'attribuer à Brantôme. Quoi qu'il
en soit, ce manuscrit ne renferme pas le tiers du nombre des pièces qui, dans
le volume de MM. R. et de C, forment ce que M. R. appelle (p. xij) « ce frais
» et étincelant bouquet de fleurs printanières, qui avait surgi au cœur du jeune
» d'Aubigné, amoureux fou de la belle et fière Diane. »
On y chercherait notamment en vain les cent sonnets du premier livre. Le
nombre total des pièces fournies à M. R. par le ms. Monmerqué est de 48
{26 stances et 22 odes). On compte 20 odes de plus dans le volume de MM. R.
et de C, mais on y trouve 6 stances de moins 2. Ce n'est pas seulement parce
1 . J'avoue que je donnerais sans hésiter tous les vers « sur la mort de ce grand Jo-
» dalle, » pour la petite pièce suivante qui possède à la fois toute la concision et toute
la grâce des meilleures inscriptions funèbres de l'Anthologie (p. 313) :
Sur une belle fille morte au berceau.
Cette grand' beauté si exquise,
En bref temps esclose et reprise,
Ne fut à nous que par depost :
Le ciel la monstra par merveille
Comme une perle sans pareille
Qu'on descouvre, et serre aussi tost.
2. Après les 20 stances, les éditeurs ont reproduit (p. 1 12) une Consolation à Made-
moiselle de Saint-Germain pour la mort de Madame de Saint-Angel et (p. 115) des Qnadrains
à Madame de B., pièces qui ne se rattachent pas au Primtems. N'aurait-i! pas mieux valu
les mettre après les Poésies diverses? '
156 REVUE CRITIQUE
que le recueil de M. R. complète, sur ce dernier point, le recueil de ses devan-
ciers, que je le recommande à tous les amis de d'Aubigné : il a d'autres titres
encore à leur sympathie : imprimé avec un soin extrême (il sort des presses de
Jouaust, et c'est tout dire) ', il est enrichi d'une notice très-piquante 2, oh l'on
apprend « comment on s'est fourvoyé à plaisir au sujet du Printemps d'Agrippa
» d'Aubigné, » comment, par exemple, à la suite d'une phrase des Mémoires en-
jolivée par l'éditeur de 1729, enjolivée de nouveau par l'éditeur de 173 1, et
subissant des travestissements de plus en plus graves (vitia acquirit eundo), on
avait fini par admettre que le Printemps avait été imprimé (voir l'Histoire de
M'^^de Maintenon par le duc de Noailles, 1848), et qu'après avoir été imprimé,
il avait disparu (voir un article de M. Léon Feugère sur d'Aubigné dans la Revue
contemporaine de novembre 1853)3. Les Notes et corrections, rejetées à la fin du
volume (p. 1 37-144), seront lues avec profit par tout le monde. M. R. y éclaircit
très-bien de nombreuses et délicates questions, et je tiens à citer le passage de
son commentaire où il combat (p. 143) une opinion qui compte de considérables
partisans : « Habemus confitentem reum. Le premier de ces deux quatrains se
trouve dans le Divorce satyrique, avec une légère variante (Jeux, au lieu de
vœux). En le plaçant comme sien dans son Printemps, d'Aubigné n'a-t-il pas
ainsi tranché lui-même la question de paternité du Divorce satyrique, que Lenglet
du Fresnoy lui avait judicieusement attribué (t. IV du Journal de Henri lU, 1 744,
p. 14), mais qui était restée en litige.? Avant même d'avoir aperçu ce rappro-
chement, qui nous paraît décisif, nous étions déjà convaincu que le Divorce était
bien de d'Aubigné 4, surtout après avoir découvert et déchiffré, non sans
peine, dans ses brouillons, tel quatrain sur la reine Margot qui dépasse tout ce
que le célèbre pamphlet a de plus excessif. Il faut donc se résigner, en présence
de cette constatation imprévue, à ranger le Divorce satyrique à côté de la Confes-
sion de Sancy 5 . »
T. DE L.
1. Ce petit volume porte le n° XVIII dans la collection si élégante appelée Cabinet du
Bibliophile.
2. M. R. a choisi pour épigraphe, avec infiniment d'à-propos, cette citation tirée des
Tragimies : « Ce sont les fleurs et l'espérance s>
3. Bien d'autres erreurs encore ont été commises au sujet du Printemps : Un judicieux
critique, M. A. Sayous, qui, dit M. R. (p. xxiij), « le premier a été admis à pousser des
» reconnaissances dans les archives privées où dormaient, depuis près de deux siècles, les
» papiers posthumes de notre auteur, » n'a pas reconnu dans les manuscrits Tronchin le
poème des amours de d'Aubigné : « Je n'ai rien découvert de ses premiers essais, » a-t-
il tristement déclaré dans le chapitre sur d'Aubigné de ses Etudes littéraires sur les écrivains
français de la Réformation (Paris, 1854, t. II, p. 207-312). L'assertion de M. Sayous a
trompé la plupart de ceux qui ont écrit après lui, comme M. Postansque (d'Aubigné, sa
vie, ses œuvres et son parti, thèse pour le doctorat ès-Iettres. 1854, in-S", p. 55).
4. M. R. écrivait en 1873 : a II en fut de même de cette autre virulente plaquette, le
« Divorce satirique, qu'on lui a attribuée, et peut-être avec quelque raison » (p. v de l'In-
troduction à l'Enfer, satire « dans le goût de Sancy » publiée pour la première fois d'aprïs le
manuscrit du recueil de Conrart (N" XV du Cabinet du Bibliophile).
5. MM. R. et de C. rejettent ainsi {Introduction, p. xj) I authenticité du terrible docu-
ment : « On ne trouvera pas dans notre édition le lourd et grossier pamphlet du Divorce
» satirique, quelquefois attribué à d'Aubigné, sans autre raison que son inimitié bien connue
d'histoire et de littérature. 157
VARIÉTÉS.
Italia, hrsg. v. K. Hillebrand. Bd. II. Leipzig, Hartung; — Firenze-Roma-Torino,
Lœscher; — Milano-Napoli-Pisa, Hœpli. In-8°, 335 p. — Prix : 10 fr. 75.
Le second volume de V Italia a suivi de près le premier ' , et il le surpasse par
la variété et l'intérêt des articles qui le composent. Nous avouons, il est vrai,
ne pas goûter beaucoup un article de description et de fantaisie de M. W. Kaden
intitulé : Un nid de peintres dans les montagnes de la Sabine, ni une nouvelle
de M. H. Horner qui a pour titre : Le nourrisson. Un long article sur le théâtre
italien depuis 1848, signé Yorick, nous paraît aussi d'un médiocre intérêt, mais
la faute en est plutôt au sujet qu'à l'écrivain. Le volume pris dans son ensemble
n'en a pas moins une grande valeur. Conformément au programme tracé par
M. H. ce sont les Allemands qui se chargent de tous les travaux sur le passé de
l'Italie. M. de Reumont nous donne une très-intéressante étude sur le Collège
des Banquiers (collegio del cambio) à Perouse; M. Lanz passe en revue les
plus récents travaux sur Machiavel, de Zambelli, de Sanctis, Guerzoni, Btienne,
Gioda. Ce sont les Italiens au contraire qui nous parlent de l'Italie moderne, et
il faut le dire, soit que les Allemands aient craint de paraître pédants, soit que
les Italiens aient craint de paraître superficiels, ce sont leurs travaux qui
jusqu'ici constituent la partie la plus solide et la plus nouvelle de V Italia.
M. Fiorentino nous fait connaître le mouvement philosophique en Italie depuis
1 860 et nous indique avec brièveté et précision les divers courants qui se parta-
gent la pensée italienne, les restes de l'hégélianisme avec Spaventa et Vera, le
rationalisme sceptique avec Franchi ou Ferrari, le positivisme avec Marselli,
Villari, Angiulli, de Dominicis, de Meis; les doctrines d'Herbart avec Bonatelli,
et enfin des tendances spiritualistes variées avec Mamiani, Bertini, Ferri, Conti
et Vito Fornari. M. Luzzati analyse les tendances des diverses écoles d'écono-
mie politique qui existent aujourd'hui en Italie. On sait combien ces questions
sont aujourd'hui brûlantes dans la Péninsule. Les doctrines des Catheder-socia-
listen allemands y ont trouvé beaucoup d'écho et soulevé des controverses pas-
sionnées. L'article de M. R. Pareto sur la campagne de Rome est aussi un
article d'économie politique et a un intérêt d'actualité aujourd'hui que Garibaldi,
inspiré sans doute par l'ombre de Cincinnatus, échange son épée contre une
charrue. M. Gilioli raconte les voyages d'Odoardo Beccari (1865-1874), à
Bornéo et en Nouvelle-Guinée, qui peuvent compter parmi les expéditions les
plus héroïques et les plus utiles à la science qui aient été faites en ce siècle.
M. Zumbini nous donne une intéressante description d'un des districts monta-
gneux les plus pittoresques de la Calabre, la Sila, à l'est de Cosenza. — Enfin
» contre Marguerite de Navarre. » MM. R. et de C. resteront-il^ fidèles à leur première
appréciation? Je dois les avertir qu'un érudit qui a beaucoup étudié d'Aubigné, et qui a
récemment eu lui aussi communication des manuscrits de Bessinges, M. Lud. Lalanne,
regarde comme incontestable ce qui leur paraît si peu vraisemblable.
I. Voy. Rev. crit., 1874. 2° vol. p. 380.
158 REVUE CRITIQUE
M. H. s'est réservé la chronique politique. Si les numéros suivants de Vltalia,
qui doivent paraître à des intervalles indéterminés, restent à la hauteur des deux
premiers, l'entreprise de M. H. ne peut manquer de réussir malgré ce qu'il y
avait d'un peu factice dans sa conception.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 26 février 1875.
Le ministre de l'instruction publique adresse à l'académie la liste des élèves
de l'école des chartes qui ont reçu le diplôme d'archiviste-paléographe. Ce sont
MM. Bourbon, Vayssière, Lelong, Clédat, Raynaud, Pontal^ Normand, Richou,
et (hors rang) M. Terrât.
Le ministre transmet à l'académie la copie d'une lettre de M, de Vaux, gérant
du consulat de France à la Canée, au ministre des affaires étrangères, qui donne
des détails sur les deux statues découvertes à Aptéra en Crète, dont il a été
question à la séance du 5 février, et qui annonce qu'une découverte analogue
vient d'être faite aux environs de Candie, et que d'autres fragments de sculp-
tures antiques existent encore en divers endroits de la Crète.
L'académie décide qu'il y a lieu de pourvoir au remplacement de M. d'.\vezac,
membre ordinaire de l'académie, décédé. La discussion des titres des candidats
est fixée au vendredi 1 2 mars.
M. Ch. Giraud étant souffrant, la suite de sa lecture sur les tribuni militum a
populo est ajournée à une autre séance.
M. de Witte lit une note sur deux amphores panathénaïques, trouvées à
Corneto, dont il a déjà entretenu l'académie à la séance du i^"" août 1873. Il
met sous les yeux des membres de l'académie des dessins de ces amphores qui
lui ont été adressés par M. Newton, conservateur du musée britannique, où
elles se trouvent aujourd'hui. Ces dessins lui permettent de rectifier sur quelques
points sa première communication et d'y ajouter quelques détails nouveaux.
M. de Longpérier lit un travail de M. Chabas sur un papyrus du musée de
Turin qui contient des formules magiques pour préserver de la mort. Ce docu-
ment présente d'abord une formule destinée à détruire tous les germes mortels,
puis une énumération nominative de tous les genres de mort contre lesquels
cette formule doit protéger ceux qui l'emploieront. Cette liste ne comprend pas
moins de 73 articles qui se suivent sans aucun ordre. M. Chabas a rédigé, au
sujet des expressions qui désignent chacun de ces divers genres de mort, des
notes philologiques approfondies, dont M. de Longpérier, sans en donner
lecture, signale l'importance et l'intérêt.
Ouvrages offerts à l'académie :
J. Labarthe, Histoire des arts industriels, nouvelle édition, t. 3, fasc. 3 et 4;
Edm. Le Blant, Une lampe païenne portant la marque ANNISER (extr. de la
Revue archéologique);
d'histoire et de littérature. 159
Rig-Veda-Sanhita, éd. Max Mûller, vol. 6;
Os fasîos de Publia Ovidio Nasào corn traducçâo em verso portuguez por A. Fe-
liciano de Castilho, etc., 5 v. 8° ;
Historia dos estabelecimentos scientificos, litterarios e ârtisticos de Portugal, por
José Silvestre Ribeiro, 4 vol. 8° ;
Portugaliae monumenta historica, plusieurs fascicules fo. Ces trois derniers
ouvrages sont envoyés par l'académie royale des sciences de Lisbonne.
M. Mohl présente de la part de M. Lane le 5® fasc. de son Arabic-english
lexicon, Lond. 1874, 4°.
M. Egger présente les t. 2 et 3 de la 2^ édition du traité de droit constitu-
tionnel (en grec) de M. Saripolos, professeur à l'université d'Athènes.
M. Léopold Delisle présente de la part de M. Tamizey de Larroque un
ouvrage intitulé Documents inédits pour servir à l'histoire de l'Agenais.
M. Abel Bergaigne commence la lecture d'un mémoire sur V arithmétique
mythologique du Rig-Veda. Avant d'entamer l'étude de ce qui fait proprement le
sujet de ce mémoire, l'auteur expose dans une introduction les idées qu'il pro-
fesse sur l'interprétation des mythes védiques en général, et qui l'ont guidé dans
ce travail particulier. Il pense qu'on a eu tort de voir dans les mythes védiques
des représentations directes des phénomènes naturels, tandis qu'il n'aurait fallu
chercher dans ces sortes de représentations que l'origine primitive de ces mythes.
On a trop oublié que le Rig-Veda ne nous offre pas une simple poésie descriptive
de la nature, mais qu'il est le monument d'une religion déjà constituée et qui avait
ses dogmes, reposant essentiellement sur la croyance à l'identité du feu et du
Soma, sous leurs formes céleste, atmosphérique et terrestre, et à l'action de ces
différentes formes l'une sur l'autre et surtout du feu du sacrifice sur les feux de
l'atmosphère et du ciel. Ce sont ces dogmes que M. Bergaigne veut dégager de
l'interprétation des mythes védiques : il croit plus utile de se livrer à cette
recherche historique que de se réduire comme aujourd'hui à une vérification
surabondante du caractère naturaliste de la religion et de la mythologie védi-
ques, que personne ne conteste. Si l'on objecte qu'une telle théorie oblige, pour
ne pas briser les liens qui paraissent unir les mythes védiques aux mythes grecs
et autres, à reculer la formation de ces dogmes jusqu'à la période antérieure à
la séparation des peuples indoeuropéens, M. Bergaigne (en même temps qu'il
revendique les droits de l'exégèse védique indépendante contre les empiétements
de la mythologie comparée) répond qu'il n'y a rien d'invraisemblable à attribuer
à ces croyances une si haute antiquité. Le dogme essentiel de l'identité du feu
sous ses trois formes primitives est indoeuropéen, comme l'a montré M. Kuhn
dans son livre sur la descente du feu. Le haut rang d'Hestia et de Vesta dans le
panthéon des Grecs et dans celui des Romains prouve que ces peuples ont cru
comme les Hindous de l'époque védique à la toute puissance des sacrifices. —
Dans le mémoire qui va suivre, M. Bergaigne compte démontrer que les nom-
bres védiques peuvent s'expliquer tous par différents systèmes de division de
l'espace et par les places du feu ou du Soma universel, qui correspondent à ces
différentes divisions. Julien Havet.
l6o REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE.
Von Hellwald, Culturgeschichte in ihrer natûrlichen Entwicklung bis zur Gegenwart
(Augsburg, Lampart). — Jahrbiicher des deutschen Reichs unter Heinrich IIL Von Stein-
DORFF (Leipzig, Dunclcer und Humblot). — Maspons y Labros, Jochs de la Infancia
(Barcelone, Martî y Cantô), — Merwart, Erster Zusammenstoss Polens mit Deutsch-
land (Graz, Josefsthal). — Moliere's Werke herausg. von Laun. l. II. III. IV. (Berlin,
Van Muyden ; Paris, Sandoz et Fischbacher). — Mommsen, Rœmisches Staatsrecht. 2.
Bd. 1. Abth. (Leipzig, Hirzel). — G. Muller, De Theophrasti dicendi ratione. Pars
prima. Observationes de particularum usu (Anstadt, Frotscher). — Paulus Rœmerbriefe,
von VoLKMAR (Zurich, Schmidt). — Peipers, Untersuchungen ùber das System Plato's.
I. Th. (Leipzig, Teubner). — Rig-Veda Sanhita. Ed. by Max Muller. Vol. VI. Pré-
face (London, Allen). — Teutsch, Geschichte der Siebienbûrger Sachsen. 2. Aufl. 2 Bde
(Leipzig, Hirzel). — Wodsworth, Fragments and Spécimens of early latin (Oxford,
Clarendon Press). — Archives révolutionnaires du département de la Creuse 1 789-1 794, par
L. DuvAL (Guéret, chez l'auteur). — Boucher de Molandon, Note sur un gros tournois
de St-Louis, 2' éd. (Orléans, Herluison). — A Commentary on the text of the Bhagavad
Gîtâ by HuRRYCHUND Chintamon (London, Trûbner). — Commentationes Philologae;
scrips. Seminarii Philol. Regii Lipsiensis Sodales (Lipsiae, Gieseke et Devrient). — De
Castro, Arnaldo da Brescia e la rivoluzione romana de XII sec. (Livorno, Vigo). —
Froment, l'Éloquence et le Barreau dans la i" moitié du XVI' siècle (Paris, Thorin) ;
Essai sur l'histoire de l'éloquence judiciaire avant le XVII* s. (Ibid.). — Gauthier,
Histoire de Marie Stuart, 2* éd., 2 vol. (Paris, Pion). — Geographisches Jahrbuch. V.
Bd. 1874. Herausg. v. Behm (Gotha, Perthes). — Grassmann, Wœrterbuch zum Rig-
Veda , 4. Lief. (Leipzig, Brockhaus). — Huillard-Bréholles, Titres de la maison
ducale de Bourbon, 2 vol. (Paris, Pion), — Lalor (l'abbé), Cartulaire de Saint-Loup
de Troyes; Trésor de Clairveaux. — Landau, Beitrasge zur Geschichte der italienischen
Novelle (Wien, Rosner). — Marsden's Numismata Orientalia. A new éd. Part I. An-
cient Indian Weights by Ed. Thomas (London, Trûbner). — Olivier de Magny, Les
Souspirs, p. p. E. Courbet (Paris, Lemerre). — Paillard, Histoire de la transmission
du pouvoir impérial à Rome et à Constantinople (Paris, Pion). — Roget, Histoire du
Peuple de Genève, t. III, 1" livr. (Genève, Jullien). — Sweet, History ofEnglish Sounds
(London, Trûbner). — The Chinese Classics transi, into Engiish by Legge. Vol. II.
The Life and Works of Mencius (London, Trûbner). — Wallon, Saint Louis et son
temps, 2 vol. (Paris, Hachette). — Zupitza. Altenglisches Uebungsbuch (Wien, Brau-
mûller).
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
In-8", 22 p. (intéressante brochure). — Heller, Curae criticae in Platonis de
republica libros. Berlin, Calvary. ln-4", 48 p. (contrib. à la statistique des
mauvaises leçons du ms. de Paris A). — Volkmann, Geschichte und Kritik der
Wolfschen Proiegomena zur Homer (nous publierons prochainement un article
de M. Weil sur cet ouvrage). — Hartel, Homerische Studien. II. Wien ,
Gerold's S. In-S", 50 p. (ce cahier traite du hiatus). — Des Magisters Petrus de
Ebulo liber ad honorem Augusti; herausg. v. Winkelmann. Leipzig, Duncker
u. Humblot. In-8°, xij-96 p. (bonne édition; l'art., compétent, signale pourtant
un assez grand nombre d'erreurs et fautes typogr.). — Henning, Ueber die
Sanctgallischen Sprachdenkmaeler. Strassburg, Trùbner. In-8°, xvj-i 59 p. (plein
d'érudition et d'utiles contributions à la philol. germanique).
Revue d'Alsace, Janvier-Mars 187$. R. Reuss, Lettres inédites de Louis XIII,
Louis XIV, du prince de Condé, etc., au magistrat de Strasbourg (ces lettres
écrites dans les années 1642- 1647 nous montrent la ville de Strasbourg, bien
que neutre pendant la guerre de Trente-Ans prêtant un secours constant aux
armées françaises, qu'elle ravitaille). — Tuefferd, Curiosités de l'histoire de
Montbéliard (on regrette que les détails très-piquants donnés par M. T. sur
l'ivrognerie et la goinfrerie des habitants de Montbéliard au xvi*' s. ne soient
accompagnés d'aucun renvoi aux sources où il les a puisés). — A. Benoit, Col-
lections et collectionneurs alsaciens (xvii* siècle : Sébastien Schag, Jacques Men-
tel, Louis-Balthazar Kunast, de Ratzamhausen , Elias Brackenhoffer ; xviii" s, :
Bartenstein, bibliothèques et musées des couvents d'Alsace, Beysser, Schœpflin,
Silbermann, etc., etc.). — Ch. Grad, Les Nains du Hohneck, légende popu-
laire. — F. S. Tripone, Le Blocus et le siège de Belfort du 24 décembre 181 3
au 16 avril 1814 (ce journal d'un notaire de Belfort raconte avec une précision
minutieuse tous les détails de la défense de Belfort, qui a eu en 1814 comme en
1 87 1 , la gloire de prolonger sa résistance jusqu'après la prise de Paris, et n'a
capitulé qu'avec tous les honneurs de la guerre). — Bibliographie.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Aboul-Ghâzi Bèhâdour Khan. His-
toire des Mogolset des Tatares. Publiée,
traduite et annotée par le baron Desmai-
sons. T. II. Traduction. Gr. in-S", 393 p.
Leipzig (Voss). 7 fr. 50
Arnold (J. M.). Islam : its History, Cha-
racter and relation to Christianity. 3d
Edit. In-8* cart. London (Longmans).
17 fr, 50
Bacon (F.). Letters and Life of; inclu-
ding ail his occasional Works, new. col-
lected and set forth in Chronological
order. With a Commentary, Biographi-
cal and Historical by J. Spedding. Vol.
7. In-8*, 656 p. cart. London (Long-
mans). 1 5 fr.
Bamberg (A. v.). Homerische Formen
zur Erganzg. v. D' C. Franke's griech.
Formenlehre. In-8*, 19 S. Berlin (Sprin-
ger). 50 c.
Beke (C. T.). Jésus the Messiah ; being
an Answer anticipatory to the Work,
« Supernatural Religion. » New edit.
In-8* cart. London (Trùbner et C').
'3 fr. is
Birks (T. R.). Modem Utilitarianism ; or,
the Systems of Paley, Bentham and Mil!
examined and compared. In-8*, 248 p.
cart. London (Longmans). 8 fr. 15
Bonstetten (v.). Carte archéologique du
canton de Vaud. Accompagné d'un texte
explicatif. Bern (Huber et C'), 7 fr. 50
Catalogo per ordine alfabetico di testi di
lingua in edizioni citate dagli Accademici
délia Crusca. ln-8", 52 p. Parma (tip.
Grazioli).
Codices Mss. operum S. Thomas de Aqui-
no e S. Bonaventurae in regia neapoli-
tana Bibliotheca (compilatoda A. Miola).
In-S", 52 p. Napoli (tip. degli Accatton-
celli).
Cunningham (A.). Traditional Taies of
the English and Scotch Peasantry. New
Edit. In-S" cart. London (Kerslake).
7 fr- So
D^Ancona (A.). I precursori di Dante,
In-16, 1 14 p. Firenze (Sansoni). 2 fr.
Dobrée (P. P.)- Adversaria critica. Edi-
tio in germania prima cum praefatione G.
Wagneri. Vol. 2. Adversaria ad De-
mosthenem et Sophistas spectantia. In-
8°, 220 p. (Calvary). 2 fr. 75
Dods ey's Select Collection of Old Eng-
lish Plays. 4th Edit. By W. C. Hazlitt.
Vol. 6. In-S", 578 p. cart. London
(Reeves et T.). 13 fr. 15
Doublier (L.). Geschichte d. Alterthums
vom Standpunkte der Kultur m. besond.
Rucksicht auf die Entwickelg. d. volks-
wirthschaftl. Lebens in Ackerbau, Handel
u. Industrie. In-8*, xvj-736 S. Wien
(Hœlder). 12 fr.
Hall (W. E.). Rights and Duties of Neu-
trals. In-8* cart. London (Longmans),
10 fr. 65
Jahrbuch fur romanische und englische
Sprache u. Literatur. Begrundet im
Verein m. F. Wolf und A. Ebert, hrsg.
von D' L. Lemcke. Neue Folge. 2. Bd.
4 Hefte. Leipzig (Teubner). 21 fr. 35
Koren (0.). Quaestiones Symmachianae.
In-S», 46 p. Wien (Gerold). 8j c.
Kummer (C. F.). Die Jungfrau von Or-
léans i. der Dichtung (Shakespeare, Vol-
taire, Schiller;. In-8»,4i S. Wien (Hœl-
der). I ^r- 3 5
Lenz (M.). Kœnig Sigismund u. Heinrich
der Fûntte v. England. Ein Beitrag zur
Geschichte der.Zeit des Constanzer Con-
cils, In-S", viij-2 1 5 S. Berlin (G. Reimer).
4 fr.
Le Strange (T.). Development of Créa-
tion on the Earth. In-8° cart. London
(Trûbner et C»). 3 fr. i s
Legends of the Old Testament traced
to their Apparent Primitive Sources.
In-8° cart. London (Trùbner et C).
6 fr. 25
Mahn (A.). Ueber die epische Poésie der
Provenzalen besonders ûber die beiden
vorzùglichsten Epopen Jaufre u. Girartz de
Rossilho, so wie ùber die Ausgaben und
Handschriften, worin sich dieselben be-
finden. In-8*, 24 S. Berlin (Diimmler).
1 fr. 2j
Mira (G.). Bibliografia siciliana ovvero
Gran Dizionario délie opère édite ed
inédite, antiche e moderne di argomento
siciliano stampate in Sicilia efuori. In-4*,
p. i-272. Palermo (tip. di Gaudiano).
Pavesio (P.). Carlo Botta e le sue opère
storiche con appendice di lettere inédite
e di un ragguaglio intorno ad opéra del
Botta rara e poco nota. In-S", 198 p.
Firenze (tip. dell' Associaz.).
Raccolta di rime attribuite a Francesco
Petrarca che non si leggono nel suo Can-
zoniere colla giunta di alcune fin qui iné-
dite, pubblicate dal prof. P. Ferrato.
In-8*', viij-72 p. Padova (Prosperini).
5 fr-
Records of the Past, being English Trans-
lations of the Assyrian and Egyptian
Monuments. Vol. 2. Egyptian Texts.
In-8*, 184 p. cart. London (Bagster).
4 fr. 40
Roby (H. J.). A Grammar of the Latin
Language, from Plautus to Suetonius.
In Two Parts. Part 2 ; containing Book
4, Syntax; also Prépositions. In- 12,
660 p. London (Macmillan). 13 fr. 15
Sacken (E. v.). Ueber e. neues Militar-
diplom. von Kaiser Elagabalus. Mit 2
(emgedr.) Zinkographien. Gr.in-8", 14 S.
Wien (Gerold). 60 c.
Sozimeni Ecclesiastica Historia. Edited
by R. Hussev. Vol. i. In-8° cart. Lon-
don (Macmillan). 18 fr. 75
Strelitz (A.). De antiquo Ciceronis de re
publica librorum emendatore. In-8°,
95 p. Breslau (Leuckart). 2 fr. 75
Tylor (T.). Ecclesiastes : A Contribution
to its Interprétation and a Translation.
With notes. In-8' cart. London (Wil-
liams et N.). 9 fr. 40
Zeitschrift fiir deutsches Altherthum.
Hrsg. V. K. Mûilenhoff u. E. Steinmeyer.
Neue Folge. 6. Bd. i. Hft. In.8', 160 S.
Berlin (Weidmann). 4 fr.
Nogent-Ie-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 11 Neuvième année. 13 Mars 1875
JR,gVUE CRIJIQUE
D'HISTOIRE ET DE LitTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL,,.G, MQ^OD^. G..JPARISV "~
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Gdyàrd.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays. :> o^pi snu 0;
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire. d6 la.
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). )'.',^-y',\
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
';:} -!;,)' o.iT .^.^; 67, rue de Richelieu. ';v,^s^i£f.!piî^li >9b ,3upiî
G-Q 1 Q T Q Le Petit Poucet et la Grande Ourse, i vol. în-iô
• JC- jf\ Iv 1 0 imprimé en caractères elzeviriens. 2 fr. 50
BpClÔffeÈQiJE DE l'École DE$.Hii^êlSTibES
n".;;,;,-j;-.:.= -y : 20^ fascicule; •■''>•! •j'^'^ ni. ''H .k"' ;:;■';;
r^ î T T XIT^ T î T T7 IVÎ ""stitution oratoire. Collation d'un ms.
V^ U 1 IN 1 1 i-i 1 Ci IN du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules
Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de PÉcole des hautes études. 5 fr.
,-••'.', iS^ ET ï ^^ fascicules précédemrnent £arus :
RT\ tr^ T' A QT^ 17 V O T î?^ : Éttide sur les comtes et
• LJ £_j l:^i\^i:i £iJ^lL. .L\i'i]fjii^ -vicomtes de Limoges
antérieurs à l'an 1000. , '^^f'^noO olJDoHop — .^ oz ^ f^
Af^HA R ^/IF^^T'ÎT"T]-^R '^^^^^^ ^^ ^^ formation des
• L/rVrviVl EuO 1 LLi l dl\ mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et.au latin. 12 fr.
d Jj .Vil:- ' ;'jA ~.(.U Ik
Pour paraître très-prochainement tr:l .TrrrtbM ,
2 le fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com-
menté par Eugène Grébault, avocat, élève de l'École des hautes études.
PÉRIODIQUES.
The Academy, N* 146, new séries, 20 février. Kinglake, The Invasion of
Crimea. Vol. V. Edinburgh and London, Blackwood and Sons (G. Chesney :
ce volume est consacré à la bataille d'Inkermann). — Blanchard Jerrold : The
Life of Napoléon III. Vol. IL London, Longmans and Co. (Etienne Coquerel:
ce volume embrasse la période comprise entre 1837 et 1848; l'auteur n'a pas
un mot pour blâmer « les fautes et les crimes du prince •)). — Notes and News.
— Notes of Travel. — American Scholars and the « Academy. » — Letters of
Joseph Spence. — Boston Letter (Thomas Sergeant Perry : nouvelles scienti-
fiques et littéraires). — The Leyden tercentenary Festival. — Correspondence.
The late D"" Rowland Williams (Ellen Williams). — The Original of Shaks-
pere's «Othello» (Edward H. Pickersgill : réfute la précédente communication
de M. Rawdon Brown). — Piètrement, Mémoire sur les Chevaux à trente-
quatre côtes des Aryas de l'époque védique. Paris, E. Donnaud (Max Mùller :
communique une lettre de M. Huxley qui démontre que le passage du Rig-Veda
sur lequel s'appuie M. Piètrement ne suppose nullement l'existence de chevaux
n'ayant que ^^4 càtes). — Meetings of Socieiies (Soc. de l'Institut anthropologique,
des antiquaires, New Shaksp., anthrop. de Londres).
The AthensBum, N" 2469, 20 février. W. Smith and Grove, An Historical
Atlas of Ancient Geography, Biblical and Classical. Murray (i^'art. sur ce
splendide Atlas). — G. Gaskell, Algeria as It is. Smith, Elder and Co. (très-
superficiel). — The Dâthdmnsa, Ed. and Transi, by Coomara Swamy (cf. Revue
crit., 1874, II, p. 102). — Mr. Wilkin's Edition of the « Georgics » (réplique
de l'auteur à l'art, de VAthen.). — Mr. I. T. Prichard (A. R. : quelques détails
biographiques). — Officiai Philology (M. R. A. Dalyell réclame contre l'ex-
pression « tissue of blunders « appliquée par un article de VAthen. à la partie de
l'ouvrage intitulé « Spécimens of the Languages of India » qu'il a rédigée). —
Notes from Paris (Edmond About). — Literary Gossip. — Societies (Soc. asia-
tique, des antiquaires, de l'Inst. anthrop., New Shaksp.). — The Temple of
Herod (C. Warren).
liiterarisches Centralblatt, N* 9, 27 février. Hammerich, ./Elteste christ-
liche Epik der Angelsachsen, Deutschen und Nordlaender. Aus dem Dasnischen
von A. Michelsen. Gûtersloh, Bertelsman. In-8°, vi)-28op. (important ouvrage).
— Seidemann, D"" Jacob Schenk. Leipzig, Hinrichs. .In-8°, 203 p. (contribution
de grande valeur à l'histoire de la Réformation). — Ostfriesisches Urkundenbuch.
Herausg. v. Friedl;ender. i. Heft. 787-1400. Emden, Haynel. In-4'', viij-
152-xiv p. — Bestushew-Rjumin, Geschichte Russlands. Ueb. v. Schiemann.
I. Bd. I. Lief. Mitau, Behre. In-8", 160 p. (ce commencement ne fait pas bien
augurer de la suite). — Fitting, Zur Geschichte der Rechtswissenschaft am
Anfange des Mittelalters. Halle, Buchh. d. Waisenhauses. In-8°, ij-28 p.; Glosse
zu den exceptiones legum Romanorum des Petrus, herausg. v. Fitting. Ebd.
In-S", iv-68 p. — Schulz, Spéculum Saxonicum num latino sermone conceptum
sit? lena, Dufît. In-S", 26 p. — Collectio Consuetudinum juris apud Slavos
méridionales etiam num vigentium. V. Bogishicz. i. livr. In-8°, lix-714 p. —
Bethman-Hollweg, Der Civilprozess des gemeinen Rechts. 6. Bd. Bonn,
Marcus. In-B°, xj-271 p. — Plinii Secundi naturalis historia. D. Detlefsen
recens. Vol. V. Berlin, Weidmann. In-8", x-249 p. (ce volume termine la bonne
édition de M. D.). — Acta fratrum arvalium quse supers, restit. et illustr. Hen-
zen. Berlin, Reimer. In-8°, ccxlv-240 p. (art. anal.).
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N- 11 — 13 Mars — 1875
Sommaire : 49. Talboys Wheeler, Histoire de l'Inde. — $0. Hurrychund
Chintamon, Commentaire sur la Bhagavad-Gita. — 51. Volkmann, Histoire et cri-
tique des Prolégomhnes sur Homère, de Wolf. — 52. Jaffé, Monuments Alcuiniens, p.
p. Wattenbach etDiiMMLER. — 53. ScHOLz, Acquisition par Charles IV de l'Élec-
torat de Brandebourg. — 54. Paillard, Considérations sur les causes générales des
troubles des Pays-Bas auXVI'' siècle; Histoire des troubles religieux de Valenciennes,
1 560-1 567. — 55. ViNET, Bibliographie méthodique et raisonnée des beaux-arts. —
Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
49. — The History of India : hindû, buddhist, and brahmanical. By J. Talboys
Wheeler. London, Triibner, 1874. In-8*, xxiv-joo p.
M. Wheeler a déjà publié deux volumes sur l'Histoire de l'Inde, l'un conte-
nant l^analyse critique des Vedas et du Mahâbhârata, l'autre celle du Râmâyana
et des lois de Manu, Celui que nous avons sous les yeux peut faire suite aux
deux autres, mais il permet aussi de s'en passer, car il en contient dans les deux
premiers chapitres un résumé succinct. Les chapitres suivants traitent : de la
vie et de l'enseignement du Buddha, de Pinde des Grecs et des Romains, de
l'Inde buddhique, du théâtre hindou, des Rajpoutes, de la restauration brahma-
nique, etenfm de l'Inde portugaise. Ce sont autant d'analyses d'ouvrages connus,
tels que la vie du Buddha de Bigandet, le théâtre hindou de Wilson, les anti-
quités du Râjasthan de Tod, etc. Ils nous présentent, l'énumération ci-dessus
l'indique suffisamment, non pas une histoire suivie, mais une succession de
tableaux rangés dans un ordre chronologique assez lâche. Ce qui en forme
l'unité, ce sont les commentaires de l'auteur sur le développement de la civilisa-
tion et des religions de l'Inde, commentaires qui ne sont certes pas à dédaigner,
puisque M. Wh. a passé quinze ans dans l'Inde et en Birmanie, et qu'il y a vu
pour ainsi dire fonctionner sous ses yeux des institutions et des mœurs que les
siècles n'ont changées qu'en partie : il a donc pu en comprendre le jeu et les
effets beaucoup mieux qu'un savant de cabinet. Mais enfin ces commentaires,
généralement ingénieux et quelquefois vraisemblables, n'en ont pas moins un
caractère hypothétique, parce que l'auteur était dépourvu des moyens nécessaires
pour arriver à une démonstration rigoureuse. Incapable de puiser lui-même directe-
ment aux sources indigènes il n'est en outre nullement au courant des travaux euro-
péens, qui ont, depuis un demi-siècle surtout, jeté quelque clarté au milieu des
ténèbres de l'antiquité indienne. Aussi nous présente-t-il sous des formes tout à fait
inattendues des faits qui ne sont plus, et même qui n'ont jamais été en discussion.
Nous ne citerons que des exemples courts mais significatifs. Le célèbre philosophe
Çankara Âchârya est appelé partout, dans le texte et dans l'index, Sankha Achâ-
rya. Le nom de Prasenajit, le roi contemporain du Buddha, est toujours écrit
Prasa-najiî^ et M. Wh. cherche dans la première partie de ce mot ainsi coupé
les Ilpadioi des historiens grecs. Un appendice spécial est consacré à Açoka,
dans lequel M.Wh. reconnaît bien, comme la plupart des historiens, le Piyadasi
XV H
l62 REVUE CRITIQUE
des inscriptions; mais il veut en même temps l'identifier avec Chandragupta, le
monarque dont les relations bien connues avec Seleucus premier sont le pivot
de la chronologie indienne. Sans sortir du livre de M. Wh. on trouve dans les
inscriptions de Piyadasi reproduites quelques pages plus haut d'après les tra-
ductions de Prinsep et de Wilson, l'énumération des souverains grecs contem-
porains du fameux roi buddhiste, ce qui suffit pour réfuter cette étrange identi-
fication.
On voit assez pourquoi l'Histoire de l'Inde de M. Wh. ne saurait faire ici
l'objet d'un examen approfondi. Il semble d'ailleurs, d'après un passage de la
préface, que l'ouvrage soit plus spécialement destiné aux Hindous et à ceux
who arefamiliar wiîh India, c'est-à-dire sans doute, qui connaissent V\x\àt de visu.
pour y avoir séjourné ou voyagé. A ces deux catégories de lecteurs, les analyses
des principales œuvres de la littérature indienne et d'un certain nombre de
livres qu'on ne peut pas toujours se procurer facilement ni emporter avec soi,
seront effectivement fort utiles. Si l'on ajoute que l'exposition de M, Wh. est
claire, simple, et d'une lecture agréable, on s'expliquera le succès des deux
premiers volumes et on prévoira celui du troisième.
jo. — Hurrychund Ghintamon; A Commentary on the text et the Bhagavad-Gîtâ,
or the discourse between Krishna and Arjuna on divine matters; a sanscrit philoso-
phical poem. With a few introductory papers. London, Trùbner and Co. 1874. In-S",
xxiv-8j p. — Prix : 7 fr. 50.
Ce livre ne répond à son titre que pour la forme. L'auteur, M. Hurrychund
Ghintamon, qui est agent politique à Londres du Guicowar de Baroda (celui-là
même qui se trouve sous le coup d'un impeachmenî pour tentative d'empoison-
nement sur la personne du résident britannique), se présente à nous comme un
grand admirateur de la civilisation européenne et un chaud partisan du progrès
sous toutes ses formes, social, politique, moral et religieux. L'esprit obsédé de
tant de graves problèmes et jugeant sans doute que toute occasion est bonne
pour dire des vérités, il a pris prétexte de la Bhagavad-Gîtâ pour nous dire les
siennes. Le lecteur est prévenu en conséquence que <( la philosophie qu'il trou-
» vera dans ces pages n'est celle ni de Patanjali, ni d'Epicure, ni de Lucrèce,
» ni de Kant, ni de Berkeley, ni de Gousin, mais simplement celle du sens
» commun. » On devait s'attendre avant tout à y trouver celle de la Bhagavad-
Gîtâ ; mais les convictions fortes nous ménagent quelquefois de ces surprises-là.
La Bhagavad-Gîtâ se trouvant ainsi transformée en un exposé de la philoso-
phie du sens commun, par quoi il faut entendre celle de l'auteur, présente, cela
va sans dire, un ensemble parfaitement homogène et consistant. Pour en avoir
l'intelligence, il est donc inutile d'en scruter les origines, d'y noter les emprunts,
d'en analyser les centons. G'est une allégorie pure, dont il s'agit seulement
d'avoir la clef. Gette clef, la voici : « Par les deux familles de même race, les
» Kurus et les Pândavas, il faut entendre les deux familles de la Passion et de
» l'Intelligence, qui sont aussi d'une même race, le genre humain, lequel est
d'histoire et de littérature. i6;
» appelé Kshatriya, parce qu'il est doué d'un élément belliqueux, la Raison. Le
^microcosme ou l'homme, aussi bien que le vaste monde, esta jamais le champ
» de la bataille du vice et de l'erreur contre la vérité et la vertu... Arjuna repré-
» sente l'Esprit; son char représente le Corps; son cocher, Krishna, représente
» la Raison. » Ce que devient le poème appliqué sur ce lit de Procuste, on
peut se l'imaginer. Ainsi, quand au début le vieux roi aveugle Dhritarâshîra
demande à son fidèle écuyer Sanjaya « qu'arriva-t-il après que mes fils et mes
» neveux se furent rangés en bataille les uns contre les autres ? » et que San-
jaya lui répond par la description et le dénombrement des deux armées, nous
devons, à la place de ce dialogue, imaginer le suivant : « L'opinion populaire :
*r Quand l'homme, qui est doué d'un esprit investigateur, arrive sur la scène de
» ce monde pour penser par lui-même, quelle est sa situation dans la société ^
» — La vérité : L'homme naît dans un état non développé. Son premier âge
j^ est un âge d'ignorance et de soumission à tout ce qu'on lui dit de croire.
» Quand il arrive à la virilité, il s'émancipe de ces habitudes enfantines, excepté
» en religion, où il garde sa crédulité Un petit nombre seulement com-
* mencent à douter et, avec l'aide de la Raison, finissent par prendre courage
ti et par fouler aux pieds la superstition. A ce moment, quand l'homme voit
» clairement que la paix de son royaume mental est troublée par la Passion, il
)i- réagit contre elle. La Tentation vient en aide à la Passion. La Raison, après
» avoir tenté inutilement un essai de médiation, décide enfin l'Esprit à déclarer la
)) guerre et à risquer la bataille. Les deux commandants en chef sont l'Intelli-
» gence d'un côté, la Passion de l'autre. Les généraux sont la Piété opposée à
)) l'Irréligion, la Patience opposée à la Colère..., etc. » Quand ce procédé d'in-
terprétation devient trop embarrassant, l'auteur se tire d'affaire en s'esquivant
par la tangente. Ainsi l'allégorie de l'arbre au chap. xv, qui est un de ces élé-
ments traditionnels que le poème ramasse en chemin sans se les assimiler suffi-
samment, est remplacée par une petite leçon de physiologie comparée. Ailleurs,
comme pour la majeure partie des chap. x et xi, il n'y a pas de commentaire
du tout, l'auteur se bornant à dire « ceci est poétique » ou « ceci est purement
)■> théologique. » Evidemment ce n'est pas à la Bhagavad-Gîtâ, mais aux opi-
nions personnelles de M. H. Ch. que nous avons affaire en tout ceci.
Quant à ces opinions en elles-mêmes, ce serait une tâche fastidieuse s'il fallait,
pour s'en former une idée, les recueillir tout le long d'un poème qui les
repousse. Heureusement l'auteur nous a évité cette peine en les résumant ex
professo dans son Introduction et dans un écrit particulier intitulé Progrès
théologique, dont voici la substance : tout est action et par conséquent progrès :
la preuve est fournie par les sciences naturelles, chimie, astronomie, géologie,
botanique, minéralogie, zoologie, mécanique, physique proprement dite, etc.,
dont les merveilleuses conquêtes sont passées en revue. Toutes ces sciences
sont actives, ou nous révèlent l'action; les idées de l'auteur s'embrouillent
quelquefois là-dessus. Seule la théologie fait exception; seule elle est immobile;
seule elle n'a point eu ses Newton et ses Faraday (l'auteur oublie que ces deux
savants se sont beaucoup occupés de théologie dans le sens large où il prend
164 REVUE CRITIQUE
ce mot). « Où, quand et comment la pierre de touche de la science a-t-elle été
» appliquée à la théologie ? A peine en aucun temps, en aucun lieu, a-t-elle
» jamais senti cet attouchement de nature céleste — attouchement aussi léger
» mais non moins puissant, aussi silencieux mais non moins efficace que celui
» de la lance d'Ithuriel s'abaissant sur le crapaud blotti à l'oreille d'Eve dans
» le paradis Toujours sur la mare ténébreuse de la théologie flotte
» l'écume verdâtre et fétide de la superstition. N'est-il pas temps qu'un ange
» descende et vienne troubler les eaux de ce Bethesda spirituel — maintenant,
» hélas ! inutile bourbier ou marécage exhalant la fièvre ? » Pour pro-
céder à cette désinfection, M. H. Ch. fait un appel à la coalition de toutes les
forces actives, sans acception de pays, de couleur et de race. Seulement il
oublie de nous dire sur quels principes s'établira l'accord, et de quelle manière
ces forces agiront. Tout en inclinant au positivisme, M. H. Ch. ne se rattache
en efïet à aucune doctrine précise. Il se contente d'être un « ami des lumières »
et il est tel de ses futurs alliés à qui il pourrait bien sembler être lui-même
encore profondément engagé dans « la mare ». Bref pour tout programme nous
sommes renvoyés à la philosophie du sens commun. C'est une chose précieuse
que le sens commun, et riche en excellentes maximes, entre autres celle-ci, qu'il
ne faut se mêler que de ce qu'on entend bien. L'auteur se doute-t-il que tout
ceci n'est pas aussi neuf qu'il se l'imagine ? que la plupart des questions qu'il
agite ainsi en phrases vagues, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'elles sont soumises,
même parmi ses compatriotes, à l'enquête scientifique ? et qu'en particulier sa
propre méthode d'interprétation est précisément celle dont l'abus a été le plus
reproché à la théologie ? Je ne mets pas en doute l'excellence de ses intentions;
je ne prétends pas non plus juger ce qu'on peut appeler sa doctrine, et je suis
prêt à reconnaître qu'il y a de bonnes choses dans son livre. Mais il a visé trop
haut. Au lieu de tout ce verbiage ramassé dans les Magazines, et plutôt que de
nous parler de « l'électricité voltaïque de Galvani et de la thermo-électricité du
» Prof. Seebeck de Berlin », il eût mieux fait de s'enquérir un peu des choses
et du passé de son propre peuple, puisqu'il entreprenait d'en commenter un des
plus beaux monuments, et de surveiller l'orthographe de ses citations sanscrites
(qu'il appelle aryennes et donne en caractère nâgarî), qui sont estropiées neuf
fois sur dix. Mais je ne veux pas m'arrêter à ces erreurs de détail, bien que,
dans le nombre, il y ait des choses très-fortes. Si ce livre était sorti d'une plume
européenne, la critique n'aurait point à s'en occuper. Si j'en ai parlé si longue-
ment, c'est que l'auteur est hindou. Et malgré cela j'aurais mieux fait
peut-être d'être plus court. Nous ne sommes plus en effet autant tenus que par
le passé de faire cette distinction. Le temps n'est plus, où c'était presqu'un évé-
nement de voir un de nos arrière-cousins des bords du Gange prendre part au
mouvement littéraire et scientifique de l'Occident et où l'indulgence qu'on doit
à des novices était envers eux de rigoureuse équité. Les sciences et les méthodes
de l'Europe ont trouvé parmi eux des disciples nombreux et distingués, et les
compatriotes de M. H. Ch. nous ont donné eux-mêmes le droit d'être sévères
envers lui. . ■,. u l.,, A. Bart^,, ,
d'histoire et de littérature. 165
51. — Geschichte und Kritik der Woirschen Prolegomena zu Homer.
Ein Beitrag zur Geschichte der Homerischen Frage, von D' Richard Volkmann,
Gymnasial-Director in Jauer. Leipzig, Teubner. 1874. In-8',xv-368p. — Prix: iofr.75.
Les Prolegomena ad Homerum, chef-d'œuvre de science et de méthode, même
aux yeux de ceux qui n'adoptent pas les vues de Wolf, ont paru en 1795, et
ont été le point de départ d'une foule d'écrits sur l'origine et la formation de
l'Iliade et de VOdyssée. Quant à l'origine de ces poèmes, Wolf essaya d'établir
que, à l'âge épique, les Grecs ne connaissaient pas l'écriture ou ne s'en servaient
guère. Or une vaste épopée ne peut exister, ne peut même être conçue, sans le
secours de l'écriture qui seule permet de la fixer et de la réunir en corps d'ou-
vrage. Il ne pouvait donc y avoir d'abord que des chants détachés et peu étendus.
La réunion de ces morceaux, la formation des deux grandes épopées, n'eut lieu
qu'au vie siècle, par les soins de Pisistrate. Pendant les siècles qui séparent ces
deux termes, la transmission du dépôt poétique se fit parles rhapsodes, exercés,
grâce à un enseignement traditionnel, à retenir fidèlement et à réciter suivant
les règles de l'art les vers confiés à leur mémoire, ainsi que ceux que quelques-
uns d'entre eux pouvaient y ajouter. Ce que Wolf s'était efforcé de démontrer
historiquement, Lachmann (dont les Betrachtungen iïber die Ilias parurent en
1837 et 1841) et ses disciples cherchèrent à le confirmer par l'analyse des
poèmes, décomposés par eux en un certain nombre de chants primitifs. Cepen-
dant l'argumentation de Wolf, qui sert jusqu'à un certain point de base à ces
recherches d'un ordre différent, avait été attaquée et ébranlée dans plusieurs de
ses parties. Qu'en reste-t-il aujourd'hui.? C'est là ce que M. Volkmann s'est pro-
posé de mettre en lumière dans ce livre, dont la première partie est consacrée à
l'exposition, la seconde à la critique du système de Wolf. Disons tout d'abord
que le résultat de ce long et consciencieux examen est tout à fait négatif : M. V.
estime qu'il ne reste plus rien des thèses de Wolf, que tout son édifice a croulé.
La première partie, l'exposé historique, est aussi complète qu'intéressante.
Avant d'arriver aux Prolégomènes, le lecteur passe en revue les précurseurs de
Wolf, ainsi que les écrits par lesquels Wolf lui-même préluda à son grand
ouvrage. Dans la seconde moitié du xviii* siècle, on s'était épris d'une grande
passion pour ce qu'on appela poésie naturelle ou poésie populaire, et Wolf était
sous l'influence des idées répandues à ce sujet un peu partout_, mais surtout en
Angleterre. Homère passait pour le plus grand représentant de cette forte poésie
primitive, antérieure à tout art et à toute réflexion, née du contact d'un chan-
teur inspiré avec un peuple enthousiaste, dans l'heureux temps oi^i il n'y avait
encore ni alphabet, ni livre, ni écrivain. L'Iliade et l'Odyssée, en laissant de
côté l'ensemble des épopées, et à ne les considérer que morceau par morceau et
dans le détail de l'exécution , portent-elles en effet les caractères d'une poésie
aussi primitive? On ne l'accordera pas aujourd'hui. Alors on se faisait de la
poésie naturelle, spontanée, des idées un peu vagues. En les appliquant à Homère,
Wolf en tira les conséquences rigoureuses , nécessaires en quelque sorte. Quel-
ques données fournies par les anciens et depuis longtemps connues, d'autres
1(56 . REVUE CRITIQUE. ,^^^j,,^
révélées par les scholies de Venise que Villoison venait de faire connaître, s'ac-
cofdaient facilement avec ces idées générales, et donnèrent une base en appa-
rence très-solide à une construction puissamment combinée et exécutée de main
de maître. M. Volkmann donne une analyse sommaire des Prolégomènes, et il
expose ensuite comment les vues développées dans cet ouvrage se sont, avec le
temps, modifiées dans l'esprit de l'auteur lui-même, comment elles ont été
accueillies et jugées par les contemporains, quels travaux elles ont suscités du
vivant de Wolf soit parmi les partisans, soit parmi les adversaires de son
système.
Après cet historique très-détaillé, très-complet, surtout en ce qui regarde
l'Allemagne, l'auteur examine les principaux points du système, et là encore,
fidèle à sa méthode, il résume et revise les objections que la critique y a faites
depuis un demi-siècle. Il est constant que l'usage de l'écriture parmi les Grecs
remonte plus haut que ne pensait Wolf : les découvertes épigraphiques le
prouvent, et, depuis le commencement des Olympiades, des épopées d'un ordre
secondaire ont été, on ne saurait en douter, rédigées par écrit. Quant à la trans-
mission orale des poèmes homériques, on sait bien peu de chose sur les aèdes
et les rhapsodes : tout ce qui regarde les écoles, les familles de ces interprètes
de la poésie épique, et en particulier la famille des Homérides de Chios, est ex-
trêmement douteux. M. V. a raison de dire qu'on donne trop souvent comme des
faits ce qui n'est au fond qu'assertion hypothétique : sa critique nous semble
cependant trop absolue, trop négative. Le tyran Clisthène abolit à Sicyone les
concours des rhapsodes qui récitaient les poèmes d'Homère. Par un hasard
heureux, Hérodote (V, 67) a trouvé l'occasion de mentionner ce fait, dont il
est permis de tirer des conséquences. Si_, vers l'an 600, des concours réguliers
de rhapsodes existaient déjà depuis quelque temps à Sicyone, on peut croire que
de tels concours étaient plus anciens dans l'Ionie, et que des rhapsodes couraient
le pays bien plus anciennement encore. Néanmoins M. V. est d'avis (p, 288 et
les suiv.) que l'existence de rhapsodes ne remonte pas beaucoup plus haut que
l'âge de Solon. Il s'appuie en premier lieu sur un passage de la Rhétorique
d'Aristote (III, i , 3). Après avoir dit qu'on ne s'est pas encore occupé de l'action
oratoire, ià iirepl ttjv uTidxptaiv, le philosophe ajoute : Kal -^àp elq ty)v xpaYaïjv
7,at pa(];a)Siav o'bï xap^XGev • uTuexpivoTcxo ^àp aÙTo\ -uàç TpaYwSiaç oî Tioir^zcù xb
TcpwTov. Cela veut-il dire que les rhapsodes sont d'origine récente ? Nous ne
saurions admettre une telle interprétation. Il est clair que le philosophe
ne parle pas de l'action, mais de la théorie de l'action. Glaucon de Téos et
quelques autres étaient (il le dit quelques lignes plus bas) les premiers qui eussent
étudié l'action des interprètes d'ouvrages poétiques. Il ajoute, par rapport à la
tragédie, que d'abord les poètes étaient leurs propres acteurs : et l'on comprend
en effet que, tant qu^il en était ainsi, le besoin d'un enseignement théorique à
l'usage des acteurs n'ait pas dû se faire sentir. S'il ne fait pas d'observation
analogue sur la paJ^wâta, c'est qu'il n'en trouvait pas à faire. M. V. allègue
encore ce qu'on lit au sujet de Cynaethos dans une scholie très-confuse ad
Pindari Pyîh. VI, 4, et ailleurs au sujet du fameux règlement imposé aux rhap-
d'histoire et de littérature. 167
sodés par Solon ou par Hipparque. Mais il faut distinguer entre la rhapsodie
officielle et la rhapsodie libre : des concours de rhapsodes ont pu être établis
assez tard à certaines fêtes de Syracuse et d'Athènes, quand depuis longtemps
des rhapsodes avaient fréquenté ces mêmes villes et y avaient récité les vieux
poèmes. Comment ces poèmes auraient-ils pu être si populaires, s'ils n'avaient
pas été sans cesse récités en public? La transmission orale, parallèle à la con-
servation de textes écrits, a dû primer ces derniers et influer sur eux, par la
raison que la plupart des textes étaient probablement copiés à l'usage des rhap-
sodes ou rédigés par eux.
La rédaction de Pisistrate n'a plus aujourd'hui aux yeux de personne l'impor-
tance qu'y attachait Wolf. Les épopées cycliques supposent l'existence de l'Iliade
et de l'Odyssée comme grands corps d'ouvrage, et Pisistrate n'avait pas à créer
ni à réunir ce qui était depuis longtemps assemblé, du moins dans ses parties
essentielles. Est-ce à dire qu'il faut contester toute la tradition relative au travail
de Pisistrate sur le texte d'Homère.? M. V. est du nombre des conservateurs qui
la rejettent hardiment : elle vient, suivant lui, de quelques mots mal interprétés
d'une épigramme sur Pisistrate (Anîhol. Pal. XI, 442). On y lit : "Oç tov "0[j.y]-
pov Yjôpoica (JTuopaBTjv to Tcplv dcstBép-evov. Insistant sur le participe àeiSdpLsvov,
M. V. donne de ces mots une explication nouvelle et ingénieuse : ils signifient,
dit-il, que Pisistrate força les rhapsodes à réciter aux Panathénées toute la suite
des deux épopées, au lieu d'en détacher des morceaux, comme ils en avaient
pris l'habitude. C'est l'institution dont d'autres font honneur à Solon ou Hipparque.
Quelque séduisante que puisse être cette explication , il m'est difficile de l'ad-
mettre. Elle force le sens du verbe rjôpotaa, et elle introduit une espèce de
contre-sens dans l'épigramme : « trois fois chassé d'Athènes, j'y ai été trois fois
» ramené. par le peuple, et j'ai fait un règlement sur la manière de réciter
» Homère : car ce grand poète était notre concitoyen , s'il est vrai que Smyrne
» est une colonie d'Athènes. » Le mérite est bien mince pour être si pompeuse-
ment célébré. La tradition sur le travail de Pisistrate me semble confirmée par
un autre passage, auquel M. V. lui-même attache beaucoup d'importance, parce
qu'il se trouve dans un ouvrage qui, tout en portant à tort le nom de Platon,
remonte probablement à l'époque de ce philosophe. En faisant l'éloge du fils de
Pisistrate, l'auteur du dialogue Hipparque, dit entre autres choses : ïà 'O[j.f^pou
eTCY] xpwToç è/,6|;.i(j£V stç ttjV -fTiv xauTYjvi, xai •^vaY/.aae to'jç patl^wSoùç IlavaÔ'/;-
vaioiç è^ uTuoXïnl'ewi; £(p£^% aùxà oiiévai. M. V. (p. 301) cherche à esquiver la
première de ces deux phrases : il soutient qu'elle ne fait qu'indiquer d'une manière
générale ce qui est précisé par la seconde phrase. Comme elle en dit trop pour
lui, il veut qu'elle ne dise rien. Cependant les mots ne sont pas obscurs : ils
signifient bien qu'Hipparque le premier dota Athènes d'un texte, c'est-à-dire
d'un texte complet, d'Homère. En effet, sans texte officiel, le règlement imposé
aux rhapsodes devenait illusoire : les deux choses se tiennent. Cette tradition se
concilie aisément avec celle qui en dit autant de Pisistrate : ce souverain pouvait
se servir pour cette entreprise littéraire de celui de ses fils qui avait le plus de
l68 REVUE CRITIQUE
goût pour les lettres. Quant à Solon, on s'est donné trop de peine pour établir
une distinction entre le règlement que lui attribue Diogène Laërce, I, 2, 57,
ainsi que Suidas, et celui dont le Pseudo-Platon fait honneur à Hipparque : nous
pensons, avec M. V., que la même mesure était rapportée tantôt à l'un, tantôt
à l'autre. Ajoutons que Solon était pour les Athéniens le législateur par excel-
lence, et qu'on faisait souvent remonter à lui des lois données par d'autres.
Il est encore un point sur lequel nous ne partageons pas l'avis de M. V.
Welcker et Bergk entendent la réunion par Pisistrate de l'œuvre d'Homère, non-
seulement de l'Iliade et de l'Odyssée, mais encore des épopées secondaires qui
portaient vulgairement son nom. De cette manière la tradition perd beaucoup de
sa gravité : le travail de Pisistrate consistait à rassembler plutôt qu'à rédiger.
M. V. soutient (p. 343 suiv.) que l'extension abusive du grand nom d'Homère
ne remonte pas plus haut que la période attique, et que les érudits qui, plus
tard, attribuèrent à d'autres poètes la plupart des poèmes du cycle épique ne
firent que renouveler la tradition primitive. Mais si cette tradition avait existé,
un homme aussi versé dans ces matières qu'Hérodote l'aurait-il ignorée.'' Or
nous voyons Hérodote s'efforcer de prouver par quelques légers indices que les
Cypriaques et les Epigones ne sauraient être d'Homère. Quant à la Thébaïde nous
savons par hasard que le poète Callinos la donnait déjà pour un poème homé-
rique. D'un autre côté, Pausanias et ceux qui rapprochent de certaines épopées
les noms de Stasinos ou d'Hégésinos, de Leschès, etc., le font avec tant d'hési-
tation et de doute qu'on voit qu'ils regardent ces attributions comme purement
conjecturales; souvent ils y mettent plus de réserve, et ils aiment mieux laisser
anonymes ces poèmes. L'Êthiopide seule fait exception : une tradition constante
l'attribue à Arctinos : mais il faut ajouter que cette épopée ne semble jamais
avoir passé pour un ouvrage d'Homère. On est donc fondé à dire que le nom
d'Homère, comme celui d'Hésiode, s'étendait d'abord à un grand nombre de
poèmes et n'a été réservé qu'assez tard à l'Iliade et à l'Odyssée, grâce à une
admiration plus éclairée et au réveil de la critique.
Henri Weil.
52. — Jaffé, Bibliotheca Rerum Germanicarum. T. VI. Monumenta Alcuin-
iana a Philippe JafFaeo praeparata ediderunt Wattenbach et Dûmmler. Berlin , Weid-
mann. 1873. vj-9i2 p. Gr. in-8*. — Prix : 24 fr.
On sait que lorsque Jaffé cessa de collaborer aux Monumenta Germaniae il
entreprit à lui seul une collection de textes latins du moyen-âge conçue sur un
tout autre plan que les Monumenta. Il réunissait dans un même volume une
série de documents se rapportant à un même personnage ou à une même ville.
Il mit à cette entreprise une incroyable activité, car il publia, de 1864 à 1869,
cinq forts volumes {Monumenta Corbeiensia, Gregoriana, Moguntina, Carolina,
Bambergensia). Le sixième était à moitié prêt quand Jaffé, victime de persécu-
tions mesquines et cédant aux inspirations d'un caractère faible et ombrageux,
se suicida le 3 avril 1870. C'est ce dernier volume que MM. Wattenbach et
d'histoire et de littérature. 169
Dûmmier ont terminé et publié. Il contient la vie d'Alcuin par un moine
anonyme de Ferrières, la Vie de saint Willibrod par Alcuin, son poème sur les
saints et les évêques de l'église d'York et enfm son recueil de lettres. Aucun
manuscrit ne nous reste pour la vie d'Alcuin ni pour son poème sur l'église
d'York; les éditeurs ont dû se contenter de reproduire les éditions de Duchesne
et de Gale en tenant compte des corrections faites par les autres éditeurs et
en proposant quelques nouvelles conjectures. Pour les lettres à Alcuin ils se
trouvaient dans une situation plus heureuse. Ils ont pu collationner 22 mss., dont
plusieurs avaient été inconnus aux précédents éditeurs, entr'autres trois mss. du
British Muséum (Harlei 208; Cotton Vesp. A. xiv; Cotton, app. 3 s) qui leur
ont fourni 32 lettres entièrement inédites, et 2 partiellement inédites. Six autres
sont données sous une forme plus complète que celle des précédentes éditions.
Parmi ces lettres inédites quelques-unes offrent un grand intérêt historique, en
particulier celle adressée à Arn de Salzbourg (n. 108) au sujet des persécutions
qu'avait à endurer le pape Léon III; et deux lettres à des archevêques anglais
(n. 219, 220) sur les superstitions usitées parmi les populations anglo-saxonnes.
Il veut aussi qu'on interdise les assemblées religieuses tenues en plein champ
(de vrais meetings) et qui favorisaient moins la prière que l'ivresse. Les lettres 1 3
à un abbé saxon, 16 à son disciple Joseph, 17 à Adalhard de Corbie, 61 aux
évêques anglais pour qu'ils prient pour Charles, 87 à un archevêque anglais au
sujet des incursions des Normands, ont également une assez grande importance.
Les lettres 79 à Osbert, et 271 à des moines écossais sont parmi les plus remar-
quables de la correspondance d'Alcuin, mais on en connaissait la plus grande
partie par Guillaume de Malmesbury. Quant aux autres lettres inédites d'Alcuin,
nos I à Vulfard, abbé de Saint-Martin de Tours; 3 à Hygbald, évêque de
Lindisfarne; 6 à Pépin, roi d'Italie; 60 à l'abesse Edilburga; 82 à Léon III;
89 à la reine Liudgarde; 225 à l'abbesse Regnoida; 236 à Nifridius, évêque de
Narbonne et à Benoît d'Aniane; 258 a Rotrude et à Berthe, filles de Charlema-
gne; 272 à l'abbé Aethelbald; 276 aux moines de Mayo; 280 à l'abbesse
Adaule; 38, 218, 221, 228, 246, 297, 298, 305, 306 à des anonymes, ne
sont que de simples billets ou des exhortations pieuses. Enfm deux lettres,
n°s 39 et 287, ne sont pas écrites par Alcuin en son nom personnel. La première
est adressée par le prêtre Eanbald à l'archevêque d'York du même nom : la
seconde est envoyée par l'évêque Arn de Salzbourg à Dodon, dit Cuculus, pour
lui reprocher son goût pour le vin. Cette dernière lettre se distingue par un
mélange aimable de gaieté malicieuse et de pieux reproches qui se rencontre
fréquemment dans la correspondance d'Alcuin.
Ce n'est pas seulement au point de vue du nombre des lettres et de la cor-
rection du texte que l'édition des lettres d'Alcuin par M. Jaffé présente un sérieux
progrès sur les éditions antérieures de Canisius, de Duchesne, de Mabillon et
de Froben (celui-ci a réuni dans ses Alcuini opera^ Ratisbonne 1776, 4 vol. in-f°,
260 lettres) ; elle nous donne un nouveau classement chronologique très-diffé-
rent de celui de Froben, dont la valeur ne pourrait être jugée qu'après un
examen très-minutieux, mais qui paraît en général très-satisfaisant. Nous nous
lyo .:; •".'.'REVUE critique ' ;
trouvons donc grâce à M. Jaffé et à MM. Wattenbach et Dûmmler, si bien qua-
lifiés pour continuer son œuvre, en possession d'une édition complète, et l'on
peut presque dire, définitive d'un des plus précieux documents que nous possé-
dions pour l'histoire de l'Empire Frank et des royaumes anglo-saxons à la fin du
VIII® s., et surtout pour la connaissance de l'état des esprits à cette époque.
Alcuin a été, sous Charlemagne, le représentant le plus éminent de cette civili-
sation anglo-saxonne qtii fournit à l'Europe ses plus énergiques missionnaires et
qui exerça une influence si puissante sur tout le développement intellectuel du
moyen-âge. Bède a été sans doute le véritable maître ; mais c'est Alcuin qui a
été à la cour de Charlemagne, et dans l'Ecole du Palais, puis dans toutes les
Ecoles monastiques et épiscopales par ses élèves, le propagateur de l'influence
anglo-saxonne.
K': Deux tables à la fin du volume donnent la liste des lettres d'après les premiers
mots de chacune d'elles et un Index nominum. On regrette de n'avoir pas une
table donnant les lettres dans leur ordre chronologique avec l'indication des
personnes à qui elles sont adressées, leur date présumée et le renvoi aux édi-
tions antérieures. On pourrait ainsi se rendre compte des matières renfermées
dans le volume, et de ce qu'il contient de nouveau; tandis qu'il faut le feuilleter
page après page et se faire soi-même cette table si l'on veut avoir une idée
d'ensemble sur la correspondance d'Alcuin.
53 . — Erwerbung der Mark Brandenburg durch ELarl IV, von D' P. Scholz.
Breslau, Josef Max und Comp. 1874. In-8', 79 p. — Prix : 2 fr.
Le présent travail est sans doute une dissertation académique, écrite en vue
du grade de docteur; il a les mérites et les inconvénients de la plupart des tra-
vaux de ce genre que l'Allemagne produit en si grand nombre. Beaucoup de
zèle à réunir les sources, beaucoup de soin dans la discussion des détails,, peu
d'aperçus généraux et trop de points, touchés à peine, qui font allusion à des
questions ignorées de la plupart des lecteurs. Une pareille étude paraît toujours
écrite à l'usage de l'auteur, de son critique, s'il en trouve, et de deux ou trois
initiés peut-être, mais reste inaccessible au grand public. Il est vrai que
personne ne songe à lui en cette occurrence : il s'en venge un peu en igno-
rant absolument de pareils travaux. L'opuscule de M. Scholz s'occupe de
l'acquisition de l'Electorat de Brandebourg par l'empereur Charles IV, qui,
durant les longues querelles de la maison de Vittelsbach avec la sienne, sut
augmenter sinon le pouvoir impérial, du moins les domaines particuliers des
Luxembourg. Les différents chapitres nous font assister aux phases successives
de la réalisation des convoitises impériales, de 1351 à I37^ L'auteur nous
expose les luttes embrouillées des derniers souverains brandebourgeois de la
famille des Vittelsbach, Louis le Romain et Othon le Jeune, avec Charles IV,
luttes que termina le traité de Fùrstenwalde, signé le 15 août 1373. Cette
transaction enlevait le Brandebourg à Othon, quoiqu'il fût le gendre de l'erape-
d'histoire et de littérature. 171
reur, tout en lui laissant le titre d'Electeur, et une dotation annuelle de douze
mille écus d'or. Le prince dépossédé chercha, comme nous le racontent les
chroniques, à se consoler de ses déboires politiques dans les bras d'une belle
meunière et mourut auprès d'elle en 1 379 à son rendez-vous de chasse de
Wolfstein en Bavière. Mais l'auteur n'a pas touché ces événements de sa vie
intime. Tout ce que je trouve à signaler de particulier dans ce travail,
appuyé principalement sur les importantes publications de Riedel, c'est l'effort
de M. Sch. pour intéresser, plus que ne l'ont fait ses prédécesseurs, à la
personne d'Othon, tandis qu'il fait peser sur Louis le Romain la responsabilité
du triomphe de la politique luxembourgeoise. Il aurait peut-être pu accentuer
encore davantage ce fait que l'intervention de l'empereur, tout en étant provo-
quée par l'ambition personnelle, eut des résultats heureux pour le pays conquis.
Les marches de Brandebourg purent respirer un instant sous l'administration de
Charles IV; quand sa mort, arrivée en 1578, les eut de rechef abandonnées à
leurs tyranneaux innombrables, elles sentirent la différence; et ce fut une des
raisons pour lesquelles les habitants de ces contrées s'attachèrent si vite à la
dynastie nouvelle des HohenzoUern quand le fils de Charles, Sigismond, donna
le pays à ces parvenus de la petite noblesse, qui devaient, trois siècles et demi
plus tard, ceindre à leur tour la couronne de l'empire d'Allemagne.
.:• ■.';::■'-:;:) ■■>■■■■.■ R.
54. — Considérations sur les causes générales des troubles des Pays-
^ Pas au XVIe siècle, par Charles Paillard. Bruxelles, La Haye et Paris. 1874.
"^In-8*, 150 p.
Histoire des troubles religieux de Valenciennes 1560-1567, par le même.
Édition réservée à la France de l'ouvrage publié pour la Belgique et la Hollande par
la Société de l'Histoire de Belgique. T. I". Paris, Valenciennes et Bruxelles. 1874.
In-8-, 594 p.
Ce n'est pas sans une certaine appréhension, je l'avoue, que j'ai ouvert le
premier des deux ouvrages dont on vient de lire le titre. Je me méfie quelque
peu des considérations générales, ayant eu l'occasion de constater que, sous
cette étiquette ambitieuse, on groupe bien souvent des idées vagues, confuses,
insaisissables, trop semblables à ces légers brouillards que je vois en ce moment
flotter devant moi. Mais j'ai été bientôt rassuré. Au lieu de creuses et vaines
théories, j'ai trouvé dans les considérations de M. Paillard une étude des plus
substantielles. Tout y repose sur des documents originaux, principalement sur
les documents publiés par un paléographe aussi savant qu'infatigable, M. Ga-
chard {Correspondance française de Philippe II et de Marguerite d'Autriche, duchesse
de Parme, 2 vol. — Précis de la correspondance italienne et espagnole de Philippe II
et de ses ministres, 4 vol.). M. P. distingue, à la clarté des révélations de ces
correspondances, trois causes des troubles des Pays-Bas, d'où sortit la Répu-
blique des Sept provinces unies : causes politiques, causes financières, causes
religieuses. Le judicieux écrivain soutient sa thèse sans la développer : la
172 .:^/..'-"f REVUE CRITIQUE ' "'
resserrant, au contraire, en quelques pages pressantes, nerveuses, il va droit
au but, n'employant que des preuves de toute solidité, appelant à son secours,
dans sa marche à la fois rapide et prudente, les dates les plus précises, les cita-
tions les plus frappantes. Il me paraît difficile de ne pas être de son avis, soit
qu'il s'agisse de l'ensemble de ses appréciations, soit qu'il s'agisse des jugements
particuliers qu'il porte sur les principaux personnages qui s'agitent dans l'histoire
des Pays-Bas pendant la seconde moitié du xvi* siècle, Philippe II, Marguerite
d'Autriche, le cardinal de Granvelle, le duc d'Albe, le président Viglius, le
comte de Berlaymont, le comte d'Egmont, Guillaume de Nassau. Peut-être
cependant, tout en ayant raison au fond, n'use-t-il pas d'assez de ménagements
dans la forme, et, dédaigneux des nuances, assombrit-il un peu trop les cou-
leurs dont il peint Philippe II, « cet inquisiteur couronné, » et le duc d'Albe,
« ce bourreau systématique et formaliste. » Peut-être encore se montre-t-il trop
enthousiaste de « l'infortuné d'Egmont, si vivement discuté dans ces derniers
temps, » et surtout de Guillaume de Nassau (le Taciturne), au sujet duquel il
s'exprime ainsi : (p. i o) : « Quant aux sentiments d'admiration, ils vont natu-
)) rellement et sans effort à la noble et impassible figure, qui domine cette
» lugubre scène, et semble planer au-dessus d'elle. »
Les Considérations sont, aux yeux de M. P., la clé de l'Histoire des troubles
religieux de Valenciennes, ouvrage qui méritait par son importance d'être précédé
d'un aussi lumineux travail. Là, pour la première fois, sont utilisés des maté-
riaux « d'une richesse véritablement surprenante » conservés dans les Archives
générales de Belgique, matériaux fort accrus, en 1862, par la restitution de
nombreuses liasses qui, en 1815, avaient été envoyées de Paris à Vienne.
« Ainsi, » remarque l'auteur (p. 5), « se trouva enfin reconstitué le fonds de
» l'audience, le plus riche peut-être de l'Europe, en ce qui concerne les affaires
» du XVI® siècle. On peut donc dire qu'il n'y a pas plus de dix ans que les docu-
» ments,. sans lesquels ne pouvait être écrite l'histoire de Valenciennes au
» xvi® siècle, ont été mis à la disposition du public. » — « Le livre, » ajoute-
t-ii, « parle de lui-même. C'est un livre de première main, et dont chaque ligne
» est écrite avec des documents originaux à l'appui. Sans doute, je puis m'égarer
» dans l'interprétation des textes; si, toutefois, je me trompe, je fournis en
» même temps à mon contradicteur le moyen de me redresser. »
■ Excellente méthode dont on ne saurait trop recommander l'emploi I M. P.
Iiii devra l'honneur d'avoir écrit un livre que l'on n'aura pas à refaire. Je ne
veux que l'annoncer aujourd'hui, me réservant d'en parier amplement quand
les trois ou quatre volumes dont il doit se composer auront tous paru. Je me
contenterai donc de dire que les affaires générales de la religion à Valenciennes
pendant les années 1 560 à 1563 sont exposées, en ce premier volume, sous la
forme de récits intitulés : L'épisode des Maubruslez (i 560) ; Le Diable et la Ré-
forme. Conjuration d'Anthones Rogier dit de Hiers (1561); un procès de lèze-
majesté divine et humaine sous le régime de la Bulle d'or et des joyeuses entrées de
Brabant. Procès de Jacques Régnier dit Maso, manant de Novelles (1 562). Ces trois
d'histoire et de littérature. 17 j
récils, pleins de curieux détails, sont entourés de notes peu étendues, généra-
lement très-satisfaisantes ', et suivis (p. 2 jo-390) de trente-neuf pièces justifica-
tives pour la plupart inédites. Tout cela ne comble pas seulement une lacune
dans l'histoire de Valenciennes, mais nous aide à mieux connaître tout un côté
du XVI' siècle. Il faut faire des vœux pour qu'un aussi consciencieux ouvrage
soit continué sans retard, et pour qu'il trouve auprès des érudits ce succès,
mêlé d'estime et de gratitude, que les travailleurs du mérite de M. P. regardent
comme la plus précieuse des récompenses.
55. — Bibliographie méthodique et raisonnée des beaux-arts, par Ernest
ViNET. Paris, Didot. 1874. 1" livraison, xij-144 p. — Prix : 5 fr.
Depuis longtemps l'Europe lettrée tout entière réclamait la publication
d'une bibliographie des beaux-arts, et on peut constater sur un grand
nombre de points des tentatives plus ou moins isolées, plus ou moins heureuses
faites en vue de combler cette lacune. En France il faut signaler deux excellents
travaux de M. G. Duplessis, consacrés l'un à l'indication des ouvrages relatifs
à l'histoire de la gravure et des graveurs 2, l'autre à la bibliographie des biogra-
phies d'artistes 3, En Autriche le musée impérial pour l'art et l'industrie a mis au
jour un catalogue fort commode de sa bibliothèque déjà passablement riche4. En
Italie un chercheur infatigable, M. C. Morbio, a, dans son dernier volume,
Francia ed Italia, annoncé comme prochaine l'apparition d'un dictionnaire des
livres concernant l'histoire de l'art. En Angleterre enfin le musée de South-
Kensington a entrepris de dresser, avec le concours des savants de tous pays,
l'inventaire général et complet des publications, grandes ou petites, qui inté-
ressent cette branche si importante de nos connaissances 5. Nous avons rendu
compte ici-même 6 de cette œuvre gigantesque, dont les deux premiers tomes
1. M. P., racontant le supplice de Jacquet Walin, condamné à monter sur le bûcher
comme hérétique, dit (p. 97) : « Peut être aussi fut-il étranglé avant d'être brûlé, ce qui
» avait lieu assez souvent. » Il aurait fallu mettre : le plus souvent, car on ne trouve
guère de circonstances, au XVI* siècle, où la peine du feu n'ait été commuée en celle de
la strangulation. Cet adoucissement était, en quelque sorte, sous-entendu dans presque
toutes les sentences, quand il n'y était pas formellement indiqué. — A la p. 185, M. P.
écrit, sous le mot crasset : « petite lampe plate et de construction tout à fait primitive,
» ne contenant qu'une mèche trempant dans un peu d'huile. » Je constate que l'on se
sert encore de cette lampe en Gasgogne, et qu'elle y porte le nom decareil. — Estrapade
(p. 212) ne vient pas d'estrêper, briser, mais bien de strappan, tirer. Observons, à ce
propos, que M. P. se sert trop de l'insuffisant recueil de Roquefort, recueil qui, au milieu
des immenses progrès de la philologie, pourrait être comparé à l'arriéré crasset ou careil.
2. Paris, Rapilly. 1862. ,,.1^.
3. Paris, Rapilly. 1866.
4. Katalog der Bibliothek des k. k. œst. Muséums fur Kunst u. Industrie, par M. Sches-
tag. Vienne. 1869.
5. Universal Catalogue of Books on Art. 2 vol. in-4'de 2188 p. Londres, Chapman
et Hall. 1869-1870.
6. Revue critique, 18 juin 1870. ;,:i.,:ip ;:) 1:1210 !^a!'-;i ■ 'Ohu.' ''O' ■,,"■.''
174 ."î'f'T/.'REVUE CRITIQUE " '
ne renferment pas moins de 68,000 notices et dont le supplément, actuellement
sous presse, apportera une trentaine de mille notices nouvelles. Cependant mal-
gré des sacrifices pécuniaires considérables, malgré l'activité, le dévouement de
ses éditeurs , VUniversal catalogue of Books on art n'est jusqu'ici qu'un simple
répertoire, dont la composition se ressent de la multiplicité de ses collaborateurs,
et qui ne contient qu'une interminable liste de livres disposés par ordre alpha-
bétique. La table méthodique, qui devait suivre de près, n'est pas encore ache-
vée et ne le sera sans doute pas de longtemps.
On le voit, ces divers ouvrages ou bien n'ont trait qu'à une portion détermi-
née du domaine qu'il s'agit d'explorer, ou bien, alors même qu'ils en embrassent
l'ensemble, comme le catalogue anglais, ne présentent pas l'unité de vues, la
pleine possession du sujet qui sont indispensables pour mener à bonne fin une
entreprise pareille. , ,. i.i.^-.^
Un écrivain élégant, un archéologue plein de savoir et de s'égacit"^, M. E.
Vinet, après avoir poursuivi de longues années durant la solution de ce double
problème, vient de nous donner le début d'un travail destiné à satisfaire les
exigences diverses de l'artiste et du critique, du collectionneur et de l'érudit.
Nous voulons parler de la Bibliographie méthodique et raisonnée des Beaux-Arts,
complément du manuel du libraire et de l'amateur de livres.
Cette publication justifie l'impatience avec laquelle elle était attendue ; elle
mérite, on peut l'affirmer, la faveur avec laquelle elle a été accueillie dès le
premier jour. La richesse et la variété des informations, la clarté du système
de classement adopté par l'auteur, telles sont les qualités qui la distinguent.
L'an dernier M, Vinet nous a offert un aperçu de sa méthode dans le Cata-
logue méthodique de la bibliothèque de l'École nationale des Beaux-Arts^; il l'a en
quelque sorte expérimentée en petit. Aujourd'hui il l'applique sur une plus
vaste échelle et tout permet de lui prédire le succès.
Nous reviendrons sur ce manuel si recommandable quand la publication en
sera plus avancée 2, mais nous ne voulons pas nous en séparer pour le moment
sans signaler le soin, on pourrait presque dire l'amour avec lequel l'auteur s'est
acquitté de sa tâche. Plusieurs chapitres, par exemple celui qui est consacré
aux solennités, sont de vraies monographies contenant l'indication d'une foule
de raretés inconnues à Brunet et à M. Grsesse. Il faut aussi louer M. Vinet
d'avoir joint à la description des principaux ouvrages des notes souvent fort
étendues, contenant des renseignements curieux. Sur ce point il s'est très-
heureusement inspiré de l'exemple du comte Cicognara, dont le Catalogo ragio-
nato, de plus en plus recherché, peut passer pour un modèle du genre.
Ajoutons enfin que la place accordée aux pubHcations étrangères : anglaises,
allemandes, italiennes, hollandaises et même slaves, est des plus considérables.
Ce progrès mérite d'être noté. L'histoire de l'art, différant en cela de beaucoup
1. Paris. 1873. xiij-256. , ■'■^'.
2. L'ouvrage tout entier se composera de quatre fascicules. '^"^ «' t^'
..' :;;T/j:;t)*HlSTOIRE ET DE LITTÉRATURE. SUVÏ^ I75
d'autres disciplines, a un caractère encore trop national ; les méthodes d'investi-
gation varient d'une contrée à l'autre, les résultats acquis en France ou en Alle-
magne sont ignorés en Angleterre et en Italie ou vice versa. On ne peut donc
qu'applaudir aux efforts des esprits courageux qui se proposent de mettre fin à
cette espèce d'infériorité et de faire des conquêtes d'un pays le patrimoine du
monde savant tout entier.
Eug. MUNTZ. oj
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 5 mars 1875.
M. Desjardins écrit pour se porter candidat à la place de membre ordinaire
vacante par la mort de M. d'Avezac.
Ouvrages adressés à l'académie :
Compte-rendu de la commission impériale archéologique pour les années 1 870. ei
1871, avec un atlas : St. Pétersbourg, 1874; .'ùzmiri
P. P. Mathieu, Temple de Mercure découvert au pied du Puy-de-Dôme ; —
L'Auvergne antéhistorique ; — Nouvelles observations sur les camps romains de Ger-
govia; — Vercingétorix ; — Le château de Murol; 5 vol. ou brochures 12°, Cler-
mont-Ferrand ;
Schuermann, Réplique à M. Roulez, Bruxelles, 1875 ;
Publications de la section historique de l'institut royal grand-ducal de Luxembourg,
t. xxviii (vi), année 1875 : Luxembourg, 1874, 4°;
Sechs phonikische Inschriften aus Idalion, v. Julius Euting, mit drei Tafeln :
Strassburg, 1875, 4", etc.
M. Pavet de Courteille présente de la part de M. de Ujfalvy la V^ partie
d'une Étude comparée des langues ougro- finnoises, Paris, 8°.
M. Ch. Giraud continue la lecture de son mémoire sur les tribuni militum a
populo, en réponse à M. Duruy. Il commente une inscription trouvée par Keller-
mann à Cervetri, l'ancien municipe de Caere, dans laquelle un personnage,
citoyen romain, nommé M. Manlius, est qualifié de tribunus militum a populo,
praefectus fabrum et censor perpétuas. Cette inscription semble à M. Giraud devoir
être rapportée à la fin de la république ou au plus tard au règne d'Auguste ;
cette appréciation est confirmée par la mention du censeur du municipe, ma-
gistrat remplacé sous l'Empire par les quinquennales. — M, Giraud rappelle
l'histoire de la ville de Caere, qui, après être entrée dans l'alliance romaine et
avoir reçu la qualité de municipe, perdit ensuite une grande partie de son indé-
pendance en punition de ce qu'elle s'était jointe aux villes étrusques insurgées
contre Rome, Elle passa au rang des praefecturae, c'est-à-dire que la justice y
fut rendue non par les magistrats élus du municipe, mais par un praefectus
envoyé de Rome ; et ce préfet n'était pas même, comme celui de certaines pré-
176 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
fectures, élu par le peuple romain, mais nommé par le praetor urbanus. En outre
les Caerites ne gardèrent le droit de cité romaine que diminué du ius suffragii et
du iushonorum; ils ne furent plus électeurs ni éligibles qu'aux magistratures de
leur municipe. De là l'expression in Caeriîum tabulis, souvent employée
pour désigner les citoyens rangés par les censeurs dans la classe des
aerarii, qui n'avaient pas les droits de vote et d'éligibilité. Telle étant la
condition des Caerites, M. Giraud ne peut croire que les Romains, qui
avaient montré contre eux une telle défiance, leur eussent accordé le droit
d'entretenir une force militaire à eux sous un commandement électif, et cela
surtout à une époque agitée comme les dernières années de la république,
auxquelles se rapporte le plus probablement l'inscription en question. Il voit
donc dans le tribunus militum a populo qu'elle mentionne un tribun militaire de
Rome, d'autant plus qu'à cette époque la persistance du tribunat électif à Rome
n'est pas douteuse. Une autre confirmation se tire du titre de praefectus fabrum
qui suit. En effet, bien que ce titre ait été employé pour désigner plusieurs
emplois fort divers, on admet que lorsqu'il n'est accompagné d'aucune qualifica-
tion géographique ou autre, comme c'est ici le cas, il indique un officier militaire
romain, analogue à nos officiers du génie. — M. Giraud termine le commentaire
de cette inscription par quelques considérations sur le titre de censor perpetuus,
qui est particulier au seul municipe de Caere. On voit ici un nouvel exemple du
cumul des charges romaines et municipales. — Il écarte ensuite du débat trois
fragments informes provenant de l'Andalousie, où l'on a voulu lire sans fonde-
ment les mots tribunus militum a populo. — Il cite une inscription provenant
d'Olevano, non loin de Rome, en partie effacée, où l'on lit... a populo, et où il
faut sans doute restituer tribunus militum dans la lacune. Borghesi qui a étudié
cette inscription n'a pas douté qu'il ne s'agît d'un tribun romain, et il a vu là
la preuve que cette inscription remontait à la république ou aux premiers Césars.
— La suite de cette lecture est ajournée à quinzaine.
M. Naudet fait une seconde lecture de son mémoire sur le lieu appelé castra
peregrinorum à Rome, dans lequel il voit la demeure des soldats frumentaires.
Julien Havet.
LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE.
Benecke, Wœrterbuch zu Hartmanns Jwein. 2te Ausg. besorgt von E. Wilken
(Gœttingen, Dieterich). — Benfey, Die Quantitaetsverschiedenheiten in den Saffîhitâ-
und Pada-Texten der Veden. i, Abh. (Gœttingen, Dieterich).— Cobet, Varias lectiones
quibus continentur Observationes criticae in scriptores grascos. Ed. sec. (Lugd. Batav.,
Brill). — De Baudissin, Jahve et Moloch (Lipsias, Grunow). — Ewald, Hebraeische
Sprachlehre fur Anfaenger. 4te Ausg. (Gœttingen, Dieterich).
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-Ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
PUBLICATIONS NOUVELLES
DE LA
LIBRAIRIE HACHETTE ET C"
Boulevard Saint-Germain, 79, à Paris.
BAILLON, professeur à la Faculté de médecine de Paris. Histoire des Plantes.
Tome V : Géraniacées, linacées, trémandracées,, polygalacées , sochyviacées,
euphorbiacées, térébinthacées, sapindacées, malpighiacées, méliacées. i vol.
grand in-8°, avec 461 figures dans le texte par Faguet. Broché. 25 fr.
L'ouvrage formera environ huit volumes contenant 7000 figures intercalées dans le
texte.
COURNOT. Matérialisme, vitalisme, rationalisme, i vol. in- 18 jésus, br. 3 fr. 50
Dictionnaire des Sciences philosophiques, par une société de professeurs et de savants,
sous la direction de M. Ad. FRANCK, membre de l'Institut. Deuxième édition;
I vol. grand in-8° à deux colonnes, publié en dix livraisons qui paraîtront
sans interruption, à raison d'une livraison par mois. Les 2 premières livraisons
sont en vente. Prix de la livraison,, composée d'environ 10 feuilles d'impres-
sion (160 pages). 3 fr. 50
Dictionnaire de chimie pure et appliquée, par M. Ad. WURTZ, membre de l'Institut
avec la collaboration d'une société de professeurs et de savants. Dix-neuvième
fascicule Cfeuilles 77 à 86 du deuxième volume), grand in-8°, avec figures.
3 fr. 50
L'ouvrage formera vingt-deux fascicules de chacun 10 feuilles d'impression (160 p.
grand in-8* à deux colonnes). Prix du fascicule. 3 fr. jo
DUCAMP (Maxime). Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde
moitié du dix-neuvième siècle. Tome VI et dernier, i vol. in-8°, br. 7 fr. 50
ETIENNE, recteur de l'académie de Besançon. Histoire de la littérature italienne.
I vol. in- 18 Jésus, br. 5 fr.
FIGUIER. L'Année scientifique et industrielle. Dix-huitième année (1874). ' "vo^-
in- 18 Jésus, br. 3 fr. 50
Les dix-sept premières années (1856-1873) se vendent séparément 3 fr. 50. Les
années 1870-1 871 ne forment qu'un volume.
FRANQUEVILLE (Ch. de), maître des requêtes au conseil d'État, secrétaire de
la commission centrale des chemins de fer. Du régime des travaux publics en
Angleterre. 4 vol. in-8°, br. 30 fr.
FUSTEL DE COULANGES, maître de conférences à l'École normale supérieure.
Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. Première partie : L'empire
romain. — Les Germains. — La royauté mérovingienne, i vol. in-8°, br. 7 fr. 50
HUGO (Victor). Les Misérables; nouvelle édition. 5 volumes in- 18 jésus, br.
17 fr. 50
JOANNE (Paul). Les stations d'hiver de la Méditerranée (Hyères, Cannes, Monaco,
Menton, Bordighera, San-Remo). i vol. in-32, avec 5 9 gravures, 3 cartes et
I plan, cartonné. 3 fr. 50
HÉRODOTE. Morceaux choisis. Texte grec publié et annoté par Ed. Tournier,
maître de conférences à l'École normale supérieure, i vol. petit in-i6, car-
tonné. 2 fr.
LAMARTINE. Correspondance. Tome V. i vol. in-8% br. 7 fr. 50
L'ouvrage comprendra 6 volumes.
Les armées française et étrangères en 1 874. Principaux événements militaires et
maritimes, notices et documents statistiques, renseignements divers, etc. i vol.
in-iB Jésus, broché. 5 fr. 50
Publication de la réunion des officiers.
MOLIÈRE. Œuvres. Nouvelle édition, revue sur les plus anciennes impressions
et les autographes, augmentée de travaux inédits, de variantes, de notices,
de notes, d'un lexique des mots et locutions remarquables, d'un portrait de
fac-similé, etc., par M. Eugène Despois. Tome II. i vol. in-8°, br. 7 fr. jo
L'ouvrage fait partie de la collection des Grands écrivains de la France , publiée
sous la direction de M. Ad. Régnier, membre de l'Institut. Il formera 10 volumes.
NUITTER. Archiviste de l'Opéra. Le Nouvel Opéra, i vol. in-i8 Jésus, avec
59 gravures et 4 plans, broché. 3 fr.
TACITE. Œuvres complètes. Texte latin, revu et publié d'après les travaux les
plus récents, avec un commentaire critique, philologique et explicatif, une in-
troduction, des arguments et des tables analytiques, par Emile Jacob, ancien
élève de l'Ecole normale, professeur de rhétorique a.u Ijçée Saint-Louis.
Tome I" (Annales, livres I-VI) grand in-B". ""^ " \^ -••,-- ^ ^^ ^^
Les oeuvres de Tacite seront publiées en quatre volumes, divisés de la manière sui-
vante : Annales, livres I-VI, i vol. — Annales, livres XI-XVI, 1 vol. — Histoires,
I vol. — Vie d'Agncola, Mœurs des Germains, Dialogue des orateurs, i vol.
Cet ouvrage fait partie de la collection d'éditions savantes des principaux classiques
grecs et latins qui comprend déjà :
CORNELIUS NEPOs, publié par M. Monginot, professeur au lycée Fontanes. i vol.,
6 fr. — VIRGILE, publié par M. E. Benoist, professeur suppléant à la Faculté des
lettres de Paris. Bucoliques et Géorgiques; 2' édition, i vol., 7 fr. jo. Enéide. 2 vol.,
1 5 fr. — DÉMOSTHKNR, Les Harangues, publiées par M. H. Weil, correspondant de
l'Institut, doyen de la Faculté des lettres de Besançon, i vol., 7 fr. 50. — euripide,
Sept Tragédies, publiées par M. H. Weil. i fort vol., 12 fr. — homère, Iliade,
publiée par M. Alexis Pierron. 2 vol., 12 fr. — Sophocle, Tragédies, publiées par
M. E. Tournier, maître de conférences à l'École normale supérieure, i fort vol.,
12 fr.
VIVIEN DE SAINT-MARTIN. L'Année géographique. Treizième année (1874).
I vol. in- 18 Jésus, broché. 3 fr. 50
Les douze premières années ( 1 862- 1 87 j) se vendent séparément 3 fr. jo. Les années
1870-1871 ne forment qu'un volume. ■ :) \; '.; ,, . ,.; ,;/.>.Mr ^. ....i i
WALLON (H.), membre de l'Institut, député à^yèrriyéè rtâWônafé
et son temps. 2 vol. in-8°, br. 15 fr.
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 12 Neuvième année. 20 Mars 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÊAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard.
Prix d^abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A, Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
G-Q A Q T ç Le Petit Poucet et la Grande Ourse, i vol. in- 16
• 1 i\ Iv 1 O imprimé en caractères elzeviriens. 2 fr. 50
BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
20^ FASCICULE.
^ T T T XIT* T î T T7 IVÎ ^"stitution oratoire. Collation d'un ms.
V^ U 1 IN 1 i Lj 1 Ci 1 N du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules
Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de l'École des hautes études. 3 fr.
1 8^ ET 1 9' fascicules précédemment parus :
Rn Pr I A QT P V R T FT ^^"'^^ ^"^ '^^ ^°"^^^^ ^^
• lJ l-j 1— *r\k311_il rV 1 Cj vicomtes de Limoges
antérieurs à l'an 1000. j fr.
AT~\ A D 1\ yt ÎT* Ç T^ Ï7 T^ T7 O '^'"^•^^ '^^ ^^ formation des
• L-'AlviVl CjO 1 EL 1 EilV mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 1 2 fr.
Pour paraître très-prochainement :
2 le fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com-
menté par Eugène Grébault, avocat, élève de l'École des hautes études.
PERIODIQUES.
The Academy, N» 147, new séries, 27 février. Mark Pattison, Isaac Casau-
bon. London, Longmans and Co. (J. A. Symonds). — Markham, Statement
exhibiting the Moral and Material Progress and Condition of India during the
Year 1872-1873. Ordered by the House of Gommons to be printed, June 2,
1874 (James Innés Minchin, 1" art.). — C. E. Maurice, Lives of English
Popular Leaders in the Middle Ages — Tyler, Bull, and Oldcastle. London,
King and Co. (James Gairdner : trop sommaire). — Dowden. Shakspere : a
Critical Study of his Mind and Art. London, King and Co. (R. Simpson : cette
étude paraît à M. S. la meilleure qu'on ait écrite sur Shakspere). — Minor His-
torical Books (notes de l'éditeur sur les ouvrages suivants : Memoir of Margaret
Countess of Richmond and Derby, by the late Ch.H. Cooper; Cassell's Illusîrated
History of England, vol. IX; Manufacturing Arts in Ancient Times, with spécial
référence to Bible History, by J. Napier; Die Regesten des Kaiserrechs unter Karl IV,
von J. F. Bœhmer, hrsg. v. Huber). — Notes and News. — Notes of Travel. —
Notes of a Tour in the Cyclades and Crète. III, Crète (Jd. F. Tozer). — Corres-
pondence. The Ordre pour le Mérite (R. Lepsius). — Captain Marryat a Plagia-
rist (H. C. C00TE : le conte intitulé Le Porteur d'eau qu'a publié sous son nom
le Capt. Marryat est un conte arabe traduit par un certain Dr. Russell, puis
rédigé en anglais et imprimé par le traducteur d'Hérodote, Beloe, en 1795)- —
Irish Texts (John K. Ingram). — Metrical Tests for Shakspere (F. G. Fleay).
— Meetings of Societies (Soc. asiatique, numismatique, philologique). — Disco-
veries and Antiquities in Rome (C. I. Hemans).
The Athenœum, N° 2470, 27 février. Von Ranke, A History of England,
principally in the Seventeenth Century. 6 vols. Clarendon Press (c'est plutôt un
Essai sur les relations extérieures de l'Angleterre). — An Historical Atlas of
Ancient Geography, Biblical and Classical. Compiled under the Superintendence
of W. Smith and Grove, Murray (2'' article). — The Subjunctive Mood (C. P.
Mason : réfute une vue sur le subjonctif émise par M. Abbott). — Pope's
Translation of the Satires of Horace (W. M. : a trouvé et reproduit un auto-
graphe de Pope consistant en un titre et une table des matières d'une traduction
des Satires d'Horace; sur le titre on trouve la mention : London, Printed for J.
Knapton L. Gilliver and R. Dodsley; il serait curieux de savoir si cette traduction
a réellement été publiée ou, sinon, quelle cause en a empêché l'émission). —
Oriental Notes (rapport annuel de M. Garcin de Tassy sur la littérature hindous-
tanie pour l'année 1874). — An Unknown « Caxton » (William Blades). —
Literary Gossip. — Societies (Soc. de géogr., de numism., de philol.). — A
Lintel from Nineveh (George Smith). — Miscellanea. Shakspeare's Geographical
Blunders (F. G. Fleay). — The Storm (C. A. Ward). — Shakspeare Emendations
(George Greenwood).
Literarisches Centralblatt, N" !o, 6 mars, Monumenta spectantia histo-
riam Slavorum meridionalium. Vol. IV. Agram. In-8", xxiij-480 p. — Spiegel,
Arische Studien. i. Heft Leipzig, Engelmann. In-8", 162 p. (ce travail revêt
le caractère d'une polémique; il faut le regretter pour la science). — Delitzsch
^Friedrich), Assyrische Studien. i. Heft. Leipzig, Hinrichs. In-8°, vij-189 p.
(on s'applaudit que M, D. ait renoncé à s'occuper de la problématique question
des affinités primitives des racines sémitiques et indo-germaniques pour se tourner
vers l'étude de la faune assyrienne ou plus généralement des noms d'animaux
qu'on trouve mentionnés dans les inscriptions assyriennes). — Carmina graeca
medii aevi edid. G. Wagner. Leipzig, Teubner. In-8", xv-^82 p. (contient
21 pièces; éd. satisfaisante). — Litauische und lettische Drucke des 16. Jahrh.
Hrsg. V. Bezzenberger. Gœttingen, Peppmûller. In-S", xiv-36 p. (repartie
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 13 — 20 Mars — 1875
Sommaire : 56. Hodgson, Essais sur les langues, la littérature et la religion du
Népal et du Tibet. — ^7. De Duhn, Examen critique de l'épisode de VOdyssée relatif
au voyage en Egypte de Ménélas. — 58. Teutsch, Histoire populaire des Saxons de
Transilvanie. — 59. Curiosités de voyages en Alsace, p. p. Stœber. — 60. Du
Fail, Œuvres facétieuses, p. p. Assézat.
j6. — Essays on the languages, literature and religion of Népal and
Tibet, together with further papers on the geography, ethnology, and commerce of
those countries by B. H. Hodgson. London, Trùbner. 1874. In-8\ xj, 145 et 124 p.
— Prix : 17 fr. 50.
Les mémoires et articles de M. Hodgson sur le Népal et en particulier sur le
Buddhisme, bien que déjà vieux la plupart d'au moins quarante années, ont
conservé presque toute leur valeur primitive. On peut encore répéter de
plusieurs d'entre eux ce qu'en disait Burnouf « qu'ils n'ont pas été dépassés. »
Plusieurs fois réédités, ils l'avaient toujours été dans des conditions qui ne les
rendaient guère accessibles aux savants européens. La dernière réimpression
faite par fragments dans le Phœnix n'avait sur la précédente d'autre avantage
que celui de paraître en Europe, mais elle était bien incommode, morcelée
qu'elle était dans une longue série de numéros de ce regrettable Magazine. Le
présent volume qui n'est, croyons-nous, qu'une nouvelle mise en page des
articles du Phœnix, vient enfin mettre à la portée de tous ces excellents travaux,
dont l'éloge ni la critique ne sont plus à faire. Un index les rend faciles à
consulter.
57. — De Menelai itinere ^gyptio, Odysseae carminis IV episodio, quasstiones
criticae. Dissertatio philologica quam Fridericus de Duhn. Bonn, 1874. In-8°,
46 p. — Prix : I fr. 35,
Cette dissertation d'un jeune docteur de Bonn est d'une lecture pénible : l'au-
teur nous promène par un vrai dédale de questions et de recherches enchevêtrées
les unes dans les autres. Mais elle témoigne d'une sagacité pénétrante, et elle
ofîre, dans un petit nombre de pages, une foule de combinaisons ingénieuses, de
vues intéressantes et même quelques résultats que l'on peut considérer comme
acquis. Il est, en effet, très-probable que le récit de Ménélas (Odyss. IV, 351-
586) n'a pas été d'abord composé pour la place qu'il occupe dans l'Odyssée.
Télémaque demande des nouvelles de son père ; et dans ce long récit il n'est
question d'Ulysse qu'incidemment et brièvement. Il y a plus : les vers 550-560,
les seuls qui se rapportent à la question de Télémaque, ainsi que le vers 498,
qui les prépare, offrent plus d'une prise à la critique et se retrancheraient avan-
tageusement. La prédiction des vers 561 sq. :
XV , 12
178 J}EyU|: Cp-ITIQUE
Sol S' oS ôdaçaxov èari, Stoxpeçàç ô MevéXas,
'ApY^i ^v lz7i;o^6Ta) ôavietv v.al 7u6t[;i.ov èTriaTreïv
se réfère évidemment à ce qui avait été dit plus haut d^Agamemnon : l'immorta-
lité de Ménélas est opposée à la triste fin de son frère. Mais cette relation est
obscurcie par les vers intermédiaires, le passage relatif à Ulysse.
Les vers 514 et les suiv. donnent lieu à une autre observation aussi juste
qu'importante. On y voit Agamemnon empêché par la tempête de doubler le cap
Malée et rejeté vers un canton éloigné où se trouve la maison d'Egisthe. L'au-
teur de ce morceau (il est difficile d'échapper à cette conséquence) plaçait donc
la résidence d'Agamemnon, non à Mycène, mais à Lacédémone. La même tra-
dition se trouve dans Stésichore, Simonide, Pindare : c'était évidemment la tra-
dition de Sparte. On connaît le récit de la mort d'Agamemnon_, récit tout épique,
et très-différent de la version que la tragédie nous a rendue familière : le palais
des Atrides n'en est pas encore le théâtre; Égisthe n'a pas cédé le pas à
Clytemnestre ; nous voyons une bataille entre les guerriers de deux princes, et
non un duel entre l'époux et l'épouse. M. de Duhn soutient que, partout ailleurs
dans l'Odyssée, sauf dans le XV livre, la mort d'Agamemnon est présentée
conformément à la version tragique. Cela ne me paraît point prouvé. Il est vrai
qu'ailleurs Clytemnestre y intervient : mais le récit de Protée n'exclut pas la
complicité de Clytemnestre: on le voit bien par le passage correspondant du XI^
livre. M. de D. n'a pas tenu compte de ce que Nestor raconte dans le IIlMivre.
Là aussi Egisthe conduit Clytemnestre dans sa maison à lui (àv/)YaYev cvBe
o6p^ov, v. 272), et le meurtre d'Agamemnon s'accomplit dans cette même maison:
c'est seulement après la mort du roi qu'Égisthe s'empare du pouvoir et règne à
Mycènes (v. 305). Les deux récits, celui du III* et du IVMivre, s'accordent
donc, sauf sur un point : le récit de Protée semble sujpposer que les Atrides
résident à Lacédémone, ,^ t,,^., û,- n,,.-,;.;.
Les erreurs de Ménélas, la fable d'Hélène, son séjour en Egypte, la conception
primitive du fleuve ^Egyptos, quand il ne se confondait pas encore avec le Nil,
sont l'objet de conjectures spécieuses, qui se rattachent à l'histoire du texte,
mais souvent aussi remontent plus haut et portent sur l'histoire des mythes mis
en œuvre dans le poème. Disons en général que l'auteur applique avec bonheur
une méthode de critique pénétrante, mais quelquefois excessive. Ainsi il lui
arrive (p. 19 sq.) de bâtir tout un système sur une petite variante qui peut être
accidentelle, ou d'appliquer à la poésie des raisonnements prosaïques. Il lui
semble (p. 6 sq.) que, dans le XV* livre, Théoclymène fait perdre trop de temps
à Télémaque, quand celui-ci est pressé d'échapper à l'hospitalité de Nestor : il
va jusqu'à dire : insipienter inserîa narratio. Je veux bien que l'épisode de Théo-
clymène soit ajouté plus tard ; mais qu'on ne m'allègue pas d'argument si plat,
si antipoétique. Malheureusement, des observations de cette espèce ne déparent
que trop souvent les raisonnements des critiques modernes.
H. Weil.
d'histoire et de littérature. 179
58. — Geschichte der Siebenbûrger Sachsen fur das sœchsische Volk,
par G. D. Teutsch. 2« édit. Leipzig, Hirzel. 1B74. 2 vol. in-12, 341 et 417 p. —
Prix : 10 fr. 7j.
Les Saxons de Transilvanie sont, parmi les petits peuples de l'Europe, l'un
des plus remarquables par leur ténacité ethnographique. Séparés de la mère-
patrie, depuis le xii" et le xiii* siècle , par un triple cercle de Roumains, de
Slaves et de Magyars, ils ont pieusement gardé la langue, les coutumes, les
costumes même de leurs ancêtres, et de leurs parents de plus en plus éloignés.
Les Turcs appelaient Hermannstadt la « ville rouge » à cause de la couleur de
ses toits, pareils à ceux de Westphalie. L'amphithéâtre montagneux des Kar-
pathes est d'ailleurs merveilleusement approprié, par l'isolement relatif où il
maintient ses habitants, à la conservation des vieilles choses.
Le patriotisme de la race et de la langue ne s'est jamais plus fortement expri-
mé que dans le bon ouvrage, très-intéressant et très-clair, dont M. Teutsch
vient de nous donner une seconde édition augmentée et travaillée à nouveau,
comme il le remarque dans sa préface. — Je lui ferai observer tout de suite que
le manque absolu de notes est le principal défaut de son livre. Il répondra en
montrant le titre : Histoire populaire etc. Soit, je sais bien que l'excellente
Œsîerreichische Geschichte fur das Volk, dans ses nombreux volumes, s'est interdit
l'usage des notes, que la science de ses auteurs aurait pu facilement accumuler.
Mais c'est précisément le genre que je n'admets pas. Qu'une histoire nationale
pour les écoles primaires ou pour les petites classes des collèges se passe de
notes, rien de plus naturel, mais un ouvrage de 700 pages sur l'histoire d'une
tribu de deux ou trois cent mille âmes, ouvrage fait sur d'excellents documents
renfermés dans des collections peu accessibles ou dans les archives d'Her-
mannstadt, serait bien plus utile encore si les textes fréquemment cités étaient
accompagnés de renvois. — La première édition date de vingt ans. La préoccu-
pation patriotique de M. T. se fait constamment sentir dans les appréciations,
sans que nous ayons remarqué aucune preuve de la partialité vraiment blâmable
qui aurait consisté à dénaturer et à dissimuler les faits. Nous avons sous les
yeux une œuvre honnête quoique enthousiaste , ce qui est rare lorsque l'ethno-
graphie se met de la partie : car l'ethnographie est dans l'Europe orientale ce
que la politique est en Occident. .;
L'ouvrage se divise en sept livres, dont la plupart se terminent par un cha-
pitre consacré aux coutumes, aux lois, à l'économie sociale pendant la période
dont le récit vient d'être présenté : c'est une méthode claire et commode,
souvent indispensable, mais elle a quelquefois le tort d'établir une séparation arti-
ficielle entre les faits et les mœurs. — Le premier livre nous apprend comment le
roi Geisa II, vers 1 1 50, fit venir en Transilvanie des colons saxons et flamands,
bientôt suivis des chevaliers teutoniques établis momentanément dans le Burzen-
land, autour de Cronstadt. Les privilèges de ces nombreux colons furent solen-
nellement confirmés par la bulle d'or de 1224: ils ont toujours été très-fiers
l80 REVUE CRITIQUE
d'avoir obtenu une constitution à eux, portant le même nom que celle de la
nation magyare. L'invasion mongole de 1241 causa, là comme dans tout le
royaume, les plus affreux malheurs ; mais là comme ailleurs et plus encore elle
fut le signal de nouveaux progrès, car de nouveaux étrangers furent appelés
dans le pays, et lorsque s'éteignit la dynastie des Arpad, la petite Saxe de
Hongrie était entièrement constituée. Sous la monarchie élective (i 301-1 526)
les L. II et III nous montrent la prospérité des Saxons, particulièrement sous
les rois de la maison d'Anjou, qu'ils avaient d'abord combattue par sympathie
nationale pour l'autre prétendant Otto de Bavière — la seconde partie de cette
période étant toutefois assombrie par les premières invasions des Turcs, et par
une courte insurrection contre Matthias Corvin. Le récit devient plus détaillé
depuis la bataille de Mohacs qui a pour résultat de séparer la principauté de
Transilvanie du royaume de Hongrie jusqu'à la fin du xvii'' siècle (Livres IV, V,
VI et VII), où M. T. arrête son ouvrage. Il nous en laisse espérer une conti-
nuation (T. II, p. 414), mais il pense avec raison que le jour où la Transilvanie
devient décidément une province héréditaire de l'Autriche (1699) la partie la
plus intéressante de cette histoire est terminée.
De grandes figures ont passé devant nos yeux : Jean Honter <f l'apôtre » de
la Réforme qui non-seulement propagea dans son pays natal de Cronstadt les
doctrines de Luther son ami, mais qui par l'imprimerie, par les écoles, par les
institutions de toute sorte où s'exerça son infatigable activité, civilisa toute cette
contrée. — Albert Huet, qui mit sa profonde science au service de ses frères
pour leur donner un code de lois écrites, et qui devenu comte des Saxons résista
aux prétentions de la noblesse magyare dont étaient issus les princes de Tran-
silvanie. — Michel Weiss, courageux et indomptable adversaire du tyran
Gabriel Bâthori. — Enfin, et ceci montre que M. T. n'est pas aveuglé par son
zèle ethnographique, Gabriel Bethlen (Bethlen-Gabor) qui ne fut pas toujours
l'ami des Saxons, mais dont l'excellent gouvernement est célébré (t. II, p. 165
et suiv.) comme il l'a été par les historiens magyars.
Si M, T. a une juste affection pour ses compatriotes transilvaniens, il n'en a
pas assez peut-être pour la patrie hospitalière qui doit aussi réclamer une place
dans leur cœur. Par exemple les questions d'origine sont traitées d'une manière
intéressante en ce qui concerne les ancêtres allemands : les dialectes et les vieilles
chansons (I, p. i $) montrent qu'ils sont venus surtout des bords de la Lippe et
de la Lahn; mais les Hongrois ont le droit de se plaindre lorsqu'on les représente
(p. 12, etc.) comme ayant dû tout aux Allemands, ce qui n'est vrai que pour
cetains éléments de civilisation, et lorsqu'on les écrase avec un fameux passage
d'Otto de Frisingen, sur lequel il y aurait beaucoup à dire. Quant aux Roumains,
voisins longtemps méprisés, aujourd'hui redoutables, ni M. T., ni M. Rœsler
malgré sa savante argumentation (dans ses Romànische Stud'un) n'ont pu me
persuader qu'ils soient des intrus du xiii* siècle, les colons romains, suivant eux,
ayant tous repassé le Danube à la voix d'Aurélien. — Dans tout l'ouvrage les
Saxons sont exaltés, avec une sincérité évidente, aux dépens de leurs voisins.
d'histoire et de littérature. i8i
Cette critique n'empêche point le livre de M. T. d'être un des plus utiles et
des plus curieux que l'on puisse recommander aux historiens et aux géographes
portés aux études ethnographiques. Seulement il est bon de le contrôler par un
ouvrage écrit dans le sens hongrois, et puisque VErdiélyorszag Tœrîenelme de
M. Szilagyi est peu accessible, n'oublions pas la Transilvanie et ses habitants,
d'Auguste de Gérando. Aujourd'hui que les chemins de fer ont rendu facile un
voyage dans ce beau pays, il faut se féliciter d'avoir d'aussi bons guides histori-
ques que de Gérando et que M. Teutsch.
Edouard Sayous.
59, — Curiosités de voyages en Alsace, tirées d'auteurs français, allemands,
suisses et anglais, depuis le XVI* jusqu'au XIX* siècle, et annotées par Auguste Stœber.
Colmar, E. Barth. 1874. In-8*, xij-377 p. — Prix : 6 fr.
M. Auguste Stoeber est un infatigable chercheur de tout ce qui a rapport à
l'histoire, à la littérature, aux coutumes et aux légendes de l'Alsace. Pendant
bientôt quarante ans il a publié de quoi former une véritable bibliothèque sur la
matière, soit dans des volumes séparés, soit dans le recueil VAlsatia, qu'il dirige
depuis 1 8 jo. Dans le présent ouvrage il a groupé une série d'extraits de voyages,
faits par des touristes, illustres ou obscurs, qui, du xvi^ siècle jusqu'à nos
jours, ont parcouru l'Alsace. Dans ces relations de voyage qui sont parvenues
jusqu'à nous, on peut étudier les impressions très-variées, emportées d'un séjour
plus ou moins prolongé dans la province. Le volume débute par une description
générale empruntée à la célèbre Cosmographie de Sébastien Munster. Après des
notes insignifiantes du président de Thou sur Bâle et sur Mulhouse, nous
rencontrons les extraits du Journal de Montaigne, durant son passage en
Haute-Alsace, en 1580. Ce qui m'a semblé plus intéressant que les notes bien
connues du moraliste bordelais, c'est le tableau de Strasbourg en 1600, tiré des
mémoires du duc Henri de Rohan. Ce célèbre chef des huguenots sous Louis XIII
se distingue surtout par son mépris pour « l'état populaire »; et son jugement
sur la constitution fort libérale pour lors de la petite république se termine par
ces mots qui sentent le grand seigneur d'une lieue : « Tout ce que j'en ai le
» mieux aimé, a été la bonne chère qu'on m'y a faite. » Le xvii* siècle est
représenté dans notre volume par des lettres de Fléchier, venu à la suite de
Louis XIV assister à la capitulation de la ville, et écrites à Mme Deshoulières.
Elles avaient été publiées par M. Fabre en 1871. A côté de l'évêque catholique,
nous rencontrons l'évêque anglican, Gilbert Burnet, ce bouillant prélat si bien
caractérisé par Macaulay dans ses chapitres sur la seconde Révolution d'Angle-
terre. Il avait vu l'Alsace en 1686; dix ans plus tard, Dom Ruinart, le savant
Bénédictin, la parcourait à son tour, mais M. St. n'a donné que peu d'extraits
d'un voyage, que M. Matter, l'ancien inspecteur-général des bibliothèques
publiques, avait traduit du latin et publié, il y a un demi-siècle '. Ce sont encore
I. Voyage littéraire en Alsace, Strasbourg, 1826.
iSi REVUE CRITIQUE
deux religieux du même ordre, Dom Martène avec Dom Durand (1708) et Dom
Calmet (1748), qui représentent dans notre recueil la première moitié du
xviii" siècle. La période immédiatement antérieure à la Révolution nous fournit
les impressions de Goethe, puisées dans les fragments de ses Mémoires. Avec
Arthur Young, nous entrons en plein dans la période révolutionnaire elle-même.
Le sagace observateur anglais a vu les débuts du mouvement à Strasbourg et
contemplé le sac del'Hôtel-de-Ville, qui renversa les derniers restes de la vieille
constitution de la cité. Il nous décrit les scènes diverses dont il fut le témoin
oculaire, en les semant d'observations pratiques qui peuvent encore s'appHquer
de nos jours. Un peu plus tard. Camus, le célèbre constituant, visite à son tour
les bords du Rhin. Une des choses qui le frappent le plus à Strasbourg, et cela ne
témoigne guère en faveur des mesures hygiéniques observées dans le reste de la
France, c'est qu' « on y peut prendre facilement et proprement des bains chauds
» et des bains froids. » Parmi les derniers extraits qui nous semblent présenter
un intérêt historique beaucoup moindre, nous citerons encore un romantique
assez rare : Pèlerinage d'un Childe-Harold parisien en Alsace, publié par Verfèle
(Lefebvre), en 1825.
Tous ces extraits sont accompagnés de notes nombreuses et savantes, telles
qu'on devait les attendre d'un érudit comme M. Stoeber '. Nous souhaitons que
son intéressant volume, qu'il a voulu rédiger en français 2, trouve un accueil
favorable en France et lui permette d'en faire paraître bientôt une édition nou-
velle, dont quelques extraits peu intéressants pourraient disparaître pour
faire place à des auteurs négligés pour cette fois, et qui mériteraient de
figurer, à des titres divers, dans cette curieuse anthologie géographique.
R.
60. — Œuvres facétieuses de Noël Du Pail, seigneur de la Herissaye, gentil-
homme breton, revues sur les éditions originales et accompagnées d'une introduction,
de notes et d'un index philologique, historique et anecdotique, par J. Assézat. Paris,
Paul Daffis, 1874. 2 vol. in-18, xxxvj, 332 et 428 p. — Prix : 10 fr.
Les Œuvres dites facétieuses de Noël Du Fail , publiées isolément soit de son
vivant, soit, pour la troisième et la plus considérable des trois, presque aussitôt
après sa mort, n'avaient encore été réunies qu'une seule fois, il y a de cela près
d'un tiers de siècle. Cette édition, qui ne forme qu'un volume, très-compacte,
il est vrai, était due aux soins d'un savant et spirituel bibliographe, attaché à la
section des livres imprimés dans notre grande bibliothèque de la rue Richelieu.
Le travail de Jean-Marie Guichard était en progrès sur la réimpression de 1732,
à laquelle manque d'ailleurs le second en date des ouvrages de Noël Du Fail.
1 . Un savant aussi distingué que M. St. ne devrait pourtant jamais citer le dictionnaire
de Bouillet comme autorité scientifique. P. 29 il faut lire Cherasco et non pâs Chérasque;
p. 51 Lavaur et non pas Lavour; p. 195. M. E. Mùller n'était point archiviste mais
directeur de l'octroi de Strasbourg.
2. Un critique allemand, fort mal avisé, lui en a fait de bien vifs reproches, disant que
ce volume, ne pouvant intéresser que des Allemands, devait être écrit dans leur langue.
Espérons qu'il s'est trompé dans ses pronostics.
d'histoire et de littérature. 183
Sans parler de notes, en général fort courtes, il se recommandait par une élé-
gante et curieuse préface. Mais à une époque où l'étude de notre ancienne langue
et celle de nos poètes et de nos conteurs du xvi* siècle ne cessent d'occuper des
philologues et des littérateurs érudits, il était possible de faire plus et mieux.
Cette tâche a tenté un des jeunes écrivains de la presse quotidienne, et il vient
de s'en acquitter de façon à mériter la reconnaissance des lecteurs et les encou-
ragements de la critique, M. Assézat a revu le texte de son auteur, pour le pre-
mier et le troisième des ouvrages du gentilhomme breton, sur plusieurs anciennes
éditions, et ce soin lui a permis de corriger en plus d'un endroit le texte du
recueil de 1842. C'est ainsi qu'à la page 31 du i^'' volume il a très-heureuse-
ment rétabli la bonne leçon : « la corde de fil d'archail, » qui lui était fournie
par l'édition de 1 549, au lieu de : « la corde de Richard, « que donnent les
éditions postérieures.
Ainsi qu'il a été dit plus haut, le dernier et le plus considérable des ouvrages
de Noël Du Fail n'a vu le jour qu'après la mort de l'auteur, et quoique M. A.
dise dans son introduction (t. I, p. xxx) qu'il est permis de supposer que celui-
ci en a revu les épreuves, la chose nous paraît au moins douteuse. Il est telle
faute de l'édition de 1585, la première de toutes, qui nous semble difficilement
conciliable avec l'assertion du nouvel éditeur. Ainsi, t. II, p. 266, à propos de
l'expression : « par sa foy et en parole de gentil-homme, » on trouve cité entre
parenthèses un auteur du nom de Iserma, qui disait que ces mots étaient « le
» plus estroit seau de toutes les promesses. » Le nom de Iserma, qui se trouve
dans les éditions de 1585 et de 1598, cohime dans celles de Guichard et de
M. A., nous paraît altéré. Il faut sans doute le changer en Isernia et reconnaître
sous ce nom un célèbre jurisconsulte du xiv* siècle, Ant. Rampinus de Isernia,
mort en 1353 et auteur d'un commentaire sur les constitutions de la Sicile et sur
l'usage des fiefs'. On ne doit pas s'étonner de voir le nom d'un vieux légiste
italien altéré par Du Fail, ou plutôt par son imprimeur, lorsque l'on considère que
celui d'un magistrat et historien breton, contemporain de notre auteur, le célèbre
d'Argentré, a été changé dans l'édition de 1585 (fol. 104 v°) en d'Argentier 2.
Tome II, p. 85 de l'édition de M. A. on trouve mentionné « M. de Montebon,
» lors garde des seaux de France. » Telle est aussi la leçon des éditions de 1585
et de 1 598 (p. 218); mais elle est fautive et doit être remplacée par Montelon,
ou, comme on trouve écrit plus souvent, Montholon.
Peut-être aussi est-il permis de supposer que si Noël Du Fail avait présidé à
l'impression de son livre, il n'aurait pas manqué de reconnaître l'erreur de nom
qui se trouve dans la phrase suivante : « ce que pratiqua Maximilian et ses
» successeurs pour le regard du royaume de Navarre, où ils n'ont aucun droit
» qu'une possession violente î. » Quoique les deux derniers éditeurs aient négligé
1. Voyez le Dictionnaire historique de Moren, édition de 1759, t. VI, article Isernia.
Le nom de ce personnage manque dans la Biographie universelle de Michaud. comme dans
la Biographie générale de Didot.
2. La bonne leçon est donnée dans l'édition de 1 598 (p. 259).
3. Édition Assézat, t. I, p. 293.
184 REVUE CRITIQUE
d'en faire la remarque, il est évident que le nom de Maximilian n'est ici que le
résultat d'une défaillance de mémoire ou d'un lapsus calami, et qu'il occupe la
place de celui de Ferdinand d'Aragon, Noël Du Fail ayant confondu ensemble
les deux grands-pères de Charles-Quint dans les deux lignes, paternelle et mater-
nelle. Enfin, nous avons peine à croire que Noël Du Fail aurait laissé passer la
mauvaise leçon Proconime pour Copronyme '; ou celle de Mont-Ferrat pour
Mont-Serrat2.
Quoique M. A. ait, en général, coUationné avec soin le texte de Du Fail sur
les anciennes éditions, et principalement sur celle de 1 585, il est quelques cas
où il a négligé de le faire, ce qui l'a induit à recevoir dans son édition des leçons
fautives. Ainsi, t. II, p. 231, on lit : « et qu'ainsi se dressèrent et façonnent les
» plus heureuses vies, » tandis que la réédition donne se dressent (fol. 1 58 r").
T. II, p. 154, ligne 3, dans l'expression : comme plusieurs sont, il faut lire
font, avec l'édition de 1 585 (folio 1 17 v°, ligne anté-pénultièmej et celle de 1 598
(p. 291). Ibidem, p. 205, dans cette phrase : « Vous vous donniez à tous
» les harquebusiers d'Enfer, mariez ou autrement, que feriez maistre d'eschole, »
il faut lire seriez, avec l'édition de 1 585 (fol. 145 v°), celle de 1 598 (p. 352,
ligne 2) et celle de Guichard (p. 308). Il y a là un échantillon de l'inconvénient
des s longues, pour me servir d'une expression de M. A. (II, p. 1 57, note 4).
T. I, p. 56, on trouve cette phrase : « Autant on peut l'on dire de noz Dames
» d'aujourd'huy, lesquelles ne prennent point de passe temps à voir un povre
» languissant se donner au diable et se désespérer, qu'à le voir à tous propos
» changer contenance et perdre grâce pour la veuë d'elles. » Au lieu de point
il nous paraît préférable de lire moins, comme on voit dans l'édition Guichard
(p. 5 1). T. I, p. 292, dans la phrase « les preuves furent si courantes, et prou-
» vèrent les parties si bien leurs faicts de tous costez, etc. », la bonne variante
concluantes pour courantes, se trouve non-seulement dans l'édition de 1603,
mais encore dans celle de 1 598 (p. 90), dont M. A. ne paraît pas avoir fait
usage.
1. Édition Assézat, II, 318; cf. l'édition de 1585, fol. 199 v* et l'édition de 1598,
p. 489. La première écrit même Proconimeou, Chie en fons, faute reproduite dans celle
de 1598. Une faute d'impression toute semblable a fait admettre par un savant professeur
de l'Université qu'il existait dans notre langue au XVII* siècle un mot ainsi écrit : balou.
Feu M. Fr. Collet, ayant lu dans les Œuvres du chevalier de Méré la phrase suivante :
« Mais s'il arrive qu'il se faille sauver du balou de la fête, comme d'un naufrage, »
a cru que le terme souligné, qu'il fait suivre du mot (sic), pouvait signifier « désordre, »
au lieu de supposer simplement qu'il devait être décompose en ces deux mots : bal ou.
Voyez Fait inédit de la vie de Pascal. — L'auteur des Provinciales et le chevalier de Miré,
Paris, 1848, in-8', p. 27.
2. Dans ce curieux passage : « Et sans aller si loin, quand'nostre Mabile de Rennes
» chantoit un lay de Tristan de Leonnois sur sa viole, ou une Ode de ce grand Poëte
» Ronsard, n'eussiez vous jugé que cestuy cy sous le desespoir de sa Cassandre se voulust
» confiner, et rendre en la plus estroite observance et hermitage qui soit sur le Mont-
» ferrât : et l'autre laissant son Yseult, se fourrer et jetter aux depiteuses poursuytes
») de la beste Glatissant. » Édition de 1585, fol. 102 V; édition Assézat, II, 117, 118.
Celle-ci porte Montferrat en un seul mot. Quant à l'édition de i $98, elle reproduit servi-
lement (p. 255, l. i") la mauvaise leçon de celle de 1585.
d'histoire et de littérature. 185
Tome II, p. 79, 80, il est question de l'embarras où se trouvèrent les Vénitiens
quand le roi Louis XII « leur envoya pour Ambassadeur un Conseiller du Par-
» lement de Paris, sachant bien peu, et parlant encore moins, mais bien riche :
» lequel aussi n'avoit que les instructions générales, comme s'ils avoient eu force
» vin, si la canelle seroit à bon pris, car le fmet qui estoit avec luy, partoit la
» marchandise déliée. » Au lieu de partoit, imparfait du verbe partir, dans le
sens de partager (cf. Littré, verbo partir, n° i et à l'historique du n" 2), qui est
la leçon de la première édition (fol. 85 r°) et de celle de 1 598 (p. 211), M. A.
a imprimé portoit, comme avait fait Guichard (p. 236), et cela sans avertir du
changement. Mais partir la marchandise déliée nous paraît pouvoir s'expliquer
fort bien par « être chargé de diviser, partager, départir à qui de droit le con-
« tenu des instructions secrètes. «
M. A. n'a pas borné ses soins à l'établissement d'un bon texte : il y a joint une
préface intéressante et un commentaire où il a essayé d'expliquer la plupart des
difficultés que présente la lecture de Noël Du Fail, soit au point de vue de la
langue, soit en ce qui touche les matières très-variées traitées par l'auteur. Ces
notes annoncent de la lecture et un esprit juste et sagace. Peut-être un commerce
plus intime avec nos écrivains du xvi« siècle, ou même un plus fréquent recours
à certains ouvrages modernes, notamment au Dictionnaire comique de Le Roux,
à quelques livres sur nos patois et au beau travail de M . Littré, auraient-ils pré-
servé le commentateur de certaines erreurs. Ainsi, au tome F", p. 49, le mot
escarbillat est traduit par hardi. N'aurait-il pas mieux valu écrire : gai, éveillé,
réjoui, plaisant, sens que Le Roux indique sous le mot escarbillard ', en citant à
l'appui deux vers de Hauteroche. — Ibidem, p. 5 3, dans la phrase : sans récom-
penser celui qui a desservi, desservir est donné comme un simple synonyme de
servir, tandis qu'il signifie mériter, sens très-usité au moyen-âge et au xvf siècle,
et qui est resté dans l'anglais îo deserve. Dans l'ancien français déserte ou desserte
signifiait ce qu'on mérite 2. — P. 75, 1. 3, le mot Huleu n'est pas expliqué. Il
désignait, comme on sait, un mauvais lieu, et Henri Estienne a mentionné le
huleu de Paris'. Dans un autre passage (t. II, p. 282) Noël Du Fail parle d'une
« gueue » (et non gueve, on dirait maintenant gueuse) « qui avoit servi les con-
» frères de Hurlep. » Ce dernier mot est une autre forme du terme huleu.
1. Cf. le même, verbo rat, t. II, p. 388, sous l'expression avoir des rats; Roquefort,
Glossaire de la langue romane; I, 491, verbo escarbillart; et Victor Fournel, les Contem-
porains de Molière, t. I", p. 282, note.
2. Cf. Littré, verbo desserte, étymologie, et ces vers deTahureau, adressés à Henri II:
Et comme ta grand main ouverte
Sçait bien les doctes guerdonner,
Et aux braves hommes donner
A leurs faits pareille desserte.
Poésies de Jaques Tahureau, publiées par Prosper Blanchemain, Paris, 1870, in-12, t. I,
p. 1 5. Desservir est très-souvent employé dans le sens de mériter par un poète bordelais
de la première moitié du XVI" siècle, dont les écrits viennent d'être exhumés par un de
nos savants collaborateurs. Voyez les Œuvres de Jean Rus... publiées... par Philippe
Tamizey de Larroque, 1875, in-8% p. 30, 31, 47.
3. Apologie pour Hérodote, édition de 1566, au mois de novembre, p. 339.
iSè REVUE CRITIQUE
Tome P', p. 1 30, il est question d'une jatte « toute pleine d^eau seigneuse
» (teinte de sang), tripes, amers, escailies de poisson, » jetée par mégarde sur
la robe d'un amoureux ridicule, et cela « si à point que vous l'eussiez dit estre
» une traînée pour les Escoufles (milans) et pyes. » Le mot traînée est traduit
par « un épouvantail. » Mais ne vaudrait-il pas mieux l'interpréter par un appât
(cf. Littré, verbo traînée, n** 3). Plus loin (p. 1 34, note 4) il a été expliqué par
appeau. Dans trois autres passages (t. II, p. 12, 57 et 76, 1. 5) le mot traînée
ou traisnée signifie seulement ruse, comme dans un passage de la condamnacion
de Bancquet, où meschante traînée rime avec layde menée ' . — Dans le premier
chapitre des Baliverneries, intitulé : Eutrapel amené un villageois coqu à Polygame,
le malheureux villageois s'exprime ainsi (p. 154): « C'est un passe temps que de
i) ma femme tout le monde s'en sert, ma femme a beau monter aux eschafîaux,
» je suis des jouans.» L'éditeur ne paraît pas avoir saisi le jeu de mots renfermé
dans l'expression : je suis des jouans, car il traduit ce terme par comédiens.
Mais il y a évidemment ici une allusion au mot Jean (au moyen-âge Joannes),
souvent employé autrefois, ainsi que son diminutif Janin ou Genin, pour désigner
un mari trompé 2. Plus loin le mari malheureux s'appelle lui-même le bon Jan
(p. 160); ailleurs (p. 161, 1. 2) il est nommé le pauvre Jan. Plus loin encore
(p. 162), sa femme l'ayant interpellé par son petit nom: Ah! Jan, Eutrapel
ajoute par manière de réflexion : quand le nom convient aux choses, cela est
galant. Cf. encore, p. 170, 1. 2.
Dans un passage (p. 164) oii Eutrapel passe en revue, avec force équivoques,
la plupart fort sales, les différentes façons dont usent les individus de diverses
professions, en se livrant aux plaisirs de l'amour, il emploie les mots « le Bou-
» langer, sur le sac au bran. » L'éditeur a cru que ce dernier mot ne signifiait
que du son, tandis qu'il veut dire aussi des excréments 3. — T. II, p. 20, on
1. Le Théâtre français avant la Renaissance... par M. Edouard Fournier. Paris (1872),
grand in-S" à 2 colonnes, p. 245 B.
2. Cf. Le Roux, Dictionnaire Comique, II, 38, où Jean est traduit par Cornard ; le
même, verbo Jan et verbo Janin; Francisque Michel, Etudes de philologie comparée sur l'ar-
got, p. 237; et ces passages de Henri Estienne : « Et de mon temps, qui eust enduré
» une telle response, eust esté jugé cousin germain d'un Janin. » Deux dialogues du nou-
veau langage français italianizé, édit. d'Anvers, 1 583 , p. 3 55. — « Et quand on dit un
» bon Jannain (que le vulgaire prononce Genin) cela s'entend proprement d'un pitaut qui
» prend bien en patience que sa femme luy face porter les cornes. » Apologie pour Héro-
dote, p. 19. Voyez enfin Charles Nisard, Etudes sur le langage populaire ou patois de Paris
et de sa banlieue, Paris, 1872, in-8*, p. 342; et Littré, verbo Jean, n" 3 et à Thistorique
et verbo Jeannin. Dans la farce de la pippée, on trouve la forme Jouhin (éd. Fournier, op.
suprà laudatum, p. 144 b. Cf. ibidem, p. 193 b et note i).
3. Cf. le comte Jaubert, Glossaire du centre de la France, 2« édit., verbo bren; Littré,
verbo bran, n° 3 et verbo breneux. Voyez encore ces mots de Brantôme : « car (de ce
» temps-là) les places n'estoient breneuses ny merdeuses , comme force que l'on a veu
B despuis. » Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, édition Ludovic Lalanne, t. III,
p. 152. Cf. enfin, les Serées de Guillaume Bouchet; édition Roybet, Paris, 1874, in-18,
t. III, p. 34, 35; et le dernier vers de la farce du munyer (éd. Fournier, p. 171). — On
appelle bren d'agacé (picae stercus) la gomme du cerisier, du prunier et d'autres arbres
qui portent des fruits à noyaux. Nouvelles observations sur les patois romans usités en Bel-
gique, par le baron de Reifîenberg. Extrait du t. VI, n° 8 des Bulletins de l'Académie
royale de Bruxelles.
d'histoire et de littérature. 187
rencontre l'expression « bailleur de fèves a mycroist, » sur laquelle l'éditeur
donne la note suivante : « Mauvais plaisant, qui donne des fèves pour des pois,
» dit un ancien proverbe. On disait aussi mi-cru pour à demi cuit; my-croist doit
» se rattacher à cette idée. » Nous croyons que les expressions donner un pois
pour une fève ou rendre fève pour pois n'ont rien à faire ici ; et que dans my-
croist la seconde syllabe n'est autre chose que le mot croît, qui figure encore dans
la locution bail à croît. Cf. Littré, verbo croît.
Tome P", p. 222, Lupolde dit à Eutrapel : « Je n'ay jamais vu honneste
)) homme, pourvu que préalablement il eust juré de calomnie et purgé de conseil,
» qui plus ne prisast et estimast un simple praticien, qu'une douzaine de tels
» spadassins comme tu es, mon enfant, etc. » Les mots soulignés sont ainsi
rendus par M. A. : « Il ait déjà eu affaire aux juges pour demander réparation
» d'une calomnie ou consulter .? « Ne vaudrait-il pas mieux les traduire ainsi :
il eût prêté le serment de calomnie ' et ne fût pas pourvu d'un conseil judiciaire ?
On rencontre encore en partie les mêmes termes dans cet autre passage : « Nous, ,
» M. Jean aagé de trente ans, purgé de conseil ou environ, etc.^ ; et dans ce
troisième: « que au préalable tu ne sois deuement et canoniquement
» purgé de calomnie et conseil, et judiciairement licentié de ce faire?.»
Tome II, p. 21, ligne dernière, on trouve dans un discours adressé, à fin de
récusation, par un défendeur à son juge, l'expression : « Toutefois s'il estoit
» regargé ou (d'après une variante) regardé, » sur laquelle l'éditeur a fait la note
que voici : « Rendu ordonnance contraire. Mais je ne trouve pas regargé et
» regardé dans ce sens est un peu tiré par les cheveux, quoi qu'il signifie quel-
» qneMs jugé. » Mais la vraie leçon ne serait-elle pas rédargué.? — Page 36,
note 2, dans ce vers :
Qui veut belle femme querre,
querre est traduit par avoir, prendre, au lieu de chercher (cf. Littré, verbo
quérir, à la remarque). — P. 67, il est question d'un fermier poitevin et du tour
qui lui fut joué par le fils de son maître. Dans ce récit figure l'expression en
chemissant et riant en faux bourdon. Sur le mot chemissant l'éditeur a fait l'ob-
servation suivante : « je rétablis ce mot d'après les éditions de i $85 et 1603, sans
le bien comprendre. On a mis depuis chauvissant, qui peut être préférable.» Il est
hors de doute que la leçon chauvissant est bien préférable. D'abord elle remonte
au moins à l'édition de 1598 (p. 196). Ensuite le verbe chauvir est employé
ailleurs par Noël Du Fail (t. I", p. 129, 1. 9), qui y ajoute, il est vrai, les mots:
des oreilles, qui en sont le complément habituel 4. — Page 117 on rencontre le
verbe peignit (prétérit de poindre) accolé à piqua. Une note (n° 6) le traduit par
1 . Cf. le Nouveau coutumicr général, apud Littré, verbo calomnie, à la fin de l'historique.
2. Folio 60 V» de l'édition de 1585, édit. de M. A., II, 26.
3. Édition Assézat, II, 214.
4. On peut voir, sur l'expression chauvir ou chauvir de l'oreille, une curieuse note de
V\o\\ti-\t-ïi\ic, Œuvres complètes de Mathurin Régnier, Paris, P. Jannet, 1855, in-i8,
p. 90. Cf. les Dialogues de Jacques Tahureau, édit. Lemerre, 1871, in- 18, p. 199, index,
v» oreilles; et Louis du Bois, Glossaire du patois normand, p. 74.
l88 REVUE CRITIQUE
saisit et ajoute que « notre mot empoigner pour émouvoir violemment a à peu
» près la même force. » Mais le sens propre de poindre est piquer'. — P. 1 36,
on trouve la mention de la vallée de Concreux près Nantes. L'éditeur dit en
note : « Je ne trouve dans aucun dictionnaire géographique l'indication de cette
» vallée. » N'y aurait-il pas ici une sale équivoque entre nates, les fesses en
latin, et Nannetes, nom de Nantes dans la même langue ? — P. 153 le mot nour-
riture signifie non pas la manière de vivre, comme il est dit dans la note j, mais
l'éducation, sens qu'a très-fréquemment ce mot aux xvi" et xvii« siècles». —
— P. 179 et suivantes se lit la plaisante histoire d'un apothicaire d'Angers, qui
faisait fort l'important « S'il vendoit, dit l'auteur, pour un double d'huile ou
» raisin, il menoit un bruit, comme s'il eust vendu autant de drogues en gros,
» que les Pepoli de Raguse, ou les Pihiers de Couetils à Melesse. » L'éditeur
dit en note : « Le couëtil était une mesure que je ne connais pas. » Mais ne
s'agit-il pas tout simplement de l'espèce de toile appelée coutil? Ce qui semble
le démontrer, c'est un passage des Mémoires du Parlement de Bretagne, cité par
M. A. et où il est dit que Bonnabes Pihier avait été taxé à tort à 10 sols par
chacune charge de couetils achetés hors de la ville de Rennes. Dans le Haut-
Maine on dit encore coëtil pour coutil, et Robert Estienne donne la forme coiti 3,
qui se retrouve dans le patois normand 4.
Page 242, ligne 3, l'expression avoir la venue est traduite par sérénade. L'édi-
teur paraît s'être fondé uniquement sur le contexte, où il est question d'un cor-
donnier « auquel on rompoit la teste à force d'aubades et letanies amoureuses»,
s'adressant à « sa femme qui estoit belle. » Mais le sens propre de venue est
malheur, mésaventure, mauvais tour, ainsi que je l'ai fait observer ailleurs 5. —
P. 270 il est question d'un bon gentilhomme « un semblant trop grand mé-
» nager, retraieur de terre et docte annicheur de poules ^ : au demeurant, de
» bon entendement pour l'aage, etc. « M. A. traduit retraieur de terre par
« vivant retiré sur ses terres. » Ne serait-ce pas plutôt un adjectif dérivé du
verbe retraire et signifiant celui qui exerce un retrait ou droit de rachat ^
Dans la dédicace des Mémoires du Parlement de Bretagne (t. II, p. 381) on
rencontre l'expression : « ayans été collisez et imposez à certaines taillées
1. Cf. le Glossaire sur les Œuvres de Louise Labé, édit. de 1824, p. 303, v* pointure.
2. Cf. Littré, verbo nourriture, n* 5 ; et les Historiettes de Tallemant des Réaux, édit.
Monmerqué et Paulin Paris, t. IX, p. 381, Glossaire, verbo mouché.
3. Vocabulaire du Haut-Maine, par C. R. de M. (Montesson), 1859, in-12, p. 145.
4. Voyez le Glossaire du patois normand, par M. Louis Du Bois, publié par M. Julien
Travers, Caen, 1856, in-8°, p. 84.
5. Bibliotkèque de l'École des chartes, année 1869, p. 579 et note j. Aux deux exemples
de Brantôme que j'ai cités en cet endroit, j'aurais pu en ajouter plusieurs autres du même
auteur (t. III, p. 91 : donner la venue; ibidem, p. 138; p. 267 : avoir la venue; faire
quelque mauvaise veneue à Marseille, t. IV, p. 125); un de Henri Estienne (craignant une
telle venue en cest autre livre; Apologie pour Hérodote, Henri Estienne à un sien ami,
p. 2, 1. 5); et un de Casaubon, dans une lettre française publiée par Colomiès, Italia
orientalis, p. 138, I. 6 (quoy qu'encore elle [sa femme] se ressente bien fort de cette ve-
nue [une urgente maladie dont elle avait été atteinte]).
6. Telle est la ponctuation de l'édition de 1585 (fol. 177 V) et de celle de 1 598 (p. 432).
Le texte de M. A. ne met qu'une virgule, et encore après demeurant.
d'histoire et de littérature. 189
» (tailles), » appliquée aux avocats nobles de Rennes. Au lieu de collisez il faut
sans doute lire cottisez, ancienne orthographe du verbe cotiser (cf. Littré, verbo
cotiser, à l'historique). — Tome II, p. J i, on trouve les mots plus tounez que
fondeurs de cloches', et Noël Du Fail observe lui-même que tounez est la
forme bas-bretonne de notre mot étonné. L'éditeur a fait sur ce passage une
note ainsi conçue : « Cette locution : être étonné comme fondeur de cloche
» devrait être complétée par quelque indication des cas dans lesquels ces maîtres
» artistes sont étonnés. On ne peut pas supposer qu'ils le sont à l'état chronique.
» A moins qu'on ne veuille dire par là que lorsque la cloche est fondue, le son
» qu'elle va donner inquiète et étonne toujours le fondeur qui doit compter
» plutôt sur le hasard que sur sa science. » La réponse aux doutes et aux sup-
positions de M. A. se rencontre dans un petit livre assez curieux et assez rare,
imprimé il y a plus de deux siècles, sous le titre suivant : Les maistres d'hostels
aux halles, le cavalier crotexte (crotesque ou grotesque) et l'apotichaire (sic) empoi-
sonné. Nouvelles comiques^. On y lit (p. 216) « que le cavalier crotesque arriva
» en son logis à beau pied sans lance, plus penaut (penaud) qu'un fondeur de
» cloches, qui a manqué de métail. »
Tome I, p. 79, 80, dans le récit d'une dispute qui s'éleva entre les habitants
de deux villages, on trouve la phrase suivante : « Cette matière fut longuement
» démenée d'un costé et d'autre, et s' entrefussent voluntiers donnez sur le haut de
» leurs biens, si d'aucuns plus sages n'eussent esté médiateurs et modéré les
» colères trop ardentes, » L'expression soulignée a été ainsi traduite par M. A.:
« se fussent battus à propos de la supériorité de leurs biens. » Ne faudrait-il
pas plutôt dire : se fussent donné des coups sur les épaules, car le haut de leurs
biens nous semble un synonyme, un peu recherché, il est vrai, de casaquin,
dans l'expression populaire épousseter le casaquin, donner sur le casaquin à
quelqu'un J. — Un peu plus loin il est question d'un individu « qui mettoit le feu
» aux estoupes et la cloche au chat. » Cette dernière expression est traduite ainsi :
« excitait les disputeurs, faisait kiss kiss, comme nous dirions. » Mais n'y a-t-il
pas ici une allusion à la fable d'Abstemius, imitée d'abord par Faerne, puis par
La Fontaine (Livre II, fable 2), sous le titre de : Conseil tenu par les Rats?
Attacher une cloche ou plutôt une clochette, un grelot, comme dit La Fontaine,
au cou du chat, exige de la part d'un rat une hardiesse peu commune. On se
rappelle à ce propos le sobriquet donné à un des comtes de Douglas, Archibald
Bell-the-cat.
1. Et non estonnez, comme a imprimé M. Littré, d'après Pougens {Dictionnaire, verbo
fondeur, vers la fin de l'historique). Il y a sans doute une allusion à cette même expression
dans cet autre passage de Noël Du Fail : « qui estonna les entendemens non assez bien
» fondus (édition de ijSj, fol. 118 v*), » passage dans lequel M. A. (II, 15$) a ajouté
d'après des éditions plus récentes (cf. l'édition de 1 598, p. 293), après estonna, le mot
beaucoup, qui ne se trouve pas dans l'édition originale.
2. Par François-César Oudin de Préfontaine. Paris, J. -Baptiste Loyson, 1670; i vol.
in-i2. — On trouve un bien curieux exemple de la locution « demeurer encore plus
» estonné qu'un fondeur de cloches, » dans le Mascurat de Gabriel Naudé. Jugement de
tout ce qui a esté imprimé contre le cardinal Mazarin, 2' édition, p. 328.
3. Cf. Le Roux, verbo casaquin, et Littré.
I9P REVUE CRITIQUE ;-i-î?-*^
Tome H, p. 213, I. 2, Eutrapel donne à l'avocat Lupolde le nom de vieux
Sortes, car c'est ainsi que portent l'édition originale et les suivantes. M. A. dit en
note que de la répétition du mot Sortes quelques pages plus loin, on peut con-
clure que c'est un nom propre, mais qu'il faudrait plus ample information. A
la page 2 18 il est question des commencements de la carrière du pape Adrien VI,
à Louvain, « du temps que Sortes couroit et Plato disputoit. » L'éditeur dit en
note : qu'est-ce que ce Sortes que couroit Adrien? Enfin, page 227, il est fait
mention de « Dom Jean Simon dit Sortes, de la paroisse de Sainct Erblon avec
» sa sophisterie. » Et M. A. ajoute sur le mot Sortes : « Encore ce nom comme
« surnom donné à un sophiste ou pédagogue. Nous pouvons donc le considérer
)) comme celui d'un grammairien qui a écrit pour la jeunesse. » Nous doutons
fort de l'exactitude de cette conclusion : dans le premier et le troisième passage
le mot Sortes nous paraît devoir être changé en Sorites (actuellement sorite),
nom d'une espèce d'argument sophistique, qui pouvait fort bien devenir le sobri-
quet d'un avocat ou d'un sophiste; et dans le second il peut aussi désigner les
exercices de logique auxquels se livrait le futur pape. Nous hésiterions davantage
à émettre ces suppositions si, ainsi que nous l'avons dit plus haut, il ne s'agissait
pas d'un ouvrage posthume et dont, selon toute apparence, l'auteur n'a pas revu
les épreuves.
Les notes de M. A. sont pour la plupart exactes et instructives. On remar-
quera surtout celle relative aux diverses significations du mot vouge (t. I, p. 32,
3 3). D'autres présentent quelques anachronisraes, quelques inadvertances, fruit
d'un rédaction un peu précipitée. C'est ainsi qu'à propos d'un passage (II, 24)
où Noël Du Fail se plaint des progrès de la vénalité des charges vers l'année
1 5 5 1 , l'éditeur dit dans une note, que François I*"" «suivant l'exemple de Louis XII
» et l'outrant, fit à cette époque par la vente des charges les fonds nécessaires
» pour soutenir ses guerres d'Italie. » Mais en 1 5 5 1 il y avait quatre ans que
François P"" était mort. Tome r% p. 233, le titre de beau-père de Louis XI
est donné au seigneur de Bresse, depuis duc de Savoie , sous le nom de
Philippe II. C'est sans doute le résultat d'un lapsus calami ou d'une erreur
typographique, car Philippe, comte de Bresse, n'était que le beau-frère de
Louis XI.
Tome II, p. 118, note 2, il- est dit que le comte de Caylus, à la finduxviii^s.,
a remis à la mode Tristan et Yseult. Le nom du comte de Caylus nous paraît
écrit ici pour celui du comte de Tressan. Dans l'introduction (I, p. xij) il est fait
mention du maréchal de Brissac, sous le titre de duc de Cossé Brissac. Mais le
comté de Brissac ne fut érigé en duché-pairie qu'en i6i i, c'est-à-dire soixante
ans après l'époque dont il s'agit. — T. II, p. 88, n. 1, François II, duc de Bre-,
tagne, est nommé frère de Charles VIII et de Louis XII. C'est beau-père qu'il
aurait fallu écrire. Ibidem, p. 1 58, n. 3, à propos de l'expression une once de la
peur de sainct Valier, il est dit que la peur qu'éprouva Jean de Poitiers, seigneur
de Saint- Vallier, avant de recevoir sa grâce sur l'échafaud, lui donna une fièvre
qui l'emporta quelques jours après, M. A. reproduit ici une erreur fort ancienne,
puisqu'elle remonte à Etienne Pasquier. Mais on sait, par les recherches de
d'histoire et de littérature. 191
M. Georges Guiffrey ', que Saint- Vallier survécut longtemps à sa condamnation
et à sa grâce (i 524) et qu'il mourut, selon toute probabilité, en 1539.
Une portion du travail de M. A. qui nous paraît tout particulièrement digne
d'éloges, c'est l'index qui termine le second volume. Cet index est un complé-
ment des plus utiles pour un ouvrage où il est traité d'une foule de sujets, parmi
lesquels il en est beaucoup qui ne sont touchés qu'incidemment et comme en
passant. Le travail de M. A. présente toutefois quelques omissions. On y cher-
cherait vainement, par exemple, l'expression in gambe (Noël Du Fail écrit ainsi),
origine de notre adjectif ingambe. Cette expression, dont le savant La Monnoye
attribue le premier emploi à Du Fail 2, mais qui se rencontre déjà sous la forme
en gambe dans Martin Du Bellay, a cependant fait l'objet d'une note de M. A.
(II, $0, n. 2). — M. A. a eu aussi une idée des plus heureuses, en reproduisant
à la fin du second volume, sous le titre d'appendice, la dédicace placée par Noël
Du Fail en tête de la compilation publiée par lui, en 1 579, sous le titre de :
Mémoires recueillis et extraits des plus notables et solennels arrests du Parlement de
Bretagne. C'est un morceau fort curieux et qui méritait bien d'être détaché des
trois éditions in-folio et in-quarto du recueil auquel il sert de préface. — M. A.
aurait pu indiquer plusieurs ressemblances entre certains passages des Œuvres
facétieuses de Noël Du Fail et des passages d'auteurs ses devanciers ou ses con-
temporains. Ainsi à la p. 298 du i" volume on rencontre cette réflexion : « me
» souvenant des grands Princes, qui gagent (risquent) la vie de cinquante mille
» hommes, où ils ne couchent rien du leur, resemblans au singe qui tire les
» chastaignes de sous la braise avec la patte du lévrier endormy au fouyer. «
La même idée, moins la comparaison finale, a été ainsi exprimée, en termes pres-
que identiques, par Guillaume Bouchet : « Les Princes ne craignans point de
» gager la vie de trente mille hommes, où ils ne couchent rien du leur ?. «
Cet article est déjà bien long, et cependant je m'y suis beaucoup plus occupé
du travail de M. A. que du texte de son auteur. Mais c'est qu'il n'y a plus grand
chose de neuf à dire sur des écrits qui datent d'environ trois siècles et qui ont
été bien souvent réimprimés. Il nous serait facile de signaler dans les Œuvres de
Noël Du Fail nombre de passages remarquables par l'aisance et le naturel du
style; plus d'un modèle de narration vive et plaisante, plus d'un petit tableau
exquis des scènes de la vie champêtre. On y trouvera maint renseignement pré-
cieux pour la connaissance des mœurs, des usages, des opinions du temps où
vivait l'auteur. C'est un de ces recueils qui méritent de trouver place dans la
bibliothèque de tous les amis de notre ancienne langue et de notre vieille litté-
rature. Aussi peut-on en dire, et peut-être avec encore plus de raison, ce que
Bayle écrivait dans sa lettre du 23 novembre 1674, à propos d'un imitateur de
Noël Du Fail : « Voulez-vous avoir un livre qui en vaut la peine (il y a quelques
1. Lettres inédites de Dianne de Poytiers, publiées avec une introduction et des notes.
Paris, V^ Jules Renouard, 1866, in-8°, p. xviij, note 2.
2. Noei borguignon de Gui Barôzai, 5« édition, Dijon, 1776, in-12, Glossaire, article
Gambie, p. 241.
j. Les Serées, édition Roybet, t. III, p. 17.
192 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
« obscénités^ sed omnia sana sanis), achetez VHexaméron rustique qui est de la
» main de M. La Mothe Le Vayer. »
C. Defrémery.
LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE.
Am Sarge und Grabe des D'Th. Const. von Tischendorf (Leipzig, Hinrichs). — An-
leitung zu wissenschaftlichen Beobachtungen aufReisen. Herausg. v. Neumayer (Berlin,
Oppenheim). — Becq de Fouquières, Documents nouveaux sur André Chénier (Paris,
Charpentier). — Brandes, Abhandiungen zur Geschichte des Orients im Alterthum
(Halle a. S., Lippert'sche B.). — Clos, Étude sur la municipalité de Toulouse; Re-
cherches sur la première époque de l'histoire municipale de Toulouse (deux extr. des
Mém. de lAcad. des sciences et belles-lettres de Toulouse). — Courrière, Histoire de la
littérature contemporaine en Russie (Paris, Charpentier). — De Goeje, Bijdrage tôt de
Geschiedenis der Zigeuners (Amsterdam, Van der Post). — Dowden, Shalcspere, his
Mind and Art (London, King and Co.)- — Dr^egeu, Historische Syntax der lateinischen
Sprache. 2. Th., 2. Haelfte (Leipzig, Teubner). — Dùhring, Cursus der Philosophie.
l. Lief. (Leipzig, Koschny). — Gerland, Anthropologische Beitraege. L Bd. (Halle a.
S., Lippert'sche B.). — Grassmann, Wœrterbuch zum Rig-Veda, 4. Lief. (Leipzig,
Brockhaus). — Halleguen, Armorique et Bretagne. Histoire littéraire (Paris, Didier).
— Hartel, Homerische Studien. III (Wien, Gerold's S.). — Hehn, Kulturpflanzen u.
Hausthiere. 2. Aufl. (Berlin, Borntraeger). — Henke's Neuere Kirchengeschichte, hrsg.
V. Gass. Bd. I. (Halle a. S., Lippert'sche B.). — Les Stances de Bhartrihari tr. p.
Regnaud (Paris, Leroux). — Mahaffy, Social Life in Greece (London, Macmillan and
Co.). — Sachs, Encyclopaedisches Wœrterbuch d. franzœsischen u. deutschen Sprache.
Th. L, fasc. 3 et 4 (Paris, Ghio). — Saint-Marc Girardin, Jean-Jacques Rousseau,
p. avec intr. p. Bersot, 2 vol. (Paris, Charpentier). — Schmidt (E.), Richardson,
Rousseau und Gœthe (lena, Frommann). — I. ScHiMiDT, De Herodotea quae fertur Uita
Homeri (Halis Sax., Lippert'sche B.). — J. Schmidt, Leibnitz und Baumgarten (Halle
a. S., Lippert'sche B.). — Stèle de Yehrwmelek roi de Gebal. Communication faite à
l'Académie des inscriptions par le comte de Vogué (Paris, Baudry). — Vergili Maronis
Opéra éd. Forbiger. Pars III. Ed. quarta (Lips., Hinrichs). — Werder, Vorlesungen
ùber Shakespeare's Hamlet (Berlin, Hertz). — Wilhelm's von Poitiers. Gesta Guilelmi
ducis Normannorum et régis Anglorum, von Boerting (Dresden, Blochmann). —
Wùstenfeld, Bahrein und Jemâma (Gœttingen, Dieterich).
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
contenant une bonne édition du catéchisme lithuanien de 1547); Litauische
Studien, von Geitler. Prag, Mourek. In-8% 12^ p. (sans grande valeur). —
MiKLOSiCH, Alislovenische Formenlehre (nous publierons prochainement un article
sur cet ouvrage). — Parallel-Tabellen zur griechisch-rœmischen Chronologie.
Leipzig, Teubner. In-16, VJ-54P. (sera d'un grand secours pour les travailleurs).
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Abd-AI-Rahmann Al-Sufi. Descrip-
tion des étoiles fixes composée au milieu
du X' siècle de notre ère. Traduction
littérale de deux manuscrits arabes de la
Bibliothèque royale de Copenhague et de
la Bibliothèque impériale de Saint-Péters-
bourg. Avec des notes par H. C. F. C.
Schjellerup. In-4% 272 p. et 7 pi. Leip-
zig (Voss). 12 fr, jo
Ammiani Marcellini rerum gestarum libri
qui supersunt. Recensuit notisque selectis
instruxit. V. Gardthausen. Vol. 1. In-8°,
xxvj-339 p. Leipzig (Teubner). 4 fr. 8$
Blûmner (H.). Technologie u. Termino-
logie d. Gewerbe u. Kùnste bei Griechen
u. Rœmern. i. Bd. 1. Haeifte. Enth. d.
Bereitg. d. Brotes u. die Verarbeitg. d.
Gespinntfasern. In-8*, 194 S. Leipzig
(Teubner). 7 Ir. 50
Bœckh (A.). Gesammelte kleine Schri'"ten.
4. Bd. In-8°, viij-^7 p. Leipzig (Teub-
ner). 18 fr. 75
Les vol. I-VII. 98 fr. 7$
Boucher de Molandon. Première ex-
pédition de Jeanne d'Arc. Le ravitaille-
ment d'Orléans. Nouveaux documents.
Plan du siège et de l'expédition. In-8°,
1 16 p. Orléans (Colas).
Buenger (C). Theopompea. In-8°, 71 S.
Strassburg (Triibner). i fr. 75
Garmina grasca medii aevi éd. G.Wagner.
In-8*, xv-382 p. Leipzig (Teubner). 12 f.
Glason (0.). Sallust-Handschrift aus der
Rostocker Universitaets-Bibliothek. In-8*,
65 S. Leipzig (Teubner). 2 fr. 2j
Glosmadeuc (G. de). Sculptures lapi-
daires et signes gravés des dolmens dans
le Morbihan. In-8°, 80 p. et 17 pi.
Vannes (imp. Lamarzelle).
Codici J petrarcheschi délie biblioteche
governative del Regno, indicati per cura
del ministero dell' Istruzione pubblica.
In-8', 212 p. Roma (tip. romana).
Conze (A.). Erster Bericht ûb. die vorbe-
reitenden Schritte zur Gesammt-Ausgabe
d. griechischen Grabreliefs. In-8*, 24 S.
Wien (Gerold). 60 c.
Corpus reformatorum. Vol. XXXX. ^-4°,
Braunschweie (Schwetschke und Sohn).
16 fr.
Contenu: I. Calvini opéra quae super-
sunt omnia. Edid. G. Baum, E. Guntz,
E. Reuss. Vol. XII.
Draeger (A.). Ueber Syntax u. Stil d.
Tacitus. 2. verb. Aufl. In-8% xv-120 S.
Leipzig (Teubner). 5 fr. 80
Draeseke (J.). Die Ueberlieferung der 3.
philippischen Rede d. Demosthenes un-
tersucht. In-8*, vj-90 S. Leipzig (Teub-
ner), 3 fr. 80
Fabre d'Envieu. Onomatologie de la
géographie grecque, ou l'art d'apprendre
le dictionnaire grec en étudiant la géo-
graphie de la Grèce ancienne et de ses
colonies. In-8% xvj-508 p. Paris (Tho-
rin),
Feugére (A.). Éloge de Bourdaloue.
Discours auquel l'Académie française a
décerné le prix d'éloquence dans sa séance
publique annuelledu 13 août 1874. In-4°,
88 p. Paris (imp. F. Didot frères, fils et
C«).
Forcellini(A.). Lexicon totius latinitatis.
T. V. distr. LI. Sinus spongizo. 10-4°,
p. 529-698. Prati (Aldina edente).
Franke (E.). (Celles sont les différences
essentielles entre les poètes classiques et
les romanciers.? In-4', 16 p. Beuthen
(Gœrlech et Coch). 1 fr.
Flach (H.)- Das System der hesiodischen
Kosmogonie. Dazu e. Plan, enth. die
Vorstellg. Hesiods v. Himmel, Erde u.
Tartarus (in der Kosmogonie) (Holzschn-
taf,). In-S", V-IJ4S. Leipzig (Teubner).
3 fr. 80
Gilbert (G.). Altattische Komenverfas-
sung. In-S", 54 S. Leipzig (Teubner).
2 fr. 25
Glandorp (J.). Distichorum proverbialium
sententiarum elegantissimus liber. Collatis
germanicis Agricoiae Proverbiis éd. W.
H. D. Suringar. In-8', 152 p. Leiden
(Brill). S fr-
Grammatici latini ex recensioneH. Kei-
lii. Vol. VII. Fasc. 2. In-8°. Leipzig
(Teubner). 18 fr. 75
Vol. I-VI et suppl. i82fr. 75
Contenu : Terentianus Maurus, Marius
Plotius sacerdos, Rufinus, MalliusTheo-
dorus, fragmenta et excerpta metrica.
Hartmann (E. v.). Die Seibstzersetzung
d. Christenthums u. die Religion der
Zukunft. In-8*, 122 p. Berlin fDuncker;.
4fr.
Haupt (J.). Beitraege zur Literatur der
deutschen Mystiker. Gr. in-8°, 56 S.
Wien (Gerold). i fr. 25
Huschke (E.). DieMulta und dasSakra-
mentum in ihren verschiedenen Anwen-
dungen. Zugleich in ihrem grundleg. Zu-
sammenhange m. dem rœm. Criminal- u.
Civil- Processe dargestellt. In-8*, viij-
559 S. Leipzig (Teubner). 21 fr. 35
Ibn-El-Athiri chronicon quod perfectis-
simum inscribitur. Vol. XIII. Corrigenda
et indices continens. Ed. C. J. Tornberg.
Pars prior indicum. Gr. in-8°, Ixxiij-
400 p. Leiden (Brill). 14 fr. 75
Klupfel (K.). Literarischer Wegweiser f.
gebildeteLaien. DieJahrevon 1870- 1874.
I. Nachtrag zur 4. Aufl. d. Schwab, u.
Klupfel'schen Wegweisers. In-8°, 132 S.
Leipzig (Klinkhardt). 3 fr. 25
L'ouvrage complet et le i" suppl. i4f.
Lambert (G.). Les Consuls de Toulon,
commandants militaires et lieutenants du
roy au gouvernement de la Ville. In-S",
x-158 p. Toulon (imp. Laurent).
Luebker (F.). Reallexion d. classichen
Alterthums f. Gymnasien. 4. verb. Aufl.
Hrsg. v. F. A. Eckstein u. 0. Sieffert.
Mit zahlreichen Abbildgn. Gr. in-S", vij-
1 16 S. Leipzig (Teubner). 16 fr.
Manzoni (A.). Lettera édita la prima
volta dal marchese F. Taffaelli. 2. ediz.
In-8°, 8 p. Milano (Brigoia).
Mazzini (G.). Scritti editi ed inediti. Vol.
IV. Letteratura. Vol. II. In- 16, 394 p.
Milano (tip. Civelli).
Mussafia(A.). Ueber die provenzalischen
Lieder-Handschriften d. G. M. Barbieri.
Eine Untersuchg. Gr. in-8*, 68 S, Wien
(Gerold). ' fr- 3 J
Nicolai (R.). Griechische Literaturge-
schichte in neuer Bearbeitg. i. Bd. Die
antik-nationale Literatur. 2. Haslfte. Die
Literatur der Prosa. In-S", iv- u. S. 243-
527. Magdeburg (Heinrichshofen). 4 fr.
Nordhoff (J. B.). Denkwùrdigkeiten aus
dem Munstcrischen Humanismus. Mit e.
Anlage ùb. das frùhere Press- u. Bucher-
wesen Westphalens. In-8°, xvij-253 S.
Munster (Theissing). 8 fr.
Panegirici latini, XII. Recensuit M.
Bashrens. In-8°, xxvi-324 p. Leipzig
(Teubner). 4 fr. 85
Pfizmaier (A.). Die Geschichte der Mon-
golen-Angrifïe auf Japan. Gr. in-8'',
98 S. Wien (Gerold). 2 fr.
Piazzoli (G.). Marat l'amico del popolo,
e la rivoluzione. Studio storico. In- 16,
280 p. Milano (Rechiedei), 4 fr.
Pichon (L.). La faïence à emblèmes pa-
triotiques du second empire. In-32, 41 p.
Paris (Manginot Hellitasse).
Quellen u. Forschungen zur Sprache- u.
Culturgeschichte der germanischen Vœl-
ker. Hrsg. v. B. ten Brink u. W. Sche-
rer. I. Geistliche Poeten d. deutschen
Kaiserzeit. Studien v. W. Scherer. i.
Hft. Zu Genesis u. Exodus. In-S", viij-
77 S. Strassburg (Trûbner). 2 fr. yj
Sauter (F.). Diplomatisches A. B. C.
Schlùssel zum Verstaendniss u. Lesen
alter Handschriften, Urkunden, Stein-
Inschriften, Glocken-Inschritten, Mùnzen,
Siegel, Wappen, etc. In-fol. (23 Theilw.
color. Steintaf.). Stuttgart (Bruchmann).
20 fr.
*
Schmidt (T.). Die Categorien d. Aristo-
teles in St. Gallen. In-8°, 30S. Erlangen
(Deichert). • fr- 3S
Venturi (L.). Le similitudini dantesche
ordinale, illustrate e confrontate. Saggio
di studi. In- 16, xvj-412 p. Firenze (San-
soni). 5 fr.
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 13 Neuvième année. 27 Mars 1875
REVUE CRITIQUE;
P'HISTOIRÉ ET DE LITTÉRATURE;
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. ■'
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas GuyaRd. ^ ,
Prix â^àbonhement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays. â\a "iKq îft iH oilc^i ju-îq qo -ggp
-+ n -— .(âyijKnt'*'r. - "n -.i't.-uifff
PARIS D);«ni::
■o'imM'a'iLIBRAIRIE A. FRANC^i^^'^^,;, ;,
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE ' ,
67, RUE RICHELIEU, .67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES 't^m
iii,
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, '
67, rue de Richelieu. 'jj .î.aî;
G-Q A Q T ç Le Petit Poucet et la Gratide'Ô^irse. 1 vol. in- 16
• L Jri l\ 1 iJ imprimé en caractères elzeviriens. 2 fr. 50
BIBLIOTEÈQUE pE L'ÉCOLE DES J^AyTEa ÉXU^J^l^î
. V -;<'3-nj <97fc;) . 2o« fascicule. :!;)>:-i'.ï .r.riavoni^J rno-it loinli
jr-^ T T T XTT"' î T T 17 TVÎ institution oratoire. Collation d'un ms.
Vç^ U 1 IN 1 1 L< 1 tL IN du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules
Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de l'École des hautes études. 3 fr.
-jiàjiii . ■ /- • I
-.-'[ ■- iQ^ KT i^^ fascicules précédemment parus:
Rn F î A ^T" FT V R î R ^^^^^ ^^^ ^^^ *^°™^^^ ^^
• lJ Hj l_i/TLkJ 1 L_j I iv 1 Cj vicomtes de Limoges
antérieurs à l'an 1000. z''*^''-,*^.^^'^' $ fi".
Ar^ A D 1\ /I 17 C nn T7 nr t7 H) traité de la formation des
• L-'/Tl rViVl ELi3 1 Ej 1 LL Iv mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr.
Pour paraître très-prochainement : :'i
2 1^ fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com-
menté par Eugène Grébauh, avocat, élève de l'École des hautes études.
PERIODIQUES. T^^'-T n
The Academy, N" 148, new séries, 6 mars. Maine, Lectures on Early
History of Institutions. London, Murray (Emile de Laveleye : art. très-favo-
rable). — The Works of Thomas Love Peacock. With a Préface by Lord
HouGHTON, a Biogr. Not by his Grand-daughter, Edith Nicolls. Ed. by Cole.
In three vols. London, Bentley and Son (Edmund W. Gosse) — Rawson Gar-
DiNER, A History of England under the Duke of Buckingham and Charles L
1624-1628. In two vols. London, Longmans and Go. (David Masson : le nom
seul de l'auteur est une garantie de l'excellence de l'ouvrage). — Notes and
News. — Notes of Travel. — Oxford Letter (A. H. Sayce : nouvelles littéraires).
— Correspondence. Irish Texts (James Graves). — « What» (F, J. Furnivall :
prétend que ce mot employé dans une alternative : « que ce soit ou que ce
» soit » signifiait primitivement en partie; il ajoute qu'une trace de ce sens
est restée dans Somewhat, quelque peu; M. F. nous paraît être dans l'erreur la
plus complète : c'est some qui a le sens partitif dans somewhat, et si dans quelques
cas on peut rendre what par en partie, c'est précisément parce que what répété
marque une alternative). — D"" Cooke's « Report on the Gums, Resins, etc. in
» the India Muséum » (George Birdwood). — The Utrecht Psalter (Nicholas
Pocock). — Grsecus Venetus. Pentateuchi Proverbiorum Ruth Cantici Eccle-
siastae Threnorum Danielis Versio Graeca. Ex Unico Bibl. S. Marci codice nunc
primum uno volumine comprehensam éd. Gebhardt. Praef. est Franc. De-
LiTZSCH. Lipsise, Brockhaus (T. K. Cheyne : rien ne laisse à désirer dans cette
remarquable publication). — Meetings of Societies (Soc. d'anthropologie, royale
de littérature, des antiquaires).
The Athenœum, N»247i, 6 mars. Lord Fitzmaurice, Life of William,
Earl of Shelburne, afterwards First Marquess of Lansdowne. Vol. I. 1 737-1 766.
Macmillan and Go. (ouvrage d'un intérêt extraordinaire pour l'histoire politique
du siècle dernier en Angleterre). — Hook, Lives of the Archbishops of Canter-
bury. Vol. X. Reformation Period. Bentley and Son. — Parish, A Dictionary
of the Sussex Dialect. Lewes, Furncombe and Co. — Ottiwell Adams, The
History of Japan. Vol. II, 1865 to 1871. King and Co. (termine l'ouvrage). —
Literary Gossip. — Societies (Soc. roy. de litt., d'archéol. bibl., d'anthrop.). —
ScHLiEMANN, Troy and its Remains. Murray (quelle que soit l'importance des
trouvailles de M. Schl., il faut naturellement suspendre son jugement sur l'iden-
tification des ruines découvertes à Hissarlik avec la Troie d'Homère). — A
Lintel from Nineveh (J. Fergusson). — The Ajunta Caves (George Birdwood).
— Miscellanea. Shakespeare's Arms (F. G. Fleay : pense que les armes de Sh.
sont parlantes : le faucon aux ailes déployées signifie shake (agiter) et le fer de
lance spear).
Literarisches Centralblatt, N" ! i , 13 mars, Italia. Herausg. v. Hille-
BRAND. Bd. I u. II. (cf. Rey. crit. 1874, II, p. 380, et 1875, I, p. 157; Part,
du Centralblatt réfute sur plusieurs points l'appréciation de la Rev. ait.'). —
Sch^efer, Geschichte des siebenjaehrigen Kriegs. 2. Bd. 2. Abth. Berlin, Hertz.
In-S", x-778 p. (cet excellent ouvrage est non-seulement un récit de la guerre
de Sept ans, mais encore une histoire de la diplomatie européenne à cette époque).
— Ad. ScHMiDT, Pariser Zustaende wsehrend der Revolutionszeit von 1789-1800.
i. Th. lena, Dufft. In-8'', xj-336 p. (on applaudit l'auteur qui « fait descendre
» de leur piédestal les héros de la Révolution française »). — Codicis Justiniani
fragmenta Veronensia éd. Krueger. Berlin, Weidmann. In-folio, vij-84 p. —
FiCK, Die griechischen Personennamen. Gœttingen, Vandenhœck u. Ruprecht.
In-8", ccxix-236 p. (l'auteur expose la formation des noms propres en grec et
dans les langues congénères; la science doit adopter ses conclusions). ~ Wal-
REVUE Ç^IITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 13 — 27 Mars — 1875
Sommaire : 6i. Œuvres de Tacite, p. p. Jacob. — 62. Miklosich, Théorie des
formes en Paléoslovène. — 63. Zarncke, Dissertation sur la lettre de Prêtre Jean à
Manuel I ; Dissertation sur la lettre du pape Alexandre III à Prêtre Jean ; Dissertation
sur le patriarche Jean, précurseur de Prêtre Jean. — 64. Greville, Mémoires, p. p.
Reeve. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
61. — Œuvres de Tacite, texte latin, revu et publié d'après les travaux les plus
récents, avec un commentaire critique, philologique et explicatif, etc., par Emile Jacob,
ancien élève de l'École normale, professeur de rhétorique au lycée Saint-Louis. Annales,
livres I-VI. — Prix : 7 fr. 50.
Cette édition de Tacite, qui formera quatre volumes in-8°, fait partie de la
Collection d'éditions savantes, entreprise par la maison Hachette, et « destinée à
» fonder en France une école de philologie grecque et latine, à bien mériter du
)) monde érudit et du monde universitaire. » Parmi les éditions savantes qui ont
paru jusqu'ici, nous ne connaissons par nous-même que le Virgile de M. E. Benoist
et le Démosthène de M. H. Weil, deux ouvrages remarquables l'un et l'autre à
des titres divers. C'est donc avec un grand intérêt que nous avons examiné le
premier volume du Tacite de M. Jacob. Disons tout de suite que nous y avons
pu constater un progrès réel sur les éditions de Tacite publiées jusqu'ici en
France. Pour le texte et pour le commentaire, l'auteur avait à sa disposition des
ressources qui manquaient à ses devanciers ; aussi le texte en a-t-il profité lar-
gement, et le commentaire est-il plus complet et plus exact. Peut-être aurait-on
pu davantage encore tirer profit des excellents travaux que l'étude de Tacite a
provoqués de nos jours. Peut-être aussi ce premier volume dénote-t-il encore
un peu d'inexpérience dans ce genre de publications. Mais nous sommes sûr
(d'autant plus que l'auteur le dit lui-même) que les volumes destinés à suivre
profiteront de l'expérience acquise.
Nous tâcherons de faire ci-après quelques observations qui seront peut-être
utiles à la suite de l'ouvrage, et prouveront, en tout cas, quel intérêt nous atta-
chons à la réussite complète d'une édition savante de Tacite.
Ce premier volume qui a 4J0 pages contient, outre le texte et le commentaire,
une page et demie d'errata, six pages et demie d'addenda et de corrigenda et une
Introduction de 52 pages.
L'Introduction, écrite, comme le commentaire, avec une clarté et une élégance
remarquables, est divisée en cinq parties, dont la première a pour titre : Vie de
Tacite. Ses ouvrages. Nous y avons remarqué deux bons passages sur la jeu-
nesse de Tacite et sur son style. M. Jacob a mis à profit l'Introduction « judi-
» cieuse et substantielle, » placée en tête de l'édition de Nipperdey. Mais si
XV 13
194 -•^ ^ T ir\ î-*rî HEVUE GRITIQUE Mrl f "^ TT
Nipperdey est en général un excellent guide, nous ne voudrions cependant pas
nous en tenir uniquement à lui. Ainsi, lorsque M. Jacob dit, comme lui, qu'en
90 Tacite « quitta Rome, appelé probablement au commandement d'une légion, »
peut-être aussi « nommé, en qualité de propréteur, au gouvernement d'une
» province, » nous regrettons qu'il n'ait pas tenu compte de ce que M. Geffroy
dit de cette partie de la vie de Tacite dans un livre érudit et bien fait, intitulé :
Rome et les Barbares'. A l'exemple de Nipperdey, M. Jacob attribue au grand
historien le Dialogue sur les orateurs; mais, après Nipperdey,, on a produit contre
cette attribution de nouvelles objections très-fortes, tirées de la chronologie. Il
faut les réfuter, ce qui nous semble assez difficile, ou bien en tenir compte.
Relevons deux petites inadvertances : l'Agricola « paraît avoir été composé au
« commencement de l'année suivante, » c'est-à-dire en 98; publié serait plus
exact. Il est dit aussi que le beau-père de Tacite fut v rappelé de la Bretagne
» après cinq ans d'un gouvernement équitable ; » on sait qu'Agricola fut nommé
au gouvernement de la Bretagne en 78, et que ce ne fut, qu'en 85 qu'il quitta ce
pays, où il fit sept campagnes. ' -t-,;,* ; ^ i,~
Nous ne nous arrêterons pas aux autres parties àeVlrîtrdduction. Elles sont
intitulées : les Annales, les manuscrits et les plus anciennes éditions; travaux de
Juste-Lipse et de ses contemporains ; travaux postérieurs à Juste-Lipse. Il nous
est cependant impossible de ne pas faire au moins une remarque. Parmi les édi-
tions indiquées comme les plus récentes, nous trouvons celles de Ritter (1848),
de Nipperdey (1862), de Halm (1866), de Draeger(i869). M. J. aurait bien fait
de consulter la 5* édition de Nipperdey, celle de 1871, et la seconde de Ritter
(1864). Parmi les publications postérieures à Juste-Lipse, nous trouvons aussi
une énumération des travaux dont la grammaire de Tacite a été l'objet. Cette
énumération pourrait être plus complète. On aurait voulu y voir les meilleures
des nombreuses dissertations qui ont été publiées sur la grammaire et le voca-
bulaire de Tacite. Il y a une faute d'orthographe dans le nom de Zirker
(au lieu de Sirker), mais je la prends sur mon compte, parce que je l'ai faite le
premier et qu'on me l'a déjà reprochée avec raison comme une faute d'impression
fâcheuse.
La Ç partie de l'Introduction est intitulée : De la présente édition. En fait
d'orthographe, M. J. ne veut pas d'innovations qui étonnent les yeux et troublent
l'attention; il regrette cependant de ne pas avoir écrit Thrma, et Sibulla. Ses
innovations sont limitées à un petit nombre de mots.
La chose la plus difficile et la plus importante est la constitution du texte.
« Mon autorité pour le texte, dit M. J., est celle d'Orelli (édit. de 1859). »
Nous osons l'engager à ne pas négliger dans l'intérêt des volumes suivants des
éditions plus récentes, par exemple celle de Halm (1874) et celle de Ritter
(1864), qui a pour la seconde fois fait la collation des mss.
Pour la commodité des savants, nous eussions désiré que M, J. eût réuni dans
un appendice critique les changements qu'il a faits au texte d'Orelli. Nous sommes
I. V. Rev. crit. 1874, n' 10,
d'histoire et de littérature. 195
d'avis que, même dans une édition savante, il est bon de donner séparément la
critique du texte et les notes grammaticales, historiques, géographiques, esthétiques,
etc. Halm, dont l'édition n'a pas de commentaire, donne en tête de chaque volume
un Commentarius criîicus, et la première édition de Ritter, qui a des notes exé-
gétiques, les sépare complètement des leçons des mss. S'il y a de bonnes raisons
pour recommander cette manière de faire, j'avoue qu'elle n'est pas indispensable
dans tous les cas. Mais elle mérite d'être recommandée pour une édition qui
prend pour base une édition parfaitement connue. M. J., en choisissant celle
d'Orelli, n'avait plus qu'à marquer, au commencement ou à la fin du volume,
les endroits où il s'éloigne de son autorité. C'est ainsi qu'ont fait Draeger et Haase,
qui ont pris pour base de leurs éditions celle de Halm.
Nous nous rendons difficilement compte des principes qui ont été suivis dans
la partie critique du Commentaire. Voici, par exemple, au ch. I du livre I une
note pour laquelle il ne nous semble pas qu'on puisse invoquer le principe d'uti-
lité : « Deterrerenîar. Leçon du Mediceus, reproduite par les meilleures éditions,
» y compris les plus récentes. La correction proposée par Muret et Juste-Lipse,
» detererenîur, n'est pas justifiée. » Puisque, depuis longtemps, les meilleures
éditions, d'accord avec le Mediceus, écrivent deîerrerentur, qui est parfaitement
clair, pourquoi faire mention d'une vieille correction dont personne ne veut?
Voici une note critique sur laquelle nous avons à faire une observation d'un
autre genre. On lit au ch. 8, liv. I : « Nomenque August£. Le nom est ainsi écrit
» dans le Mediceus, qui porte à cet endroit la trace d'une correction. » Vient
ensuite une explication dont la conclusion est : « il y a donc lieu de maintenir
» la leçon du manuscrit. » L'observation sur le Mediceus ne me paraît pas tout
à fait claire. D'après Ritter, dont la collation est postérieure à celle de Baiter,
le Mediceus donne Augusta ou Augustu (dans le ms. les a, un peu ouverts en
haut, se distinguent difficilement des u); Augusta est une correction. Orelli avait
dans sa première édition Auguste, dans la seconde il adopte Augustum; Grono-
vius, Dœderlein, Haase, Nipperdey, Halm, Draeger sont pour ^ugi/^ium. Nipper-
dey et Draeger donnent l'explication de ce mot, et, pour ma part, je ne voudrais
rejeter ni leur leçon ni leur explication.
Le Commentaire est très-dé veloppé. Il occupe, en moyenne, à peu près les
deux tiers des pages. M. J. dit qu'il a tiré un grand profit du Commentaire de
Nipperdey. Nous trouvons qu'il a bien fait de l'utiliser. Nous voudrions cepen-
dant qu'il eût profité davantage de celui de Draeger, qui a aussi d'excellentes
qualités, et qu'il eût pu mettre à contribution les bons travaux dont Tacite a été
l'objet de nos jours, mais nous savons par expérience qu'il est souvent bien diffi-
cile de se les procurer.
« S'il y a des omissions ou, à plus forte raison, des erreurs, dit M. J., je
» serai heureux qu'elles me soient signalées. » Nous ne voulons faire que quel-
ques observations qui, si on les trouvait justes, pourraient exercer une utile
influence sur le Commentaire des autres volumes. Disons tout d'abord qu'il serait
possible, selon nous, de rédiger plus brièvement un assez grand nombre de
notes, afin de gagner de la place pour d'autres notes également utiles. Prenons
196 :';'"•; REVUE CRITIQUE
pour exemple la première phrase du ch. I, 1. i : Urbem Romam a principio reges
habuere. Nous trouvons ici une longue note sur urbem Romam et sur une question
bien rebattue : cette phrase forme-t-elle un vers hexamètre ou non ? Il nous
semble qu'on pourrait énoncer en moins de lignes ce qu'il y a de plus utile à dire,
et ajouter une note sur a principio. Est-ce que dans les auteurs classiques, prin-
cipio et a principio sont la même chose ? Si les deux expressions y ont un sens
différent. Tacite s'est-il conformé à l'usage classique? On aurait pu aussi, une
fois pour toutes, faire une observation sur les formes en ère et ërunt du parfait,
observation qui a été faite d'abord, si je ne me trompe, par Wagener, et qui se
trouve dans les notes de Haase sur Reisigs Vorlesungen. Les commentaires de
Nipperdey et de Drseger ne disent rien non plus sur a principio et habuere, mais
il n'y avait pas de raison de les imiter dans une édition faite en France et pour
la France. On aurait pu du reste se contenter ici d'un renvoi à une grammaire.
S'il y a des endroits où des notes nécessaires ou utiles manquent , il y en a
en revanche qui en ont de superflues. Il me semble qu'il faut se garder de faire
des notes grammaticales sur des règles qui se trouvent bien formulées dans les
grammaires, à plus forte raison faut-il éviter, dans une édition savante, des notes
trop élémentaires. A qui ces notes pourraient-elles être destinées ? Non assuré-
ment aux professeurs qui n'en ont que faire. Si l'on suppose qu'il y a un certain
nombre de personnes peu au courant de ces règles, il faut tout simplement faire
un renvoi à une grammaire où elles puissent les apprendre dans leur ensemble.
Citons un ou deux exemples de notes de grammaire élémentaire. Au ch. I, 1. i ,
note 7, on lit: « Claris scriptoribus (memorata sunî). Tacite, à l'exemple des
» poètes, construit fréquemment au datif le régime indirect des verbes passifs,
» quels que soient les temps. » La règle du datif accompagnant les verbes pas-
sifs doit être connue de tout le monde. Du reste, Tacite ne s'éloigne pas ici de
la prose de Cicéron et la note par conséquent est inexactement rédigée. Au ch. II,
1. I , il y a une note bien élémentaire sur invalida auxilio. Une pareille note, selon
moi, ne devrait pas même se trouver dans une petite édition classique. La fin de
la note seulement s'adresse aux professeurs. Au ch. VI, pour/uxfa periculoso, le
lecteur est renvoyé à la note sur invalida auxilio, et l'on compare comperto, cognito.
C'est confondre trois cas différents. Il eût suffi de citer une grammaire. Voici
un dernier exemple d'une note élémentaire qui pourrait être rédigée autrement.
Au ch. XVI, 1. I , il est dit sur Mutatus princeps que la substitution du participe
passif au substantif abstrait ne se trouve pas encore dans Cicéron ; Draeger est
cité entre parenthèses. C'est là assurément une inexactitude. On n'a qu'à consulter
une grammaire classique pour trouver des exemples de Cicéron : Homerus fuit
anîe Ramam conditam (avant la fondation de Rome).
Nous venons de voir, parmi les règles superflues, quelques-unes qui pourraient
être rédigées avec plus de soin. Il y en a dont la rédaction laisse encore plus à
désirer, par exemple : « Epistolas, la lettre Le pluriel est mis pour le singu-
» lier, à l'imitation de littercB. « On aurait pu dire : le pluriel epistoU se trouvé
déjà employé dans Velléius Paterculus pour désigner une seule lettre; en tout
cas, le pluriel littera n'est pas mis pour le singulier. Le commentaire explicatif
d'histoire et de littérature. 197
n'est pas non plus toujours d'une exactitude scrupuleuse; exemple : « Hermun-
» durorum. Ils habitaient dans la Bavière actuelle, vers les sources de l'Elbe. »
L'erreur qu'on voit ici a probablement son origine dans la Germanie de Tacite,
qui place les sources de l'Elbe chez les Hermondures.
Nous reviendrons peut-être un jour sur tous les détails du commentaire. Nous
avons surtout voulu aujourd'hui appeler l'attention de l'auteur sur certaines règles
qu'il est bon, selon nous, de s'imposer dans un commentaire savant. Nous
serions heureux si nos observations pouvaient avoir quelque utilité, et contribuer
tant soit peu au succès complet des trois volumes suivants, car c'est uniquement
dans cette intention que nous les avons faites.
Gantrelle.
62. — Altsiovenische Formenlehre in Paradigmen mit Texten aus glagoli-
tischen Quellen, von Franz Miklosich. Wien. 1874. In-8*, xxxv-96 p. — Prix :
6fr. 75.
e-ijVoilà plus d'un quart de siècle que l'illustre professeur de Vienne, auteur de
cette Théorie des formes en ancien slovène, cultive son champ favori avec un
zèle aussi persévérant que fécond. Chaque année nous apporte quelque nouveau
fruit de ses labeurs et chacune de ses publications jette de nouvelles lumières
sur les questions encore inexplorées ou difficiles à résoudre. Aussi est-ce avec
une vive satisfaction que nous les voyons paraître, assurés que notre attente ne
sera pas déçue. .-^I enni) î>*v.ry.oti
L'opuscule dont il s'agit en fournit une preuve de plus. L'intérêt en est plus
grand que le titre ne semble le promettre. Celui-ci ne nous annonce, en effet, que
des paradigmes de déclinaison et de conjugaison, choses que l'auteur avait déjà
données dans sa grande Grammaire comparée des langues slaves. Quant aux textes
glagolitiques, placés à la fin du volume, outre qu'ils ne sont pas très-considéra-
bles, les spécialistes les connaissent depuis longtemps. H'r'tf ivc
Mais en tête des textes et de l'esquisse grammaticale il y a une autre étude
de 3 5 pages qui est comme l'âme de l'ouvrage et qui, à notre avis, vaut un livre.
Nous dirons quelques mots de chacune des trois parties, en insistant davantage
sur la préface.
L'auteur y fait une sorte de profession de foi, en se déclarant plus énergi-
quement que jamais en faveur de l'origine pannonienne du slavon liturgique,
qu'il appelle l'ancien slovène pour le distinguer du slovène moderne. La théorie
qu'il défend aujourd'hui, il l'avait déjà exposée dans l'Encyclopédie d'Ersch et
Gruber (à l'art, glagolitisch), ainsi que dans sa Grammaire comparée des langues
slaves. Mais la question du paléoslave étant de nouveau devenue l'objet de débats
fort animés, M. M. aura cru opportun de produire son ancienne thèse en
l'accentuant davantage. Son introduction n'est pas un traité complet — l'espace
ne le comportait guère — c'est une déclaration de principes.
Trente années de recherches assidues n'ont fait que rendre en lui plus iné-
branlable la conviction que l'ancien idiome ecclésiastique est celui que parlaient
les Slaves de la Pannonie (y comprise la Moravie), vers le milieu du ix* siècle
198 •*'"'" REVUE CRITIQUE ^'"^
(863). Epoque à jamais mémorable ! car c'est alors que les deux saints frères,
Cyrille et Méthode, sont venus au milieu de ce peuple, en lui apportant des
livres liturgiques traduits en sa langue maternelle, et en élevant ainsi le slavon
à la dignité d'un idome sacré. C'est cette langue sacrée qu'on appelle aujour-
d'hui, quoique improprement, paléoslave, et que nous avons continuée d'appeler
slavonne, dénomination parfaitement correcte et rendant avec fidélité le terme
primitif (slovensko pistno) que le pape Jean VIII (872-882) traduisait si bien dans
ses lettres par litierae slaviniscae.
Lorsqu'après la mort de Saint Méthode, archevêque de Pannonie, la nouvelle
église slave cessa d'exister dans ce pays, et que ses disciples se virent forcés
d'aller chercher asile ailleurs, la langue sacrée des Slaves Pannoniens fut adoptée
par les peuples slaves de la Bulgarie, de la Russie, de la Croatie et de la Serbie
qui lui imprimèrent chacun son cachet particulier, en laissant s'effacer de plus
en plus les traits distinctifs du dialecte pannonien. Je dis à dessein dialecte : car
à l'époque dont il s'agit, c'est-à-dire vers le milieu du ix^ siècle, il y avait autant
de dialectes que de peuples slaves et aucune de ces langues ne saurait être
regardée comme étant la mère des autres. La langue-mère, le vrai paléoslave,
appartient aux temps préhistoriques.
Ainsi, d'après M. M., l'idiome employé par Cyrille et Méthode dans le
culte religieux fut celui des Slovènes pannoniens du ix* siècle. Telle n'est pas
l'opinion des autres slavistes dont la plupart se prononcent en faveur de l'origine
bulgare du paléoslave et placent son berceau dans la Macédoine, patrie des
deux apôtres-frères , habitée par des slaves Bulgares. Nous voilà donc en
présence des deux hypothèses bien formulées. De l'aveu de l'auteur lui-même,
l'hypothèse bulgare est depuis quelque temps devenue si générale que parmi les
slavistes vivants, il croit être seul à élever la voix contre elle (p. IV). Il y a
3 5 ans, le célèbre Kopitar, son maître, tenait un langage tout à fait semblable :
« Je suis là tout seul, écrivait-il à Vostokov {Ich stehe allein). Après tant de revers
» que vous reste-t-il? Moi. » (Voy. la Corresp. de Vostokov, publiée par M. Srez-
nevski, St-Pétersb. 1874, lettre de 271, datée de 1841). On le sait, Kopitar a
été le premier à lancer dans le monde savant l'idée de l'origine pannonienne du
paléoslave, dont il croyait avoir découvert un véritable spécimen dans son
Glagolita Clozianus^. La découverte fut, en effet, très-importante ; elle fit époque
dans les études slaves; mais aussi elle suscita à l'heureux auteur de la précieuse
découverte de nombreux adversaires. Depuis lors la science a marché ; le nom-
bre des documents paléoslovènes s'est considérablement accru ; malgré cela,
aujourd'hui comme alors, les savants sont encore partagés en deux camps oppo-
sés. Si, de part et d'autre, on s'affranchissait davantage de préventions natio-
nales ou religieuses, peut-être la question aurait-elle été plus proche de sa
solution, car on ne saurait nier l'influence fâcheuse de ce double élément, et la
critique impartiale doit en tenir compte jusque dans l'examen des preuves intrin-
sèques que chaque parti produit en faveur de sa théorie.
I. Publié en 1836.
d'histoire et de littérature. 199
^Ge n'est pas le lieu d'entrer dans des détails. Il suffira de faire remarquer
avec l'auteur, que dans tous ces débats l'histoire doit être consultée non moins
que la linguistique, et que l'évangélisation des Slaves pannoniens par SS. Cyrille
et Méthode est un fait incontestable, tandis que leur séjour en Bulgarie n'est
rien moins que prouvé.
En parlant des preuves extrinsèques, M. M. cite en sa faveur l'autorité
de Schafarik, celui qui a étudié la question glagolitique à fond et plus que tout
autre. Eh bien, l'illustre contradicteur de Kopitar a fini par s'avouer vaincu et
par adopter pleinement l'hypothèse pannonienne, après l'avoir combattue durant
de longues années avec autant d'ardeur que de science. Un esprit aussi critique
que le sien ne s'est rendu assurément qu'à l'évidence des faits.
Je ne parle pas de l'abbé Dobrowski, le patriarche des slavistes. De son
temps (175 3-1829) les études slaves existaient à peine; en fait d'écrits glagoli-
tiques, on ne connaissait que ceux de la période relativement récente qu'on
nomme croate, le Glagolita de Cloz n'était pas encore découvert ; en revanche
il connaissait déjà l'évangéliaire cyrillique d'Ostromir, écrit à Novgorod en
1056. On conçoit que l'auteur des Inslitutiones linguae slavicae veteris dialecù
(1823) et de tant d'autres écrits ait pu voir dans la glagolitza une invention du
xiii^ siècle, erreur à laquelle Kopitar, son fidèle ami, a donné un solennel
démenti, en publiant en 1836 son Glagolita Clotianus, qui date du xi® siècle.
Quant à Vostokov, il n'a jamais rejeté entièrement l'hypothèse de Kopitar
(sauf l'identité de l'ancien slovène et du carinthien) ; car en plaçant le berceau
du paléoslave en Bulgarie, Vostokov n'excluait pas la Moravie et la Pannonie.
Il a même, à la fin de sa carrière, modifié son opinion dans ce sens qu'à la
Bulgarie proprement dite, il substitua la Macédoine en y joignant toujours la
Moravie.
Ajoutons que l'éminent éditeur de l'évangéliaire d'Ostromir n'était pas versé
dans les études glagolitiques aussi profondément que dans celle des monuments
cyrilliques que la Russie lui offrait en abondance et dont les plus anciens ont,
en outre, l'avantage de porter une date certaine (io$6, 1073, 1076, etc.),
avantage que jusqu'à présent n'a aucun monument glagolitique. H en est autre-
ment de M. Sreznevski, le vétéran des slavistes de nos jours. Ses nombreuses
et savantes publications prouvent que les deux littératures paléoslaves lui sont
également familières. Une étude sérieuse de l'une et de l'autre l'a amené à des
résultats défavorables à l'hypothèse de M. M. De la sorte, tandis que pour
l'illustre professeur de Vienne le Glagolita Clozianus avec ce qui en approche
est la vraie base d'une grammaire slave scientifique (p. xxxi), l'académicien de
St-Pétersbourg, au contraire, place son point de départ dans l'évangéliaire
d'Ostromir, qu'il considère, d'accord en cela avec Vostokov, comme le plus
ancien monument paléosiave. Cela prouverait que la question dont il s'agit n'est
pas encore assez mûre pour recevoir une solution définitive.
Après avoir exposé les deux théories, l'auteur, fidèle à son principe, partage
tous les monuments littéraires en deux catégories qu'il appelle pannonienne et
non-pannonienne. Il énumère ensuite les principaux écrits de l'une et de l'autre,
200 .S>»U^*'.RKVUE CRITIQUtfHVfidVVi'C»
tant glagolitiques que cyrilliques. En tête de cette liste, forcément incomplète,
nous voyons figurer l'évangile de Zograph et le Glagolita de Cloz, cité déjà plus
d'une fois. L'auteur les a choisis pour servir de spécimen et il en donne des
extraits à la fin de l'opuscule. On sera surpris, sans doute, de ne pas voir à
leur suite les Fragments découverts en 1856 à Prague et publiés par Schafarik
qui les place dans la première moitié du x^ siècle au plus tard (863-950) et que
cette découverte inattendue détermina à abandonner son ancienne théorie
bulgare pour embrasser celle de Kopitar.
Parmi les monuments pannoniens écrits en lettres cyrilliques, la première
place est accordée au Livre de Sabas (Savvina Kniga) du xi'' siècle, récemment
publié par M. Sreznevski qui l'avait découvert à la Bibliothèque Typographique,
non de St-Pétersbourg ainsi que le dit M. Miklosich (p. xiv, n. i), mais de
Moscou. Suit le ms. de Souprasl, également du xi* siècle, publié en entier par
l'auteur en 1 8 5 1 et remarquable par son affinité avec le texte glagolitique de
Cloz (8, n. 14).
:.. Les écrits d'origine non-pannonienne sont classés en quatre familles, bulgare,
serbe, croate et russe. Parmi ceux de la famille bulgare, nous nommerons le
psautier de Bologne, c'est-à-dire conservé à Bologne, mais écrit à Ochride sous
le roi Asène (1186-1196), et l'évangile de Ternovo (1273); parmi les mss.
serbes, un évangile d'Athos du xii" siècle, un nomocanon de 1262, les actes des
apôtres de 1324, du couvent de Schischatovatz, publiés par M. Miklosich en
1854, enfin l'évangile de Nikolsk datant du xv» siècle, mais copié sur un original
plus ancien. Je ne dirai rien de la famille croate, sinon que Vostokov ne la
reconnaissait point.
L'évangéliaire d'Ostromir ouvre la longue série des mss. de la famille russe.
Nous l'avons dit, dans l'opinion de M. M., ce vénérable reste de l'anti-
quité slave n'appartient pas à la catégorie pannonienne, comme étant écrit à
Novgorod et ayant subi l'influence du dialecte russe. Il est inutile d'ajouter que
mes compatriotes ne lui sauront point gré d'avoir assigné la dernière place à ce
qu'ils considèrent comme le plus beau joyau de la littérature paléoslave. M. M.
cite encore les homélies de Grégoire de Nazianze (du xi* siècle), le Recueil
(Jzbornik) de Sviatoslav (de 1073), l'évangile de Mstislav (de 1073), et
plusieurs autres. En parlant des homélies de S. Grég. de Nazianze, il dit qu'on
n'en a publié que des extraits. Cela pouvait être vrai au moment où il écrivait
son livre ; mais à l'heure qu'il est ce précieux ms. est édité en entier et d'une
manière savante par M. Boudilovitch.
De ce qui précède, il est facile de conclure que le traité des formes en ancien
Slovène, celui qui fait le corps de l'ouvrage, doit contenir bien des données qu'on
chercherait vainement dans le grand travail de l'auteur, je veux dire sa Gram-
maire comparée des langues slaves dont le y vol. traite le même sujet (p. 1-176) '.
1. Il faut en dire autant de la Grammaire de Bopp, qui avait pris pour modèle celle de
Miklosich, en tout ce qui regarde l'idiome slave (Voy. t. II, p. 162 de l'excellente édition
française par M. Bréal).
d'histoire et de littérature. 201
Il suffit, pour s'en convaincre, de comparer ceux des paradigmes qui sont iden-
tiques dans l'un et l'autre ouvrage. Qu'on prenne, par exemple, le modèle rab
(esclave), on verra aussitôt que l'instrumental sing. n'a pas la même forme
{rabùmï et rabomï) et ainsi des autres exemples du genre masculin. L'instru-
mental du féminin ryba (poisson) offre une différence bien plus saillante [rybq et
ryboiq). Mais ce qui frappe le plus, c'est la déclinaison déterminée des adjectifs.
Dans le nouveau îraiîé des formes elle conserve dans toute leur intégrité primi-
tive les suffixes pronominaux ajoutés à la partie principale du mot (par exem-
ple : nom. dobry-j, gen. dobra-jego, dat. dobrou-jemou, instr, dobru-imu, etc.).
Cette transparence d'agglutination témoigne de l'antiquité de la forme paléoslo-
vène, qui, d'ailleurs, n'a pas tardé à s'altérer en se contractant de plus en plus,
sous l'influence des autres dialectes. Les formes plus récentes dominent déjà
dans l'évangéliaire d'Ostromir qui est de 1056 [dohra-ago, sUpou-oumou, etc.).
Je ne cite que ces deux traits distinctifs de l'ancien slavon, afin que chacun
lise dans l'auteur le chapitre entier (XII) qui les indique tous, quoique assez
sommairement. Au reste ce point a été déjà amplement traité par Schafarik, dans
sa mémorable étude sur Vorigine et la patrie du glagoUtisme (Ueber den Ursprung
und die Heimath des Glagolitismus, Prag., 1858), oii il établit victorieusement
la thèse de M. M.
Après la théorie, la pratique. L'auteur a placé à la fin du livre des textes
extraits, avons-nous dit, de l'évangile de Zograph et du Glagolita de Cloz.
Nous avons assez parlé du dernier pour ne pas y revenir. Quant au premier,
appelé du nom d'un couvent du Mont-Athos, on sera bien aise d'apprendre que
l'original est conservé aujourd'hui à la bibliothèque publique de St-Pétersbourg,
ainsi qu'un fac-similé photographique du ms. tout entier, œuvre et don de l'in-
fatigable explorateur du Mont-Athos, M. Sévastianov. Une partie de ce ms. a
été déjà publiée par M. Sreznevski; mais différente de celle de Miklosich et
transcrite en lettres russes, tandis que l'extrait du présent opuscule est en carac-
tères cyrilliques. L'un et l'autre ont eu en vue un but pratique. Je noterai, à ce
propos, que leur transcription n'est pas identiquement la même et que des diver-
gences se rencontrent dans la reproduction du même texte. Ajoutons que les
textes sont accompagnés de notes critiques comme M. M. en sait faire.
Voilà une analyse trop incomplète du nouveau traité des formes en ancien Slo-
vène. Malgré son peu d'étendue, il est très-substantiel et contient des vues d'en-
semble fécondes en résultats. Personne ne pourra aborder les études paléoslaves
sans avoir attentivement consulté cet écrit, qui nous paraît mériter les honneurs
d'une édition française.
J. Martinov, s. J.
7t
3QJt . ^3cVr ■< REVUE CRITIQyB''>"rP»«''V!
_<',1tîL^^ ■■•M '-'^-'i ■:;••''•- ^ ^. ^ . ^ , ^î'Hy'.'j»r^.^-*.?t^t{4î
oj.— Fr. Zarncke. Gommentatio de epistola qaae sub nomme presbyteri
Johannis fertur. Leipzig. 1874. In-4*, j8 p.
Fr. Zarncke. Gommentatio de epistola Alexandri papae III ad presbyte-
rum Johannem. Leipzig. 1875. In-4', 20 p.
Fr. Zarncke. Gommentatio de patriarcha Johanne quasi praecursore
presbyteri Johannis. Leipzig. 1875. In-4*, 17 p.*
^ ' Le premier et le plus important de ces mémoires est consacré à la célèbre
lettre du prêtre Jean à l'empereur de Constantinople Manuel. M. Zarncke en
énumère 66 manuscrits*, dont 8 du xii* siècle, et il les classe ensuite, en montrant
qu'un seul d'entre eux (Harl. ^099, 3) contient le texte primitif, qui, au xii* s.
d'abord puis au xv% a été l'objet d'interpolations successives. Le savant profes-
seur de Leipzig donne ensuite, d'après ce ms., une édition du texte, dans
laquelle sont insérés, et typographiquement distingués les passages interpolés
postérieurement. On ne peut rien souhaiter de mieux tant pour la sûreté et la
méthode de l'investigation que pour la disposition claire et pratique de l'édition.
L'auteur nous fait espérer prochainement un travail sur les sources de VEpistola,
qui répandra sans doute la lumière sur cette question encore bien obscure, et
que le livre de M. G. Oppert n'a pas, il s'en faut, éclaircie 3. — M. Z. a obtenu,
par voie d'obligeantes correspondances, des renseignements sur un grand nombre
de manuscrits disséminés dans toute l'Europe ; il invite tous ceux qui liront son
travail à compléter et à rectifier ses données : nous souhaitons que son appel
soit entendu. Rien ne peut contribuer plus à faire rapidement avancer la
science que cette aide fournie à un travailleur par les autres. On sait générale-
ment, dans le monde érudit, que tel ou tel savant s'occupe depuis longtemps
d'un certain sujet : chacun de ceux que le hasard de leurs recherches amène à
trouver quelque document concernant ce sujet devrait se hâter de le communi-
quer au savant compétent. Tout le monde y gagnerait, et des renseignements
utiles ne resteraient pas inconnus de ceux qui peuvent les mettre en œuvre.
On sait que le pape Alexandre III, sur le rapport d'un médecin nommé Philippe,
adressa (en 1177, comme le montre M. Z.) une lettre au prêtre Jean, dans
laquelle il accrédite ce Philippe auprès de lui. M. Z. montre que Benoit de
Peterborough est le seul auteur qui nous ait conservé cette lettre et que tous les
textes qui en existent dérivent du sien. Il donne ensuite une édition critique de
ce singulier document. Le pape paraît avoir connu la prétendue lettre du prêtre
Jean, à laquelle un passage de la sienne fait allusion; peut-être cependant ce
passage se réfère-t-il au récit de Philippe, qui aurait alors puisé dans VEpistola
1 . Ces trois dissertations , écrites en allemand malgré leur titre latin, ont été publiées
parla Faculté de philosophie de Leipzig, dont M. Z. est actuellement doyen, à l'occasion
de diverses solennités académiques.
2. M. Z. ne se dissimule pas que beaucoup de mss. lui ont échappé; il demande qu'on
les lui signale.
j. Voy. p. 4 le jugement extrêmement sévère que M. Z. porte sur ce livre; il reproche
à l'auteur, outre son manque absolu de critique, de s'être approprié audacieusement une
hypothèse de M. d'Avezac.
d'histoire et de littérature. 20}
les données d'après lesquelles il aurait composé l'histoire de son séjour dans le
pays du fabuleux roi des Indes. « Philippe se mit-il en route pour porter la
» lettre du pape ? la lettre parvint-elle à son adresse, et qui se trouva finalement
» être le personnage auquel elle s'adressait ? C'est ce dont nous ne pouvons rien
» dire. »
La troisième dissertation de M. Z. concerne un certain Jean, patriarche de
l'Inde, qui serait venu à Constantinople en 1 122 pour y recevoir le pallium, et
qui, ayant trouvé là des légats du pape, les aurait accompagnés à Rome et y
aurait raconté beaucoup de merveilles sur son pays. Ce patriarche Jean est
visiblement, comme le dit M. Z., le précurseur du prêtre Jean. Le récit qui le
concerne nous a été conservé par Albéric des Trois-Fontaines, qui dit le tirer
des Gesîa Calixîi II, malheureusement perdus. M. Z. publie le passage d'Albéric,
et une autre version, plus longue et sans doute plus voisine de l'original, qui se
trouve dans deux rass. de Leipzig et dans diverses impressions du xv^ et xvi^ s.
64. — The Greville Memoirs. A Journal of the Reigns of King George IV and
K-ing William IV. By the late Charles C. F. Greville, Clerk of the Council to those
Sovereigns. Edited by Henry Reeve, Registrar of the Privy Council. Three volumes.
3d Edition. London, Longmans, Green and C°. 1875. — Prix : 48 fr.
Il est peu de pays, je crois, oîi, grâce aux circonstances de la vie nationale,
l'histoire moderne soit éclairée d'un jour aussi vif et aussi plein qu'en Angle-
terre; il n'est guère d'homme d'Etat dont on n'ait recueilli, après sa mort, les
lettres et les discours, — et dans les vingt dernières années du xviii* siècle et
les trente premières du xix% on aurait peine à rencontrer un événement politi-
que de quelque importance sur lequel nous ne puissions connaître avec la der-
nière minutie et les opinions des divers partis et les démarches parfois étrange-
ment compliquées qui l'ont préparé. Ce qui est plus rare dans la littérature
historique de nos voisins, c'est le genre des mémoires ou des journaux : on est
bien près d'en avoir épuisé la liste chez eux lorsque l'on a cité les noms de lord
Malmesbury, de Windham, lord Colchester, lord Holland, lord Brougham et en
dernier lieu lord John Russell. Enfin, la publication dont nous avons inscrit le
titre en tête de ces lignes est une entière nouveauté; c'est, croyons-nous, la
première fois qu'un homme, étranger aux luttes des partis, profite de la neutra-
lité de sa position et des opportunités qui lui sont offertes par un emploi mer-
veilleusement propre à éveiller et à satisfaire la curiosité d'un observateur, pour
révéler au public bien des résolutions et des actes dont la coulisse avait jusqu'ici
gardé le secret. Aussi la colère a-t-elle été grande.
Peut-être, si ce livre ne contenait quelques pages qui allèchent en scanda-
lisant, n'aurait-il pas obtenu un aussi grand succès. En tous cas, il nous semble,
à ne le juger qu'au point de vue des faits nouveaux qu'il ajoute à la connaissance
de cette époque, ne présenter qu'une valeur secondaire.
L'auteur, né en 1794, appartenait par son père à la famille des Comtes de
Warwick, et était par sa mère petit-fils du duc de Portland ; après une éduca-
204 i^^^H^tŒVUE CRlTIQyBH-if^Ifl'H
tidn un peu brusquée le comte Bathurst le prit pour son secrétaire privé en
i8i j; il joignit en 1821 à la sinécure de secrétaire de la Jamaïque le poste
important et confidentiel de secrétaire du Conseil privé. Ses goûts le portèrent
à s'occuper beaucoup du turf, et la faveur du duc d'York lui confia pendant un
temps la direction de son écurie. Dès juin 1818, il se mit à tenir un journal des
faits curieux qui venaient à sa connaissance, des conversations intéressantes
qu'il avait et des jugements qu'il portait. L'intérêt réel de ce journal ne com-
mence guère qu'en 1828 au moment où le duc de Wellington et sir Robert Peel
se déterminèrent enfin à l'émancipation des catholiques. Par ses relations avec
le duc, dont son frère Algernon Greville était secrétaire privé, et avec lord
Lyndhurst, Greville fut à même de voir de près les difficultés que rencon-
trèrent les ministres Tories soit auprès des membres extrêmes de leur parti soit
auprès du roi, sur l'esprit duquel les violences de son frère, le duc de Cumber-
land, ne laissaient pas d'avoir quelque influence. La partie de beaucoup la plus
neuve de ces trois volumes, c'est dans les chapitres xvi, xvn et xviii (vol. II,
p. 197-324) le récit de la scission du parti Tory au sujet du Reform Bill après
la dissolution de 1832, et des négociations entreprises entre lord Harrowby,
lord Wharncliffe et le gouvernement, par l'intermédiaire de l'auteur et de Charles
Wood (alors secrétaire de Lord Grey, aujourd'hui devenu Lord Halifax). —
Quelques détails nouveaux rendent assez curieux le récit de la retraite de lord
Grey et de la formation du premier ministère de Lord Melbourne (ch. xxiii,
vol. III, p. 68-1 14) : mais la publication du mémoire de lord Hatherton sur ce
sujet permet de reléguer dans le domaine de la fantaisie un grand nombre des
causes que Greville assigne à ces événements. — Enfin, on rencontre
quelques traits intéressants dans le récit de la formation du court ministère de
sir Robert Peel en 1854-3$, spécialement sur les rapports du Times et du nou-
veau gouvernement. La dissolution du premier cabinet Melbourne et l'attitude
du roi, lorsqu'il eut été contraint de reprendre ses anciens ministres, fournissent
quelques particularités curieuses. C'est aussi un tableau animé que celui du pre-
mier Conseil qui suivit l'avènement de la jeune reine Victoria et l'ouvrage se
termine ainsi non sans éclat.
Toutefois, ce n'est pas dans les faits positifs que ces mémoires ajoutent à
notre connaissance de cette époque que réside leur principal intérêt : ils sont
surtout curieux comme fidèle témoignage de l'état d'esprit d'une partie assez
nombreuse des classes aristocratiques et conservatrices dans les vingt années qui
suivirent la paix continentale. Par sa naissance et par ses relations, Greville
appartenait au Toryisme le plus pur. Son esprit était néanmoins assez large pour
embrasser sans peine d'autres vues plus libérales et mieux accommodées aux
nécessités du temps. Aussi vit-il avec plaisir le duc de Wellington rompre le
charme fatal qui semblait enchaîner les Torys au maintien des abus du passé en
prenant en main, avec cette vigueur simple et virile qui était sa grande qualité,
l'abolition du régime d'exclusion qui pesait sur les catholiques d'Irlande. Après
1830, au milieu de cette agitation inquiète qui ébranlait alors les plus fermes
courages, Greville, qu'aucune théorie préconçue n'entraînait à souhaiter le
d'histoire et de littérature. 205
triomphe des idées réformatrices, n'en juge pas moins avec la plus implacable
sévérité les efforts inintelligents des « High-Torys » pour résister jusqu'au bout,
au risque d'entraîner dans la ruine d'institutions vieillies les fondements mêmes
de la glorieuse constitution britannique. Il prévoit avec sagacité que les Torys
n'échapperont à une perte entière qu'en se transformant en conservateurs
libéraux, et son regard devine déjà dans sir Robert Peel, encore hésitant, le
chef nécessaire du nouveau parti. Enfin, sur une question dont la solution n'a
pas encore été trouvée après un demi-siècle de discussion et de réformes, sur la
question irlandaise, Greville professe des opinions étonnamment avancées, et
dont la réalisation ne laisserait pas de sembler encore chimérique à bien des
esprits, je dis les plus dégagés de préjugés. Il voudrait voir l'Etat se faire des
alliés des prêtres qui ont jusqu'ici formé les cadres de l'armée de la désaffection
et de la révolte, en leur accordant les avantages d'un subside pécuniaire. i
Si Greville est un assez sûr observateur des signes des temps, il manquait
essentiellement du don d'apprécier sainement les hommes. Esprit à la fois absolu
et mobile, il ne savait pas nuancer ses portraits; de là l'étrange impression que
produisent les jugements si parfaitement contradictoires qu'il donne çà et là sur
le duc de Wellington (cf. I, 168, II, 81-84, ^^ 204-^, II, 372). De là aussi
l'exagération de certaines critiques dans son appréciation de sir Robert Peel
(cf. II, 94, 141, 264, p8, 3^4), et enfin la parfaite fausseté de ses jugements
sur le roi Léopold de Belgique (II, 153, 167, 177), sur lord Melbourne (II,
67), lord Auckland (II, 66), sir James Graham (II, 66, 90, 91) et lord Palmer-
ston (II, 66, III, 20, 56, 136). Il n'est guère qu'un homme d'Etat dont Gre-
ville parle avec une invariable admiration, c'est Canning (cf. !_, 104, 106, 272,
326, II, 42, etc.), et probablement les liens de parenté et d'amitié qui unissaient
l'auteur à lord George Bentinck, l'ancien secrétaire de Canning, n'ont pas peu
contribué à échauffer ce si légitime enthousiasme.
Je touche ici à l'une des faiblesses principales de Greville, le caractère
strictement personnel de ses préférences et de ses antipathies; ce penchant, qu'il
ne dissimule pas (cf. II, 90), enlève, de son aveu même, une grande partie de
leur valeur à ses jugements. C'est aussi ce tour d'esprit qui explique sans la
justifier l'incroyable violence des critiques adressées à George IV et à Guillau-
me IV; on conçoit sans peine qu'un pays où le trône a encore de solides assises
ne puisse lire sans scandale les imputations si fréquemment élevées contre les deux
oncles et prédécesseurs de sa présente souveraine : lâcheté (I, 1 55), égoïsme
(I, 189), désordre (II, 189), folie (II, 193, 307, 364, etc.), le tout résumé
dans ces deux portraits aussi sommaires qu'irrévérencieux. « Il y a longtemps
» que j'ai l'opinion qu'il n'existe pas un chien plus méprisable, plus lâche, plus
)) égoïste, plus insensible que le présent roi » (George IV. — Vol. I, p. 1 55).
« Guillaume IV, montant sur le trône à l'âge avancé de soixante-cinq ans, fut
» si excité par son élévation qu'il en devint presque fou ; il se distingua par
» mille extravagances de langage et de conduite, à l'alarme ou à l'amusement
» de tous ceux qui étaient témoins de ses frasques. Bien qu'il se fût rangé peu
» après à des habitudes plus convenables, il n'en continua pas moins d'être en
206 ?""T''-^*EVUE CRlTIQUlrv'î'''''^''^"
» partie un mauvais garnement et en partie un bouffon » (III, 410). — Les
préventions de Greville l'ont évidemment emporté sur son sens critique quand,
souvent sur le témoignage d'un valet du roi qu'il avait l'indélicatesse d'interroger
(I, 143, 190, 200, etc.), il dépeint sous des couleurs si fortes l'avidité de lady
Conyngham, la dernière amie de George IV (I, 206, 207, II, 31), ou la haine
du roi pour son factotum sir William Knighton (I, 154 sq.). Enfin, il aurait
peut-être mieux valu que l'éditeur, conformément à sa promesse (Préface,
p. IX), retranchât certains passages inutilement blessants pour des personnes
encore vivantes ou dont le souvenir n'est pas éteint ; il ne se serait pas attiré de
démentis de la part de M. Jonathan Peel contre le jugement sévère qu'on lui
prête sur son illustre frère, ou de la part de lady Burghersh contre une odieuse
insinuation sur une entrevue avec un jeune prisonnier dont elle avait obtenu la
grâce (II, 85), ou encore du présent lord Conyngham contre les propos mis
dans sa bouche lorsqu'il était lord Mount-Charles. On le voit, nous apprécions
sans partialité ces mémoires; est-ce à dire que nous souscrivions pleinement à
la sévérité des jugements que certains organes de la presse tory ont portés sur
ce livre ? L'histoire n'a pas les mêmes raisons qu'un parti pour tenir rigueur à
l'impitoyable franchise des critiques adressées par Greville à ses amis politiques,
et peut-être ne sera-ce pas s'éloigner de l'équité que de blâmer en cet ouvrage
un esprit trop personnel, un trop vif amour des petits commérages scandaleux,
l'oubli de certaines convenances sociales, le manque de justesse dans la plupart
des portraits, sans négliger d'y louer la sage indépendance d'un esprit véritable-
ment politique et l'abondance de renseignements curieux sur les incidents de
coulisse. Un homme d'Etat anglais résumait ainsi son appréciation de ces volu-
mes : « Pour rien au monde, je ne voudrais les avoir écrits; je ne voudrais pas,
» pour beaucoup, qu'ils n'eussent pas été publiés. »
Francis de Pressensé.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 12 mars 1875.
L'académie se forme en comité secret pour discuter les titres des candidats à
a place de membre ordinaire vacante par la mort de M. d'Avezac, MM. Bou-
aric, Bréal et Desjardins.
M. Le Blant annonce la découverte d'une inscription, portant les noms de
Flavius Sabinus (frère de Vespasien) et de sa sœur Titiana, qui vient d'être
trouvée à Rome dans la catacombe de S'^ Domitille, sépulture des chrétiens de
la famille Flavienne. On a trouvé aussi sur une colonne un bas relief du 4' siècle
qui représente le martyre de S. Achillée. Le bulletin d'archéologie chrétienne de
M. de Rossi donnera de plus amples détails sur ces découvertes.
M. François Lenormant commence la lecture d'un mémoire en réponse à
celui par lequel M. J. Halévy a voulu soutenir que la langue primitive de la
Babylonie^ que les assyriologues désignent sous les noms de langue accadienne
d'histoire et de littérature. 207
ou sumérienne, et qu'ils rattachent à la famille des langues ougrofinnoises, n'avait
en réalité jamais existé. M. Lenormant se propose pour cette fois seulement de
démontrer l'existence de la langue accadienne ; il se réserve d'en étudier plus
tard le caractère linguistique. i i«q?^m^^,s3i;'f
Parmi les ouvrages adressés à l'académie, on remarque les survailts' :
Michel Bréal, Les tables eugubines, i^ livraison (Bibl. des hautes études,
22* fascicule) : Paris 1875, 8". :!«6t «i •^j-^fi- iitif éfjW-,
Histoire générale du Languedoc, par dom Cl. Devic et dbm J. Vaîssète (nouV.
éd.), t. I, 2° partie : Toulouse, Ëd. Privât, 1874, 4°.
Correspondance des contrôleurs généraux des finances avec les intendants des pro-
vinces publiée etc. par A. M. de Boislisle, t. i, i68j à 1699 : Paris 1874, 4°
(présenté par M. Alfred Maury).
Eug. Talbot, Histoire romaine; Petit de Julleville, Histoire grecque : 2 vol.
in- 18, Paris, Lemerre, 1875.
Séance du 19 mars 1875.
M. Ernest Desjardins, maître de conférences à l'école normale supérieure,
directeur adjoint à l'école des hautes études, est élu membre ordinaire de l'aca-
démie en remplacement de M. d'Avezac, décédé.
M. Eug. Hucher adresse à l'académie un volume intitulé Le jubé du cardinal
Philippe de Luxembourg à la cathédrale du Mans, Le Mans 1875, g'"- in-f°. Cet
ouvrage comprend la description de ce monument d'après les dessins de l'archi-
tecte du 1 5® siècle, et la reproduction de ces dessins en fac-similé. — Est aussi
adressée à l'académie une brochure intitulée 2uvo':îTt/,Y) àçYjYYjaiç ty^ç ^vio\i.értiç
àvaxaXutj^etoç Tou 'OjJiYjpixou 'IXiou xaxà xà Ity) 1870, 1871, 1872 xal 1873,
UTCO 'Eppixou 2x^iei;.avv : 'AG'/jvr^aiv 1875, 8°.
M. Garcin de Tassy offre de la part de M. Bosworth Smith un volume intitulé
Mohammed and Mohammedanism, lectures delivered at the Royal Institution of Great
Britain. Contrairement au D'' Arnold, qui dit simplement que l'islam est une ira-
posture criminelle, M, Smith s'est attaché à montrer le beau côté de la religion
musulmane. Elle est fondée sur la révélation de l'ancien et du nouveau testa-
ment, ce qui lui assure selon l'auteur une vitalité contre laquelle échouent les
efforts des missionnaires : les chrétiens devraient donc chercher à se faire des
musulmans des alliés et non des ennemis. Les musulmans ont beaucoup à
apprendre des chrétiens tout en restant musulmans, et selon l'auteur les chrétiens
peuvent apprendre d'eux quelque chose tout en restant bons chrétiens : il faut
donc qu'ils s'accordent une tolérance réciproque, ce qui serait très-désirable
surtout dans l'Inde pour les Anglais et en Algérie pour les Français.
M. Renan présente de la part de M. Hartwig Derenbourg un volume publié,
à l'occasion du 5 o" anniversaire du doctorat du prof. Fleischer, par ses élèves,
et dans lequel M. H. D., qui est de ce nombre, a donné une édition et un
commentaire du Livre des locutions vicieuses de Djawaliki (en arabe). Cet ouvrage
porte le titre de Morgenlàndische Forschungen, Leipzig, 1 87 5 , 8".
M. de Rozière présente : — i°de la part de M. Cauvet, une étude historique
208 REVUE CRITIQUE D*HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
sur l'abbaye de Fonfroide ; — 2* la première livraison de 1875 de la Revue de
législation ancienne et moderne, contenant un article de M. Labbé qui résume et
discute les diverses théories sur l'appariîio des magistrats romains, soutenues à
l'académie par M. Naudet et M. Edm. Le Blant.
M. Delisle présente de la part de M. Siméon Luce un mémoire sur les négo-
ciations des Anglais avec le roi de Navarre pendant la révolution parisienne de
1358, qui a été lu l'année dernière à l'académie (extr. des mémoires de la
Société de l'histoire de Paris et de V Ile-de-France); et M. Maury, de la part de
M. J. Oppert, un travail sur l'immortalité de l'âme chez les Chaldéens (extr. des
Annales de philosophie chrétienne).
M. Giraud continue la lecture de son mémoire sur les tribuni militum a populo.
Parmi les inscriptions qu'il étudie, la principale est une inscription provenant de
l'ancien municipe d'Abellinum, aujourd'hui Avellino. On y voit un personnage
qui, après avoir exercé diverses charges et notamment celle de tribunus militum a
populo, est admis à titre honoraire au nombre et même au premier rang des
membres de Vordo ou sénat d'Abellinum, avec dispense des conditions ordinaires
d'admissibilité. On ne peut croire que ce soit, comme le voudrait la théorie de
M. Duruy, un tribun militaire du municipe d'Abellinum, car il est probable
qu'une telle charge eût emporté l'admissibilité à l'or^^o, comme celle de tribun
militaire romain rendait admissible au sénat de Rome, et par conséquent la dis-
pense des conditions d'admissibilité eût été inutile. La lecture de cette inscrip-
tion est douteuse en quelques points, et peut être y faut-il lire îribuno militum a
populo facto ; M. Giraud rapproche cette expression d'un passage de Frontin qui
désigne un tribun militaire électif du peuple romain par les mots tribunus militum
a populo facîus. — Les autres inscriptions qu'il passe en revue éclairent peu la
question. On y trouve des charges municipales et la qualité de tr. m. a. p. réunies
en un même personnage, mais cela ne va pas contre la thèse de M. Giraud, car
on trouve aussi des inscriptions (M. G. en cite une du musée de Nîmes) qui
attribuent à une même personne des honneurs municipaux et la charge de tribun
militaire d'une légion romaine nominativement désignée. — Passant ensuite à
l'objection qu'on pourrait tirer contre son système du grand nombre de tribuni
m. a p. que mentionnent les inscriptions de Pompéi, et qui par suite font plutôt
songer à une charge du municipe de Pompéi qu'à un office romain, M. Giraud
répond qu'à raisonner ainsi a priori, il devrait paraître encore plus étrange, s'il
fallait admettre que le tr. m. a p. fût un fonctionnaire municipal, de ne le ren-
contrer jamais qu'en Italie et de n'en trouver aucune mention ni dans les grands
municipes de la Gaule, ni dans aucune autre partie de l'empire.
u.r!EH:.M.bnt J'iHen Havet.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A, Gouverneur.
DER, Der Infinitiv bei Plautus. Berlin, chez l'auteur. In-8% 64 p. (bon travail).
— Commentationes philologae; scripss. sem. phil. reg. Lips Sodales.
Leipzig, Giesecke und Devrient. In-8", iv-288 p. (art. analytique). — Sybel,
Die deutschen Universitaeten. Bonn, Cohen u. S. In-8", 67 p.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin, ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue cntiqae. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Arnold (B.). De Atheniensium saeculi a
Ch. n. quinti praetoribus. In-S", 34 S.
Dresden (Hinrichs). i fr. 50
Beccaria (C). Délia commedia presso i
Greci, i Latini e gl' Italiani. Studi. In-8',
352 p. Torino (Lœscher). 6 fr.
Bertheau (F.). Die Gesta Trevirorum
vom J. 1152 bis zum J. 1259. Eine
Quellen untersuchg. In-S", 88 S. Gœttin-
gen (Peppmùiier). 2 fr. 75
Bibliotheca Casinensis seu codicum ma-
nuscriptorum qui in tabulario Casinensis
asfiervantur séries per paginas singillatim
mucleata notis characterum speciminibus
ad unguem exemplatis aucta cura et stu-
dio monachorum ordinis S. Benedicti
Abbatias Montis Casini. T. i . In-4*,
290 p. et 21 tab. Montis Casini (typ.
Casinens.).
Bladé (J.-F.). Contes populaires recueillis
en Agenais. Traduction française et texte
agenais, suivis de notes comparatives par
M. R. Kœhler. In-8*, iv-i68 p. Paris
(Baer).
Boos (H.), Die Liten und Aldionen nach
den Volksrechten. In-8', 70 S. Gœttin-
gen (Peppmùiier), 2 fr. 25
Champagny (de). La religion romaine
d'Auguste aux Antonins. In-8*, 24 p.
Paris (Douniol et C*).
Codex diplomaticus Cavensis nunc primum
in lucem editus curantibus DD. M. Mor-
caldi, M. Schiani, S. de Stephano 0. s.
b. Accedit appendix, quo prajcipua bi-
bliothecse Ms. Membranacea describuntur
D. B. Cajetano de Aragonia 0. s. b.
T. I. In-4°, cxlvij-319 p. c. 5 chromo-
lith. tab. Milano (Hœpli). 40 fr.
Corblet (J.). Hagiographie du diocèse
d'Amiens. T. 4. In-8°, 716 p. Paris
(Dumoulin).
Desfrancs (L.-B.). Une colonie française
au XVIIe siècle, ou analyse d'un Mémoire
inédit sur le Canada. ^-8% 21 p. Niprt
(Clouzot). >,v,nlvi^i<A
Dictionnaire historique et archéologique
du département du Pas-de-Calais, publié
par la Commission départementale des
monuments historiques. Arrondissement
d'Arras. T. 2. In-8°, 364 p. Arras
(Sueur Charresey).
Du Boys (A.). Histoire du droit criminel
de la F'rance depuis le XV' jusau'au
XIX' siècle , comparé avec celui de l'Ita-
lie, de l'Allemagne et de l'Angleterre.
Pour faire suite à l'histoire du droit cri-
minel des peuples modernes, du même
auteur. T. 2. In-8*, 676 p. Paris (Du-
rand et Pedone-Lauriel).
Galitzin (N. S.). Allgemeine Kriegs-
geschichte aller Vœlker und Zeiten. Aus
dem Russ. ins Deutsche ùbers. v. Strec-
cius. 1. Abth. 2. Bd. Gr. in-8*. Kassel
(Kay). 12 fr.
Girard (J.). Études sur l'éloquence attique.
Lysias, Hypéride, Démosthène. In- 18
Jésus, xij-307 p. Paris (Hachette et C').
3 fr. 50
Gombault (J. 0. de). Epigrammes iné-
dites publiées avec une note bibliogra-
phique de M. P. Blanchemain. In- 16,
22 p. San-Remo (J. Gay et fils).
Handelmann (H.). Vorgeschichtliche
Steindenkmaeler in Schleswig-Holstein.
Hft. mit 3 lithogr. Taf. u. 6 Holzschn.
in-4°, 8 S. Kiel (v. Maack). i fr. 75
Harster (W.). Die Bauten d. rœmischen
Soldaten zum œffentlichen Nutzen. In-4*,
18 S. Berlin (Calvary et C'). 4 fr.
HégeL Esthétique. Traduction française
par C. Bénard. 2 vol. in-8», lxiv-1083 p.
Paris (G. Baillière).
7„
Heller(J.). Deutschland u. Frankrelch in
ihren politischen Beziehungen vom Ende
d. Interregnums biszum Tode Rudolfs v.
Habsburg. Èin Beitrag zur Reichsgesch.
d. i^.Jahrh. In-S", 160 S. Gœttingen
(Peppmùller). 4 fr.
Hertzberg (H.). Die Historien und di
Chroniken d. Isidorus v. Sevilla. i. Thl.
Die Historien. In-8', 83 S. Gœttingen
(Peppmùller). 2 fr. 75
Jacoby (L.). Die Idée der Entwickelung.
Eine Sozial-philosoph. Darstellg. 1. Th.
In-8*, 134 S. Berlin (Oliven). 5 fr. 35
Klingelhœffer (W.). Plante imité par
Molière et Shakspeare. In-4% 32 p. Ber-
lin (Calvary et G'). i fr. 50
K,œnig (D.). Kritische Erœrterungen zu
einigen italienischen Quellen f. die Ge-
schichte d. Rœmerzuges Kaiser Heinrich's
VII. In-8', 66 S. Gœttingen (Peppmùller).
2 fr. 25
Krause (G.)- Ueber die Beziehungen ei-
niger Spracherscheinungen zur Geistes-
thaetigkeit unter Berùcksicht. der Ergeb-
nisse der Physiologie u. der Sprachver-
gleichg. In-4°, 25 S. Berlin (Calvary et
C**). I fr. 50
Lukmanoff (A. de). Théorie de la musique
fondée sur le calcul. In-4*, 45 p. et 2 pi.
Paris (imp. Hennuyer).
Mas Latrie (L. de). Nouvelles preuves
de l'histoire de Chypre sous le règne des
princes de la maison de Lusignan. 2* livr.
In-8*, 64 p. Paris (Baur et Détaille).
Madden (J.-P.-A.). Lettres d'un biblio-
graphe. 3' série. Avec fac-similé. In-S",
xiij-104 p. Paris (Tross).
Maurer (K.)- Island von seiner ersten
Entdeckung bis zum Untergange d. Frei-
staats. In-8°, ix-480 S. Mùnchen (Kaiser).
13 fr. 35
Mayer (M. v.). Die Papstwahl Innocenz
XIII. Nach Original Quellen. In-8°,
n 5 S. Wien fBraumùller). 3 fr. 25
Mège (F.). Formation et organisation du
département du Puy-de-Dôme (1789-
1801). In-S", 346 p. Paris (Aubry). 6f.
Musaeî grammatici carmen de Hero et
Leandro rec. C. Dilthey. In-S", xij-41 p.
Bonn (Cohen u. Sohn). 2 fr. 75
Piper. Ueber den Gebrauch d. Dativs im
Ulphilas, Heliand u. Otfried. In-4', 30 S.
Berlin (Calvary et C'). i fr. 50
Prûmers. Rodgero Albero v. Montreuil,
Erzbischof v. Trier. 1132-1 152. In-8*,
100 S. Gœttingen (Peppmùller). 3 fr. 25
Richars li Biaus. Zum ersten Maie
hrsg. V. D' W. Fœrster. In-8°, xxix-
196 S. Wien (Hœlder). 8 fr.
Rufi. Festi breviarium rerum gestarum P.
R. Rec. W. Fœrster, praemittitur dis-
sertatio de Rufi breviario ejusque codi-
cibus. ^-8°, 23 p. Wien (Hœlder).
1 fr. 75
Sacut (M.). Jessod Olam, das aelteste
bekannte dramat. Gedicht in hebr.
Sprache. Zum ersten Maie nach 3 Hand-
schriften edirt. u. m. e. Einletg. versehen
v. D'A. Berliner. In-8°, xlij-58 S. Berlin
(Benzian). 3 fr. jo
Saint-Simon (duc de). Mémoires publiés
par MM. Chéruel et A. Régnier fils et
collationnés de nouveau pour cette édition
sur le manuscrit autographe, avec une
notice de M. Sainte-Beuve. T. 15. In- 18
Jésus, 495 p. Paris (Hachette et C").
3 fr. so
Sauteyra et Cherbonneau (E). Droit
musulman. Du statut personnel et des
successions. T. 2. Des successions. In-8*,
443 p. Paris (Maisonneuve et C'). 8 fr.
Susane (le général). Histoire de l'artillerie
française. In- 1 8 jésus, 449 p. Paris (Hetze!
et C-). 3 fr. 50
Talmud hierosolymitanum. Ordo Seraïm.
Ad finem Venetae Danielis Bombergi
editionem recognovit, consonentariis il-
lustra vit, praefatus est Frankel. Vol. 1.
Continens Massechoth, Berachoth, Pean.
In-4*, ix-184 p. Wien (Winter). 8 fr,
Tissot (J.). Introduction philosophique à
l'étude du droit pénal et de la réforme
pénitentiaire. In-8°, xiv-584 p. Paris
(Marescq aine). 9 fr.
Tliiimen. Einfùhrung in Lessings ham-
burger Dramaturgie. I. Thl. In-4', 16 S.
Berlin (Calvary et C'), 1 fr. 50
Vogel. De romanorum in Gâllia Transal-
pina gestis ante G. Jul. Caesarem. In-4*,
10 p. Berlin (Calvary et C*). i fr. 50
"WaGlismuth (C). Commentatio II, de
Zenone Citiensi et Cleanthe Assio. In-40,
20 p. Gœttingen (Dieterich). i fr. 50
"Wailly (N. de). Mémoire sur le Romant,
ou Chronique en langue vulgaire, dont
Joinville a reproduit plusieurs passages.
In-8*, 36 p. Nogent-le-Rotrou (imp.
Gouverneur).
Noger.i-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 14 Neuvième année. 3 Avril 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÊAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 6j
G. PARIS
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, : ^'-^'^^ ^J
67, rue de Richelieu. ';"'-
Le Petit Poucet et la Grande Ourse, i vol. in-i6
imprimé en caractères elzeviriens. 2 fr. 50
BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
20^ FASCICULE.
r\ î î î XT nr Î l T tr ni ^"stitution oratoire. Collation d'un ms.
V^ U i IN 1 1 l_i 1 Il< 1 N du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules
Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de PÉcole des hautes études. 3 fr.
1 8^ ET 1 9* fascicules précédemment parus :
RnFT î AQTFTVRÏR ^^^^^ ^^^ ^^^ ^'^^^^^ ^^
• L' IL l_ir\.0 1 IL I IV 1 IL vicomtes de Limoges
antérieurs à l'an 1000. 5 fr.
Ar^ A D IV /T t7 Ç '"P HT '"P 17 O '^'"^^^^ ^^ ^^ formation des
• L-'/\rviVl IL O 1 Cj 1 iLlV mots composés dans la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. 12 fr.
Pour paraître très-prochainement :
2 1« fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com-
menté par Eugène Grébault, avocat, élève de l'École des hautes études.
PERIODIQUES.
The Academy, N* 149, new séries, i ? mars. The Encyclopaedia Britannica.
Ninth Edition. Vol. I. Edinburgh, Adam and Black (Jas. S. Cotton). — Doran,
Lives of the Queens of England of the House of Hanover. Fourth Ed. 2 vols.
London, Bentley (Alex. Charles Ewald). — Cléments R, Markham, Statement
exhibiting the Moral and Material Progress and Condition of India during the
Years 1872-73 (2^ art. James Innés Minchin). — Notes and News. — Notes of
Travel. — Correspondence. Mr. James Fergusson and St. Paul's Cathedral (J. T.
Micklethwaite). — Captain Marryat a Plagiarist (H. C. Coote). — Shakes-
perian Verse-Tests (John K. Ingram) — Our Oldest Ms. and who mutilated it
(Edmund S. Ffoulkes; P. Le Page Renoue : VAcad. déclare que la discussion
ne saurait aller plus loin). — Meetings of Societies (Soc. des antiquaires, de
philologie, de géographie.
The Athenseum, N° 2472, 13 mars. Von Ranke, A History of England,
principally in the Seventeenth Century. 6 vols. Clarendon Press (2^ art.). —
A. J. Ellis, Practical Hints on the Quantitative Pronunciation of Latin, for the
Use of Classical Teachers and Linguists. Macmillan and Co. (l'auteur voudrait
réformer la prononciation du latin en Angleterre). — John Stuart, A Lost
Chapter in the History of Mary Queen of Scots Recovered. Edinburgh, Edmon-
ston and Douglas (traite du mariage de Bothwell avec Lady Jane Gordon, de
son divorce, et de sa seconde union avec Marie Stuart). — De Saulcy, La
Numismatique de la Terre-Sainte. Paris, Rothschild (art. très-favorable). —
The Ballad of Dom Doardos. — Literary Gossip. — Societies (Soc. de géogr. de
l'institut archéologique, de philologie, de l'institut anthropologique).
Literarisches Centralblatt, N° 12, 20 mars. Schmidt, Die Expédition
gegen Chiwa im J. 1873. St. Petersburg, Rôttger, In-S", viij-200 p. (l'ouvrage
le plus détaillé et le plus complet qui ait paru sur la question). — Exempla
Inscriptionum latinarum comp. Willmanns. T. I et II. Berlin, Weidmann. In-B",
xvij-532; 737 p. (très-utile manuel d'épigraphie latine). — Baehrens, Analecta
Catulliana. lena, Dulït. In-8°, 80 p. (i"chap. « de Catulli et Lesbiae amoribus; »
2« ch. « de libri Catulliani fatis; » 3" ch. « Emendationes CatuUianae; « beau-
coup des conjectures de M. B. sont inadmissibles). — Hûbschmann, Zur Casus-
lehre. Mùnchen, Ackermann. In-8°, viij-338 p. (ouvrage de grande valeur dont
la I ''-° partie contient une histoire critique des théories des cas et la seconde
une étude sur l'emploi des cas dans les langues iraniennes). — Hasdeù,
Istoria criticâ a Românilorù ; Ders. , Principie de filologia comparativâ ario-
europeâ eu aplicatiuni la istoria limbe! romane; Columna lui Traianu (Périodique
p. p. Hasdeù); T. Maiorescu, critice. — Der Hopfen. Homburg, Steinhâuser,
In-8", xij-24 p. (l'auteur croit que le houblon est d'origine slave). — Wey-
MOUTH, On early English pronunciation. London, Asher and Co. In-8", xij-i 5 1 p.
(l'ouvrage de M. W. est dirigé contre les vues de M. Ellis; le Centralblatt donne
raison à ce dernier).
Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit, N° 2, février 1875. Bunt-
glasierte Thonwaaren des 1 5.-18. Jahrh. im germanischen Muséum. X (A. Es-
senwein). — Handschriften der Stockholmer Bibliothek (fin : Wattenbach).
— Mittheilungen aus dem Hausbuche des Rathsherrn Christophe Hueber von
Linz (fin : Cari Waldemar Neumann). — Handschriftliches aus dem Bauschutte
des Mainzer Dômes (Friedrich Schneider). — Ein Ehescheidungsbrief vom 17.
Mai 1395 (Baader). — Zu dem « Nonnengebetbuch des 16. Jahrhunderts >>
(Pfarrer Busl). — Zur Geschichte der Feuerwaffen (Jacobs). — Zur Vernich-
tung des ehemaligen churfùrstlich mainzischen Archivs (Dr. C. Will). — Find-
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 14 — 3 Avril — 1875 ,
Sommaire : 6y Eggeb. Notions élémentaires de grammaire comparée, 7» édit.; Les
substantifs veroaux, 2" éd. — 66. Stender, Histoire critique de !a fable de l'expé-
dition des Argonautes. — 67. Busson, Contribution à l'histoire de la ligue de paix
conclue entre plusieurs villes allemandes en 1254. — Variétés : Les Chants bulgares du
Rhodope; — Annuaire géographique, p. p. Behm, t. V; Vivien de Saint- Martin;
L'année géographique, t. XII (1874). — Correspondance: Remarques supplémentaires sur
le Dictionnaire étymologique latin, etc. -sanscrit de Zehetmayr (Th. N.). — Sociétés
. savantes : Académie des inscriptions.
liW^, _— ,
6j. — Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude
des trois langues classiques, par E. Egger, membre de l'Institut. 7" édition. Paris,
Durand. 1875. In-12, viij-2ji p. — Prix : 3 fr.
Les substantifs verbaux formés par l'apocope de Pinfînitif. Observations
sur un procédé de dérivation très-fréquent dans la langue française et dans les autres
idiomes néo-latins, par E. Egger , membre de l'Institut. 2' édition. Paris, Pedone-
Lauriel, 1875. In-8*, x-67 p. — Prix : 2 fr.
Les Notions élémentaires de grammaire comparée, bien connues de tous ceux qui
pratiquent ou qui aiment la philologie, ont paru pour la première fois en 1854.
Le ministre qui dirigeait alors l'instruction publique n'a pas laissé dans PUni-
versité un souvenir populaire ; mais comme l'ambition de cette Revue est d'être
impartiale pour tout le monde, nous dirons qu'il possédait au moins une qualité :
il avait du goût pour la grammaire comparative. Ce fut lui qui encouragea la
publication des Notions élémentaires, et une fois le livre publié, il ne résista pas à
la tentation de le rendre obligatoire dans les classes. La nature humaine est
malheureusement si imparfaite que même sous un ministre aussi puissant que
l'était M. Fortoul, nos professeurs éprouvèrent de la difficulté à enseigner ce
qu'ils ne savaient point. Pendant quelques années le Manuel de M, Egger fut
appris par cœur et récité : l'auteur, un peu inquiet de ce succès, avait beau pro-
tester dans ses préfaces, les éditions se succédaient rapidement, le libraire, en
hotnme intelligent, faisait clicher le volume, et d'un bout de la France à l'autre
la grammaire comparée paraissait devenue à jamais, une fois par semaine, l'ali-
ment des élèves de quatrième. Mais si l'Université, dans certaines occasions, se
résout assez facilement à obéir sans être convaincue, elle se dédommage et satis-
fait aux droits de la conscience par une opposition aussi insaisissable qu'active.
Elle est en ceci l'image exacte de la France. Lorsque M, Fortoul quitta le
ministère en même temps que la vie, son successeur, M. Rouland, céda à l'opi-
nion qui dès lors ne craignit point de se faire entendre, et rendit la grammaire
comparée facultative : ce fut pour le Manuel le point de départ d'une vie à pul-
sations moins fréquentes et plus saine.
Le voici arrivé à sa vingtième année et à sa septième édition. L'auteur a pensé
XV 14
210 ''If? TAfl REVUE CRITIQUE ï O
que dans l'état actuel de la science il ne devait pas le réimprimer sans modifi-
cations : il en a donc préparé une édition qui mérite justement le nom d'édition
augmentée et corrigée. Nous l'avons rapprochée de la précédente, et nous avons
pu constater qu'à toutes les pages l'auteur a enrichi, amélioré, émondé son
œuvre. En voici quelques exemples. Dans la 6'' édition, l'auteur fait la distinction,
parfaitement justifiée en soi, entre les mots variables et les mots invariables
(chap. VII) : Mais il ne dit rien sur l'origine de ces derniers. Cette fois il fait
voir par des mots bien choisis que les termes invariables sont généralement des
mots revêtus d'une flexion, comme x^?^'^) ë^^i^^> Srj[jLo<n'a, oixot, domi, private,
mais sortis pour une cause quelconque des cadres réguliers de la déclinaison.
Au chap. XI, nous trouvons une note judicieuse et fine sur l'emploi des temps
du verbe chez les écrivains classiques de l'antiquité. « Il semble que les Grecs
» et les Romains aient usé des formes du verbe avec une liberté dont ne jouit
» plus la grammaire française. Que l'on prenne, par exemple, la première page
» de l'Anabase de Xénophon, et qu'on la traduise en mettant avec soin le pré-
» sent français pour le présent grec, l'imparfait pour l'imparfait, le prétérit
» simple pour l'aoriste, etc. On s'apercevra que la phrase française, écrite selon
» ce strict mot à mot, sera inadmissible. Il y avait donc quelque chose d'un peu
» artificiel dans les dénominations attachées aux formes temporelles et aux formes
;) modales dans les langues grecque et latine. Nos paradigmes français s'accordent
» mieux avec l'usage syntactique de notre langue. » Cette remarque, qui est à
la fois d'un grammairien et d'un helléniste, vient confirmer les observations de
M. Thurot, consignées dans les Mémoires de la Société de linguistique (I, p. 1 1 1).
— Citons encore au chapitre IV cette note empruntée à Quintilien, et qui pour-
rait servir d'épigraphe à un livre sur l'accent tonique dans les langues romanes :
Quorum (verborum) pars devorari, pars destitui solet, plerisque extremas syl-
labas non proferentibus, dum priorum sono indulgent (Inst. Or. XI, ^, 3^). —
D'autres fois c'est par des retranchements que se décèle la main qui retouche et
qui perfectionne. Nous ne retrouvons plus au chap. XI dans la 7* édition une
observation qui a dû sans doute au cliché sa longévité imméritée, sur l'w de X6a)
qui rappellerait l'w du pronom èYw. La différence entre la r* syllabe de qu'il
vienne et celle de que nous venions n'est plus attribuée à une compensation, mais
à l'accent tonique • .
' Pour les lecteurs qui ont puisé dans ce livre en sa nouveauté leurs premiers
éléments de linguistique, comme c'est le cas pour l'auteur de cet article, il est
intéressant de retrouver à certaines pages le germe de travaux qui depuis, sous
la main de l'auteur ou entre des mains étrangères, se sont étendus et complétés,
et sont quelquefois devenus des ouvrages. La distinction entre les mots français
d'origine savante et d'origine populaire, distinction aujourd'hui d'usage courant,
est entrée dans l'enseignement grâce au manuel de M, E., où elle est exposée
I, Nous regrettons de n'avoir pas vu disparaître la note 17, devenue la note 24,
d'après laquelle monere fait monêre, et amàre fait amâre, en vertu d'une loi organique, qui
a pour résultat que « la voyelle s'allonge d'elle-même. » Organique est, en effet, une rai-
son : mais il n'y a rien à repondre à organique.
d'histoire et de littérature. 211
au chap. XXI. De là aussi les doublets ont pris leur vol. Une observation de
l'auteur sur les formations verbales par apocope {accord de accorder, aide de
aider) est, au contraire, postérieure au Manuel, où elle a trouvé maintenant sa
place p. 170 '. Presque à tous les chapitres on rencontre une occasion de faire
des retours sur le développement de cette branche d'études. L'originalité du
livre est dans l'intime et utile mélange des données de la linguistique avec les
enseignements de la grammaire gréco-latin. Au moment où il parut, il dut son
succès à la linguistique, inconnue du plus grand nombre : aujourd'hui, c'est
plutôt la tradition de la grammaire classique qu'on y va chercher 2. Ainsi les
Notions élémentaires présentent un assemblage de connaissances qui les empêche
de vieillir. Comme un conseiller aimable et sage qu'on a toujours avantage et
plaisir à interroger, ce livre nous apprend quantité de choses que vainement on
demanderait à de gros volumes : également éloigné de l'engouement et des
exclusions systématiques, il fait aux découvertes nouvelles leur part sans renoncer
aux théories consacrées par l'expérience ; il va volontiers vers les patois pour
leur inspirer confiance en eux-mêmes et il parle des grands modèles avec la
sûreté que donne l'élévation naturelle de l'esprit jointe à une longue habitude.
M. B.
66. — De Argonautarum ad Colchos usqne expeditione fabulse historia
critica. Scripsit D' Julius Stender. Kilise, C. Weichmar. 1874. 68 p. — Prix :
2 fr. 75.
C'est une étude très-intéressante que celle du développement historique de la
fable des Argonautes. Ces monographies ont l'avantage de montrer avec la
clarté d'un exemple avec quelle infatigable variété, sur ce fond poétique et reli-
gieux des vieux âges, s'exerça la pensée grecque. Lorsqu'en outre, comme dans
le cas présent, la fable revêt la forme d'un récit historique, ce n'est qu'en la
soumettant à une attentive analyse qu'on peut arriver à dégager la part de réalité
qu'elle recouvre. Il y a bien quelque étrangeté en effet à accepter, ainsi que cela
arrive, ces récits comme l'expression de faits réels dont les circonstances seules
seraient fabuleuses. On se demande en vérité de quel droit l'historien, qui suit
jusqu'aux bords du Phase les aventureux navigateurs, les abandonne quand ils
vont en remonter le cours, pour s'engager dans le fleuve Océan. Seule, l'analyse
des récits qui nous sont parvenus peut permettre d'y distinguer les parties
anciennes et récentes, et nous aider ainsi à déterminer l'époque approximative
où la légende s'est localisée, suivant l'expression consacrée, sur les divers points
de son itinéraire définitif. Car c'est la légende elle-même qui voyage, du même
pas que les connaissances géographiques de la race dont l'imagination l'a créée
et la renouvelle sans cesse. Chaque âge s'ingénie à mettre l'antique et populaire
récit en accord avec la réalité qui se découvre à ses yeux. Celui-ci dans sa rédac-
1. Cette observation a donné naissance à un mémoire de M. E. qui est lui-même par-
venu aujourd'hui à sa seconde édition. Nous en avons inscrit le titre en tête de cet
article.
2. Une bonne addition à ce point de vue est la liste alphabétique des termes techniques
de la grammaire chez les Grecs et les Romains, p. 22$.
I
212 .'^flî.iT REVUE CRITIQUE
tion porte l'empreinte du travail graduel qui l'a arrangé et remanié tour à tour,
et qui, sans le fixer absolument, lui a donné sa forme définitive.
Ces idées, développées par Otfried MûUer et par Grote, sont celles qui inspirent
le travail de M. Stender. L'auteur connaît bien les textes anciens, et montre des
habitudes de discussion précise et rigoureuse. On regrette que dans ce travail
sérieux l'étude des monuments figurés ait été un peu trop laissée de côté. M. St.
aurait dû aussi ne pas négliger certains soins d'exposition, dont l'absence nuit à
la clarté de son livre. Le lecteur ne trouve ni titre de chapitre, ni index, pour
s'orienter dans un texte encombré de longues citations in extenso. Cette prodi-
galité de citations n'est pas partout nécessaire ; et souvent un simple renvoi eût
suffi'.
M. St. consacre une sorte d'introduction à la comparaison des principaux
catalogues Argonautiques (p. 6-13), et aux scoliastes d'Apollonius (p. 13-18).
On peut remarquer qu'il considère le catalogue du poème Orphique comme copié
d'Apollonius; ailleurs encore il relève d'autres indices semblables (p. 61), — on
n'en sera pas surpris, — dans cette compilation du iv* siècle, dont la prétendue
originalité, malgré le caractère antique de certains détails, n'est qu'une illusion
due au hasard qui nous a conservé cette épave au milieu de tant de pertes.
Quant aux importantes scholies d'Apollonius, il se range à l'opinion qui en fait
remonter pour la meilleure part la composition avant le 1" siècle de notre ère ;
nous ne voyons pas trop pourquoi il place en tète le commentateur Irénée (p. 1 2).
En général la valeur des sources est sainement appréciée, parfois même avec
une sorte de rigorisme. Il vint un moment, dit M. St. (p. 50), où, pour la fable
qui nous occupe, à une période de simples changements succéda une période
d'altérations. Ce fut à partir de Denys de Mitylène ; dans le récit duquel on voit,
à travers Diodore, l'envahissement manifeste des idées evhémériques. Les docu-
ments de cette période n'ont, dit-il, qu'une autorité inférieure. — S'il convient en
efîet d'user avec eux de plus de circonspection, il ne faut pas pourtant les condamner
sur la date. Dans sa préoccupation de tout simplifier, Diodore tombe sans doute
en d'étranges confusions. Mais il n'en est pas moins vrai que son éclectisme, si
arbitraire qu'on le suppose, nous a conservé des parties véritablement anciennes,
que nous ne connaîtrions pas sans lui. Quand par exemple il nous fait voir que
les Argonautes touchèrent d'abord en Tauride, M. St. se garde avec raison de
rejeter son témoignage.
La vieille légende alla se transformant, comme l'hellénisme, et fut de plus en
plus défigurée par les variantes de circonstance et les additions intéressées aux^
quelles sa popularité même la condamnait à donner asile. Les inventions nou-
velles d'un culte en défaillance cherchaient, en se rattachant à elle, à se donner
une consécration. Le christianisme lui-même ne mit pas fin à cette végétation
parasite enlacée autour du tronc primitif M. St. cite un texte de Jean d'Antioche
(^Fragm. hist. gr. t. IV, p. 548), où l'on voit en pleine Argonautique intervenir
la Vierge Marie et l'archange Michel. Telle fut la carrière d'une fable qui, dans
I. A condition d'être exact; à la page 43 (nouvelle fondation de Trachis), c'est Thu-
cydide IV, 93, et non III; — p, 8, loçoXf);?
d'histoire et de littérature. 21 î
ses linéaments principaux, hantait déjà l'esprit du chantre des poèmes homé-
riques.
Relevons maintenant quelques-unes des conclusions de détail auxquelles s'est
arrêté M. St.
Il y a une sorte de contradiction entre l'Iliade et l'Odyssée. Dans l'Iliade (VII,
vers 467-69), le fils de Jason et d'Hypsipyle règne à Lemnos; indication qui
s'accorde avec la direction Nord-Est adoptée par la légende. Dans l'Odyssée,
l'île d'Ma, les écueils mobiles appelés lïkayv.xcà se trouvent incontestablement,
quoi qu'on ait pu dire, dans les mers occidentales. M. St. refuse néanmoins de
croire avec Otf. MùUer qu'il ait existé une divergence dans la tradition primitive.
Les vers 3-4 du XI T chant, à les interpréter à la lettre, sont en désaccord avec
la donnée homérique :
VY;a6v t' Atafr^v, 56i t' 'HoOç -^piYeveiYjç
oixia xai /opoi eiai y.cù àvToXal 'HeXi'oio.
Plus loin (vers 66 sq.), le vers 'Ap^tî) ^cact né>.ouaa, etc. n'offre, dit-il, un sens
satisfaisant que si l'on entend tous les héros qui montaient le navire. Ce passage et
le précédent seraient donc un emprunt à quelque chant Argonautique antérieur
(p. 18-20). Cette hypothèse devient pour l'auteur le point de départ d'une resti-
tution très-hasardée de la fable antéhomérique. -i-rairif^
L'application de la fabuleuse Ma à la Colchide est un trait qui n'apparaît fixé
qu'à l'époque d'Hécatée de Milet, c'est-à-dire après la colonisation milésienne.
Il ne se trouve pas dans Mimnerme. Nous doutons que les fragments d'Eumèle,
où se trouve le nom de Colchide, remontent aussi haut que 7 50 (p. 23. Cf. p. 63):
Grote les place entre 500 et 600 avant J.-C. Quoi qu'il en soit, M. St. admet,
comme 0. MùWer {Orchomenos , ch. 12, p. 275. 2® éd.), l'existence antique,
nous dirions antérieure, de la tradition qui porte le navire Argo sur les côtes de
la Chersonnèse Taurique. Il établit en outre que de tout temps, fort tard même,
le nom de Scythie resta trop vague, pour qu'on puisse y voir une troisième
variante du terme de l'expédition (p. 26). La Colchide elle-même a longtemps
des contours fort indécis.
Dans ses étapes le long de la Propontide, la fable Argonautique, en s'associant
à celle d'Hercule, s'enrichit de nombreux épisodes. Le mariage des deux légendes,
l'admission d'Hercule parmi les Argonautes, dut être, d'après M. St. (p. 48),
l'œuvre de Pindare. Cette union ne pouvait manquer de s'accomplir entre deux
fables depuis longtemps fixées l'une et l'autre sur la même côte. L'influence
d'Héraclée du Pont, une des plus récentes colonies grecques, influence d'ailleurs
très-réelle et très-manifeste en d'autres parties de la légende, doit être ici écartée.
Car d'un côté, des récits tels que ceux qui couraient à Cius sur Hercule et Hylas,
l'enfant disparu et appelé par des cris à de certains jours, marquent une combi-
naison déjà fort ancienne d'un culte grec avec un culte asiatique. Et d'autre part
on ne saurait admettre que la fable des Argonautes soit postérieure sur ces
rivages au premier établissement Thessalien à Cyzique, c'est-à-dire environ aux
temps de la 7""' Olympiade.
Je ne sais pourquoi M. St. récuse le témoignage du scholiaste d'Apollonius sur
iI4 REVUE CRITIQUE
Pexistence, dans le Bosphore de Thrace, d'une baie et d'un heroon attribué à
Amycos (p. 5 5 sq.). Le '/,6Xtoç "Apxoç de Denys de Byzance ', le portas Amyci
de Pline, où, surmontant le tumulus du chef barbare, croît le laurier qui fait
naître des disputes 2, répond au lieu désigné sous le nom de AasvY^ |j,atvo[ji,£VY)
par Arrien et Etienne de Byzance?. Le texte même de Jean d'Antioche, dont
nous avons parlé plus haut (cf. le Périple anonyme, c. 90), offre la trace d'une
tradition qui rattachait à la même fable le nom de Sosthenes ou Sosthenion, situé
en face sur la côte d'Europe. Ces témoignages ne remontent pas il est vrai à une
très-haute antiquité; mais ils sont assez nombreux, et, dans leur variété, assez
concordants , pour qu'il n'y ait pas lieu de tirer un argument du silence de Stra-
bon, et du prétendu silence d'Etienne de Byzance.
Quand les Argonautes ont franchi , avec l'aide de Phinée, les redoutables
Symplégades, — vieux mythe phénicien déjà associé par Hésiode au récit grec,
— l'itinéraire se divise (variantes du site de Salmydessus). Sur les côtes méridio-
nales de l'Euxin, les récits véritablement antiques tarissent. Apollonius ne trouve
plus que les inventions patriotiques propagées par les mythographes d'Héraclée.
Il a recours alors aux ouvrages géographiques (p. 65), et écrit une sorte de
périple en vers. Seul, l'épisode de l'île Aria ou Aretias a un caractère ancien.
Aria, qu'Apollonius place à l'Est du Thermodon, sera au contraire dans Hygin
voisine des Symplégades. La géographie mythique nous habitue à ces surprises.
Ces tâtonnements trahissent l'embarras de la légende , qui dans cette mer sans
îles ne trouve pour se fixer que d'insignifiants écueils {Aretias dans Arrien, Area
dans P. Mêla, Ada aujourd'hui, d'après Hamilton, Researches I, p. 261).
M. St. termine son étude à l'arrivée du navire Argo en Colchide. Le soin
consciencieux qu'atteste son travail nous fait désirer qu'il en donne la suite.
P. Vidal-Lablache.
67, — Zur Geschichte des grossen Landfriedensbundes deutscher Stsedte.
1254. Von Arnold Busson. Innsbruck, Wagner'scheUniversitaets-Buchhandlung. 1874.
In-8', 94 p. — Prix: 2 fr. $0.
Le présent travail est un des nombreux écrits publiés à l'occasion du cinquan-
tième anniversaire de la carrière professorale de M. George Waitz, l'illustre
historien de Gœttingue. M. Busson, professeur à l'Université d'Innsbruck, que
nous avons déjà eu l'occasion de mentionner à nos lecteurs 4, s'est occupé dans
ces pages de l'origine et du développement de la confédération des villes libres
de l'Empire, à cette époque, si néfaste pour l'Allemagne, qui suivit la chute des
Hohenstaufen et qu'on désigne d'ordinaire sous le nom du Grand Interrègne. Plus
d'une fois dans le cours des siècles, surtout vers la fin du moyen-âge, les villes
libres de l'Allemagne ont essayé de se protéger, les armes à la main, contre les
agresseurs princiers, qui voyaient en elles de faciles victimes, ou de forcer leurs
1. Anapl. Bosp. Thrac, dans les Fragm, hist. gr., t. V, p. 188.
2. Pline, V, 43 — XVI, 89.
3. Périple, c. 37 — Et. de Byz. (s. v. Aàfvri).
4. Revue critique, 31 juillet 1869.
d'histoire et de littérature. 215
voisins à leur garantir la paix et la sécurité indispensables à la prospérité de
leur commerce. C'est l'une de ces tentatives que nous retrace le présent opus-
cule. Elle n'a point eu plus d'importance que beaucoup de faits semblables, mais
par une fortune singulière, elle a trouvé des historiens, qui, dans les meilleures
intentions du monde, ont fait de cet essai de coalition des villes du Rhin et de la
Westphalie l'un des événements les plus importants de l'histoire d'Allemagne au
moyen-âge, et ont désigné l'obscur citoyen de Mayence qui fut l'un des signa-
taires de la pièce diplomatique par laquelle les villes se promettaient aide et
secours, comme « l'un des sauveurs de son .pays et l'un des bienfaiteurs de
» l'humanité '. » a'« kip ?x>l\bhbn;m pb'MMimdini't'j^ ihuu
M. B. a ramené cet enthousiasme chimérique dans de justes limites. Uti-
lisant dans la mesure du possible des documents trop peu nombreux*, il nous
fait assister aux premières négociations entre Mayence et Worms, en février 1254,
d'où devait sortir la confédération nouvelle. Ces négociations aboutirent à une
trêve ou paix publique {Landfrieden) jurée pour dix ans par un grand nombre
de villes rhénanes, à Mayence, le 1 3 juillet de la même année. Ni le nom de
ces villes, dans leur ensemble, ni celui des princes ecclésiastiques et laïques qui
adhérèrent à la confédération ne sont établis d'une façon tout à fait certaine, les
documents dont on s'était toujours servi jusqu'ici pour en dresser la liste, étant
déclarés inauthentiques par M. B. On y peut faire figurer cependant, hors de
toute contestation, les archevêques de Mayence et de Cologne, les évêques de
Worms et de Bâle, les villes de Spire, Strasbourg et Francfort, pour ne nommer
que les états les plus puissants. Un instant la ligue fut prospère, et grâce à la
confirmation qu'elle obtint de ses statuts par le roi d'Allemagne, Guillaume de
Hollande, elle sembla devoir étendre la sphère de son influence des Alpes à la
mer du Nord. Mais à la mort de Guillaume, assommé dans leurs marais par les
paysans frisons, cette prospérité apparente se dissipa du coup. Entraînés les uns
dans le parti d'Alphonse de Castille, les autres dans celui de Richard de Cor-
nouailles, les aUiés se brouillèrent bientôt et se séparèrent, laissant leur programme
pacifique sans exécution. Avant même que les circonstances politiques eussent
entravé leurs projets, on avait pu constater combien peu leurs forces étaient
suffisantes et organisées pour la lutte. Il n'existait aucun centre de gouver-
nement ou d'action ; trop peu d'intérêts communs rattachaient les villes de la
Westphalie à celles de l'Alsace, par exemple, et trop de raisons poussaient les
plus importantes parmi les cités libres impériales à se jalouser mutuellement,
pour que l'union entre elles pût résister à la moindre épreuve sérieuse. C'est ce
que M. B. a montré d'une façon convaincante et l'on doit le louer d'avoir
ramené à de justes proportions ce mouvement de 1254, qui, parti des villes,
aurait eu besoin de l'appui loyal des princes pour réussir, et que l'hostilité latente
des seigneurs ecclésiastiques et laïques paralysa dès le début, en attendant que
1. Schdiib, Gcschichte des grossen rhdnischen Stadtebundes. Mainz, 1843-1845. 2 vol.
in-go.
2. Le traité principal entre les différentes villes, la forma pacis de 1254, n'a pu être
retrouvé dans les archives rhénanes et semble définitivement perdi}.
2l6 .'TtTTi vftEVUE CRITIQyiînT'!i'''M
des circonstances majeures vinssent dissoudre la ligue, à peine conclue. Seule-
ment il aurait pu insister davantage sur un point, qu'il n'a fait que toucher en
passant, c'est que les villes n'avaient point encore alors la force matérielle né-
cessaire au rôle qu'elles prétendaient jouer; ce n'est que de l'invention, de
l'usage de l'artillerie, que date la puissance des villes libres d'Allemagne. Quand
chacune d'elles eut sa fonderie de canons, les petits dynastes commencèrent à
avoir peur d'elles et les princes recherchèrent leur alliance. Mais il s'en fallait
d'un siècle que ce moment de splendeur fût venu pour elles. Il ne faudrait donc
point accuser trop exclusivenient leur incapacité politique, mais tenir compte
aussi des impossibilités matérielles qui s'opposaient à ce que les villes exerçassent
une influence aussi considérable qu'elles l'auraient voulu. La plus habile politique
n'aurait pu changer non plus la situation géographique des différents alliés, qui
rendait, elle aussi, l'entente et la coopération presque toujours impossibles.
Quelques fautes d'impression sont restées dans le texte et les notes, à cause
de la rapidité sans doute avec laquelle l'auteur a dû terminer son intéressant tra-
vail, pour pouvoir le présenter au maître respecté auquel il en offrait la dédicace.
'■■ ^ .,^.,i.rti. ,:i. Rod. ReUSS.
VARIÉTÉS. <.>
., Les chants bulgares du Rhodope. ' '^
Nous avons, dans la Revue politique du 22 novembre 187?, analysé le rapport
de M. Dozon sur les chants bulgares du Rhodope recueillis par M. Verkovitch.
Tout en rendant justice au consciencieux travail de M. Dozon nous avons ex-
primé sur la valeur mythique et sur l'authenticité absolue de ces chants des
doutes sérieux. Nous nous proposions d'étudier à fond ces poèmes dès qu'ils
seraient intégralement publiés; des raisons toutes personnelles nous ont empêché
jusqu'ici d'aborder cette étude. Toutefois nous n'avons cessé de faire nos réserves
sur la valeur de ces poèmes et ces réserves nous les avons indiquées à différentes
reprises, notamment au congrès des archéologues slaves tenu à Kiev l'été der-
nier et tout récemment encore dans la Revue critique. Jusqu'à nouvel ordre nous
n'entendons point prendre part aux polémiques entamées sur ce sujet délicat.
Nous nous contentons de provoquer une enquête vraiment scientifique et nous
sommes certain qu'elle tournera au profit de la vérité. Jusqu'ici aucun travail
sérieux n'avait été écrit dans les pays slaves sur le volume que MM. Schafarik
(neveu) et Verkovitch ont récemment publié à Belgrade sous ce titre emphatique,
Le Véda slave, chants populaires bulgares de l époque anîéhisîorique et antéchrétienne.
Il semblait que par une sorte de pudeur ou de patriotisme malentendu personne
n'osât directement aborder la question. Ce silence vient d'être enfin rompu par
un savant de premier ordre, M. Joseph Jiretchek. M. Jiretchek est l'un des maîtres
de la science slave, qui lui doit de nombreux travaux; son témoignage est d'autant
moins suspect qu'il est, par une alliance de famille, parent assez proche de
M. Jean Schafarik, l'enthousiaste éditeur des chants bulgares.
d'histoirb et de littérature. 217
Dans un travail en langue tchèque lu récemment à la section de philosophie,
histoire et philologie de la Société royale des sciences de Prague", M, Jiretchek
étudie un certain nombre de mystifications littéraires qui se sont produites
récemment chez les Slaves méridionaux et montre dans quelles circonstances et
sous quelles formes elles se sont produites. Il aborde ensuite la question des
chants bulgares du Rhodope et s'exprime en ces termes.
a Le Serbe Etienne Verkovitch voyage depuis plusieurs années dans les
» régions de la presqu'île du Balkan, recueille des antiquités et en fait commerce.
» Ainsi qu'il le raconte lui-même, il fut « ennuyé » de voir que les Slaves
» n'avaient point d'anciens documents et il lui vint l'idée que dans les recoins
» éloignés et inconnus de la Bulgarie il pourrait trouver des documents de ce
» genre dans les chants populaires. Il s'adressa à ses amis et connaissances en
» les priant de rechercher des chants concernant Alexandre le Grand, Orphée,
» etc Pendant longtemps ses recherches restèrent sans résultat; à la fin
» pourtant une personne complaisante se trouva pour contenter son désir. En
» 1866 on lui envoya du Rhodope un poème sur Alexandre. Puis vinrent
» d'autres poèmes de très-ancienne origine.
» A l'exposition ethnographique de Moscou, M. Verkovitch put présenter un
» chant sur Orphée, où sont relatés la jeunesse du merveilleux musicien et plus
» longuement son mariage avec la fille d'un roi d'Arabie. Le président de l'ex-
» position M. Dachkov fit imprimer ce poème avec une traduction russe. Peu
» de temps après M. Dozon donna un compte-rendu des nouvelles découvertes.
» Récemment M. Verkovitch lui-même a publié la première partie de sa collec-
» tion sous ce titre : Le Véda slave. Ce volume contient quinze poèmes : cinq
» variantes d'un chant sur l'établissement d'un peuple dans le bassin du Danube,
» un poème sur le mariage du Soleil avec la vierge Vlkana, quatre poèmes sur
» le roi Talatin et cinq poèmes sur Orphée.
-; » Dès le premier coup-d'œil ces poèmes éveillent l'étonnement : tous les
» chants épiques bulgares, comme les chants serbes ont un mètre régulier,
» composé d'un nombre précis de syllabes; les chants du Rhodope n'ont ni
» rythme ni mètre ; des vers de six syllabes alternent avec des vers de vingt
» syllabes I C'est de la prose pure et simple ?
■ » Le sujet des chants est encore plus bizarre. Peut-on supposer que la race
» slave si isolée qu'elle fût du reste du monde, ait gardé des souvenirs si nets de
» sa première émigration? Peut-on supposer que des chanteurs même dans les
» gorges du Rhodope aient gardé le nom du Dieu Vichnou, du Dieu Ogne
» (Agni)? Peut-on supposer que du nom de la fête Koleda personne sauf un
» mythologue de cabinet, ait jamais fait un Dieu Koleda ? Tout cela se trouve
» dans le recueil de Verkovitch.
» Nous ne saurions nier que l'inspiration de ces chants ne soit assez poétique.
» Si leur auteur ne les avait pas envoyés à Verkovitch, comme des chants anciens,
» mais simplement comme son œuvre, il aurait enrichi la littérature nationale ;
I. Séance du 20 décembre 1874..
■ii,.::!-i:mj'.Ui^:-i
31 s REVUE CRITIQUE
» tels qu'ils nous sont présentés ils portent au front le stigmate de l'imposture K »
Telle est, traduite littéralement, la note de M. Jiretchek: nous le remercions
d'avoir le premier parmi les Slaves hardiment dévoilé une mystification que des
esprits clairvoyants avaient depuis longtemps soupçonnée. Nous espérons qu'il
ne s'en tiendra pas là et qu'il nous donnera une étude complète sur la question.
Principiis obsta!
:')i voblTsV,' Louis LEGER.
Geographisches Jabrbach. V Band, 1874. Herausgegeben y, E. Behm. Gotha,
' Justus Perthes, 1874. In-12, 503 p, — Prix : 10 fr, 7<. ., ^ • .J-
L^année géographique par M. Vivien de Saint-Martin. T. XII {treizième année.
1874). Paris, Hachette. 1875. In- 12, xi)-429 p. — Prix : 3 fr. 50.
s L'annuaire géographique de M. Behm paraît tous les deux ans, depuis 1866.
Le but de cette publication nouvelle de la célèbre maison de Gotha était de
compléter les recueils géographiques, d'une part en réunissant tous les matériaux
de statistique, de géodésie, de détermination d'altitude, etc. qui modifient in-
cessamment les données numériques de la géographie; d'autre part en résumant,
dans des rapports demandés à des spécialistes, le progrès des différentes branches
4e la science géographique. Après la publication de trois volumes, l'abondance
des matériaux força l'éditeur à scinder l'annuaire. La partie statistique constitue,
dès 1872, un recueil annuel qui forme un supplément aux Mittheilungen sous ce
titre « la population de la Terre » (die Bevolkerung der Erdé). Désormais, les
rapports occupent seuls l'annuaire et cette modification, leur laissant plus d'espace,
leur donne plus d'importance.
«., Le tome V, récemment paru, contient les travaux suivants : J. Hann : Sur les
progrès de la météorologie; •— Grisebach : Sur les progrès de la géographie
botanique ; — Schmarda : Sur les progrès de notre connaissance de la distribu-
tion géographique des animaux ; — Bruhns : sur les récents progrès de la géo-
désie européenne ; — Nessmann : Sur les progrès de la statistique de la popu-
lation ; — Behm : Les voyages géographiques les plus importants des années
1872 et 1873 ; — Koner : L'Expédition allemande pour l'exploration de l'Afrique
équatoriale; — Behm : Sociétés et revues géographiques; — Fr. Muller : Le
but et la méthode en ethnographie et en anthropologie; — Seligmann : Sur les
progrès de l'ethnologie; — Neumann : Aperçus sur la production, le commerce
universel et les moyens de communication.
On voit par ce sommaire que l'annuaire de M. Behm est de nature à intéresser
les physiciens, les naturalistes et les économistes aussi bien que les géographes.
Les rapports sont dus aux hommes les plus compétents dans chaque branche ;
nous avons donc peu de chose à en dire. — Le rapport de M. Frédéric Muller
ne se compose que de quelques pages : une ophthalmie , nous dit l'éditeur , a
empêché le savant professeur de Vienne d'apporter son tribut habituel. Il se
1. La note de M. Jiretchek forme une plaquette de huit pages extraite des bulletins de
la Société royale et qui n est pas dans le commerce.
d'histoire et de littérature. 219
borne à rappeler la distinction entre l'ethnographie et l'anthropologie qu'il avait
déjà établie dans de précédents écrits ; mais tant de confusion obscurcit encore
les idées de maint savant à cet égard qu'il n'est pas inutile de revenir sur ce
sujet. — On pouvait s'attendre à voir M. Seligmann passer en revue, dans son
« rapport sur les progrès de l'ethnologie » les travaux d'ethnologie et d'anthro-
pologie historique que ces dernières années ont vus éclore. Il n'en est rien, et il
se borne à peu près à exposer les idées des récents ouvrages de Darwin et la
controverse Darwinienne. — M. Nessmann, dans son rapport sur les progrès de
la statistique, adresse à notre administration des reproches qui nous semblent
mérités. Il s'agit de notre dernier recensement à l'exécution duquel on a consacré
plusieurs semaines : une opération de ce genre, pour avoir sa pleine valeur
scientifique, doit être instantanée : d'autres pays, comme l'Angleterre, l'Allemagne,
la Suisse, en ayant recours à d'autres procédés, l'exécutent en un jour : pour
cela il n'est pas nécessaire d'aller jusqu'aux mesures que l'excès de zèle statis-
tique a inspirées au gouvernement de Venezuela dans le recensement de Caracas
en 1873. Un coup de canon, raconte M. Nessmann, servit de signal au commen-
cement de l'opération du recensement : à ce signal, les habitants devaient
rentrer chez eux et ne plus en sortir jusqu'à la fin de l'opération. Le recense-
ment dura trois jours! Les habitants ennuyés d'être consignés tout ce temps, il y
eut des troubles dans la ville.
Le seul reproche qu'on puisse adresser au recueil de M, Behm est de ne pas
être complet. On voudrait y voir tout d'abord un rapport sur les travaux de
géographie historique, et l'on regrette d'autant plus cette lacune que dans les
deux précédents annuaires cette branche de la science était représentée par des
articles de feu Spôrer. — La géographie des langues est depuis quelques années
l'objet d'intéressantes monographies dans tous les pays de l'Europe, et elle
constitue une contribution importante à l'étude de l'ethnographie. Un rapport
de M. Richard Bœckh ou de M. Kiepert sur cette matière serait le bienvenu.
— Les recherches d'archéologie préhistorique qui prennent un si grand déve-
loppement mériteraient peut-être aussi de figurer dans le cadre de cet annuaire.
— Si nous signalons ces lacunes, ce n'est pas pour diminuer le mérite du recueil
de M. Behm; c'est pour lui demander de rendre aux sciences géographiques
plus de services qu'il ne leur en rend déjà.
L^arinaaire de M. Behm s'adresse au public savant : celui dé M. Vivien de
Saint-Martin s'adresse au grand public. Dans un pays comme le nôtre où les
recueils géographiques sont encore rares, où, notamment, les travaux étrangers
sont peu ou point connus, les années géographiques rendent un véritable service.
Elles permettent de suivre le mouvement général de la science géographique
et l'histoire des explorations, et en même temps elles forment un répertoire
bibliographique à l'aide duquel on peut se renseigner sur telle ou telle question.
Nous n'avons rien à changer aux éloges que nous avons déjà donnés à cette
publication (Revue critique, 1874, t. I, p. 237), et nous nous bornerons à quel-
ques remarques de détail. — Dans le récit du voyage de MM. de Compiègne et
220 REVUE CRITIQUE
Marche à l'Ôgovaï, M. Vivien désigne (après ces voyageurs) une tribu riveraine
de l'Ogovaï du nom de Gallois. Notre langue n'a connu jusqu'ici ce nom de
Gallois que pour désigner les habitants de la principauté de Galles, qui se
nomment eux-mêmes Cymry et que les Anglais appellent Welsh. Il nous semble
qu'il faudrait leur réserver ce nom, et que, pour ne pas créer fût-ce une
ombre de confusion, il conviendrait d'appeler ce peuple africain de son nom
phonétique Galloa : c'est du reste la forme de ce nom qu'emploient les géo-
graphes allemands. — M. Vivien de S*-M. analyse le projet de mer saharienne
présenté par M. Roudaire et les objections faites à ce projet. Il eut été conve-
nable, pensons-nous, de rappeler que l'idée d'amener les eaux de la Méditerranée
dans les chotts, en perçant l'isthme de Gabès, avait déjà été émise quelques
années auparavant par un géographe français, M. Georges Lavigne {Le percement
de Gabès, dans la Revue moderne du 25 novembre 1869). Ce souvenir ne diminue
pas le mérite du capitaine Roudaire qui par ses travaux sur le terrain, ses
nivellements, et son ardente prédication a fait entrer cette grande question dans
la discussion pratique ; mais il convient de restituer à chacun sa part d'honneur.
H. Gaidoz.
CORRESPONDANCE.
Sur un article déjà assez ancien, puisqu'il a paru dans le n* du 15 août 1874, on nous
envoie d'Allemagne une lettre que nous insérons volontiers, quoiqu'elle ne fasse guère que
confirmer la critique publiée dans la Revue. Il s'agit du Lexicon etymologicum latino etc.
-sanscritum comparativum de M. Zehetmayr. Au fond, l'auteur de cette lettre est d'ac-
cord avec nous : la différence est dans la sympathie particulière qu'il paraît éprouver pour
M. Z., sympathie dont nous ne songeons d'ailleurs pas à contester la légitimité. Quelques
annotations au bas des pages suffiront pour répondre aux observations de notre corres-
pondant. Ajoutons seulement, pour prévenir tout malentendu, que les initiales G. de G.
qui terminaient cet article, désignent la Conférence de Grammaire à l'École pratique des
Hautes-Études, où l'ouvrage de M. Z. avait été analysé.
M. B.
Remarques supplémentaires sur le Dictionnaire étymologique latin, etc. -sanscrit de
Zehetmayr ' .
Après avoir parcouru le « Lexicon etymologicum latino, etc. -sanscritum com-
» parativum » de M. Seb. Zehetmayr avec un intérêt tout particulier, je prie
qu'on veuille bien me permettre de présenter quelques observations sur l'article
que la Revue critique a consacré à cet ouvrage.
Le critique, M. C. de G., dit d'abord que le titre a quelque chose d'énigma-
tique, et que la lecture de l'ouvrage ne dissipe pas entièrement l'incertitude oh
il laisse sur les intentions de l'auteur. Néanmoins, le critique semble avoir deviné
(p. 98) ou entrevu l'intention de l'auteur, en disant relativement à l'idée de
« pousser » commune à plusieurs mots de diverses racines, que « cet article ne
» laisse pas que d'avoir son utilité pour l'étude du sens : qu'on y voit comment
I. Voir n» 33, \\ août 1874. S^ —.: ^: -^i-^ - ■ ...
D*H1ST0IRK ET DE LITTÉRATURE. 22 r
» différentes langues emploient des verbes signifiant « pousser * pour marquer
» la floraison des bourgeons. » Voilà précisément ce que M. Z,, en contraste
avec les philologues, semble avoir eu en vue presque par tout son livre. Faire
voir que le même sens se retrouve dans nombre de mots de langues différentes,
c'est avancer et favoriser infiniment les recherches étymologiques. Ce qui se
trouve à l'état rare et dispersé dans d'autres ouvrages est un caractère essentiel
chez M. Z. : c'est outre l'étymologie la substance de son livre. La brièveté peu
commune et, il faut bien l'avouer, presque énigmatique de ses explications fait
aisément perdre de vue le service éminent que M. Z. a rendu à la linguistique.
Entrons dans quelques détails. Le critique trouve que l'adjectif mansuetus n'est
pas mentionné. Mais il aurait trouvé l'éclaircissement désiré sous le mot con-
suesco ', p. 6i. — Quant au mot « mando, » d'où dérive « Mandarin, » M. C.
de G. traite cette étymologie comme douteuse pour ce nom de fonctionnaire
chinois, et dit que « ce n'est peut-être pas assez pour nous renseigner sur le verbe
» latin en question.» Il est vrai que M.Z. aurait bien fait d'expliquer v Mandarin»
comme importé par les Portugais, mais, sans doute, dérivant de « mandare^. ».
— Relativement à « adfero » = ags. odhbëran on a repris l'explication de M.Z.
Comme « Lexicon comparativum , » l'ouvrage de M. Zehetmayr ne fait que
mettre en parallèle ad- avec odh, et fero avec b'éran. — A propos du mot
« Tiberis, » le critique semble reprendre le peu de clarté qui se trouve dans tout
l'article. Mais M. C. de G. semble ne pas avoir remarqué que c'est principale-
ment de l'analogie qu'il s'agit dans cet article : il aurait dû faire attention aux
mots : « De sensu fere eodem confer. » « Tiberis » veut dire « Vils, » en allemand
« Felsbach » (en français à peu près : torrent qui se précipite sur des rochers).
Sans doute, l'auteur a voulu constater par plusieurs exemples que « Fels »
(falaise) signifie la hauteur, et que cette signification provient de ce que (.(Fel»-s
et (f Fel » -d (en français champ) se retrouve en « pel » -1ère, verbe dont le sens
peut aussi être celui de «pousser en haut. » — « Proîrudere gemmas » a été traité
comme article à part à cause de l'analogie qui existe entre plusieurs mots, con-
formément au titre de l'ouvrage. — A propos du génitif « quorum » M. Z.
semble avoir composé tout un article, parce qu'il a voulu faire un « Lexi-
» con comparativum » au lieu d'un simple lexique où l'on ne cherche que le
nominatif. Sans doute, il est pour la linguistique d'une grande importance d'ex-
pliquer la formation originaire des cas. Voilà pourquoi aussi cujus, ejus
forment un article séparé 5. — De même, as^ assis dérivant de astis implique une
1. C'est précisément ce qu'il est difficile de deviner. Pourquoi l'auteum'a-t-il pas pris
le verbe simple suesco? L'article en question se réduit d'ailleurs à ces mots : Consuesco
j.Ex « su » -i, « si î -bi...,; v. suus = swa. Un verbe tiré d'un adjectif possessif
méritait plus d'explications.
2. Nous continuons à penser qu'une explication sur l'origine de mandare aurait été plus
à sa place dans un dictionnaire latin (fût-il comparatif) que ces simples mots : mando i .
Hinc der Mandarin , cujus est mandare. L'étymologie portugaise nous paraît suspecte,
parce qu'il n'est pas ordinaire de voir des mots en ino tirés d'infinitifs.
3. Ces articles prouvent que nous avions raison de dire que l'auteur n'a pas vu claire-
ment ce qu'il voulait faire. Déplacés dans un dictionnaire étymologique, ils ne sont d'au-
222 . ««*^f^ ■ REVUE CRITIQUE J^««*^
faute selon le critique. Fick, p. 510, place également assis sous astis, et cite
l'accusatif du mot borussien asti-n = rem, Nesselmann, dans son thésaurus
linguae Prussicas, traduit cet asti-n par « Handlung, r» action, proprement l'être,
par conséquent une analogie de ces mots. On pourrait, de même, dire uEdles;»
car as-ti, parent de èa-xt, esse, s'accorde avec h-^héq « edel. » Si M. C. de G.
dit à propos du mot as que l'importance accordée aux mots sanscrits est exces-
sive, et que parfois ils sont cités hors de propos, il aurait dû remarquer que
c'est précisément le titre « latino etc. -sanscritum » qui fait espérer ces citations.
Il fallait constater mot pour mot le caractère homogène des langues latines avec
le sanscrit, et l'auteur avait devant ses yeux un public qui se compose, non
d'experts, mais de lecteurs qui jusqu'ici n'avaient aucun pressentiment d'une
parenté aussi profonde. C'est pourquoi M. Z. a eu aussi égard aux terminaisons
ou suffixes qui se rencontrent dans le sanscrit ' . — Quant au mot « bonus, »
ancien duonus, M. Z. ne le rapporte pas en premier lieu à « dvi; » au contraire,
il rapproche duonus et bonus du mot sanscrit duvas (Petersburger Wœrterbuch,
III, 697). Bene dérive de dvene, comme bellum de duellum, comme bis de dvis,
aussi Curtius dit-il dans ses « Grundzûgen, » p. 425 : bonus tire son origine de
duonus, comme bis de duis. Le suffixe -nus en bonus est sans contredit le même
que dans dig-nus=<.( montré, » comme traduit Bopp dans sa «Vergl. Gramm.»
§ 83^ ; c'est donc le partie, de die-, semblable à mag-nus, proprement = crû,
comme Bopp le traduit dans le livre cité. Dans le § 946 Bopp revient à ce
suffixe 2.
Restent encore, pour passer sous silence quelques malentendus d'une moindre
importance, les mots virbius, faustus, tulipa. Virbius se trouve où il faut le cher-
cher, à savoir sous vireo, p. 301. — Faustus est correctement dérivé defavos-
pour favos-tus, p. 91. Bhawat, dans l'appendice, n'y appartient qu'à moitié avec
son « bhawi. n- — Le critique s'étonne de trouver « tulipa » dans ce dictionnaire
latin. Mais l'ouvrage de M. Z. embrasse, vu son caractère comparatif, plusieurs
langues qui appartiennent à la famille indo-européenne. Comment faire avec
d'autres mots d'origine celtique, tels que alauda, cerevisia, reda....? « Tulipa, »
du reste, sert très-bien à faire des comparaisons intéressantes à cause du chan-
gement des lettres liquides.
cun usage dans un dictionnaire comparatif. La vraie place de ces explications est dans
une grammaire.
1. Ici le défenseur obligeant de M. Z. ne se place pas sur un bon terrain. La démon-
stration de la parenté du sanscrit avec les langues de l'Europe a été faite d'une manière
qui ne laisse rien à désirer, et qui dispense d'y revenir. Le livre de M. Z. peut avoir,
comme nous l'avons dit, un certain intérêt pour les spécialistes, parce qu'au milieu d'un
amas confus de notes il renferme çà et là quod tollere velks. N'allons pas plus loin : M. Z.
a trouvé des critiques moins bienveillants.
2. Toutes ces étymologies, que notre correspondant regarde comme démontrées, sont
plus que douteuses. Il n'a pas l'air de se douter des difficultés qu'il soulève à toutes les
lignes.
3 . A la page 9 1 , l'auteur dit, faustus ex favostus = skr. bhuwatwant. Il fallait s'ar-
rêter sur favostus : bhuwadwant (c'est au moins ainsi qu'il faudrait écrire) diffère par la
racine et par le suffixe.
- '" " I>*H1ST01RE ET DE LITTÉRATURE. 22?
£»0n ne saurait nier que M. Z., par une méthode d'arrangement plus claire,
n'eût évité nombre de méprises; et le critique aurait été, sans doute, mis en
état de mieux reconnaître la grande utilité de ce livre. Il faut inférer cela par la
manière loyale dont M. C. de G. a rendu justice au mérite de M. Z., toutes les
fois que ses expositions ne laissent aucun doute. Néanmoins l'auteur de cette
lettre n'a pu s'empêcher d'apporter, par suite d'une étude toute particulière de
l'ouvrage en question, les éclaircissements nécessaires sur différents malentendus,
et de rendre, par là, et principalement en faisant ressortir la grande valeur
d'une analogie suivie qui a trouvé la place méritée dans ce livre, justice aux
services que son compatriote a rendus à la linguistique ' , ri'jciîugîi iiâMot^
Th. N.
SOCIÉTÉS SAVANTES. ,;
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. '^
j,(. Séance du 24 mars 1875.
Une lettre de M. Alb. Dumont donne des détails sur les collations de mss,
auxquelles travaillent sous sa direction MM. Léon Clédat, archiviste paléographe,
et l'abbé Duchesne. — De nouveaux estampages sont envoyés par M. de S*^
Marie.
L'académie, ayant à choisir un lecteur pour la séance trimestrielle de l'institut
qui aura lieu au mois d'avril, désigne M. Naudet.
M. Ch. Giraud termine la lecture de son mémoire sur les tribuni militum a
populo. — Continuant l'examen des inscriptions où l'on trouve ce titre, il étudie
celles qui proviennent de Pompéi, et qui sont toutes du temps d'Auguste. Il y
en a dix, soit la moitié d'entre toutes celles qui mentionnent ces officiers : mais
dans ce nombre on trouve à diverses reprises plusieurs inscriptions relatives à
un même personnage, en sorte que le nombre des tribuni militum a populo dont
elles nous donnent le nom est de cinq seulement. On peut expliquer ce nombre
encore relativement considérable sans supposer que la charge mentionnée dans
ces textes fût une charge municipale pompéienne. En effet la révolution qui fut
opérée par Auguste dans l'organisation militaire, et qui consista essentiellement
dans la substitution d'une armée permanente aux troupes levées pour chaque
campagne et licenciées après la victoire, dut entraîner la nécessité de n'employer
que des officiers nommés d'une manière permanente par l'empereur, et les tribuns
élus chaque année durent le plus souvent rester en disponibilité sans servir (ce
qui amena peu à peu la disparition du tribunat électif) ; leur titre fut purement
honorifique. Dans ces conditions il n'est pas étonnant qu'on trouve cinq officiers
de cette espèce réunis vers la même époque dans une ville de plaisir où affluaient
les étrangers. D'ailleurs ce qui prouve qu'il n'y avait pas à Pompéi de charge
municipale de tr. m. a p., c'est que, le tremblement de terre de 63 ayant surpris
I. Puisque notre correspondant se sert si bien de la langue française, recommandons-
lui pour finir, La Fontaine, Fables, VIII, 10.
224 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
la ville au milieu ou au lendemain d'une période d'agitation électorale, nous
avons les affiches des candidats et les autres documents relatifs à l'élection, qui
nous donnent la liste complète des charges électives de la cité, et que nous n'y
trouvons pas celle de tribun militaire. — M. Giraud étudie ensuite séparément
chacune des inscriptions en question. Des dates qu'on peut assigner à chacune
d'elles, il résulte que c'est à un même moment qu'il s'est trouvé à la fois à
Pompéi 4 ou 5 tribuns militaires a populo : si c'étaient des commandants des
forces municipales, celles-ci auraient donc été bien considérables. — M. Giraud,
d'ailleurs, n'est pas seul à admettre la thèse qu'il défend contre M. Duruy : il a
pour lui l'autorité de M. Th. Mommsen, qui a soutenu la même opinion dans le
second vol. de son Romisches Sîaaîsrecht. — Enfin quant au chap. 103 de la loi
de la colonie de Genetiva Julia, qui permet aux duumvirs de prendre, avec le
consentement des décurions, le commandement d'une troupe formée pour défendre
la colonie, il ne faut y voir qu'une clause exceptionnelle nécessitée par la posi-
tion de Genetiva, exposée à de plus grands dangers que la plupart des villes de
l'empire. — En résumé M. Giraud, jusqu'à la preuve du contraire, croit que
partout où l'on trouve les mots tribunus militum a populo, cette expression
désigne un tribun militaire romain, élu à Rome dans les comices.
M. Duruy déclare qu'il n'est pas convaincu par l'argumentation de M. Giraud
et qu'il persiste dans son sentiment. Il ne se propose pas de réphquer pour le
moment, M. Léon Renier ayant l'intention d'intervenir dans le débat. Il se borne
à faire remarquer : i" que rien n'indique que les tribuns militaires électifs de
Rome aient jamais été appelés tribuni militum a populo, vu que dans les deux
seuls passages allégués par M. Giraud pour établir ce point, « ergo ubi primum
(Marius) tribunatum militarem a populo petit » (Salluste [lug. 63]), et « Porcius
Cato qui tum, iam consularis, tribunus militum a populo factus in exercitu erat »
(Frontin [Strat. 2. 4. 4]), a populo se rapporte au verbe et non au substantif;
2° que la dernière mention certaine du tribunal électif qui nous soit parvenue se
rapporte à une date antérieure de dix années au premier triumvirat , qu'on ne
comprend pas comment cette institution aurait pu continuer d'exister sous le
pouvoir absolu de César ou sous celui des triumvirs, et qu'il n'est pas vraisem-
blable qu'une fois abolie elle ait été rétablie par Auguste; 3° que si l'on ne trouve
pas de tribuni militum a populo dans les provinces, c'est que les officiers qui
remplissaient dans les municipes provinciaux les fonctions des tribuni militum a
populo italiens ne portaient pas le même titre, mais d'autres qui variaient suivant
les localités, tels que ceux de préfet des vigiles, du littoral, praefectus armorum,
praefectus latrociniis arcendis, Gxpaxri^oq i7:\ xà 5xXa, etc. Il pense que les tribuni
militum a populo, comme ces divers fonctionnaires, étaient les chefs élus d'une
troupe armée au service du municipe.
M. Naudet annonce l'intention de présenter sur la question une opinion tierce,
différente de celle de M Giraud et de celle de M. Duruy.
Julien Havet.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
ling (Dr. Frommann). — Beilage zum N" i. Chronik des germ. Muséums. —
Schriften der Akademien und historischen Vereine. — Nachrichten. En appen-
dice : Einundzwanzigster Jahres-Bericht des germ. Nationalmuseums.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Amos (S.). The Science of Law id edit.
In-8° cart. 417 p. London (H. S. King).
6 fr. 25
Archives historiques du département de
la Gironde. T. 14. In-4», 552 p. Paris
(Aubry),
Babeau (A.). Histoire de Troyes pendant
la Révolution. T. 2. 1792-1800. ln-8*,
552 p. Paris (Dumoulin).
Barghon Fort-Rion (F. de). Le Drui-
disme au moyen-âge, époque tertiaire.
In- 18 Jésus, 56 p. Paris (Lib. générale).
Beyschlag (W.). Die christliche Ge-
meindeverfassung im Zeitalter d. neuen
Testaments. In-8*, xj-113 S. Leipzig
(Richter et Harrassowitz). 4 fr. $5
Bezzenberger (A.). Ueber die A- Reihe
der gotischen Sprache. Eine grammat.
Studie. In-8*, 71 S. Gœttingen (Pepp-
mùller). 2 fr. 75
Bœttcher (C. J.). Germania Sacra. Ein
topograph. Fuhrer durch die Kirchen- u.
Schulgeschichte deutscher Lande. Zu-
gleich e. Hilfsbuch f. Kirchengeschichtl.
Orstkunde. 2. Haeifte. In-8*. S. 561-
1 53 1 . Leipzig (Naumann). 8 fr. 75
Complet. 14 ir.
Boucher (L.). De Joannis Barclaii Ar-
genide. In-8', 103 p. Paris (Sandoz et
Fischbacher).
William Cowper, sa correspondance
et ses poésies. In-S», 443 p. Paris (les
mêmes).
Brown (J. B.). The Higher Life : its
Reality, Expérience, and Destiny. 2nd
edit. In-8*, 410 p. cart. London (King).
9 fr. 40
Chefs-d'œuvre des conteurs français
après La Fontaine. XVIII' siècle. Avec
une introduction, des notes historiques
et littéraires et un index, par C. Louandre.
In- 18 Jésus, xxviii-427 p. Paris (Char-
pentier et C»). 3 fr. 50
Combier. Étude sur le bailliage de Ver-
mandois et siège présidial de Laon. In-8*,
167 p. Paris (Leroux).
Congrès international des orientalistes.
Compte-rendu de la 1" session. Paris.
1873. T. I avec pi. et fig. intercalées
dans le texte. In-8*, J84 p. Paris Mai-
sonneuve et C'). 20 fr.
David (J.). Religionsdisputationen im
Mittelalter. Populaer-wissenschaft. Vor-
trag geh. im Bet-ha-Midrasch zu Wien. '
In-S", 23 S. Wien (Winter). 1 fr. 25
Du Bois-Reymond (E.). Ueber eine
Akademie der deutschen Sprache. Ueber
Geschichte der Wissenschait. In-80, 49 S.
Berlin (Dûmmler). i fr. ja
Dûntzer (H.). Charlotte v. Stein, Gœthe's
Freundin. Ein Lebensbild m. Benutzg.
d. Familienpapiere. 2. Bd. 1794-1827.
In-8*, 535 S. Stuttgart (Cotta). 12 fr.
Eggert (F.). Ueb. die erzaehlenden Dich-
tungen Hartmanns v. Aue. In-4*, 34 S.'
Berlin (Calvary et C'). i fr. 75
Farrar (F. W.). The Life of Christ.
7th edit. 2 vol. in-8* cart. 996 p. London
(Cassell). 30 fr.
Fayet. Les hautes oeuvres de la révolution
en matière d'enseignement. ^-8°, 59 p.
Langres (Dangien).
Gibson (C. B.). Philosophy, science, and
Révélation. 2nd Edit. In-8* cart. London
(Longmans). 9 fr. 40
Gras (L.-P.). Répertoire héraldique, ou
Armoriai général du Forez, dressé d'après
les monuments, suivi de la description
des blasons de la Diana, etc. ^-8", xx-
329 p. et 4 pi. Lyon (Mougin-Rusand).
Gresset. Le Méchant^ comédie en cinq
actes. Précédé d'une notice p. G. d'Heylli.
In-i6, X-146 p. (Lib. des Bibliophiles),
3fr.
Grothe (H.). Leonardo da Vinci als In-
génieur und Philosoph. Ein Beitrag zur
Geschichte der Technik u. d. inductiven
•^ Wissenschaften. Mitt 77 Holzschn. u. i.
(lithog.) fac-similé Taiel. In-4', 94 S.
Berlin (Nicolai), 6 fr. 75
Grueber (H. A.). Roman Médaillons in
the British Muséum. Edited by S. R.
Poole. Gr. in-8° cart. London (Piclce-
ring). 26 fr. 25
Hallayet Abdulla (Bin Abdulkadar).
Munshi, Translations from. With Gom-
mants by J. T. Thomson. In-8° cart.
349 p. London (H. S. King). 1 5 fr.
Helps (A.). Ivan de Biron; or, the Rus-
sian Court in the Middle of last Century.
In-8*, cart. 473 p. London (Isbister).
8 fr. 15
Heydemann (H.). Die antiken Marmor-
Bildwerke in der sog. Stoa d. Hadrian,
dem Windthurm d. Andronikus, dem
Waerterhseuschen auf der Akropolis und
der Ephorie im Cultus-ministerium. Mit
e. lithog. Taf. u. 5 Holzschn. In-8*,
338 S. Berlin (G. Reimer). 9 fr. 35
Kalidasa. La Reconnaissance de Sakoun-
tala, drame en sept actes. Traduit du
sanscrit par P. E. Foucaux. In- 16^
xxiv-188 p. Paris (Lemerre). 2 fr. 50
Kirchhoff (A.). Ueber d. Schrift vom
Staate der Athener. In-4*, 5 1 S. Berlin
(Dummier). 3 fr. 40
Laurent. Examen des derniers éclaircisse-
ments sur l'emplacement de Quintowic.
In-8"*, 23 p. Amiens (imp.Lenoël-Hérault).
Legendre (P.). Histoire de la persécution
faite à l'église de Rouen sur la fin du
dernier siècle. Précédée d'une notice his-
torique et bibliographique et suivie d'un
appendice par E. Lesens. Avec 2 pi.
grav. à l'eau-forte en fac-similé par J.
Adeline. ^-4°, xxx-216 p. Rouen (imp.
Deshays).
Lieutaud(V.). Notes pour servir à l'his-
toire de Provence. N" 6. Le pape Léon X,
archevêque d'Aix (8-20 juin 1483). ^-8°,
8 p. Marseille (Boy fils).
liittrë (E.). Études sur les Barbares et le
moyen-âge. 3^ édit. In- 12, xxxij-460 p.
Paris (Didier et C"). 3 fr. 50
Longpérier (A. de). Observations sur
quelques objets antiques figurés dans les
livres chinois et japonais présentées au
premier congrès des orientalistes à propos
de l'exposition des collections de l'extrême
Orient par M. H. Cernuschi. In-8', 16 p.
et 2 pi. Paris (imp. V' Bouchard-
Huzard).
Marsh (G. P.). The Earth, as Modified
by Human Action. A new edit. of « Man
and Nature. » In-8" cart. 656 p. London
(Low). 22 fr. 50
Original (the). Lists of Persons of Qua-
lity, 1600-1700. Edited by J. CamHen
Hotten. In-4° cart, London (Chatto and
W.). 47fr.75
Poulbrière (J.-B.). L'Église de Saint-
Pierre de Beaulieu (diocèse de Tulle) et
son portail sculpté. Notice descriptive.
^-8°, 68 p. Paris (Chapoulaud frères).
Quellenschriften f. Kunstgeschichte u.
Kunsttechnik d. Mittelalters u. der Re-
naissance m. Unterstûtzg. d. k. k. œster-
reich. Ministeriums fur Kultus u. Unter-
richt, im Verein m, Fachgenossen, hrsg.
v. R. Eitelberger v. Edelberg. VIII. In-
8°. Wien (Braumûller). 3 fr. 25
Les fascicules I-VIII. 32 fr. 60
Racine (i.). Théâtre. Orné de vignettes
gravées à l'eau-forte sur les dessins de E.
Hillemacher par F. Hillemacher. T. 3.
^-8°, 325p. Paris (Lib. des Bibliophiles).
20 fr.
Rio (A. -F.). De l'art chrétien. Nouvelle
édition, entièrement refondue et considé-
rablement augmentée. T. 4. In-18 Jésus,
489 p. Paris (Bray et Retaux).
Rolland. Histoire de Saint François de
Paule, fondateur de l'ordre des Minimes
et de son couvent de Plessis-lez-Tours.
In-8*, xvj-402 p. Paris (Poussielgue
frères). 7 fr. 50
Romant (Le) de Jehan de Paris, roy de
France; revu pour la première fois sur
deux manuscrits de la fin du XV* siècle,
par M. A. de Montaiglon. In- 16, xlviij-
160 p. Paris (Lemerre). 2 fr. 50
Umpfenbach (F.). AnalectaTerentiana.
In-4*, 32 p. Berlin (Calvary et G*).
I fr. 50
Vie-w (A.). Of the Prophecies of Daniel,
Zechariah, and the Révélation. By M. E.
H. With a Map. In-8* cart. 404 p. Lon-
don (Macintosh). 5 fr. 6j
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 15 Neuvième année. 10 Avril 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
j I
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS. ,-:
Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr, — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE ' "'■
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES .vivnobf
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu. ""y.c \'
GO A D T Ç ^^ ^^^^^ Poucet et la Grande Ourse, i vol. in-i6
, . • 1 /v l\ 1 O imprimé en caractères elzeviriens. 2 fr. 50
BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
20^ FASCICULE.
r\ î T î XTT' T î î T7 IVT ^"^'^'^"^'°" oratoire. Collation d'un ms.
is^ U 1 IN 1 1 Li 1 lL 1 N du xe siècle, par Emile Châtelain et Jules
Le Coultre, licenciés ès-lettres, élèves de l'École des hautes études. 3 fr.
1 8^ ET 1 9' fascicules précédemment parus : ''
t>'Tr\.:: T^ r? TA QT Î7 V R T PT ^^^^^ ^"^ ^^^ comtes et
-îFV. U Ht Li/\o 1 Ej 1 rv i lL vicojptes ;.de, Umoges
antérieurs à l'an looo.-''''^ .«à/ooiî z'zal li'up ,b «rfD/fljjD . «»1 ètidutift.
,,,..■,..,..• I., . . . . ' •
A HA R \/T]H'^T'FrT'FrP '^'"^^^^ ^^ '^ formation des
• l-/r\rviVl LliO 1 IL 1 IL rV mots composés daas la
langue française comparée aux autres langues romanes et au latin. ôjjv'-iziîf.
Pour paraître très-prochainement :
2 le fascicule. Hymne à Ammon Ra des papyrus de Boulaq, traduit et com-
menté par Eugène Grébault, avocat, élève de l'École des hautes études.
PERIODIQUES.
The Academy, N° i $o, new séries, 20 mars. The Poetical Works of John
Milton. Ed. by David Masson. In three and in two vols. London, Macmillan
and Co. (R. C. Browne). — Viscountess Strangford, Egyptian Sepulchres
and Syrian Schrines. New Ed. London, Macmillan and Co. ; Brugsch-Bey,
Histoire d'Egypte. Leipzig, Hinrichs; Kiepert, Neue Wandkarte von Palaestina.
Berlin, Reimer (E. H. Palmer : le i" de ces ouvrages est très-agréable à lire et
peut être utile aux touristes; le second est au-dessus de tout éloge, comme le
peut faire prévoir le nom de son auteur; quant à la carte de Kiepert, elle est
parfaitement au courant de la science). — Von Ranke, A History of England,
principally in the Seventeenth Ceniury. In six Vols. Oxford, Clarendon Press
(Samuel R. Gardiner). — A. Schmidt, Shakespeare-Lexicon. Vol. I. A-L.
Berlin, Reimer; London, Williams and Norgate (J. W. Hales : appréciation
favorable). — J. J. Bond, Handy-Book of Rules and Tables for Verifying Dates.
London, Bell and Sons; Bartlett and Co. (H. A. Pottinger : recommande
chaudement cet ouvrage). — Books relating to the English Counties (notes de
l'éditeur). — Notes and News. — Notes of Travel. — Notes of a Tour in the
Cyclades and Crète. IV. Crète (continued : H. F. Tozer). — Correspondence.
« What-What » (Richard Morris : cite des exemples de cet emploi en ancien
anglais. A ce propos, M. Furnivall nous écrit que what w^hat signifie d'un
côté de l'autre, tant cjue, et ne marque nullement une alternative, cf. Rev.
crit., n° 13, couv. Nous reconnaissons la justesse de cette observation; mais
nous avons voulu dire que what what a dû exprimer d'abord une alternative
pour arriver au sens de tant (ceci) que (cela), cf. le latin quà cjuà). — « A
n Libel concerning Campion » (Edward Peacock). — The Numerals in old
Cornish (W. S. Lach-Szyrma). — The Ethics of Aristotle. By sir Al. Grant.
Third Ed. London, Longmans and Co. (James R Thursfield : -éd. très-amé-
liorée). — The Origin of the Phoenician Cosmogony and the Babylonian Garden
of Eden (A. H. Sayce : important article). — Science Notes. Anthropology. —
Meetings of Societies (Soc. d'archéologie biblique, de l'Inst. anthrop., des anti-
quaires).
.j,^ The Athenœum, N** 2473, 20 mars. Milton, Areopagitica. ByJ. W. Hale3-
Clarendon Press. — Calendar of State Papers. Foreign Séries, of the reign of
Elizabeth. 1569-1 571. Ed. by A. J. Crosby. Longmans and Co. — Shakes-
peare's Century of Prayse. Trûbner and Co. — Notes from St. Petersburg (S.
les progrès des études orientales en Russie). — Edinburgh Critics and Quarterly
Reviewers (Charles J. Monk). — Literary Gossip. — Anthropological Notes.
Miscellanea. Excavations at Rome (Thos. H. Dyer).
Literarisches Centralblatt, N° î 3, 27 mars. Acta genuina SS. oecumenici
concilii Tridentini édita ab Aug. Theiner. II tomi. Agram. Leipzig, Breit-
kopf und Haertel. Gr. in-4'', xxij-722; 701 p. (art. défavorable). — Rothe's
Vorlesungen ùber Kirchengeschichte. Herausg. v. Weingarten. i. Th. Die
katholische oder kirchliche Zeit. Heidelberg, Mohr. In-8°, xj-491 p. (l'éditeur
a publié les cahiers de Rothe tels qu'il les a trouvés, en ne retranchant que les
parties qui avaient été empruntées à d'autres ouvrages). — Ziegler, Illustra-
tionen zur Topographie des alten Rom. 2. Heft. i. u. 2. Abth. Stuttgart, NefF.
In-folio, 4 pi. — Boeckhii opuscula academica Berolinensia. Edd. Ascherson,
Bratuscheck, Eichholtz. Leipzig, Teubner. In-8°, viij-547 p. (IV volume
des Opuscules de Boeckh). — Mùlleri Luc. de Phaedri et Aviani fabulis libellus.
Leipzig, Teubner. In-8°, iv-34 p. (assez insignifiant). — Terentianus Morus,
Marius Plotius Sacerdos, Rufinus, Mallius Theodorus, fragmenta et excerpta
metrica ex recens. H. Keil. Leipzig, Teubner. In-8°, xxviij-p. 313-669 (fasc.
REVUE CRITIQUE .
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
w
N' 15 — 10 Avril — , ^.^ 3,^, 1875^1
". \ !'. . ['' V
Sommaire : 68. Rig-Veda-Sanhitâ, p. p. Max Muller, t. VI. — 69. Wimmer,
Histoire de l'écriture runique dans le Nord. — 70. Lenz, Le roi Sigismond et Henri V
d'Angleterre. — 71. De Magny, Les Souspirs, p. p. Courbet. — Sociétés savantes :
Académie des inscriptions.
'Hf'il 'iiî
68. — Rig'Veda-Sanhita, the sacred hymns of the Brahmans; together with the
Commentary of Sayanacharya. Edited by F. Max Muller. Vol. VI. London, Allen
et Co. 1874. ^-4», p. lix; 32; 785; 401-762.
Ce sixième et dernier volume du Rig-Véda de M. Max Muller contient le
texte et le commentaire des 146 derniers hymnes (46-191) du X* livre. L'édi-
teur y a joint une récapitulation générale du Sarvânukrama de Kâtyâyana, des
index spéciaux des divinités , des rishis et des commencements de vers, et un
^rata complet pour l'ensemble de l'ouvrage. Les variantes et les additions
connues sous le nom de Khila occupent 32 pages à la suite de la Préface. Enfin
la 2* moitié du volume contient la fin de l'index des mots et des formes employés
dans le Rig-Véda, plus un répertoire spécial des mots composés rangés selon
l'ordre alphabétique de leur second terme. Ainsi se trouve achevée une
publication dont la fin s'est fait longtemps attendre et qui, à défaut de critiques,
a provoqué jusqu'ici bien des murmures d'impatience ; mais qui restera aussi
comme une des plus belles œuvres de notre époque, tant par l'importance
exceptionnelle du document qui s'y trouve mis au jour, que par la perfection
que l'éditeur a su donner à son travail. ci&i ,M .H .14 4>il
A peu d'interruptions près, M. Max Muller n'a pas employé moins de 30 années
à ériger ce monument. Aussi conçoit-on qu'arrivé à la fin de sa tâche, il l'ait
quittée avec le sentiment qu'on éprouve à se séparer d'un vieil ami, et qu'il n'ait
pu s'empêcher de faire un retour ému sur ce long passé. Sa Préface contient
à ce sujet des détails pleins d'intérêt sur les origines et la marche de son œuvre
depuis le jour qu'il en conçut l'idée sous les auspices de Burnouf; sur l'état des
études sanscrites d'alors ; sur sa propre inexpérience au début, et sur les diffi-
cultés sans nombre contre lesquelles il eut à lutter pour arriver à établir un texte
critique du commentaire de Sâyana, si maltraité par les copistes, et des nombreuses
citations qu'il renferme , citations souvent tronquées et incorrectes , se réduisant
parfois à d'obscures allusions, qui étaient empruntées d'ailleurs à une littérature
alors inconnue, à des ouvrages dont il n'existait ni index ni éditions, et qui
presque toutes étaient à vérifier sur manuscrit. Il y aurait eu sans doute un
moyen d'abréger considérablement toute cette besogne. C'eût été de se borner
à donner une édition critique du texte même des hymnes, pour laquelle il suffisait
de comparer quelques manuscrits et de dépouiller le Prâtiçâkhya, et quant au
XV I j
226 REVUE CRITIQUE f 'î f '"'^ '' *
commentaire, d'où venaient les principales difficultés, de ne le donner que par
extraits ou de le reproduire tel quel, après quelques collations hâtives et en
recourant largement aux conjectures pour enlever les plus grosses taches.
M. M. M. ne fut point de cet avis. Dès le début, il se rendit aux conseils de
Burnouf et jugea que du moment qu'on entreprenait cette œuvre, ce devait être
de façon qu'elle fût faite une fois pour toutes. Il résolut en conséquence d'y
appliquer rigoureusement d'un bout à l'autre les mêmes principes de critique
qui se sont montrés si féconds sur le terrain de l'antiquité classique et qui sont
devenus ceux mêmes de la philologie moderne.
Le résultat auquel il est arrivé dans des conditions aussi difficiles
suffirait à lui seul à justifier ces principes , s'ils avaient encore besoin
de justification. Voici 25 ans que son 1" volume est soumis à l'examen des
indianistes et que les autres se suivent à des intervalles plus ou moins réguliers.
Bien que l'envie de le trouver en défaut n'ait certainement pas manqué, son
œuvre est sortie intacte de cette longue épreuve et, jusqu'à la fin, M. M. M.
aura eu ce rare bonheur d'arriver presque toujours le premier à signaler ses peu
nombreuses méprises et d'être à lui-même son plus pénétrant critique.
La Préface du nouveau volume contient à son tour un ample et curieux sup-
plément à cette espèce d'examen de conscience que M. M. M. a déjà plusieurs
fois entrepris. Comme toujours, il sait présenter ces minuties nécessaires avec
beaucoup d'art, je dirais presque de coquetterie. Nul ne s'entend mieux que lui
à donner un tour agréable à une discussion d'accent ou d'orthographe, ce dont
personne à coup sûr ne se plaindra, si ce n'est ceux toutefois qui s'y trouvent
effleurés en passant. Genus irritabile doctorum ! Dans cette intéressante revue,
M. M. M. a semé un grand nombre de remarques curieuses sur la plupart des
ouvrages qui ont un rapport plus ou moins étroit avec l'œuvre de Sâyana, sur
Sâyana lui-même, sur son identité avec Mâdhava suggérée par M. Burnell et au
sujet de laquelle M. M. M. reproduit les réserves qu'il a déjà faites dans VAca-
demy {]\ janvier et 11 avril 1874), sur les écrivains qui ont précédé Sâya/ia
comme interprètes du Rig-Véda, et sur la littérature qui est citée dans ses com-
mentaires ' .
Le reste de la Préface est presque entièrement polémique. Nous sommes assez
désintéressés en France dans ces querelles, que nous ne voyons pour ainsi dire
que de surface. Nous aimons à croire que M. M. M., qui peut avoir des adver-
saires parmi nous, n'y a pas d'ennemis, et nous savons de reste qu'il n'en est
pas de même ailleurs. A propos de son Rig-Véda en particulier, on lui a repro-
ché sa lenteur avec un zèle parfois indiscret et une insistance qui ferait croire
I. M. M. M. revient aussi sur la question des avantages du ndgart sur le caractère
romain, déjà traitée par lui dans sa petite édition du Rig-Veda, Pada-Text (cf. Rev. ait.
du II avril 1874). Pour le fond, il est impossible de ne pas être de son avis, bien que
sa a démonstration géométrique » ne soit peut-être pas tout à fait aussi rigoureuse qu'elle
le semble de prime abord. Le plus ou le moins de fatigue de la vue ne dépend pas seule-
ment de la dimension des caractères, mais surtout de leur formCj et pour l'œil au lecteur,
ce n'est pas à sa 2' colonne ndgart que répond sa colonne romaine, bien qu'elles soient
toutes deux fondues sur le même corps, mais plutôt à la 1".
d'histoire et de littérature. 227
que les auteurs de ces plaintes avaient réellement un droit sur ses journées et
sur ses heures. M. M. M. qui, coupable ou non de n'avoir pas fait toute la dili-
gence possible, a été assez puni de ses retards par le fait qu'un tiers du Rig-
Véda a été lu pendant de longues années dans une autre édition que la sienne,
a fini par se fâcher de cette « sollicitude maternelle » qu'on ne se lassait pas de
témoigner pour son œuvre, et il a cru devoir montrer comme quoi M. Weber
qui, en matière semblable, avait été plus expéditif, n'avait pas, à beaucoup près,
fait aussi bien que lui. On s'en doutait bien un peu : en tous les cas nous gagnons
à la démonstration une discussion très-substantielle sur l'emploi du sandhi dans
les manuscrits, plus 4 pages in-4" de variantes pour le commentaire de Mahîdhara
sur la Vâjasaneyi-Sanhitâ, et pour peu que M. Weber réplique de la même façon,
ce sera tout profit. Mais pour nous la meilleure réponse de M. M. M. sera tou-
jours son édition même. L'essentiel ici autant et plus qu'ailleurs était, non pas
de faire vite, mais de faire bien. Ne semble-t-il pas du reste que moins que
toute autre branche d'études, la nôtre, sous peine de faire rire à ses dépens,
doive se donner l'air affairé et tracassier ? Nous sommes un petit groupe engagé
dans ce qu'on appelait jadis des « recherches curieuses » et, bien que les choses
aient changé depuis le temps que cette locution n'est plus de mode, il y aurait
tout de même quelque ridicule à croire que le bien public nous défende de nous
souvenir du précepte d'Horace : nonum que prematur in annum. ^intrmi
Dans la Varieîas Lectionis p. 24, 1. 5, il faut lire ye au lieu de y a; p. i^pfet^
infira. Tait. Br. II, 4, 3, 2; p. 52, 1. 1 infra, Atharva-veda III, 8, 5. -^ua^é
A. Barth.
69. — Lndv. F. A. WimmeRj Runeskrîftens Oprindelse og Udviklîng i
Norden. K.œbenhavn, V. Priors Boghandel. 1874. In-8°, ij-ayo p., 3 pi. et figures
dans le texte (Extrait des Aarboger Jor nordisk Oldkyndighed og Historié, 1 874, cah.
1-2). — nx . 5 r. 70-^^,p.jj^,^^^i,.jjj^ j.,Q,j^<jj^;jjj^j^|,j 2lft,iç^|eqa,$f^,j^
Les inscriptions runiques du Nord germanique lîaisseht encore, comme on sait,
aux philologues bien des problèmes difficiles à résoudre. L'alphabet simple des
inscriptions récentes est restreint à 16 signes, qui ne furent multipliés qu'assez
longtemps plus tard par l'addition de points; d'autre part, dans le Nord et ail-
leurs, les inscriptions archaïques offrent un alphabet d'environ 24 signes, dont
les uns concordent avec les 16 signes mentionnés ci-dessus, et dont les autres
présentent des formes nouvelles. Faut-il, comme il semble à priori qu'on le doive,
reconnaître dans les 16 signes l'alphabet le plus ancien, d'où l'alphabet plus
complet de 24 signes se serait développé ensuite, ou, au contraire, est-ce à ce
dernier qu'on attribuera la priorité, en se fondant sur ce qu'il est le plus répandu
et celui qu^on a jusqu'ici trouvé le plus anciennement employé, auquel cas
l'alphabet de 1 6 signes en procéderait par simpHfication ? Il y a plus : les inscrip-
tions du Nord germanique qui se servent des 24 signes appartiennent en majo-
rité au Danemark, ou du moins au rivage méridional de la presqu'île Scan-
dinave, et elles sont conçues en un dialecte qui s'écarte notablement des dialectes
germaniques septentrionaux postérieurs et se rapproche au contraire beaucoup
228 .B^t«lfL^ REVUE CRITIQUE
plus que ces derniers des dialectes germaniques du Sud. Doit-on conclure de là,
comme l'ont fait des savants compétents, en s'appuyant sur d'autres considéra-
tions encore, que les pays danois et gothiques furent colonisés par une population
germaine méridionale qui ensuite fut soumise et peu à peu absorbée par une
migration venue du Nord, ou bien faut-il voir dans ces inscriptions une
forme antique du dialecte du Nord , qui , précisément parce qu'elle est
plus ancienne, se rapproche plus que les dialectes postérieurs de la langue
primitive de la famille germanique? Enfin l'alphabet runique, aussi bien
celui de i6 que celui de 24 signes, contient un certain nombre de lettres qui ont
une similitude frappante avec les lettres correspondantes des alphabets latin,
grec et môme phénicien. Admettra-t-on, ou non, que l'alphabet runique dérive
de l'un des trois derniers ? Et si on l'admet, auquel des trois conviendra-t-il de
s'adresser.? Il va de soi que l'examen de ces questions, qui exige la critique la
plus sage et les connaissances les plus étendues, devait conduire les savants mal
préparés ou trop aventureux aux hypothèses les plus extravagantes et donner
naissance même parmi les esprits les plus minutieux et les plus méthodiques à
des opinions très-divergentes. M. Wimmer n'en a que plus de mérite d'avoir
entrepris de faire l'histoire complète des runes depuis leur origine, surtout quand il
nous promet de parfaire son œuvre en traitant dans un futur ouvrage des dialectes
mêmes des inscriptions runiques du Nord anciennes et modernes. Plusieurs indi-
cations données incidemment par l'auteur dans de précédents mémoires faisaient
beaucoup espérer du présent ouvrage. Aujourd'hui qu'il est sous nos yeux, nous
pouvons dire que ces prévisions n'étaient point trompeuses.
La partie de beaucoup la plus étendue de ce travail (p. 8-152) est consacrée
à l'Origine de l'alphabet runique : c'était le point le plus difficile de la tâche, sur
lequel les avis étaient le plus partagés, sur lequel on avait le plus divagué.
M. W., en donnant sous forme d'introduction un aperçu des théories de ses
devanciers, appelle l'attention d'abord sur ce fait que tous ceux qui l'ont précédé
partent invariablement, dans leurs comparaisons, de l'alphabet runique simple
comme de l'alphabet primitif, alors que de nombreuses découvertes, tant dans le
Nord que sur d'autres points, ont récemment établi l'antiquité plus haute de
l'alphabet de 24 signes, ensuite que la plupart de ces savants, bien qu'ils cher-
chent avec raison leurs rapprochements dans les anciens alphabets européens du
Sud, ne se donnent pas la peine de tirer au clair les rapports de ces alphabets
entre eux et avec l'alphabet phénicien. Evitant ces deux erreurs, M. W. établit
d'abord, un peu trop brièvement peut-être, que l'alphabet runique de 24 signes
appartient, en ce qui concerne les inscriptions du Nord, à la période la plus
ancienne de l'âge du fer, c'est-à-dire aux années 200-650 après J.-C, et
l'alphabet de 16 signes à la période la plus récente de cet âge, soit aux années
800-1000. C'est dans la période intermédiaire, 650-800, qu'il faut placer les
inscriptions dont la langue et l'écriture flottent entre les deux autres formes bien
caractérisées. Il cherche ensuite (p. 20-41) à déterminer les rapports de l'ancien
alphabet sémitique, surtout du phénicien, avec les alphabets grecs, et par une
suite de fines comparaisons arrive à ce résultat que ces alphabets se partagent
d'histoire et de littérature. 229
en deux groupes qui dérivent lettre pour lettre du phénicien et n'ont modifié ou
augmenté l'alphabet sémitique primitif que dans un petit nombre de cas déter-
minés. Passant ensuite aux alphabets italiques, l'auteur montre (p. 41-J6) qu'ils
proviennent des alphabets grecs et en particulier du groupe dorique auquel se
rattachent les colonies chalcidiques et achaïques de l'Italie. A leur tour, les
alphabets italiques se divisent en deux groupes dont l'un comprend l'étrusque
commun et l'étrusque septentrional, l'ombrien, l'osque et le sabellien, et l'autre
le latin et le falique. C'est seulement alors que M. W. aborde l'écriture runique,
dont il délimite tout d'abord l'extension (p. 56-71). A côté des nombreuses
inscriptions de l'Angleterre et du Nord appartenant à la plus ancienne espèce, il
faut placer les cinq bractéates runiques trouvées en Poméranie et dans le
Hanovre, le grand anneau d'or de Bucharest, le petit anneau de CÔslin, les
boucles de ceinturon de Charnay, de Nordendorf et d'Osthofen, auxquelles il
faut ajouter (supplément, p. 263-265) celle qui a récemment été découverte à
Freilaubersheim, enfin le fer de lance de Mûncheberg. Des différences dialec-
tales que présente la langue de ces inscriptions, M. W. tire la conclusion qu'il
ne faut pas voir dans ces monuments, avec G. Stephens, des objets apportés du
Nord, mais bien des produits originaux de tribus gothiques ou germaines. Le
fait, déjà établi par là, que la race germanique dans son ensemble posséda de
bonne heure un alphabet runique commun, dont les caractères sont essentielle-
ment les mêmes que ceux des inscriptions anciennes du Nord, est confirmé en
outre par des raisons linguistiques et des témoignages historiques, et en parti-
culier aussi par la conformité des noms des lettres dans le gothique et le
runique. L'auteur pense qu'aux environs de la naissance de J.-C, tous les
Germains étaient en possession d'un alphabet runique commun qui fut ensuite
abandonné par les différentes tribus séparément et à des époques très-diverses.
Vient ensuite un examen de la nature de cet alphabet primitif, ainsi que l'éluci-
dation de la question de son origine (p. 71-126). L'auteur s'appuie sur trois
inscriptions qui en fournissent un spécimen, et dont deux remontent suivant lui
à environ 500 après J.-C. et la troisième à 700 environ : ce sont la bractéate
de Vadstena, la boucle de ceinturon de Charnay et le couteau trouvé dans la
Tamise, monuments qui appartiennent, comme on le voit, aux points les plus
divergents du monde germanique. Leur comparaison montre que les alphabets
de Vadstena et de Charnay concordent entièrement, car tous deux nous ramènent
à 24 signes pareils et devant être semblablement disposés, tandis que l'alphabet
du couteau de la Tamise en diffère quelque peu et par le nombre des lettres (28)
et par la succession des caractères qu'il suppose. Toutefois un rapprochement
avec d'autres vieux alphabets anglais fait bientôt reconnaître que ces différences
ne sont pas primitives, mais résultent d'une part du besoin de créer de nouveaux
signes pour représenter des sons propres à l'ancien anglais, d'autre part de la
nécessité d'intercaler dans la série des lettres les noms modifiés de quelques-uns
I . Revue archéologique, t. XVI, 1867, et Essai sur la propagation de l'alphabet phénicien
dans l'ancien monde, l, 1872. .. .-......, .,.,.,,,..;.,,,„,.„-..-.,„,,,..,,,.. ^.,, .^^^.^ .
2J0 '.MéW REVUE CRITIQUE
des caractères runiques. Maintenant, sur les 24 signes primitifs, 21 se rencon-
trent dans les inscriptions de la première période de l'âge du fer, et 3 seulement
en sont absents, à savoir le/, le eu et le p : circonstance dont les raisons seront
données plus loin. Beaucoup de ces runes anciennes ressemblent d'une manière
frappante aux lettres correspondantes de l'alphabet gréco-italique, et on ne sau-
rait expliquer ces ressemblances en invoquant une dérivation commune du phé-
nicien ou de l'alphabet sémitique primitif, seule source possible de ces alphabets,
car les runes concordent dans beaucoup de cas avec l'alphabet gréco-italique là
précisément où ce dernier a innové et s'écarte du sémitique, et, réciproquement,
on ne voit jamais les caractères runiques reproduire ceux de l'alphabet sémitique
qui ne correspondent pas à des lettres de la branche gréco-italique. M. W. ex-
cluant ainsi l'opinion défendue par Fr. Lenormant ' et par d'autres que les runes
proviendraient directement du phénicien, et prouvant qu'il faut les ramener à
l'un des alphabets gréco-italiques, établit ensuite par une discussion approfondie
que c'est l'alphabet latin seul qui doit être envisagé comme ayant engendré les
runes. Une analyse détaillée de cette partie du travail nous entraînerait trop
loin. Bornons-nous à dire que la discussion relative aux caractères/ et k, b eid
nous paraît décisive. Que si maintenant on songe à l'influence que l'emploi du
bois comme matière graphique devait exercer sur la forme des lettres, en con-
traignant à remplacer les courbes par des lignes droites, perpendiculaires et
obliques, et des lignes brisées, on s'expliquera d'une façon très-satisfaisante les
modifications qu'ont subies les lettres latines, sans qu'il soit besoin de recourir
aux formes carrées primitives du latin, et on reconnaîtra que 16 des 24 runes se
laissent ramener sans difficulté à l'écriture latine. De plus, 15 de ces runes
représentent les mêmes sons que marquent les lettres latines correspondantes :
un seul, le f), qui pour la forme est le D latin, rappelle plutôt le 5 grec pour le
son. Quant aux 8 autres runes, il est encore possible de les retrouver dans le
latin : deux > accouplés ont donné le d (le D ayant servi à rendre un son voi-
son); — le caractère < {k, c) redoublé désigna le g, puis une légère modifica-
tion dans l'agencement des deux signes permit de marquer les sons ng et/; —
le caractère y, plus tard devenu /K, serait, suivant l'auteur, une modification du
Z : ce caractère exprime le r faible, altération d'un ancien s ou d'un z, quoique
plus tard il ait été employé pour transcrire de tout autres sons, quand le r faible
eut disparu des dialectes germaniques méridionaux ; — les caractères très-divers
qui rendent le p seraient formés par l'accouplement de deux B, et ce B,
partagé en deux, aurait servi à noter le jv ; — enfin le caractère qui exprime eu
dériverait du signe n (")• Assurément, ces dernières considérations laissent place
à bien des doutes, surtout en ce qui concerne les 3 derniers caractères; toute-
fois, il est permis de regarder comme parfaitement démontré que les runes ont
pour origine l'alphabet latin et en particulier, l'auteur pense en avoir fourni des
raisons suffisantes, l'alphabet latin le plus récent caractérisé par l'existence du
Z au nombre des lettres qui le composent. Une autre discussion sur la direction
de l'écriture et sur les signes de séparation (p. 126-147) amène enfin M. W. à
la conclusion que sur ces deux points les scribes suivaient leur fantaisie, car les
d'histoire et de littérature. 231
inscriptions sont tracées, sans principe arrêté, tantôt de droite à gauche, tantôt
de gauche à droite, tantôt Pouaxpoçr^Sbv, et quant aux signes de séparation,
parfois ils sont complètement omis, parfois ne se rencontrent qu'au début et à la
fin de l'inscription, et lorsqu'ils se trouvent entre les mots se présentent tantôt
sous la forme de 2, de 3 ou de 4 points, et tantôt sous d'autres formes arbi-
traires.
Examinant ensuite. les runes en elles-mêmes. M, W. conclut que l'alphabet
archaïque commun à tous les Germains consistait en 24 caractères dérivant en
bloc des lettres capitales latines en usage au commencement de l'Empire. Sans
doute, cet alphabet diffère entièrement du latin par l'ordre dans lequel sont
rangées les lettres (ordre que l'accord de plusieurs traditions indépendantes
établit d'une manière positive) aussi bien que par les noms respectifs des lettres
et par leur division en trois groupes qui, il faut le dire, paraît être primitive, et
l'auteur renonce à expliquer ces particularités. Néanmoins, il fait observer, avec
juste raison, que ces mêmes particularités distinguent l'alphabet runique de tout
autre système d'écriture qu'on pourrait faire entrer ici en ligne de compte, et
que, par conséquent, les mêmes difficultés surgiraient si l'on voulait rattacher
l'alphabet runique à l'alphabet grec ou au phénicien. M. W. met ensuite en
pleine lumière (p. 1 47-1 5 2) ce fait que les inscriptions runiques les plus anciennes
ne remontent pas au delà de l'an 200 de notre ère. Or l'archéologie nous enseigne
qu'à cette époque le monde germanique subissait pleinement l'influence romaine.
L'influence étrusque supposerait une époque antérieure ; l'influence grecque une
époque postérieure ; et, d'un autre côté, les quelques lettres grecques à la forme
desquelles on pourrait ramener certains caractères runiques appartiennent à une
période trop reculée correspondant à l'âge du bronze du Nord. Ainsi les preuves
historiques et archéologiques conduisent aux mêmes résultats qui ressortent de
l'étude de l'alphabet runique. Pour ce qui est de la voie par laquelle l'alphabet
latin a pénétré chez les Germains, M. W. n'ose se prononcer catégoriquement.
Une importation directe serait possible ; mais on pourrait songer aussi à l'inter-
médiaire des Celtes, car les Gallo-Celtes et les Celtes de l'Italie supérieure
avaient échangé dès les débuts de l'Empire contre l'alphabet latin les premiers
leur alphabet grec, les seconds leur alphabet étrusque septentrional. En tous cas,
M. W. refuse absolument d'admettre la possibilité, à laquelle croit un professeur
de Christiania, M. Sophus Bugge', d'une influence de l'alphabet étrusque sep-
tentrional sur l'alphabet runique.
La seconde partie du travail, de beaucoup la plus courte (p. 152-212), traite
du développement de l'écriture runique dans le Nord. L'auteur, après avoir relevé
le caractère exclusivement septentrional de l'alphabet de 16 lettres de la dernière
période de l'âge du fer, observe que 9 de ces lettres sont de tous points
conformes aux lettres correspondantes de l'alphabet de 24 signes, et 2 extrême-
ment voisines de leurs représentants dans l'ancien alphabet. Cette conformité
s'étend aux noms respectifs des lettres dans les deux alphabets et à la division
I. Aarbôger for nordisk Oldkyndighet qg Hw(o^V^^,l87^, p. ijj. ^
2J2 -^SHIPA^REVUE CRITIQU*' ">><*'*■' '*5
des lettres en trois groupes, de sorte que l'étroite affinité des deux alphabets
est mise hors de doute et qu'il ne reste plus à en déterminer que le mode. Si
l'origine latine de l'alphabet de 24 lettres est démontrée, il va sans dire que
l'alphabet de 16 signes doit être issu de ce dernier. Mais l'auteur, non content
de cette évidence, cherche à corroborer encore cette conclusion par des argu-
ments positifs et négatifs. Jusqu'ici, on avait généralement admis que c'était
l'alphabet le plus compliqué qui était sorti du plus simple, ou bien que tous deux
provenaient d'un alphabet antérieur, formé, comme le plus court, de 16 signes,
et qui à son tour serait dérivé du latin. Dans cette hypothèse, il faudrait poser
en fait qu'un ancien alphabet de 16 signes, dont toute trace aurait disparu, se
serait de bonne heure bifurqué, donnant naissance à un alphabet du Nord qui
aurait conservé l'ancien nombre de 1 6 signes dont il n'aurait modifié que par-
tiellement la forme et la valeur, et d'autre part à un alphabet du Sud qui par
l'addition de 8 nouveaux caractères serait devenu l'alphabet de 24 signes, lequel
aurait subi ensuite en Angleterre un accroissement de quelques lettres. Cette
hypothèse, remarque M. W., était parfaitement justifiée tant qu'on voyait dans
la langue des inscriptions du Nord écrites avec les 24 caractères un dialecte
germanique méridional ' ; mais elle s'écroule dès qu'on y reconnaît au contraire
une simple phase du dialecte du Nord. M. W. nie également la relation qu'on
avait établie entre la question des affinités des deux alphabets, des formes dia-
lectales que présentent les inscriptions des deux genres, et l'hypothèse qu'à
l'époque de la dernière période de l'âge du fer aurait eu lieu l'immigration d'un
nouveau peuple dans le Nord. Il pense, d'accord en cela avec Worsaae^ et J. E.
Sars3, que cette hypothèse n'est nullement fondée. Réservant le côté linguistique
de la question pour un ouvrage ultérieur, M. W. se contente en passant de
rappeler que l'abandon dans l'écriture de caractères distincts primitivement usités
pour exprimer des sons voisins n'est pas un fait inouï dans les fastes de la gra-
phologie. C'est ainsi qu'en latin le C représenta d'abord exclusivement le son g,
pendant que le K était réservé pour la gutturale forte, puis servit à noter à la
fois le g et le k, et finalement fut restreint à la notation du k, tandis qu'un autre
signe apparaissait pour transcrire le g; en danois le d et le g aspirés ont cessé
d'être distingués du d ex du g simples, le v et le w sont confondus dans l'écriture,
bien que la prononciation continue de séparer nettement ces divers sons. Enfinj
et c'est là que gît la difficulté principale, M. W. cherche à retracer la route qu'a
suivie l'alphabet complet de 24 signes pour devenir celui de 16 signes, à mon-
trer les étapes qu'il a successivement parcourues. Je n'hésite pas à considérer
cette partie comme la plus brillante de tout l'ouvrage. M. W. avait à examiner
de bien nombreuses questions. 1" Le caractère qui dans l'ancien alphabet exprime
1. L'auteur dit : « gotisk eller germansk ; s mais j'emploie, ici comme ailleurs, les
termes qui me sont propres , de germain septentrional pour désigner le danois , le suédois
et le norvégien, et de germain méridional pour désigner l'allemand, le gothique et l'anglais.
2. Dans ses recherches sur la population et la culture de la Russie et de la Scandinavie
septentrionale {Aarbôger, 1872, p. 509-430).
3. Coup-d'œd sur l^ histoire de Norvège, QMr'iiixdiXiVà, 1873,
d'histoire et de littérature. 2?}
le; est devenu la lettre a dans le nouveau. Cette transformation est facile à ex-
pliquer : le nom ancien du y était yâra (Jahr); le j initial tomba dans la pronon-
ciation, et comme il est de règle que toute lettre représente le premier son du
nom qu'elle porte, on conçoit que le j ait pris la valeur de a. Mais l'ancien
alphabet possédait déjà un signe pour a et le nommait ansur (ansuz). On eut
donc pendant quelque temps deux caractères pour le a, dont l'un représentait
un a sourd et nasal, jusqu'à ce qu'enfin tous deux furent complètement assimilés
l'un à l'autre; en dernier lieu, le caractère ansur se prononça o et reçut en vieil
anglais la dénomination de âss. M. W. fait observer, en particulier, comment le
caractère jâra subit dans la forme en même temps que dans la valeur plusieurs
modifications, et signale 2° des métamorphoses analogues pour le s, le h, le m,
le r, altéré du s faible, et le k. Ces métamorphoses ne se sont pas produites d'un
coup, mais ont traversé des phases intermédiaires, et cela de façons très-diverses
suivant le temps et le lieu ; quelquefois on rencontre à côté l'une de l'autre des
formes différentes du même caractère, souvent dans la même inscription. L'au-
teur essaie de déterminer approximativement les époques où se sont manifestés
ces changements successifs, tentative d'autant plus difficile que l'âge de la plu-
part des monuments runiques est mal connu. Heureusement, la sûreté des résultats
généraux est entièrement indépendante du plus ou moins de certitude de ces
évaluations particulières, j" Le nouvel alphabet a perdu 8 lettres anciennes : le
p et le eu semblent avoir disparu de très-bonne heure, et on peut en dire autant
du ng; au contraire les lettres exprimant e, 0, g, detw persistèrent plus long-
temps. On peut rendre compte de la disparition du g et du 4 par ce fait qu'on
attribua respectivement au k et au t, outre leur valeur propre , la valeur de la
gutturale sonore et de la dentale sonore. Le caractère 0 disparut parce que ô et
0 devinrent phonétiquement â et u. Le caractère e cessa d'être employé quand
son nom éhwa fut devenu jàr. Enfin la perte du caractère w, qui se maintint le
plus longtemps, est due probablement à la ressemblance des sons w et u. Toutes
ces altérations ne se produisirent naturellement, elles aussi, que peu à peu. On
ne saurait qu'approuver M. W. d'avoir consacré une attention toute spéciale
aux inscriptions qui présentent des formes transitoires. 4" Enfin, trois signes
ont changé de place dans l'alphabet récent. L'alphabet de 24 signes fait précéder
le / du m; l'alphabet de 16 signes intervertit cet ordre; de plus il rejette en
dernier le caractère qui exprime le r correspondant à l'ancien s faible ; il en
change d'abord le nom {yr au lieu de elgr) et plus tard la valeur (y au lieu de r).
L'auteur déploie la plus grande pénétration lorsqu'il expose les raisons qui ont
amené ces deux modifications, et quand il montre pourquoi, seul entre tous les
noms des caractères runiques, le mot yr finit, au lieu de commencer, par la
lettre qu'il désigne. Mais il nous paraît moins heureux lorsqu'il tire le mot yr du
vieil anglais yr, nom de la lettre y, et suppose qu'il ne serait apparu dans le
Nord qu'à une époque où le caractère qu'il désigne aurait déjà perdu sa valeur
de r final et serait devenu la lettre y.
Dans une courte conclusion, M. W. s'occupe des destinées ultérieures de l'al-
phabet runique. Après que l'alphabet de 24 signes se fut réduit à 16, le besoin
2}4 i?fl'Q*/ REVUE CRITIQUE
se fit sentir de distinguer dans l'écriture les sons différents qu'elle confondait. A
partir de la fin du x* siècle, on commença à ponctuer certaines runes ; plus tard
on en figura de nouvelles. Cet alphabet ainsi amplifié resta longtemps en usage
dans le peuple à côté de l'alphabet romain qu'employaient les savants, puis tomba
complètement en désuétude pour faire place à ce dernier. Pour la seconde fois
l'alphabet latin s'implanta en vainqueur dans le Nord.
Un supplément étendu (p. 213-262) est consacré aux anciennes pierres
runiques danoises de la dernière période de l'âge du fer, c'est-à-dire à celles
dont l'écriture et la langue présentent des formes intermédiaires. L'abondance
des renseignements que contient cette partie de l'ouvrage est telle que je renonce
à l'analyser.
Je ne puis terminer sans résumer mon opinion sur l'ensemble du livre de
M. W. Ce livre me paraît devoir imprimer aux études runiques une direction
toute nouvelle. Sans doute, antérieurement à M. W., plusieurs savants, et prin-
cipalement Kirchhoff ', avaient déjà soutenu que l'alphabet runique a son origine
dans l'alphabet latin et apporté à l'appui de leur thèse des arguments du plus
grand poids. Mais, somme toute, ils ne pouvaient résoudre la question d'une
manière décisive, puisqu'ils partaient de l'hypothèse que l'alphabet de 16 signes
est le plus ancien ou au moins le plus voisin de l'alphabet primitif. D'autres
savants, tels que Bredsdorfi, Lauth, Dyrlund, concédaient bien la possibilité de
faire dériver l'alphabet simple de l'alphabet compliqué, ou même regardaient cette
dérivation comme vraisemblable ; mais ils ne disaient pas de quelle façon s'est opéré
le passage, et émettaient sur l'origine de l'alphabet primitif les opinions les plus
erronées. M. W. est, à mon avis, le premier qui ait fourni sur ces deux points des
données positives, et qui ait tenté de résoudre scientifiquement le problème dans
un travail méthodique embrassant la question sous toutes ses faces 2. Une heu-
reuse circonstance me met en état de contrôler l'exactitude des résultats variés
auxquels est parvenu M. W., et c'est le guide le plus sûr en ces matières, M. So-
phus Bugge de Christiania, qui m'en offre les moyens. Je trouve dans les
Mémoires de l'Académie des sciences de Christiania pour Vannée 1 87 j , condensée
en deux pages in-8°, la substance d'une communication faite, le 7 novembre de
l'année précédente, par M. Bugge, à la section d'histoire et de philologie, «sur
)) l'origine et l'histoire primitive de l'écriture runique. » On voit par la susdite
communication que ce Maître fait procéder, lui aussi, l'alphabet de 16 signes de
celui de 24 signes et qu'il en place la formation également dans le Nord; qu'il
tire l'alphabet de 24 signes de l'alphabet latin et en fait le bien commun de toute
la famille germanique. Seulement, et c'est là qu'il se sépare de M. W., il ne croit
pas que les Germains aient reçu leur alphabet directement des Romains, mais
pense qu'ils ont adopté celui d'une tribu celtique établie au nord des Alpes qui
1. Das gothische Kunenalphabet, 2' éd., 1854.
2. Il ne faut d'ailleurs pas dissimuler, pour être juste, que les trouvailles relativement
récentes (1857) de monuments runiques : les boucles de ceinturon de Charnay, le couteau
de la Tamise, ont apporté à M. W. d'immenses secours dont étaient privés ses prédé-
cesseurs.
d'histoire et de littérature. 255
aurait approprié à ses besoins un ancien alphabet latin modifié par l'influence du
système étrusque septentrional. Personne ne doutera que les deux coryphées
des études runiques actuelles n'aient travaillé indépendamment l'un de l'autre.
Si donc ils s'accordent sur tous les points fondamentaux et ne diffèrent que sur
des points de détail, nous pouvons saluer dans cet accord l'avènement d'une
vérité nouvelle et déclarer que désormais la voie est frayée dans laquelle devront
s'engager les futurs explorateurs.
Il ne me reste plus qu'à souhaiter d'avoir réussi à dire mon avis sur l'excellent
ouvrage de M. W. et sur les matières qui y sont traitées avec toute la modestie
et toute la réserve qui convenaient à mon imparfaite compétence du sujet que
j'avais à aborder ici.
K. Maurer.
70. — Kœnig Sigismund und Helnrich dér Fûnfte von England, ein Bel;
trag zur Geschichte der Zeit des Constanzer Concils, von D' Max Lenz. Berlin,
Reimer. 1874. In-8*, viij-215 p. — Prix : 4 fr.
L'histoire intérieure de l'Allemagne, exploitée par de nombreux historiens,
présente de moins en moins des sujets restreints que puisse traiter avec fruit
un débutant dans la science, qui n'a ni le temps ni les moyens de pénétrer dans
les archives et d'y chercher des sources inédites. Aussi pouvons-nous observer,
depuis quelque temps déjà, que l'attention des jeunes écrivains allemands se porte
de préférence sur l'histoire des relations extérieures de leur pays, moins bien
connues, et que la richesse de la plupart des bibliothèques universitaires d'Alle-
magne permet d'étudier sur place, sans voyages au dehors. Le présent volume
est un des plus intéressants parmi les travaux de ce genre qui ont paru dans
les dernières années. C'est un début : on le sent à une certaine prolixité, à
la minutie avec laquelle l'auteur s'arrête à des points secondaires. Mais si je
signale ces longueurs et si, pour tout dire, l'étendue du travail ne me semble
aucunement en rapport avec les résultats obtenus, il serait injuste de ne pas
constater aussi le soin avec lequel M. L. a dépouillé les sources anglaises,
encore très-peu connues et utilisées chez nous, du règne de Henri V, les histo-
riens français et bourguignons, et de ne pas dire que son travail nous montre
sous un aspect nouveau la politique allemande et anglaise à l'égard de la France,
dans les années 1414 a 1420. L'introduction de l'ouvrage traite des sources; il
y est surtout parlé de la Chronique d'Eberhard Windecke, que l'auteur regarde
comme une autorité surfaite. Windecke a bien été le serviteur de Sigismond et
l'accompagnait dans ses voyages en France et en Angleterre ; mais il n'a rédigé
ou dicté son récit que bien des années plus tard, et ses erreurs nombreuses lui
enlèvent beaucoup de l'autorité qu'on réclame souvent pour lui. Parmi les sources
françaises c'est surtout sur la narration du Religieux de Saint-Denys que s'appuie
notre auteur. Les Foedera de Rymer et diverses chroniques récemment publiées
dans les Scripîores Remm Anglïcamm forment le principal appoint à cette étude
préliminaire.
Les deux premiers chapitres contiennent le récit des négociations entamées
236 "'""" REVUE CRITIQUE
par Sigismond d'Allemagne avec Charles VI et Henri V, à partir de 141 1. Par
les traditions de sa famille, l'empereur était lié aux Valois. Son grand-père, Jean
de Bohème, était mort à Crécy ; son père, Charles IV, avait été blessé dans la
même bataille. La France n'avait point oublié ces services; c'est grâce surtout
à la chevalerie française que Sigismond put essayer d'arrêter à Nicopolis, en
1399, le torrent de l'invasion musulmane. Il semblait donc devoir continuer à
son tour les relations paternelles. En juin 14141! signait en effet un traité d'al-
liance avec Charles VI et tous les princes français; mais en même temps ses
intrigues pour une alliance directement hostile à la France avaient commencé
déjà par l'intermédiaire d'un envoyé du roi d'Angleterre, Hartung van Clux.
Quelle était la raison d'une duplicité pareille? M. L. pense qu'il songeait peut-
être à profiter du démembrement de la France, attendu des victoires de Henri V,
pour obtenir le royaume d'Arélat dont ses prédécesseurs avaient porté la couronne
(p. 57). Peut-être aussi ne se laissa-t-il entraîner que peu à peu à trahir ses
premières promesses ' . Le traité que nous citions plus haut est de 1 4 1 4 ; mais
ce n'est qu'après Azincourt que Sigismond poussa jusqu'à Paris, dans le cours
de son voyage, officiellement entrepris pour rétablir la paix générale dans la
chrétienté, à la demande du concile de Constance. Il y vit naturellement les
affaires de notre pays dans le plus grand désarroi, et lorsqu'il eut passé la mer,
Henri V lui représenta sans doute le profit qu'il aurait à s'allier au vainqueur.
C'est alors que l'empereur signa avec lui le traité de Cantorbéry, en août 141 6,
par lequel les deux monarques se liguaient contre la France ^ En effet, Sigis-
mond, de retour à Constance en avril 1417, déclarait la guerre à Charles VI.
Mais il ne prit aucune part sérieuse à la lutte entre la France et l'Angleterre,
les troubles des Hussites ayant éclaté bientôt, absorbant toute son attention et
toutes ses ressources. En réalité cette alliance anglo-germanique ne porta de
fruits que sur le terrain ecclésiastique, à Constance même, en déplaçant la
majorité du concile. Jusqu'alors les Français, les -Allemands et les Anglais
avaient travaillé de concert à réformer les abus de l'Église et de la papauté.
M. L. montre en détail et non sans arguments sérieux, ce me semble, que depuis
le moment de la coalition des deux souverains la nation française au concile
passa du côté des Italiens et des Espagnols, et par esprit d'opposition patriotique
(mal entendu, sans doute) empêcha les réformes désirées de s'accomplir. Le
seul résultat pratique du traité de Cantorbéry fut donc de détruire les espérances
fondées par la chrétienté sur la grande assemblée œcuménique de 1414. Les
deux alliés parvinrent aussi à empêcher l'exaltation au saint-siége du cardinal
Pierre d'Ailly, qui jusque-là semblait avoir le plus de chances, et ils réussirent
à faire nommer, grâce au concours des Italiens, Othon de Colonna qui prit le
1 . Pour ma part', le caractère bien connu de Sigismond me fait pencher vers cette
seconde alternative.
2. M. L. me semble écarter avec raison la tradition historique, consignée par certams
chroniqueurs, qui nous représentent Sigismond signant ce traité par peur, privé des moyens
de quitter librement l'Angleterre, puisque le comte de Hollande était parti, emmenant les
vaisseaux qui avaient escorté l'empereur.
d'histoire et de littérature. 2J7
nom de Martin V. Mais ce fut une singulière victoire , où les antipathies natio-
nales l'emportèrent encore une fois sur les opinions ecclésiastiques, puisqu'en
définitive ils combattaient dans cette élection les principes qu'ils avaient soutenus
tout d'abord.
C'est la combinaison de ces deux séries de faits, peu étudiés dans leur en-
semble par les nombreux historiens du concile de Constance, qui donne à l'étude
de M. L. un intérêt particulier. Autant qu'on peut asseoir un jugement sur les
documents bien clair-semés dont nous disposons jusqu'à ce jour, je ne vois point
quelles objections on pourrait faire à ces développements historiques. Çà et là
l'auteur est forcément entré dans le domaine de l'hypothèse, mais on doit dire,
.à sa décharge, qu'au moins, chez lui, l'hypothèse est toujours plausible '.
Rod. Reuss.
71. — Les Souspirs d'Olivier de Magny, texte original, avec notice par E.
Courbet. Paris, Lemerre. 1874. In- 12 écu (sur papier de Hollande) de xxiij-i2j. p.
— Prix : 5 fr. ;j!b>a W i ,1 jî) .ki!f;5i;^t)i?p.é^(ttfO
Ce délicieux petit volume met un critique dans un grand embarras : On a beau
l'examiner de près, de très-près, et même avec une loupe des plus grossissantes;
on n'y découvre aucune tache. Admirablement imprimé par Perrin, le recueil
de 1874 reproduit avec une exactitude minutieuse le recueil de 1 557. Rien ne
différencie les 176 sonnets publiés par Vincent Sertenas des 176 sonnets publiés
par M. Lemerre, et il semble que M. Courbet se soit dit : Tu n'ajouteras ni ôteras
un iota. La notice dont cet habile érudit a fait précéder les Souspirs n'est pas
moins irréprochable que le texte. Ce texte y est analysé et apprécié avec goût,
avec justesse, avec sobriété. M. C. s'élève tout d'abord contre l'opinion de ceux
qui, sur la foi du titre, ont cru que les Souspirs sont « un recueil de plaintes sen-
» timentales, de lamentations amoureuses. » Non, 01. de Magny n'est point,
dans ce livre, un tourtereau qui nous fait entendre de monotones roucoulements :
c'est bien plutôt un pinson au chant joyeux, volant de branche en branche, en-
traîné un peu partout par sa vivacité. « Il allait, » dit (p. x) M. C, « droit
» devant lui, s'exprimant en liberté sur tout ce qu'il sentait comme sur tout ce
» qu'il voyait, tantôt poussé par l'amour, tantôt emporté par la satires » On
lira avec intérêt les détails que contient la Notice sur le séjour du poète à Rome
(i 5 54-1 5 57), séjour pendant lequel il composa les Souspirs, pleins de renseigne-
ments précieux relatifs à l'Italie; sur ses relations avec son compatriote et pre-
mier protecteur, Hugues Salel, abbé de Saint-Chéron , le traducteur de Viliade,
et avec son second protecteur, Jean de Saint-Marcel, seigneur d'Avanson,
1. Je voudrais seulement que M. L. nous donnât un peu plus souvent les citations des
textes sur lesquels il s'appuie. Quand on aborde un terrain aussi mouvant et qu'on le par-
court le premier, de nomljreux renvois sont absolument nécessaires.
2. Rapprochons de ce passage les conclusions de la Notice (p. xxiij) : « Les Souspirs
» constituent un livre éminemment curieux. L'auteur porté par nature à une excessive
» liberté, n'a subi aucune contrainte. Il s'est abandonné à tous les caprices de son inspi-
ration, sans gâter son œuvre, qui n'offre pas moins de beautés que de bizarreries. »
«.•^S ' '^ REVUE CRITIQUE
« maistre des requestes de la maison du Roi et le Mécène de ce temps-là ' ; »
sur les événements politiques auxquels fut mêlé le secrétaire de cet ambassadeur
à Rome, événements dont on retrouve l'histoire dans les transparentes allusions
de ses vers; enfin sur ses amours avec Louise Labé, amours entrevues par
M. Turquety, admises par M. Sainte-Beuve, et qui, grâce aux ingénieuses
recherches de M. C, paraissent aussi certaines que peuvent l'être jamais, à la
distance où nous en sommes, des choses de ce genre. Le soin avec lequel toute
la notice est rédigée donne d'avance la plus favorable idée de ce «Glossaire index
» où seront présentées dans un ordre régulier les notes de toute nature qu'un
» ouvrage en un seul volume comporterait logiquement à sa suite ^, » travail qui
doit accompagner le volume des Amours, dont la publication suivra celle des
Odes. Que M. C, encouragé par le succès de son édition des Gayeîezi et par le
succès non moins rapide réservé à son édition des Souspirs , mette bientôt dans
nos mains les deux autres recueils de Magny I Tous les vrais lettrés sont impa-
tients de posséder, en une si fidèle et si ravissante édition, la série des œuvres
complètes de l'ami de J . Du Bellay, et cette impatience n'est pas moins provo-
quée par la fine érudition du commentateur que par le gracieux talent du poète.
T. DE L.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du i avril 1875.
Le ministre de l'instruction publique transmet à l'académie un décret qui
approuve l'élection de M. Ernest Desjardins. M. Desjardins est introduit et
prend place.
Le ministre envoie encore :
1° Une lettre de M. Albert Dumont qui donne des détails sur les travaux des
membres de l'école archéologique placée sous sa direction à Rome;
,, 2° Une notice sur les statues récemment découvertes à Aptéra en Crète,
écrite par le gérant du consulat de France à la Canée, et transmise par le mi-
nistère des affaires étrangères.
M. Dumas, secrétaire perpétuel de l'académie des sciences, envoie un
exemplaire du fac simile d'un document relatif à la découverte de l'Australie
par les Portugais, dont plusieurs exemplaires lui ont été adressés par le ministre
du Portugal.
1. Pourquoi le Mklne? c'est bien exclusif. Un des Médnes aurait suffi. M. C. le sait
aussi bien que personne, le cardinal d'Armagnac et le cardinal deTournon, pour ne
nommer que ces deux personnages, partagèrent avec d'Avanson la gloire de combler de
bienfaits les poètes, les savants et les artistes.
2. Les Gayetez d'Olivier de Magny, 1871. Avertissement, p. vij.
<i- 3 . Cette édition est épuisée. On n'a pas oublié les éloges qui lui ont été donnés ici
(ij avril 1872, t. VI, p. 228-229).
d'histoire et de littérature. 2J9
M. Hauréau lit un mémoire sur les récits d'apparitions dans les sermons du
moyen âge. Ce fut un procédé habituel des prédicateurs, au 1 3® siècle surtout,
de raconter qu'un personnage connu pour s'être livré au péché qu'ils combat-
taient était apparu sur la terre après sa mort et avait révélé les peines qu'il
souffrait au purgatoire. M. Hauréau a réuni dans ce mémoire un grand nombre
de ces récits d'apparitions : on ne peut ici qu'en citer quelques exemples. Plu-
sieurs sont inspirés par l'idée de la vanité de la science : telle est la légende de
l'apparition d'Aristote à un de ses disciples, qui en le voyant lui demanda :
« Qu'est-ce que l'espèce, qu'est-ce que le genre ?» — « Demande plutôt, dit
» Aristote, ce que c'est que de souffrir et de ne point souffrir. » Telle est aussi
l'histoire d'un professeur de Paris, M^ Serlon, qui abandonna l'étude pour la
vie monastique quand il eut su les peines que souffrait au purgatoire un de ses
anciens amis, autrefois maître à Paris comme lui : il le vit, quelques jours après
sa mort, revêtu d'une chape formée de feuilles de parchemin couvertes d'écri-
ture ; le mort lui dit que sur ces parchemins étaient écrits tous les sophismes et
les vains arguments dont il avait coutume de faire gloire, et que le poids en
était si lourd qu'il eût mieux aimé avoir à porter la tour de l'église voisine.
Tantôt on employa les récits d'apparition pour soutenir une doctrine théologi-
que; ainsi l'on fit revenir S. Bonaventure et S. Bernard du purgatoire pour
raconter les tortures qu'ils y souffraient en punition d'avoir combattu la doctrine
de l'immaculée conception. Tantôt on s'en servit pour flétrir la négligence des
prêtres à remplir certains devoirs, tels que celui de chanter les offices. Un prêtre
de Sens, disait-on, vit au purgatoire une multitude de clercs chargés de sacs
dont le poids les écrasait : ces sacs contenaient les syllabes que chacun d'eux
avait passées en chantant les psaumes, pour que l'office fût plus vite fini. Il y
avait des récits analogues à l'appui de l'obligation de prier pour les morts, de la
défense faite aux moines de rien posséder en propre : un moine ayant reçu des
souliers neufs cache les vieux souliers sous son lit pour les donner à son père ;
il meurt peu de temps après ; son âme apparaît à un autre moine son ami et lui
révèle le châtiment qu'elle subit pour cette violation du vœu de pauvreté; elle
n'est délivrée que quand l'ami est allé chercher les souliers cachés et les a rendus
au couvent. On employa encore la même arme contre l'ambition des clercs
séculiers, contre le népotisme, la simonie, la pluralité des bénéfices, etc. M. Hau-
réau fait remarquer la grande liberté de langage à l'égard des personnes qui
paraît dans tous ces récits (dont les personnages sont souvent des personnages
historiques connus) comme au reste en général dans les sermons du moyen âge.
On ignorait alors, dit-il, l'art de blâmer sans injurier.
M. Derenbourg fait remarquer qu'un grand nombre de récits analogues à
ceux qu'a cités M. Hauréau se rencontrent dans les écrits cabalistiques.
M. Wallon, secrétaire perpétuel de l'académie, donne lecture de plusieurs
extraits des procès verbaux des séances de l'académie des beaux arts, relatifs à
la proposition faite par la commission administrative de l'institut d'adopter un
type nouveau pour la tête de Minerve gravée sur les médailles et sur les papiers
de l'institut. L'académie des beaux arts, à laquelle avait été renvoyée la question,
240 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
a décidé qu'il y avait lieu de substituer au type actuel une copie de la Pallas de
Velletri, et d'ouvrir un concours pour l'exécution de cette copie. Cette résolution
est maintenant soumise à l'examen des diverses académies. La question parais-
sant être de la compétence de l'institut entier réuni en assemblée générale, et
comme d'ailleurs il n'appert pas par qui l'académie des inscriptions en est main-
tenant saisie, l'académie passe à l'ordre du jour.
Ouvrages déposés sur le bureau :
Recueil des historiens des croisades, publié par les soins de l'académie des
inscriptions et belles lettres : historiens grecs, t. i*^""; Paris, 1875, î°. MM. Hase,
Alexandre et Miller ont successivement travaillé à ce volume.
C. Defrémery, Examende la nouvelle édition de No'cl du Fail (extr. de la Revue
critique).
C. Jourdain, Un compte de la nation d^ Allemagne à. l'université de Paris (extr.
des mémoires de la Soc. de l'hist. de Paris et de l'Ile de France).
Mittheilungen der deutschen Gesellschaft fiir Natur- und Vôlkerkunde Ostasien's
hrgg. V. dem Vorstande, 6 tes Heft, Dec. 1 874 : Yokohama, Buchdrucherei des
« Écho du Japon », 4°.
M. de Witle présente le premier cahier d'une nouvelle publication dirigée par
M. Fr. Lenormant et intitulée Gazette archéologique. i-Jv^-î îfti no'l knh: -si-mj
M. Heuzey présente V Annuaire et les Monuments gréa publiés par l'association
pour l'encouragement des études grecques en France (année 1874).
M. Lenormant continue la lecture de son mémoire sur la langue accadienne.
Il s'attache à établir les preuves de la lecture phonétique des pronoms personnels
de cette langue.
;Gaq £«.! , Julien Havet.
LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE.
Le Père Cahier, Nouveaux Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature sur le
Moyen-Age. Décorations d'églises (Paris, Didot). — Chappell, The History of Music.
Vol. I (London, Chappell and Co.). — Duruy, Histoire des Romains, tomes III et IV
(Paris, Hachette). — Von Libloy, Der Socialismus und die Internationale nach ihren
hervorragenden Erscheinungen in Literatur und Leben (Leipzig, Koschny). — Luchaire,
Du mot basque IRI et de son emploi dans la composition des noms de lieux (Pau,
Ribaut). — Reuter, Geschichte der religiœsen Aufklasrung im Mittelalter. Bd. I. (Ber-
lin, Hertz). — RossBACH, Geschichte der Gesellschaft. VII. Th. (Wùrzburg, Stuber).
— Storm, Sagnkredsene om Karl den Store og Didrik af Bern (Kristiania, Mailing). —
SuMNER Maine, Lectures on the early History of Institutions (London, Murray). —
The Rights of Women (London, Trûbner).
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
II du VI* vol. des Grammatici latini : éd. digne de l'auteur). — E. Schmidt,
i'JReinmar von Hagenau und Heinrich von Rugge. Strassburg, Trubner (alors
'îmême qu'on peut différer avec l'auteur sur beaucoup de points essentiels, il faut
reconnaître qu'il apporte une utile contribution à l'histoire de la poésie allemande
du moyen-âge). — Benecke, Wœrterbuch zu Hartmann's Iwein. 2. Ausg. v.
WiLKEN. Gœttingen, Dieterich. ln-8", viij-591 p. (il est regrettable que les
■ renvois se rapportent seulement aux pages et n'indiquent pas les lignes, et que
toutes les variantes n'aient pas été données). — Schuchard, Ritornell und Ter-
zine. I. Th. Halle, Lippert. In- 4», iv-66 p. (excellente étude). — Bernard,
William Langland. A grammatical treaiise. Bonn, Strauss. In-8", 94 p.
•■'' The Indian Antiquary, éd. by Jas. Burgess. Part XXXIX (vol. IV),
february 1875. Sketch of Sabaean Grammar (E, Rehatsek, Jin). — Archaeolo-
gical Notes. II. Snake-Stones. III. Corpse-Candles and Will -0'- the Wisps
(M. J. Walhouse). — Kalhât in S. E. Arabia (Major S. B. Miles). — Munda-
Kolh Wedding Songs, from the German of the Rev. Th. Jellinghaus. — Bengali
Folklore (G. H. Damant). — The Author of the Pâialachhî (J. G. Bùhler).—
Miscellanea and Correspondence. Hinduism and Révélation. — The ToUs on Goaïl
Hât. — Query : « Lada Lippee. » — Notices of Books. Pantchatantra, Bombay
Sanskrit Séries..— ,T9lb.çyisWbepler's, ti^sjlp^y.pf Irv^i^, vqI. J,H (cf. R/v.^crz|.,
01875, h p. l6l),[l-id-^i?.) §iud.M:jV/ ! .q 8vi /8-pI '.3r,Kq2 é' jjvb ùoih'al'^:
.;l(^.na
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — * On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
.AncMeta (J. de). Arte de grammatica da
r. lingua mais usada na Costa do Brasil,
n novamente dado a luz por J. Platzmann.
-;;j xij-82 p. Leipzig (Teubner). 10 fr. 75
^Bachelet (T.). Histoire contemporaine
1 ;, (j* partie de l'histoire de France). Gr.
in-i8, 332 p. Pasis (Cpurcier). 3 fr. 50
''Begemann (W.). Zur Bedeutung des
schwachen Praeteritums der german.
Sprachen. Ergaenzung zu d. Verf. Schrift.
Das schwache Praeteritum d. german.
Sprachen. In-8*, lij-192 S. Berlin (Weid-
mann). 6 fr. 75
Berlan (F.). Studi storico-critici sugli
statuti di Pistoia del secolo XII. Fasc.
I. In-S", xij-6o p. Pistera (tip. Rossettij.
Bignon (J.). Traité de l'élection du Pape.
In-8% v-n9 p. et 4 pi. Paris (Jouby et
Roger).
Bouche. Le Dahomey, In-8% 24 p. Paris
(imp. Martinet).
Boutiot (T.). Notes sur les justices sei-
gneuriales de la ville et des faubourgs de
Troyes. In-8°, 31 p. Troyes (irap.^Du-
fbur-Bouquet). MftyîH .j.^î .A. *ioT
Catalogue méthodique de là Bibliothèque
publique de la ville de Nantes par E.
Péhant. 6« vol. Histoire (suite et fin).
Polygraphie. Nouvelles acquisitions. In-
8*, xij-680 p. Nantes (imp. Forest et
Grimaud).
Chanson (la) du chevalier au Cygne et de
Godefroid de Bouillon; publiée par C.
- Hippeau. i" partie : Le Chevalier au
Cygne. In-8', viij-268 p. Paris (Aubry).
8 fr.
Clouet (C). Invasions des Normands dans
le Berry. Histoire et conjectures. Origine
probable de Vierzon. In-8*, 45 p. Bourges
(imp. Veret).
Delaunay (F.). Moines et Sybilles dans
l'antiquité judéo-grecque. 2' édit. In- 12,
xix-403 p. Paris (Didier et C^). 3 fr. 50
Desjardins (E.). Les sciences géogra-
phiques en France et à l'étranger. In-8*,
23 p. Paris (imp. Claye).
Dureau (A.). Notes sur les sépultures en
forme de puits et les excavations ana-
logues. In-S", 23 p. et 2 pi. Angers (imp.
Lachèse, Belleuvre et Dolbeau).
Gambini (C). Vocabulario pavese italiano
con aggiunta di una série ai vocaboli pa-
vesi-italiana che del tutto tra di loro
diversificano. In-8". Como (Tip. Nazio-
nale).
Gelmetti (L.). La lingua pariata di Fi-
renze e la lingua letteraria d'Italia : studio
comparativodeilaquestione. In- 16, 344 p.
Milano (Battezzati). 4 fr. 50
Holtzmann (A.). Deutsche Mythologie.
Vorlesgn. Hrsg. v. A. Holder. In-8*,
viij-308 S. Leipzig (Teubner). 10 fr. 7$
Jannet (C). Les Institutions sociales et
le droit civil à Sparte. In-8', 1 58 p.
Paris (Durand et Pedone-Lauriel).
Lefmann (S.). Lalita Vistara. Erzaehlung
V. dem Leben u. der Lehre d. Çâkya
Simha. Aus dem Original d. Sanskrit u.
d. Gâthâdialects zu erst im deutsche
ùbersetzt u. m. sach. Erklaergn. versehen.
I. Lief. In-8*, viij-22 i S. Berlin (Dùmm-
ler). 1 2 fr.
Matscheg (A.). Cesare ed il suo tempo.
Storia critica. 2a ediz. In-16, xvj-560 p.
Firenze (Barbera). 5 fr.
Mira (G. M.). Bibliografia siciliana ovvero
Cran dizionario délie opère édite ed iné-
dite antiche e moderne, di argomento
siciliano, stampate in Sicilia e fuori. In-
4% p. 273-392. Palermo (tip. Gaudiano).
Pott (A. F.). Etymologische Forschungen
auf dem Gebiete der indogermanischen
Sprachen unter Berûcksicht. ihrerHaupt-
formen Sanskrit; Zend-Persich ; Grie-
chisch-Lateinisch, etc. 2. Aufl. in vœllig
neuer Umarbeitg. A, u. d. T.: Wurzel-
Wœrterbuch der indo-german. Sprachen.
S. Bd. Wurzeln auf labiale Mutae. In-8*,
lxxix-433 S. Detmold(Meyer). 13 fr. 35
Les volumes i à 5. 120 fr. 75
Principali (I) Monument! del Museo
archeologico di Milano nel Palazzo di
Brera. In-8°, 8 p. Milano (tip. degli In-
gegneri).
Queux de Saint-Hilaire (de). Le livre
des cent ballades, contenant des conseils
à un chevalier pour aimer loialement et
les réponses aux ballades, publié d'après
les manuscrits de la Bibliothèque de Paris
et de la bibliothèque de Bourgogne de
Bruxelles avec une introduction, des notes
historiques et un glossaire. Complément.
In-8*, xxiv-19 p. Paris (Maillet et G').
Robert (P.-C.). Mélanges de numisma-
tique. I" et 2' fascicules. Avec 5 pi.
In-8', 45 p. Paris (imp. Pillet).
Rûckert (F.). Grammatik, Poetik und
Rhetorik der Perser. Nach dem 7. Bd.
d. Heft Kolzum dargestellt. Neu hrsg. v.
W. Pertsch. In-8', xx-414 S. Gotha
(F. A. Perthes). 32 fr.
Saulcy (F. de). Note sur des projectiles
à main, creux et en terre cuite, de fabri-
cation arabe. In-8*, 19 p. Nogent-Ie-
Rotrou (imp. Gouverneur).
Schanz (M.). Studien zur Geschichte d.
Platonischen Textes. In-8*, iv-88 S.
Wurzburg (Stahel). 6 fr. 50
Terninck (A,)- Essai sur l'industrie gallo-
romaine en Attrébatie. T. 2. In-S»,
180 p. Arras (imp. V' Brissy).
Études sur l' Attrébatie avant le VI' s.
In-8°, 180 p. Arras (la même).
Trois recès inédits des États de Franche-
Comté. In-8°, 9! p. Lons-le-Saulnier
(imp. Gauthier frères),
Valerga (P.). Il divano di Omar-ben-al
Fàre'd tradotto e paragonato col Canzo-
niere del Petrarca. In- 16, 174 p. Firenze
(tip. Cellini e G.)- 3 fr. 50
Volkmann (R.). Geschichte u. Kritik d.
Wolfschen Prolegomena zu Homer. Ein
Beitrag zur Geschichte der Homerischen
Frage. In-8°, xix-364 S. Leipzig (Teub-
ner). 10 fr. 7J
Wachsmuth (C). Die Stadt Athen im
Alterthum. i. Bd» Mit 2 Taf. In-S*,
767 S. Leipzig (Teubner). 26 fr. 75
Zaboro-wski-Moindron. De l'ancien-
neté de l'homme, résumé populaire de la
préhistoire, avec préface, tableaux, figures,
index. 2* partie. In-8*, 236 p. Pans (G.
Baillière). 5 fr. 50
Zenone da Pistoia. La pietosa fonte :
poema in morte di messer Francesco Pe-
trarca. Testo di lingua messo novella-
mente in luce con giunte e correzioni da
F. Zambrini. In- 16, lx-172 p. Bologna
(Romagnoli). 9 fr.
Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 16 Neuvième année. 17 Avril 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE l'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard.
Prix d^abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
2I« fascicule.
1— I"V1\/T Pvî T7 ^ Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de
r~l 1 IVl i N L_i Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut,
avocat à la Cour d'appel de Paris. 22 fr.
22^ FASCICULE.
Lr-iç p)! "CTTIDÇ ^^ Philippe. Poème en vers politiques de
> 1-^ O r l_i JZ/ LJ rvo Philippe le Solitaire, publié dans le texte
pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé
E. Auvray, licenciées-lettres. 5 fr. 75
COLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE)
^e FASCICULE.
t-i • Iv 1 1 1 Ci r\ Les noms de famille. 3 fr. 50
9' En distribution :
. Le i" numéro 1875 de la Romania.
•^'^^^PÉRIODIQUES!'^^'^'
Il t
The Academy, N* 1 51, new séries, 27 mars. Owen Legge, Pius IX : the
Story of his Life. London, Chapman and Hall (G. A. Simcox). — Chaucer,
The Prioresses Taie, Sire Thopas, The Monkes Taie, The Clerkes Taies, etc.
Ed. by W. W. Skeat. Oxford, Clarendon Press (F. J. Furnivall : édité magis-
tralement; excellente introduction). — Yeatman, An Introduction to the Study
of Early English History. London, Longmans and Co. (Geo. F. Warner : amas
d'absurdités). — Some tracts on Education (notes de l'éditeur). — Notes and
News (on signale un fait curieux : une grammaire grecque écrite en hindi paraît
dans l'Inde sous le titre de Yavan bhâshâka Vyâkarana). — Notes of Travel. —
Paris Letter (G. Monod : passe en revue les plus récentes publications philo-
sophiques). — Correspondence. The Indian Affmities of the Gipsies (Richard
F. BuRTON, à propos de la brochure de M. de Goeje sur les Tsiganes, repro-
duit quelques passages de son propre ouvrage : Sindh and the Races that Inhabit
the Valley of the Indus, London, Allen 1851, où il discutait les mêmes questions
dont s'occupe la brochure de M. de Goeje; M. Burton ajoute modestement qu'il
n'est pas étonné que ses humbles travaux aient échappé aux savants ; mais il
espère qu'on voudra bien ressusciter en cette occasion son ouvrage oublié et
enterré; nous sommes heureux de nous faire l'écho de ce vœu d^autant plus
légitime que la lettre de M. Burton est pleine d'intérêt). — Spenser's Last Lines
(F. J. Furnivall). — - The Word « Fye-Marîen » (F. G. Fleay). — Sayce,
The Principles of Comparative Philology. London, Trûbner (J. Rhys : l'auteur
fait un procès de tendance à la Grammaire comparative officielle). — Meetings of
Societies (Soc. de numismatique et de philologie). — The Esquiline and Palatine
Hills (C. I. Hemans).
The Athenœum, N" 2474, 27 mars. Sir Travers Twiss, The Black Book
of Admiralty, Vol. III. Longmans and Co. — Myers, Remains of Lost Empires.
Sampson Low and Co. (récit attrayant d'un rapide voyage de Palmyre à Kasch-
mir). — MyETZNER, An English Grammar. Transi, from the German by Clair
James Grèce. 3 vols. Murray (on constate qu'aucune grammaire écrite en An-
gleterre ne peut soutenir la comparaison avec cette œuvre d'un étranger). —
Calcoen, A Dutch Narrative of the second voyage of Vasco da Gama to Calicut.
Printed at Antwerp circa 1 504. With Introd. and Transi, by Berjeau. Pickering.
Our Library Table (note favorable sur le Jules Michelet de M. Monod). — Notes
ou Stillingîleet, by S. T. Coleridge. — Literary Gossip. — The Art of Travel.
— Dolmen-Mounds of the Boyne (S. P. Oliver). — Societies (Soc. de géogra-
phie, de numismatique, de philologie). — Frœhner, Les Musées de France.
Paris, Rothschild. — Schliemann's « Troy ». — Michael Angelo. — Miscellanea.
Herod's Temple (Samuel Sharpe.
Literarisches Centralblatt, N" '.4, 3 avril. Giesebrecht, Geschichte der
deutschen Kaiserzeit. 4. Bd. 2. Abth. Braunschweig, Schwetschke. In -8°, xx-
309 p. (suite des Staufer und Welfen, cf. Rev. crit., I, 233, pour la i""' partie).
— Jaffé et Wattenbach , Ecclesiae metropolitanae Coloniensis codices mss.
descripti. Berlin, Weidmann. In-B", x-i66 p. (travail magistral). — Roscher,
Geschichte der Nationalœkonomik in Deutschland. Mùnchen, Oldenbourg. In-8°,
!o8) p. (cet important ouvrage forme le 14" vol. de l'Histoire des sciences en
Allemagne). — Curiosités de voyages en Alsace (cf. Rev. crit. 1875, I, 181). —
Bastelberger, Dîe militârischen Reformen unter Mahmud II. Gotha, Perthes.
In-8", 208 p. (recommandable). — Gertz, Studia critica in 4. Annaei Senecae
dialogos (cf. Rev. crit., 187$, p. 68). — Kilian, Die Théorie der Halbvocale.
Strassburg, Trûbner. In-8°, i8 p. (sans valeur). — Lenormant, Choix de
textes cunéiformes. 1.-3. fasc. Paris, Maisonneuve. In-4°, 172 p. (très-fautif).
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 16 — 17 Avril — 1875
Sommaire : 72. VAryabhattya, p. p. Kern. — 73. Hehn, Introduction en Europe
des Plantes cultivées et des Animaux domestiques, 2' éd. — 74. Teuffel, Histoire
de la littérature romaine. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
72. — The Aryabhatîya , with the Commentary Bhafadîpikâ of Paramâdîçvara,
edited by D' H. Kern. Leiden, E. J. Brill. 1874. Gr. in-4", xij-107 p. — Prix :
10 fr. 50.
Les premières informations positives concernant Aryabha/a sont dues, comme
tant d'autres, à Colebrooke (As. Res. XII, Calcutta 1816 et Algebra... of
Brahmagupta and Bhâskara, London 1817). Malgré leur insuffisance et leur
état fragmentaire, ces renseignements furent aussitôt accueillis avec un vif inté-
rêt. Ce n'était pas en effet une donnée de médiocre importance pour l'histoire
des sciences mathématiques, que l'existence avérée et nullement légendaire d'un
astronome indien qui, dès les premiers siècles de notre ère et encore plus tôt
peut-être, avait présenté un système scientifique du monde, système en appa-
rence original, dans lequel les révolutions célestes étaient évaluées avec une
exactitude surprenante et où se trouvaient enseignés la précession des équinoxes
et le mouvement de la terre autour de son axe. Malheureusement Colebrooke
n'avait point eu accès à l'œuvre même d'Aryabha/a, qu'il ne connaissait que par
l'intermédiaire des écrivains postérieurs. Aussi toutes ses assertions ne sont-elles
pas également fondées, et le fait, pour nous capital, que cette œuvre est rigou-
reusement datée, lui avait-il échappé. Ses autorités, que des indications de ce
genre ont toujours médiocrement intéressées, s'étaient bien gardées de relever
celles-ci et, d'autre part, parmi les données numériques du système qu'il avait pu
recueillir, il ne s'en trouvait pas qui fussent de nature à lui fournir une détermi-
nation chronologique. En général, les données impliquant une date, telles que
seraient par exemple les éléments d'une éclipse, sont très-rares, si tant est qu'il
s'en trouve, dans les écrits astronomiques des Indiens. On n'y rencontre que des
mesures angulaires dont on ne peut tirer que des conclusions peu précises, parce
que ces mesures sont souvent inexactes, l'erreur pouvant aller jusqu'à plusieurs
degrés, et qu'elles se rapportent en outre à des mouvements révolutifs la plupart
d'une extrême lenteur. C'est ainsi que l'âge de compilations volumineuses et
remplies de détails, telles que le Sûrya-siddhânta, n'a pu encore être déterminé
que d'une façon tout approximative, et il n'en serait pas autrement de l'ouvrage
d'Aryabha/a, si l'auteur n'avait pas eu soin de nous indiquer lui-même l'année
de sa naissance et celle aussi, selon toute apparence, à laquelle il entendait rap-
porter son traité. En dehors de cette donnée, je ne vois, en effet, dans tout le
livre, qu'une seule indication explicite qui permette d'en déterminer approxima-
XV i6
tivement l'époque : la valeur qu'on y donne pour la longitude de l'apogée du
soleil estimée égale à 78". Grâce à la date fournie par l'auteur lui-même, nous
voyons que cette valeur, qui correspondrait à 549 ap. J.-C. est trop forte d'en-
viron 50' et qu'elle implique une erreur en plus d'une cinquantaine d'années.
Mais sans le secours de la date, même en ne supposant pas l'erreur plus grande
(et elle aurait pu l'être) qu'elle n'est en réalité, il est évident que nous ne sau-
rions pas en quel sens la prendre, et que la détermination déduite de cette
donnée resterait ainsi flottante en deçà ou au-delà de $49 dans la limite d'un
siècle.
Cette date qui tranche la question et qui était restée inconnue à Colebrooke
fut produite plus tard par M. Wish, et avec plus de précision et d'autorité par
M. Bhau Dadji (J. of the Roy. As. Soc. 1864). De nouveaux renseignements
furent également ajoutés à ceux qu'on possédait déjà par MM. Fitz-Edward
Hall et Kern. Mais il suffit de jeter un regard sur la notice que M. Lassen,
qui disposait cependant de toutes ces sources d'information^ a consacrée à
Aryabhafa dans la 2*^ édition de son Indische Alterthumskunde, II, 1147, pour
voir combien il restait encore de points obscurs même pour les savants le mieux
en position d'être bien renseignés. Fallait-il admettre un seul auteur de ce nom ?
Fallait-il en admettre deux ou même trois? Et comment devait-on répartir entre
les homonymes les écrits qui ont été transmis avec cette attribution î A ces
questions et à d'autres encore, il n'y avait de réponse à faire qu'à la condition
d'avoir les textes. C'est donc un service de premier ordre que l'éditeur et le
traducteur de Varâha-Mihira vient de rendre à cette branche des études indiennes,
en publiant celui de ces textes que son contenu, ainsi que la tradition, oblige de
reconnaître comme le plus ancien et le seul authentique,
Aryabhafa se nomme lui-même en deux qndroits de son ouvragé : la première
fois dans l'une des deux stances d'introduction à la Daçagîîikâ, stances dont rien
ne nous autorise à suspecter l'authenticité, bien qu'elles ne soient pas comptées,
aussi peu que la stance finale, au nombre des sûtras de cette section ; la deu-
xième fois dans la première stance de la deuxième section. IV, 50 le traité est
appelé VAryabhatîya, et c'est aussi le seul titre que semble reconnaître le com-
mentaire. II, I nous montre l'auteur fixé à Kusumapura, c'est-à-dire Pâ/ali-
putra sur le Gange; enfin III, 10 il nous apprend qu'après l'an j6oo du Kaliyuga
(== 498 ap. J.-C.) révolu, « 23 années s'étaient écoulées depuis sa naissance. »
On peut donc admettre le commencement de l'année 499, sinon pour la date
même de la rédaction du traité, comme le veut le commentaire, du moins pour
le point de départ des calculs rétrospectifs sur lesquels il est fondé.
Dans la tradition indienne (vid. Préface, p. X), Aryabha/a passe pour avoir
été un réformateur, dans la mesure du moins dans laquelle on y conçoit un
pareil rôle à l'égard d'une science tenue pour immuable et révélée ; et le fait en
lui-même n'a rien d'improbable, bien qu'à la lecture de l'ouvrage il n'y paraisse
guère>, Irt^i polémique,, qui semble inséparable des nouveautés, et qui a su se faire
sa place jusque dan^ les oeuvres les plus sèches et les plus décharnées de, la
littérature sanscrite, n'a pas laissé de traces dans celle-ci. L'auteur ne se
d'histoire et de littérature. 24J
réclame de personne, ne cite aucune autorité, soit pour s'en prévaloir, soit pour
la combattre. S'il termine en vouant à l'enfer ceux qui s'aviseraient de faire
opposition à son livre, c'est que ce livre contient « la doctrine éternelle,
» révélée jadis par Brahmâ ' » IV, 50. S'il déclare que c'est « par faveur spé-
» ciale de la divinité qu'il a pu, monté sur la nef de son intelligence, retirer cet
« excellent joyau de vraie doctrine du sein de l'océan de la science absolue »
IV, 49, il se charge lui-même d'interpréter ces paroles infiniment moins empha-
tiques en sanscrit qu'en français, en nous prévenant ailleurs qu'il va « exposer
» la science tenue en honneur à Kusumapura » II, i . Peut-être y a-t-il toutefois
dans ce dernier passage une allusion à des rivalités d'écoles. Il ressort en effet
de l'usage que fait Aryabhafa du méridien d'Ujjayinî, que cette ville était dès
lors le principal siège de la science astronomique. Toute cette époque, du reste,
fut pour cette étude une période de singulière activité. La littérature des
Siddhânta était alors en pleine élaboration, et un intervalle de moins d'un siècle
voyait paraître les écrits d'Aryabha/a, de Varâha-Mihira et la dernière rédaction
du Sûrya-Siddhânta. Il est d'autant plus étonnant qu'Aryabhafa, qui fait si
souvent bande à part, ait pu garder dans tout le reste de son traité un ton aussi
impersonnel. La nouveauté même à laquelle son nom demeure attaché et qu'on
est le plus tenté de regarder comme son bien propre, le mouvement diurne de
la terre, est énoncée sans apprêts et comme une vérité courante. L'impression
produite est d'un manuel résumant une tradition ancienne et bien assise, et
nullement du manifeste d'une école nouvelle.
Comme la plupart des ouvrages de ce genre, le traité est rédigé en vers, mais
sans aucun des ornements plus ou moins poétiques qui encombrent par exemple
certaines parties de la Brihat-Sa/nhitâ et du Sûrya-Siddhânta. Comparé
à ce dernier surtout enchâssé dans son cadre mythologique qui rappelle celui des
Purâ/zas, il se comporte exactement comme un Dharma-Sûtra, celui d'Apas-
tamba, par exemple, vis-à-vis du Code de Manu. Par contre, la plupart de ces
vers sont d'une extrême concision. Ainsi les règles de l'extraction des racines
carrée et cubique, avec l'indication de toutes les opérations essentielles, sont
renfermées chacune en un seul distique, et en un seul aussi se trouve condensée
l'exposition de tout un système très-compliqué de numération syllabique. Le
Sûtra^, II, 19 ne contient pas moins de quatre règles distinctes enlacées pour
ainsi dire les unes dans les autres et qu'on ne peut en dégager qu'en soumettant
successivement le distique à quatre constructions différentes. Aussi beaucoup de
ces stances seraient-elles inintelligibles sans le secours du commentaire J. Par
bonheur celui-ci est excellent, surtout pour la section mathématique. Dans les
autres parties, il est quelquefois moins heureux; par exemple I, i et IV, 9, où
il fait violence au texte et au sens commun pour faire dire à Aryabha/a que la
1 . Le commentaire conclut de là ainsi que de l'invocation à Brahmâ par laquelle débute
l'ouvrage, quS\ryabhaîa reconnaît pour son autorité le Brahma-Siddhdnta.
2. Le commentaire qualifie ainsi les distiques du texte. L'auteur s'est lui-même servi
de ce terme, mais dans le sens propre de « collection de règles. » I, 1 1, il appelle toute
la I" section Daçagîtikâsûtra, « le sûtra des 10 stances. »
3 . Il en est d'autres qui paraissent parfaitement claires, mais qui conduiraient à d'étranges
i^ «-SM. REVUE CRITIQUE
terre est immobile ; ou IV, 5, quand il avance que Mercure et Vénus, bien
qu'étant des planètes inférieures, n'ont pas de phases comme la lune, mais que,
par suite de leur proximité du soleil, et de la grandeur de celui-ci, leur disque
reste toujours éclairé. Il faudrait traduire cette explication bien largement pour
la réconcilier avec la géométrie. Le reproche toutefois qu'on serait le plustenté^v
mais aussi, en raison du caractère spécial de la littérature scientifique des Indiens/
le moins en droit de lui faire, c'est qu'il se borne à interpréter son texte sans,
au fond, l'éclairer suffisamment. Aryabhafa énonce et prescrit, mais il ne démontre
pas. Son traité est une suite de résultats sans justification, et de recettes sans
théorie. Le mal à cela n'est pas grand pour la partie purement mathématique,
la façon seule de poser la question ou d'en indiquer la solution, étant presque
toujours un indice suffisant de la méthode. Mais pour les données astronomiques
il n'en est pas de même, et là, le plus intéressant serait précisément de savoir
comment il y est arrivé. Il ne le dit pas, et le commentaire, sans doute pour de
bonnes raisons, ne nous en apprend pas plus que lui. L'auteur de ce commen-
taire, Paramâuîçvara, n'est pas autrement connu. Il nous apprend lui-même
dans l'introduction qu'il a commenté la Lîlâvatî et d'autres écrits de Bhâskara,
ainsi que deux traités intitulés Mânasa et dont l'un est qualifié de Laghu. Il cite le
Sûrya-Siddhânta, Varâha-Mihira, Lalla, la Lîlâvatî, Brahmagupta, un commen-
taire de l'Aryabha/iya antérieur au sien, la Prakâçikâ de Sùryadeva ', et une
SiddhântadîpJkâ qui est probablement son propre commentaire sur l'œuvre de
Bhâskara {p. 26, ^i, 86).
La science astronomique pour Aryabhafa se divise en trois branches, ganita
ou le calcul, kâlakriyâ ou la connaissance des temps, et gola ou la théorie de
la sphère ^ (stance d'introduction). A ces trois parties correspondent les sections
méprises, si on les prenait au mot. Le sûtra I, 10, après avoir énuméré 24 nombres, 225,
224, 222, 219 37, 22, 7, ajoute : « ce sont là les sinus des kalâs (ou les sinus
» en kalâs). » Il semble que si ces mots ont un sens, ce doit être celui que les nombres
donnés sont les valeurs des sinus. Kalâ, il est vrai, est obscur : il a ici la signification de
minute d'arc; mais il pourrait en avoir d'autres, par exemple celle d'une partie quel-
conque, soit d'un arc, soit du rayon. Qu'on ne se rappelle pas dans le moment la table
toute semblable dont la construction est enseignée dans le S(!lrya-Siddhânta, ou qu'on
néglige 2 lignes du commentaire, et on sera naturellement amené à voir dans les nombres
énoncés les sinus exprimés en parties du rayon pour 24 subdivisions du quart de cercle,
le rayon étant égal à 225. On n'irait pas bien loin, il est vrai, sans s'apercevoir qu'on
est fourvoyé; mais, sans autre guide que le texte, on chercherait peut-être longtemps
avant de trouver le bon chemin. En réalité ces 24 sinus sont exprimés en minutes d'arc,
desquels le rayon contient 3438, et les nombres énoncés donnent, non pas la valeur de
ces sinus, mais celle de l'excès de chaque sinus sur le sinus précédent. On obtient ainsi
une table des sinus de 225' en 225' fort exactement calculée, si on tient compte de l'ha-
bitude des Indiens de négliger les tractions.
1. M. Kern en a publié l'introduction dans sa Préface.
2. Ces divisions sont quelquefois établies autrement, mais le principe même d'une divi-
sion ternaire est resté d'usage courant. Triskandhàrthajna « celui qui connaît les 3 sections »
est presque synonyme d'astronome. — Aryabhafa s'est renfermé strictement dans les li-
mites indiquées ci-dessus. L'astrologie ou Hord, qui occupe une si grande place dans
d'autres ouvrages, est restée tout à fait en dehors de son traité. Mais il la connaissait,
puisqu'il en a donné une des règles fondamentales , celle qui détermine pour chaque jour
de la semaine et pour chaque heure du jour la planète qui les régit, III, 16.
d'histoire et de littérature. 245
II, III et IV de son traité qui, réunies, forment en quelque sorte un tout à part,
souvent désigné, à cause de ses 108 distiques, sous le titre d^AryâshXaçata. En
tête et comme la base de l'ouvrage, se place la section I ou Daçagîtikâsâîra, qui
contient les données numériques du système du monde. Que ces deux parties
aient formé dans la pensée même de l'auteur deux ensembles plus ou moins
distincts, cela est très-probable, puisqu'elles ont chacune son introduction et son
post-scriptum, et que le système particulier de numération syllabique employé
dans la première, ne reparaît pas dans la seconde. Mais là s'arrêtent les diver-
gences. Colebrooke, il est vrai, a supposé que ces deux parties exposaient deux
systèmes astronomiques différents {Mise. Ess. II, 378 et 474). Mais je ne
retrouve pas dans le texte les contradictions qu'il mentionne sur la foi de ses
autorités. Le commentateur ne paraît pas les avoir aperçues non plus. Il se
contente de prêter à l'auteur quelques sous-entendus, et il déclare, d'accord en
ceci avec Lalla, lequel passe pour avoir été un disciple d'Aryabhaîa, que celui-
ci, en spécifiant l'année 499 dans VAryâshtaçaîa, a voulu signifier que les mou-
vements moyens calculés à l'aide des nombres donnés dans la Daçagîtikâ
fournissaient des positions vraies pour cette année-là. L'assertion, prise à la
lettre, est sujette à caution ; elle exclut cependant de grosses divergences théori-
ques, et de fait, les deux parties de l'ouvrage, dans quelques circonstances
d'ailleurs qu'elles aient été composées, semblent bien ne présenter qu'une seule
et même doctrine. A plus forte raison est-il impossible d'admettre la supposition
de M. Lassen d'après laquelle la Daçagîtikâ serait l'œuvre d'un Aryabhaïa antérieur
de deux ou trois siècles et mentionné dès le milieu du iv^ par les chroniqueurs
byzantins sous le nom d'Andubarios. La valeur de 78° donnée à la longitude de
l'apogée du soleil impliquerait dans ce cas une erreur beaucoup trop forte, même
pour un observateur indien. Quel qu'ait pu être par conséquent l'original de l'An-
dubarios du Chronicon Paschale, on peut affirmer qu'il n'a rien à faire ici et
que, jusqu'à nouvel ordre, nous devons nous borner à distinguer deux Arya-
bha?a, l'auteur des deux parties du présent traité, et l'homonyme ou le pseudo-
nyme postérieur à qui M. Kern a attribué ailleurs le Mahâ-Siddhânta.
\ Ce ne saurait être ici mon but de donner une analyse détaillée de l'Aryabha-
rîya : j'essaierai cependant, autant que le comporte le cadre de la Revue, d'en
indiquer les points principaux, en commençant par la Daçagîtikâ.
Les données des révolutions sidérales du soleil, de la lune, des planètes, des
apsides et des nœuds lunaires sont exprimées chez Aryabha/a comme ailleurs
par des chiffres représentant le nombre de ces révolutions accomplies durant le
cours d'un yuga ' (I, 1. 2). Ce yuga qui diffère sensiblement de celui qu'on
I . J|ai déjà eu l'occasion (Rev. ait. du 21 mars 1874) de toucher à quelques-unes des
questions que soulève l'usage de ces grandes périodes, et je n'y reviendrai pas ici. — Par
yuga, Aryabhaia entend la période complète du mahd- ou catur-yuga. III, 12, il l'appelle
« yuga des dieux. « 1008 yugas, correspondant à 72 règnes de Manu, font un jour de
Brahmâ (I, j. III, 8). Le yuga se compose de 4 âges d'égale durée (I, j. III, 10), et se
partage en 2 moitiés, \'Ulsarpim et VAvasarpinî; la partie mitoyenne est dite Sushamd,
les 2 extrémités sont les Dushshamâ (III, 9. Paramâdîçvara n'explique pas cette stance
dont la terminologie est celle des Jainas). Le yuga a commencé le i" de Caitra, un mer-
246 <»»<-^. REVUE CRITIQUE -??f^*:<^
trouve chez d'autres autorités, comprend le nombre ordinaire d'années sidérales
solaires (4,320,000), mais celles-ci renferment un nombre de jours différent. La
terre est censée en effet accomplir durant cette période 1,582,237,500 révolu-
tions diurnes, ce qui donne 1,577,917,500 jours dans un yuga et, pour la
durée de l'année sidérale solaire, le chiffre particulier de 565 j. 6 h. 12'" 3o^
Les valeurs qu'on obtient pour la durée des autres révolutions, présentent natu-
rellement des différences analogues. Tous ces chiffres du reste sont donnés sans
aucune indication quant à leur origine. Il est donc inutile de s'y arrêter plus
longuement. On ne pourra les discuter avec fruit que lorsqu'on possédera tous
les monuments de l'ancienne astronomie indienne, et aussi qu'on aura dépouillé
plus complètement les restes des vieilles archives de la Chaldée. Je remarquerai
seulement que, si on compare ces données avec celles du Sûrya-Siddhânta et
avec celles qu'on peut regarder jusqu'à présent comme la source des unes et des
autres, les évaluations d'Hipparque, on trouve que sept fois sur neuf Aryabhafa
exagère l'écart qui s'observe entre le traité indien et l'astronome grec, et cela
quel que soit le sens de cet écart. Il lui arrive ainsi trois fois d'être plus exact
que l'un et l'autre, trois fois par contre de l'être moins, et une fois de l'être plus
qu'Hipparque mais moins que le Sûrya-Siddhânta. Une seule fois, pour Jupiter,
il s'écarte d'Hipparque en sens inverse du Sûrya-Siddhânta, pour tomber moins
juste que l'un et l'autre. Pour la révolution de Vénus, l'écart chez lui est
moindre, tout en ayant lieu dans le même sens. Mais ce cas est d'une nature
particulière, le Siddhânta présentant ici une erreur assez forte qui semble trahir
un emprunt maladroit et résulter d'un chiffre lu de travers. Aryabhafa n'a pas
commis cette erreur et, en même temps, son résultat est plus exact que celui de
l'astronome grec. De ce rapprochement il semble ressortir d'abord, que la part
de la véritable observation dans ces divergences doit avoir été bien modeste et
qu'elle s'est probablement réduite à l'introduction de changements arbitraires
destinés à rétablir pour quelque temps l'accord entre les résultats du calcul et
l'état actuel du ciel; en second lieu, que ces variations, malgré leur irrégularité
apparente, semblent cependant être soumises à une certaine loi qui aidera peut-
être un jour à en faire découvrir la filiation.
Aryabha/a ne donne pas d'indication spéciale relativement aux positions des
apsides et des nœuds de la lune. On devra les déduire, pour un moment donné,
des nombres assignés aux révolutions de ces points dans le cours d'une yuga, en
faisant les corrections nécessaires, et sachant qu'à l'origine de la période les
longitudes du périgée et de l'un des nœuds (probablement le nœud ascendant;
il ne dit pas lequel) étaient toutes les deux nulles •. Mais il donne directement
credi, au moment du lever vrai pour le méridien de Lanka et de l'entrée du soleil dans
le signe du Bélier (I, 2. III, 11). Le dernier quart, ou l'âge Kali dans lequel nous vivons,
a commencé le lendemain du « Jeudi des Bhâratas » ou du départ de Yudhish/hira et de
ses frères pour le ciel (î. 3). Le commencement du yuga a coïncidé avec une conjonction
générale (I, 2); de là l'expression de « yuga commun des planètes » (III, 8); parce que,
ajoute le commentaire, le soleil et toutes les planètes se trouvent alors réunis au point
d'origine du zodiaque, ce qui dispense de tenir compte dans le calcul de leurs mouve-
ments, des nombres entiers de yugas.
i. Si Aryabhafa a réellement entendu rapporter son traité à l'an 499, et si l'assertion
d'histoire et de littérature. 247
les loîîgitudêS de l'apogée et du nœud ascendant des planètes, ainsi que celle
de l'apogée du soleil (I, 1). Ce fait seul autorise la supposition qu'il ignorait les
mouvements de ces points. Et en effet, son traité ne contient aucune indication
précise', aucune évaluation relative à leur déplacement, pas plus en ce qui
concerne Saturne, pour l'apogée duquel Colebrooke lui fait admettre cinquante-
quatre révolutions dans un kalpa, qu'en ce qui concerne les autres planètes.
Quant aux équinoxes et aux solstices, il se contente de les rapporter aux divi-
sions du zodiaque (IV, i); mais je ne vois nulle part qu'il ait éprouvé le besoin
d'en déterminer la position sidérale, ou d'en évaluer le mouvement. En particu-
lier je ne retrouve pas dans le traité le passage cité par Colebrooke {Misc^ Ess.
U; 378) comme tiré de l'Aryâsh/açata, et dans lequel il serait question d'un
déplacement libratoire de l'écliptique. Il n'est donc nullement démontré
qu'Aryabhafa n'ait pas regardé ce cercle comme fixe. Il y a au contraire tout
lieu de croire qu'en faisant coïncider au commencement du yuga l'équinoxe
vernal avec le premier du Caitra (ce qui suppose le soleil dans la constellation des
Poissons), il entendait donner une fois pour toutes une indication valable pour
toute la durée de la période, et que dans sa pensée, les années qui commencent
avec ce mois avaient de tout temps commencé aux environs de l'équinoxe, sans
autre variation que celle qu'entraînait la nature même du mois mobile de Caitra.
Il semble donc qu'on se soit trop hâté en lui attribuant la connaissance de la
précession ou du moins d'une libration des points équinoxiaux. — L'inclinaison de
l'écliptique sur l'équateur est évaluée par lui à 24° avec une erreur de 22' (1, 6).
Pour l'obliquité des orbites planétaires, l'erreur est parfois encore plus forte, de
5'' par exemple pour Mercure,
I, 4 et 5 donnent la circonférence des orbites du soleil, de la lune et des
planètes, ainsi que les diamètres de ces astres et celui de la terre. Ce dernier
est de )o^o yojanas, le yojana étant de 8000 hauteurs d'homme de 4 hastas ou
coudées chacune. Cette mesure est en tous les cas notablement trop forte 2 ;
elle n'en est pas moins remarquable pour un peuple qui logeait le pôle immédia-
• tement derrière l'Himalaya. Est-elle de provenance indigène ou étrangère ? Les
Indiens savaient-ils tracer une méridienne et la mesurer ? Rien n'indique qu'ils
aient possédé un réseau géodésique comparable même de loin à celui que
possédaient les Grecs dès le temps d'Eratosthène, et l'erreur de 47' que com-
du commentaire est fondée, que les positions moyennes calculées sont vraies pour cette
année, on aurait pour la longitude du périgée au commencement du printemps 499, 3 5°
42' et pour celle de l'un des nœuds 352° 12'. Il serait intéressant de vérifier ces posi-
tions.
1. J'ai quelque peine à accepter comme telle IV, 2 où il est dit que les nœuds des
planètes et de la lune, ainsi que le soleil, se meuvent sur l'écliptique. En tous les cas Arya-
bhafa n'a nulle part évalué ce mouvement, et je me demande si, l'ayant connu, il ne l'au-
rait pas évalué coûte que coûte, comme l'ont fait tous les astronomes indiens, dont les
chiffres à ce sujet sont de pure fantaisie.
2. Il serait intéressant de pouvoir la comparer avec celles qu'ont laissées les Grecs. Mal-
heureusement les différentes espèces de stade ne sont guère mieux déterminées que le yo-
jana. Dans le Sûrya-Siddhânta la hauteur d'homme est la mesure d'un homme debout,
les bras levés. -■^■\i./rJ^,ti\::i':^bù^iiy>L^u\f;^^)i^i s.')iiLUknii
248 . 3 fl'"^'i REVUE CRITIQUE yN*'c
met Aryabha^a dans l'évaluation de la latitude d'un lieu aussi important
qu'Ujjayinî (22° ?o' d'après IV, 14), n'est pas faite pour inspirer une grande
confiance en leur habileté pratique. Les mesures r.elatives à la lune suggèrent
des questions semblables. En prenant le rayon de la terre pour unité, on trouve
qu'Aryabhafa donne pour celui de la lune 0,3 au lieu de 0,27, et pour celui de
l'orbite 65,48 au lieu de 60. Quant aux autres valeurs, il est plus facile de voir
comment elles ont été obtenues : elles résultent de l'idée préconçue et chimé-
rique que la vitesse est la même pour le soleil et pour toutes les planètes et que,
par conséquent, les dimensions des orbites sont en raison directe de la durée
des révolutions. De l'orbite se déduit ensuite le diamètre de l'astre. Celui du
soleil est à celui de la terre comme 4,2 est à i ; ceux des planètes sont repré-
sentés à plus forte raison par des chiffres de pure fantaisie, et tellement petits,
que la plupart de ces astres seraient invisibles, même à la distance à laquelle
l'auteur les place. Ce qui n'est pas dit, mais qu'il est permis de supposer,
c'est que les dimensions du soleil, de la lune et de la terre ainsi que leurs
distances respectives une fois obtenues, on les aura corrigées de façon à établir
entre eux les rapports nécessaires à l'explication des éclipses. — I, 8 et 9 con-
tiennent les données numériques relatives aux épicycles imaginés pour expliquer
les irrégularités des mouvements des planètes et sur lesquels ces astres sont
supposés se mouvoir uniformément (les excentricités des orbites sont données
III, 18, 19). Enfin I, 10 fournit la table des sinus dont il a déjà été question.
La II® section, ou ganitapâda, est purement mathématique. Elle comprend :
la numération II, 2; la définition du carré et du cube numériques et géométri-
ques; l'extraction des racines carrée et cubique, II, 3-5 ; la mesure des surfaces,
polygones, cercle, sphère, II, 6-9; le rapport de la circonférence au diamètre
représenté oar -^— * II, 10: la manière de calculer directement les sinus en
^ ' 20000 ' '
partant des côtés du carré et du triangle inscrits, II, 11; une méthode qui serait
curieuse, si elle était juste, de calculer les éléments de la table donnée, I, 10.
Cette méthode enseignée aussi dans le Sûrya-Siddhânta, aboutit à une erreur
d'une unité en moins dès le 7® résultat, II, 12; la construction d'une figure
donnée, II, 13; les relations des côtés du triangle rectangle appliquées aux
lignes du gnomon et aux lignes trigonométriques (sinus, cosinus et flèches, les
seules dont le traité fasse usage), II, 14-17; la détermination de la surface
commune de deux cercles qui se pénètrent, ou des dimensions d'une éclipse,
II, 18 ; les relations des éléments d'une progression arithmétique, II, 12, 20;
la sommation de la série des nombres triangulaires et de celle des nombres
carrés, sous une forme qui rappelle tout-à-fait le problème des piles de boulets
de nos traités, II, 21-22; le développement du carré de la somme de deux
'nombres, II, 23; deux exemples de la solution de l'équation du 2^ degré, II,
24-25 ; la règle de trois, II, 26; le calcul des fractions et la réduction au même
dénominateur, II, 27 ; la règle de la transposition des termes dans une équation,
^11, 28; trois problèmes du i*' degré à une et à plusieurs inconnues, entr'autres
la détermination du moment de la prochaine et de la dernière conjonction de
deux planètes, étant donnés les positions, les vitesses et le sens des mouvements,
d'histoire et de LITTÉRAIURE. 249
II, 29-ji ; l'opération du kultâkâra ', ou la solution générale de l'équation indé-
terminée du i^' degré ax-by ±: c = o. Cette solution, que les modernes n'ont
retrouvée qu'au xvii^ siècle, est présentée ici pour le cas complexe où x doit
satisfaire en outre à une 2^ équation a'x-b'y'±:c' = o. Les valeurs de x déduites
de chaque équation séparément sont appelées les agras ou antécédents de la
valeur définitive, et selon que l'opération est bornée à une équation ou qu'elle en
embrasse deux, elle est dite niragra ou sàgra kultâkâra^ U, 5 2-? 3. ^
La IIP section, ou kâlakriyâpâda, s'occupe spécialement du comput. Elle
traite de l'année et de ses subdivisions, du rapport des divisions du temps à
celles du cercle, III, 1-2; des différentes espèces de temps, solaire, lunaire,
sidéral; une mention spéciale est faite de l'année de Jupiter, III, 3-6; des yugas
et de leurs divisions, III, 7-1 1 ; du rang des planètes dans l'espace et de l'ordre
dans lequel elles président aux jours et aux heures de la semaine, III, 12-16;
de la disposition des orbites vraies, excentriques à la terre, et des épicycles
qu'elles supportent, III, 17-21; Delà réduction des positions moyennes aux
positions vraies, III, 22-25. ' J^J^ àWKf^Qf^^:^^''^^lil^^(fi
Dans la IV« et dernière section, ou golapâda, l'auteur expose enfin ce qui,
d'après nos idées, eût été mieux placé au commencement. Il se décide à décrire
cet univers qu'il a supputé jusqu'ici, à le figurer par des lignes et à indiquer
sinon des méthodes précises d'observation, du moins quelques procédés géné-
raux à Haide desquels on est parvenu soit à ordonner les aspects variés du ciel,
soit à les représenter. U commence par tracer l'écliptique avec ses douze signes,
sur lequel cheminent le soleil, les nœuds des planètes et l'ombre de la terre.
Tous les astres, les étoiles comprises, sont des globes obscurs par eux-mêmes,
qui empruntent leur éclat à la lumière du soleil. Au centre de leurs orbites et de
l'espace, la terre est suspendue, massive et parfaitement arrondie, « semblable
» au poteau autour duquel tournent les bœufs sur l'aire w (III, 1 5). Malgré sa
solidité, elle subit l'action du temps : son diamètre s'accroît d'un yojana dans un
jour de Brahmâ, et décroît d'autant la nuit suivante. Son immobilité, du reste,
n'est que relative : elle tourne sur son axe, sans que ses habitants s'en aperçoi-
vent : « comme le nautonier allant au fil de l'eau voit le rivage immobile fuir
» en sens contraire, ainsi voit-on les étoiles immobiles traverser directement de
» l'est à l'ouest le méridien à Lanka ^ « (IV, 9). Les deux pôles, où le jour
— — — -^i
1. Cette expression n'est pas employée dans le texte même. Le commentaire s'en sert,
un peu contre l'analogie, non pas pour désigner x, mais bien l'opération au moyen de
laquelle on le détermine.
2. Le commentateur, qui soutient l'immobilité absolue de la terre, veut qu'on traduise
la fin de ce passage « ainsi les étoiles qui traversent le méridien de l'Est à l'Ouest, s'ima-
» ginent que la terre immobile se meut en sens contraire. » Mais il est évident qu'Arya-
hhata. n'avait point à se soucier de l'illusion que peuvent se faire les étoiles. Ce passage
n'est du reste pas le seul où il parle de la révolution diurne de la terre. Il la mentionne
tout aussi nettement I, 1; et, sans parler d'autres indices, l'expression singulière de
» conjonctions du soleil et de la terre » par laquelle il désigne III, 5, les levers du soleil,
s'expliquerait difficilement dans l'autre hypothèse. Il est vrai que dans le vers suivant,
IV, 10, il semble se dédire tout aussi nettement : « La sphère sidérale produit le lever
» et le coucher, entraînée qu'elle est avec .toutes les planètes d'Orient en 0.çcidjÇ|i|^jpar
250 'f'»^^^"'' REVUE CRITIQUE
et la nuit sont de six mois, sont marqués par le Meru qui est la résidence des
dieux, et par la Bouche de la Cavale, entrée des enfers, près de laquelle séjour-
nent les trépassés. Des deux hémisphères que ces points dominent, l'un est
continental, l'autre est entièrement occupé par l'océan. Aux quadrants de l'équa-
teur qui les sépare, sont placées les quatre cités fabuleuses de Lanka , de
Siddhàpura, de Yavakoù et de Romaka. Sous le méridien de Lanka, qui est le
premier méridien, se trouve Ujjayinî, IV, 1-17, '3î'î> î?^'' Ar-^; dm'.
L'univers étant ainsi décrit, il s'agit de le figurer. Pour cela on construit une
sphère composée de deux cercles verticaux se coupant à angle droit, et dont
l'un représente le méridien, d'un cercle horizontal et d'un cercle horaire perpen-
diculaire au méridien. Dans l'intérieur de cette première sphère, le commentaire
en loge une deuxième dont le texte ne parle pas : celle-ci est mobile autour de
son axe dont les pôles sont ceux du monde, et consiste en un cercle équatorial,
en deux cercles figurant les colures et en un écliptique par les divisions duquel
on pourra mener en outre un nombre voulu de parallèles diurnes. Ces cercles
sont en bambou, et à certaines recommandations sur la manière de les monter
que fait le commentateur, il n'est que trop visible qu'il était étranger aux pro-
cédés de construction même les plus élémentaires. L'appareil ainsi disposé
constitue une sphère armillaire bonne pour la démonstration, mais évidemment
impropre à l'observation. Il n'en est pas tout-à-fait de même de deux autres
cercles, l'un vertical, l'autre horizontal, et dont le centre est l'œil de l'observa-
teur. i\ n'est pas dit si ces cercles sont indépendants ou s'ils font partie du pre-
mier appareil, ni comment, dans ce dernier cas, ils doivent y être adaptés;
maniés à part, ils constitueraient du moins un instrument rudimentaire pour
déterminer la position des astres. Enfin la machine entière (ou une boule en bois
placée au centre représentant la terre ? ou une boule quelconque tout-à-fait indé-
pendante du premier appareil ?) devra être mue « proportionnellement au
» temps, à l'aide de mercure, d'huile et d'eau », ce que le commentaire expli-
que de la façon suivante : l'appareil est rendu mobile autour d'un axe horizontal
fixé sur deux poteaux orientés nord-sud : dans les trous par lesquels s'engage
l'axe on verse de l'huile : sur l'équateur, au point ouest, on plante une fiche de
bois à laquelle on attache une corde qu'on enroule sur l'équateur en la passant
d'abord en dessous et en la ramenant en dessus au point ouest : à l'extrémité
libre de la corde on suspend une petite calebasse remplie de mercure : celle-ci
vient flotter dans l'eau qui est contenue dans une tige creuse de bambou de
hauteur égale à la longueur de la corde et au bas de laquelle on a percé un
» le vent Pravaha. » Si ce vers est bien authentique, il faut admettre qu'après avoir établi
l'état réel des choses, Aryabha^a est revenu au langage courant. Mais dans ce cas il faut
admettre aussi que le vent Pravaha a une autre signification chez lui que dans la tradition,
et que ce tourbillon, cause du lever et du coucher des astres, est conçu par lui comme
agissant sur la terre et non pas sur les étoiles. Or I, 9 il parle d'un « vent de la terre »
qui enveloppe notre globe jusqu'à la hauteur de 12 yojanas. Le commentaire entend par
là la région des vents terrestres variables, au delà desquels règne le vent des cieux. Mais
il est permis de supposer que c'est précisément ce dernier que l'auteur a entendu
désigner.
d'histoire et de littérature. 251
trou de telle façon que l'eau mette juste 24 heures à s'écouler. On ouvre le trou
et le flotteur, baissant avec le niveau de l'eau, entraîne la machine d'un mouve-
ment uniforme d'orient en occident. Le commentaire a soin d'ajouter que l'ap-
pareil fonctionnant ainsi ne représentera en aucune façon les mouvements com-
pliqués du ciel, mais il servira d'horloge ! C'est là tout ce que nous apprenons
concernant l'outillage de l'observatoire d'Aryabha/a ' (IV, 18-22).
Le reste de la section (IV, 23-50) s'occupe de traduire sur la sphère en lignes
trigonométriques les quantités usuelles en astronomie ainsi que les rapports qui
les relient (latitude terrestre; longitude, déclinaison et distance zénithale du
soleil; rayon d'un parallèle diurne donné; levers équatoriaux, ou pour une
latitude quelconque, des divisions de l'écliptique ; accroissement et diminution
des jours; le gnonom d'une heure donnée; la position des points du lever et du
coucher, etc.). Toute cette partie dénote chez Aryabhaîa une connaissance
étendue et surtout un usage très-ingénieux de la géométrie du cercle. Il passe
ensuite à la détermination du lieu d'un astre, particulièrement du soleil et de la
lune en vue des éclipses, et il donne la vraie théorie de ces dernières. Il note
également les effets de la pénombre et de la réfraction dans les éclipses de lune,
mais sans essayer d'explication. On se rend moins bien compte de l'origine d'une
autre remarque, à savoir que la lune, étant à l'état liquide, est transparente vers
le bord et que, par suite, dans les éclipses du soleil, la partie éclipsée de l'astre
est plus grande en réalité qu'en apparence. Peut-être faut-il voir là un reste
d'idées mythologiques, car ses données suffisaient à l'explication de tous les
aspects du phénomène, y compris celui de l'éclipsé annulaire.
Il résulte de cette trop longue analyse, mais qu'il n'a pas dépendu de moi de
faire plus courte, qu'Aryabha^a appartient entièrement à la nouvelle astronomie
indienne, à celle qui est représentée par les Siddhântas et qui relève des Grecs,
en particulier d'Hipparque. Le seul emploi du mot horâ W, 1 5 (dans le sens
d'heure) attesterait au besoin l'influence étrangère. La base de l'ancienne science,
les naxatras, n'ont plus aucun rôle dans son traité ; le mot même n'y paraît plus
dans son sens propre. Quant à la chose, il y fait allusion une seule fois, à
propos des années de Jupiter (III, 4), qu'il dénomme d'après la liste qui com-
mence par Açvinî. En même temps l'astronomie est devenue déjà toute mathé-
matique et la connaissance pratique du ciel semble y tenir peu de place. Ce
serait abuser toutefois de la preuve négative que de le mettre sous ce rapport
au même niveau que la plupart des écrivains plus modernes, et de lui reprocher
la même indifférence pour l'observation dont fut certainement affligé par exemple
son commentateur. Il est fort probable, en effet, que la codification de la science
en un certain nombre d'écrits de haute autorité ait eu dans l'Inde une influence
1. Les autres instruments qu'il mentionne ou auxquels il fait allusion sont le gnomon
(que le commentaire fixe à 1/2 coudée), le fil à plomb, la règle et le compas II, 1 3. Celui-
ci consiste d'après le commentaire en une tige de bois fendue dans le sens de la longueur
et muni à l'une des extrémités d'une forte ligature : les 2 branches sont taillées en pointe,
et l'écartement s'en détermine au moyen d'une fiche de bois qu'on fait glisser dans la
fente. Le niveau se détermine par l'eau, ibid. Pour s'assurer si un plan est horizontal,
on y creuse une rigole circulaire qu'on remplit d'eau (Comment,).
2^2 -vM".,! REVUE CRITIQUE
semblable à celle que Biot accuse quelque part l'Almageste de Ptolémée d'avoir
exercée en Occident : d'avoir ouvert la porte à la routine en substituant l'étude
d'un livre à celle des faits. Il se peut donc qu'Aryabha/a ne doive pas être rangé
lui-même parmi ces astronomes indiens qui calculaient les aspects du ciel sans
jamais le regarder ; mais il a certainement, par toute la tendance de son manuel,
aidé à préparer leur avènement.
j Le dépouillement complet du texte et du commentaire de l'Aryabharîya four-
nirait un contingent assez considérable de termes et d'acceptions qui ne se
trouvent pas dans les lexiques. Il ne faudrait pas sans doute aller trop loin dans
cette voie, surtout en ce qui concerne les acceptions, ni enregistrer indistincte-
ment toutes les hardiesses de ce style de rébus. Mais il n'en reste pas moins un
certain nombre de termes, la plupart techniques, que l'étymologie seule ne
détermine pas suffisamment et dont il est à espérer que les auteurs du Diction-
naire de Saint-Pétersbourg feront leur profit pour leurs derniers suppléments.
En voici quelques-uns , ceux qui se trouvent dans le texte même sont en itali-
ques : agra et ses composés niragra et sâgra ; il en a été parlé plus haut à propos
du kuHâkâra; ce dernier terme manque également dans le Dictionnaire. —
Ashri, le nombre i6; atyash/i, le nombre 17. — Avalambaka, le cosinus de la
latitude terrestre représenté par le gnomon majeur du midi, le jour de l'équinoxe.
Le gnomon majeur, mahâçanku, a pour hypothénuse le rayon de la sphère
céleste ; paraçanku est le gnomon du midi : ces deux termes manquent égale-
ment. — Asu, division du temps, synonyme de prâna. — Ahi, aussi nâga, le
nombre 8. — Udayajyâ le sinus de la distance du point Est au point où un
astre se lève. — Karna, le rayon vecteur d'une planète. — Khara, le nombre 7.
— Jalamadhya, le pôle sud, le pôle de l'eau, opposé à sîhalamadhya, le pôle
nord, le pôle de la terre ferme : madhya désigne le centre quand il s'agit d'une
sphère et le pôle quand il s'agit d'un hémisphère; ainsi Khamadhyas\gmï\QXdiX\Xb\.
le centre de l'univers, tantôt le zénith. — Tiîhipralaya, l'excès du nombre des
jours lunaires sur celui des jours solaires pendant un yuga. — Dîpayashii,
dîpabhujâ, la hauteur du point lumineux au-dessus du plan sur lequel se projette
l'ombre; bhujâ, un des petits côtés du triangle rectangle, est toujours employé
au féminin par Aryabhaïa. — Madhyajyà, le sinus de la distance zénithale du
soleil à midi. — Mara, dans amaramarâh, les immortels et les trépassés; alterne
avec prêta. — Mùla, dénominateur; ce sens résulte de II, 7. — Vishuvajjyâ, le
sinus de la distance zénithale du soleil à midi, le jour de l'équinoxe, égal au
sinus de la latitude. — Vislmcchayâ, la même quantité exprimée par l'ombre du
gnomon majeur pour le même moment. — Çakra, le nombre 14. Etc.; la liste
complète serait beaucoup plus longue.
Quant au travail de l'éditeur, il est tel qu'on devait l'attendre de la part de
M. Kern, c'est-à-dire excellent. La correction peut passer pour irréprochable
dans une matière aussi difficile. L'exécution matérielle, de son côté, ne laisse rien
à désirer sous le rapport de l'élégance et de la clarté. Une seule chose manque
à cette belle publication, une traduction, pour laquelle nul ne peut être mieux
préparé que M. Kern, et sans laquelle le livre ne rendra qu'imparfaitement tous
D*H1ST01RE ET DE LITTéRATURE. 2^^
les services qu'on peut en attendre pour l'étude du passé de l'Inde et de l'histoire
des sciences en général. En ce qui me concerne du moins, je n'hésite pas à faire
l'aveu que ce ne sera que du jour où je posséderai ce complément indispensable,
que je croirai pouvoir former un avis définitif sur plus d'un point obscur. '^
Voici quelques incorrections que je crois devoir relever : p. 4, 1. 12 au lieu
de shu, lire ba. — Ibid. et p. 5,1. $, il y a confusion des caractères U et Iri.
— P. 5, 1. 6, au lieu de ci, lire gi. — P. 5,1. 2, infra, ajouter tadvat après
bhâni. — P. 1 5 , 1. I , infra, et p. 17, 1. 9, au lieu de svaki, lire skaki : le nombre
figuré est 191. — P. 19, 1. 1 3, au lieu de dvâdaçâgra, lire dvMaçâçra, à moins
qu'il faille admettre pour agra la signification d'arête d'un polyèdre ? — P. 22,
1. 6, il faut probablement lire pûrvasîhâpitaghanamàlâ'' en un seul mot; de même
1. 13 et 14, au lieu de ghanapankti, ghanamûlapankti ou mûlapdnkti; de plus les
lignes I G et 11 et les deux dernières syllabes de la ligne 9 sont à effacer. —
P. 46, 1. 14, au lieu de vakrayor, lire vakrâvakrayor, deux planètes allant en sens
contraire ne pouvant être toutes les deux rétrogrades. ~ P. 47, 1. 3 infra,
kuttâkâra. — P. 71, ligne i infra, au lieu de 3, lire 6. — P. 72, 1. i infra, au
lieu de 3, lire 6. — P. 83, 1. 14, svâhorâtra". — P. 86, 1. 2 infra, au lieu du
i" çaçi, il faut probablement lire kha ; le commentaire adopte partout, pour la
valeur de la déclinaison solsticiale du soleil, celle du texte, c'est-à-dire 24° dont
le cosinus indien est 3 140 et non 3 141. — P. 9$, 1. 3, au lieu de candra, lire
sùrya.
A. Barth. m»
73. — Culturpflanzen und Hausthiere in ihrem Uebergang aus Asien nach Grie-
chenland und Italien sowie in das ùbrige Europa, historisch-linguistische Sicizzen, von
Victor Hehn. 2^ édit. revue et corrigée. Berlin. 1874. i vol. in-8°. — Prix : 12 fr.
Nous avons déjà rendu compte dans la Revue (n» du 12 avril 1873) de la pre-
mière édition de cet excellent ouvrage, également intéressant pour l'érudit et
pour le simple lettré. La seconde édition nous a paru retouchée avec soin. L'au-
teur y a cédé au vœu général de ses critiques en traduisant de nombreuses cita-
tions grecques qu'il s'était d'abord contenté de donner en original ; mais pour
faire cette concession à la faiblesse des lecteurs ordinaires il a supprimé les textes
eux-mêmes, en quoi nous pensons qu'il a eu tort. Il fallait les laisser subsister,
au moins en note, afin qu'on pût s'y référer à volonté. D'ailleurs les renvois des
traductions ne sont pas toujours justes : ainsi, p. 20, on cite comme apparte-
nant au Juchant de l'Iliade une description poétique du cheval qui appartient
au 6^
La nouvelle édition est enrichie d'un grand article sur le cheval, dont les
détails sont précieux, mais dont la conclusion n'est peut-être pas assez claire-
ment démontrée. L'auteur voudrait établir que, lors de leur grande émigration,
les Indo-européens ne possédaient pas encore le cheval, et que plus tard seule-
ment, par l'intermédiaire de l'Iran, ils le reçurent des Turks et des Mongols,
auxquels reviendrait l'honneur d'avoir dompté les premiers le roi des solipèdes
dans les steppes de l'Asie centrale, sa patrie originelle. C'est en effet vers ce
254 '- REVUE CRITIQUE T'^r "
point ({m nous ramène la géographie zoologique. Mais la correspondance régu-
lière entre les noms du cheval chez les peuples de descendance aryenne ne nous
contraint-elle pas de supposer qu'ils connaissaient déjà l'animal, et qu'ils
l'avaient tout au moins reçu de leurs voisins nomades, avant la grande dispersion
de notre race ?
Nous avions adressé à la première édition quelques critiques de détails dont
la plupart subsistent en face de la seconde. Nous y renvoyons le lecteur.
F. Baudry.
74. — Geschîchte der rœmischen Literatur von W. S. Teuffel. Dritte
Auflage. Leipzig, Teubner. 1875. Gr. in-8', xvj-1216 p. — Prix : 18 fr. 75.
L'Histoire de la littérature romaine de M, Teuffel est un ouvrage universelle-
ment estimé en Allemagne et véritablement excellent, indispensable à quiconque
s'occupe des auteurs latins. La seconde édition a été enlevée en trois ans ; la
troisième, celle qui vient de paraître, a été mise au courant des travaux qui ont
paru pendant ce court intervalle, et comprend une quarantaine de pages de plus.
On ne pourrait indiquer aux latinistes un répertoire littéraire plus complet, plus
précis ou plus facile à consulter. J'ajoute que M. T. ne donne en aucune
façon dans les bizarreries philologiques où se complaisent quelques-uns de ses
compatriotes et qui font un tort si sensible à l'Allemagne et à la science; sa cri-
tique est aussi saine que son érudition est étendue et sûre. Il est remarquable-
ment au courant des travaux — trop rares — qui se publient en France '.
M. T. consacre encore dans cette édition un chapitre aux fameuses Tables
d'Iguvium, et dit qu'elles sont rédigées partie en ombrien, partie en latin. C'est
là une erreur; les sept tables sont écrites dans une seule et même langue, celle
qu'on appelle l'ombrien; l'alphabet seul est tantôt romain et tantôt étrusque.
Les tables iguvines n'appartiennent pas à l'histoire de la littérature latine,
M. T. indique comme source unique pour le texte des relationes de
Symmaque le ms. de Munich 18787, qui a été seul bien mis à profit par
M. W. Meyer dans son édition. J'ai montré ici que, contrairement à l'opinion
énoncée sans preuves par M. Meyer, l'édition de 1549 représente pour nous
un ms. d'une autre famille; v. Rev. crit. 1873, 2, 252.
Les quelques erreurs de détail qu'on peut découvrir dans ce gros livre n'en
diminuent pas la valeur. Un Français qui le traduirait rendrait à son pays un
grand service; en attendant ceux même qui ne lisent pas l'allemand peuvent
sans peine tirer parti des citations, qui sont nombreuses et bien classées.
L. Havet.
1. M. T. ne signale pas la Notice de M. Thurot sur un ms. du XII" s. des Epistolae
ad familiares (Biblioth. des Hautes-Études, fasc. 17. 1874).
d'histoire et de littérature. 2<j5.
SOCIÉTÉS SAVANTES. f «tfèoMra ^«f.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. ■ •
Séance^ du 9 avril 1 87 5 .
L,e ministre de l'instruction publique transmet à l'académie des estampages
envoyés par M. de S''' Marie (n°s 1 201-1300), et un mémoire de M. Collignon,
membre de l'école d'Athènes, sur quelques vases doriques, envoyé par M. Ém.
Bumouf.
M. Darcel écrit à l'académie pour la consulter au sujet des inscriptions qui
doivent figurer sur plusieurs tapisseries en cours d'çxécution à la manufacture
des Gobelins.
La photographie d'un silex trouvé aux environs d'Amiens, qui paraît avoir pu
servir de balle de fronde, est envoyée à l'académie. ..{y sin^2(, .
M. de Saulcy présente de la part de M. Victor Guérin deux volumes intitulés.
Description géographique, historique et archéologique delà Palestine; seconde partie :
Samarie; Paris, impr. nat., 1874-5, 8". Il fait le plus grand éloge de cet ouvrage
et émet le vœu que M. Guérin soit chargé d'explorer d'autres parties de la Pa-
lestine.
M. Mohl présente de la part de M. Birch les empreintes de quatre inscriptions
provenant d'Idalion en Chypre, dont les marbres sont à Londres au musée bri-
tannique.
M. Waddington présente la 83e livraison du Voyage archéologique de Philippe
Le Bas dont la publication est continuée sous sa direction.
Autres ouvrages offerts à l'académie :
Transactions of the society of biblical archeology, vol. III, p. i ; London,
1874, 8°;
Aug. Castan, Faut-il dire Rognon ouRosemont? Besançon, 1 874 ; brochure 8°;
Hyde Clarke, Researches in prehistoric and protohistoric comparative philology,
etc., London, 1875, 8°.
M. Naudet commence la lecture d'un mémoire sur la question des tribuai.
militum a populo. La partie de ce mémoire lue à cette séance est consacrée à la
réfutation des opinions émises sur cette question par MM. Duruy et Ch. Giraud.
— M. Naudet ne pense pas qu'on puisse admettre, comme le veut M. Giraud,
que les îribuni militum a populo fussent des tribuns militaires électifs du peuple
romain. Une telle élection lui paraît impossible sous le pouvoir absolu des em-
pereurs. Il est certain d'une part que dès le temps de César l'usage de laisser
le choix des tribuns militaires aux commandants d'armée prévalut, et de l'autre
que les comices électoraux disparurent après Auguste. Les éloges mêmes que
Pline donne à Trajan pour avoir rétabli ces comices montrent qu'ils avaient
absolument cessé d'exister auparavant, et il est facile de voir que Trajan lui-
même ne rétablit pas l'élection des magistrats par le peuple : le peuple ne se
réunissait que pour entendre proclamer les nouveaux magistrats. D'ailleurs les
tribuns militaires élus, à l'époque où l'on en rencontre encore, sont désignés sous
d'autres noms que celui de tribunus militum a populo. Enfin cette expression ne
256 REVUE CRITIQUE D'hïSTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
pouvait suffire pour désigner un élu du peuple romain, il aurait fallu a populo
romano : dans les autres cas où l'on trouve le mot populas sans autre indication
dans des inscriptions étrangères à Rome, ce mot veut toujours dire le peuple
du municipe sur le territoire duquel se trouvait l'inscription. — M, Naudet
refuse également de voir avec M. Duruy dans les tr. m. a p. les commandants
électifs d'une milice municipale. Les conclusions que M. Duruy a voulu tirer de
l'art. 103 de la loi de Genetiva sont très-hasardées, les restrictions nombreuses
que cette loi apporte au droit qu'elle accorde en certains cas d'armer une troupe
pour la défense du municipe, montrent le caractère exceptionnel de cette dispo-
sition et la défiance du gouvernement romain à l'égard des cités provinciales;
et le fait que le commandement de ces sortes de troupes est attribué par la
même loi aux duumvirs ou à leurs délégués prouve qu'il n'y avait pas dans la
colonie de fonctionnaire chargé spécialement de les commander. Quant aux
officiers de police qu'on trouve dans divers municipes, les irénarques, les stra-
tèges, les praefecti armorum, uigilum,latrocinus arcendis, ils ne commandaient que
des agens de police non armés. Comment d'ailleurs les Romains auraient-ils
permis aux cités d'entretenir des troupes d'hommes armés, quand on voit Trajan
refuser à Pline le jeune la permission d'établir dans la ville de Nicomédie un
corps de pompiers de 1 50 hommes (Plin. epist. 10, 42-43) ? — Dans la suite
de ce mémoire M. Naudet exposera le système qu'il propose de substituer à
ceux de MM. Duruy et Giraud.
M. Le Blant lit une note sur une inscription qui provient d'une hypogée de
Rome, où elle était gravée sur la tombe d'une femme païenne, et dans laquelle
on lit ces mots : « Plures me antecesserunt, omnes expecto. Manduca, uibe
» (i. e. bibe), lude et ueni at me. Cum uibes (uiuis) bene fac : hoc tecum
» feres. » Ces derniers mots ont été interprétés jusqu'ici comme une exhortation
à la bienfaisance. M. Le Blant pense au contraire que l'inscription est tout
entière inspirée du sentiment épicurien qui a dicté les mots précédents « man-
duca, uibe; lude», et que le membre de phrase en question doit être entendu
à peu près dans le même sens que cette autre épitaphe païenne qui nous est
parvenue : « quod edi, bibi, mecum habeo quod reliqui perdidi ». Il cite à
l'appui de cette interprétation un passage de S. Augustin (serm. 361, deresurr. '
mortuorum, ch. 5 et 6) où l'auteur se plaint du matérialisme de ses contempo-
rains et les représente disant : « Manducemus et bibamus, crasenim morimur...
» Bene nobis faciamus, cum uiuimus ». M. Le Blant pense donc que le bene fac
de l'inscription en question peut être traduit par fais-toi du bien, réjouis-toi : et
l'on trouve en effet facere bene employé en ce sens dans un passage de la Vulgate,
où la signification en est assurée par la comparaison avec le texte hébreu '.
Julien Havet,
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
I, Ecclésiaste, ch. 3, v. 12 : Et cognoui quod non esset melius nisi laetari et facere
bene in uita sua.
Nogent-ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
— Laur, Zur Geschichte der franzôsischen Litteratur. Mannheimj Schneider-
In-S", 1 19 p. (trois leçons sur Paiissy, La Rochefoucauld el Rivarol). — Zan-
DONELLA, Saggio sulla ritmica dei dialetti italiani. Florenz, Bencini. In-8", 1 ^ p.
(l'auteur de l'article H. Sch....rdt (Schuchardt) applaudit à l'idée de cette bro-
chure, et déclare qu'il a lui-même fait en 1870 une leçon, qui n'a pas été im-
primée, sur le rythme des mots; M. Stanislas Guyard nous prie d'ajouter qu'il
avait exposé les mêmes idées en 1 87 1 , dans une conférence de PÉcole des Hautes-
Études, en présence de MM. Bréal, Bergaigne et Havet : il a de plus lu à la
séance de février 1875 de la Société asiatique une communication sur le rythme
des mots en arabe et sur les conclusions qu'on en peut tirer pour la métrique de
cette langue ; cette communication, qui sera insérée au procès-verbal de la séance
susdite, est extraite d'un mémoire sur la métrique arabe dont la rédaction est
très-avancée, et dans l'introduction de laquelle M. Guyard établit que la quantité
des mots est une conséquence de leur rythme naturel). — Koch, Linguistische
Allotria. Herausg. v. VVilhelm. Eisenach, Bacmeister. In-8", xxiv-94 p. (bro-
chure consacrée aux mots anglais formés par répétition d'une syllabe avec dissi-
milation d'une voyelle ou d'une consonne, comme bow-vow, currie-v. irrie, etc.).
— Das Nibelungenlied, herausg. v. Zarncke, 5. Aufl. Leipzig, Wigand. In-8",
cxxvj-445 p. Idem, hrsg. v. Zarncke. Ausg. fur Schulen. Daselbst. In-8",
xviij-409 p. — Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, p. p. Darem-
BERG et Saglio. Fasc. 3, Paris, Hachette (note anal.), — Jahresbericht ùber die
Fortschritte der classischen Alterthumswissenschaft, herausg. von Bursian (cf.
Rcv. crit., 1874, II, p. 379).
Philosophische Monatshefte. XI. Band. 1875.
j'"' livraison. Philosophie générale : E. Pfleiderer, prof, à Kiel. De l'objet
de la philosophie à l'époque actuelle. — Histoire de la philosophie : R. Eucken,
prof, à léna. Sur la valeur de l'histoire de la philosophie. — Georg. Morris :
traduction anglaise de l'Histoire de la philosophie d'Ueberweg. — A. Weber,
prof, à Strasbourg. Histoire de la philosophie européenne (La vérité métaphysique
ne se rencontre ni dans le matérialisme, ni dans le spiritualisme dualistique; mais
dans un spiritualisme concret qui considère la force et l'intelligence comme des
attributs distincts, quoique inséparables, de l'esprit). — R. Zimmermann, prof.
à Vienne : Kant et le Positivisme (ce dernier n'est qu'un dogmatisme sans cri-
tique). — Bibliographie. — Notice sur Ahrens.
2^ livraison. Bratuscheck. Le Positivisme dans la science (Discours d'ouver-
ture). — WuNDT, prof, à Zurich. De l'objet de la philosophie actuelle (Concep-
tion monistique du monde; nécessité de l'expérience externe, mais elle-même se
ramène à l'expérience interne). — Histoire de la Philosophie. F. G. Pœtter :
I. Esquisses d'histoire de la philosophie. 2. La personnalité de Dieu et le Monde.
— Ch. A. Thilo. Services rendus par Herbart à la philosophie; à propos du
monument qui doit lui être élevé à Oldenburg le 4 mai 1 876 (Précision de Her-
bart, ses emprunts aux mathématiques). — Bibliographie. — Revues.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Adam (L.). De l'harmonie des voyelles
dans les langues ouraio-altaïques, ln-8°,
77 p. Paris (Maisonneuve et C').
Barthélémy (A. de). Variétés historiques
et archéologiques sur le Chalonnois et le
Rémois, d'après des documents inédits.
3' série. In-S", 91 p. Paris (Aubry).
Baumgart (H.). MWus Aristides aïs
Repraesentant d. sophistischen Rhetorik
d. 2. Jahrhunderts d. Kaiserzeit. In-S",
viij-240 S. Leipzig (Teubner). 8 fr.
Blume (L.). Das Idéal d. Helden u. d.
Weibes bei Homer. Mit Rùcksicht auf
das deutsche Alterthum. In-8°, vj-55 S.
Wien (Hœlder). i fr. 75
Baumann (J. J.). 6. Vortraege aus dem
Gebiete der praktischen Philosophie.
In-8*, 168 S. Leipzig (Hirzel). 3 fr. 25
Christ (W.). Metrik der Griechen und
Rœmer. In-8*, xij-684 S. Leipzig (Teub-
ner). 18 fr. 75
Cirot de La Ville. Essai de philosophie
sacrée, ou de l'Écriture sainte d'après les
Saints Pères et la tradition catholique.
T. I. Impartie. Dieu. In-8°, 333 p. Paris
(Jouby et Roger).
Gorssen (W.). Ueber die Sprache der
Etrusker. i. Bd. Mit Holzschn. u. 25
lithog. Taf. Gr. in-8*, xxxv)-ioi6 S.
Leipzig (Teubner). 40 fr.
Durand de Villegagnon (N.). Relation
de l'expédition de Charles-Quint contre
Alger. Suivie de la traduction du texte
latm par P. Tolet. Publiées avec avant-
propos, notice biographique, notes et
appendice, par H. D. de Grammont.
In-8°, viij-149 p. Paris (Aubry).
Félibien (A.). Mémoires pour servir à
l'histoire des maisons royalles et basti-
ments de France. Publiés pour la pre-
mière fois, d'après le manuscrit de la
Bibliothèque nationale. In-8*, xv-104 p.
Paris (Baur).
Froissart (J.). Chroniques publiées pour
la Société de l'Histoire de France par
S. Luce. T. 5. 13 56-1 360. Depuis les
préliminaires de la bataille de Poitiers
jusqu'à l'expédition d'Edouard III en
Champagne et dans l'Ile-de-France. In-8'',
lxxj-436 p. Paris (Renouard). 9 fr.
Gaillardin (C). Histoire du règne de
Louis XIV, récits et tableaux. 2* partie.
L'époque de puissance et de gloire sous
Colbert et Louvois. T. 3 et 4. In-8*,
1297 p. Paris (Lecoffre et fils).
Gerber (G.). Die Sprache als Kunst 2.
Bd. 2. Haelfte(Schluss). In-8-, iv-301 S.
Bromberg (Mittler). 8 fr.
Complet. 25 fr. 35
Hœckel (E.). Anthropogenie. Entwicke-
lun^sgeschichte d. Menschen. Mit 12 Taf.
210 Holzschn. u. 36 genêt. Taf. In-8",
XVJ-732S. Leipzig (Engelmann). i8f. 7J
Katalog der Bibliothek d. kœnigl. statis-
tischen Bureaus zu Berlin. 1. Abth.
Nach Wissenschaften geordnet. In-4'',
xij-6î2 u. Ixxj S. Register. Berlin (Ver-
lag d. k. statist. Bureaus 1. 13 fr. 35
Luthardt (C. E.). Der Johanneische
Ursprung d. 4. Evangeliums untersucht.
In-8% viij-221 S. Leipzig (Dœrffling u.
F.). 5 fr.
Plœtz (G.I. Étude sur Joachim du Bellay
et son rôle dans la réforme de Ronsard.
In-8', 68 p. Berlin (Herbig). i fr. 75
Strighe (Le). Leggende popolari vene-
ziane raccolte da D. G. Bernoni. (In dia-
letto veneziano). In- 16, 32 p. Venezia
(tip. Antonelli).
Sybel (H. v.). Die deutschen Universi-
taeten, ihre Leistungen u. Bedùrfnisse.
Zugleich als 2. verb. u. verm. Aufl. der
Schrift. « Die deutschen u. die auswaert.
Universitaîten. » In-8'', 67 S. Bonn
(Cohen u. Sohn). ' ff- 7S
Wolf (A.). William Roye's dialogue bef
ween a Christian father and his stubborn
son. Nach dem einzigen auf d. wiener
k. k. Hofbibliothek befindl. Exemplar
hrsg. In-8% 88 p. Wien (Gerold'Sohn).
, 2 fr.
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 17 Neuvième année. 24 Avril 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE F'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas G u yard.
I Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Étranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67. RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
2 1^ FASCICULE.
TTxrTV/T IVT r? ^ Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de
n 1 iVl IN IL Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut,
^ avocat à la Cour d'appel de Paris. 22 fr.
I 22^ FASCICULE.
Lt7Q OT IhÎÎDQ ^^ Philippe. Poème en vers politiques de
i~-t^ i L-jLj KJ IX^ Philippe le Solitaire, publié dans le texte
pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé
E. Auvray, licencié ès-lettres. î fr- 75
COLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE)
5^ FASCICULE.
*-^ • rv 1 1 1 IL iv Les noms de famille. • 3 fr. 50
En distribution :
Le I" numéro 1875 de la Romania.
,H , f ^ , t ï>ÉRlbDIQUES.
I X r ^ o
The Academy, N" 1 52, new séries, ^ avril. Rolt Brash, The Ecclesiastical
Architecture of Ireland to the close of the Twelfth Century. Dublin, Kelly ; London,
Simpkin, Marshall and Go. (James Graves). — Mayers, The Ghinese Reader's
Manual : A Handbook of Biographical, Historical, Mythological, and General
Literary Référence. London, Trùbner (Joseph Edkins : manuel clair, commode
et sûrement renseigné). — • Yriarte, La Vie d'un Patricien de Venise au xvi'' s.
Paris, Pion (M. Greighton : c'est un roman et non une page d'histoire). —
Trotter, The History of India, from the earliest Times to the présent Day
(F. J. Goldsmid : manuel). — Glements R. Markham, A Memoir of the Lady
Ana de Osorio, Gountess of Ghinchon and Vice-Queen of Peru (A. D. 1629-39).
London, Trùbner (Daniel Hanbury : c'est de la cure de cette dame par le quina
que date l'introduction de cette substance en Europe). — Notes and News. —
Notes of Travel. — Edgard Quinet and Amédée Achard (Evelyn Jerrold). —
George Herbert's Présentation to Bemerton (Samuel R. Gardiner). — The
Russian Révolution of 1762 (J. W. Willis Bund). — Letter from Persia (A.
,,,Schindler). — Correspondence. The Barhut Sculptures (R. G. Ghilders), —
" « A Golden Verse » (W. D. Macray). — Fye Marten (F. J. Furnivall). —
Boyd-Dawkins, Gave-Hunting : Researches on the Evidence of Gaves respec-
ting the Early Inhabitants of Europe. London, Macmillan (F. W. Rudler : ou-
vrage du plus haut intérêt). — Pfleiderer, Das Paulinismus. Ein Beitrag zur
Geschichte der urchristlichen Théologie. Leipzig (Robert B. Drummond).
The Athenseum, N° 2475, ? avril. The Périls of Griticism (surprenant juge-
ment rendu en Ecosse contre VAthenaurn). — Sir Henry Rawlinson, England
and Russia in the East. Murray (article très-défavorable). — The Anglo-Saxon
Gospels. Ed. by W. Skeat. 2 vols. Gambridge, University Press (excellente
édition). — G. Edmund Maurice, Lives of English Popular Leaders in the
Midle Ages. Vol. II. King and Go. (Vie de Tyler, Bail et Oldcastle). — The
Life and Works of Mencius. By James Legge. Trùbner (M. Legge aura bientôt
terminé son inappréciable collection des classiques chinois). — The First Voyage
round the World, by Magellan. Translated, etc. by Lord Stanley of Alderley.
Hakluyt Society (il est à peine besoin de signaler l'intérêt de cette publication).
— Notes on Hamlet attributed to the Earl of Rochester (G. Elliot Browne).
' — Leonardo da Vinci (R. H. Major: curieuse communication sur le caractère
et le génie de Vinci). — The Basque Language (Louis-Lucien Bonaparte : ré-
fute M. Broca sur deux points de son article : l'Origine et la Répartition de la
langue basque). — M. Edgar Quinet. — Literary Gossip.
Literarisches Centralblatt, N° i$, 10 avril. VoN Hartmann, Die Selbst-
zersetzung des Christenthums und die Religion der Zukunft. Berlin, Duncker.
In-S", 122 p. (réimpression d'articles parus dans le journal Die Literatur) —
Hartsen, Grundzùge der Logik. Berlin, Henschel. In-S", viij-i?9 p. (sans
grande valeur). — A. Mayer, Die Lehre von der Erkenntniss. Leipzig, Thomas.
In-8°, x)-38i p. (peu démonstratif). — Horwicz, Psychologische Analysen.
2 Th. I. Haelfte: Analyse des Denkens. Halle, Pfeflfer. In-8", xij-183 p. (plein
de fines observations). — Scheffer-Boichorst, Florentiner Studien. Leipzig,
Hirzel. In-8°, ix-283 p. (conclut à la non-authenticité des ouvrages historiques
qui portent les noms de Malespini et Dino Gompagni). — Fournier, Abt Johann
von Viktring und sein Liber certarum historiarum. Berlin, Vahlen. In-8°, xij-
153 p. (bon travail). — Waitz, Deutsche Verfassungsgeschichte. 5. Bd._ Kiel,
Homann. In-8^ ix-447 p. (art. anal.). — Benfey, Die Quantilagtsverschieden-
heiten in den Samhitâ- und Pada-Texten der Veden. 1 . Abhdlg. Gœttingen ,
Dielerich. In-4°, 44 p. (article développé de Weber). — Zwei Achener histo-
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 17 — 24 Avril — 1875
Sommaire : 75. Djawaliki, Le livre des Loculions vicieusesy p. p. H. Derenbourg.
— 76. Rivière, Histoire des Institutions de l'Auvergne. — 77. Pétrarque.
L'Africa, p. p. Pingaud. — 78. Fëugère, Érasme. — 79. De Rémusat, Lora
Herbert de Cnerbury ; Histoire de la Philosophie en Angleterre. — Sociétés savantes :
Académie des inscriptions. „
75. — Le livre des locutions vicieuses de Djawaliki, publié pour la première
fois d'après le manuscrit de Paris, par Hartwig Derenbourg. S. 1. n. d. P. 109-166.
Ce petit ouvrage fait partie de la série de mémoires et de thèses composés
par divers savants étrangers, à l'occasion du Doctorjubilàum de M. Fleischer.
L'auteur n'a pas oublié ce qu'il doit à l'enseignement de l'Allemagne et, par ce
témoignage de gratitude, il a voulu s'associer à la pléiade d'élèves distingués
que le célèbre professeur de Leipzig a formés depuis un demi-siècle. Patria ubi
docte. La science n'a pas de frontières : nous ne pouvons donc qu'approuver le
sentiment qui a inspiré cette publication et le soin avec lequel elle a été exé-
cutée.
Il est regrettable que le temps n'ait pas épargné les travaux du grammairien
Djawâlîkî; le peu qu'il nous en reste prouve quelles utiles contributions ils
auraient apportées à l'histoire de la langue arabe. Nous savons peu de choses de
la vie de cet écrivain. Né vers la fin du xi* siècle de notre ère, Abou Mansour
Djawâlîki étudia à Bagdad sous la direction de Tabrîzî, le commentateur bien
connu du Hamâsa. Il exerça les fonctions à'imam sous le règne d'El-Mouktafî et
occupa, pendant plusieurs années, la chaire de belles-lettres à l'Université dite
Nidhâmyah, dans la capitale même du Khalifat. On cite parmi ses principaux
ouvrages un commentaire sur le « Manuel du secrétaire « d'Ibn-Kotaïbah et le
Mouarrab, ou vocabulaire des mots étrangers usités chez les Arabes. Ce dernier
ouvrage, ou pour mieux dire, les fragments conservés ont été publiés par
M. Sachau en 1867.
On sait que de très-bonne heure des alliages étrangers altérèrent la pureté de
l'idiome de Modar. Dès avant la prédication de l'islamisme, des vocables
pehlevis ou parsis avaient reçu droit de cité dans différentes parties de la pénin-
sule. A Hira, où l'administration des Benou-Nasr s'était modelée sur celle des
Sassanides, dans l'Oman et le Bahreïn où résidaient des gouverneurs et une
garnison d'origine iranienne, le contact des deux nationalités et le développe-
ment des relations commerciales favorisaient, au moins autant que la similitude
des institutions politiques, l'introduction des mots étrangers. L'islam n'arrêta
nullement cette invasion et, bien que l'idiome du Koran s'imposât aux popula-
tions conquises, les besoins nouveaux qui se manifestaient dans la jeune société
XV 17
2 58 ';? f î fSJ^tiiWE CRITIQIÏE' ffÇf ^ Q
musulmane facîlitèrent sfngulièrement les néologîsmes et les emprunts faits aux
idiomes voisins. Le Koran lui-même n'avait pas entièrement résisté aux
influences extérieures : les premiers exégètes, ceux surtout de l'école orthodoxe,
qui admettaient que les feuillets apportés par l'ange Gabriel étaient écrits dans
l'arabe le plus pur, se mettaient l'esprit à la torture pour démontrer l'origine
nationale de certains mots rebelles au génie peu flexible de cette langue. On
sait comment les races asiatiques et surtout les Arabes procèdent en matière
d'étymologie. Entièrement dépourvus du sens étymologique et ignorants des lois
de la dérivation phonétique, ils se contentent de jeux de nsots, d'à peu près
quelquefois ingénieux, la plupart du temps, absurdçs. ■■^^'-'^'■W'^^^
Djawâlîkî occupe une des premières places parmi les grammairiens qui essayè-
rent d'endiguer le torrent et d'établir une limite entre le domaine national et les
apports exotiques. Mais il était de son temps et ne pouvait se soustraire aux
défauts que nous venons de signaler. Il faut reconnaître pourtant qu'il indique
avec exactitude la provenance des éléments étrangers ; il confond moins souvent
que ses contemporains le grec du bas-empire avec le perse des Sassanides. Mais,
d'autre part, il ignore la première de ces langues et sait imparfaitement la
seconde ; de là d'inévitables confusions dans ses explications comme dans l'or-
thographe qu'il adopte. Sa bonne foi, il est vrai, compense, jusqu'à un certain
point son insuffisance philologique. Le mot là edry « je ne sais pas » qui revient
souvent sous sa plume nous prouve qu'il préfère avouer son ignorance plutôt
que de recourir aux inventions ridicules qui défrayent les recueils des lexicogra-
phes ses confrères. H a d'ailleurs un autre mérite à nos yeux. Elève de l'école
grammaticale de Bagdad, dont il représente fidèlement l'esprit éclectique, il se
tient à égale distance des écoles rivales de Basrah et de Koufah, en rapporte
les traditions avec une louable impartialité et leur emprunte un grand nombre
de Schawâhidy c'est-à-dire de preuves tirées des poésies classiques. En un mot,
son ouvrage, si mutilé qu'il nous soit parvenu, est en un sens plus utile à
l'histoire de la langue arabe que les volumineuses compilations de Djawharî et
de Firouzâbâdî. ^''^ nr>:jûrtkùii>ç.ab-;?imâ!a!:.'ir£îiq!;o BfcatTKi* .s^THiw^t^':
, ' Mais le professeur bagdadien a encore d'autres titres à notre reconnaissance.
A mesure que la pureté de la langue s'altérait, à mesure qu'elle se troublait en
s'étendant sur un plus vaste terrain, une nouvelle tâche s'imposait aux puristes.
Syriens, Egyptiens, Berbères, tous les peuples nouvellement soumis, concou-
raient à ce travail de décomposition : le respect de la tradition grammaticale se
perdait, la conscience de la philologie sémitique allait s'affaiblissant de jour en
jour. L'imminence du péril donna naissance à des traités plus ou moins déve-
loppés, mais identiques pour la forme, et qu'on pourrait assimiler à nos tableaux
élémentaires rédigés sous la rubrique dites et he dites pas. Un des maîtres du
beau langage, Hariri l'auteur des Séances ne dédaigna pas d'écrire un de ces
manuels et selon la mode du temps lui donna un titre prétentieux : la perle du
plongeur. Ceturieux ouvrage, publié en 1867 P^^" M. Tborbecke ', est digne de
''' I. Cf. Rev. Cru., 1872, I, 258. ^ ^ '"'^ ^ Ji-/îKb: ■^mu-^ii.r^ï,:
d'histoire et de littérature. 259
la réputation de son auteur. Il nous révèle, en même temps que la vaste érudi-
tion de celui-ci, le dévergondage, l'anarchie qui régnaient dans le langage poptt;^'
laire et peut-être aussi chez les lettrés.
L'opuscule que M. D. vient de mettre au jour est conçu sur le même plan
que leHvre de Hariri, mais réduit à de plus modestes proportions. Est-il, comme
le suppose l'éditeur, contrairement à l'opinion de Soyouti, un simple complé-
ment de la « Perle du plongeur ? » La chose n'est pas inadmissible ; mais il €st
étrange cependant que le nom de Hariri ne soit pas prononcé une seule fois dans
une annexe de son ouvrage : on peut s'étonner aussi qu'un certain nombre de
locutions vicieuses signalées par le premier, soient reproduites dans le complé-
ment et souvent dans les mêmes termes. Ne serait-il pas plus vraisemblable de
considérer l'opuscule de Djawâlîkî comme un recueil de notes écrites au courant
de la plume par ce grammairien lui-même ou par un de ses élèves sous sa
dictée ? Mais laissons de côté cet insignifiant desideratum bibliographique et
reconnaissons que, malgré son peu d'originalité, ce livre ou ce cahier d'anno-
tations, comme on voudra l'appeler, est loin de faire double emploi avec la publi-
cation de M. Thorbecke.
Les observations grammaticales de l'écrivain arabe sont en général intéres-
santes et justes. Quelques-unes pèchent par un excès de rigorisme. Nous n'en
citerons qu'un exemple, P. 121, Djawâlîkî ne veut pas qu'on emploie le mot
salaf dans le sens de îîh « vanité. » Cependant Hariri, dans ses Séances, %\
donne exactement cette signification (p. 247 et 502 de l'édition de Sacy) et le
commentaire dans ces deux passages l'explique par tekebbour. En outre Djaw-
harî, s, verb. assure que le grammairien Khalîl l'expliquait de la même manièréi
ce qui prouve l'ancienneté de la locution contestée par Djawâlîkî.
Nous avons dit que les recherches étymologiques des lexicographes pèchent
par la base et ne doivent être acceptées qu'avec une extrême méfiance. En pareil
cas, c'est un devoir pour l'éditeur de signaler l'erreur de son texte et d'indiquer
la véritable filiation du mot, dans les limites du nécessaire ou du possible. C'est
ce que M. Sachau n'a jamais manqué de faire dans son édition du Mouarrap,-^
nous étions en droit d'attendre le même secours de M. D., d'autant plus qull
n'a pas cru, et cela avec raison, devoir ajouter une traduction au texte par lui
restitué. La plupart du temps, il n'aurait pas eu un long chemin à faire poiïf
retrouver la vérité. En voici deux exemples pris au hasard de notre lecture.
P. 126, l'auteur arabe reproche au peuple de se servir du verbe tanahhassa
(par tin hè) en parlant de l'abstinence des chrétiens et dit qu'il faut prononcée
tanahhassa (par un ha), ce qui signifie « souffrir de la faim, en se privant de
viande. » Or nous avons sans doute ici le grec vyjîteùw « faire maigre » dont la
première syllabe a passé dans le verbe hybride des Arabes et le peuple a raison
de prononcer comme il le fait.
P. 131. « Une des fautes que fait le vulgaire, nous dit l'auteur, est de nommer
le singe bouzinneh au lieu de abou zinneh (pu d'après le manuscrit abou zinâ « torp^-
cator ») qui est un sobriquet donné à cet animal. Une petite note n'aurait pas
été de trop pour indiquer que ce mot, peut-être d'origine araméenne, s'est
200 REVUE CRITIQUE
introduit en Perse d'où il est revenu un peu mutilé pour figurer dans le diction-
naire arabe. Il est d'ailleurs rarement employé.
^,jïl nous serait facile de multiplier ces exemples. Nous préférons louer l'extrême
correction du texte publié par M. D. d'après un excellent manuscrit de la Bi-
bliothèque nationale. Le soin avec lequel ce texte est vocalisé, la justesse des
corrections faites à l'original dénotent chez l'éditeur une sérieuse connaissance
des grammairiens arabes, ce qui nous était déjà démontré par les précédents
travaux de M. D. La publication prochaine du Kitâb de Sibawaïh complétera
cette démonstration, si besoin est, et ajoutera aux services que le jeune savant
a;rendus à la philologie et à la littérature arabes.
.'■.-'' Barbier de Meynard,
76. — Histoire des Institutions de l'Auvergne, contenant un essai historique
sur le droit public et privé dans cette province, par H. -F. Rivière, conseiller à la
Cour d'appel de Riom, docteur en droit, membre correspondant de l'Académie de
législation de Toulouse. Paris, Maresq aîné. 1874. 2 vol. in-S", xxiv-jiS et $45 p.
«iavec une carte. — Prix : 18 fr.
L'ouvrage de M. Rivière sur les Institutions de l'Auvergne est un composé sin-
gulier de parties excellentes et bien étudiées et d'autres où l'influence de théories
adoptées sans examen approfondi a nui à l'exactitude des appréciations de l'au-
teur. Avant d'entrer dans l'étude des points de détail et de donner l'indication
des principaux passages où il nous paraît avoir accepté des opinions mal fondées,
nous adresserons à M. R. un éloge et un double reproche, qui s'appliquent à
l'ensemble de l'ouvrage. L'éloge sera pour l'exposition, dont les qualités
dominantes sont une limpidité, une netteté parfaites ; les idées y sont étroitement
enchaînées; l'auteur juge rarement et se contente d'exposer les faits et d'ea_
marquer exactement la suite ; point d'équivoques, peu ou point de consi-
dérations préliminaires , une grande simplicité dans l'expression. Quant
aux reproches, ils s'appliqueront aux tendances de M. R, et à son pUç.^,
Esprit absolument juridique, l'auteur n'admet pas le point de vue purement his-
torique; il suppose perpétuellement à la législation du moyen-âge une fixité,
une rigueur égales à celles d'un code moderne, et commente la coutume d'Au-
vergne comme s'il avait affaire au Code civil. Il a connu à peu près tous les
monuments importants de l'histoire du droit en Auvergne , mais entraîné par la
tournure de son esprit, il a peu ou point employé les chartes privées, les docur^
ments particuliers, dont l'étude lui aurait montré à toutes les époques du moyen-
âge la dérogation à la loi aussi fréquente que l'observation de cette même loi. Les
cartulaires auvergnats lui auraient prouvé que l'observation du code Théodosien
n'a pas été aussi universelle qu'il le croit, et que bien souvent les parties n'en
rappellent les dispositions que pour y contrevenir ' .
I. Cette observation vraie pour le droit civil dans le midi de la France, l'est encore
plus pour le droit féodal. Ne point contrôler les coutumes féodales, les traités des feudistes
par les chartes particulières, serait s'exposer aux plus graves erreurs. Car il n'est pas de
société où la règle juridique ait été moins observée que dans la société féodale. . .^^
^9^^dio^^[ii iyi> m^ oup i><5oq;ji âii iiOiJiiMtw ji}L>J *.i*W .5"ifidi6Cl supoqs .
sypiTiflO auva;i
^ 19Uf§ii D*HISTOIRÏ ET DE LITTÉRATURE. 1> 3213 ^ &! U..ùCj^if
Nous reprocherons encore à M. R. la trop grande étendue de'son pîânî p^
tant de l'époque gauloise, il descend jusqu'à la Révolution française; or sur
toutes les époques antérieures au xin^ siècle, il n'a guère pu apporter de faits
nouveaux en dehors d'idées plus ou moins personnelles que nous aurons à dis-
cuter. Ce plan entraîne plusieurs inconvénients, il lui a fallu réduire dans ses déve-
loppements toute la dernière portion de l'ouvrage, qui s'occupe de la partie de
Phistoire encore aujourd'hui la moins étudiée et peut-être la plus intéressante.
Ce que l'auteur dit de l'administration royale, du xiv^ au xviii® siècle, forme
incontestablement la meilleure partie de son livre, et il eût pu des sources qu'il
indique tirer un plus grand nombre encore de renseignements et de faits impor-
tants.
Nous allons maintenant passer en revue les principaux chapitres de l'ouvrage,
en nous attachant principalement à la critique des théories adoptées par l'auteur,
plutôt encore qu'aux détails, qui en général laissent peu à désirer.
Tome I, p. 40 et suiv. Nous croyons qu'il était inutile de réfuter l'opinion du
baron Delzons, pour lequel la soumission des Arvernes à César aurait été purement
volontaire ; non-seulement le fait en lui-même est improbable, mais on ne pour-
rait apporter à l'appui de cette thèse que des arguments sans valeur. Cette idée
prend sa source dans un sentiment fort louable à coup sûr, mais contre lequel,
l'historien doit se prémunir, nous voulons parler du patriotisme local. 'i
P. 103-104. Résistance de l'Arvernie aux Wisigoths. M. R. n'a pas cherché
à expliquer la contradiction évidente qui existe entre le tableau de ce pays, tel
que nous le peignent les lettres de Sidoine Apollinaire, et le fait que ses habitants,
rebelles d'après Sidoine au joug d'Euric vers 470, résistèrent courageusement
aux Franks en 507. Il faut pour l'expliquer se rappeler le caractère de Sidoine:
évêque catholique et lettré, ennemi par suite des barbares ariens et admirateur de
la puissance romaine, il nous a transmis ses impressions personnelles, et celles
d'un petit noyau de fidèles. Il faut supposer, que fatigués des incursions d'Euric,
les Arvernes acceptèrent sans trop de répugnance sa domination et firent promp-
tement partie intégrante de l'empire wisigothique.
P. 115. L'auteur indique une fort curieuse compilation du xi^ siècle, rédigée
par un jurisconsulte et renfermant le texte du Bréviaire d'Alaric avec des
interprétations. Il est regrettable qu'il n'ait pas cru devoir nous donner de plus
amples renseignements sur cet intéressant manuscrit, conservé aujourd'hui à la
bibliothèque de Clermont.
P. 127. M. R. admet la durée du royaume de Toulouse; ce royaume et
la postérité du jeune Charibert n'ayant jamais existé que dans la trop féconde
imagination du faussaire, auteur de la charte d'Alaon, il faut retrancher de l'his-
toire tous ces développements et se résigner à ignorer le sort de l'Auvergne
pendant le vii^ siècle et les vingt premières années du viii«.
P. 148 et suiv. L'auteur réfute à nouveau avec force raisonnements une opâaju
nion déjà émise par Montesquieu et reprise plus tard par M. Laferrière, suivant
laquelle les lois romaines auraient été territoriales dans le midi de la France à
l'époque barbare. Mais cette assertion ne repose que sur des hypothèses , et le
262 REVUE CRlTICyJB ' "
dernier de ses partisans avait dû établir une exception pour la Septimanie, dans
laquelle là loi romaine serait devenue personnelle, ce pays, grâce à ses grandes
abbayes et à ses églises épiscopales, étant le seul qui possède un ensemble de
textes judiciaires suffisants pour former une suite diplomatique. Le paradoxe de
Montesquieu est si évident que M. R. n'eût pas dû s'y arrêter aussi longtemps.
: P. 166-167. Il nous est difficile de donner au mot alleu à l'époque féodale un
sens aussi précis que le voudrait l'auteur : ce qui a pu tromper beaucoup de
personnes, c'est que le mot alos et ses dérivés sont souvent pris dans les textes
diplomatiques pour désigner une terre, une propriété en général; dans des
actes du x" siècle, ce mot. s'applique même à des tenures féodales. Quant au
franc-aleu de la province de Languedoc, sans vouloir trancher cette difficile
question, nous croyons qu'on peut hardiment nier la communauté d'origine de ces
deux états de la terre (alleu et franc-aleu) et ne voir dans le nom de ce dernier
qu'un ressouvenir de l'ancien sens du mot alos.
P. 169. M. R. dit qu'en prenant des terres ecclésiastiques en précaire, les
laïques recherchaient la protection de l'Eglise; le contraire a pu aussi arriver;
l'Eglise a pu concéder l'usufruit de certaines terres à de puissants seigneurs, afin
d'obtenir leur appui ; de là des offices spéciaux, qui s'appelaient advocaùa, villi-
catiOy suivant les pays, et amenaient souvent pour résultat la spoliation de
l'abbaye ou de l'évêché par le concessionnaire.
- P. 174 et passim. M. R, se sert avec raison du grand cartulaire de Brioude,
il eût bien fait d'y joindre la notice publiée par M. Bruel, dans la Bibliothèque
de l'École des chartes (t. XXVIi) ; il y eût trouvé de bonnes indications sur la
date de plusieurs des chartes qu'il cite.
P. 185 et passim. Nous trouvons ici la reproduction d'une théorie séduisante,
adoptée déjà par maint auteur, mais qui nous paraît absolument inacceptable;
nous voulons parler de la persistance de la municipalité romaine. Telle que M. R.
la présente, cette théorie repose sur une double confusion; d'une part confu-
sion entre le droit civil et privé de Rome, dont la persistance dans le midi de la
France est absolument indiscutable, et le droit municipal; de l'autre confusion entre
la juridiction gracieuse de la curie et la juridiction des placites de l'époque barbare.
Ainsi présentée, cette thèse avait été déjà combattue et parfaitement réfutée par
M"* de Lézardière, dont M. R. cite un passage pour la contredire ; mais les argu-
ments qu'elle emploie sont beaucoup plus convaincants que ceux de cet auteur,
et nous admettons avec elle que la curie romaine, vieille institution, qui n'avait
plus que des fonctions financières, disparut presque entièrement' au moment des
invasions, sans laisser autre chose que des souvenirs plus ou moins confus. Quant
aux preuves accumulées par M, R., expressions employées par les auteurs
ecclésiastiques, nom de civitas donné aux villes sur les monnaies, noms des
magistrats municipaux du xii'' siècle, enfin titres de consul et de proconsul, usurpé
par les princes féodaux, aucune d'elles n'a de réelle importance et ne peut faire
oublier l'absence de tout document sérieux constatant la perpétuité de cette
institution. Pour nous, comme pour beaucoup d'autres plus autorisés en pareille
matière, les municipalités des xii^ et xiii*= siècles tirent leur origine de la commune,
d'histoire et de littérature. 26j
de l'association des bourgeois pour obtenir le droit de s'administrer et de s'im-
poser librement. Les premières communes durent presque toutes leur naissance
à un mouvement insurrectionnel, et on peut dire que presque jamais seigneur
n'accorda de son propre mouvement une charte de commune. Nous invoquons
à l'appui l'histoire de la commune de Clermont, dont M, R. lui-même nous a
retracé les différentes phases, et celle de toutes les grandes communautés du
midi de la France, où cependant le souvenir de l'ancienne Rome était plus vivant
que partout ailleurs. Pour expliquer la coexistence de tous ces mouvements
communaux, il faut étudier l'état de la société à cette époque, en nous rési-
gnant à ignorer beaucoup des causes qui l'ont amenée, plutôt que de l'attribuer
uniquement à un fait aussi mal prouvé que la persistance de la curie romaine.
P. 209. M. R. croit comme M. Championnière, auteur de l'ouvrage sur la
Propriété des eaux courantes, à la perpétuité des impôts romains. Le tributum
de l'époque impériale, conservé par les rois des deux premières races, aurait
subsisté pendant tout le moyen-âge, en prenant plus tard le nom de justicia,
théorie singulière, qui repose, croyons-nous, sur une confusion perpétuelle entre
le droit de justice, et les droits utiles auxquels donnait lieu son exercice.
P. 212. La hiérarchie des fiefs, telle que l'indique M. R., n'existait pas dès
l'origine de la féodalité : la faire remonter aussi haut, c'est attribuer trop d'im-
portance à une classification de beaucoup postérieure et qu'il faut peut-être
regarder comme l'ouvrage des premiers feudistes.
P. 232. M. R. attribue le grand nombre de donations reçues par l'Eglise pen-
dant le X* siècle aux terreurs de l'an 1000; il semble aujourd'hui, d'après des
recherches récentes, que cette fameuse panique n'a pas eu les proportions qu'on
lui attribuait, sur la foi de Raoul Glaber ; on a autant de chartes de l'an 1 000
que des autres années du x° siècle, et il ne semble pas qu'à cette époque la vie
sociale se soit sensiblement arrêtée. Remarquons d'ailleurs que les formules qui
semblaient confirmer le texte de Raoul Glaber paraissent dans les chartes dès le
VIII* siècle, et persistent au delà du x^
P. 238. Nous avons le regret de constater que l'auteur accepte pour authen-
tique la trop fameuse pragmatique sanction de saint Louis ; la cause est aujour-
d'hui entendue et nous croyons que ce faux manifeste a conservé peu de parti-
sans.
P. 304. L'auteur attribue à la compilation anonyme connue sous le nom
d'Établissements de saint Louis une influence exagérée, ce recueil n'a pu en avoir
aucune en Auvergne et la charte de Louis X de 1 3 1 5 , qui parle des « ordon-
» nances et establissements » de saint Louis, désigne seulement par ces expres-
sions les statuts de ce roi, ses règlements d'administration publique. C'est le
sens consacré du mot establissements, stabilimentum, dans les textes de cette
époque.
P. 4 1 6. M . R. entame une longue discussion sur la distinction entre seigneur féodal
et seigneur justicier, et adopte à ce sujet les opinions paradoxales de M. Champion-
nière : suivant lui le fief, démembrement du territoire,doit être distingué de la justice,
qui procède en droite ligne des impôts romains, et qui fut exercée par quelques
i64 '^' '• REVUE CRITIQUE vT.^.mV,
seigneurs à titre de successeurs des empereurs romains. Il ne semble même pas
très-éloigné d'adopter une étymologie singulière de ce jurisconsulte, celle du
mot îallia, qui viendrait de l'adjectif pluriel talia ! (p. 417, note 5). Ni
M. Championnière, ni son fervent admirateur, M, R., n'eussent adopté cette
étymologie fantaisiste, s'ils avaient connu le sens primitif du mot tallia, qui avant
de désigner un impôt particulier, a servi à indiquer la répartition d'un impôt
quel qu'il fût. — Cette distinction entre le fief et la justice amène M. R. à regarder
comme un droit de justice d'autres droits, qui n'ont pas d'autre origine que tous
les droits féodaux, le guet par exemple (p. 42 3), qui, exercé par le pouvoir
royal sous les Carolingiens, tomba plus tard et tout naturellement dans le domaine
privé, et fut exercé par tous les seigneurs, sans distinction de hauts ou de bas
justiciers. — Quant à l'origine même des justices, il est à peu près impossible
de décider cette question dans l'état actuel de la science; ce qui semble certain,
c'est que sur ce point comme sur les autres, il. y eut changement lent; la
justice cessa d'être rendue au nom du roi et le fut au nom du comte , ou plutôt
dans les plaids l'autorité royale cessa de paraître. Les formes anciennes, établies
soit par les lois de chaque peuple, soit par les capitulaires royaux, ne changèrent
que peu à peu, point par point, et ce ne fut qu'au bout de 100 ans et quelquefois
plus qu'au plaid carolingien succéda le vrai plaid féodal. Pour la distinction entre
justice féodale et justice justicière, formulée par M. Championnière, elle n'existe
pas, croyons-nous, dans les textes diplomatiques, et il a dû aller la chercher dans
les ouvrages des légistes de la royauté, dont les théories ne peuvent servir à
l'histoire des institutions du moyen-âge.
P. 436. L'auteur attribue aux dîmes dites inféodées une seule origine, l'inféo-
dation par l'Eglise ; nous croyons qu'elle n'est pas la principale, et l'usurpation
a joué dans leur formation un bien plus grand rôle. Du reste, dans un grand
nombre de diocèses, ces dîmes furent plus tard l'objet d'une autre usurpation :
rachetées par les évêques et par quelques abbés, elles devinrent la propriété de
ce qu'on appelait les gros décimateurs ; tels étaient l'évêque d'Albi, qui touchait
autant de fois 10,000 livres que le setier de blé valait de livres, l'évêque de
Béziers, etc.
P. 463. M. R. exagère le sens de l'ordonnance de 1 190, en ce qui regarde
le rôle des baillis, qui ne furent installés que dans les domaines royaux et
n'eurent d'action sur les domaines des feudataires que par le droit d'appel ,
action du reste qui mit un siècle à se développer.
P. 510. A propos des notaires, il nous semble que l'auteur a commis une
légère erreur; ils existaient comme notaires seigneuriaux dès la fin du xi^s. ;
c'est à cette époque l'ancien cancellarius transformé, et ce dignitaire paraît avoir
existé dans un grand nombre de seigneuries. Vers le milieu du xii^ siècle, on
trouve des notaires épiscopaux et municipaux, et vers l'an 1 200, cette institu-
tion s'est régularisée et est devenue générale dans le midi de la France.
Malgré la longue critique que nous venons d'en faire, les Institutions de l'Au-
vergne ne laissent pas de renfermer d'excellentes parties. Dans ce premier
volume notamment^ijons indiquerons un bon résumé ^^ç la législation commu-
d'histoire et de littérature. 265
nale et des chartes de franchises de la province (p. 282 et 293), des passages
intéressants sur les finances au xiv* siècle (p. 333), sur les monnaies (p. 34$),
sur les banalités (p, 427), sur le mélange des deux droits écrit et couturaier en
Auvergne (p. 441).
Le tome deuxième renferme l'histoire des Institutions de l'Auvergne à partir
du XVI' siècle. C'est de beaucoup la meilleure partie du livre, et nous ne ferons
à l'auteur qu'un reproche, celui de ne pas lui avoir donné de plus grandes pro-
portions; avec les documents qu'il a consultés, il pouvait facilement doubler
l'étendue de son travail sans en diminuer l'intérêt. Sur les lieutenants du roi en
Auvergne, les Etats, les intendants, les assemblées provinciales, l'administration
municipale aux deux derniers siècles, les impôts, il dit d'excellentes choses et
nous n'avons guère pu y relever d'erreurs. Peut-être M. R. eût-il bien fait
cependant de joindre aux sources que Clermont lui a fournies, les collections
parisiennes des Archives et de la Bibliothèque nationale, qui lui eussent fourni
nombre d'additions utiles.
Les pièces justificatives qui terminent l'ouvrage présentent en général un
grand intérêt. Mais l'auteur a eu grand tort, à nôtre avis, de rejeter dans les
notes du tome I les indications bibliographiques relatives à chaque acte,
ce qui force à recourir perpétuellement du tome II au tome I et occasionne des
confusions. La plupart de ces 36 pièces, dont beaucoup sont inédites, sont
publiées d'une manière assez exacte et peuvent être employées sans crainte.
Pour nous résumer, le vaste travail de M. R. présente trois graves défauts :
plan trop étendu, qui l'a forcé à resserrer dans d'étroites limites la partie la plus
neuve du livre ; prédominance du point de vue juridique sur le point de vue
historique ; enfin adoption sans un contrôle suffisant de théories surannées et
d'appréciations mal fondées. Ces défauts sont d'autant plus regrettables que ce
livre est l'œuvre d'un esprit sain, sérieux et libéral, que ses recherches ont été
faites sans aucun esprit de parti, et que l'exposition a la simplicité et la clarté
qui conviennent à un livre d'histoire.
A. MOLINIER.
77. — F. Petrarchae Africa, quam reçensuit, praefatione, notis et appendicibus
illustravit L. Pingaud, scholae normalis olim alumnus. i vol. gr. in-S", 400 p. Paris,
Ern. Thorin. 1872. — Prix : 7 fr. 50.
Les fêtes du centenaire de Pétrarque, célébrées l'an dernier dans une ville de
France à laquelle le nom et l'histoire du grand poète restent indissolublement
unis, auraient dû, ce semble, susciter chez nous, comme au-delà des Alpes, de
nombreuses études sur sa vie et ses œuvres. Mais il en est allé tout autrement.
M. Mezières, dont nous avons apprécié à son heure le livre judicieux et
agréable sur Pétrarque, et qui a pu annoncer aux Italiens attirés par les fêtes
d'Avignon qu'il préparait un travail semblable sur le Tasse, n'a pas vu un seul
rival lui disputer ce terrain si vaste et où il a certes laissé beaucoup à faire.
L'Allemagne a été moins improductive. L'Italie surtout, sans donner aucune
œuvre de premier ordre, sans susciter un érudit pétrarquesque de la force de
266 REVUE CRITIQUE
Rossetti, ou même de M. Fracassetti, dont les travaux datent de ces dernière?,
années, a notablement enrichi l'histoire et la bibliographie de son poète. Il suffili
de signaler en courant deux éditions critiques des Trionfi, l'une par M. Giannini
à Ferrare, l'autre par M. Pasqualigo à Venise; des recueils de Rime, en partie
inédites, publiés par M. Ferrato à Padoue, par M. Carbone à Turin; des tra-
vaux bibliographiques qui montrent surtout les rapports de Pétrarque avec
diverses villes italiennes : Pétrarque à Venise (par l'Ateneo Veneto), Pétrarque 4,
Milan (Carlo Renussi), Pétrarque à Gênes (M. Celesia); par-dessus tout, le%
Scritti inediti, retrouvés et publiés avec tant de soin et de compétence par
M. Attilio Hortis, de Trieste, qui vient d'y ajouter quelques vers latins, suffisants,
croyons-nous, pour absoudre enfin la mémoire de Pétrarque de tout soupçon de
jalousie à l'égard de son grand contemporain Dante Alighieri. En France, il n'^
guère paru qu'un essai biographique sans profondeur, d'un ecclésiastique pro-
vençal, et des articles de journal et de revue trop propres à confirmer notre
réputation d'ignorance en fait de littérature étrangère. Si les Italiens nous ont
jugés surtout d'après une étude historique publiée à l'occasion des fêtes d'Avi-
gnon dans la Revue française la plus répandue, étude où le lyrisme exubérant
du style cachait mal la plus complète inintelligence du génie et de l'œuvre de
Pétrarque, nous avons fort à faire pour nous réhabiliter. On est heureux de se
dire que l'érudition française s'efforce aujourd'hui de prendre d'autres habi-
tudes et de substituer la critique à la fantaisie; mais il faut regretter qu'elle ait
trop négligé jusqu'à présent les sujets d'étude si nombreux et si féconds que lui
offrent les littératures du midi, sœurs de la nôtre ; c'est une raison de plus pour
recommander, après un trop long oubli, une publication très-modeste, mais
très-méritoire, sur VAfrica de Pétrarque, publication déjà un peu ancienne et
antérieure aux fêtes du centenaire.
C'est une thèse latine pour le doctorat ès-lettres, d'une latinité fort médiocre,
mais d'une rédaction sage, simplement judicieuse de fond, mais faisant bien
connaître son sujet, et suivie (chose très-rare dans les livres de cet ordre) d'une
édition complète et correcte de l'épopée latine du xiv* siècle, qui attendait
depuis longtemps de pareils soins. L'Africa n'a pas un grand prix au point de
vue de l'art, mais on ne peut en contester l'importance dans l'histoire littéraire.
Ce n'est pas seulement l'œuvre qui fit la réputation de Pétrarque et lui valut
son triomphe au Capitole et le laurier trop vanté ; c'est surtout le premier mo-
nument de la renaissance classique et le premier essai d'épopée artificielle dans
les temps modernes. Il n'est pas nécessaire de la goûter, mais il faut la con-
naître et partant la lire peu ou prou. C'était bien pénible avec l'édition de Bâle
(i 581) , je ne prétends pas que ce soit un amusement avec celle de M. Pingaud;
mais il a travaillé sérieusement et non sans succès à diminuer notre peine. Il
nous initie d'abord à cette œuvre, un peu décourageante, par une analyse très-
fidèle, la seule qu'on puisse indiquer, après un assez bon chapitre de Ginguené
(t. II, 473-47$), aux gens qui veulent se dispenser d'étudier à même l'épopée
de Pétrarque. C'est l'objet du second chapitre de sa thèse. On y voit que le
songe de Scipion, d'après Cicéron, défraie les deux premiers chants ; au troi-
d'histoire et de littérature. 267
âèrae et au quatrième, Lélius envoyé chez Syphax (mais il n'aurait pas fallu
écrire miîtit apud.. . , p. 1 2) prononce ou écoute de longs discours $ur les antèr
cédenls historiques de l'action; Sophonisbe, décrite avec une complaisance dont
le véritable objet était sans doute Laure (qui n'est nommée nulle part dans les
œuvres latines de Pétrarque), remplit à peu près deux autres chants (V, VI);
il n'en reste que deux pour l'action épique, dont le point culminant est
la bataille de Zama; le dernier chant (IX) n'est qu'un appendice, d'ailleurs assez
curieux, où Homère entretient Ennius du chantre futur de Scipion. Ce que cette
analyse attentive met surtout en relief, c'est l'importance d'une lacune inaperçue
des premiers éditeurs, constatée depuis par plusieurs critiques, mais plus préci-
sément évaluée par M. L. P., entre le 5* et le 6« chant. Elle serait, d'après la
proportion des faits dans Tite-Live, que Pétrarque suit avec une excessive fidé-
lité, d'une longueur de trois chants entierS; ce qui donne à VAfrica précisément
les dimensions de l'Enéide. Après avoir démêlé, dans son troisième chapitre, les
sources où le poète a puisé (Cicéron, Tite-Live, Virgile), M. P. le venge sans
peine, dans le quatrième, du reproche d'avoir copié Silius Italicus, qu'il n'a
pas connu, et réfute, après plusieurs érudits, le quiproquo de Lefebvre de Ville-
brun au sujet d'un morceau prétendu pillé dans les Puniques, Ce qui suit, appré-
ciation du poème, histoire de sa composition, de ses vicissitudes, de ses éditions
n'offre également rien de neuf, mais nous livre l'essentiel des travaux antérieurs ,
les textes mêmes de Boccace, de Coluccio Salutati, de la correspondance de
Pétrarque, y sont cités soit d'après les -meilleures éditions, soit même d'après
les manuscrits. 'y b'otjrtnbncfrrg-'^-r'-r' -p? ?nrJ' -«(^hwi
C'est d'après les mss. (au nombre de six, quatre de la Laurentienne tie Flo-
rence, deux de Paris) qu'a été établi le texte de l'Africa (p. 81-362), dédié par
le soigneux éditeur « egregio Petrarchse interpreti A. Mezières. » Il suffit de
dire que malgré quelques passages douteux qui subsistent çà et là et quelques
négligences dans la ponctuation, ce long poème, presque illisible jusqu'ici, n'offre
plus de difficulté sérieuse. Qu'il ait fallu pour l'amener à ce point un long et
minutieux travail, cela ressort de la seule indication des variantes des éditions
précédentes, notées au bas des pages (il y en a six ou sept par page en moyenne).
Il faut remercier M. L. P. d'avoir enrichi la bibliographie de Pétrarque d'une
édition d'autant plus méritoire que personne avant lui, même en Italie, n'avait
voulu s'assujettira ce que Rossetti appelle «la lunga e tediosa fatica di ridurre a
corretta lezione tutti i nove libri del poema ».
Léonce Couture.
78. — Erasme. Étude sur sa vie et ses ouvrages par Gaston Feugère, professeur au
lycée Charlemagne, docteur ès-Iettres de la Faculté de Paris, i vol. in-8°, xvj et4J7
p. Paris, librairie Hachette et C*. 1874.
Les ouvrages qui ont été publiés sur Erasme sont nombreux ; aucun cepen-
dant ne répond aux exigences de la science moderne, et il reste là une lacune
qu'on a souvent signalée. Le livre de M. Feugère vient-il combler cette lacune ?
Nous n'oserions l'affirmer. M. F., sans doute, n'est pas un écrivain sans mé-
268 REWÊ (ÎRHIQOÉ '
rite. Il a de la lecture, il a surtout une manière d'exposer les faits qui ne
manque ni de vivacité ni d'élégance. Mais il nous semble qu'il n'a montré ici
ni l'érudition ni la solidité de critique que réclamait l'œuvre qu'il a entreprise.
Avec Erasme, on est continuellement amené à toucher aux plus graves questions
religieuses, théologiques et littéraires qui furent débattues de son temps. Ces
questions, M. F. ne paraît pas les avoir toutes approfondies d'une manière suffi-
sante. A chaque instant, en effet, on rencontre chez lui des assertions qui
dénotent une connaissance très-imparfaite non-seulement du xvi« siècle en général,
mais même de son sujet particulier. Ainsi, en parlant du mouvement réformateur,
il dira très-sérieusement (p. 283) : « La Réforme ne resta pas longtemps dans
les limites de la spéculation dogmatique », comme si la Réforme avait été à son
début un mouvement théologique. Ailleurs (p. 57), il parle des Epistolae obscu-
rorum virorum en ces termes : « Les Epitres des hommes obscurs, écrits par trois
auteurs, dont le principal fut Ulric de Hutten, » comme si le nombre des auteurs
des Epistolae était connu, et la part qui revient à chacun d'entre eux dans cette
œuvre clairement déterminée. Plus loin encore (p. 61) à propos de l'édition du
Nouveau Testament d'Erasme, il écrit : « Erasme avait collationné les plus
anciennes éditions grecques. Des collèges et des monastères lui en envoyèrent
plusieurs, » tandis que tout le monde sait aujourd'hui qu'Erasme n'a travaillé
que sur quatre manuscrits de date assez récente et que la première édition de
son Nouveau Testament fut préparée avec une hâte peu digne de la science.
M. F. a interrogé Erasme lui-même pour raconter sa vie, il a puisé large-
ment dans sa correspondance et dans ses écrits, et, de ce chef, ce volume
présente une somme considérable de travail et offre un intérêt réel. Mais s'il a
beaucoup consulté Erasme, M. F. n'a guère consulté les contemporains, ni
surtout les adversaires de son héros; son ouvrage est une sorte d'autobiographie
d'Erasme, ce n'est plus une étude impartiale et exacte. Ajoutons que M. F.
ne paraît pas avoir été toujours jusqu'aux sources. Ainsi dans le paragraphe
consacré à la controverse d'Erasme et de Luther à propos du libre arbitre, il
cite à plusieurs reprises l'histoire des variations de Bossuet, mais jamais Luther
lui-même. Enfin, il y a plus d'une lacune dans son livre. Les ouvrages écrits
ou édités par Erasme ne sont même pas tous mentionnés, et les services rendus
par lui à la science, et surtout à. la- science biblique , sont beaucoup trop
laissés dans l'ombre. ';;ife^>?'3ii/&iincî' siJîi i^'jl -i^'.'^ut:^}?
Nous pourrions mentionner aussi des lacunes dans la notice bibliographique
qui se trouve en tête du volume : ainsi nous n'y trouvons marqués ni Stockmeyer ,
Erasmus in seinen Briefen an Bonifacius Amerbach, dans Schweiz. Muséum fur hist.
Wissenschaften, 1839, ni Glaseus, Ueber Erasmus als Kirchenreformator, 1850, ni
Woker, De Erasmi studiis irenicis, 1872, ni Rud. Staehelin, Erasmus Stellung
zur Reformaiion, 1873, etc., nous pourrions citer une certaine quantité d'erreurs
typographiques dans les noms propres : Smith au lieu de Schmidt (p. 133),
Florimond de Semond au lieu de Remond (p. 188), Pirckeiraer au lieu de Pirck-
heimer, etc.; mais nous n'insistons pas sur ces détails.
En résumé, le livre de M. F. est d'une lecture très-agréable, il donne même,
d'histoire kt de littérature. 269
dans certains traits, la vraie physionomie d'Erasme; mais, dans son ensemble,
nous ne pouvons pas lui reconnaître de valeur scientifique réelle.
Htim^i T'h- Gerold.
79. — Lord Herbert de Cherbury, sa vie et ses œuvres ou les origines de la phi-
losophie du sens commun et de la théologie naturelle en Angleterre , par Charles de
. RÉMusAT, membre de l'Institut. Paris, Didier. 1874. In-12, viij-3iop. — Prix:
Histoire de la philosophie en Angleterre depuis Bacon jusqu'à Locke, par
Charles de Rémusat, membre de l'Institut. Paris, Didier. 1875. ln-8'. I, vij-420 p.
~* II, 416 p. — Prix : 14 fr.
Après avoir publié à part comme un épisode détaché de l'histoire de la phi-
losophie anglaise moderne, M. de Rémusat a pensé qu'il était utile de donner
une idée exacte des philosophes et de la littérature philosophique qui s'est pro-
duite en Angleterre depuis le miheu du xvi* siècle jusqu'à la fin du xvii*. Dans
une introduction, M. de Rémusat remonte (peut-être un peu trop haut) jusqu'aux
origines de la nation et de la civilisation anglaises. Il entre dans son sujet pro-
prement dit avec les prédécesseurs de Bacon, Wilson, Digby, Davies, Fother-
by, Hooker, Raleigh. Il ne traite pas en détail de Bacon, sur qui il a déjà publié
un travail justement estimé ' , ni de Herbert de Cherbury qui a été également
l'objet d'une publication spéciale; il marque seulement leur place dans l'histoire
qu'il a entrepris d'exposer, mais il s'arrête davantage sur les autres contempo-
rains de Bacon, G. Herbert, Carpenter, Hakewill, Pemble, Crakanthorp, et sur
l'histoire de la logique en Angleterre jusqu'au xviii« siècle. Un second livre
contient l'histoire de la philosophie anglaise pendant la révolution, lord Brook,
Culverwel, Chillingworth, Digby, White, Browne, Hobbes, Baxter, les adver-^
saires politiques de Hobbes, Harrington, Nevile, Sidney, Milton. Dans le troi-'
sième livre M. de R. traite de la philosophie anglaise après la révolution, Which-^^
cot, John Smith, Wallis, Wortington, Wilkins, Cudworth, More, Sharrock,
Cumberland, Barrow, Taylor, Tillotson, Whitby, Halyburton, T. Gale,^
S. Parker, Matthew Haie, Glisson, Wray, Boyle, Glanvill, Newton. Le qua-
trième et dernier livre contient l'histoire de la vie et des ouvrages, et l'appré- -
dation de la philosophie de Locke. -'
Dans cette période fort agitée de l'histoire de l'Angleterre, la philosophie 1
anglaise est étroitement liée aux controverses reHgieuses et politiques qui ont-
passionné les esprits. M. de R. a senti qu'il ne pouvait faire bien comprendre
les idées émises en philosophie s'il ne faisait pas connaître la vie des philoso- '^
phes et le milieu moral où leur esprit s'est développé. Il s'est vivement inté- ^
ressé à cette partie importante de son sujet, et il y intéresse aussi ses lecteurs. ''
L'exposition et la critique des idées philosophiques elles-mêmes ont eu, évi- '^
Il 0t»j»i ' — ■ — ' 'r'' '' ■■^^
1. Bacon, sa vie, son temps, sa philosophie et son influence jusqu'à nos jours, par';
M. Ch. de Rémusat, membre de l'Institut. Paris, Didier. 1857. ^'
.gJiKîàb 253 1UZ zeq zttonimCn ?.uon zî&m ,.^;3 ^isausd
mém srmoD ,? , 550f.9-îg£"2éii stuJdsI ^nu'b Jaa ."^ M sb stvi! si ,àmiieài nH
f
2J'0 .Àikvf- REVUE CRITIQUE
demment, moins (battrait pour lui que la théologie et la politique. L'exposition
est un peu sommaire, parfois obscure ; on voudrait des citations textuelles des
passages les plus importants au bas des pages : car une traduction exacte des
idées philosophiques exprimées dans une autre langue paraît à peu près
impossible. La critique, très-intelligente et très-équitable d'ailleurs, n'entre peut-
être pas assez dans le détail sur les points fondamentaux, particulièrement en ce
qui concerne le système si important, à tous égards, de Hobbes.
On voudrait aussi plus de développements sur le système de Locke. Les leçons
de Cousin sur la philosophie de Locke ne sont qu'un travestissement; l'injustice
en est Criante, la légèreté inconcevable '. Tout ce que M. de R. dit de Locke
repose sur une étude approfondie du sujet et est inspiré par l'équité la plus scru-
puleuse et la plus sympathique à ce ferme et noble esprit, le maître de nos pères
de 1789. M, de Rémusat n'oublie du reste nulle part en ce livre les traditions
de bon sens, de générosité et de libéralisme qui avaient été transmises à sa géné-
ration : son ouvrage respire partout ces sentiments, et pour emprunter ses pro^
près expressions (II, 289), « cette fidélité sans illusion, sans enthousiasme,
» sans défaillance à l'humanité, à la modération, à la liberté » qui est l'honneuf
et le charme de son caractère. .u..<;d;jjii;
-t-i Wi ^«dCîÊTÉS SAVANTES.
-;. :lJ .aidn:-
j, ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
.,XvUs;-,.i^.w/. ,i^ç~ — vji ::. Séance du 16 avril 1875, .h' -■.■■-■
' tJttlé 'ftîlï^'éSJ 'M^'C)X^Vrias, secrétaire perpétuel de Hiiiâétûk des sciences,
annonce que cette académie va faire frapper une médaille commémorative du
passage de Véiius sur le Soleil et des observations qui en ont été faites, et
-.;, I. En voici une preuve singulière. Locke dit (IV, xj, 12) : « Nous ne pouvons pas
■'» plus connaître qu'il y ait des esprits finis réellement existants, par les idées que nous
» avons en nous-mêmes de ces sortes d'êtres, qu'un homme ne peut parvenir à connaître,
» par les idées qu'il a des fées et des centaures , qu'il y a des choses actuellement exis-
» tantes qui répondent à ces idées là. Et par conséquent sur l'existence des esprits {en
» anglais « of finite spirits ») aussi bien que sur plusieurs autres choses, nous devons
» nous contenter de 1 évidence de la foi. » Il n'est pas besoin d'avoir recours à IV, IH,
27, où Locke développe la même idée, pour voir que par esprits finis Locke entend les
anges et les démons. Mais Cousin l'a compris autrement; voici comment il commente ce
texte. Après avoir cité la première partie jusqu'à « ces idées là, » il ajoute (Philosophie
de Locke, 1861, p. 259) : <i C'est bien là, ce me semble, le scepticisme absolu; et vous
» pensez peut-être que la conclusion dernière de Locke sera qu il n'y a aucune connais-
» sance des esprits finis , par conséquent de notre âme, par conséquent encore d'aucune
» des facultés de notre âme ; car l'objection est aussi valable contre les phénomènes de
» l'âme que contre sa substance... C'est là sans doute qu'il aurait dû aboutir; mais il
» ne l'ose.... Que fait-il donc.?.... il en appelle.... à la révélation, à la foi, et il conclut
» ainsi : Par conséquent sur l'existence de l'esprit nous devons nous contenter de l'évi-
» dence de la foi. » Suit une longue réfutation du grossier paralogisme de Locke. r
d'histoire et de littérature. 271
demande à racadémie des inscriptions de composer la légende qui devra être
inscrite sur cette médaille.
Un travail sur les Sons linguistiques est adressé à l'académie. L'auteur demande
l'avis de l'académie sur ce travail. Il ne peut être donné suite à cette demande.
M. Desnoyers lit une note sur un silex dont la photographie avait été adressée
à l'académie, et que l'auteur de cette communication considérait comme une
balle de fronde préhistorique. Ce silex est semblable à un grand nombre d'autres
qui remplissent les collections et qui ont dû servir à divers usages ; il ne présente
aucun intérêt particulier. On n'y trouve aucune trace des caractères d'écriture
hiéroglyphique que l'auteur de la communication avait cru y reconnaître.
— M. Naudet termine la lecture de son mémoire sur la question des tribuni
militum a populo. Selon lui les mots a populo ne peuvent signifier élu par le peuple,
mais originaire du peuple, c. à d. du pays, de la cité où est située l'inscription
qui porte ces mots. Les tribuni militum a populo étaient donc des tribuns mili-
taires ordinaires, au titre desquels on avait ajouté la mention qu'ils étaient ori-
ginaires de la cité où ils étaient établis et où une inscription leur était dédiée.
On peut s'expliquer l'utilité de cette mention. Toutes les inscriptions qui parlent
de tribuni m. a. p. proviennent de l'Italie et datent du 8^ siècle de Rome : elles
se rapportent à l'époque où un grand nombre de soldats reçurent des terres en
Italie aux dépens des propriétaires violemment expulsés. Ces intrus durent être
mal vus des habitants, et ceux-ci pouvaient tenir à éviter d'être confondus avec
eux, surtout quand ils portaient un titre militaire, comme celui de tribunus mili-
tum, qui semblait appeler cette sorte de confusion. C'est pourquoi on joignit
alors à ce titre les mots a populo afin d'indiquer qu'il s'agissait d'un habitant ori-
ginaire du pays. — M. Naudet ne pense pas qu'on puisse songer à rattacher a
populo à militum : ces soldats du peuple, c. à d. de telle cité en particulier, n'au-
raient pu former qu'une sorte de corps franc, hors des légions, dont le chef
n'aurait pas porté le titre de tribunus militum.
M. Duruy déclare qu'il persiste dans les conclusions de son premier mémoire.
Ce qu'il s'était efforcé de faire ressortir, c'est le rapprochement qui se présente
à l'esprit entre l'art. 103 de la loi de Genetiva et ce que l'on sait de l'existence,
dans presque toutes les cités de l'empire, d'une force de police municipale, com-
mandée par des fonctionnaires municipaux, les divers préfets des villes de Gaule,
les stratèges d'Athènes (charge qui subsistait encore au temps de Constantin), etc.
L'empire romain ne prenait aucun souci de la police intérieure : aussi le brigan-
dage y était-il général : M. Duruy cite de nombreux témoignages qui l'établissent.
Il fallait donc que les cités organisassent des mesures de défense, et c'est ce qui
fut fait généralement. Il y avait dans chacune une troupe de police, et un fonc-
^ tionnaire chargé de garder les armes de cette troupe quand elle n'avait pas de
.service à faire, de la commander quand elle avait à agir.
: M. Naudet ne conteste pas l'existence de ces troupes de police municipale,
.mais il ne croit pas, comme M. Duruy, qu'elles fussent munies d'armes de guerre.
Quand les désordres étaient tels qu'il fallait faire intervenir les soldats, c'étaient
272 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
des légionnaires qu'on faisait venir de la frontière voisine, ou de la province
même, car il y en avait, quoique en petit nombre, même dans les provinces du
sénat. Du reste ce qui est en question n'est pas de savoir si en général il y avait
dans les cités de l'empire des chefs de police municipaux, mais si telles étaient
les fonctions des personnages, en petit nombre, qu'on rencontre en Italie au
8^ s. de Rome avec la qualification de tribuni militum a populo.
M. Ravaisson fait remarquer : i° que dans le système de M. Naudet on ne
voit pas pourquoi ce sont seulement des tribuns militaires, et jamais d'autres
fonctionnaires, qui ajoutent à leur titre la mention qu'ils sont du pays, a populo;
2° qu'on pourrait expliquer a populo en prenant a dans un sens analogue à celui
que ce mot exprime dans a secreîis : qui appartient au peuple, relatif au peuple.
L'art. 103 de la loi de Genetiva attribue expressément aux magistrats comman-
dant une troupe formée pour la défense de la colonie la même autorité qu'aux
tribuns militaires : n'a-t-on pu ailleurs donner aux magistrats investis du même
pouvoir le titre de tribun militaire pour le municipe, pour le peuple, «a populo»?
M. Duruy dit que sa préoccupation principale n'a pas été d'expliquer les mots
tribunus militum a populo, mais de montrer en général dans toutes les cités de
l'empire l'existence des troupes municipales.
M. Naudet est d'accord avec M. Duruy en ce qui concerne cette vue géné-
rale, mais il réserve son opinion sur le point particulier des, tf.ibuni militum a
populo. .-^rTf-t;,Ji. . ;.
— Ouvrages offerts à l'académie :
Catalogue des manuscrits et livres imprimés de la bibliothèque de la ville de Vesoul,
Vesoul, 1873, 8°;
A. Hovelacque : Morale de l'Avesta, 1874; Langues, races, nationalités, 2eéd.,
1875 : brochures 8", Paris.
M. de Longpérier présente de la part de M. Ch. Newton un vol. in-f", intitulé
The collection of ancient greek inscriptions in the British muséum, edited by G. T.
Newton ; Clarendon pres5,,Q^(:^d, 1 874. Ge volume a été rédigé par MM. Newton
et Hicks. uhn-\nn!--i ^J . O
— M. Lenormant, poursuivant la lecture de son mémoire sur la langue acca-
dienne, continue de donner les preuves qui établissent que les particules gram-
maticales de cette langue doivent être lues phonétiquement.
Julien Havet.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
rische Gedichte des 15. u. 16. Jahrh. herausg. v. Lœrsch u. Reifferscheid.
Aachen, Kaatzer. In-S", iv-98 p. — Gœdeke, Gœthe's Leben und Schriften.
Stuttgart, Cotta. ln-8°, VJ-554P. (réimpression des diverses introductions de
l'auteur aux œuvres de Goethe). — Van der Linde, Gesciiichte und Literatur
des Schachspiels. 2. Bd. (125 Diagramme). Berlin, Springer. In-8", xvj-524 p.
(ce second volume, non moins important que le premier, s'occupe du jeu d'échec
complet, tel qu'on le possède de nos jours).
Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit, N° ?, mars 1875. Bunîgla-
sierte Thonw^aaren des 1 5.-18. Jahrh. im german. Muséum. XI (A. Essenwein;
avec figures). — Aus Petersburger Handschriften (Wattenbach). — Drei Briefe
des Gœrlitzer Magistrats an den Ritter Wilhelm Zub von Landstein in Sachen
des Malers Georg Burchart (D"" E. Wernicke). — Die Mùnzer, Hieronymus
Holzschuler und die Furtenbache. — Graf Rudolf von Hohenberg ûbertraegt dem
rœmischen Kœnig Ludwig, dem Kœnig Johann von Bœhmen und seinera
« Bruder » dem Burggrafen Friedrich zu Nûrnberg die Schlichtung seines
Streites mit dem Herzoge von Teck und dem Grafen von Fûrstenberg ; 17. Au-
gust 1350 (Baader). — Beilage zum N" 5. Chronik d. germ. Muséums. —
Schriften der Akademien und historischen Vereine. — Nachrichten.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin, ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
5' frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Adams (J. Q.). Memoirs comprising por-
tions of his Diary from 1795 to 1848.
Edited by Hon. F. Adams. With Por-
trait. Vol. I à 3. In-8-. Philadelphia.
Le vol. 31 tr. 25
"^Bancroft (G.). History of the United
States. Vol. 10, completing the Work.
,^ In-8°. Boston. 1 5 fr.
„;^îJyron (lord). Letters and Journals. With
Notices of his Life. By T. Moore. New
and revised edit., with 12 Illustrations.
In-8* cart. 1080 p. London (Chatto et
W.). 9 fr. 40
Calvi (S. C). Cenni storici sulla Lomel-
lina dalle sue origini fino al secolo X.
In-i6, xiv-s28 p. Mortara (tip. Corte-
lezzi). 5 fr.
Chintamon (H.). Commentary on the
Text of the Bhagavad-Gîtâ : a sanscrit
philosophical Poem. In-8* cart. London
(Trùbner et C°). 7 fr. 50
Colbacchini (G.). A proposito di un
giudizio emesso dalla R. Accademie di
belle Arti di Venezia sopra un désigne
originale di Raffaello : Osservazioni en-
tiche. In-8*, 12 p. Venezia (tip. Longo).
Memoria che puô servire de conclu-
sione a due opusculi risguardanti un di-
seguo originale de Raffaello. In-8% 12 p.
Venezia (tip. Longo).
Constituto (11) del Comune di Siena vol-
garizzato nel MCCCIX e MCCCX da Ra-
nieri di Ghezzo Gangalandi notaio senese,
ora primamente edito per cura di L. Ban-
chi. Vol. I, disp. 1. In-4', 56 p. Siena
(tip. di Lazzeri). 3 fr.
Dahn (F.). Westgothische Studien. Ent-
stehungsgeschichte, Privaîrecht, Straf-
recht. Civil- u. Straf-Process u. Gesammt-
kritik der Lex Visigothorum. In-4*, xij-
321 S. Wurzburg (Stahel). 21 fr. 35
Diari délia città di Palermo dal secolo
XVI ai XIX pubblicati su'manoscritti délia
biblioteca comunale, preceduti da prefa-
zioni e corredati di note per cura di G.
di Marzo. Vol. 12. In-8', xx-444 p.
Palermo (Pedone-Lauriel). 1 1 fr.
Duplessis (G.)^ Les ventes de tableaux,
dessins et objets d'art aux XVIl" et
XVIlI' siècles. Essai de Bibliographie.
In-S", iv-126 p. Paris (Rapilly). 6 fr.
Froment (E.). Essai sur l'éloquence udi-
ciaire en France avant le XVII' siècle.
In-8*, xvj-367 p. Paris (Thorin). -jîr.
Quid e M. Fabii Quintiliani oratoria
institutione ad liberos ingénue nunc edu-
candos excerpi possit. In-S", 104 p.
Paris (Thorin).
ritting (H.). Glosse zu den Exceptiones
legum romanorum d. Petrus. Aus e.
Prager Handschrift zum ersten Mal hrsg.
u. eingeleitet. In-8", 68 S. Halle (Buchh.
d. Waisenh.}. 2 fr.
Geiger (J. L.). A Peep at Mexico : Nar-
rative of a Journey across the Republic
from the Pacific to the Guif, in December
1873 and January 1874. Illustrated by
4 Maps et 4$ Photographs. In-8* cart.
362 p. London (Trûbner et G*). 30 fr.
Gelmetti (L.). La lingua parlata di
Firenze e la lingua letteraria d'italia.
Studio comparative delle questione. Parte
seconda. In- 16, 470 p. Milano (Battez-
zati). J fr.
Grûn (K..). Ludwig Feuerbach in seinem
Briefwechsel u. Nachiass sowie in seiner
philosophischen Charakterentwicklung
dargestellt. i. Ed. Ludwig Feuerbach's
philosoph. Gharakterentwicklung. Sein
Briefwechsel und Nachiass. 1820-1850.
Mit dem Bildniss Feuerbach. In-8*,
455 S. Leipzig (Winter). 12 fr.
Guarini (B.). Dodici lettere al Signer Don
V. Orsini duca di Bracciano ora per la
prima volta pubblicate. In-8°, 24 p.
Venezia (tip. Cecchini).
Herguet (K.). Kristan v. Mùhlhausen,
Bischof v. Samland (1276-1295). Mit 2
Abbildgn. In-8°, vj'62 S. Halle (Buchh.
d. Waisenh.). 2 fr.
Hildebrandt (A.). Juda'sVerhaeltniss zu
Assyrien in Jesaja's Zeit nach Keilin-
schriften u. Jesajanischen Prophetieen.
Ein Beitrag zur histor. Exégèse d. Jesaja.
In-8», 84 S. Marburg (Ehrhardt). 3 f. 50
Hodgson (B. H.). Essays on the Lan-
guage, Literature,etc.; of Népal and Ti-
bet. In-8* cart. London (Trùbner et G*).
«7 fr. 50
Kaufmann (M.). Socialism : its Nature,
his Dangers, and its Comédies considered.
Founded on the German Work, « Ka-
pitalismus und Socialismus, » by D' A.
E. F. Schaeffle. In-8' cart. 326 p. Lon-
don (King). 9 fr. 40
Lami (A.). Tirteo : i canti di guerra
raccolti e illustrati. In-8*, cxxxxvj-j 16 p.
Livorno (tip. Vigo). 12 fr.
Lecocq (G.). Étude sur les vitraux de la
collégiale de Saint-Quentin, i" partie.
In-8', 53 p. et pi. Saint-Quentin (imp.
Poette).
Lessing (G. E.). Laocoon : an Essay
upon the Limits of Painting and Poetry.
With Remarks illustrative of Varions
Points in the History of Ancient Art.
Translated by E. Frothingham. In- 12
cart. 262 p. London (Low). 6 fr. 25
Nani (B.). Due dispacci : pubblicati da
F. Nani Mocenigo. In-8*, 20 p. Venezia
(tip. del Rinnovamento).
Odysse-Barot. Histoire de la littérature
contemporaine en Angleterre, 1830-1 874.
In- 18 Jésus, 515 p. Paris (Charpentier
et C'). 3 fr. 50
Petrarca(F.). I Trionfi corretti nel testo
e riordinati con le varie lezioni degli
autografi e di XXX manoscritti per cura
di C. Pasqualigo, con appendice di varie
lezioni al Canzionere. In-4°, 130 p, Ve-
nezia (tip. Grimaido e G,).
Prokesch-Osten (A. Graf). Nilfahrt bis
zu den zweiten Katarakten. Ein fûhrer
durch .^gypten u. Nubien. Mit Karten,
Plasnen u. Abbildgn. In-8*, xiv-584 S.
Leipzig (Brockhaus). 16 fr.
Saint-Simon (duc de). Mémoires publiés
par MM. Ghéruel et Ad. Régnier fils, et
collationnés de nouveau, pour cette édi-
tion sur le manuscrit autographe, avec
une notice de M. Sainte-Beuve. T. 16.
In- 18 jésus^ 476 p. Paris (Hachette et
C-). 3 fr- SO
Saltini (G. E.). I. design) di Raffaello da
Urbino che si conservano nelle gallerie
florentine. In-S", 44 p. Urbino (tip.
Rochette e C).
Soury (J.). Études de psychologie. Por-
traits de femmes (la Délia deTibulle. La
marquise de Caylus. M"' de Pompadour,
Les six filles de -Louis XV. M- Réca-
mier). In- 18 Jésus, viij-347 p. Paris
(Sandoz et Fischbacher). 3 fr. 50
Triantofillis (G.). S^X^oy^ eUTivtxwv
avexôoTwv eniffraota Kwverxavxivoy Tptav-
TOçuXXï) xal A>g£pTov TpaX/ouTou. Tofio;
A', xeujroi; A'. Aide uàaav aKTTjdtv aTiEu
ôuvxéov Ttpôç 6tev6uvTïiv. In-S", xxij-i44p.
Venezia (Stamp. Greca, La Fenice).
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N' 18 Neuvième année. 1" Mai 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas G u yard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
jmrry ; — ~
' ;';:i •'■ En vente à la librairie A, Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
2ie FASCICULE.
TT'v/'iyyr TVT Y7 ^ Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de
11 1 iVl IN IL Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut,
avocate la Cour d'appel de Paris. 22 fr.
22e FASCICULE.
LPTQ OT ThTÎDÇ ^^ Philippe. Poème en vers politiques de
1^^ rl-<mUrVO Philippe le Solitaire, publié dans le texte
pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé
E. Auvray, licencié ès-lettres. M^- 7S
COLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE)
5e FASCICULE.
'-^* rvll ICirv Les noms de famille. 5 fr. 50
En distribution
Le i^"" numéro 1875 de la Romania.
PÉRIODIQUES.
Revue de l'Instruction publique (supérieure et moyenne) en Belgique.
XXIir année. Nouv. série. T. XVIII. 2" livr. Société pour le progrès des sciences
philologiques et historiques. — Les Suèves des bouches de l'Escaut et leur
déesse Nehalennia. — Le Codex Bruxellensis du florilège de Stobée (P. Thomas).
— De quelques parisianismes populaires et d'autres locutions non encore ou mal
expliquées (Ch. Nisard; ensuite). — Variétés scientifiques. Le Congrès d'archéo-
logie et d'anthropologie préhistoriques de Stockholm (M. N.). — Comptes rendus.
Lange, Die Epheten und der Aréopage vor Solon (P. Thomas; cf. Rev. crii.,
1874, ^^ 3<^9)- — Varia. Sommaire de la Revue critique d'hist. et de littér.
The Academy, N° 1 5^, new séries, 10 avril. Dunning Macleod, The Prin-
ciples of Economical Philosophy. Vols I and II. Second Ed. London, Long-
mans and Co. (T. E. Gliffe Leslie : peu satisfaisant). — Sir H. Rawlinson,
England and Russia in the East. London, Murray (George Birdwood : repro-
duction d'articles publiés dans la Calcutta Review et la Quarterly Review). —
Willis-Baxley, Spain. Art Remains and Art Realities, Painters, Priests, and
Princes. London, Longmans and Co. (Went.worth Webster : guide recom-
mandable au point de vue de l'art; mais on regrette que l'auteur se soit livré à
des discussions oiseuses sur la politique, l'histoire et la religion). — Notes and
News (on annonce la fondation par M. G. Monod d'une Revue liistorique dont le
premier fascicule paraîtra le 1" janvier 1876 : on cite parmi les noms des futurs
collaborateurs ceux de MM. L. Renier, Duruy, Fustel de Coulanges, Taine,
Thurot, G. Paris, R. Reuss). — Notes of Travel. — Boston Letter (Thomas
Sergeant Perry : nouvelles littéraires). — Correspondence. Aryan Origin of the
Finnish name for Iron (Eugène Schuyler : combat l'opinion exprimée par
M. Lenormant et reproduite par M. Sayce que le mot accadien urud, bronze,
serait identique avec le finnois rauta, fer, d'où la conclusion que les Touraniens
primitifs avaient déjà commencé à travailler les métaux avant leur séparation.
Le mot rauta est emprunté aux langues slaves, cf. le russe rudd, mine, dont
l'origine est aryenne). — Ancient Mosquito-Nets (Edward Peacock). — Handel
und Bach (G. Downing Fripp. — MR. Parish's Glossary of the Sussex Dialect
(Walter W. Skeat). — Mrs. Kingsford's « Rosamunda the Princess and other
» Taies « (Walter Macleane). — Henry Sweet, A History of English Sounds.
London, Trùbner (Henry Nicol : art. extrêmement favorable). — Science Notes
(notes sur le 4* fasc. du Targoum Samaritain, éd. Brùll; sur la ?* éd. de la
Chrestomathie provençale de Bartsch; sur la 3'' éd. de la Grammaire des anciens
dialectes germains, de Heyne; sur la traduction anglaise, par Grèce, de la
Grammaire anglaise de Maetzner). — Meetings of Societies (Institut d'anthropo-
logie). — Research, Discovery, and Restoration in Rome (C. I. Hemans).
The Athenseum, N" 2476, 10 avril. Carlyle , Early Kings of Norway.
Chapman and Hall (apologie de la monarchie absolue). — Mr. F. W. Ellis
(Walter Elliot : à propos de l'article de M. Caldwell sur un ms. tamoul de
l'India Office, Athen. du 5 déc. 1874). — The Survey of Palestine. — Literary
Gossip. — Societies (Soc. d'anthropologie, d'archéol. biblique. Institut anthrop.).
— Miscellanea. Is Action Shakspeare? (F. G. Fleay). — Jérusalem Topography
(George St. Clair).
liiterarisches Centralblatt, NM6, 17 avril. Heydemann, Geschichte des
Grauen Klosters zu Berlin. Berlin, Weidmann. In-8", viij-351 p. — Keller,
Der zweite punische Krieg. Marburg, Elwert. In-8°, viij-22î p. (travail soigné,
et riche en nouveaux résultats). — Gardiner, The thirty years' war 16 18-1648.
London, Longmans, Green and Co. In-S», xxv-233 p. (on souhaite que cet
excellent ouvrage se répande). — Belloguet, Ethnogénie gauloise. 2" partie :
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 18 — 1" Mai — 1875
Sommaire : 8o. D'Eichthal, Le Site de Troie; Perrot, Excursion à Troie. —
8i. TuETEY, Les Écorcheurs sous Charles VH. — 82. Froment, Essai sur l'élo-
quence judiciaire en France avant le XVIJe siècle ; L'Éloquence et le Barreau dans la
première moitié du XVI" siècle. — 83. Gevaert, Histoire et théorie de la musique
de l'antiquité, t. l. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
80. — Le site de Troie, selon Lechevalier ou selon M. Schliemann, par M. Gustave
d'Eichthal. — Excursion à Troie et aux sources du Menderé, par M. G.
Perrot (Extrait de l'Annuaire de l'Association pour l'encouragement des études
grecques. 1874). Paris, Durand, Pedone-Lauriel. 1875. 75 p. — Prix: 2 fr.
On sait le remarquable développement qu'a pris depuis quelques années
l'Annuaire dont ce double travail est extrait. Le dernier volume nous donne,
sur la controverse antique que viennent de ranimer de célèbres fouilles, deux
morceaux d'un caractère différent, bien qu'analogues dans leurs conclusions.
L'un est le récit, non pas d'une exploration, mais d'une rapide excursion faite
dans l'été de 1856, où l'on retrouve les qualités d'observateur qui distinguent
M. Perrot. L'impression du voyageur fut à cette époque favorable au système
de Lechevalier; son adhésion toutefois n'est pas exempte d'une certaine réserve.
Le mémoire de M. d'Eichthal est au contraire une œuvre de discussion, et,
dans le sens courtois et scientifique du mot, de polémique. C'est dire que l'affir-
mation s'y montre bien plus décidée. L'auteur en effet n'hésite pas à déclarer à
la fin de son travail que « les grands résultats de l'exploration de Lechevalier,
» complétés par les recherches et les documents de ses continuateurs, demeu-
» rent le dernier mot de la science » (p. 5 5). On se rappelle que dans ce système
l'Ilion homérique se trouve sur les hauteurs de Bali-dagh, dominant les sources
de Bounarbaschi, d'où s'échappe un ruisseau qui est le Scamandre. L'antiquité
s'est trompée en désignant ainsi dans toute la longueur de son cours le Menderé
actuel; et Lechevalier, corrigeant une erreur déjà commise par Hérodote, restitue
à ce cours d'eau son vrai nom, Simoïs.
Cette hypothèse, qui est la clef de voûte du système, est contraire à une saine
interprétation du texte de l'Iliade. Un des traits les mieux marqués du poème
nous paraît être précisément l'identité absolue du Menderé et du Scamandre.
Nous ne nous contentons pas d'alléguer le passage où ce fleuve est nommé parmi
ceux qui s'échappent des montagnes de l'Ida (XII, 19-21) : on pourrait à un
témoignage isolé opposer le fameux vers, diversement compris par les inter-
prètes les plus autorisés, qui semble en placer les sources au pied de la ville
(XXII, 148). Mais la description homérique tout entière réfute avec une auto-
rité décisive cette opinion.
Le ruisseau de Bounarbaschi, par un phénomène fréquent au pied de certaines
XV ,18
274 '^'^ ' T '"* *" '^' REVUE CRITIQUE
roches calcaires, doit sa naissance à de fortes sources formées en plaine par la
réunion des nombreux filets souterrains qui traversent la masse montagneuse.
Son volume considérable dès l'origine, et son débit régulier le rendent précieux
pour divers usages : ici il arrose des légumes (voir Forchammer), là il fait
tourner des moulins. C'est ainsi que dans l'Argolide, Lerne doit son nom actuel
de My[i aux ruisseaux qui sortent de terre au pied du Pontinos. — Mais cet
honnête cours d'eau n'est en aucune façon « le Xanthe qu'enfanta l'immortel
)^' Jupiter. » L'élan torrentiel, les brusques et soudains caprices sont des traits
qui, dans la plaine même de Troie, ne s'appliquent qu'à un seul cours d'eau :
à celui qui la traverse dans toute sa longueur, et qui, rendu plus furieux par les
gorges qui lui servent d'issue, y décharge en quelques instants le tribut des
neiges et des pluies de l'Ida. Il s'échappe alors à droite et à gauche de son lit
par des rigoles torrentielles (èvaûXouç), des ravins dont la forme reste imprimée
plus tard dans l'argile desséchée de la plaine. Qu'on se reporte en un mot aux
grandes scènes du 21" chant, frappante peinture où ressort l'aspect local du
phénomène : revenant ensuite aux assertions de Lechevalier, on trouvera dans
les termes mêmes dont il se sert, l'involontaire condamnation de son hypothèse.
« Le Simoïs, dit-il, est un torrent impétueux qui change de lit suivant la crue
» accidentelle de ses eaux. Le Scamandre au contraire a des eaux qui ne taris-
» sent pas; mais son cours tranquille est tellement dépendant des fureurs de son
» frère, etc.... » (cité par M. d'E., p. ^4). Il y a là un contraste, un parallèle
qu^aucun indice ne justifie dans le poème. Quant à cette dépendance, elle vient
en effet de ce qu'au temps des crues le Menderé se déverse par des rigoles laté-
rales dans le ruisseau voisin '. Mais l'inondation du Simoïs précéderait alors
celle du Scamandre; et l'on ne verrait pas dans Homère le Scamandre, déjà en
pleine fureur, appeler son frère à le seconder.
On voit pourquoi nous écartons l'hypothèse que M. d'E. s'est appropriée en
la commentant. Il est en revanche une question fort importante pour l'intelli-
gence de cette topographie, où nous nous rangeons tout-à-fait à son sentiment.
Lorsque Mars au 5^ chant (v. 3 $ $), Hector au ii^ (v. 497-500) combattent
à gauche, est-ce bien la gauche par rapport aux Troyens qu'il faut entendre ?
M. d'E. répond avec raison par l'affirmative. L'affirmation aurait dû toutefois
être appuyée d'une preuve. Ce qui pour nous lève tous les doutes, ce sont, au
1 3« chant, les vers 675-77, qui contiennent une indication analogue, mais cette
fois incontestable. Ce qui est vrai dans un passage, l'est aussi dans les autres.
L'importance de cette détermination est très-justement mise en lumière par
M. d'E. (p. 25). Car, à la gauche, Mars se trouve aux bords du Scamandre;
et, comme dans cette première bataille les Troyens n'ont certainement pas mis
le fleuve entre eux et la ville, nous apprenons ainsi non-seulement la position de
l'armée par rapport au fleuve, mais aussi celle de la ville. Si l'on admet pour
le ruisseau de Bounarbaschi le nom de Scamandre, la cité homérique doit en
' I. C'est, dit Forchammer (Beschrcibung der Ebene von Troja, p. 10, p. 18), le Menderé
qui se décharge ainsi dans les ruisseaux ou les Osmaks de la plaine, et non ceux-ci dans
le Menderé. /jpôiî srrtrrw.'î^'iq :t!; 'rirq ,1 -*L-.-" '"
d'histoire et de littérature. 27 j
eftet se trouver sur les hauteurs où Lechevalier la place. Mais si l'on revendique
ce nom pour le Menderé, il faut la chercher à l'est de ce fleuve. On remarquera
que l'antiquité, adversaires comme partisans û'Ilium novum, n'a pas supposé
qu'elle pût se trouver ailleurs. , i
On saisit très-bien, dans l'exposition d'ailleurs très-claire et très-circonstanciée
de M. d'E., ce qui fixa définitivement les idées de Lechevalier (p. 33). Le trait
de lumière fut la coïncidence d'un site éminemment stratégique, avec d'abon-
dantes sources à la base, et un cours d'eau que la ville supposée pouvait avoir à
sa gauche. — Nous savons déjà ce qu'il faut penser du cours d'eau. Quant à
l'emplacement de la prétendue Pergame, il n'est pas sans avoir donné lieu à de
graves objections, qu'il serait trop long de reproduire ici. Certainement ce poste
défensif, situé au débouché des gorges, a dû être utilisé. Il faudrait voir seule-
ment si cette position ne convient pas bien mieux au temps où les hommes
bâtissaient encore leurs villes sur les coteaux inférieurs de l'Ida, qu'à l'époque
postérieure où « la sainte Ilion fut construite en plaine. » (II. XX, 216).
Restent les deux sources, « l'une brûlante comme le feu, l'autre froide comme
» la grêle et la neige. » — Ces sources, dit M. Perrot (p. 66) « sont au
» nombre de huit ou dix. ...Personne dans le pays, nous assure-t-on, n'a
» entendu parler d-'une différence de température. » Il est vrai que Forcham-
mer, comme M. d'E. a soin de le noter, constate qu'elles paraissent froides en
été et chaudes en hiver ' . « Celle qui est recueillie dans le grand bassin carré,
» présentant une surface plus grande, se couvre en hiver, quand l'air est froid,
» d'une vapeur qu'on ne voit pas sur les autres. » — Il est possible qu'on observe
en effet quelque chose d'analogue au phénomène que présente, dit-on, en des
circonstances semblables, la fontaine de Vaucluse. Mais croit-on qu'Homère ait
pu désigner par les termes qu'on connaît un phénomène en tous cas rare, tem-
poraire, quand cette même contrée, dont les aspects caractéristiques sont si
fortement empreints dans son poème, contient encore aujourd'hui des sources
thermales, telles que ces ruisseaux bouillants et fumants à une température de
plus de 1 00°, que Tchitchacheff a reconnus et décrits à peu de distance de là,
dans la vallée de Touzla-sou ? {Le Bosphore et Constantinople). Mais la source a
pu se refroidir, dit-on ? Soit, ce n'est plus alors un argument, mais une hypor
thèse de plus qu'on présente ^.
~ M. d'E. montre une certaine complaisance pour cet emplacement favori, quand
(p. 53) il défend contre les dédains de M. Schliemann ces « restes de murs,
» très-régulièrement construits, qui plus ou moins se rapprochent du caractère
» cyclopéen. » Le correctif n'est pas superflu. Le dessin de M. Perrot redresse
heureusement sur ce point les exagérations de Mauduit. — Pour le dire en
passant, nous n'acceptons pas sans réserves l'hommage rendu par Forchammer
aux recherches de Mauduit. Ulrichs, voyageur très-consciencieux lui aussi, est
1. Par inadvertance M. d'E. dit chaudes en été et froides en hiver (p. 33, note).
2. Les hauteurs de Bounarbaschi ne sont pas les seules cjui offrent aes roches d'ori-
gine ignée (basalte). Forchammer signale des roches volcaniques notamment le long du
Kimar-sou, affluent de droite du Menderé (Topographie, p. 33).
276 REVUE CRITIQUE
loin d'avoir une opinion aussi favorable. — En réalité ce mur, composé, dît
M. Perrot (p. 68), de pierres de o™40 de long sur o""! 5 de haut en moyenney
« n'a pas de style », et, ajouterons-nous, ne porte aucune date.
La réfutation de M. Schliemann tient peu de place dans le mémoire que nous
examinons. Parmi les objections qui lui sont adressées, quelques-unes ont de la
gravité. Il est certain en effet que les résultats des fouilles semblent peu d'accord
avec ce qu'indique l'Iliade du plan et des dispositions générales de la ville.
D'autres sont moins exactes. On ne peut dire par exemple (p. 50) qu'il y ait
pour M. Schliemann un « nouveau » Simoïs, « reçu et accepté tout fait des
)) mains des anciens habitants d'Ilium novum, qui l'avaient inventé pour les
» besoins de leur cause )>. Strabon, l'adversaire d'Ilium novum, identifie éga-
lement le Simois avec le Dumbrek-sou. Il indique même d'une façon positive
l'existence de ce confluent du Simoïs et du Scamandre, dont la disparition est la
principale cause de l'obscurité qui règne sur cette topographie (XIII, i, 34).
Quel que soit le sort qu'un examen plus approfondi ou des découvertes ulté-
rieures réservent au système de M. Schliemann, nous croyons en tous cas qu'on
ne saurait lui opposer l'hypothèse de Lechevalier. Par la clarté même avec
laquelle il l'expose, M. d'E. en fait mieux toucher du doigt la faiblesse.
P. Vidal-Lablache.
81. — Les Ëcorcheurs sous Charles VII. Épisodes de l'histoire militaire de la
France au XV' siècle, d'après des documents inédits, par A. Tuetey, archiviste aux
Archives nationales. Montbéliard, H. Barbier. 1874. In-S», iv-422 et 566 p. —
Prix : 1 5 fr.
' Le présent ouvrage est le fruit d'un grand et consciencieux labeur. M. Tuetey
a voulu réunir sur les Ëcorcheurs, comme les appellent les chroniques françaises,
sur les Armagnacs comme les désignent plus volontiers les documents d'origine
allemande', tout ce qu'il trouvait à portée de ses recherches scientifiques. Il a
non-seulement mis à contribution les fonds des Archives nationales, les manuscrits
de la Bibliothèque nationale, la collection Godefroy à la bibliothèque de l'Institut,
etc., mais il est allé fouiller les riches dépôts de Dijon, de Strasbourg et de
Nancy, afin de suivre sur les lieux la trace des affreux pillards dont il s'est fait
l'historien. Grâce à une mission scientifique du ministère de l'instruction publique,
il a pu visiter quelques-unes des archives de la Suisse, Bâle et Zurich et pour-
suivre ses recherches jusque dans les dépôts publics de Stuttgart. De cette ex-
cursion laborieuse, il a rapporté un butin scientifique considérable. Plus de sept
cents pages de documents inédits attestent le zèle patient avec lequel M. T. a
rempli sa tâche. Son ouvrage est un précieux complément, non-seulement aux
ouvrages généraux sur notre histoire, mais encore à ceux qui se sont plus parti-
culièrement occupés de cette période peu brillante de nos annales, de M. Vallet
de Viriville, de M. de Beaucourt, le plus récent éditeur de Mathieu d'Escouchy,
i" I. Ce mot, mal compris des populations allemandes, a fait naître le sobriquet plus
répandu de Armen Gecken, mot à mot pauvres diables.
d'histoire et de littérature. . 277
et de plusieurs autres encore. Il contrôle et rectifié bien des assertions inexactes,
bien des données hasardeuses, il comble çà et là de regrettables lacunes. Nous
ne voulons point dire par là qu'il ait épuisé la matière ' — l'auteur lui-même est
bien éloigné sans doute d'une prétention pareille — mais on peut affirmer sans
exagération aucune que les Ëcorcheurs de M. T. resteront pendant longtemps la
mine de renseignements la plus abondante, dans notre littérature scientifique,
comme dans celle du dehors, sur cet épisode plus curieux que réjouissant de
l'histoire générale du xv* siècle.
L'ouvrage (je parle du récit, renfermé dans le premier volume, tandis que le
second contient les documents inédits) se divise en deux parties distinctes. La
première, qui embrasse les années 143 5-1444, nous raconte l'origine des Ëcor-
cheurs, formés principalement par les gens de guerre débandés après le traité
d'Arras et, plus particulièrement, par les garnisons licenciées de la Champagne.
M. T. nous décrit leurs principaux chefs, et les suit ensuite dans leurs courses
vagabondes et pillardes à travers la Bourgogne, la Lorraine et l'Alsace, relevant
dans les documents, fournis plus loin in extenso, les traits les plus caractéristiques
des faits et gestes de ces féroces soudards. Il y en a de navrants et d'horribles,
il y en a parfois de grotesques dans ces enquêtes dressées après leurs pillages, où
tel vient raconter qu'on a tué ses bestiaux et brisé ses huches, tel autre qu'on a
« forcé » sa femme, tel autre qu'on l'a rôti lui-même tout vif et qu'il n'a pu
échapper que par miracle. Chacun vient aussi fixer le chiffre des dommages
éprouvés par lui, dans l'espoir illusoire de voir arriver une indemnité qui ne
devait jamais venir; bien peu sont aussi résignés que ce bon bourgeois de
Château-Salins dont la femme effrayée accouche avant terme et qui déclare que
«à Dieu en convengne du dommage, car y ne le sauroit estimer ». A propos de
ces excès, je ne puis m'empêcher de faire remarquer à M. T. que, s'ils sont
odieux en soi, ils ne sont nullement exceptionnels et qu'ils font partie de VArt
de la guerre, telle qu'on l'a pratiquée jusqu'aux temps modernes. En lisant ces
dépositions qui excitent à si juste titre l'indignation de M. T. je n'ai même pu
m'empêcher de faire une réflexion qui l'étonnera peut-être, c'est qu'en somme,
et tout comparé, les Armagnacs me semblent avoir été moins féroces que les
Espagnols du xvF siècle, si horriblement démoralisés par leurs guerres d'Amé-
rique et même que les soudards de la guerre de Trente-Ans. Si je voulais cher-
cher des exemples plus modernes ils ne me manqueraient pas, on le sait, et l'on
pourrait les puiser dans les annales militaires de toutes les nations civilisées de
l'Europe. Je ne crois pas surtout que le fait d'avoir été des troupes irrégulières,
des bandes pillardes et travaillant pour leur propre compte ait notablement influé
sur la conduite des Ëcorcheurs, ainsi que M. T. semble l'admettre, si j'ai bien
I . Le chapitre qui se rapporte à la politique allemande pourra surtout recevoir plus
tard des développements nouveaux quand M. Weiszascker aura conduit la collection des
Actes et réels de l'Empire jusqu'au règne de Frédéric III. Déjà maintenant on peut signaler
dans cette direction un accroissement de nos connaissances, dans le travail que vient de
publier M. Wùlcker, archiviste de la ville de Francfort, et que M. Tuetey n'a point
connu, bien qu'il ait précçdé le sien : Urkunden und Schreikn, betreffend den Zug der Arma-
g«adf/i (1439- 1444). Francfort, 1873, in-4'.
278 REVUE CRITIQUE
SU le comprendre. Toutes les troupes régulières, royales et princières de ces temps
— autant qu'il est permis de parler de troupes régulières pour cette époque — se
conduisaient exactement de même.
La seconde partie du récit, de beaucoup la plus étendue, parce qu'elle com-
prend douze chapitres, tandis que la première n^en comptait que quatre, s'occupe
de la campagne du dauphin Louis contre les Suisses de 1444 à 1445. Après un
aperçu général sur la situation militaire de la France', sur l'état politique de
l'Allemagne et de la Suisse, sur les vues politiques du dauphin et le but véritable
de son expédition, M. T. nous fait assister au passage des Êcorcheurs par la
Franche-Comté, à l'occupation du pays de Montbéliard, ainsi qu'à cette bataille
de Saint-Jacques, près de Bâle, si glorieusement perdue par les confédérés
suisses contre les forces supérieures des Français. Nous suivons les négociations
du dauphin avec les Suisses et les princes allemands, se terminant par le traité
d'Ensisheim et par l'évacuation des pays occupés par les Êcorcheurs, surtout de
l'Alsace, s'accomplissant au milieu des négociations suivies avec la Bourgogne
dont l'attitude passablement indécise ne laisse point que de surprendre, quand
on songe aux forces dont aurait pu disposer cet État. Le volume se termine
.brusquement à ce point et je n'hésite point à signaler à l'auteur cet arrêt pré-
maturé, comme l'un des plus graves défauts de son livre. On dirait presque que
les Armagnacs en franchissant la crête des Vosges vont disparaître dans quelque
abîme inconnu; de fait, l'auteur qui sait fort bien sans doute ce qu'ils sont
devenus, n'en dit plus rien à ses lecteurs. Il y a là un chapitre, et non le moins
important, s'il est un des plus difficiles à faire, qui manque et que M. T. devra
nécessairement ajouter à une seconde édition de son livre *.
Le second volume comprend, par extraits ou dans leur entier, 1 19 documents
d'importance diverse, dont beaucoup ont servi à former la trame du récit qui
précède. Parmi les pièces qui nous ont paru les plus intéressantes, nous signalerons
une série de lettres de rémission, accordées principalement à des paysans ayant
assommé des Êcorcheurs. Il y a de bien jolis tableaux de mœurs à tirer de ces
documents judiciaires, qu'on fera bien de publier quelque jour dans leur ensemble
et qui fourniront la matière d'un curieux travail au chercheur intelligent qui
s'emparera de cette tâche. Dans l'appendice, nous trouvons un itinéraire du
dauphin ainsi qu'une volumineuse table des matières.
Si nous devons juger maintenant le mérite littéraire du livre, nous aurons de
sérieuses réserves à faire. M. T. évidemment a dû se hâter de mettre ses volumes
au jour et cette hâte se fait sentir partout. Contrairement à l'habitude de certains
écrivains, indignes, il est vrai, du nom de savant, mais encore trop nombreux
chez nous, il n'a point sacrifié dans cette occurrence le fond à la forme, mais il a
préféré terminer avec soin la partie scientifique de son labeur, sauf à rédiger
1 . Je ne puis m'empêcher de trouver que ce chapitre fait un peu double emploi avec
celui qui se trouve au début de la première partie.
2. Je suis tout à fait d'accord avec M. T. quand il dit que le dauphin ne songeait
guère par cette expédition à étendre les frontières de la France jusqu'au Rhin, mais qu'il
voulait avant tout se défaire de ses gens de guerre, dont il ne savait que faire chez lui.
d'histoire et de littérature. 279
très-vite les résultats sérieusement obtenus. Du moment que l'alternative est
admise, je ne puis que féliciter M. T. d'avoir agi comme il l'a fait, mais je crains
que le grand public ne soit point d'aussi facile composition que la critique scien-
tifique. On ne saurait en fin de compte lui en vouloir, car on sent comme une
certaine lassitude dans la manière dont les notes de l'auteur sont juxtaposées
parfois, plutôt que fondues en un tout harmonieux. La rédaction n'est pas assez
vivante, les recherches de détail se trouvent trop mêlées au récit même, et l'on
sent que l'auteur a peur de faire des descriptions qu'on pourrait accuser d'être des
tableaux de fantaisie. Il aurait pu cependant mettre un peu plus de verve dans
ses narrations sans s'exposer à ce reproche, très-grave, en effet, pour un histo-
rien, quand il est mérité.
Il n'épuise pas non plus les sources qu'il connaît, pour développer son récit.
Sans doute il était limité par des nécessités extra-scientifiques ou par quelque
convention de libraire, car on s'expliquerait difficilement sans cela qu'écrivant
un volume sur les Ecorcheurs, il n'y ait pas mis tout ce qu'on en pouvait savoir.
Pour ne parler que de quelques auteurs plus spécialement intéressants on trouve,
dans les chroniques strasbourgeoises de Kœnigshoven et de Meyer, une foule
de détails sur le séjour des Armagnacs en Alsace, qui ne figurent point dans
notre récit. Ce n'est pas de l'inédit, sans doute, mais qui donc en France connaît
et lit ces sources allemandes du moyen-âge ? Il en est de même pour quelques
détails que M. T. aurait pu emprunter aux chroniqueurs bâlois; son volume en
aurait été plus complet, sans que son labeur en fût considérablement augmenté,
puisqu'il connaît et a dû parcourir les sources dont nous parlons.
Les textes allemands , assez nombreux, ont quelque peu souffert, soit à l'im-
pression, soit à la lecture, et la ponctuation surtout y est souvent fautive. C'est
d'ailleurs un fait général, et dans tout le volume l'auteur devra faire une scrupu-
leuse révision de ces signes de convention faits pour guider et non pour dérouter
le lecteur'. Le sens aussi y est quelquefois mal saisi, ce nous semble 2.
Enfin, pour en finir avec ces critiques minutieuses, nous remarquerons encore
que M. T., qui reproche à M. Vallet de Viriville de ne pas conserver toujours la
même orthographe, varie fort souvent dans la sienne. Une fois il écrit Mass-
miinster et plus tard Massevaux, Montreux, puis Monsîreuil, Roîhelin, puis Rœîteln,
Phêffingen, puis Pfeffingen, Buxières et Bussières, Foui et Fol, etc. î
Les critiques de détail et de forme, que je n'ai point ménagées à l'auteur des
1. I, p. 257. Pour sechten lisez sechsten. P. 251. den pour die. Il, p. 275. Ast ichzit
ne signine rien et doit être une faute de lecture, etc.
2. La phrase wie vil ir erstochen, etc. (I, 229) ne signifie pas combien des vôtres mais
combien d entre eux (des ennemis).
j. Une curiosité bibliographique des deux volumes, c'est qu'ils ont identiquement le
même titre. On n'a porté que sur le dos de la couverture les chiffres I, II; c'est un oubli
que je signale en passant à l'auteur. — Voici d'ailleurs encore quelques menues correc-
tions et observations glanées en passant. Vol. I, p. 222, lisez 1844 pour 1444. — P. 295.
« Schilter et Laguille s'accordent » — sans doute, puisque Laguille copie Schilter. —
P. J12. La localité de Chauffleseuih qui intrigue M. T. est sans doute le village de
Schaelîolsheim. — V. II, p. 319, il faut lire beurenî pour heurent. — P. 167. Au lieu de
Jansson lisez Jannssen, etc.
28o REVUE CRITIQUE
Ëcorcheurs, n'entament en rien l'utilité scientifique de son travail. Pour le tra-
vailleur, qui ne s'arrête point aux grâces du style, un volume savant mais mal
écrit vaut mille fois mieux que les plus beaux discours académiques ; mais si
pour lui « le moindre grain de mil fait mieux son affaire », il n'en est pas de
même du public lettré, pris dans son ensemble. Nous souhaitons que M. T. soit
bientôt appelé à publier une seconde fois le fruit de ses longues et consciencieuses
études. Il aura sans doute alors tout le temps nécessaire pour donner à son tra-
vail une tournure plus littéraire, et pour changer en une œuvre d'art, sans rien
sacrifier du fond, ce qui n'est encore aujourd'hui qu'un recueil instructif et
presque complet de documents relatifs à un point fort intéressant de l'histoire du
xve siècle. Rod. Reuss.
82. — Essai sur l'éloquence judiciaire en France avant le dix-septième
siècle, par Théod. Froment, docteur ès-lettres, professeur de rhétorique au lycée
de Bordeaux, i vol. in-S» de xvj-367 p. — Prix : 5 fr.
L'Éloquence et le barreau dans la première moitié du seizième siècle,
par le même. In-8» de xij-9$ p. Paris, Ern. Thorin. 187$.— Prix: 2 fr.; ne se vend
pas séparément.
Le sujet de ce livre était assez neuf pour tenter un littérateur de goût et de
talent, car, malgré le développement que l'histoire littéraire a commencé à
prendre chez nous depuis quelques années, aucun travail d'ensemble n'avait
encore été consacré à l'éloquence judiciaire française. Il faut ajouter tout de
suite que ce sujet était vraiment trop vaste pour une thèse de doctorat ès-lettres.
Sans prétendre apprécier l'usage actuel qui admet toutes sortes de recherches
littéraires, même très-étendues, pour cet exercice plus naturellement approprié
à une question déterminée et susceptible d'une discussion précise, il est difficile
de comprendre comment toute l'histoire littéraire et morale de l'ancien barreau
français pourrait tenir dans les limites d'une soutenance. De là des lacunes de
toute sorte dans le livre, d'ailleurs estimable, de M. Th. Froment; de là aussi
la publication postérieure de ce demi-volume de supplément destiné à combler
la plus grave de ces lacunes : une longue période assez riche et qui manquait
presque absolument à sa thèse.
Nous ne voulons pas insister sur ce point, qui mérite pourtant l'attention des
aspirants au doctorat et qui intéresse tous les amis des saines et fortes études ;
car les thèses, qui ont déjà rendu tant de services, seront d'autant plus utiles au
progrès de la critique qu'elles s'appliqueront à éclairer des faits obscurs en lais-
sant aux vulgarisateurs les expositions sommaires, les analyses ou les rappro-
chements simplement spirituels et agréables. Envisageons le travail de M. Th.
Fr. comme un pur essai littéraire; de ce point de vue même, tout en rendant
hommage à l'agrément de la forme et aux qualités judicieuses du fond, nous
devrons nous plaindre que les recherches de l'auteur aient porté sur des travaux
précédents plutôt que sur les sources, et qu'il se soit taillé un cadre trop étroit
pour le nombre et l'importance des groupes et des figures qu'il s'est chargé de
peindre. Notez encore qu'en déterminant son sujet à la fin de son Avant-propos
d'histoire et de littérature. 281
(après avoir cherché les origines de l'éloquence judiciaire à Athènes et à Rome),
il est loin de le borner à des questions de méthode et de style, et prétend bien se
préoccuper des institutions,, des idées, des mœurs, des caractères, toucher à
tout en un mot, évidemment à condition de ne rien approfondir.
Ainsi, dans un seul chapitre, d'une cinquantaine de pages, l'auteur a réuni
tout ce qui concerne l'éloquence profane, et même les institutions judiciaires,
au xiii", au xiv«, au xve siècle, époques si curieuses et si pleines, au seul regard
de ce sujet spécial. Aussi ne s'attendra -t-on pas à trouver ici, sur Philippe de
Beaumanoir, sur Pierre de Cugnières, sur Jean Petit et sur tant d'autres per-
sonnages crayonnés d'un trait si rapide, autre chose que le résultat des recher-
ches les plus connues. Il y aurait eu quelque chose à dire sur le langage des
vieux monuments de notre prose judiciaire. M. Th. Fr. a peu songé à cette
tâche, pour laquelle il est peut-être incomplètement préparé. C'est au moins
une observation bien banale, à la suite d'une citation de Beaumanoir, de dire
que « la langue a vieilli et aurait presque besoin d'une traduction aujourd'hui
(p. î7). » Encore faut-il louer, dans un professeur de l'enseignement secondaire,
le soin qu'il a eu d'accompagner les vieux textes de notes philologiques fort
communes, mais assez exactes. Il y en a pourtant d'inutiles, par exemple
l'explication du mot loyer (p. 3). Dans les notices renvoyées en appendice à la
fin du volume, et qui, dépourvues de presque toute référence bibliographique,
ne constituent qu'une série de sommaires sans valeur sérieuse, je noterai l'ar-
rangement très-irrégulier du couplet latin rhythmique sur saint Yves (p. 340).
Le xvie siècle est traité avec plus d'étendue, sinon de nouveauté. Les trois
chapitres sur Etienne Pasquier, Antoine Arnauld, Simon Marionsont des études
biographiques, littéraires et morales d'un véritable intérêt et d'une rédaction
élégante. L'esprit qui anime ces pages trop peu originales, c'est un certain
optimisme, corrigé par un sentiment sérieux de l'honnête et du beau, mais
pourtant excessif. On peut difficilement s'empêcher de l'attribuer ou à une ex-
trême docilité pour les appréciations courantes, ou à un parti pris d'admiration
pour le rôle politique, religieux et moral de la magistrature et du barreau fran-
çais. La sympathie la plus légitime pour l'action, nécessairement assez mêlée, de
ces corps respectables aurait dû au contraire encourager l'auteur à un examen
plus précis et plus personnel des hommes et des choses. M, Th. Fr. s'est trop
peu préoccupé de rajeunir des sujets déjà fort étudiés, mais où des recherches
approfondies auraient facilement ouvert des vues nouvelles, au moins sur les
détails. Ce n'est pas assez, en ce genre, que des rapprochements vulgaires entre
nos vieux orateurs et le défenseur de Milon, ou des fantaisies agréables, comme
une citation de Lamartine sur la propriété littéraire à propos d'un plaidoyer de
Marion (p. 249). L'affaire des Jésuites et de l'Université, qui tient une grande
place dans la thèse de M. Th. Fr., lui fournit plus d'une occasion de recon-
naître loyalement l'injustice de certains griefs, l'atrocité de certaines insinua-
tions; mais une étude plus serrée des faits historiques l'eût amené à plus de
largeur encore dans son jugement sur ce gros procès. Il aurait fallu, par exemple,
à propos des reproches adressés à la politique peu nationale des premiers
i82 REVUE CRITIQUE
Jésuites au nom de l'Université, apprécier nettement le rôle de cette dernière
pendant la Ligue. Au reste, une excessive modestie est peut-être le vrai principe
de ces lacunes dans un travail honnête et judicieux : M. Th. Fr. se croit trop
obligé de parler d'après quelqu'un. C'est ainsi qu'il analyse Gerson d'après
M. Berryer (p. 57), Jean Petit d'après M. Gerusez (p. 45), le Songe du Vergier
d'après Lenient (p. 40), qui lui a fourni aussi les détails de la polémique de
Louis Servin avec le P. Garasse (p. 287), pour laquelle il aurait dû au moins
renvoyer à l'exposition si complète de M. Ch. Nisard (Les Gladiateurs, 1860,
t. II). Le sujet aurait dû s'enrichir aussi de quelques indications sur les divers
parlements de France. Grâce à la Guyenne de Loisel, Bordeaux a une certaine
part (p. 290) dans ce tableau ; mais tout le reste concerne exclusivement Paris.
Le travail séparé de M. Th. Fr. sur la première moitié du xvi^ siècle est
assurément plus neuf que le précédent et il semble que l'auteur est moins éloigné
de creuser son sujet. Mais il a puisé encore à peu de sources, et le Dialogue de
Loisel sur les Avocats est presque son seul guide. Est-il d'un chercheur sérieux
de renvoyer purement et simplement, pour les détails historiques les plus déli-
cats, à Henri Martin et surtout à Voltaire, au lieu d'apporter les textes décisifs
des mémoires contemporains ? — En somme, on lira tout ce travail avec plaisir
et non sans fruit, et nous aurions pu le présenter au public avec un éloge pur et
simple de l'agréable talent de l'auteur. Il nous a paru qu'il valait mieux y noter
avec quelque insistance des défauts purement négatifs, mais trop ordinaires chez
nous dans les travaux de ce genre.
Léonce Couture.
83 .—Histoire et théorie de la musique de l'antiquité, par Fr. Aug. Gevaert.
Tome I. Gand. 187$. Typographie C. Annoot-Braeckman. xiv-45op. — Prix : 3ofr.
L'ouvrage de M. Gevaert se composera de deux volumes. Le premier, le
seul publié, traite de ce qui dans la musique ancienne concerne V harmonique
et la mélopée, c'est-à-dire l'étude des intervalles, des systèmes, des modes, des
tons, des genres, puis du mélange de ces divers éléments dans la composition
musicale. Cette partie technique, qui occupe la plus grande partie du volume,
est précédée d'une analyse des sources, d'un coup d'œil sur les caractères géné-
raux de la musique gréco-romaine, enfin d'un résumé historique des diverses
périodes de cette branche de l'art antique depuis les origines jusqu'à la déca-
dence de l'empire romain. Ce volume est terminé par une histoire de la notation
musicale antique. Le deuxième volume comprendra l'étude de la rhythmique et
des instruments. Une fois achevé, le livre de M. G. sera le plus étendu et le
plus complet que nous possédions sur ces matières, et cet ouvrage, nous en
sommes certain, jouira d'une grande autorité. Musicien de premier ordre,
initié à tous les secrets théoriques et pratiques de son art, érudittrès au courant
de la littérature ancienne et moderne relative à l'histoire de la musique, M. G.
réunit au plus haut point ces deux qualités de savant et d'artiste dont l'alliance
est indispensable à une étude approfondie de la musique de l'antiquité.
d'histoire et de littérature. 285
L'ouvrage est déjà assez avancé pour qu'on puisse apprécier l'excellente mé-
thode de l'auteur, louer ses recherches patientes, sa consciencieuse érudition,
sa pénétrante sagacité comme musicien.
M. G. le déclare dans sa préface : il n'a pas eu la prétention de réaliser une
véritable restauration de l'art musical antique. Dans l'état actuel, cette préten-
tion serait parfaitement vaine. « Supposons, dit l'auteur, que l'invasion des
» barbares au v^ siècle n'eût épargné aucun édifice antérieur au siècle d'Auguste,
» et que pour étudier l'architecture grecque nous n'eussions que les théories de
» Vitruve d'une part et de l'autre quelques constructions médiocres du ii^ et du
» iii'^ siècle ' : tel est à peu de choses près le problème désespérant qui s'offre à
» l'historien de la musique gréco-romaine. Il importe donc de ne pas se faire
» illusion sur les résultats possibles de notre genre d'études. Ce que nous pouvons
» savoir est bien peu de chose en comparaison de ce que nous sommes condamnés
)) à ignorer et ne satisfait notre curiosité que dans une mesure des plus restreintes.
» Mais il serait déraisonnable de prétendre que ne pouvant tout connaître, le vrai
«sage doive se résoudre à tout ignorer... « Conformément à ces judicieuses
paroles, l'auteur abordant un sujet que Fortlage représentait comme « envahi
» par l'erreur et le non-sens », qu'Helmholtz appelle « un ramassis de détails
» incohérents », s'est donné pour tâche de chercher à écarter les chimères
et les contradictions qui ont si longtemps obstrué cet obscur domaine, et à
ressaisir au moins une partie de la vérité concernant l'histoire et la constitution
de la musique dans l'antiquité. Guidé par les travaux de Bellermann, de Vincent,
qui ont les premiers renouvelé l'étude de la matière par une analyse minu-
tieuse des textes, guidé surtout par les ouvrages de Westphal qui reprenant le
sujet de fond en comble l'a fait sien par sa vaste érudition, ses investigations
patientes, ses vues hardies, parfois même aventureuses. M, G. a successivement
I. Les débris « médiocres » de l'art musical antique auxquels l'auteur fait ici allusion
sont les trois hymnes à la Muse, à Hélios et à Némésis , conservés en notation grecque
dans plusieurs manuscrits et qui ont été mainte fois publiés et commentés. En dehors de
ces fragments les seuls restes musicaux absolument authentiques sont des exercices pra-
tiques de musique instrumentale analogues à ceux qui remplissent nos méthodes élémen-
taires, et que Bellermann et Vincent ont reproduits d'après les Traités anonymes. Le début
de la première Pythique de Pindare, publié en notation grecque par le jésuite Kircher et
qui serait le seul débris de la grande époque classique, n'est pas d'une authenticité sûre.
Le P. Kircher, on le sait, affirmait avoir copié ce chant sur un manuscrit appartenant
à la bibliothèque d'un couvent près de Messine. Jusqu'à ce jour on n'a pu retrouver ce
manuscrit. Ce chant n'a d'ailleurs que quelques mesures et est assez insignifiant. Enfin
une courte mélodie présentée par le compositeur vénitien Marcello (XVII« siècle) comme
un hymne à Déméter est très-suspecte. Pour retrouver d'autres restes de l'art musical
antique, il faut recourir à la liturgie de l'Église qui a certainement hérité des traditions
du chant ancien et nous en a transmis des parcelles. Mais là aucun indice sûr ne nous
fixe sur la provenance et la date des divers documents. M. G. dans son étude des sources
semble promettre, probablement pour son 2' vol., une analyse critique approfondie du
vaste recueil des chants sacrés de l'Église romaine. Ce serait là un travail plein d'intérêt
et qui pourrait produire au point de vue de l'histoire de la musique ancienne d'importants
résultats.
Un savant allemand, M. Johannes Tzetzes, vient d'entreprendre un travail analogue sur
les chants de l'Église grecque. Dans son livre, dont nous n'avons lu que les premières
pages, M. Tzetzes établit que la liturgie grecque fournit une source précieuse d'études
pour l'histoire de l'art musical antique (Ueber die altgriechische Musik in der griechischen
Kirche. Munich, 1874).
284 REVUE CRITIQUE
attaqué le jîroblème sous toutes ses faces. Tant qu'une heureuse découverte ne
révélera pas de documents nouveaux, de documents musicaux surtout (M. G.
fait remarquer que les quelques mesures de mélodies antiques qui ont été retrou-
vées ont jeté autant de clarté sur la matière que les sept théoriciens publiés par
Meibom), son livre peut être considéré comme l'inventaire le plus détaillé qui
existe de ce qu'il nous est donné de connaître actuellement du système musical
des Grecs et des Romains. M. G. a condensé dans son ouvrage la substance
des principaux écrits de ses devanciers et notamment de Westphal qu'il déclare
lui-même avoir suivi pas à pas et dont le nom revient plusieurs fois dans chacun
de ses chapitres. Parmi de nombreux mérites le livre de M. G. a incontestable-
ment celui de présenter sous une forme nous ne dirons pas attrayante — un
exposé théorique et technique de l'art musical antique n'aura jamais cette qua-
lité — mais au moins accessible et intelligible, un sujet naturellement obscur et
qui dans certains ouvrages allemands revêt une forme par trop pénible et ardue
pour le lecteur. On voit que l'auteur a fait des efforts dignes d'éloges pour sou-
mettre au public un exposé aussi lucide que possible ; il y est parvenu jusqu'à
un certain point par une division très-rigoureuse et très-nette des matières, par
le soin qu'il a pris de traduire toutes les données de la nomenclature antique en
langage ou même en notation musicale moderne, enfin, — et c'est là un des
côtés les plus originaux et les plus utiles de son livre — par les fréquents rap-
prochements qu'il établit entre des exemples tirés de l'ancienne théorie et des
fragments de chants de la liturgie de l'Eglise, ou des mélodies populaires de
diverses contrées et de diverses époques. Ces rapprochements lui permettent de
faire ressortir d'une façon saisissante la complète conservation dans le chant
liturgique des principes constitutifs de l'art musical antique et par là d'éclairer
bien des points au premier abord peu saisissables de l'ancienne théorie.
Le livre de M. G. a d'autres mérites que la clarté, et il sera lu avec fruit
même par les personnes à qui les ouvrages des auteurs précédemment nommés
et notamment ceux de Westphal sont familiers : elles trouveront dans ce livre
les idées du savant allemand soumises au contrôle minutieux d'un esprit
rigoureux, d'un musicien éminent qui complète sur plusieurs points les conclusions
de son devancier, qui les rectifie sur d'autres points, qui apporte enfin dans
plusieurs parties de ce vaste sujet des idées personnelles très-dignes d'attention.
Signalons parmi les chapitres que M, G. éclaire de lumières nouvelles, celui où
l'auteur traite de l'emploi pratique des genres connexes au diatonique, des genres
enharmonique et chromatique, et le chapitre relatif aux nuances {yjpoiC} . La grande
expérience musicale de l'auteur lui a permis de serrer de près l'étude de ces
points obscurs de la théorie antique, et de rendre une certaine réalité pratique à
des distinctions minutieuses que beaucoup d'auteurs avaient jusqu'ici consi-
dérées comme de pures spéculations '. Westphal et Helmholtz avaient déjà com-
battu ce parti pris de reléguer dans le domaine de la théorie les indications des
auteurs anciens sur les délicates modifications apportées par les musiciens grecs
à l'accord de certains intervalles de la gamme. M. G. complète leurs démonstra-
I. Voir notamment Fétis, Histoire générale de la musique. Tome III, ch. III et IV.
d'histoire et de littérature. 285
tions sur ce point par une analyse approfondie du sujet et d'ingénieuses compa-
raisons tirées de quelques faits analogues de la musique moderne.
Dans la longue et intéressante étude qu'il consacre à la partie restée sans
contredit l'une des plus controversées de la doctrine musicale ancienne, celle
qui concerne les modes, M. G. arrive aux mêmes conclusions que Westphal. Il
adopte les idées nouvelles et encore discutées de celui-ci sur la constitution de
l'échelle des modes phrygien, lydien et dorien, dont la dernière note grave au
lieu d'être la tonique de la gamme comme c'est le cas pour les modes hypo-
phrygien, hypolydien et hypodorien prend suivant Westphal et M. G. le rôle de
la dominante ; réforme dont le premier résultat est de changer le caractère du
mode lydien qu'on avait voulu considérer comme l'équivalent de notre mode
majeur et de supprimer parmi les modes grecs tout mode semblable à ce der-
nier. M. G. adopte également la thèse de Westphal sur le mixolydien dont la
note finale serait en réalité la tierce majeure de la gamme et non la tonique. A
l'appui de ces idées M. G. cite et commente un passage de Gaudence qui avait
échappé au savant philologue allemand.
Sans se borner à cette reconstitution en quelque sorte matérielle des modes
antiques, M. G. cherche à pénétrer, et à pénétrer plus avant même que
Westphal dans la théorie hellénique relative au caractère moral, à Vethos des
modes, théorie qui semble au premier abord être devenue si insaisissable au
sentiment moderne. Là encore prenant la question surtout par le côté musical,
l'auteur se livre à une curieuse analyse du caractère harmonique propre aux
différentes octaves et des accords tonaux ou modulants que permet la structure
de chacune d'elles : il met en relief la physionomie particulière qu'empruntent
les mélodies dont elles fournissent les éléments à la terminaison constante du
chant sur la tonique, sur la dominante ou la médiante ; enfin il établit d'ingénieux
rapprochements avec des caractères analogues retrouvés dans les chants de la
liturgie ou même dans l'art musical actuel. S'il ne parvient point à accorder
entre eux ni à élucider complètement les célèbres passages de Platon et d'A-
ristote sur ce sujet, passages qui resteront toujours pour nous quelque peu
mystérieux, on ne peut nier que M. G. ait introduit dans la discussion de ce
problème tant de fois agité des éléments nouveaux.
En dehors de la partie technique, la plus longue et la plus importante du vo-
lume, écrite comme le dit l'auteur « par un musicien pour des musiciens », et que
par cela même nous ne pouvons pas analyser ici en détail, on lira avec intérêt
les pages que l'auteur consacre à apprécier les caractères généraux et les ten-
dances esthétiques de l'ancien art musical. M. G. montre bien comment cet art
très-pauvre au point de vue de l'harmonie simultanée des sons, — harmonie
représentée uniquement par quelques accords dans la partie instrumentale, les
parties vocales étant exclusivement chantées à l'unisson ou à l'octave — très-
pauvre aussi au point de vue des instruments, pouvait tirer de puissantes
ressources du concours des autres arts musiques, de la poésie et de Vorchesîique
ou action théâtrale rhythmée; comment aussi même sur le terrain purement
musical, l'habileté d'exécution des virtuoses, la délicatesse des ornements et des
nuances introduites dans le chant, enfin l'élévation et la simplicité du sentiment
286 -iât-i» ' REVUE CRITIQUE -rurn
d'où s'inspirait la mélodie devaient produire des effets qui nous échappent en
partie, mais qui n'en étaient pas moins très-réels. Si nous avons tant de peine à
apprécier la valeur de quelques-uns des éléments de l'art antique n'en concluons
pas que cette valeur fût purement imaginaire : constatons plutôt, comme le dit
judicieusement M. G,, que notre oreille accoutumée depuis des siècles à un art
compliqué où la polyphonie, la variété des timbres et des accords jouent un rôle
prédominant, est devenue insensible aux combinaisons toutes différentes d'un
système musical essentiellement homophone. Pour retrouver quelque chose de
l'impression qu'éprouvaient les auditeurs helléniques à l'audition des compositions
d'un Terpandre ou d'un Olympe, M. G. renvoie avec raison à quelques-uns des
beaux chants de la liturgie, au Te Deum par exemple : a Pour quiconque, dit-il,
aura appris à sentir la beauté vraiment musicale de ces chants, l'art qui a présidé
à leur construction mélodique, le problème de la valeur esthétique des compo-
sitions antiques sera résolu. Mais il restera obscur et incompréhensible pour
ceux à qui la polyphonie et l'instrumentation paraissent des conditions indispen-
sables d'un art sérieux, n
L'histoire du développement et des diverses phases de l'art musical helléni-
que se trouve naturellement mêlée assez étroitement dans l'ouvrage de M. G. à
l'exposé de la théorie et de la technique. Cependant l'auteur au début de son vo-
lume a cherché à résumer en un chapitre le tableau des principales périodes de
cette histoire. A l'exemple de Westphal il extrait ce tableau presque tout entier
du Dialogue sur la musique de Plutarque en complétant les renseignements que
fournit cet écrivain par les rares indications contenues dans d'autres auteurs.
Westphal le premier a fait ressortir toute la valeur qu'offre au point de vue de
l'histoire de la musique, malgré sa brièveté, l'opuscule de Plutarque par l'an-
cienneté et l'authenticité des documents qui y sont résumés '. L'historique tracé
par M. G. s'étend depuis la période archaïque représentée par Terpandre,
Clonas, Archiloque, Olympe, jusqu'à la décadence romaine. Il y a nécessaire-
ment dans ce tableau de grandes lacunes que le « dénombrement » le plus souvent
très-somm.aire de Plutarque ne permet pas de combler : cependant le caractère
essentiel de l'art aux différentes époques s'y trouve défini avec assez de netteté.
Terminons en souhaitant la prochaine publication du 2^ vol. de cet important
ouvrage. Une table des matières plus détaillée que celle que contient le i^' vol.
se trouvera, nous l'espérons, dans le volume suivant. > yii-iji ,
La belle exécution typographique de ce livre fait le plus grand honneur à
l'habile imprimeur-éditeur de M. Gevaert. E.
' ' SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 23 avril 1875.
M. L. Renier annonce l'intention d'exposer dans la prochaine séance son
opinion sur la question des tribuni miiitum a populo.
1. Voy. Westphal, Geschichte der alten und mittelalterlichen Musik. I. Abtheilung, et
le même ouvrage III. Abtheilung. Plutarch ûber die Musik.
d'histoire et de littérature. 287
M. Egger présente de la part de M. Reinhold Dezeimeris, de Bordeaux,
divers volumes et brochures publiés par lui '. 1, i^-^'ï «*i»',9<*|ïrtUHU pb 5nn's:> oi
M. Garcin de Tassy présente le j" fascicule d'un nouveau journal portugais,
0 cenaculo, revista àa literaîura portugaeza, dirigé par M. de Figueirido, Ce n°
contient une étude de M. Coelho sur l'origine sanscrite du conte de Belphégor.
M. Delisle présente, de la part des auteurs, une étude sur les derniers États
de la province de Normandie au 17^ siècle, par M. de Beaurepaire, et un mé-
moire de M. Jules Lair sur deux chroniques latines composées au 12* siècle à
l'abbaye de S. Denis.
M. de Longpérier présente de la part de M. Buhot de Kersers la première
livraison d'une publication intitulée Statistique monumentale du département du Cher.
M. Bertrand commence la lecture d'un mémoire intitulé Les Gaulois. C'est une
étude destinée à former l'art. Galli du dictionnaire publié par la commission de
la topographie des Gaules. M. Bertrand ne pense pas que les mots de Celtae,
Galli, Galatae, aient eu à toutes les époques la même signification et aient dési-
gné un même peuple, mais au contraire qu'ils ont été appliqués, selon les temps,
à des peuples aussi différents entre eux que les Francs le sont des Français,
auxquels ils ont pourtant donné leur nom, les Angles des Anglais, les Alemanni
des Allemands, etc. Ecartant de la discussion le mot Celtae, sur lequel les
témoignages anciens sont extrêmement confus et contradictoires, il cherche à
déterminer par un classement chronologique des textes le sens qu'ont eu aux
diverses époques les noms de Galli et de Galatae. Les Galli, la première fois que
l'histoire les mentionne, sont les barbares qui envahirent l'Italie, en l'an 390
avant notre ère et s'emparèrent de Rome. Nous avons sur ces barbares des ren-
seignements précis : c'étaient des hommes grands, à la peau blanche, aux che-
veux blonds et aux yeux bleus, comme tous les peuples du Nord. Polybe (2,
17) place l'habitation de ce peuple sur les deux versants des Alpes, jusqu'aux
limites de la Lombardie d'un côté, du Tyrol et de la Bavière de l'autre, et
nullement dans la France actuelle, que nous avons l'habitude d'entendre sous le
nom de Gaule. Nous avons aussi sur les mœurs de ces peuples, ainsi que sur
celles de divers peuples congénères qu'on trouve mentionnés à la même époque
en d'autres parties de l'Europe sous le nom de Galatae, des témoignages concor-
dants : c'était une race militaire, vivant d'une vie sauvage dans des villages sans
murailles, élevant des troupeaux, sans caste sacerdotale et sans autres institu-
tions politiques que celle de la clientèle. Ils avaient pour arme caractéristique de
longues épées en fer mal trempé, à deux tranchants et à pointe mousse, dont
les fouilles ont fait retrouver des spécimens dans l'E. de la France. Quant au
pays d'origine de ces Galli, notamment de ceux de l'invasion de 3 90, il semblerait
I. Recherches sur l'auteur des épitaphes de Montaigne, i86i ; Œuvres poétiques de P. de
Brach, 1861-62; Discours sur la renaissance des lettres à Bordeaux au xvi* sikle, 1864;
Recherches sur la recension du texte posthume des Essais de Montaigne, 1866; Remarques et
corrections d'Est, de la Bo'étic sur le traité de Plutarque intitulé epwTwoç, 1867; Note sur
l emplacement de la villula d'Ausone, 1869; Essais de Michel de Montaigne, 1870-73 ; Lettre
à M. Ph. Tamizey de Larroque sur les poésies de J. Rus, 1875 ; Poésies françaises, latines et
grecques de Martin Des pois, 1875.
288 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
naturel de le chercher, comme pour les autres barbares envahisseurs, dansl'E, et
le centre de l'Europe, mais c'est une opinion différente qui a été admise jusqu'ici :
on a cru, d'après Tite-Live (1. 5, ch, 34), que les envahisseurs de l'Italie
venaient du pays des Bituriges, situé au centre de la Gaule au sens où nous
entendons aujourd'hui ce mot. M. Bertrand croit que c'est une erreur, qui pro-
vient du sens que ces noms de Galli et de Gallia avaient pris déjà au temps de
Tite-Live et qu'ils ont gardé depuis. En effet nous trouvons dans Tite-Live une
énumération des peuples gaulois qui prirent part à l'invasion de 3 90, toute différente
de celle que donne Polybe : puis Tite-Live y ajoute en manière de supplément
une seconde liste semblable à cette dernière. Or dans la première liste de Tite-
Live figurent les plus puissants des peuples gaulois contre lesquels César eut à
lutter, les Bituriges, les Éduens, les Carnutes, les Arvernes, tous inconnus à
Polybe : cette liste est donc probablement une fabrication postérieure, faite
sous l'influence de l'effet que produisit la conquête de César, et reproduite par
T. Live, en même temps que la tradition véritable qu'avait donnée Polybe.
D'un autre côté, la description que César nous donne des Gaulois qu'il combattit
est fort différente de ce que nous savons des Galli de l'époque précédente. Les
Gaulois de César n'étaient pas un peuple de soldats ; on distinguait parmi eux une
classe inférieure, le peuple, et deux classes dirigeantes, celle des chevaliers et celle
des druides. Celle-ci surtout avait une influence extrême. Presque tout le pou-
voir était entre les mains des druides. Ils avaient une organisation savante, des
écoles fréquentées dans lesquelles ils enseignaient une philosophie et une religion
spiritualistes, et par lesquelles ils se recrutaient sans cesse. Il n'y a rien là qui
ressemble à la peinture que nous fait Polybe des envahisseurs de 390. — A ces
arguments s'en ajoutent d'autres, tirés de Parchéologie que M. Bertrand exposera
dans sa prochaine lecture.
M. A. Bergaigne continue la lecture de son mémoire sur l'arithmétique mytho-
logique du Rig-Veda. Ce mémoire a pour objet de montrer que la plupart des
nombres que l'on rencontre dans la mythologie du Rig-Veda sont fournis par
différents systèmes de division de l'univers et par les places du feu ou du soma
qui correspondent à ces divisions. L'auteur étudie à cet effet deux lois suivant
lesquelles des nombres, une fois consacrés, peuvent en engendrer d'autres qui
prennent place à leur tour dans la doctrine mythologique. — 1° Loi de multipli-
cation des nombres. Du nombre de 3 mondes, ciel atmosphère et terre, on passe
à celui de 3 ciels, 3 atmosphères et 3 terres. Ceci se rattache à un usage gram-
matical de la langue védique qui consiste à mettre au duel ou au pluriel le nom
des objets qui font ordinairement partie d'un couple ou d'une triade. — 2° Loi
de formation des nombres par l'addition d'une unité. Aux nombres consacrés des
mondes dans les différents systèmes de division de l'univers, les poètes védiques
ajoutent une unité pour exprimer le monde du mystère.
Julien Havet.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rolrou, imprimerie de A. Gouverneur.
Types Gaulois et celto-bretons. 2" éd. revue et corrigée par A. Maury. Pans,
Maisonneuve. In-8«, x-M9 P- ("'est pas au courant de la science). — Rigveda
Samhitâ éd. Max Mûller. Vol. VI (cf. Rev. crit. 187$, n" 1 5). - Schonbach,
Ueber die Marienklagen (cf. Rev. ait., 1875, I, p. 119); Hartmann, VVeih-
nachtlied und Weinachtspiel in Oberbayern. Mùnchen, Kaiser. In-8», 190 p.
Freybe Das Mecklenburger Osterspiel vollendet im Jahre 1464 zu Redentin.
Bremen, Kùhtmann. In-8", xvj-428 p. — Verzeichniss der Handschriften der
Stiftsbibliothek von St. Gallen. Halle, Buchh. d. Waisenhauses. In-8", xiv-6$op.
(catalogue remarquablement bien exécuté).
Jenaer Literaturzeitung, 187$, n" 5 (nous n'avons pas reçu les n"» précé-
dents) HiRSCHE, Prolegomena zu einer neuen Ausgabe der Imitatio Christi nacn
dem Autograph des Thomas von Kempen. Bd. I. Berlin, Luderitz'sche B.
In-8», xlii)-5 22 p.; Thomae Kempensis de imitatione Christi libri quatuor.Textum
accuratissime redd. Hirsche. Berol., libr. Lùderitziana. In-8", xxvj-375 p.
(B B/EHRINg) — Mùller-Strûbinc, Aristophanes und die historische Kritik.
Leipzig, Teubner. In-8% xvj-755 p. (Adolf Schmidt). — Welzhofer, Unter-
suchungen ûber die deutsche Kaiserchronik des zwœlften Jahrh. Munchen,
Ackermann. In-8", 69 p. (Wilhelm Bernhardi). — Teutsch, Geschichte der
Siebenbùreer Sachsen (Ottokar Lorenz; cf. Rev. crit., 1875, I, p. 179)- —
Sars, Uds'igt over den norske historié. Del I. Christiania, Cammermayer. In-8",
iv-272 p (K Maurer). — Von Bernhardi, Geschichte Russlands. Th. II.
Abth. I. Leipzig, Hirzel. In-8", xij-447 p. (J. Caro). [Nous rappelons que les
articles de la Jenaer Literaturzeitung sont toujours très-approfondis et compétents ;
le manque d'espace ne nous permet pas d'en résumer les appréciations].
N° 6. Craecus Venetus. Pentateuchi, proverbiorum, Ruth, Cantici,
ecclesiastae, threnorum, Danielis versio graeca. Ed. Gebhardt. Praef. est Fr.
Delitzsch. Lips., Brockhaus. In-8% lxx-592 p. (0. F. Fritzsche).-Schuster,
Heraklit von Ephesus (Extrait du t. III des ActaSoc. Lips. E. Zeller). — Low,
Beitraege zur jùdischen Alterthumskunde. Bd. 2. In-8", xvj-459 p. (C. Sieg-
fried) — Freudenthal, Hellenische Studien. Heft i. Breslau, Skutsch. In-8%
105 p. (L. Mendelssohn). — Die Sprachwissenschaft. W. D. Whitney's Vor-
lesungen. Bearb. v. Jolly(A. Leskien). — Fragments of a Samantan Targum.
Ed. by NuTT. London, Trùbner. ln-8", viij-172-84 p. (cf. Rev. crit., 1874, II,
209); Two treatises on verbs containing feeble and double letters : by R. Jehuda
Hayug of Fez, etc. Ed. by Nutt. London and Berlin, Asher. In-8% xiij-xv-
1 32 p. ; Driver, A treatise on the use.of the tenses in Hebrew. Oxford, Claren-
don Press. In-8", xviij-256 p. (Schrader). — G. Mûller, De Theophrasti
dicendi ratione. Pars I. Arnstadtiae, typis expr. oflf. Frotscheriana. In-8",_66 p.
(Rudolf Eucken). — Mullemeister, De fontibus Pyrri Plutarchei. Gœttmgen,
Dieterich. In-8°, 32 p.; V/ichmann, De Plutarchi in vitis Bruti et Antonii_ fon-
tibus. Bonn, Georg. In-8°, 62 p.; Bachof, De Dionis Plutarchei fontibus.
Gotha, Engelhardt. In-8°, 67 p. (Hermann Peter).
The Indian Antiquary, éd. by Jas. Burgess. Part XL (vol. IV), mars
187^ Notes upon the Central Tâlukâs of the Thânâ CoUectorate (W. F. Sin-
clair). — Bhartrihari's Nîti Çatakam (C. H. Tawney). — The Dvaiâsharâya.
— On Dr. Lorinser's Bhagavad Gîtâ and Christian Writings (J. Muir). — Dr.
Bûhler on the Bhâniâr of Sanskrit Mss. at Jessalmir (transi, by Shankar Pan-
durang). — Miscellanea and Correspondence. Snake-Worship among the Kâfhîs
(C. E. G. Crawford). - Kâlidâsa and Sri Harsha (Kasinath Trimbak Telang).
— The Ring-Finger (J. F. Fleet). — The Gurkhâs. — The Kanarak Temple.
— The U rauns. — Booit notices. Records of the Past. — Hodgson's Essays, etc.
(cf. Rev. crit., 1875, 1, p. 177). — The Buddhist Works in Chinese in the
India Office Library (Samuel Beal).
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Arndt (W.). Kleine Denkmasler aus der
Merovingerzeit. In-8% vj-82 S. Hannover
(Hahn). 2 fr. 25
Bernard (T.). Cours de philosophie,
r partie. Psychologie. In-8', vii-288 p.
Paris (Delagrave).
Ghroniken (Die) der deutschen Staedte
vom 14. bis in's 16. Jahrh. 11. Bd. A.
u. d. T. Die Chroniken der fraenkischen
Staedte. Nùrnberg. 5. Bd. In-8% x- u.
S. 441-888 mit i.Plan. Leipzig (Hirzel).
16 fr.
Les tomes 1 à 1 1 . 1 3 2 fr.
Conze (A.). Heroen und Gœttergestalten
d. griechischen Kunst. 2. Abth. Gr. in-
f", S. 2C)-49. u. Taf. 52-106. Wien (v.
Waldheim). 20 fr.
Les deux parties. 36 fr.
Josepbus. History of the Jews. Edited
by A. Murray. 2 vol. in-8°, 960 p. Lon-
don (Virtue). 1 5 fr.
Mussafia (A.). Cinque sonetti antichi
tratti da un codice délia Palatina di
Vienna. Gr. in-8*, 12 p. Wien (Gerold's
Sohn). 50 c.
Bohle (E.). Die angeblich Xenephon-
teische Apologie in ihrem Verhasitnisse
zum letzten Capitel der Memorabilien.
Krit. Untersuchg. In-S", 66 S. Altenburg
(Bonde). ' ff- 7 5
Reinisch (L.). Sprachen v. Nord-Ost
Afrika. i. Bd. Die Barea-Sprache.
Grammatik, Textu. Wœrterbuch. Nach
den handschrifll. Materialien v. Werner
Munzinger Pascha. In-8°, xxviij-186 S.
Wien (Braumùller). 8 fr.
Saulcy (F. de). Sept siècles de l'histoire
judaïque, depuis la prise de Jérusalem
par Nabuchodonosor jusqu'à la prise de
Bettir par les Romains. In- 18, 407 p.
Paris (A. Lévy). 3 fr.
Sayce (A. H.). The principles of campa-
rative Philology. In-8° cart. 386 p.
London (Trùbner). 13 fr. 15
Schlagintweit-Sakûnlunski (H. v.).
Die Paesse ûb. die Kammlinien d. Kara-
korùm u. d. ICùnlùn in Bâlti, in Ladâk
u. im œstlichen Turkistan. Nach unseren
Beobachtgn. v. 1856 und 1857 und den
neueren Expeditionen. In-4°, 116 S
Mùnchen (Franz). 6 fr
Schmidt (A.). Pariser Zustsende waehrend
der Revolutionszeit von 1789 bis 1800.
I. Thl. In-8', xj-336 S. lena (Mauke),
6 fr. 75
Schmidt (J. H. H.). Z. Sprachgeschichte.
Accente, Tropen u. Synonyme. In-4*,
21 S. Weimar (Hinstorff). i fr.
Sievers (E.). Die Murbacher Hymnen.
Nach den Handschriften hrsg. Mit 2 lith.
Facsimiies. In-8", vj-105 S. Halle (Buchh.
d. Waisenh.). 4 fr.
TetzlafiF (M. J.). De Antiochi III magni
Syriae régis rébus gestis ad regnum
Syriae reficiendum usque ad illa tempora
quibus cum romanis congressus est. In-8°,
43 S. Munster (Coppenrath). i fr. 3 5
Thucydidis libri I et II. Ex recensione
Bekkeri in usum Scholarum ed . A. Schœne.
In-8*, vj-266 p. Berlin (Weidmann).
10 fr. 75
Viollet (P.). Les enseignements de saint
Louis à son fils. Réponse à M. Natalis
de Wailly, et observations pour servir
à l'histoire critique des grandes chro-
niques de France et du texte de Joinville.
In-S", s6 p. Paris (Durand et Pedone-
Lauriel).
A^yeiffenbach (W.). Das Papias-Frag-
ment bei Eusebius H. E. III, 39, 3-4
eingehend exegetisch untersucht. ln-8*,
viij-i 50 S. Giessen (Ricker). 4 fr.
"Wimpflelingii (J.). Germania ad rern-
publicam Argentinensem. T. Murneri ad
rempublicam Argentinam Germania nova.
In-4°, 34 p. Strassburg (Schmidt). 4 f.
Zeitschrift f. Numismatik. Hrsg. v.
A. V. Sallet. 2. Bd. 4 Hfte. In-8° (1.
Hft.). 105 S. m. Tafl. Berlin (Weid-
mann). 18 fr. 7J
Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 19 Neuvième année. 8 Mai 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATUPvE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
GTp\T k 17 D nn Histoire et Théorie de la Musique de l'antiquité.
11. V A Ci rV 1 T. I". i fort vol. gr. in-80. 30 fr.
BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
2I« FASCICULE.
Y T xr 11 r TV T T-i à Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de
jn 1 iVl 1 >l JQj Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut,
avocat à la Cour d'appel de Paris. 22 fr.
2 2^ FASCICULE.
LU'C DT CÏÎDC ^^ Philippe. Poème en vers politiques de
1— <i»3 I JL< JD U IvO Philippe le Solitaire, publié dans le texte
pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé
E. Auvray, licencié ès-lettres. î fr- 75
COLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE)
5e FASCICULE.
£-< • r\ 1 1 1 l1< rv Les noms de famille. 3 fr. 50
PÉRIODIQUES.
The Academy, N» 1 54, new séries, 17 avril. Ottiwell Adams, The History
of Japan. Vol. II (1865-1871). London, King and Co. (Rutherford Alcock:
ce volume termine l'ouvrage). — G. Monod, Jules Michelet. Paris, Sandoz et
Fischbacher (Samuel R. Gardiner : pense que l'auteur, bien qu'il s'en défende
dans sa préface, a fait œuvre de critique et de critique habile, en montrant dans
quelles circonstances et sous quelle influence Michelet écrivait; cf. Rev. crit.,
1875, I, p. 107). — Minor historical Books (notes de l'éditeur sur Greece par
M. Fyffe, Studies from Genoes History par M. Malleson, A Sketch of the German
Constitution and of the Events in Germany from 181 5 ta 1871, par M. Nicolson,
Caspar Bruschius, par M. Horawitz, cf. Rev. crit., 1874, II, p. ^26). — Notes
and News. — Notes of Travel. — Hans Andersen's Jubilee. — Correspondence.
A note in the Codex Alexandrinus (William Aldis Wright : a reconnu que la
traduction latine d'une inscription arabe qui existe sur le verso de la r* page du
Codex est de la main de Bentley). — Traditions of the Déluge (Edward
Thomas : curieux passage d'Albiroûnî sur la croyance au Déluge chez les anciens
Perses, les Indiens et les Chinois). — Mr. Parish's Glossary of the Sussex dia-
lect (Henry Nicol ; John Rhys). — Old Cornish (William Noy). — Physiolo-
gical Psychology in Germany (James Sully). — Marden's Numismata Orien-
talia. New Ed. Part I. Ancient Indian Weights. By Edward Thomas. London,
Trùbner (Stanley Lane Poole). — Meetings of Societies (Soc, d'archéologie
biblique, nouvelle Shaksperéenne, royale de géographie. Institut arch.).
The Athenaeum, N° 2477, 17 avril. Taswell-Langmead, English Consti-
tutional History. Stevens and Haynes (résumé très-soigné et très-précis). —
Lewes, Problems of Life and Mind. P' Séries. The foundations of a Creed. Vol.
II. Trùbner (l'article réfute le système de M. Lewes qui ramène l'univers à
deux principes, le Sentiment et le Mouvement). — Publications of the English
Dialect Society. Séries C. Original Dialect Work. Ed. by the Rev. W. W. Skeat.
Trùbner. — Lawson, Wanderings in the Interior of New Guinea. Chapman and
Hall (M. Lawson est le premier qui ait pénétré à l'intérieur de cette île). — The
British Muséum Library (James Gairdner). — Saxo-Grammaticus (Henry H.
Howorth). — Sir John Gray, M, P. — Notes from Naples (H. W.). — Literary
Gossip. — Societies (Soc. de géogr., nouv. Shaksperéenne).
Literarisches Centralblatt, N° 17, 24 avril. Holm, Geschichte Siciliens
im Alterthum. 2. Bd. Leipzig, Engelmann. In- 8", xij-506 p. (art. favorable).
— Waltz, Die Flersheimer Chronik. Zum ersten Maie herausg. Leipzig, Hirzel.
In-8°, xxiv-124 p. — H. Schmidt, Geschichte der kathohschen Kirche Deutsch-
lands. Mùnchen, Oldenbourg. In-8°, 818 p. (trop sommaire). — Hodgson,
Essays on the languages, literature and religion of Népal and Tibet (cf. Rev. crit.
1875, I, p. 177). — Talboys Wheeler, The history of India (cf. Rev. crit.,
1875, I, p. 161). — Schneider, Beitraege zur Kenntniss der rœmischen Per-
sonennamen. Zurich, Orell, Fùssli und Co. In-8% viij-85 p. (bon travail en
général). — Vintler, Die pluemen der tugent. Herausg. v. Von Zingerle.
Innsbruck, Wagner'sche Univ.-Buchh. In-8°, xxiij-403 p. (édition soignée de
cette œuvre du xv^ siècle, qui est une imitation des Fiori di virtù et Ammaestra-
menti de filosofi).
Jenaer Literaturzeitung, 1875, n» 7, ij février. Kliefoth, Die Offenba-
rung desJohannes. Abth. 2. Leipzig, Dœrffling u. Franke. In-8°, 221 p. (Weif-
fenbach). — QuiTZMANN, Die selteste Geschichte der Baiern bis zum Jahre 911.
Braunschweig, Wreden. In-8°, vii)-400 p. (Sigraund Riezler). — Reber,
Geschichte der neuern deutschen Kunst. Lief. 1-3. Stuttgart, Meyer u. Zeller.
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 19 — 8 Mai — 1875
Sommaire : 84. Recherches Orientales, p. p. Derenbourg, Ethé, Loth, Muller,
Philippi, Stade et Thorbecke. — 85. Heller, Études critiques sur le texte de
la République de Platon. — 86. Dahlmann, Sources de l'histoire d'Allemagne, p. p.
Waitz, 2* éd. — 87. RiEZLER, Les adversaires littéraires des Papes, au temps de
Louis de Bavière. — 88. Ritter, Histoire de l'Union évangélique, t. II. — Variétés :
Dissertations philologiques de Halle, p. p. Keil, t. I. — Sociétés savantes : Académie
des inscriptions.
84. — Morgenlœndische Forschungen. Festschrift Herrn Professor D' H. L.
Fleischer zu seinem fùnfzigjaehrigen Doctorjubilaïum am 4. Maerz 1874, gewidmet von
seinen Schùlern H. Derenbourg, H. Ethé, O. Loth, A. Mùller, F. Philippi, B. Stade,
H. Thorbecke. Leipzig, Brockhaus. 1875. — Prix : 16 fr.
Le 4 mars 1874 M. Fleischer, le célèbre orientaliste de Leipsig, fêtait Pan-
niversaire du jour où, cinquante ans auparavant, il avait obtenu le grade de
docteur. Sept de ses anciens élèves avaient eu l'heureuse idée de lui présentera
cette occasion un recueil d'essais, contenant une série de travaux dans le genre
oh chacun d'eux était le mieux versé, considérant cet hommage comme la plus
belle couronne qu'on pût offrir au vénérable maître. Mais le plan de ce recueil
était à peine arrêté quand le jour de fête arriva, et le livre n'a pu paraître qu'un
an après cette date. Nous nous félicitons que cette circonstance n'ait pas entraîné
l'abandon d'un projet qui nous a enrichis d'un volume de la plus grande impor-
tance. Heureusement M. Fleischer, entièrement rétabli de la dangereuse maladie
qui menaçait sa vie au printemps de 1 874, pourra avoir la pleine jouissance de
cet hommage, qui, de toutes les marques d'estime et d'amitié qu'il a reçues, sera
la plus précieuse à ses yeux.
La collection commence par une publication de M. Mùller, qui, occupé de
préparer le texte de VHistoire des philosophes d'al-Kiftî, a fait choix d'un fragment
de ce livre contenant la liste des œuvres d'Aristote, afin de mettre le public
savant en état de juger de la méthode critique qu'il se propose de suivre dans
ce travail. Avec une fidélité scrupuleuse, l'éditeur a donné au bas du texte toutes
les leçons des manuscrits, ce qui nous permet d'apprécier en connaissance de
cause la valeur relative de ses autorités. Désormais l'éditeur n'aura plus à donner
au-dessous du texte d'al-Kiftî que les variantes réelles, excepté dans les cas où
la véritable leçon est restée incertaine. Cela obligera en même temps M. Mùller
à restituer le texte avec plus de hardiesse qu'il n'en a montré dans ce fragment.
Par exemple, l'éditeur a fort bien vu que le premier passage est corrompu, et
comment il faut corriger le texte, mais il en a laissé le soin au lecteur. On ne
peut supposer que le texte actuel de ce passage soit tel qu'al-Kiftî l'a écrit,
car la leçon du manuscrit de Vienne est bien certainement une corruption de
riîourîqîs. La publication de ce fragment nous permet de compter sur une
XV 19
290 /Vf t^ REVUE CRITIQUE jr r^ #-s
excellente édition de l'ouvrage d'al-Kiftî; c'est une entreprise difficile et qui
exige de longues études. Espérons que M. MùUer pourra y donner tous ses
soins et nous mettre bientôt en possession de ce livre important.
M. Ethé avait publié en 1873, dans les « Nachrichten der k. Gesellschaft der
» Wissenschaften zu Gôttingen », un essai sur le poète Roudagî, qui vivait à la
cour du prince Samanide Naçr ibn .-Mimed (hég. 331). Cet écrivain est considéré
à juste titre comme le créateur des genres divers de la poésie moderne des Per-
sans. Ses poèmes, tant épiques que lyriques ou didactiques, sont devenus
vraiment classiques, c'est-à-dire qu'ils sont restés des modèles pour tous les
poètes des âges suivants. Mais, dit M. Ethé, comme tous les grands hommes
de toutes les nations, Roudagî est de beaucoup supérieur à ses prédécesseurs et
à ses contemporains, et en inaugurant une époque nouvelle, il clôt en même
temps une période du développement littéraire. Pour apprécier le poète à sa
juste valeur, il importe de ne pas laisser de côté ses devanciers. Voilà ce qui a
déterminé M. Ethé à rassembler ici tout ce qu'il a pu trouver sur les poètes
antérieurs à Roudagî et sur ses contemporains. La plupart de ces poètes appar-
tiennent à cette seconde catégorie. Il n'y a qu'un poète du temps d'al-Mâmoun,
trois poètes de la période des Tahirides et des Saffarides, et un poète du temps
des Samanides qui soient antérieurs à Roudagî.
M, Philippi, qui déjà, par son premier essai « Wesen und Ursprung des
» Status constructus im Hebrâischen », s'est acquis un rang distingué parmi les
savants qui s'occupent de la grammaire comparée des langues sémitiques, a
entrepris de prouver ici, que les racines trilittères se sont développées de racines
bilittères delà iorme kat, à l'aide de syllabes déterminatives de nature pronomi-
nale. Quant à ces racines bilittères elles-mêmes, il ne croit pas qu'elles se soient
formées de racines plus simples et monosyllabiques, mais pour lui le matéria-
lisme de l'esprit sémitique, en opposition à celui des Indo-Européens, se révèle
déjà dans ces racines plus concrètes et plus tangibles. Cette dernière thèse me
paraît contestable, aussi bien que celle d'après laquelle les syllabes détermina-
tives, qui ont servi à la formation des trilittères, seraient toutes des racines pro-
nominales. L'auteur, en combattant une opinion de M. Ewald (p. 102), rappelle
lui-même que presque toutes les consonnes de l'alphabet sémitique figurent
comme des déterminatifs de racines. Donc, il faudrait admettre que presque
toutes les racines simples de la forme ba auraient eu une valeur pronominale.
M. Philippi rejette sans pitié l'opinion qui considère ces déterminatifs ou du
moins une partie de ces déterminatifs, comme des débris d'autres racines bilit-
tères ou des racines monosyllabiques avec un sens concret (Begriffswurzel) ;
l'auteur soutient que des compositions de ce genre n'ont pas d'analogie dans
les langues sémitiques. Je dois avouer que je ne suis pas encore convaincu de la
justesse de cette opinion. Mais d'autre part, je n'hésite pas à déclarer que l'au-
teur a gagné le procès des racines bilittères contre ceux qui soutiennent que
les racines trilittères se sont formées spontanément. J'ajouterai que M. Philippi
a le mérite assez rare parmi les grammairiens, de traiter les questions les plus
scientifiques avec une netteté et une clarté telles, que tous ceux qui s'intéressent
d'histoire et de littérature. 291
aux questions de cette nature, quoiqu'ils n'en fassent pas l'objet de leurs études,
liront son mémoire avec plaisir.
La contribution de M. Derenbourg ayant été appréciée tout récemment ici ',
je n'ai plus à en indiquer l'objet; mais je demande à présenter quelques obser-
vations de détail relativement au texte. L'éditeur n'a eu à sa disposition qu'un seul
manuscrit,qui tout excellent qu'il soit,n'est pourtant pas exempt de fautes de copiste.
M. Derenbourg a réussi à en corriger le plus grand nombre avec érudition. On ne
s'étonnera pas que quelques-unes de ces fautes aient échappé à son attention.
En parcourant le traité le crayon à la main, j'ai noté en marge les passages sui-
vants où j'ai cru devoir proposer une correction. P. 112 1. 6, M. D.a inséré
la préposition 'alà. Je ne crois pas que ce soit utile. Le verbe i'tamada se
construit avec l'accusatif dans le sens de se proposer, avoir en vue; 1. 7 lis.
mana'tolw (dont j'ai interdit l'emploi); 1. 10, lis. îawassa'to et larakkhaçto (si je
vous donnais la liberté d'employer des locutions peu usitées, je vous permettrais
par là de dire etc.). P. 11? 1. 4, lis. al-ghadâti. P. 116 1. 13, lis, naqîyo-'t-
tharfi; i. 16, lis. tharofa-tharfan ; 1. 48, lis. aî-tharfo. P. 1 17 1. 12, le premier
hémistiche doit être lu : anta 'bna Barzata mansouhon ilà ladjaïn. P. 118 1. 8,
M. D. a restitué avec rahon walildjam''i, mais il a eu tort de biffer les mots
walilitsnaini souqaton; 1. 1 3, lis. idzâ pour idzan et plus loin natanaççafo. P. 120
1. 5, lis. lahom. P. 122 1. 9, au lieu de minaH-ar/ji lis. minaH-orfî; dernière
Wgne, \\s. ach-châribi. P. 123 1. 8, lis. akhtâna. P. 124 1. 10, lis. fiH-isâati.
P. 125 1. 7, lis. al-mochrifo ; ligne dernière, lis. jotaghâfalo. P. 129 1. 4, au
lieu de tohraqo lis. tahrofo (s'incline); 1. 14, lis. wadzanabahâ. P. 150 1. dern.,
lis. yadrîm lieu de tadrî. P. 131 1. i, lis. yahdjimo;\. 10, lis. mizhalin. P. 132
1. 15, la leçon du manuscrit warabbakto (ou plutôt warabakîo) est bonne. Le
verbe zabaqa signifie aussi mélanger, mais je n'ai pas rencontré la seconde forme
dans ce sens. P. 134, 1. 12, 16 et p. 135 1. 6, lis. mo'arrabaton, mo'arrahâni,
mo'arrabon. P. 1 3 j 1. 14, au lieu de yachVo lis. chanVon. P. 138 1. 9, lis. al-
djoukhânawal-djoukhâno. P. 140 1. i au lieu de <a/2^//om, je crois qu'il faut lire
haftom, contraction de hafaftom; 1. 5, lis. 'arîna. P. 145 1. 14, lis. hayâwohâ.
P. 146 1. 4, peut-être l'auteur a-t-il voulu signaler baràsteq comme la pronon-
ciation pédantesque (par ceux qu'il appelle p. 142 1. 4 les motahadzliqoun) du
mot persan parâzdeh, dont la forme arabisée est farazdaq ; 1. 5 et 6, je crois que
ces mots signifient : « ces mêmes gens disent farwand au lieu de barbend, nom
» du pigeon à collier qui s'appelle en arabe fâkhiîa. » Quant .à ce dernier nom,
il est dérivé de fakht, qui signifie « la lueur de la lune. « P. 147 1. avant dern.
lis. al-himmaç. P. 148 1. 12, lis. minkhir. La leçon mighîra ne me semble pas
bonne, mais je n'ai rien à y substituer. P. 149 1. i, je crois qu'il faut lire
wamasbîyon. P. 1 5 1 1. 1 1 , je ne comprends pas plus que M. D. le mot qorbisyâîon.
P. 152 1. II, j'ai à faire sur le mot wal-marîo la même observation qu'à la
page 148;!. 14, lis. ibîadaa. P. 1 54 1. avant dern. au lieu de saradaton ]q
propose sardamaîon ou chardamaton.
I. Rev. ait. 1875, n' 17.
2C>2 REVUE CRITIQUE
M. Derenbourg voudra bien considérer ces remarques, qui concernent en
grande partie des fautes d'impression ou des accidents d'écriture, comme une
preuve de l'intérêt que je porte à sa publication, qui lui fait beaucoup d'honneur.
M. Stade a contribué au recueil par un essai sur les relations entre l'hébreu
et le phénicien, dans lequel il cherche à démontrer en premier lieu que ces
deux langues appartiennent à une même branche des langues sémitiques, qu'elles
doivent être classées parmi les dialectes du nord avec les langues araméennes,
mais qu'elles se distinguent de celles-ci au même titre. En second lieu, il soutient
que le phénicien ne peut pas plus être considéré comme la langue-mère de
l'hébreu, que l'hébreu comme celle du phénicien, mais que l'un et l'autre doi-
vent leur origine à une même langue plus ancienne. Je ne veux pas donner ici
une analyse de cette étude excellente, dont je crois que les principaux résultats
ne trouveront point d'opposition. M. Stade a dû entrer presqu'à chaque
page dans des détails très-intéressants, mais parfois contestables. Je dois
signaler une observation qui me semble très-ingénieuse, à savoir qu'il aurait
existé en hébreu comme en phénicien un pronom suffixe de la troisième per-
sonne avec mimation : êm pour le singulier, êmô pour le pluriel. La dernière
forme est identique à l'arabe homou. M. P. Schrôder dans sa grammaire phéni-
cienne, p. 1 J 3 , a proposé l'hypothèse, très-admissible, que le suffixe êmô, quand
il se rapporte à un antécédent au singulier, n'est qu'une combinaison d'un ktîb
êm avec un krî ô. Les diascévasîes bibliques ne comprenant plus la signification
du suffixe êm pour la 3« personne du singulier, y auront ajouté au-dessus un ô,
que les copistes ont combiné mal à propos avec la leçon du texte. Il suppose
que souvent aussi on a simplement changé êm en ô. M. Stade, p. 205, regarde
cette opinion comme plausible, bien qu'il soit difficile de l'appuyer sur
des preuves. Je crois cependant pouvoir fournir un argument en faveur
de la thèse de M. Schrôder, c'est qu'il y a un passage où le ktîb originel s'est main-
tenu. Je veux parler d'Isaïe, chap. 8, vers, i s, où dans wekâchelou bâm le suffixe
ne peut se rapporter qu'à un antécédent au singulier.
M. Thorbecke a enrichi la même collection d'une édition du poème célèbre
d'al-A'chà en l'honneur du Prophète; il l'a fait précéder d'une introduction con-
tenant tout ce qu'il a pu rassembler sur la vie du poète et sur ses poésies. Le
nom de l'éditeur nous garantit d'avance ce que nous avons à attendre de son
travail, c'est-à-dire un texte pur, accompagné de notes qui expliquent tout ce
qui a besoin de commentaire, sans rien de superflu. J'ai noté en marge quelques
passages où je voudrais proposer à M. Thorbecke une légère modification du
texte ou une autre interprétation. P. 242 note 2. Le mot thannânon en s'em-
ployant d'un poème ne signifie pas sonore, commQ le dit M. Th. et aussi M. Lane
dans son Dictionnaire, mais a le sens métaphorique de célèbre. J'ai discuté cette
locution dans mon Glossaire du Dîwân de Moslim ibno'l-Walîd. P. 246 l. 6,
lis. rozitoho ; l. 8 on trouve une autre faute d'impression, lis. 'Amrin; 1. avant-
dern. je crois qu'il faut lire // au lieu de min. P. 247 l. 1 1, je propose wakâna
yarâ (le sujet paraît être al-Açma'î). P. 250 1. 12, M. Th. propose kataflîqi; ne
serait-il pas plus simple de lire katalqîfi, qui en même temps semble convenir
d'histoire et de littérature. 29^
mieux au sens ? P. 25 1 1. 1 1 , au lieu de laïlaho lis. ibilaho; c'est une inadver-
tance de copiste dont j'ai rencontré d'autres exemples. Telle est aussi la leçon
Kailahâ dans le Kâmil, p. 218 1. 17, où M. Nôldeke a restitué Khayâlan. P. 252
1. 3, ne serait-il pas préférable de lire wakalâli? 1. i j, je propose wal-fakhri.
P. 255 1. i, le vers me semble très-corrompu. P. 258 1. 6, ne faut-il pas lire
an-noçoha ? 1. 7 au lieu de IVàqlbatin je préfère lire li'âfiatin.
La dernière pièce du livre est de la main de M. Loth, qui nous offre un traité
d'astrologie du célèbre al-Kindî, accompagné de la traduction latine du xV siè-
cle, d'un commentaire étendu et d'une introduction sur al-Kindî considéré
comme astrologue. M, Loth nous fait voir qu'al-Kindî étudiait l'astrologie
comme une science sérieuse, et que ce sont ses travaux qui forment la base de
tous les traités d'astrologie en Orient. Le traité d'al-Kindî est très-curieux. En
premier lieu, l'auteur fixe la durée de la domination des Arabes à 693 ans. Puis
ilénumère les conjonctions néfastes des planètes Mars et Saturne, en déterminant
théoriquement la portée de chaque conjonction et en citant les événements
jusqu'à l'an 2 1 2 comme preuves de la justesse de ces présages. Quant à la con-
jonction de l'an 242 (ou 241) l'auteur dit qu'elle prédisait les guerres civiles
entre Mosta'în et et Mo'tazz (252) et d'autres calamités. Mais en outre elle
annonçait l'apparition d'un homme qui se donnerait comme apôtre d'une nou-
velle religion et comme doué de connaissances surhumaines; cet homme aurait
beaucoup de sectateurs, mais sa puissance n'aurait qu'une courte durée.
M. Loth suppose qu'al-Kindî a voulu parler d'Abdallah ibn Maimoun al-Kaddâh,
le fondateur de la secte des Carmathes, qui déjà en 261, selon un passage
remarquable du Fihrist, aurait été le chef d'un parti bien organisé. Mais
lorsqu'al-Kindî écrivait (probablement en 2 5 5), on ne croyait pas encore que
ce mouvement allait devenir un des plus grands dangers pour l'Islamisme. La
dernière conjonction dont parle al-Kindî est celle de 333 (ou 331). Celle-ci
présage encore des guerres et des dissensions ; mais elle annonce aussi le
triomphe de l'Islam sur toutes les religions et la soumission de tous les empires
du monde. Comme ces pronostics ont joui d'une grande autorité en Orient, où
les agitateurs politiques et religieux s'en servaient pour appuyer leurs desseins,
il ne semble pas téméraire de combiner avec cette dernière prédiction le poème
remarquable du prince puissant des Carmathes, que j'ai traduit dans un Mémoire
sur les Carmathes de Bahrain, p. 51. Il y annonce la conjonction prochaine de
Saturne et de Mars comme le terme fatal pour la domination des souverains de
l'Irac, c'est-à-dire des khalifes de Bagdad, et comme inaugurant la soumission
de tous les peuples à la vraie religion, celle des Carmathes, dont il espérait être
lui-même le gardien fidèle, jusqu'à l'arrivée de Jésus, c'est-à-dire, jusqu'au juge-
ment dernier, qu'on ne croyait pas très-éloigné alors. On sait que les espérances
des millénaires avaient aussi des adhérents parmi les Arabes (voyez Loth, p. 267).
Le prince Carmathe mourut en 332, probablement quand il préparait la grande
victoire que les astres lui promettaient.
M. Loth a mérité notre reconnaissance par la publication de ce traité, que,
par ses éclaircissements, il a rendu intelligible même pour ceux qui ne sont pas
initiés aux secrets de l'astrologie arabe. M.-J. de Goeje.
294 REVUE CRITIQUE
85. — Hermânn Heller, Curae criticae in Platonis de Republica libros. Berlin, Cal-
vary. 1874. In-4°, 48 p, — Prix : 2 fr. 75.
Ce travail contribue dans quelque mesure à l'amélioration du texte. Les
conjectures nouvelles, proposées par M. H,, sont peu nombreuses, mais assez
plausibles. Les voici toutes, si nous n'en oublions pas : 11, p. 570 E, TaûxYjv
(mss. aÙTY)v) Tr^v zé'ki^ (?); p. 373 B, auxrjv ty]v (mss. (XÙttjV ou au tyiv ou tyjv
aÙTY]v) TriXtv (?); p. 374 E, dç touto (mss. aùxo) xo k%t.x-i]Zzu\Ka. (?); III, p. 391
D, TOiauxa (mss. aÙTa) ep^a; VII, p. 537 C, Tcaaiv (mss. Tuatciv) Iv ty^ izai^da
(«fort. TCpoTiatBeia »); Lois, IX, p. 864 D, xaiBia (mss. xatBeta ouTïatota) xpw-
[ji,£voç. Mais M. H. a eu principalement en vue l'examen des leçons adoptées
par les critiques antérieurs. Ses conclusions sont le plus souvent justes : on peut
seulement regretter que l'argumentation ne soit, en général, ni rapide ni facile.
M. H. s'occupe des passages altérés par suite de la confusion de t avec ei, de
Yj avec et, de la ressemblance qui existe entre certaines formes des verbes sTvai,
levai et levai ou des pronoms aùxéq, auxoO, outoç. (Comme, en matière d'ortho-
graphe, il n'y a pas grand fond à faire, quoi qu'en semblent penser certains
critiques, sur les manuscrits même les meilleurs, il était, la plupart du temps,
au moins inutile de reproduire l'apparat critique au grand complet.) La dernière
partie du travail de M. H. est consacrée à l'étude de la particule Zd chez
Platon, mot que les copistes ont fréquemment remplacé par oé. Tous les vestiges
qui en restent dans les manuscrits de la République ou dans les citations de ce dia-
logue qu'on trouve chez les auteurs ont été soigneusement recueillis par M. H.
HaioaYWYoTç xaiSiaç */,ai vYjTïiéxYjxoç ^apiv, dans les Lois, VII, p. 808 E, nous
est suspect comme à M. H. C'est vers six ou sept ans seulement (voir Krause,
Geschichîe der Erziehung ... bei den Griechen, pp. 81 et 401), c'est-à-dire passé
l'âge désigné par vYjxiéxYjç, que l'enfant est remis aux mains des pédagogues. On
est donc forcé d'interpréter : propter puerilis aetatis « imprudentiam ». Peut-être
faudrait-il lire simplement xaiSaYcoYoïç xaiâeiaç XoLpif, en considérant vr^xiéiriQTOç
comme une glose afférente à xpoçwv xai [XYjxéptov oxav àxaXT^i-CTrjxai.
Charles Graux.
86. — Dahlmann, Quellenkunde der deutschen Geschichte, 4. Auflage.
Quellen u. Bearbeitungen der deutschen Geschichte neu zusammengestellt v. G. Waitz.
2. Aufl. Gœttingen, Dietrich. 187$. In-8*, xx-295 p. — Prix : 6 fr. 75.
La Revue critique a déjà rendu compte de cet excellent remaniement du
manuel de Dahlmann sur les sources de l'Histoire d'Allemagne '. M. Waitz, qui
s'est dévoué, dans l'intérêt de tous les travailleurs, à cette tâche ingrate, vient
de donner une 2" édition de ce remaniement. Il l'a poursuivi jusqu'à 1873, et ce
recueil bibliographique, qui s'arrêtait précédemment à la guerre de 1866, s'étend
jusqu'au conflit ecclésiastique entre la Prusse et l'Église catholique. Quatre cent
seize nouveaux titres d'ouvrages y figurent, des corrections nombreuses y ont été
i. Rev. ait. 1869, n° J2, art. 260.
d'histoire et de littérature. 295
introduites et un index de tous les noms d'auteurs d'ouvrages y a été ajouté. Cette
dernière addition avait été réclamée par nous en 1869, et nous remercions M.W.
d'avoir fait droit à ce desideratum. Nous recommandons l'usage du manuel
de Dahlmann revu par M. Waitz non-seulement à tous ceux qui s'occupent d'his-
toire d'Allemagne, mais même à ceux qui s'occupent des premiers siècles de
l'histoire de France ; et nous souhaitons de voir faire pour notre pays le travail
si utile que les deux savants allemands ont exécuté pour le leur.
87. — Die literarischen Widersacher der Pœpste zur Zeit LudTvig des
Baiers. Ein Beitrag zur Geschichte der Kasmpfe zwischen Staat und Kirche von
Sigmund Riezler. i vol. in-8°, xij et 336 p. Leipzig, Duncker et Humblot. 1874.
— Prix : 7 fr. 3 5 .
Longtemps on a considéré la Réforme du xvi^ siècle comme une réforme
éminemment théologique, préparée par des théologiens et accomplie par eux.
De nos jours, pourtant, on commence à comprendre que ce point de vue est
erroné, et que les causes du mouvement réformateur doivent être cherchées dans
les aspirations nationales et politiques et dans les besoins religieux des peuples
beaucoup plus que dans les préoccupations dogmatiques de quelques théologiens.
Le sentiment naissant des droits de l'Etat et le réveil de la vie nationale vis-
à-vis des prétentions théocratiques de Rome d'une part, la revendication des
droits de la conscience individuelle et de la liberté religieuse vis-à-vis de la domi-
nation des prêtres de l'autre, telles furent les causes principales du grand mou-
vement du xvje siècle. L'historien de la Réforme devra donc remonter jusqu'au
xiv° siècle, et à côté des tentatives de réforme religieuse et ecclésiastique des
Vaudois, de Wiclif, de Huss, etc., il devra étudier les luttes de Philippe le Bel
contre Boniface VIII, de Louis de Bavière contre les papes d'Avignon, de
Wiclif et du parlement anglais contre la curie romaine, et y chercher le point
de départ de la réformation.
Dans cet ordre d'idées, l'ouvrage de M. Riezler nous semble destiné à rendre
d'excellents services. L'auteur a circonscrit ses investigations au xiv" siècle, celte
époque obscure, peu connue, mais très-importante, parce qu'elle forme comme
la transition entre le moyen-âge et les temps modernes. Il a décrit la dernière
grande lutte du moyen-âge entre le pouvoir papal et le pouvoir impérial, lutte
qui porte déjà un caractère tout moderne, en ce sens qu'elle est accompagnée
d'un puissant mouvement intellectuel et littéraire, et que la papauté est attaquée
avec des armes'spirituelles, dans des écrits qui contiennent en germe les grands
principes proclamés par les siècles suivants.
M. R. ne s'occupe que de la querelle de Louis de Bavière avec les papes
Jean XXII, Benoît XII et Clément VI, et du mouvement littéraire qui accom-
pagna cette querelle en Allemagne. Les matériaux lui ont manqué, dit-il, pour
faire entrer la lutte de Philippe le Bel avec Boniface VIII dans le cadre de son
ouvrage. Il ne faut pas trop s'en plaindre. En embrassant moins, l'auteur a pu
mieux approfondir, et il a fourni ainsi une étude très- complète sur cette littéra-
296 REVUE CRITIQUE «rOT«IH-(
ture polémique qui donne à la lutte de Louis de Bavière sa haute signification
historique.
La première partie de notre livre, intitulée u Personnes et Evénements »
(Personen und Ereignisse), montre le développement extérieur de la lutte et donne
des détails biographiques sur les alliés de l'empereur : Marsile de Padoue et son
ami Jean de Jandun, puis Michel de Cesena, Guillaume d'Occam, Bonagratia de
Bergame et Ubertino de Casale. La deuxième partie : « Doctrines et Ecrits »
(JLehren and Schrifteri) contient une analyse des traités les plus importants de
ces hommes et un aperçu de leurs doctrines. Elle s'arrête surtout au Defensor
pacis, le curieux écrit de Marsile auquel Jean de Jandun paraît avoir collaboré,
et qui, dans un temps d'oppression politique et religieuse, proclame la plupart
des grands principes que la réforme du xvi* siècle d'abord, la révolution de
1789 ensuite, ont fait triompher en partie : la souveraineté du peuple, la sou-
mission du clergé aux lois de l'Etat, la liberté religieuse, etc.
Un appendice contient plusieurs pièces justificatives et surtout un aperçu de
la littérature sur l'Etat et l'Eglise depuis Thomas d'Aquin jusqu'au schisme, c.-à-d.
de 1270 à 1370. Peut-être M. R. eût-il bien fait d'y ajouter les conclusions du
Dejensor pacis.
En résumé, nous avons ici une étude consciencieuse, bien faite, facile à lire,
et qui devra être consultée par tous ceux qui veulent arriver à bien com-
prendre la réforme du xvi* siècle. Th. Gerold.
88. — Briefe und Acten zur Geschichte des dreissigjœhrigen Krieges
in den Zeiten des vorwaltenden Einflusses der Wittelsbacher. Zweiter Band : Die Union
und Heinrich IV, 1607-1609, bearbeitet von Moritz Ritter. Mùnchen, Rieger'sche
Universitaetsbuchhandlung. 1874. In-8*, vj-627 p. — Prix : 16 fr.
Nous avons signalé récemment le premier volume de cette nouvelle série de
publications entreprise par l'Académie des sciences de Munich (Revue critique,
1874, II, p. 3$ 5). Nous n'avons donc point besoin de revenir en détail sur le
but qu'elle poursuit. Le second volume de M. Ritter continue à fournir les pièces
justificatives de son Histoire de l'union évangélique des princes protestants d'Alle-
magne et s'occupe surtout des négociations avec la France, qui remplirent les
dernières années du règne de Henri IV. Il s'ouvre sans qu'aucune introduction
générale vienne orienter le lecteur, et fournir un fil conducteur à ceux qui vou-
draient se reconnaître dans ce fouillis de pièces inédites. Il serait bien utile
cependant que l'éditeur voulût faire ressortir dans une préface spéciale les points
les plus importants qui sont traités dans chaque volume, les nouveaux aperçus
historiques qui sont acquis par les pièces diplomatiques qu'il publie, etc. Cela
pourrait se faire en quelques pages et permettrait à chacun de reconnaître plus
vite et d'une façon moins pénible ce qu'il peut s'attendre à trouver dans ces
documents nouveaux.
Il n'y a pas lieu de donner ici un aperçu général des 330 pièces de valeur et
d'étendue fort différentes, qui forment le présent volume. Nous ne relèverons,
d'histoire et de littérature. 297
comme par le passé, que celles de ces pièces qui présentent un intérêt majeur.
C'est encore le prince Chrétien d'Anhalt que nous rencontrons ici comme l'esprit
dirigeant de la politique des princes protestants de l'Empire et comme leur
principal négociateur au dehors, toujours par monts et par vaux, toujours affairé,
toujours convaincu de sa propre importance, et rappelant singulièrement par
ses allures affairées la mouche du coche de notre bon La Fontaine ' . Comme par
le passé d'ailleurs, il trouve l'occasion d'écrire à la princesse, sa femme, des
épîtres fort amoureuses (p. 597, p. 417) et qui montrent qu'il fut excellent
époux, s'il n'a fait que de la mauvaise politique. Dans les deux à trois années
qu'embrasse le présent volume nous le voyons tantôt à la cour de France et
tantôt à celle de Vienne, sans bien saisir toujours vers quel but tendent ses
efforts 2. A côté de lui, nous voyons d'autres diplomates allemands, M. de
Buwinghausen à Paris (septembre i6o8), Christophe de Dohna à Venise (1608),
s'agiter pour conclure des alliances éphémères, dirigées toutes contre la supré-
matie menaçante de la maison d'Autriche. La relation de Dohna est intéressante
surtout par les détails qu'elle nous donne sur les relations de l'envoyé protestant
avec le célèbre Servite, Fra Paolo Sarpi (p. 75-89). Outre ces dépêches de
provenance allemande nous en trouvons d'autres, écrites par le nonce Ubaldini
au cardinal Borghèse, par l'ambassadeur de la République des Pays-Bas, Fran-
çois van Aerssen à Olden Barnevelt, par Bongars à Henri IV, par le régent des
Pays-Bas espagnols, Albert d'Autriche, au roi d'Espagne, Philippe III, etc.
Beaucoup de ces pièces ont été puisées soit aux manuscrits de la Bibliothèque
nationale soit aux Archives Nationales. Elles complètent plutôt par quelques
détails des faits déjà connus qu'elles ne nous révèlent des secrets cachés jusqu'ici.
La politique étrangère de Henri IV, ses relations avec les protestants d'Alle-
magne, son immixtion dans l'affaire de succession aux duchés de Clèves et de
Juliers avaient été depuis longtemps familières au public savant, grâce aux bio-
graphies et aux recueils de documents inédits publiés chez nous sur cette époque.
C'est plutôt la politique intérieure de l'Allemagne qui bénéficie de ce nouveau
volume de M. R. A ce point de vue nous signalerons comme plus particulière-
ment intéressants les procès-verbaux des assemblées générales de l'Union évan-
gélique tenues à Rothenbourg, en août 1608 (p. 4?) et à Schwaebisch-Hall, en
mai 1609 (p. 247). Citons encore les relations assez intimes nouées par Anhalt
avec les Etats des archiduchés d'Autriche et surtout avec le baron de Tscher-
nembl qui devait jouer un assez grand rôle dans ces contrées aux débuts de la
guerre de Trente Ans.
Un appendice intitulé : Henri IV et l'Italie nous donne une série de pièces
datées de 1607 à 1609, tirées de nos collections parisiennes et se rapportant à la
politique française envers les états de la péninsule.
1. « Quant à nioy, pour servir le public, la religion et la patrie, je n'appréhende ny
» peine, ny travail, ny péril, etc. » Anhalt à Buwinghausen, octobre 1609. P. 451.
2. L'envoyé de Henri IV en Allemagne, M. de Bongars, a fort bien caractérisé toute
cette agitation stérile dans une lettre à l'Électeur de Brandebourg : « (Ce ne sont que)
» force écritures, ambassades, assemblées; au bout incertitudes et irrésolutions.» P. 354.
298 REVUE CRITIQUE
Les textes sont en général fort corrects, comme on pouvait l'attendre d'un
érudit aussi consciencieux '. Nous voudrions seulement présenter une requête à
M. R. pour les volumes à venir. Trop souvent nous voyons apparaître des cor-
respondants nouveaux dans ses pages — je parle, bien entendu, de personnages
subalternes et non pas des souverains ou des diplomates plus connus — au
sujet desquels il est loisible de confesser, sans trop de honte, une ignorance
absolue. L'éditeur ne pourrait-il pas, suivant en cela l'exemple d'autres savants
attachés à l'Académie de Munich, de M. Kluckhohn, entre autres, mettre en
note, chaque fois qu'il introduit ainsi une personnalité nouvelle, quelques mots
de biographie, aussi sommaires qu'il voudra ? Tout le monde lui en saura gré.
Ce second volume se termine par une table des matières ; il n'y en avait
aucune dans le premier, et c'est un progrès dont nous nous félicitons. Seulement
il y aurait encore mieux à faire. Tout le contenu de ces 330 pièces est groupé
ici sous cent trente noms à peine, et nous ne pouvons que constater ce que dit
l'auteur lui-même : « Grâce au petit nombre des rubriques, la table des matières
)) ne permettra point de s'orienter rapidement et brièvement » (p. vj). Nous
avouons ne pas bien comprendre pourquoi M. R. ayant un sentiment aussi juste
de l'insuffisance de son index, n'a point voulu aller plus loin, et pourquoi la
crainte de se noyer « dans une mer de citations » l'a retenu. C'est pour cela
que les tables des matières sont faites et personne ne se plaindra jamais qu'elles
soient trop étendues ou trop détaillées. Aussi prions-nous le savant éditeur de ne
se point laisser arrêter par de semblables scrupules quand il rédigera la table de
son prochain volume.
Rod. Reuss.
VARIÉTÉS.
Dissertationes philologicae Halenses, cum praefatione Henrici Keilii. Vol. L
1873. iv-335 p. In-8*.
Comme le dit la courte introduction qu'a mise en tête de ce recueil un des
érudits qui honorent le plus l'université de Halle, les dissertations qui le com-
posent n'ont d'autre lien que d'avoir été écrites par des jeunes gens sortis de la
même école savante et inspirés du même esprit. Voici les titres des essais que
contient ce premier volume, auquel l'éditeur a peut-être déjà donné une suite
qui ne nous serait point parvenue.
Kleemann, M., Reliquiamm dialecti Creîica pars L Glossét cretica cum commen-
tariolo de Universa Creîica dialecti indole, p. i, — Gutsche, G., Qassiiones de Ho-
mericohymno in Cererem, p. 47. — Walther, E.^deTacitistudiisTheîoricis, p. 91.
— Friedel, W, 0., de sophistarum studiis homericis, p. 150. — Schinck, E., de
interjecîionum epiphonematumque vi aîque usu apud Arisîophanem, p. 189. —
Kohlmann, R., de verbi Gmci îemporibus, p. 229. — Zacher, K., de prioris nomi-
num composiîorum gracorum partis formatione, p. 275.
I. P. 64. Bollweil, c'est le baron de BollmiUr. — P. 107, au lieu de Bongers il faut
lire Bongars.
d'histoire et de littérature. 299
Nous ne pouvons étudier l'une après l'autre toutes ces dissertations, ce qui
nous entraînerait trop loin; nous nous bornerons à en examiner la première.
C'est une sérieuse tentative pour refaire un chapitre perdu de l'histoire de la
langue grecque, pour réunir les éléments épars d'une de ces monographies de
l'un des dialectes grecs par lesquels s'étaient signalés plusieurs grammairiens
anciens.
Jusques vers la fin du v* siècle avant notre ère, les Grecs, comme M. Jour-
dain, « avaient fait de la prose sans le savoir »; ils avaient parlé, ils avaient
écrit, il avaient joui de leurs poètes, de leurs historiens, de leurs orateurs sans
s'inquiéter des origines de leur langue, sans en distinguer les éléments et en
rechercher les lois, en un mot sans y appliquer l'analyse. C'est avec les sophistes
que la curiosité commence à se tourner sur ces matières. Nous avons dans le
Craîyle de Platon un monument des premières spéculations grammaticales
auxquelles se soit livré l'esprit grec ; mais ce fut surtout Aristote qui donna
l'impulsion, dans cette voie comme dans presque toutes les autres. Après lui et sur
ses traces, l'école d'Alexandrie ouvrit, sur tout le passé de la Grèce, sur sa
langue comme sur sa littérature et ses arts, une vaste et consciencieuse enquête
que poursuivit, pendant des siècles, toute une armée de laborieux ouvriers. On
partit de l'étude d'Homère et du dialecte épique, et ce fut ainsi que l'on s'exerça,
que l'on créa la méthode ; on s'occupa ensuite des poètes et des prosateurs
classiques, mais on ne s'en tint pas là ; on sentit le besoin de présenter un tableau
aussi complet que possible de cette langue grecque, si riche et si diverse, qui se
parlait, après Alexandre, des frontières de l'Inde aux rivages de l'Espagne. On
n'oublia point d'en étudier les variétés provinciales, et l'on rédigea des lexiques
des dialectes. Ces ouvrages ont malheureusement péri; à peine nous est-il resté
le titre et de rares citations de quelques-uns d'entre eux. Ainsi Philémon
d'Athènes avait, à une époque assez voisine d'Alexandre, écrit un vocabulaire
des mots antiques ('AtTixat >vé^eiç), Aristophane de Byzance avait donné, outre
des 'A-cTixai Xé^eiç, des gloses laconiennes (Aaxwvtxal "fXwacrai) . Enfin nous
trouvons aussi cité plusieurs fois un recueil désigné tantôt sous le nom de gloses
Cretoises (KpYjTixai ^Xûacat), tantôt sous celui de mots créîois (KpYjxaai Xé^etç),
et attribué ici à Hermonax, là à Hermon '. Cette légère différence de nom nous
autorise-t-elle à croire à deux ouvrages et à deux auteurs différents ? Fabricius
et les autres commentateurs, avec raison, je crois, ne voient là qu'un même livre
et qu'un même homme, dédoublé par la négligence des copistes.
C'est quelque chose comme l'ouvrage perdu d'Hermonax que M. Kleeman a
voulu refaire ; il disposait, pour mener à bien cette entreprise, de deux sortes de
matériaux. D'une part Hésychius et quelques autres lexicographes nous ont con-
servé un certain nombre de termes propres au dialecte crétois et sans doute
empruntés à Hermonax ou à quelque autre auteur du même genre; d'autre part,
si le dialecte crétois ne nous a point laissé de monuments littéraires, gardés par
I. Athénée. III. 81 f. VI. 267. c. II. 53 b. III. 76. e. Le Scholiaste de Nicandre,
passim.
JOO REVUE CRITIQUE
les manuscrits, il nous en est resté de nombreux échantillons dans les inscrip-
tions, et celles-ci vont depuis une époque très-voisine du commencement de
l'écriture, représentée par le texte en boustrophédon que M. Thenon et moi
avons découvert à Gortyne •, jusqu'à l'époque romaine où peu à peu dispa-
raissent les différences dialectales.
C'est par l'indication et par l'appréciation critique de ces deux ordres de
sources qu'aurait dû, si nous ne nous trompons, débuter le mémoire de M. K.
Il aurait eu à en déterminer l'autorité et la valeur relative. Pour les gloses Cre-
toises que nous ont transmises les lexicographes, nous pouvons toujours
craindre que les copistes n'aient altéré, dans une certaine mesure, des mots
rares et inusités qu'ils ne comprenaient pas; nous ne pouvons faire fond que
jusqu'à un certain point sur l'orthographe des manuscrits, et ne devons nous
servir de ces gloses et n'en tirer des conséquences qu'avec quelque réserve.
Dans les inscriptions au contraire, nous avons des témoignages authentiques des
caractères originaux que présentait le dialecte crétois dans telle ou telle partie
de l'île, dans tel ou tel siècle de l'antiquité. Nous aurions aimé à trouver
discutés et classés, dans une sorte d'introduction, tous les matériaux que M. K.
a pu réunir, tous les renseignements et textes de provenance diverse sur lesquels'
portent ses observations.
Dans le classement des faits qui ont été recherchés avec le plus grand soin
et qui paraissent bien compris, nous aurions désiré aussi plus de rigueur, un
ordre qui y mît plus de clarté. Ce qui regarde le vocabulaire forme, sous le titre
de gloss£ cretics, la seconde partie du mémoire ; mais dans la première partie,
M. K.. n'aurait-il pas bien fait de distinguer entre la phonétique et la théorie des
formes. Dans une première partie, il aurait étudié, si l'on peut ainsi
parler, le gosier crétois, il nous aurait montré quelle couleur y prenaient
les principales articulations de la voix humaine, quels concours de sons
étaient évités ou recherchés ; dans une seconde, il aurait appliqué à la flexion, à
la dérivation, à la composition, les lois ainsi constatées, et nous aurait donné le
tableau des désinences propres à la déclinaison et à la conjugaison Cretoises.
Sous ces réserves, dans l'analyse que nous présente M. K. de tous les phéno-
mènes qu'il a notés, nous ne trouvons guère qu'à louer. Il prouve d'abord, par
des exemples bien choisis, qu'entre les différentes cités de l'île, il y avait cer-
taines différences de dialecte, mais avec assez de traits communs pour que l'on
puisse ne faire de tous ces parlers locaux qu'un seul groupe homogène. Ce groupe,
il le prouve ensuite, se rattache par tous ses caractères dominants à la grande
famille dorique ; pourtant il y a certaines particularités qui rappelleraient plutôt
l'ionien, la langue épique ou l'éolien. Enfin, dans un dernier paragraphe, il
cherche à déterminer les plus importants des phénomènes qui caractérisent les
dialectes crétois, ceux qui donnent à la langue grecque de l'île, prise dans son
ensemble, sa physionomie propre et son originalité.
1 . Cette inscription est maintenant au Louvre. M. Thenon en a donné, en la publiant
pour la première fois dans la Revue archéologique (II. 5. t. VIII, p. 441 et pi. XV) un
tac-simile dû à la photographie
d'histoire et de littérature. jor
Pour ce qui est de la seconde partie, nous ne pouvons que rendre hommage
à l'étendue des recherches auxquelles s'est livré l'auteur pour réunir, par ordre
alphabétique, tous les termes cités par les grammairiens et lexicographes anciens
comme particuliers aux Cretois. Voici pourtant une omission que nous lui signa-
lerons, c'est le mot xaXov pour ^ûXov, bois. Il nous est donné comme crétois
par Eustathe (ad. //. tj^, p. 1291, I. 6i) : KSXa. ^àp ta ^6Xa, KpYjTarj Xé^tç.
Ce mot n'était pas purement crétois, puisqu'on le trouve employé par Hésiode,
Ion (cité par Athénée) et Callimaque; mais ce qui paraît prouver qu'il était très-
employé dans l'île, c'est qu'il y est resté, au moins en composition, dans la
langue vulgaire. Tandis que, dans la Grèce continentale, la bécasse est connue
sous le nom de ^uXéxoxa, la poule de bois, en Crète on se sert, comme j'ai pu
m'en assurer moi-même, du mot y.aXépGx, pour xaXépviôa, qui a juste le même
sens. N'est-ce pas encore, selon toute apparence, une glose Cretoise que nous
donne Etienne de Byzance au mot "Oa^oç ? xtvsç Stà to x,aTaYY)vai xbv xéxov %at
xpYj[jLVtoâr] uTripXstv v.akcùai Y^p (ne sont-ce pas les Crétois ?) xohq toioutouç
T^Tuouç a^ouç, y.aOaTCsp v.cà •^[J.eXç, à-(\).oûq. ''AixaXXoç, (âouiYjç, AocTTa et autres
mots cités p. $, d'après Hésychius, comme propres aux Cydoniates ou aux
Polyrrhéniens ont été omis dans le glossaire. Pourquoi ? pour nous être donnés
comme appartenant plus particulièrement à telle ou telle ville de Crète, ce n'en
sont pas moins des mots crétois, des mots qui appartenaient en propre à la langue
de l'île.
Souvent M. K.. cherche à expliquer la glose Cretoise et à la rattacher à quelque
terme de la langue classique, en montrant par suite de quelle permutation régu-
lière elle a pris la forme qui semble au premier abord singulière. Ko86[xaXov,
d'après Hermonax, était un nom crétois du coin. On trouve aussi ce nom écrit
dans les manuscrits y.wcu[;.aXov. Ce long mot a bien l'air d'un composé. On l'a
expliqué par y.wâiov, toison, peau garnie de poils, et {jlvïXov, pomme, sous la
forme doîienne jxaXov. Nous ne nous dissimulons pas la difficulté que présente
l'u employé là comme voyelle de liaison; mais l'étymologie ne méritait-elle
point au moins d'être mentionnée ? Avec M. K., je crois que yâcTpiov, nom
d'un gâteau au sésame, pour lequel Voretz a proposé une explication des plus
alambiquées, se rattache aisément à vaaxYjp. C'est un gâteau qui « tient à l'esto-
mac, )) comme nous dirions, qui est bon pour l'estomac. M. K. ne donne pas
d'explication des mots xapav(i) et xapa qui, d'après Hésychius, auraient désigné
la chèvre domestique en Crète ; je n'en ai point à lui fournir, mais on appelle
encore aujourd'hui, en Crète, la chèvre et la brebis, xwpâât ou y.oupa8i, termes
inusités ailleurs. Ce mot se rattache au verbe yvoupeùo), tondre. C'est la bête
que l'on tond. Y a-t-il autre chose là qu'une ressemblance fortuite .? Si M. K.
revient jamais à cette étude, comme il semble l'annoncer par le titre même
donné à son mémoire {Pars /), nous appellerions son attention sur les dialectes
modernes de la Crète, et surtout sur le dialecte sfakiote. Il trouverait dans
Pashley, Travels in Crète, tous les détails nécessaires. Tous ceux qui s'en sont
occupés ont signalé le caractère tranché et la couleur toute dorienne du parler
de ces rudes montagnards. Dans un lexique complet des mots grecs aujourd'hui
502 REVUE CRITIQUE
propres à la Crète, il y aurait aussi peut-être des découvertes à faire, des rap-
prochements à tenter ; des matériaux ont déjà été réunis à cet efFet par le zèle
de Grecs cultivés '. Nous signalerons à l'attention de M. K. cet utile complément
qu'il peut donner à ses recherches, ce supplément d'information.
A tout prendre, cette dissertation ne peut que donner une excellente idée des
travaux qui se poursuivent sous la direction d'un philologue aussi compétent que
M. Henri Keil et qui se publient sous ses auspices. Nous souhaitons voir le
recueil ainsi commencé s'enrichir bientôt de nouveaux volumes, dont l'un contien-
drait l'édition, promise par M. K., de toutes les inscriptions Cretoises connues
jusqu'à ce jour.
G. Perrot.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du ^o avril 1875.
Une lettre de M. Castan donne des détails sur les fouilles qui sont pratiquées
sur l'emplacement de l'ancien théâtre romain de Besançon. Ces fouilles ont
amené la découverte d'un escalier monumental par où arrivaient les acteurs. Un
croquis est joint à la lettre de M. Castan.
M. de S'^ Marie adresse de nouveaux estampages avec une lettre sur quelques
monuments récemment découverts. Il signale notamment une mosaïque romaine
représentant Pégase et plusieurs inscriptions latines.
La communication de M. Renier sur les îribuni militum a populo est ajournée
à une autre séance.
— M. Ravaisson lit un mémoire sur un vase funéraire provenant d'Athènes,
dans lequel il traite en même temps des diverses scènes ou images qu'il était
d'usage de figurer sur les tombeaux dans l'antiquité. Ce mémoire est la rédac-
I. Il y a entre autres une brochure de M. Chourmousis, intitulée KprjTtxà qui ren-
ferme un court glossaire. En voici le titre complet : Kprjxtxà auvTaxQévTa xal èxSoOÉvTa
uTtô M. Xoupixou^Yi Bu!;avTtou. ev Aôrivatç, 1 28 p. Un second et un troisième glossaire du
dialecte crétois ont été publiés par M. Bibylakis, l'un dans le journal le Rhadamanthe
(PaSà(j.av8y<;) fondé il y a vingt ans par lui et paraissant à intervalles irréguliers, l'autre
dans le recueil plus connu de M. Maurophydis, le «PiXÎCTTwp. Je dois ces renseignements
à l'obligeance de M. Constantin Sathas; mais, comme il m'en avertit, « ces auteurs se
» sont bornés à étudier le dialecte moderne d'une partie de l'île; ils n'ont pas étudié les
» nombreux ouvrages publiés à Venise en dialecte crétois, comme Boscopoule, Erophile,
» Erotocritos, etc. Le crétois est le plus riche des dialectes de la Grèce moderne, mais
» en même temps le moins connu. Pour vous montrer la richesse des sources manuscrites, »
poursuit M. Sathas, « je me bornerai à vous signaler :
1" » Un manuscrit de Venise contenant un grand nombre de tragédies, comédies et
» autres poésies en ce dialecte. J'en ai copié la plus grande partie par une publication
» très-prochaine.
2* » La grande collection des actes des notaires crétois depuis le XIV' siècle jusqu'à
» la chute de l'île sous la domination des Turcs. Ces documents, contenus dans une col-
» lection de quelques centaines de gros volumes, sont tout à fait inconnus. J'ai travaillé
» pendant huit mois dans ce grand dépôt, et j'ai copié les plus anciens testaments, actes
» ae mariage, actes de vente, etc. »
d'histoire et de littérature. ÎOî
tion développée d'une communication orale que l'auteur avait faite à la séance,
du 1 9 février dernier. Après ayoir repris avec développement la thèse qu'il avait
exposée alors (v. Rev. criî. 27 févr. 1875, p. 144), et à l'appui de laquelle il
cite divers passages des auteurs, M. Ravaisson s'attache à réfuter une théorie
accréditée parmi les archéologues, suivant laquelle les Grecs n'avaient pas voulu
s'attrister par la contemplation de la mort et avaient toujours évité de représenter
sur leurs monuments des morts ou des scènes infernales. Il montre l'idée d'une
seconde existence après la mort et de la nature supérieure et presque divine des
morts paraissant déjà dans Homère et se répandant de plus en plus à mesure
des progrès de la civilisation grecque : de là l'idée de représenter sur les tom-
beaux l'image du mort dans l'un des actes de la vie qu'on lui supposait dans
l'autre monde. C'est à cette idée qu'il faut rattacher, suivant M. Ravaisson, un
certain nombre de types dont la signification a été méconnue par les archéologues
modernes, et qui tous doivent être ramenés à la classe des représentations funé-
raires. Tantôt c'est la rencontre du mort avec ses parents qui l'ont précédé au
tombeau (prise de nos jours pour une scène d'adieu); tantôt c'est la représenta-
tion d'un repas du mort dans l'autre monde, dans laquelle la fausse idée signalée
plus haut a fait voir une scène terrestre, le repas funèbre qui suit les funérailles.
L'idée de la divinité des morts fit qu'on donna à leur figure des attributs divins;
on alla même jusqu'à les représenter sous la figure et avec le nom d'un dieu.
Mercure, Bacchus, Diane ou Vénus, et à introduire dans l'épitaphe la formule
des dédicaces aux dieux, àvéGr(Xe : autre source d'erreur pour les archéologues
de notre temps.
Sur une observation de M. Georges Perrot, qui fait remarquer que dans
Homère les ombres, loin d'avoir le caractère divin dont parle M. Ravaisson,
sont représentées comme menant une existence infiniment triste et bien inférieure
à la vie terrestre, M. Ravaisson répond qu'on peut constater dans Homère deux
courants d'opinion contradictoires sur ce point, et qu'à côté du récit de l'évoca-
tion des ombres qui témoigne de la pensée signalée par M. Perrot il s'y trouve
d'autres passages qui indiquent que la croyance au caractère supérieur et sur-
naturel des morts se faisait jour aussi.
M. Perrot fait observer en second lieu que dans un mémoire couronné par.
l'académie M. A. Dumont a déjà présenté sur les monuments funéraires où sont
figurés des repas une opinion différente de celle qui avait cours jusqu'ici. Il n'y
voit ni le repas funèbre auquel les parents et amis vivants du mort prennent part
après Jes, funérailles, ni le repas purement élyséen que suppose M. Ravaisson;
il pense que le mort y est représenté mangeant les offrandes que lui faisaient les
vivants suivant un usage qui n'a pas entièrement cessé en orient. — M. Ravais-
son admet cette explication, qu'il considère comme parfaitement conciliable avec
sa théorie générale.
M. Maury dit qu'il ne faudrait pas croire impossible que des représentations
de scènes de la vie terrestre fussent parfois mêlées à celles de l'autre monde ,
car on trouve un semblable mélange dans les peintures des monuments étrusques;
M. Ravaisson répond que cela ne va pas contre la théorie qu'il a soutenue
^04 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
aujourd'hui et qui a trait uniquement aux images figurées à l'extérieur des tom-
beaux, tandis que les peintures dont parle M. Maury sont placées à l'intérieur,
— M. le président Maury annonce que M. Brunet de Presle, dont la santé
avait donné quelques inquiétudes, est en pleine voie de rétablissement.
— Ouvrages offerts à l'académie :
J. de Witte, Dionysius et les Tyrrhéniens, extr. de la Gazette archéologique;
F, Lenormant, leçon d'ouverture du cours d'archéologie à la bibl. nationale;
Dictionnaire topographique de l'ancien départ, de la Moselle, par M. de Bouteil-
1er, imp. nat., 1874;
W. Wright, a grammar of the arable language, transi, from the german of
Caspari, 2. éd., vol, II, Lond, 1875;
Henri Cordier, a narrative of the récent events in Tong-king, Shanghai, jan.
187$, 8»;
Registrum de Panmure, compiled by the hon, Harry Maule of Kelly, a. d.
1753, éd. byJ. Stuart, Edinb. 1874, 2 vol, 4°.
M. Egger présente de la part des auteurs les ouvrages suivants :
Ch. Révillout, Un lexicographe du 2^ s. de notre ère, étude sur les 'Ep[ji.v]ve6-
[Aaxa publiés par M. Boucherie sous le nom de Julius Pollux;
Une nouvelle édition donnée par le c*® Riant de la relation de la prise de
Constantinople en 1204, du moine Gunther;
Étude sur les Géoponiques, par M. de Raynal, extr. de l'annuaire de l'assoc,
pour l'encouragement des études grecques ;
Vart et l'archéologie, par M. Ernest Vinet;
Une nouv. éd. de VAgricola et deux opuscules sur la grammaire et la critique
du texte de Tacite, par M. Gantrelle.
M, Renan présente de la part de M. J, Halévy les Essais d'épigraphie libyque
formant la i* partie de ses Études berbères.
M. Defrémery présente le 5'^fasc. du Divan de Férazdak publié et traduit par
M. Boucher.
M, Heuzey offre une brochure de lui intitulée La pierre sacrée d' Antipolis, qui
contient un mémoire lu par lui à la séance de l'académie du 20 févr, 1874. ^^
ajoute que le nom mythologique Tépxwv, dont il avait alors conjecturé l'existence,
se trouve en effet sur un vase peint publié par l'institut archéol. de Rome en
1872.
M. Ravaisson présente un art. de M. Foucart, extr. de la Revue archéologique,
intitulé : Inscription métrique de Thèbes avec la signature des sculpteurs Polyclète et
Lysippe.
— M. Alex, Bertrand lit un court fragment de son mémoire sur les Gaulois.
Julien Havet,
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A, Gouverneur,
In-S", 1-J84 p. (Alfred Woltmann). — Q^ Horatii Flacci carmina, Luc.
MuELLER recoçnovit. Lipsiae, Teubner. In-16, 362 p.; Thallwitz, De Horatio
Graecorum imitatore Spécimen I. Doebelni. In-8°, 51 p. (W. Teuffel). —
KuRSCHAT, Wœrterbuch der littauischen Sprache. Th. I. Deutsch-littauisches
W. Bd. 1.2. Halle, Buchh. d. Waisenhauses, In-8°, xx-723; xij-390 p. (A.
Leskien). — Kreyssig, Vorlesungen uber Shakespeare. 2. Aufl. Bd. i. 2.
Berlin, Nicolaische Verl.-B. In-S", viij-495 ; iv-530 (Richard Wùlcker).
NO g^ 20 février. Hengstenberg, Vorlesungen ùber die Leidens-
geschichte [Jesu]. Leipzig, Hinrichs'sche B. In-S", 304 p. (W. Grimm). —
Mittheilungen aus der historischen Litteratur, redigirt von Foss. Jahrg. IL
Berlin, Gaertner. In-8°, 254 p. (Gustav Richter). — Hôfner, Untersuchungen
zur Geschichte des Kaisers L. Septimus Severus und seiner Dynastie. Bd. L
Abth. I. 2. Giessen, Ricker. In-8", vij-i-104; vj-105-248 p. (Hermann Peter).
— Gaston Boissier, La religion romaine d'Auguste aux Antonins. T. 1.2.
Paris, Hachette. In-S", x)-45o; 464 p. (Hermann Schiller). — Cl. Claudiani
raptus Proserpinae recens. Ludov. Jeep. Augustae Taurin., Romae et Floren-
tiae, Lœscher. In-8°, xxv-60 p. (Emil B^hrens). — Rufi Festi breviarium
rerum gestarum P. R., recens. Wendelinus Fœrster. Vindob. venum dat
Hœlder. In-8°, 21-23 P- (Franz Rùhl). — Schônbach, Ueber die Marienklagen
(Steinmeyer; cf. Rev. crit., 1875, I, p. 119). — Grundt, Hebraeische Elemen-
targrammatik, Leipzig, Hirt und Sohn. In-8°, xij-256 p. (Bernhard Stade),
Germania, herausg. v. K. Bartsch. Neue Reihe, achter Jahrg. i. Heft.
Pfaelzische Beiche aus Rom (K. Bartsch). — Mitteldeutsches Magnificat (von
dems.). — Samuel von Lichtenberg (W. Crecelius). — X fur U (Fr. Laten-
dorf). — Ueber die Verhseltniss der Klage zum Biterolf (A. Edzardi). — Die
zehn Lebensalter (Adalbert Jeitteles). — Spenden zur Altersbestimmung neu-
hochdeutscher Wortformen (Fedor Bech). — Eine Reliquie von Heinrich Mgev
aus Calcar (Nolte). — Zur salfraenkischen Eideshilfe (K. v. Amira). — Hein-
rich Wittenw^eiler (J . ByECHTOLo), — Holunke (W. Crecelius). — Kritische
Beitraege I (Hans Lambel). — Zu den Murbacher Hymnen (E. Wilken). —
Abschrift von Hartmanns Iwein (K. Bartsch). — Litteratur. Heinzel, Gesch.
der niederfrasnkischen Geschseftssprache (H. Paul). — Mûllenhof, Laurin
'K. Bartsch), — Sievers, Paradigmen zur deutschen Graramatik (H. Paul).
— Bluhme, Die gens Langobardorum (Karl Meyer). — Entgegnung (Hermann
^'ischer). — Miscellen. Karajans Bibliothek. — Gesellschaft fur Herausgabe
iltfranzœsischer Texte. — Nachtrag zur Germania XVIII, 465 (Cari Pauli).
— Personalnotîzen,
I
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
)ES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS, — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
<• nnoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
; levue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
1 -ais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
1 lagasin.
....rago (E.). L'Hôtel-de-Ville au 4 Sept.
et pendant le Siège. Réponse à M. le
comte Daru et aux commissions d'en-
quête parlementaire. In- 18 jésus, 412 p.
Paris (Hetzel et C'). 3 fr. 50
j .ssier (A.), La Bibliothèque bleue depuis
Jean Oudot I" jusqu'à. M. Baudot,
1600- 1863. In-8<», 60 p. Paris (Cham-
pion).
Bernhardy (T. v.). Geschichte Russ-
lands u. der europaeischen Politik in d.
Jahren 1814 bis 1831. 2. Thl. i. Abth.
In-8°, vij-447 S. Leipzig (Hirzel). 8 fr.
Bondil (L.-J.). Manuel de l'helléniste, ou
Méthode grecque simplifiée, offrant :
I» à la suite des déclinaisons et des
conjugaisons, la théorie entière de la for-
mation et de l'analyse des mots; une
syntaxe facile; 3° un traité complet des
accents en vers. In-8*, 314 p. Avignon
(Séguin aîné).
Caylus (M"' de). Souvenirs de la marquise
de Caylus. Nouvelle éd., soigneusement
revue sur les meilleurs textes , contenant
la préface et les notes de Voltaire, avec
une étude sur l'auteur, un commentaire
historique et une table analytique, par
M. de Lescure. In- 16, 236 p. Paris
(Lemerre). 2 fr. 50
Chronologie des Abbez du monastère et
des evesques de l'église de S. Pons de
Thomières, par F. B. T. L. G., prestre
et chanoine de cette mesme église. In-8<»,
57 p. Saint-Pons (imp. Francès).
Couat (A.), Étude sur Catulle. In-8*,
300 p. Paris (Thorin).
Fierville (C). Le cardinal Jean Jouffroy
et son temps (1412-1473). Étude histo-
rique. In-8*, vii-296 p. Coutances (Sa-
lettes).
Fontenay (H. de). Inscriptions céramiques
gallo-romaines découvertes à Autun ; sui-
vies des inscriptions sur verre, bronze,
plomb et schiste de la même époque trou-
vées au même lieu. In-8°, 128 p. et
44 pi. Paris (Champion).
Gentil Bernard. L'art d'aimer, poème
en trois chants. Publié par F. de Mares-
cot. In- 12, xv-62 p. Paris (Lib. des
Bibliophiles). 2 fr. 50
Hippeau (C). L'Instruction publique en
Italie. In-12, xxiij-422 p. Paris (Didier
et C«). 3 fr- 50
Holm (A.). Geschichte Siciliens. 2. Bd.
Mit 7 Karten. In-8*, xii-506 S. Leipzig
(Engelmann). 14 fr-
L'ouvrage complet. 26 fr.
Leclerc (L.). Abulcasis, son œuvre pour
la première fois reconstituée. ^-8°, 20 p.
Paris (Masson).
Lipsius (A.). Die Qu^llen der aeltesten
Ketzergeschichte. Neu untersucht. In-8*,
258 S. Leipzig (Barth). 7 fr. jo
Longnon (A.). Pouillé du diocèse de
Cahors. In-4-, 186 p. Paris (Imp. na-
tionale).
Marre (A.). Malâka, Histoire des rois
malays de Malâka et cérémonial de leur
cour. Traduit et extrait du livre des
annales malayses, intitulé en arabe Selâ-
lat al Selâlyn, en malay Peratoran Radja-
radja malayou et plus connu généralement
sous le nom de Sadjerat malayou. In-8*,
34 p. Paris (Maisonneuve et C*).
Medicis. Le livre de Podio ou Chroniques
d'Etienne Medicis, bourgeois du Puy,
publiées par A. Chassaing. T. 2. In-40,
liv-665 p. Le Puy (imp. Marchessou).
Merwart (K.). Erster Zusammenstoss
Polens m. Deutschland, seine Bedeutg.
u. seine Folgen. In-8', 118 S. Graz
(Leykam Josefsthal). 2 fr. 75
Parkmann (F.). Les Pionniers français
dans l'Amérique du Nord, Floride, Ca-
nada. Traduction de M"" la comtesse
Gédéon de Clermont-Tonnerre. In- 12,
Ixxviii-422 p. Paris (Didier et C'). 4 fr.
Reich (E.). Studien ûber die Frauen. In-
8*, xiv-471 S. lena (Costenoble). 16 fr.
Sarazin (F.). Traité des monnaies d'or
au Japon. Traduit pour la première fois
du japonais. In-8% 16 p. 31 pi. Paris
(l'auteur). $ fr.
Serbes (Les) de Hongrie. Leur histoire,
leurs privilèges, leur église, leur état po-
litique et social, i' partie. In-S", p. 161-
474. Prag (Grégr. et Dattel). 10 fr. 75
L'ouvrage complet. 16 fr.
Souvenirs archéologiques des Castilles et
du Midi français. (Quelques jours de
voyage en Espagne, 1869. ^-8", 446 p.
Tulle (imp. Bossoutrot).
Teutsch (G. D.). Geschichte der Sieben-
biirger Sachsen fur das saechsische Volk.
2. Aufl. 2. Bde. In-8*, viij-7s8 S. Leipzig
(Hirzel). 10 fr. 75
Theureau (L.). Étude sur la vie et les
œuvres de Jean Marot. In-8*, 214 p.
Caen (Le Blanc-Hardel).
Thévenot (A.). Correspondance inédite
du prince François-Xavier de Saxe,
connu en France sous le nom de comte
de Lusace. Précédée d'une noticé^sur sa
vie. ^-8°, x-349 p. Paris (Dumoulin).
6 fr.
Weber (G.). Zur Geschichte d. Refor-
mations-Zeitalters. Umrisseu. Ausfùhrgn.
In-8', viij-616 S. Leipzig (Engelmann).
12 fr.
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 20 '■'^- ' '^" Neuvième année. 15 Mai 1875
mamm
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr, — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
: En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
' 67, rue de Richelieu.
GT^xTK T7' D T' ^'5^°''"^ ^^ Théorie de la Musique de l'antiquité.
lL V Ail* JV 1 T. I". I fort vol. gr. in-S». ^éW.
BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
21^ fascicule.
U \/ TV /l NT T7 ^ Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de
r~l ï IVl iN lL Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut,
avocat à la Cour d'appel de Paris. 22 fr.
22e FASCICULE.
Ltr C O T '17 t T D C ^^ Philippe. Poème en vers politiques de
L-jO i l_ii-/ U tv»^ Philippe le Solitaire, publié dans le texte
pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé
E. Auvray, licencié ès-lettres. M»"- 75
C;Q3L4.^CJipN PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE)
ri,''-,,.''-. ,.' -1''/.'. ' ;^:, 5e FASCICULE.
Ci • Iv 1 1 1 lL iv Les noms de famille. j fr. 50
Lib^rjlt GERMER-BAILLIÈRE , rue de l'École-de-Médecine.
• POUR PARAITRE LE i" JANVIER 1876.
REVUE,. HISTORIQUE
DIRIGÉE PAR MM.
Gabriel MONOD et ' Gustave FAGNIEZ,
Ancien élève de l'École normale supérieure, Ancien élève de l'École des Chartes,
Agrégé d'histoire, Directeur-adjoint Archiviste aux Archives nationales,
à l'École pratique des Hautes-Études. Auxiliaire de l'Institut.
Les études historiques prennent à notre époque une importance toujours
croissante et il devient de plus en plus difficile, même pour les savants de pro-
fession, de se tenir au courant de toutes les découvertes, de toutes les recherches
nouvelles qui se produisent chaque jour dans ce vaste domaine. Aussi croyons-
nous répondre aux désirs d'une grande partie du public lettré en créant, sous le
titre de Revue historique, un recueil périodique destiné à favoriser la publication
de travaux originaux sur les diverses parties de l'histoire , et à fournir des ren-
seignements exacts et complets sur le mouvement des études historiques dans les
pays étrangers aussi bien qu'en France.
A côté des Revues spéciales qui, comme la Revue Archéologique ou la Bibliothèque
de l'École des Chartes, cherchent à élucider des points particuliers de l'histoire de
l'Antiquité ou du Moyen Age, nous voudrions créer une Revue d'histoire géné-
rale s'adressant à un public plus étendu , mais appliquant à des questions plus
variées la même sévérité de méthode et de critique et la même impartialité d'esprit.
Nous voudrions offrir un champ de travail commun à tous ceux qui, quelles que
soient leurs tendances particulières, aiment l'histoire pour elle-même et n'en font
pas une arme de combat pour la défense de leurs idées religieuses ou politiques.
Aussi, tout en laissant à nos collaborateurs 1^ liberté et la responsabilité de leurs
opinions personnelles, leur demanderons-nous d'éviter les controverses contem-
poraines, de traiter les sujets dont ils s'occuperont avec la rigueur de méthode
et l'absence de parti pris qu'exige la science, et de n'y point chercher des argu-
ments pour ou contre des doctrines qui ne seraient qu'indirectement en jeu.
Nous ne ferons donc ni une œuvre de polémique ni une oeuvre de vulgarisa-
tion, sans que pourtant notre Revue soit un recueil de pure érudition. Elle
n'admettra que des travaux originaux et de première main , qui enrichissent la
science, soit par les recherches qui en seront la base , soit par les résultats qui
en seront la conclusion ; mais tout en réclamant de nos collaborateurs des pro-
cédés d'exposition strictement scientifiques, où chaque affirmation soit accom-
pagnée de preuves, de renvois aux sources et de citations, tout en excluant
sévèrement les généralités vagues et les développements oratoires, nous conser-
verons à la Revue historique ce caractère littéraire , auquel les savants ainsi que
les lecteurs français attachent avec raison tant de prix. ,j
Notre cadre n'exclura aucune province des études historiques ; toutefois notre
Revue sera principalement consacrée à l'histoire européenne depuis la mort de
Théodose (395), jusqu'à la chute de Napoléon I" (iSiO- C'est pour cette
période en effet que nos archives et nos bibliothèques conservent le plus de
trésors inexplorés ; et nous voulons nous tenir , autant que possible, à l'écart de
toutes les polémiques contemporaines.
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N- 20 — 15 Mai — 1875
Sommaire : 89. Le Dîwdn de Moslim, p. p. De Goeje. — 90. Vernes, Histoire
des Idées Messianiques. — 91. Romero de Castilla y Perosso, Les Archives de
Simâncas. — 92. J. Hillebrand, La Littérature nationale allemande au XVIII* et
au XIX' siècle, 5* éd., p. p. K. Hillebrand. — Sociétés savantes : Académie des
inscriptions.
89. — Di-wan poëtae Abu'I-"Walid Moslim, etc. Quem e codice leidensi edidit,
multis additamentis auxit et glossario instruxit, M. J. de Goeje. Lugduni Batavorum,
apud T. J. Briil. 1875. i vol. in-4'', lxxix-318 p. — Prix : 25 fr.
Ce volume, publié avec un luxe auquel les poètes arabes n'étaient pas habitués,
a paru le 8 février, jour où l'Université de Leyde célébrait le troisième cente-
naire de sa fondation. Nous avions appris avec quelque surprise que, pour per-
pétuer le souvenir de ce glorieux anniversaire, on avait choisi un poète ignoré,
dont la vie et les œuvres ne nous semblaient pas devoir contribuer utilement à
l'histoire de la civilisation arabe. Le temps est déjà loin où la littérature musul-
mane était cultivée pour l'amour de l'art, le temps où Grangeret de Lagrange la
défendait avec une chaleureuse indignation contre le positivisme prosaïque de
Schulz. Il y avait, selon nous, quelque témérité à décerner les honneurs d'une
publicité aussi magnifique à un écrivain perdu dans la pléiade littéraire du 11* s.
de l'hégire et même contesté par la critique de son temps.
La lecture de son Divan a dissipé nos appréhensions. Moslim. est un poète de
race : il a la verve et l'ampleur de Zohaïr, la finesse et l'élégance d'Abou Nowas,
la gravité d'Abou'l-Atayyah. Il faut donc remercier M. de G, d'avoir délaissé un
moment sa Bibliotheca geographica en faveur d'un charmant diseur de Kaçidehs
et de Ghazals, auquel la critique moderne accordera volontiers les suffrages que
ses contemporains lui ont mesurés avec une parcimonie jalouse. De sa vie aven-
tureuse et débraillée , comme celle de bon nombre de ses confrères en poésie,
nous ne dirons pas grand'chose ici. Le savant éditeur s'est borné à en réunir les
matériaux d'après VAghani et d'autres recueils littéraires; mais il a laissé au
lecteur le soin de les coordonner et d'en tirer une de ces monographies amu-
santes et instructives comme le Livre des Chansons en fournit par centaines. C'est
en effet une tâche attrayante et dont nous sommes disposé à nous charger, mais
au profit d'un autre recueil où les citations de texte et les critiques de détail
seront mieux à leur place.
Deux mots seulement sur l'ouvrier avant d'examiner l'œuvre. Abou'l-Walid
Moslim naquit à Koufah vers le milieu du second siècle de l'hégire, probablement
entre les années 130 et 140 (747-758 de J.-C). Son père était tisserand, cir-
constance que la satire contemporaine sut exploiter à ses dépens. On ne sait rien
de ses premières années ni de ses maîtres; ou, pour mieux dire, il n'eut d'autres
XV 20
506 REVUE CRITIQUE
maîtres que son génie et la lecture des poètes classiques. D'après une tradition
d'ailleurs peu certaine, il parut pour la première fois à la cour des Khalifes vers
l'an 187 (803) non pas comme panégyriste mais comme accusé : un terrible
soupçon, celui de tremper dans les complots des Schiites, pesait sur lui ; une
brillante improvisation qu'il prononça en présence du prince lui sauva la vie et
désormais il devint, sinon le chantre attitré, du moins un des commensaux de la
cour de Bagdad, C'est ce que prouvent plusieurs de ses odes adressées à Haroun .
ar-Raschîd, au Khalife Emîn et au premier ministre Fadhl ben Sehl. La faveur
de ce ministre répara en maintes circonstances les brèches que sa vie désor-
donnée faisait à sa fortune et il lui dut en dernier lieu une récompense inespérée :
l'insouciant coureur de ruelles, le patito des houris de Bagdad fut nommé juge
au criminel, s'il faut en croire une tradition, directeur des postes, selon une
autre, et agent secret du gouvernement dans la province de Djordjân (Gourgân).
Ainsi le voulait le caprice du maître et nul n'y trouvait à redire dans cette
société frivole et élégamment dissolue du second siècle. Polycrate fit, dit-on,
d'Anacréon un des archontes de Samos ; Raschîd transformait en grave fonction-
naire le chantre joyeux de l'ivresse et de l'amour. C'est à Djordjân et sans doute
en possession de son grade officiel que mourut Moslim vers l'année 208 (82 j-
824).
Le sobriquet galant « victime des belles » sari'oul-ghawany lui fut donné, si
la légende est véridique, par le Khalife Raschîd frappé de ce vers d'une de ses
odes : « Qu'est-ce que la vie pour moi ? Aimer et mourir victime du vin et des
» beaux yeux. ' » Lui-même le commentait en ces termes dans une pièce qui
ne fait pas partie du recueil. « Un teint de rose, des yeux languissants, des
» lèvres qui laissent voir une rangée de perles blanches comme Vantbemis; |j Deux
» boucles noires qui rehaussent la blancheur du visage; des seins arrondis
fi comme la grenade : |1 Voilà le pouvoir irrésistible auquel j'ai succombé; voilà
» ce qui m'a valu le surnom de victime des belles^. »
Ce surnom né d'une boutade du prince des Croyants et que le poète acceptait
d'assez mauvaise grâce, résume incomplètement ses goûts et la nature de ses
inspirations. On aurait pu aussi bien le nommer « la victime de l'amphore et des
» coupes » (jari' oul-kassât). Sa vie ne fut qu'une perpétuelle ivresse, mais
l'ivresse d'un viveur élégant qui avait autant d'aversion pour la lourde débauche
du Khalife Emîn que pour le rigorisme des gens de loi. Les Grecs l'auraient
surnommé civoBuvaaxYiç. Moslim aime la liqueur d'or qu'on recueille à Tizenâbâd,
parce qu'il lui doit ses plus chaudes inspirations, ses images les plus colorées,
parce qu'elle le place tout à côté du grand poète Abou Nowas dans ce genre
particulier de poésies que les Arabes nomment Khamriât « bachiques. » Voyez^
avec quelle délicatesse d'expression il chante la boisson enchanteresse :
« C'est la fille des mages, devenue musulmane par son union avec les convives. || Nous
l'avons demandée en mariage, et le négociateur qui nous l'amène marche d'un pas grave
1, Diwan, texte, p. 37; comparer avec les versions différentes citées p. 290 et 308.
2. Thâkb'i, Lataïf, édition de Jong, p. 23.
d'histoire et de littérature. 307
et solennel. || Il a su séduire son premier maître et, prodiguant l'or, il l'a ravie à sa
famille. || Il la livre vierge et pure à une troupe de buveurs généreux, exempts de toute
vilenie. || La voilà cette liqueur que le vigneron n'a pas pressée dans la cuve; la voilà
bouillonnante comme le sang dans les veines du guerrier Kharédjite. |{ C'est elle qui chasse
le chagrin, qui inspire la générosité à l'avare. || Elle colore la main de l'échanson et donne
à ses doigts les reflets de l'écaillé. y>* — « L'eau, en se mêlant doucement au vin, pare
l'amphore d'un collier de perles (globules) 2, etc.»
Ailleurs il célèbre l'esclave charmante qui fait circuler la coupe :
« Les convives lui lancent à la dérobée d'amoureuses œillades; elle leur verse en même
temps et le vin et l'amour. || Chacun répond à son appel ; chacun partage le délire de
celle qui tient l'amphore. || Le luth et la cithare mêlent leurs plaintes aux soupirs des
convives ; tous goûtent une félicité qui n'a rien à envier à celle des élus. » '
Dans la peinture de l'amour, dans l'élégie passionnée que les Arabes nomment
naçîb, le poète trouve-t-il des accents aussi chaleureux, une émotion aussi sin-
cère? Il faut bien reconnaître que non. La plupart des morceaux qui nous ont
été conservés dans le Divan, en admettant qu'ils soient réellement son œuvre,
ce qui est contestable, se recommandent par une facture élégante, un tour aisé,
des images heureuses, mais on y cherche vainement ce cri de la souffrance, cette
expression de la douleur vraie qui éclatent dans les courtes poésies à'Orwah et
de Medjnoun, « les martyrs de l'amour. » Tout au plus, peut-on faire une excep-
tion pour la pièce XXI 4 dont le début est mouvementé. En voici quelques
vers :
« 0 joies évanouies, ô tristesses de l'heure présente, pourquoi ne suis-je pas mort au
moment des adieux? || La destinée a-t-elle reculé le terme fatal de ma vie, ou bien suis-je
resté insensible à l'heure de la séparation? || Celle que j'aime n'est-elle pas loin de moi?
Ne vois-je pas les traces désolées du campement qu'elle habitait? || An! si les flots de
l'Euphrate pouvaient me dire où est le navire qui l'emmène! || La vie est désormais sans
douceur ; la mort seule a du prix à mes yeux. || Ces colombes qui gémissent peuvent
confier leurs plaintes au bocage, mais moi, pauvre amant délaissé, à qui dirai-je ma dou-
leur? etc. »
A part le défaut de liaison, défaut inhérent à toute poésie sémitique, les vers
qui précèdent ont dans l'original je ne sais quoi de touchant et de tendre dont la
traduction ne donne qu'une faible idée. Partout ailleurs, dans les pièces du même
genre, Moslim n'est plus qu'un versificateur habile; il trouvera parfois des com-
paraisons ingénieuses, celle-ci par exemple : « L'amour de cette magicienne m'a
» fasciné comme la croix fascine le chrétien ; « il restera mesuré et relativement
chaste dans le choix de l'expression, mais l'inspiration n'y est plus. D'ailleurs,
l'amour est pour lui affaire de mode et de dilettantisme; il avoue lui-même
quelque part qu'il chante la dame de ses pensées, parce que le bon ton le veut
ainsi ; mais l'esclave qu'il charge de ses messages amoureux lui paraît plus char-
mante que les Zeïneb ou les Asmâ de convention dont il se déclare publiquement
l'adorateur.
En relisant ces romances sentimentales, on se croit transporté dans quelque
1. Diwan, p. 32.
2. Ibid., p. 48,
3. Ibid., p. 48 et passim.
4. Ibid., p. 139.
308 REVUE CRmQL'E
cour d'amour de Provence ou d'Italie ; ou, pour mieux dire, on assiste à Péclo-
sion de ce génie léger et galant qui, brisant les chaînes du rigorisme musulman
et les grilles du harem, va pénétrer le monde occidental et éclairer de ses joyeuses
clartés les ténèbres de la vie féodale. M. de Kremer dans son excellent ouvrage
Culturgeschichte des Orients unter den Chalifen, a déjà signalé ce caractère parti-
culier du génie arabe '. Ce qui est vrai des autres littératures, l'est aussi de la
poésie arabe, c'est là qu'il faut chercher le tableau fidèle de la vie sociale, et
M. de G. a raison de dire dans son Avant-propos « imago societatis orientalis
)) delineari potest poëtarum ratione non habita, pingi verô nequit. « Veut-on
savoir par exemple jusqu'à quel point le langage de la haine et de là vengeance
s'allie aux élégances de la vie de cour, qu'on lise l'ode où Moslim célèbre les
prouesses de Yézîd ben Mazyad, vainqueur des Kharédjites ^ :
« Yézîd se jette dans la mêlée le sourire aux lèvres quand la peur fait blêmir la face de
ses ennemis. || Il féconde la mort et lui donne une innombrable lignée de cadavres. || Brave
autant que généreux, il abreuve ses hôtes de bienfaits et son épée du sang des hérétiques.
Il II ne trompe pas l'attente des oiseaux de proie; les vautours le suivent et tourbillonnent
au-dessus de sa tête, sûrs d'une abondante pâture. »
Ailleurs, p. 216, il dit d'un autre guerrier Moslim ben Walid :
« Son butin à lui, ce sont les tètes de ses ennemis; leurs femmes et leurs filles enchaî-
nées servent de contre-poids à ce sanglant trophée; etc. »
Et qu'on ne s'imagine pas que ces images violentes, succédant sans transition
aux gracieux tableaux de la vie nomade, choquaient le Khalife et l'auditoire
raffiné auxquels elles étaient destinées. Loin de là : exigées par la tradition
classique, elles étaient accueillies avec admiration par ces princes abbassides
altérés de voluptés et de sang, et qui avaient fait de cette antithèse une terrible
réalité.
On ne s'explique pas pourquoi un critique du temps, établissant un parallèle
entre Abou Nowas et Moslim, reproche à ce dernier de n'exceller que dans un
seul genre et de n'avoir qu'une corde à sa lyre. Il suffit de parcourir le Divan
pour se convaincre que notre poète s'est essayé dans tous les genres avec succès.
Doué d'un génie moins puissant que son rival, il travaille et polit le vers avec
autant de délicatesse et de soin; amoureux de son art, il remet sans cesse son
ouvrage sur le métier, mais ne laisse voir nulle part le travail de la lime. Il sait
mieux que personne , lui qui est arrivé à la gloire par sa première ode dédiée à
Yézîd, combien il importe de frapper fort et juste au début. « Mon ami, disait-il
» au poète Di'bil son élève, fais en sorte que le premier morceau que tu produiras
» en public soit achevé de tout point et tu recevras dès ton apparition le beau
» nom de poète. Si tu t'annonces par une œuvre imparfaite, quel que soit
» le mérite de ce que tu composeras plus tard, tu ne te laveras jamais de la
» tache originelle 3 . »
Mais un reproche peut-être plus mérité est celui que lui adresse un admira-
1. Vienne, 187J. Voir surtout le chapitre V, Damascus und der Hof der Omajjaden.
2. Diwan, p. 2 et suiv.
3. Ibid., pièces annexes, p. 245.
d'histoire et de littérature. J09
leur des anciens, un certain Ibn Mihrawaïh, « laudator temporis acti. « Au dire
de ce juge difficile, Mosiim aurait été l'inventeur de ce genre brillant et faux
que les rhétoriciens nomment badV et latîf, le style à facettes, l'abus des concetti,
de l'antithèse et des jeux d'esprit. Bien que sa manière, si on la compare à celle
de Bohtori et d'Abou Tammam ses imitateurs, soit la simplicité même, on ne
peut nier qu'elle n'e^t exempte ni de recherche, ni d'ornements de faux aloi.
Toutefois, avant de lui faire un procès en règle, il faudrait être sûr de l'authen-
ticité de toutes les pièces qui figurent dans son recueil. Or nous avons plusieurs
excellentes raisons d'en douter. Il est évident, par exemple, que certains mor-
ceaux, surtout la pièce XXIV et les suivantes offrent avec les grandes odes du
début un contraste frappant : la pensée en est banale, le style lâché et terne.
Nous avons là sans doute quelques-unes de ces ballades anonymes dont on
voulut plus tard assurer le succès en les mettant sous le couvert d'un nom
célèbre. Nous savons d'ailleurs qu'il y eut plusieurs éditions du Divan. La pre-
mière en date et la plus digne de confiance avait pour auteur le poète et critique
du ive siècle de l'hégire Souli (qui fut aussi le plus grand joueur d'échecs de
son temps;) elle paraît à tout jamais perdue. Une seconde recension, celle à la-
quelle l'auteur de VAghani fait de nombreux emprunts est très-différente de celle
que nous avons sous les yeux. Plusieurs morceaux en l'honneur de Yézid , de
Fadhl ben Sehl, etc., cités en fragments par le Livre des Chansons ne se trouvent
pas dans le texte imprimé à Leyde. Veut-on une autre preuve de la réserve avec
laquelle il faut se prononcer sur la question d'origine , qu'on lise l'anecdote de
la page 231 où, sur quatre vers cités comme appartenant aux meilleures pièces
de l'auteur, un seul se retrouve dans l'édition de M. de G. Mais voici le coup
de grâce.
D'après une tradition d'un caractère respectable, le poète, à son lit de mort,
écoutait la lecture de quelques-unes de ses productions. Effrayé de la hardiesse
avec laquelle il avait célébré les charmes de l'amour et la boisson défendue par
le Koran, il arracha le manuscrit des mains de son secrétaire (ou de son rhap-
sode) et le jeta dans la rivière de Djordjân; «de sorte, ajoute le narrateur, que
» presque toutes ses compositions furent perdues et qu'on ne peut considérer
)) comme siennes que les pièces dédiées à des personnages historiques, lesquelles
» furent conservées dans les archives de famille. » Si ce récit est vrai, et la
source d'où il émane ne peut guère être révoquée en doute, il faudrait éliminer
comme apocryphe près d'un tiers du divan, notamment les vers de circon-
stance, chansons d'amour, etc., qui ne sont accompagnés d'aucun commentaire.
Enfin le style relativement faible des passages contestés vient à l'appui de cette
hypothèse. On arriverait de la sorte pour un poète du deuxième siècle de l'hégire
à la même fin de non-recevoir que M. Ahlwardt oppose avec raison à une partie
des œuvres attribuées à six poètes de l'âge héroïque ' .
Mais la question d'authenticité mise à part, il n'en reste pas moins avéré que
le divan de Mosiim, considéré comme document pour l'histoire des idées et de la
1. Voir The divans oj the six ancient arabic poets, préface, p. xxvij.
?IO REVUE CRITIQUE
civilisation musulmanes, aussi bien que comme texte d'étude et de recherches
lexicographiques, est une œuvre de haute valeur. Les poètes de cette époque sont
encore pleins du souffle qui a inspiré les Moallakahs; ils continuent la tradition
des poètes de la vie nomade; leurs chants s'appliquent à des faits et à des per-
sonnages contemporains, mais la langue est restée celle de la grande poésie. Si
nous avions l'honneur d'enseigner la littérature arabe au Collège de France,
nous voudrions étudier les odes de Moslim concurremment avec les grands mor-
ceaux de l'époque anté-islamique, persuadé qu'il en jaillirait d'heureux rappro-
chements et des comparaisons fécondes. Le savant et consciencieux éditeur n'a
rien négligé pour rendre cette tâche plus facile. Le soin avec lequel il a établi
son texte, les nombreuses variantes qu'il y a ajoutées, le vocabulaire des mots
rares et difficiles qui termine son travail et comble heureusement les lacunes
du commentaire, tout cela fait de son livre un des meilleurs qu'on puisse mettre
aux mains des élèves déjà exercés. C'est à peine si, après une lecture attentive,
nous avons relevé quelques erreurs typographiques, quelques bonnes leçons
rejetées à tort parmi les variantes, quelques mots omis dans le lexique spécial;
cette liste de corrections figurera à la suite de l'article que nous destinons au
Journal asiatique. Aujourd'hui nous avons voulu seulement signaler la valeur
intrinsèque de l'œuvre et le rang qu'elle nous paraît devoir occuper dans le
domaine littéraire des Arabes. Nous sommes heureux de pouvoir féHciter dès à
présent le savant orientaliste à qui nous en sommes redevables et nous déclarons
en toute sincérité que son travail nous paraît digne de la circonstance qui l'a
inspiré et de la célèbre Université qui, depuis trois siècles, ne cesse de rendre
d'éminents services à l'érudition.
Barbier de Meynard.
90. — Maurice Vernes. Histoire des Idées Messianiques, depuis Alexandre
jusqu'à l'empereur Hadrien. Paris, Sandoz et Fischbacher. 1874. 1 vol. in-8", xv-
294 p.
L'Histoire des Idées Messianiques par M. Vernes est la suite d'un travail
publié par lui en 1872 sur le Peuple d'Israël et ses espérances relatives à son
avenir, depuis les origines jusqu'à l'époque persane ', résumé lucide des travaux
des exégètes allemands sur cette question importante. Ce nouveau livre a une
plus grande portée que le précédent. Il nous offre le premier travail d'ensemble
qui ait été fait sur le développement des idées messianiques pendant l'époque
de trouble intellectuel qui a précédé et immédiatement suivi l'apparition du
christianisme. M. V. étudie successivement l'Apocalypse de Daniel, les parties
juives des livres Sibyllins, l'Apocalypse d'Henoch, les Psaumes de Salomon, le
livre des Jubilés, l'Apocalypse (canonique) de Jean, l'Apocalypse d'Esdras,
l'Assomption de Moïse, en y joignant les livres apocryphes de l'Ancien Testa-
ment, les livres du Nouveau Testament, et les Targoums et Talmuds judaïques.
Il expose en excellents termes le but et le plan de son étude : w Mon premier
1. Paris, Sandoz et Fischbacher. 1872. i vol. in-8", 169 p.
d'histoire et de littérature. jii
» chapitre, dit-il, rappelle les résultats acquis par mes études précédentes sur
» les idées messianiques avant l'exil et à l'époque persane. Les suivants sont
» consacrés tour à tour à l'idée messianique sous la domination grecque, — sous
)) les Hasmonéens, — sous Hérode le Grand et sous les procurateurs romains
» qui exercèrent le pouvoir en Judée dans les premières années de l'ère chré-
» tienne, et furent contemporains de la naissance du christianisme. Un chapitre à
» part est rempli par l'étude des idées messianiques de Jean-Baptiste et surtout de
» Jésus, dont la place était marquée dans notre histoire au double point de
» vue de la manière dont il a conçu l'attente messianique et du rôle qu'il s'est
» attribué dans la fondation du royaume à venir. A partir de lui, l'idée messiani-
» que poursuit son cours chez les juifs et chez les chrétiens dans des directions
» parallèles. Chez ces derniers, cependant, l'attente du Messie, sans compter le
» caractère nouveau qu'elle tenait de la foi enlamessianitédeJésus, tend bientôt
» à perdre sa signification originelle et nous n'en poursuivrons pas l'étude au-delà
» de la fm du premier siècle. Chez les Juifs, au contraire, l'espérance de la glo-
» rieuse révolution qui doit inaugurer le royaume de l'avenir est plus vivace que
)) jamais à la fm de ce même siècle au point qu'elle suscite un Messie contre
» Hadrien ; mais elle meurt de cet effort en même temps que le peuple qui l'a
» conçue et nourrie pendant mille ans. L'idée messianique dans la primitive église
» forme le chapitre VII, l'idée messianique chez les Juifs, après la destruction du
» temple, le chapitre VIII et dernier.»
Le mérite de M. Vernes est surtout d'avoir présenté une étude suivie et com-
plète des livres où sont exprimées les espérances messianiques. Quant au fond
même de son livre, il est emprunté aux travaux des érudits allemands auxquels
il faut joindre M. Colani, dont le livre remarquable (Jésus-Christ et les croyances
messianiques de son temps, 1864) exerce sur ses idées un empire excessif. Il
s'est montré un trop fidèle disciple du professeur de Strasbourg, et semble
ignorer les travaux de M. Langen, de Holtzmann et de Keim qui complètent ou
rectifient les siens.
r^lous reprocherons aussi à M. V. de n'avoir pas donné tout à fait ce que
promet le titre de son livre. Il annonce une histoire des idées messianiques et il
donne en réalité une histoire des écrits apocalyptiques. Mais quel est le milieu
historique et moral où ces écrits ont pris naissance ? Il importait de le dire et
M. V. l'a négligé.
Nous regrettons enfin que dans un sujet aussi délicat et aussi neuf pour le
public français, M. V. ait trop souvent cru pouvoir trancher les questions les
plus difficiles par des affirmations trop péremptoires. En matière scientifique,
ce n'est pas l'assurance, mais, au contraire, le scrupule qui donne de l'autorité.
Nous noterons en particutier les chapitres V et VI (L'idée messianique sous les
procurateurs romains et l'idée messianique chez Jean-Baptiste et Jésus de Naza-
reth) où ce défaut s'est fait le plus sentir. M. V. semble être encore à l'âge
où l'on aime à étonner les partisans des idées anciennes et à affirmer son indé-
pendance par la hardiesse des hypothèses et des assertions. En revoyant son
œuvre avec plus mûre réflexion nous ne doutons pas qu'il ne sente lui-même ce
JI2 REVUE CRITIQUE
qui doit y être corrigé à cet égard. Il se méfiera de certaines tendances de son
esprit qui le poussent par amour de la clarté à appauvrir et à simplifier outre
mesure son sujet, et par réaction contre le respect superstitieux dont certaines
idées sont l'objet, à les rabaisser et à les dépouiller de leur poésie et de leur
réelle beauté. Il devra également apporter une sévère attention à son style.
Quelque soin qu'ait pris M. V. de rejeter tout ce qui pouvait rappeler, même de
loin, les idées et le langage de la théologie protestante, il n'a pas su si bien
dépouiller le vieil homme que l'on ne puisse le reconnaître à la forme de ses
phrases et au choix de ses mots. Il a le style réfugié, comme on dit.
Malgré ces critiques, que nous aurions peut-être moins accentuées si le ton
d'assurance de M. V. ne donnait le droit d'être sévère pour des inexpériences
en elles-mêmes bien excusables, nous pensons que le livre qu'il vient de publier
est destiné à rendre de grands services. Il offre au public français un résumé
clair, précis et en général exact d'une des crises les plus intéressantes de l'his-
toire religieuse et morale de l'humanité ; pour la France, c'est un livre vraiment
nouveau. Il pourra de plus servir de point de départ à des recherches nou-
velles en déblayant le terrain déjà exploré. En le remaniant avec soin, M. V.
peut aisément en faire un très-bon livre qui tiendra dignement sa place dans les
bibliothèques d'histoire religieuse.
X.
91. — Apuntes hlstôricos sobre el archive gênerai de Simàncas, por
D. Francisco Romero de Castilla y Perosso, secretario del mismo archive.
Madrid, Aribau y C. 1873. In-8°, xxiij-165 p.
Le mémoire dont nous venons de transcrire le titre est consacré à l'histoire
des archives de Simàncas. Jusqu'ici, quelque étonnant que cela puisse paraître,
aucun érudit espagnol ne s'était senti porté à entreprendre la tâche de raconter
la formation et les vicissitudes de ce célèbre dépôt de documents historiques,
une des gloires de l'Espagne. Dans le rapport bien connu de Santiago Agustin
Riol sur les archives d'Espagne', rédigé en 1726 par ordre de Philippe V, la
partie qui concerne le plus important établissement d'archives de la monarchie
espagnole n'occupe que quelques pages. Un autre mémoire qui traite également
de toutes les archives d'Espagne et qui fut composé par Rafaël de Floranes pour
répondre au rapport, parfois incomplet et inexact, de Riol, est resté inédit ; les
renseignements qu'il donne sur Simàncas, à en juger par ce qu'en ont tiré
M. Gachard et l'auteur du travail que nous annonçons, se réduisent à peu de
chose. Enfin la Diserîacion sobre archivas etc. de Facundo de Porras Huidobro,
est, à ce qu'il paraît, fort insignifiante. Heureusement, un savant étranger,
M. Gachard, mieux préparé à cette tâche que bien d'autres, eut l'idée de pro-
fiter d'un long séjour à Simàncas pour recueillir sur l'histoire du dépôt d'ar-
I. Il a été publié dans le tome III, p. 73-234, du Stmanario erudito de Valladares de
Sotomayor, et il en existe de nombreuses copies manuscrites : le fonds espagnol de la
Bibliothèque nationale de Paris en possède deux.
d'histoire et de littérature. J I 5
chives, dont il a tiré tant de documents précieux, un nombre considérable de
renseignements qui lui servirent à rédiger la Notice historique et descriptive des
archives royales de Simancas \ Cet excellent travail, enrichi d'extraits d'inven-
taires, est trop connu de tous les érudits qui s'occupent de l'histoire du xvi® siècle
pour qu'il soit nécessaire d'insister sur son mérite. M. F. Romero, secrétaire
des archives de Simancas, dans l'introduction et le premier chapitre de son
mémoire, suit pas à pas les travaux des érudits que nous avons nommés; cepen-
dant il a pu élucider une question que M. Gachard avait dû laisser indécise. En
effet, Floranes, s'appuyant sur l'autorité de Fr. Pedro de Quintanilla y Mendoza^,
affirmait que l'idée de recueillir les documents historiques de la Péninsule dans la
forteresse de Simancas se trouvait consignée pour la première fois dans une lettre
adressée le 12 avril 15 16 par le cardinal Jimenez de Cisneros à Ferdinand le
Catholique. Or, dans la correspondance du célèbre archevêque-cardinal publiée
en 1867 par MM. P. de Gayangos et V. de la Fuente ?, on trouve une lettre de
la même date adressée à Diego Lopez de Ayala, dans laquelle Jimenez insiste
sur la nécessité de forcer les divers fonctionnaires de l'État à se dessaisir des
registres ou documents qui peuvent servir au roi ou à son gouvernement,
« porque », dit-il, a acordamos de hacer unos archivos adonde todas dichas
» escripturas se pongan e guarden ». Le nom de Simancas n'est pas prononcé.
La lettre en question est, il est vrai, adressée à Diego Lopez de Ayala et non
point au roi Ferdinand, comme le prétendait Quintanilla, mais on ne peut guère
admettre que Jimenez ait le même jour précisé, dans une lettre à son souverain,
le projet qu'il communiquait en termes encore assez vagues à Ayala. On peut
donc affirmer, sans craindre d'être démenti par de nouvelles investigations, que
Charles-Quint est le véritable fondateur des archives de Simancas. Une cédule
du 19 février 1 543 ordonne le transfert dans ce château-fort de certains docu-
ments qui se trouvaient à Médina del Campo. A partir de cette époque les or-
donnances concernant les archives nouvellement créées se multiplient : elles sont
déjà connues par la notice de M. Gachard.
La partie la plus intéressante, et vraiment nouvelle, du travail de M. R. est
celle qui traite de l'administration des archives de Simancas sous le règne de
Philippe II. L'installation d'une administration aussi importante dans la vieille
forteresse devait entraîner de grandes modifications dans la disposition intérieure
des corps de logis. Ce fut Juan de Herrera, le célèbre architecte de l'Escurial,
que Philippe II chargea de ce soin, et la série des travaux qui furent exécutés
sous ses ordres a été consignée dans un long mémoire auquel M. R. a fait de
1 . Publiée en tête du tome premier de la Correspondance de Philippe II sur les affaires
des Pays-Bas, Bruxelles, 1848.
2. Je suppose que l'ouvrage de Quintanilla auquel Floranes a fait cet emprunt est
VArchetypo de virtudes, espejo de prelados, el vénérable padre y siervo de Dios , Fr. Francisco
Ximenez de Cisneros. Palermo, 1653, ou bien les Panegyricos del cardenal Cisneros, Roma,
i6$4, mais ces deux ouvrages pourraient bien n'en faire qu'un, voy. N. Antonio Bibl.
hisp. nova II, 229.
5. Édition reproduite dans le tome II, p. 219 a 281, de VEpistolario espanol, publ. par
Eugenio de Ochoa {Bibl. de aut. csp. t. LXII).
ÎI4 REVUE CRITIQUE
nombreux emprunts. Mais ce qui décida du sort de la nouvelle administration
ce fut la nomination, en 1 561, de Diego de Ayala comme chef des archives de
Simancas. M. R. a fait un éloge mérité de ce serviteur laborieux et intelligent,
tel que Philippe II savait en trouver et en former, qui, pendant les trente-six
années qu'il remplit la charge que son souverain lui avait confiée, dirigea les
travaux des architectes , fit le triage des documents de toute nature transportés
en grand nombre aux archives, enfin consacra le reste de son temps à répondre
aux nombreuses demandes des agents du roi et à entreprendre la rédaction de
plusieurs inventaires. Il faut lire la lettre, publiée par M. R., où cet infatigable
travailleur rend compte de ses travaux, et les annotations marginales de la main
de Philippe II, qui témoignent à la fois de la confiance absolue que lui inspirait
Ayala et de l'importance qu'attachait ce souverain aux travaux d'archives et à la
bonne conservation des documents historiques. La sollicitude de Philippe II
pour ces archives était surtout motivée , comme on peut s'y attendre , par le
désir de conserver les titres de propriété du domaine royal , afin de pouvoir les
produire dans toutes les circonstances où les droits du roi viendraient à être
contestés. Mais le « sombre tyran », calomnié par tant d'historiens qui
ne l'ont jugé que sur quelques actes politiques, avait en vue aussi l'intérêt
scientifique. On peut citer à cet égard les considérants d'une commission donnée
en 1 567 au célèbre historien aragonais, Ger6nimo Zurita, à l'effet de recueillir
les instructions, mémoires, lettres et autres papiers restés entre les mains des
ambassadeurs et des ministres du roi, de l'empereur et des rois catholiques, et
de les faire transporter à Simancas, après en avoir examiné le contenu; car,
dit le roi, « nous avons remarqué que ceux qui sont chargés d'écrire l'histoire
» et les chroniques ne possèdent pas les connaissances nécessaires pour donner
» une relation exacte et circonstanciée des événements : on n'a pas extrait de
» relation des papiers déjà recueillis et on ne sait pas ce qu'ils contiennent. «
Philippe II comprit bientôt que les instructions de détails qu'il envoyait sans
cesse à Diego de Ayala ne pouvaient pas suffire à assurer la marche régulière de
l'administration à laquelle il portait tant d'intérêt , aussi publia-t-il , le 24 août
1588, une longue instruction en trente articles destinée à régler d'une façon
définitive l'organisation matérielle des archives, les travaux des archivistes et la
police intérieure de l'établissement. Le préambule de cette instruction contenait
malheureusement une mesure, inspirée sans doute par l'affection que son auteur
ressentait pour le zélé serviteur qui avait consacré sa vie au dur labeur que lui
imposaient ses fonctions, mais qui eut dans la suite les conséquences les plus
funestes. Cette mesure rendait héréditaire dans la famille d'Ayala la charge
d'archiviste de Simancas. Le fils déjà de Diego de Ayala, Antonio, ne fit preuve
d'aucun zèle dans l'accomplissement de sa tâche, et ses descendants s'éloignèrent
de plus en plus du bel exemple donné par leur ancêtre. Les travaux de classe-
ments et d'inventaires ne furent pas poursuivis, les documents remis aux archives
s'accumulèrent et le désordre ne tarda pas à envahir la maison autrefois si bien
administrée. A la vérité la main du maître ne se faisait plus sentir. Quelle impul-
sion pouvaient donner à ces travaux des souverains tels que Philippe III,
d'histoire et de littérature. }\\
Philippe IV, Marie-Anne d'Autriche, ou leurs validos, le duc de Lerma, le comte-
duc d'Olivares et le P. Nithard! Philippe IV cependant jugea bon d'envoyer en
1624 un de ses secrétaires, Francisco de Hoyos, à Simancas pour y rédiger des
inventaires, preuve que les employés des archives négligeaient absolument de
s'acquitter du plus important de leurs devoirs. Mais ni les inventaires rédigés par
Francisco de Hoyos et son fils Antonio, d'après un plan du reste assez défec-
tueux et malheureusement différent de celui qu'avait adopté Diego de Ayala, ni
une instruction royale de 16^3 qui réformait celle de 1588, ne purent couper
court au désordre qui ne fit qu'augmenter.
Le gouvernement de la maison de Bourbon ne devait guère améliorer l'insti-
tution qu'il recevait en si mauvais état des mains du dernier prince espagnol de
la maison d'Autriche. Le rapport rédigé par Riol, conformément aux ordres de
Philippe V, entraîna bien la nomination d'une junte chargée de remédier à l'état
déplorable des archives du royaume, mais aucune décision n'y fut prise relati-
vement à Simancas : les choses restèrent ce qu'elles étaient.
Au reste le grand dépôt historique allait bientôt avoir à souffrir d'injures
plus graves encore que le désordre intérieur ou l'incapacité de ses gardiens. On
sait comment l'abbé Guiter fut chargé en 18 10, par le gouvernement de
Napoléon I*"", de se rendre à Simancas pour y faire le triage des pièces histo-
riques qui devaient être transportées à Paris, aux archives de l'Empire. M. R.
proteste énergiquement, et avec toute raison, contre cet enlèvement et contre
les procédés déplorables des détachements de l'armée de Kellermann qui occu-
pèrent la forteresse pendant qu'on était en train de la dépouiller de ses trésors.
Après avoir accueilli avec les égards qu'elle mérite la protestation de M. R., il
nous sera permis de faire observer, qu'au point de vue scientifique, la translation
d'une partie des archives espagnoles à Paris a eu d'heureux résultats. Les res-
sources d'une grande ville placée au centre de l'Europe et la libéralité d'une
administration qui depuis un certain nombre d'années ouvre ses portes aux tra-
vailleurs sérieux, ont singulièrement facilité les recherches des nombreux érudits
de toute nationalité appelés à consulter les monuments diplomatiques de l'an-
cienne monarchie espagnole. M. R. a raconté avec une modération qui lui fait
honneur cet épisode de l'histoire de Simancas d'après la notice de M. Gachard.
Quelques petites erreurs qu'il a commises en parlant du classement opéré par
l'abbé Guiter aux archives de l'empire auraient été évitées, s'il avait eu recours
à un autre travail du savant archiviste de Bruxelles ' ; ainsi les pièces apportées
d'Espagne n'ont pas été distribuées dans les différentes sections des Archives natio-
nales : elles ont été versées en bloc dans la section historique, série des Monuments
historiques (K); les séries A à R, établies par Guiter, ne répondent aucunement
I. La Notice sur la collection dite des Archives de Simancas, qui est conservée aux archives
de l'empire, à Paris dans les Bulletins de la commission royale d'histoire, y série, t. III,
n° I . Cette notice est encore ce qu'on possède de plus complet sur cette belle collection
qui mériterait à tous égards un catalogue raisonné. Le Tableau méthodique des fonds con-
servés aux Archives nationales ne lui consacre que 3 pages. Je dois ajouter que la direction
des Archives nationales annonce depuis quelques années la publication d un inventaire
spécial de ce fonds : il est à désirer qu'il ne se fasse pas trop attendre.
5l6 REVUE CRITIQUE
à des divisions d'ordre méthodique. Enfin M. R. va trop loin quand il remarque
que les papiers de Simancas sont « très-bien classés aux Archives nationales de
;) France » : bornons-nous à dire qu'ils sont conservés avec soin et rangés dans
un ordre qui ne rend pas les communications trop difficiles. Le travail de classe-
ment, qui aurait du reste beaucoup gagné à être fait par des personnes plus
compétentes, a consisté simplement à distribuer les anciens legajos dans des
cartons, et à envelopper les pièces dans des chemises, dont les cotes sont mal-
heureusement trop souvent erronées.
Avant de terminer le compte-rendu de cet intéressant mémoire, il nous reste
à présenter deux observations. M. R. revient dans une note sur la question du
procès de D. Carlos ; il remarque qu'il n'a rien trouvé à cet égard dans les nom-
breux inventaires qui lui ont passé par les mains. Seul un mémoire de papiers à
réclamer pour les archives contient cette note, qui pourrait être de la main de Diego
de Ayala: El caso del principe D. Carlos; ce qui, comme l'observe justement M. R.,
« ne prouve rien ». Je crois qu'il faut absolument renoncer à l'idée qu'on pour-
rait découvrir à ■ Simancas , ou ailleurs , des détails relatifs à l'enquête que
Philippe II fit ouvrir sur la vie et les actes du prince des Asturies. M. Gachard
a montré ' que toutes les pièces concernant D. Carlos que le roi avait un intérêt
quelconque à dissimuler ont dû être détruites, conformément aux prescriptions
de son codicille du 24 août 1 597. Et puis les causes qui ont amené l'incarcération
de D. Carlos sont maintenant si bien connues, que les pièces de cette enquête
ne nous apprendraient assurément rien d'autre que ce qui ressort des
nombreux témoignages analysés par M. Gachard. Sans doute les âmes sen-
sibles, pour s'apitoyer à leur aise sur la triste fin de ce fou furieux, s'applique-
ront à montrer qu'on n'est point encore parvenu à connaître le fond des choses,
mais les esprits sensés et calmes sauront se contenter des résultats acquis
par la critique. — Le second point sur lequel il nous paraît utile d'attirer
l'attention concerne directement l'établissement des archives de Simancas.
M. R. présente des observations très-judicieuses sur les inconvénients de tout
genre qu'engendrent la situation isolée de cette administration, à une assez
grande distance des centres scientifiques, et le manque absolu de ressources du
pays dans lequel elle se trouve comme perdue. Il paraît même que les habitants
du bourg de Simancas, loin de se croire honorés par la présence de ces célèbres
archives, ne demanderaient pas mieux que d'en être débarrassés : ils sont per-
suadés, nous dit M. R., que les impôts qu'ils payent servent à l'entretien de la
forteresse et de son personnel ; aussi ne font-ils rien pour rendre la vie agréable
aux malheureux archivistes. La translation des archives de Simancas dans une
grande ville de Castille, Valladolid par exemple, donnerait non-seulement une
grande impulsion aux travaux de classements et d'inventaires qui deviennent de
jour en jour plus nécessaires, elle faciliterait aussi l'exploitation, au profit de la
science, de cet incomparable dépôt historique; mais je dois dire que M. R. qui
la conseille beaucoup, n'a pas l'air d'y compter.
Alfred Morel-Fatio.
I. Don Carlos (t Philippe II, 2' éd. p. 396.
d'histoire et de littérature. jiy
92. — Die deutsche Nationalliteratur im XVIII. u. XIX. Jahrhundert.
Historisch u. sesthetisch-kritisch dargestellt von Joseph Hillebrand. Dritte Auflage,
durchgesehen und vervollstaendigt von Karl Hillebrand. Gotha, Fr. And. Perthes.
1875.
« Lorsque, trente ans après sa première publication, un ouvrage de longue
» haleine arrive à une nouvelle édition, c'est déjà un signe qu'il possède une
)> valeur durable; mais si dans cet intervalle de temps le sujet dont s'occupe
» cet ouvrage a été traité nombre de fois par d'autres écrivains, et par les plus
» considérés de la nation; si, entre les deux éditions successives, s'est opérée
» dans la manière de voir politique, intellectuelle et morale une transformation
y> semblable à celle qui a eu lieu en Allemagne dans les années i8$o, 1866 et
)) 1870; si le genre de composition — la critique esthétique dans le cas pré-
» sent — a non-seulement cessé d'être au goût du jour, mais est précisément
» en opposition avec lui ; si enfin l'auteur, étranger à toutes les écoles et à
» toutes les coteries, n'a jamais été patronné et appuyé par un parti littéraire
» influent et puissant, on a le droit d'admettre que son livre est de ceux qui
» s'adressent à plus d'une génération. » Nous ne pouvons que souscrire à ces
remarques placées par l'éditeur en tête de l'ouvrage que nous annonçons; elles
expliquent à merveille le lent succès de la Littérature allemande de M. J. Hille-
brand, comme elles en justifient une nouvelle édition. Si cet ouvrage, en effet,
a vieilli à certains égards, s'il n'est plus en parfaite harmonie avec les idées et
la manière de voir actuelle, la conscience, la justesse et l'indépendance des juge-
ments, qui en sont le caractère et l'honneur, ne le recommandent pas moins
aujourd'hui qu'il y a vingt-cinq ans, et « l'idéal de liberté et d'humanité «, qui
fut celui de J. Hillebrand et qui est resté aussi — cela ne nous surprend nulle-
ment et nous n'aurons point le mauvais goût de l'en féliciter — celui de son
éditeur, trouve maintenant trop peu de partisans de l'autre côté du Rhin pour
que la Littérature nationale allemande ne soit pas pour nous doublement la bien-
venue.
C'est là aussi une raison de savoir gré à M. Karl Hillebrand d'avoir pieuse-
ment respecté la pensée originale de l'ouvrage qu'il publie, et de s'être, dans
les six premiers livres qui traitent de l'histoire littéraire de PAllemagne au
xviii® siècle et pendant le premier quart du siècle présent, borné presque exclu-
sivement à ajouter quelques notes bibliographiques, que rendait indispensables
l'abondance des documents dont s'est enrichie la littérature d'outre-Rhin durant
les vingt-cinq dernières années. On le comprend toutefois, il était impossible qu'il
en fût de même pour le septième et dernier livre, qui retrace l'histoire du
mouvement littéraire à partir de la Révolution de Juillet. Depuis 1850, date de la
seconde édition, les représentants de la littérature ont bien changé ; aussi était-il
nécessaire, dans cette partie de l'ouvrage, de réviser ou de compléter les juge-
ments de l'auteur : c'est là une tâche dont M. K. H. s'est acquitté avec
beaucoup de tact et de talent. On n'aurait pas compris que Immermann, Grabbe,
Béer, Puckler-Muskau, morts pour la plupart depuis longtemps, fussent rangés
3l8 ,^";!. REVUE CRITIQUE TtmHl
parmi les Contemporains ; ils ont été reportés du quatrième chapitre consacré à la
littérature du temps présent, dans le second, qui traite de la période antérieure
à la révolution de 1848, et où ils trouvent leur place naturelle à côté de Heine
et de Menzel. Le chapitre III, au contraire, qui contient l'histoire de la Jeune
Allemagne, — bien vieille maintenant, — n'a point été modifié; mais les changements
n'en ont été que plus considérables dans le chapitre suivant. Quelques notices
ont dû être complétées, à cause de la publication de nouveaux ouvrages par
les auteurs auxquels elles sont consacrées ; d'autres ont été ajoutées pour faire
connaître les écrivains devenus célèbres depuis 1850. C'est le cas en parti-
culier pour Haemmerling, Gerstaecker, Steub, Keller, Freytag, Ce dernier,
dont il n'était question dans l'édition précédente que comme poète drama-
tique, est apprécié dans celle-ci comme romancier et archéologue. Enfin nous
trouvons les noms d'Herm. Grimm, le critique d'art, de Paul Heyse et de
quelques autres moins connus.
Tandis que le chapitre IV gagnait ainsi en étendue, le chapitre V, qui
fait l'historique du mouvement scientifique depuis la Révolution de 1848, a vu
disparaître plus d'un écrivain qui a eu son jour de célébrité, mais dont
les ouvrages, maintenant dépassés, sont à bon droit négligés ou oubliés;
c'était justice qu'ils fissent place à leurs successeurs et à leurs émules dans la
science. Si le choix qui a présidé à ces modifications peut plus d'une fois sur-
prendre, on ne peut néanmoins qu'applaudir en général à la discrétion et à la
sage mesure avec laquelle elles ont été faites; de même, si l'on peut trouver
que le nouvel éditeur a exalté plus que de raison certains écrivains du jour,
pour lesquels la postérité, tout en reconnaissant leur mérite, sera probablement
plus sévère, on ne peut lui contester d^avoir terminé d'une manière digne de
ses commencements un ouvrage qui se recommandera longtemps encore à l'at-
tention des amis de la littérature allemande.
C. J.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 7 mai 1875.
Le ministre de l'instruction publique transmet à l'académie les estampages de
6 inscriptions carthaginoises, envoyées par M. Cherbonneau.
M. Desjardins annonce qu'il a reçu de M. Ch. Tissot, ministre plénipoten-
tiaire de France au Maroc , la première partie d'un travail sur les antiquités de
ce pays, qu'il se propose de communiquer à l'académie. Ce travail est le fruit de
4 ans de recherches assidues. On ne savait jusqu'ici presque rien de la Mauré-
tanie Tangitane, faute de documents, les anciens ayant fort peu parlé de cette
province. La connaissance de l'arabe et du berbère a permis à M. Tissot de
consulter les auteurs arabes et de recueillir de la bouche des habitants les tradi-
tions locales. Son travail est à la fois très-neuf et presque définitif. — M. Miller
id'histoirk et de littérature. 519
rappelle qu'on doit déjà à M. Tissot la connaissance d'une curieuse inscription
grecque du Maroc.
— M. Alex. Bertrand termine la lecture de son mémoire sur les Gaulois. De
ce qu'il a exposé précédemment, M. Bertrand conclut qu'il faut distinguer comme
deux peuples différents les Gaulois elles Celtes, qu'on avait confondus jusqu'ici.
Les premiers habitaient la Cisalpine et le Noricum ; ce sont eux qui envahirent
l'Italie et prirent Rome; les Celtes occupaient le pays que nous sommes habitués
à nommer Gaule, la France actuelle : l'institution du druidisme était propre à
ces derniers. Au temps de César, les Gaulois avaient déjà pénétré dans le pays
des Celtes, s'étaient fondus avec la population celtique, et lui avaient donné leur
nom, comme plus tard les Francs à leur tour lui donnèrent le leur : d'où la
confusion qu'a faite Tite Live , et tous les modernes à sa suite, entre les Gaulois
et les Celtes. Il ne faut donc plus dans notre histoire ancienne distinguer seule-
ment trois périodes, gauloise, romaine et franque, mais quatre : l'époque celtique,
l'époque gauloise, l'époque romaine et l'époque franque. — Le résultat des
recherches archéologiques confirme cette théorie. M. Bertrand présente une carte
de la Gaule dont les diverses parties ont été teintées de couleurs différentes selon
que les fouilles y ont fait rencontrer des monuments mégalithiques (qu'accom-
pagnent ordinairement des objets en bronze), des instruments et des armes en
fer. Les premiers se trouvent dans tout le centre et l'ouest, les seconds seule-
ment dans une région plus restreinte à l'est. Selon M. Bertrand les mégalithes
et les objets de bronze appartiennent à la civilisation celtique. Au contraire nous
savons par le témoignage des anciens que les Gaulois avaient des armes en fer :
ce sont eux qui, venant du Danube ou des contrées du nord-ouest, ont apporté
le fer dans cette région orientale de la Gaule, la première qu'ils ont occupée;
quand plus tard ils se sont étendus au delà, ce n'a été qu'en se mêlant à la
population indigène et en adoptant toutes ses coutumes, y compris l'usage du
bronze. Dans une carte d'Europe coloriée suivant le même système, on voit que
les mégalithes et les objets de bronze abondent dans les pays qui sont restés le
plus longtemps celtiques, comme l'Irlande, le pays de Galles et la Bretagne
Armorique ; la région des instruments de fer forme une traînée qui s'étend du
Danube aux Alpes et à la Gaule. Les objets en fer qu'on trouve dans cette région
remontent, de l'aveu de tous les archéologues et en dehors de tout système, à
une période qui se place entre les années 600 et 1 5 o avant notre ère : or c'est
précisément là l'époque des invasions gauloises en divers pays dont parlent les
historiens anciens. — M, Bertrand met sous les yeux des membres de l'académie
divers objets trouvés dans les fouilles , et la photographie d'un grand nombre
d'autres.
M. Deloche fait remarquer que la différence entre les deux listes de peuples
gaulois données par T. Live et Polybe, dont M. Bertrand a parlé dans sa pre-
mière lecture, n'est pas si grande qu'il le dit : il s'y trouve deux noms communs
à toutes deux, et non un seul, car on voit par Tite Live (5, 34 in fine) que les
Insubres qui figurent dans une de ces listes n'étaient qu'une branche {pagus) du
peuple des Êduens, mentionné dans l'autre liste. Deux autres des peuples nom-
520 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
mes par Polybe sont des Ligures, par conséquent des Ibères d'origine, ce qui
semble, selon M. Deloche, indiquer que l'invasion venait de l'ouest. Du reste,
M . Deloche ne pense pas que rien puisse infirmer l'autorité du témoignage de
Tite Live, qui était de Padoue, du pays même par lequel était venue l'invasion,
et qui devait bien connaître les traditions locales. Enfin il est d'autant plus vrai-
semblable que les envahisseurs de l'Italie venaient de la Gaule, que César (de b.
gall. 6, 24), et Tacite (Germ. 28 et 43) disent qu'il y avait eu un temps où les
peuples de la Gaule étaient très puissants, avaient une population surabondante
et envoyaient des colonies à l'étranger.
M. Bertrand ne croit pas à l'identité des Insubres et des Éduens, Il considère
comme une légende fabuleuse le récit de T. Live sur l'émigration des Gaulois
de l'an 581 (d'oii seraient sortis plus tard les envahisseurs de 390) : ce récit
présente des invraisemblances en lui-même, et il n'est pas croyable que de 581
au temps de César les noms des divers peuples de la Gaule n'eussent pas changé.
Le récit de Polybe prouve que les envahisseurs de l'Italie venaient de l'est et
non de l'ouest. Ce que disent César et Tacite des colonies gauloises se rapporte
à une autre époque.
M. Deloche cite un passage de Polybe (2, 22) qui représente les Insubres et
les Boïens, en guerre contre les Romains, appelant à leur secours les Gésates,
peuple gaulois transalpin des bords du Rhône, et leur rappelant la gloire que
leurs ancêtres se sont acquise par l'invasion de l'Italie et la prise de Rome. —
M. Bertrand répond que les Gésates, dont il est question, habitaient au nord et
non à l'ouest des Alpes, dans la vallée du Rhône supérieur (aujourd'hui le Valais
en Suisse).
M. Robert approuve en général le système de M. Bertrand. Il pense que l'au-
teur, dans sa peinture de la civiHsation des Gaulois, n'a pas fait assez remarquer
combien la numismatique gauloise indique chez ce peuple une civilisation avancée.
— M. Bertrand adhère pleinement à cette observation, qui n'affecte en rien son
système et que confirme d'ailleurs l'examen des objets qu'il a mis sous les yeux
de la compagnie.
— M. Thurot présente le 20" fascicule de la bibliothèque de l'école des hautes
études, intitulé Quintilien, Institution oratoire, collation d'un ms. du x'^ s., par
Ém. Châtelain et Jules Le Coultre, Paris, 1875, 8°. Ce fascicule contient la
collation du ms. de la Bibliothèque nationale, lat. 18527, anc. N. D. 187.
— M. B. Aube commence la lecture d'un mémoire sur la date du martyre de
S** Félicité et de ses sept fils.
Julien Hayet.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-Ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
Les premières livraisons de notre recueil et les noms de nos collaborateurs
diront mieux que toutes les paroles le but désintéressé et scientifique que nous
poursuivons et l'esprit d'impartialité qui anime notre entreprise. Nous pouvons
dès aujourd'hui citer parmi les savants qui ont bien voulu nous accorder l'appui
de leur nom et le concours de leur collaboration MM. H. Bordier, E. Bouta-
RIC, L. DELISLE, V. DURUY, FUSTEL DE COULANGES, A. GEFFROY, A. HiMLY,
C. Jourdain, E. Littré, A, Maury, Paul Meyer, Gaston Paris, G. Perrot,
J. QuicHERAT, E. Renan, L. Renier, R. Reuss, C. Rousset, E. de Rozière,
A. Sorel, h. Taine, c. Thurot.
La Revue historique renconirera, nous l'espérons, un accueil sympathique, non-
seulement parmi ceux qui font de l'histoire une étude spéciale, mais encore parmi
tous ceux qui s'intéressent aux choses de l'esprit. La France a toujours tenu en
honneur les recherches historiques; si elle n'a plus aujourd'hui dans cette branche
du savoir humain la supériorité incontestée qui lui appartenait jadis, il paraîtra
d'autant plus nécessaire de favoriser une entreprise destinée à aider et à encou-
rager les travailleurs sérieux. L'étude du passé de la France, qui sera la prin-
cipale partie de notre tâche, a d'ailleurs aujourd'hui une importance nationale.
C'est par elle que nous pouvons rendre à notre pays l'unité et la force morales
dont il a besoin , en lui faisant à la fois connaître ses traditions historiques et
comprendre les transformations qu'elles ont subies.
La Revue historique paraîtra tous les trois mois par livraisons grand in-8° de
16 à 20 feuilles, de manière à former à la fin de l'année deux beaux volumes de
5 jo à 600 pages.
Chaque livraison contiendra :
L Quatre ou cinq articles de fond, comprenant chacun, s'il est possible, un
travail complet. Nous n'admettrons que par exception la division d'un travail en
deux ou plusieurs articles.
H. Des Mélanges et Variétés, composés de documents inédits d'une étendue
restreinte et de courtes notices sur des points d'histoire curieux ou mal connus.
IIL Un Bulletin historique de la France et de l'étranger, fournissant des ren-
seignements aussi complets que possible sur tout ce qui touche aux études histo-
riques : publications nouvelles, découvertes de manuscrits ou de monuments,
Séances des Académies et des Sociétés savantes, Cours des Universités.
IV. Une Analyse des publications périodiques de la France et de l'étranger, au
point de vue des études historiques, signalant les théories nouvelles et les faits
nouveaux qui peuvent être mis au jour, soit dans les Revues historiques ou litté-
raires, soit même dans la presse quotidienne.
V. Des Comptes rendus critiques des livres d'histoire nouveaux.
Le prix de l'abonnement sera de 30 francs par an (33 francs pour les dépar-
tements, 35 francs pour l'étranger, en cas d'envoi direct par la poste).
La première livraison de la Revue historique paraîtra le i" janvier 1876. Nous
prions les personnes qui voudront s'abonner à notre Recueil de nous transmettre
le plus tôt possible leur adhésion, afin que, sûrs de leur concours, nous puissions
dès l'abord donner à notre entreprise tout le développement désirable.
S'adresser pour la rédaction de la Revue :
A M. G. Monod, 76, rue d'Assas, Paris;
Et pour les abonnements et l'administration :
A M. Germer-Baillière, 17, rue de l'École de Médecine.
. PERIODIQUES.
The Academy, N" 1 5 5 , new séries , 24 avril. The First Voyage Round the
World. By Magellan. Ed. by Lord Stanley of Alderley, Hakluyt Society
(R. H. Major). — Elise C. Otté, Scandinavian History. London, Macmilian
(Edmund W. Gosse). — Notes and News. — Notes of Travel. — George Herbert
at Cambridge (Samuel R. Gardiner). — Paris Letter (Gabriel Monod ; nouvelles
littéraires). — Correspondence. The University of Melbourne and its Professors
(F. J. Furnivall). — The Word « Kiln « in English (Walter W. Skeat). —
The Word « Cylyn » (D. Silvan Evans). — Meetings of Societies (Assoc. roy..
histor. et archéol. d'Irlande; soc. des antiquaires, de numismatique, de philologie).
The AthensBum, N" 2478 , 24 avril. The Theological Translation Fund
(revue de plusieurs ouvrages allemands traduits en anglais : Jésus de Nazareth,
de Keim, Paul, de Baur, La religion d'Israël, de Kuenen, et des Lectures sur
l'Apocalypse de Bleek). — Rae, The Land of the North Wind; or Travels among
the Laplanders and the Samoyedes. Murray (intéressant récit, mais ne contenant
que peu de nouveaux renseignements). — Chaucer, The Prioresses Taie, etc.
By the Rev. W. W. Skeat. Clarendon Press Séries. — Transactions of the
American Philological Association (contient un article sur les formes épiques de
verbes en ao), par M. Allen, des études cymriques, par M. Evans, une étude
sur les modes en grec, par M. Goodwin, un article de M. March sur les récentes
discussions de la loi de Grimm). — A Celtic Mss. Society (Henri Martin). —
The Site of Pisgah. — Literary Gossip. — Societies (Soc. asiatique, assiociation
britannique d'archéol.. Soc. de numismatique, de philologie, d'anthropologie).
Literarisches Centralblatt, N" 18, i" mai. Hôfner, Untersuchungen zur
Geschichle des Kaisers 4. Septimus Severus. i. Ed. 2 Abth. Giessen, Ricker.
In-8", viij-145 p. (art. polémique). — Honegger, Kritische Geschichte der
franzœsischen Cultureinflùsse in den letzten Jahrhunderten. Berlin, Oppenheim.
In-8", xij-400 p. (ouvrage extrêmement remarquable; l'auteur reconnaît trois
périodes dans l'influence française : l'Epoque de Louis XIV, le xviiie siècle, la
Révolution et Napoléon). — Kônig, Gedanke, Laut und Accent am He-
braeischen dargestellt. Weimar, Bœhlau. In-8°, vij-155 P- (ouvrage qu'il faut
lire). — Sutta Nipâta. Transi, from the Pâli by Sir M. Coomara Swamy (cf.
Rev. crit., 187$, I, p. 145).
Jenaer Literaturzeitung, 187 5, n* 9, 27 février. Italia, herausg. v. Hille^
brand. Bd. II. Leipzig, Hartung. In-8'*, 335 p. (Wilhelm Bernhard : cf. Revt
crit., 187^, I, p. 157). — Fanfani, Dino Compagni vendicato dalla calunnia
di scrittore délia Cronaca. Milano, Carrara. In-S", xxiv-3 1 1 p. (P. Scheffer-
Bgichorst). — Massari, Cavour. Leipzig, Barth. In-8'', xxxij-384p. ; Bezoh>,=
Geschichts-Tabellen von Italia, als Supplément zu Massari, Biographie Cavour's?
Daselbst. In-S", vj-65 p.; Massari, Graf Cavour's Leben und Wirken. Deutsche
Ausg. V. Rûffer. lena, Costenoble. In-8", xxviij-583 p. (0. Hartwig). —
ScH/EFER, Geschichte des siebenjaehrigen Krieges. Bd. II. Abth. 2. Berlin,
Hertz. In-8°, x-778 p, (Noorden). — Mithoff, Kunstdenkmale und Alterthù-
mer im Hannoverschen. Bd, I-III. Hannover, Helwing'sche B. In-4", vj-232,
206; 252 p. (J. H. Mùller). — Kônig, Gedanke, Laut und Accent ain
Hebraeischen dargest. (E. Prym). — Haug, On the Interprétation of the Veda4'
London, Trùbner. In-8", 24-27 p, (B. Debrùck). — Claudi Galeni de placitis
Hippocratis et Platonis libri IX. Recens, et expl. I. Mueller. Vol. I. Lipsiae,
Teubner. In-^S", viij-827 P- (H- Diels). — ^Eschylos Agamemnon, herausg. v,
Enger. 2. Aufl. umgearb. v. Gilbert. Leigzig, Teubner. In-8", xxvj-i7op.
(Johannes Oberdick). — Q. Horatius Flaccus. erkl. v. H. Schùtz. Th. I.
Berlin, Weidmann'sche B. In-8'', xxiv-395 p. (Adolf Kiessling\ — Die Schlacht
von Alischanz , herausg. v. K. Roth. Paderborn, Schœningh. In-8", 80 p.
(Hermann Suchier).
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 21 Neuvième année. 22 Mai 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard.
i* . Prix d'abonnement :
Uti an, Paris, 20 fr, — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
GT7\T \ 17 D nn Histoire et Théorie de la Musique de l'antiquité.
EL. V A hi rV I T. F^ I fort vol. gr. in-S". 30 fr.
BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
2ie FASCICULE.
I Y -«r iy r t^y |-ji à Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de
II I iVl IN Ci Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut,
; vocat à la Cour d'appel de Paris. 22 fr.
22^ FASCICULE.
Lr-y Q T^T T7ÎTDC ^^ Philippe. Poème en vers politiques de
CjO 1 i_il-/ LJ ivO Philippe le Solitaire, publié dans le texte
] our la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé
I ;. Auvray, licencié ès-lettres. 3 fr. 75
<:OLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE)
5e FASCICULE.
E. RITTER
Les noms de famille. 3 fr. 50
PÉRIODIQUES.
The Academy, N° 1 56, new séries, i" mai. The Works of George Chap-
man. With an Introd. by Algernon Charles Swinburne. London, Chatto and
Windus; The Same, George Chapman : a Critical Essay. Ibid. (J. A. Symonds:
réimpression des œuvres complètes de Chapman, traductions du grec, drames et
poésies; consciencieuse étude sur Chapmann). — Rabaud, Histoire du Protes-
tantisme dans l'Albigeois et le Lauragais, depuis son Origine jusqu'à la révoca-
tion de l'Édit de Nantes. Paris, Sandoz et Fischbacher (E. Coquerei. : ouvrage
intéressant et instructif). — Notes and News. — Notes of Travel. — The British
Muséum (récentes acquisitions de la- Bibliothèque). — Letters in the Gotha and
Fulda Libraries (John E. B. Mayor). — Correspondence. The Barhut Sculptures
(R. C. Childers). — Barnabe Barnes : Shakspere, Sidney, etc. (Alexander B.
Grosart). — The Welsh Words « Cylyn » and « Dynes » (J. Rhys). — Sutta
Nipâta. Transi, by Coomara Swamy (T. W. Rhys Davids; cf. Rev. ait., 1875,
I, p. 145). — Meetings of Societies (Soc. asiatique, de géographie).
The Athenaeutn, N°2479, i*"" mai. The Works of Ben Jonson. Ed. by
GiFFORD. With Introduction and Appendices by F. CuNNiNGHAM. 9 vols. Bickers
and Sons (il est regrettable que les éditeurs n'aient pas chargé M. Cunningham
de préparer une nouvelle édition, au lieu de reproduire celle de Gifford). —
Baring-Gould , The Lost and Hostile Gospels : an Essay on the Toledoth
Jeschu and the Petrine and Pauline Gospels of the First Three Centuries of
which Fragments remain. Williams and Norgate (destiné au grand public anglais,
cet ouvrage atteindra son but de vulgarisation). — The Site of Pisgah (J. L.
Porter). — Barnabe Barnes (Alexander B. Grosart). — The Interior of New
Guinea (réponse de l'auteur de ce livre, John A. Lawson, aux critiques qui en
ont été faites, et réplique de VAthenmm). — The British Muséum. — The Dis-
covery of old documents at the India Office. — Literary Gossip.
liiterarisches Centralblatt, NM9, 8 mai. Annales des rois d'Assyrie, tr.
p. J. Menant. Paris, Maisonneuve. In-8°, viij-296 p. (ouvrage delà plus haute
importance, et dont l'exécution fait honneur à M. Menant). — Urkundensamm-
lung der Gesellschaft fur Schleswig-Holstein-Lauenburgische Geschichte. 4. Bd.
Fasc. I. Kiel, Univ.-Buchh. In-4°, 269 p. (contient les Régestes du roi Chris-
tian I.). — Die Regesten des Kaiserreichs unter Kari IV. Herausg. v. Huber.
I. Lief. Innsbruck, Wagner. In -4% 160 p. — Hellwald, Culturgeschichte bis
zur Gegenwart. 2.-11. Lief. Augsburg, Lampart. In-8°, p. 81-8^9 (trop sub-
jectif). — A. Darmesteter, Deux élégies du Vatican. Nogent-le-Rotrou, impr.
de Gouverneur. ^-8°, 46 p. (art. très-favorable; une ou deux corrections pro-
posées).— Krohn, Sokrates und Xenophon. Halle, Mùhlmann. In-8°, ix-179 p.
— Herbst, Johann Heinrich Voss. 2. Bd. i. Abth. Leipzig, Teubner. In-8°, vj-
^64 p. — Koerte , Ueber Personificationen psychologischer Afîekte in der
spasteren Vasenmalerei. Beriin, Vahlen. In-8°, 90 p. (s'occupe spécialement de
la personnification de la rage et de la folie sur les vases de style sous-italique).
— Prenner, Ueber die Venus von Milo. Greifswald, Bamberg. In-S", 47 p. ;
Aicard, La Vénus de Milo. Paris, Sandoz et Fischbacher. In-S", 235 p. (ces
deux travaux résolvent définitivement la question).
Mittheilungen aus der historischen Litteratur. 1875. 2. Heft. — He-
' FELE, Concilien Geschichte (Feldner). — Quitzmann, Die aelteste Geschichte
der Baiern bis zum Jahre 91 1 (Schattmûller).— Waschow, Herzog Otto von
Braunschweig, Fûrst von Tarent (Stœckert). — Il conte Alfonso Montecuccoli
(Grossmann). — Opel, Der niedersaechsisch-dsenische Krieg (Fischer). —
Ritter, Briefe u. Acten zur Geschichte des 30 jaehrigen Krieges (Fischer). —
KosER, Der Kanzleienstreit (Fischer). — Bandhauer, Die Kaîastrophe von
REVUE CRITIOUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N- 21 — 22 Mai — 1875
Sommaire : 93. De Goeje, Contributions à l'histoire des Tsiganes. — 94. L. Mul-
LER, Supplément à son édition des Fables de Phèdre. — 95. Lettre adressée à
l'empereur Théophile par les Pères d'un concile tenu en 856 à Jérusalem, p. p. Sak-
KÉLiON. — 96. Tholin, Études sur l'architecture religieuse de l'Agenais. — 97.
Recueil de bons mots du XV et du XVI« siècle, p. p. Papanti. — 98. Landau,
Contributions à l'histoire de la Nouvelle en Italie. — 99. Contes populaires catalans,
p. p. Maspons y Labros, 3" série. — 100. Chansons russes contemporaines, p. p.
kiREJEVSKY et Bezsonoff. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
93. — Bijdrage tôt de Geschiedenis der Zigeuners van M. J. de Goeje
(Extrait des Mémoires de l'Académie des sciences). Amsterdam, 1875, in-8*, 25 p.
Les travaux dont les Bohémiens ont été l'objet, principalement au point de
vue philologique, ont établi leur origine indienne d'une manière presque indubi-
table. Pott et Elliot, Trumpp et Burton ' avaient déjà indiqué le peuple de la
péninsule indienne auquel ils croyaient que ces tribus devaient être rattachées.
M. de G. a recherché les traces qu'elles ont pu laisser dans les chroniques
musulmanes.
Les Tsiganes , race vagabonde et voleuse , sont aussi connus comme tels en
Orient : en Syrie, on les appelle Nawar et Zott ou Zatt (\e t fort), forme arabisée
de l'indien Djatt. Un autre témoignage de leur origine s'est perpétué dans le nom
de Sindhi, qu'on leur donne également — comme d'ailleurs en Allemagne, — et
qui a passé dans des proverbes arabes comme synonyme de voleur et de men-
teur. Enfin, le nom de Gandorry sous lequel les Bohémiens désignent les Chré-
tiens, semble encore à l'auteur un souvenir de la ville indienne de Gandâra. Les
bases de sa thèse ainsi établies, M. de G. n'a pas de peine à retrouver les Zott
dans le pays marécageux du N. de l'Inde, au S. de l'embouchure de l'Indus, où
d'ailleurs vivent encore leurs descendants; la langue de ceux-ci, étudiée récem-
ment par Trumpp {Grammar of the Sindhi language), porte encore dans le
Béloutchistan oriental et le Pendjab occidental le nom de « langue des Djatt. »
M. de G. ne s'occupe d'ailleurs pas d'examiner si la question concernant les
Djatt et celle relative à leur langue ne sont pas distinctes C'est donc des Ojatt
ou Zott que parlent les chroniques arabes et persanes.
Le fait le plus ancien touchant leur histoire ^ se rencontre dans le célèbre
poème des Rois de Ferdousi, où Pott l'avait déjà trouvé, et le récit du poète
1. Ce dernier dans un travail, publié en 18^1 et écrit entre 184J et 1849, Sindh and
the races that inhabit the valley of the Indus , que les Tsiganologues ne paraissent guère
connaître (The Academy, 27 mars 1875, p. 324).
2. Cf. Néanmoins Burton, 1. 1. et Ferishtah I, 81, N. de la trad. angl. Briggs y dit
que le Col. Tod a sur les Djatt des inscriptions des IV' et V" siècles « m the nail hea'
» ded or Budhish character. » Nous ignorons si ces inscriptions ont vu le jour.
XV 21
5|22 H ! î II î " REVUE CRITIQUE
historien est confirmé par celui de Hamzah Ispahâni, Il s'agit de l'envoi en Perse
fait par un pfince indien au Sassanide Behrâm Goûr, sur la demande de celui-
ci, de 12.000 musiciens dits Loûri ou Zott. Les Tsiganes, on le sait, trouvent
dans la pratique de la danse et de la musique un de leurs principaux moyens
d'existence. Or, c'est ce nom de Louri qu'ils portent encore en Perse, et ils
descendent bien, d'après le Modjmel et-tevârîkh, de ces Loûri de Behrâm Goûr, —
encore que la similitude des noms les fasse quelquefois confondre avec les habi-
tants du Louristân (dits aussi Loûri). On peut d'ailleurs rapprocher du sens qu'a
pris Sindhi chez les Arabes la signification d'éhontéf impudent, attribuée au mot
Loûri par le Dict. persan Borhâni Kâîi'. .'/i fil >!> v
Vers l'embouchure de l'Indus demeuraient, au dire des plus anciens géo-
graphes et chroniqueurs arabes, des tribus descendues de Cham et qui, sous
différents noms (Bodha ou Nodha, Meid ou Mend, Kork, Kikân, Sajâbidja,
Asâwira) vivaient les unes de l'élève des troupeaux, les autres de piraterie'.
Elles se battaient quelquefois entre elles, mais les principales attaques des tribus
^feôtières étaient dirigées contre les populations musulmanes auxquelles elles inspi-
■'^âient la plus vive terreur. Le genre de vie de ces populations, exigeant de vastes
"territoires, devait les faire essaimer un peu de tous côtés, et l'on en trouve en
effet — sans parler du fait cité plus haut — dès l'origine de l'islamisme, lors de
la conquête de la Perse, les uns chez les Persans, les autres chez les Arabes, et
ailleurs encore. On retrouve entre autres le nom des Zott près de Babylone,
dans le « canal des Zott , » et l'histoire des premières conquêtes de l'Islam cite
au nombre de celles-ci le territoire des Zott, entre Râmhormouz et Arradjân.
L'histoire de ces colonies après la conquête arabe ne nous est guère connue,
mais dès 670 le Khalife Moâwia transporta, de Basra, des familles de Zott en
Syrie, c.-à-d. à proximité des possessions byzantines, et au ix* siècle on trouve
encore à Antioche le « quartier des Zott, » Quant à l'Inde même, les premières
•^'invasions musulmanes furent repoussées par les Zott, qui pourtant se joignirent
"bientôt aux Arabes, sous Walîd P^ Mais leur caractère et leurs mœurs vaga-
bondes faisant d'eux des alliés peu sûrs, vers 710, on en transporta de nouveau
■ sur les bords du Tigre, vers le Khouzistân, tant Zott qu'autres Indiens. De là,
' 4 ans plus tard Walîd, et 6 ans après celui-ci, Yezîd II en firent transporter un
certain nombre vers Antioche et Mopsueste, et leurs buffles avec eux : on voulait
'débarrasser ce territoire des lions qui l'infestaient, et l'on sait que ces derniers
' fuient devant le buffle. Un siècle plus tard, en 820, nous retrouvons ce groupe
principal de Kaskar jouissant d'une indépendance acquise à la faveur dés troubles
2 occasionnés par la rivalité d'Emîn et de Mâmoun, les deux fils de Hâroûn. Les
'''j>remières expéditions dirigées contre eux pour les réduire restèrent infructueuses
jusqu'à 8^4, où Odjeif, général de Mo'taçem, dut leur faire subir un siège en
i.v règle dans leurs marais, et même, dit-on, faire venir des paysans d'Egypte pour
^' l'aider dans un genre de travail qui leur était familier. Trois jours de réjouissances
; i célébrèrent à Baghdâd une victoire chèrement achetée et dont 27.000 prisonniers,
1, Plusieurs, auxquels il faut ajouter Briggs (I.I.), les identifient avec les Gètes.
d'histoire et de littérature. 325
dont 12.000 en état de porter les armes, relevèrent l'éclat. Qn Jes déporta
d'abord à Khânikîn (au N.-E. de Baghdâd), puis à Ainzarba, en Syrie; il en
resta néanmoins, dit-on, un certain nombre à Khânikîn. En 855 enfin, les gens
de Roum ou les Byzantins attaquèrent et prirent Ainzarba, et emmenèrent les
Zott avec tous leurs biens. Telle est donc la date positive où les Bohémiens sont
introduits sur le territoire de l'empire byzantin.
Le silence des chroniqueurs fait supposer qu'il n'y a pas eu de déportations
ailleurs qu'en Syrie, d'autant que Zott est le nom des Tsiganes en Syrie seule-
ment. Ceux de cette race qui continuèrent d'habiter leur pays d'origine restèrent
tranquilles jusqu'à Mahmoud le Ghaznévide, qui punit exemplairement les brigan-
dages qu'ils exerçaient contre son armée et soumit Mançoûrah. Près de quatre
siècles plus tard, Timour dirigea également une expédition contre ces pillards,
et se vante dans ses mémoires d'avoir délivré le pays de leurs rapines, — ce qui,
par parenthèse, semble bien infirmer l'opinion qu'il en aurait pris à son service.
Mais néanmoins, au témoignage d'Elliot, ils forment encore maintenant les 2/5
de la population du Pendjab et la majorité de celle du Sindh, et c'est cette langue
.j^^indhi ou Djatt, nous l'avons dit, qu'a étudiée Trumpp.
Après avoir ainsi groupé ses laborieuses recherches , tout en espérant que
d'autres, plus heureux que lui, pourront continuer de suivre la piste des Zott
après leur entrée sur le territoire byzantin, M. de G. cite quelques mots bohé-
miens dont il croit avoir retrouvé l'origine arabe. Il propose en outre quelques
étymologies : la première, pour le mot Zigeuner ou Tsigane, où il voudrait voir,
bien qu'avec un peu d'hésitation, le persan schikâri, chasseur. C'est le nom
donné actuellement encore par la population Djatt sédentaire de l'Inde, concur-
remment avec Bhangi, aux tribus vagabondes qui parcourent le pays , c.-à-d. à
nos Bohémiens proprement dits. Nous avouons ne guère saisir le rapport qu'il
peut y avoir entre les formes Schikâri et Zigeuner ou Tsigane, sans compter qu'il
faut admettre que les tribus nomades auraient emporté à l'étranger et gardé
comme leur nom une expression de mépris, en quelque sorte, dont on se servait
à leur égard. Enfin, une objection bien plus forte encore et qui nous paraît déci-
sive, c'est l'origine persane du mot Schikâri. Le persan n'est devenu la langue
officielle et générale du N, de l'Inde qu'à partir de la conquête Mogole; accor-
dons même, si l'on veut, qu'elle le fût sous les dynasties musulmanes que soumit
Bâber : nous ne remonterons ainsi qu'à la fm du xi^ ou au xii*^ siècle, alors que
les ancêtres de nos Tsiganes, d'après M. de G. lui-même, sont sortis de l'Inde
au viii" s. ! — Il nous paraît bien plus exact et plus simple d'expliquer Tsigane
par Tchenguiâneh.
De ce mot aussi il y a une étymologie proposée : la racine serait le persan
tcheng, espèce de cithare très-employée ; ce même mot, m^is avec la lettre douce
initiale dj, désigne aussi, selon Lane qui transcrit Jink et Gink, une population de
danseurs. Mais la forme propre de vicheng», pour signifier musicien, joueur de cithare^
est îchengui. Jink (à la française, djenk) est-il employé en ce sens ailleurs qu'en
Egypte .? Les dictionnaires persans indigènes n'en font au moins pas mention ' .
1. Nous pouvons pourtant ajouter que ce mot, du moins est-ce vraisemblablement le
524 REVUE CRITIQUE
'Toujours est-il que, pour procéder régulièrement, il nous faut partir de la forme
'• tchenguijtl le / ne peut, à nos yeux, être autre chose que la terminaison i oxxîn
^servant à former, entre autres choses, des adjectifs. On ne peut de là, à l'aide
de la terminaison plurielle an, tirer autre chose que tchenguiân; le eh de la fm
reste inexpliqué ' .
Le âneh tout entier le reste si l'on suppose que le Djenk dont parle Lane a
passé d'Egypte en Turquie. — En nous en tenant à cette racine, nous préfére-
- rions voir dans âneh une terminaison, beaucoup plus employée en turc qu'en
' persan, servant à former des adjectifs, comme dîv, dîvâneh.
Nous ne pourrions néanmoins rejeter d'une manière absolue l'opinion qui
rapproche îchenguiâneh de zindj (nègre) 2. Le z et le dj permutent facilement de
l'arabe au persan, et réciproquement : Zott et Djatt notamment en sont une
preuve. Ensuite la distance qui sépare le dj doux du tch fort n'est certes pas
infranchissable, d'autant que ces deux lettres sont figurées par un seul caractère,
auquel on ajoute tantôt un point Çdf), tantôt trois (tch). La preuve de ce que
nous avançons se trouve encore dans notre sujet même. Lane transcrit par Jink
ce qui est certainement le persan îcheng. Il est vrai que le tch est une articulation
persane et turque, et non arabe, mais il est parfaitement connu en Egypte,
j En résumé, les recherches de M. de G. ont reconstitué un anneau de la
chaîne qui rattache les Bohémiens à leur patrie primitive, et nous paraissent de
nature à faire faire un pas considérable à l'historique de leur marche dans et vers
l'Europe.
E. Fagnan.
94. — Luciani Mûlleri de Phaedri et Aviani fabulis libellus. Leipzig,
Teubner. In-8*, 34 p. — Prix: i fr. 35.
Ce petit livre est un supplément à l'excellente édition de Phèdre que M. L.
'.Millier a donnée, il y a quelques années, chez Teubner. Il contient quelques re-
^' marques sur les manuscrits, et un certain nombre de corrections nouvelles pour
' un texte auquel l'auteur a déjà rendu tant de services. Mais la partie la plus in-
téressante de la brochure est celle qui traite des paraphrases de Phèdre en
prose : M. M. montre que ces paraphrases, — qui se présentent sous trois
formes, le ms. de Wissembourg (auj. à Wolfenbûttel), l'anonyme de Nilant
"(ms. de Leide), et le recueil dont l'auteur se nomme Romulus, — remontent
toutes à une source commune, qui devait s'appeler Aesopus latinus, et qu'il croit
avoir été composée à l'époque mérovingienne. L'édition de Romulus donnée ré-
même, est employé en Turquie : « Les Singis (le mot est-il exactement transcrit?)
» sont des danseuses publiques qui vont partout où on les demande, et ce sont ordinai-
» rement des juives, des arméniennes ou bien des esclaves chrétiennes. Il y a aussi de jeunes
» garçons juifs qui s'en mêlent quelquefois et qui s'habillent en femmes. » (Voy, de C.
Le Bruyn au Levant, La Haye, 1732, I, 436-7). Cette description se rapporte bien à
celle de Lane ; remarquons que ni l'une ni l'autre n'attribuent à ces danseurs la nationa-
lité indienne.
1
2
haut
, Qu'on n'oublie pas que, si les Turcs prononcent tchenguidneh, ils écrivent tchtngâneh.
. Peut-être faut-il rapprocher la transcription Singi du passage de Le Bruyn cité plus
d'histoire et de littérature. 325
cemment par M. Oesterley (Berlin, 1870) ne peut être regardée comme suffi-
sante, surtout au point de vue du philologue classique; et M. M. réclame à
bon droit une édition critique faite d'après tous les textes et restituant autant
que possible VAesopus lui-même. Ce recueil n'a pas seulement une grande im-
portance pour l'histoire de la fable ésopique au moyen-âge; il est fort utile pour
la constitution du texte de Phèdre, dont les expressions ont parfois été fort peu
modifiées par leparaphraste. On sait qu'il contient, en outre, des fables qui ne se
trouvent plus dans aucun ms. de Phèdre; mais qui doivent appartenir à cet au-
teur. On a déjà maintes fois essayé d'en remettre quelques-unes en vers,
M. Mûller, à son tour, en a refait trois'; sa restitution est fort élégante, et, grâce
à l'étude approfondie qu'il a faite du mètre de son auteur, elle est bien supérieure
à celles de ses prédécesseurs; mais il faut avouer que le texte en prose n'a guère,
sauf un ou deux vers, fourni que le canevas, et que le poète latin avait pu traiter
le même sujet de plus d'une façon différente. — Les quelques remarques sur
Avianus qui terminent la brochure et que M, M. nous donne par dessus le mar-
ché ne sont pas sans intérêt.
nô
9J. — 'EttkitoXi?) (Tuvo5tx^ twv àytoûTaTtov Trarpiapjrwv tt^ éi^aç X^nl^w; XpttTxoçopoû j^XeÇav-
ôpEÎa;, 'Itb6 'AvTtoxeta;, xat BaenXsîoy *IepO(yoW(JLWv Trpèç ©soçiXov aÙTOxpàropa x. t. X.
vûv TTpwTov sxôiôovTo; 'Iwàwou £axxeX(fa)voç ; Athènes, Kao-ffavôpeO; et G*, rue Euripide.
1874. In-8", 48 p.
Il serait à désirer qu'auprès de chacune des grandes bibliothèques des couvents
grecs d'Orient il se trouvât un homme aussi à même que M, Sakkélion d'en
tirer parti. Ce n'est pas qu'on puisse attendre désormais des résultats considéra-
bles de ce côté : mais il est certain qu'il reste encore plus d'un débris intéres-
sant à reconnaître et à révéler, et malheureusement les explorateurs européens
pressés, mal renseignés, et généralement trop spécialistes pour tout voir avec
fruit passent à côté sans prêter attention. M. S., actuelleftient directeur
de l'école hellénique de Patmos, a longtemps résidé à Athènes et s'est mis fort
au courant des procédés et des résultats de la science philologique. Depuis le
commencement de son séjour à Patmos, il s'est occupé de classer les manuscrits
du couvent et en a dressé un catalogue détaillé et méthodique ; malheureusement
ce catalogue, chef-d'œuvre de patience et d'érudition, n'a pu encore être publié.
Le petit livre que nous avons sous les yeux contient le texte inédit d'une lettre
adressée à l'empereur Théophile (829-842) parles Pères d'un concile qui siégea
à Jérusalem au mois d'avril de l'année 8^6. Ce concile qui réunit les trois pa-
triarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, i8c évêques, 1 1 higoumènes
et 1 1 5 3 moines avait cependant échappé aux historiens ecclésiastiques et aux
auteurs des collections concihaires. Quant au texte de la lettre synodale, sauf
quelques emprunts qu'y fit plus tard l'auteur d'une épître faussement attribuée à
saint Jean de Damas ', il était resté inconnu; la mention des trois patriarches
1. V. Combéfis , Manipulas rerum Constantinopolitanorum. — Le Quien, S. Joan,
Damasc. opp. T. I, p. 628.
526 '^^ ^ REVUE CRITIQUE "^^'"-^
dans le texte de cette épître apocryphe avait éveillé l'attention de Fr. Combéfis
(1. c.) ; mais il l'expliquait, sans recourir à un concile, en admettant une lettre
d'abord écrite par un des patriarches, puis proposée à la signature des deux
autres. Il en est autrement : le concile s'est bien réellement réuni à Jérusalem,
dans la basilique de la Résurrection, en avril 836, comme l'indique le titre du
document pubHé par M. S.
La lettre a pour objet unique de défendre le culte des images : on sait que
l'empereur Théophile était un iconoclaste acharné. Il s'en faut bien pourtant que le
concile use envers lui du ton comminatoire : ce n'est pas même une admonesta-
tion paternelle; si l'on ne savait pas quels étaient les sentiments de Théophile,
ce ne sont pas les Pères du concile de Jérusalem qui nous les feraient connaître.
Ils protestent de leur douleur d'être séparés de lui par la tyrannie musulmane :
ils le félicitent sur ses victoires, déclarent qu'ils ont les yeux fixés sur les temps
heureux de la domination byzantine et que tous leurs vœux sont pour une
restauration de l'empire chrétien.
On pourrait s'étonner de voir un concile se réunir à pareille date, à Jérusalem,
pour traiter à nouveau la question des iconoclastes alors que la domination des
Arabes mettait les chrétiens de Syrie et d'Egypte à l'abri des excentricités
théologiques des empereurs de Byzance : il semble que la réunion a dû avoir
d'autres motifs. Si l'on rapproche d'une part les avances faites à l'empereur
iconoclaste par le clergé orthodoxe d'Orient, d'autre part les succès militaires
de Théophile, dont vers ce temps-là les années victorieuses se rapprochèrent
plusieurs fois des frontières de la Syrie, on sera porté à croire que les chrétiens
de ce pays se préoccupaient de l'éventualité possible d'une restauration byzan-
Quoi qu'il en soit nous'trouvons dans la lettre synodale plus d'un renseigne-
ment curieux sur les images et les édifices sacrés de la Palestine. Je signalerai
la mention d'unç grande mosaïque sur la façade extérieure de la basilique de la
Nativité, à Bethléem. Cette mosaïque, dont toute trace a disparu et dont le
souvenir même s'était perdu, représentait l'adoration des Mages, et ceux-ci y
étaient figurés avec le costume traditionnel persan que l'on retrouve sur les plus
anciennes représentations de cette scène. En effet, les Pères du concile ajoutent
que, lors de l'invasion de la Palestine par Chosroès, les Perses étant arrivés à
Bethléem reconnurent les images de leurs ancêtres et, en cette considération,
s'abstinrent de piller la basilique (p. 30).
Je citerai encore deux églises de Lydda, toutes deux dédiées à la Mère de
Dieu et mentionnées à cause des images miraculeuses qu'elles contenaient.
Aucun chroniqueur ancien ne signale ces églises à Lydda, aucun voyageur mo-
derne n'en a trouvé ni ruine ni souvenir. Le concile cite encore une mosaïque
dans une église de l'île de Chypre (p. 29), une image de S. André sur le cibo-
rium d'une église de Lemnos, etc.
Dans un document relatif aux iconoclastes on devait s'attendre à rencontrer
des renseignements de ce genre, non moins précieux pour l'histoire de l'art que
pour celle du dogme. On a vu d'ailleurs qu'ils ne constituent pas tout l'intérêt
d'histoire et de littérature. 527
de la publication de M. S. et que l'histoire — tant l'histoire ecclésiastique que
l'histoire générale — y trouvera des données nouvelles et intéressantes. J'ajoute
que le texte est établi et annoté avec la compétence que l'on pouvait attendre de
M. S. Deux manuscrits, l'un en onciale du ix* siècle, par conséquent
presque contemporain du texte, l'autre de la fin du xii* ont été mis à profit.
M. S., en suivant généralement le premier, a noté avec soin les variantes
du second, et à l'occasion il lui a emprunté quelques leçons, sans oublier de
recourir à la conjecture dans les cas où les deux manuscrits étaient insuffisants.
Il est à souhaiter que tout ce qui reste d'inédit dans 1^ bibliothèque de Patmos
soit publié avec le même soin: nul autre plus que M. S. n'est à même de le faire.
L. DUCHESNE.
96. — Études sur Tarchitecture religieuse de TAgenais du X» auXVP s.,
' suivies d'une notice sur les sépultures du moyen-âge, par G. Tholin. Agen. 1874.
iiin-8', xYJ-364 p.
En 1867, à sa sortie de l'École des Chartes, M. Tholin avait soutenu une
thèse sur l'architecture religieuse de l'Agenais. Nommé depuis lors archiviste de
Lot-et-Garonne, il a pu, grâce à son séjour dans le pays, visiter tous les monu-
ments dignes d'être mentionnés, étudier avec le soin nécessaire les édifices qui
présentent un intérêt particulier, en un mot compléter et développer, comme il
convenait, son premier travail.
Le livre de M. Th. n'est pas de ces ouvrages, comme on en publie tant
aujourd'hui, dans lesquels la valeur du fonds est sacrifiée à l'éclat de la forme,
où. un texte médiocre sert de commentaire trop souvent insuffisant à de magni-
fiques dessins. M. Th. a voulu faire un livre rigoureusement scientifique. Il n'a
eu recours aux planches que pour rendre ses descriptions plus clairement et plus
ri^pidement compréhensibles.
,, L'ouvrage est divisé en deux parties, consacrées, l'une à l'époque romane,
l^autre à la période gothique. Il est terminé par un appendice sur les sépultures
de l'Agenais et par quelques notes dont nous parlerons plus loin.
M. Th. est un élève fidèle de M. Quicherat, l'éminent professeur d'archéolor-
gie de l'École des Chartes. Comme lui il considère avant tout dans les églises lés
caractères purement architectoniques, c'est-à-dire la construction, indépendam-
ment des ornements qui n'en sont que l'accessoire. Dans ce système, l'attention
de l'archéologue doit se porter spécialement sur deux points : le plan de l'édifice
et son mode de couverture, d'où dépendent les détails de son élévation. M. Th.
a bien compris ce principe et en a fait la base de sa classification. Il examine
tour à tour : les églises à trois nefs accompagnées de trois absides orientées, —
les églises à une nef pourvues d'une grande abside et d'un transept, dans lés
croisillons duquel s'ouvrent des absidioles orientées — les églises à chevet plat,
— etc Il établit ainsi une dizaine de subdivisions pour l'époque romane et
sept ou huit pour la gothique. ' '
528 REVUE CRITIQUE ^ '^
Cette classification est peut-êtrç un peu compliquée et l'on peut reprocher àV
l'auteur la longueur parfois exagérée des titres qu'il a donnés à chaque division.
Mais la méthode en elle-même est excellente. Cette série de monographies fait
bien connaître les types en usage dans le pays, elle permet de distinguer ceux
qui étaient les plus répandus de ceux que l'on doit considérer comme une ex-
ception, une fantaisie d'architecte. L'auteur a toutefois senti qu'il ne répondait
pas complètement par là à toutes les questions que l'on peut se poser en ouvrante'
son livre. Il a compris qu'il fallait encore montrer comment ces divers types?
s'enchaînent, dire l'ancienneté relative de chacun, en un mot faire leur classe4^
ment chronologique. Aussi a-t-il joint aux deux principales parties de son livre
des résumés qui méritent d'être lus avec attention, car ils contiennent des aperçus
d'ensemble sur l'architecture de l'Agenais tels qu'aucun ouvrage, à notre con-
naissance, n'en a donné jusqu'ici.
Nous avons déjà dit que M. Th. avait suivi, en homme qui la connaît bien, la
méthode parfaitement simple et logique de M. Quicherat; ce n'est pas nous qui
l'en blâmerons. Nous ne pouvons cependant nous empêcher de trouver qu'il a
appliqué avec une rigueur un peu exagérée les excellents principes de son maître,
en consacrant trop peu de place à l'étude de l'ornement. Peut-être M, Th. a-t-il
craint de répéter en partie les observations consignées par M. l'abbé Barrère
dans son Histoire religieuse et monumentale du diocèse d'Agen. Mais un archéologue
qui a étudié aussi consciencieusement les édifices du pays ne pouvait manquer
de trouver des détails inaperçus par ses devanciers.
Le reste du volume n'a pas l'importance des chapitres que nous venons
d'examiner. Les pages consacrées aux Sépultures de l'Agenais contiennent uif
bon résumé des principales découvertes de tombes faites depuis un siècle, et
l'exposé des différents modes de sépulture en usage dans cette région de la
France. Mais M, Th. n'avait à décrire aucun monument funéraire d'un grand
intérêt. Les plus importants ont été dessinés et expliqués par M. de Saint-Amans
dans son Essai sur les antiquités du département de Lot-et-Garonne. Plusieurs autres
aujourd'hui perdus ne nous sont connus que par les dessins de Beaumesnil.
M. Th. ne pouvait que répéter en grande partie les observations de ses devan-
ciers; il lui était difficile de faire des remarques très-personnelles sur des monu-
ments qui n'existent plus.
Nous avons peu de chose à dire des notes qui terminent le volume. La plus
intéressante est celle où l'auteur a réuni plusieurs textes relatifs à la cathédrale
d'Agen. Les autres traitent de la possibilité de fixer les dates des églises par
l'étude de leurs vocables, et par l'étude de la taille des parements. Le peu de
cas que l'auteur fait — avec raison d'ailleurs — de ces deux éléments d'appré-
ciation, nous dispense d'en parler longuement.
Un mot maintenant sur les dessins. Nous avons déjà dit dans quelle mesure
M. Th. y avait eu recours. Il se borne en général à donner des plans exacts ou
des coupes dont plusieurs sont bien exécutées (voir celles de Layrac, pi. IX, de
Mézin, pi. XXV, etc.). Nous devons cependant signaler quelques planches insuf-
d'histoire et de littérature. }2'9
fisantes, par exemple la coupe de l'église de Marmande (pi. XXIV), dessinée au
trait avec cette sécheresse qu'on ne retrouve guère au même degré que dans les '
publications des architectes allemands, ou bien encore les chapiteaux et ornements
réunis dans les planches V, VI, XXII et XXIII ■.
Enfin nous devons signaler à M. Th. un certain nombre de petites inexactitudes,
du genre de celle-ci : Il dit (p. ix) que la voûte en étoile « est renforcée par
» huit arcs diagonaux secondaires, réunis par des liernes et des tiercerons, »
tandis qu'en réalité elle est renforcée par huit arcs secondaires nommés liernes
réunis par des tiercerons, soit, en tout, douze arcs secondaires. Il emploie aussi
trop souvent des expressions impropres ou peu usitées {dossereîs au lieu de
pilastres, trompillon, allégir...., etc.), mais nous ne voulons pas insister sur ces
critiques de détail, qui pourraient faire mal juger l'ensemble du travail. L'auteur
a déployé dans son livre des qualités sérieuses que ces taches légères ne doivent
pas nous faire méconnaître.
R. L.
97. — Facezie e Motti deî secoli XV e XVI, codice inédite magliabechiano.
Bologna, Romagnoli, 1874, in-12, viij-151 p. (T. CXXXVIII de la Scella di curiosità
Utterarie). — Prix : 6 fr.
Nous devons ce joli volume aux soins de M. Papanti, le savant auteur d'un
livre curieux sur Dante dont nous avons parlé l'an dernier. Il a trouvé dans un
ms. de la bibl. magliabechienne ce recueil de bons mots, compilé (pour la plus
grande partie) au xv° siècle par Niccolô da Bucine, personnage qui dans son
temps jouit d'une réputation peu commune et fut professeur d'humanités à Flo-
rence. Sa collection ne fait pas tort à sa mémoire. A côté d'un certain nombre
de ces plaisanteries inusables qui sont en circulation souvent depuis les Grecs,
elle contient surtout de vives reparties ou des paroles remarquables à divers
titres des contemporains de l'auteur. Beaucoup de ces motti se présentent ici
pour la première fois, et l'ensemble est de nature à jeter un jour curieux sur
l'esprit et les mœurs de l'Italie à cette époque. Les mots notés par Nicolas sont
d'ailleurs le plus souvent plaisants en eux-mêmes, ce qui est loin d'être toujours
le cas dans les recueils de ce genre. — En remerciant M. P. de ce nouveau
cadeau, nous lui signalerons deux ou trois vétilles. — P. 62, dans la phrase
espagnole, assez altérée orthographiquement par notre auteur, il faut changer
QnfVs de sotter; je rétablirais également une/ p. 129 dans le mot qui termine
le n° 132, bien que la phrase reste encore assez obscure. — Le n" 140, qui
rapporte un mot de Dante déjà raconté par Pétrarque, confirme bien l'interpré-
tation du texte latin qui a été donnée ici (1874, t. II, p. 1 58). — P. 66, quel
que soit le sens qu'il faille donner ici à cdpelU blanchi (à mon avis c'est
I . Un des ornements de la planche V est emprunté au tailloir d'un chapiteau , dont
M. Vioilet-le-Duc a donné le dessin dans son Dictionnaire d'Architecture, t. VIII, p. 197.
Il est curieux de comparer les dessins des deux auteurs, ^ci'"":: ...T.: /VJA r.; ■^iili';-*
3 30 .nmm ^evue critique v^,^y,
cheveux blonds), il ne peut s'agir de cheveux poudrés : ce n'est pas là une beauté
naturelle, comme l'exige le contexte de ce passage et des nombreuses variantes
qu'on en connaît (de m. albi capilU dans un texte latin). — P. 149 il faut réta-
blir le célèbre vers d'Ovide : Nitimur in vetimm semper, cupimusque negaîa.
98. — Beitraege zur Oeschichte der italienischen Novelle, von D' Marcus
Landau. Wien, Rosner. 1875. In-S", 182 p. — Prix : 4 fr.
M. Landau, auteur d'un livre estimable sur les Sources du Décaméron, donne
une suite à ce travail en étudiant les successeurs de Boccace en Italie. Il s'en
tient en général à examiner, chez les nouvellistes qu'il cite, les récits où ils ont
imité Boccace : c'est là un point de vue un peu restreint, mais si M. Landau ne
s'y était pas renfermé, son petit livre serait devenu un immense travail. Tel qu'il
est, il est agréable et utile : l'auteur apprécie brièvement et judicieusement
chaque écrivain, résume sa biographie, indique le caractère de son œuvre, et
nous voyons ainsi passer sous nos yeux, du xiv* siècle au xviii% toute la file de
ces conteurs dont on se borne trop souvent à connaître le nom. M. L. a joint
aux recueils italiens les Canterbury Taies, les Cent nouvelles nouvelles, VHeptaméron
et les Contes de la Fontaine : on ne voit pas bien pourquoi ce choix spécial
parmi les conteurs étrangers. A propos des Cent nouvelles nouvelles, W les attribue
encore à la société réunie autour de Louis XI; mais M. Wright a montré, dans
la préface de son édition (Coll. elzévirienne), que cette opinion est sans fondement,
qu'Antoine de la Sale est très-probablement le seul auteur de tout le livre, et
que par Mo/z5e/^«eur il faut entendre non Louis XI, mais Philippe le Bon. —
Une addition de vingt-cinq pages aux Sources du Décaméron, riche en renseigne-
ments nouveaux, termine le volume.
99. — Lo Rondallayre, quentos populars catalans coleccionats per F. Maspons y
Labros, socio honorari de la Academia de Bonas Lletras de Barcelona. Tercera série.
Alvar Verdaguer, Barcelona. 1875. i vol. in-8° de xx-173 p.
Ce nouveau volume n'est pas moins intéressant que ceux qui l'ont précédé.
Il renferme vingt-sept contes qui, nous aimons à le penser, seront bientôt suivis
d'autres récits du même genre. Cette troisième série débute par une dédicace à
M. Pelay Briz connu par la publication des Cansons de la terra et qui a souvent
encouragé l'auteur dans sa tâche difficile. Vient ensuite une introduction dans
laquelle M. M. y L. entre dans diverses considérations sur l'ensemble de son
œuvre. Nous avons dit dans cette Revue même que M, M. y L. s'était peut-être
laissé quelquefois tenter par des formes trop littéraires et peu d'accord avec la
nature de ses récits. L'auteur nous fait remarquer que la Revista de Esparia a pré-
cisément le plus loué les Rondallas qui nous avaient suggéré cette observation; il
ajoute que certaines manières dç jjir,e, £;çr|4Jn§|,]^(jiy:s ji^; phrase introduits par
d'histoire et de LITTÉRAIURE. 3JI
lui dans ses contes, loin de leur faire perdre leur caractère populaire, ne font
au contraire que l'augmenter. Il ne nous appartient pas, à nous étranger, de
discuter ce point délicat. Nous dirons cependant que dans cette troisième série
nous n'avons pas remarqué ces comparaisons, ces images qui nous avaient paru
un peu prétentieuses et dont nous avons cité un exemple dans un précédent
article. Ici le style nous a semblé plus constamment simple et approprié au sujet.
M. M. y L. a bien voulu se rappeler que nous lui avons signalé quelques rap-
prochements oubliés par lui. Il en a mentionné un grand nombre dans sa pré-
face, les uns se rapportent aux contes publiés auparavant, les autres aux récits
de cette troisième série. Voici quelques-unes de ces dernières analogies. Los dos
Geperuts ont à peu près le même fond que les Korils de Plaudea, du Foyer breton,
le Fanal maravellôs, que la Lampe merveilleuse des Mille et une nuits, et qu'un conte
sicilien que M. M. y L. ne pouvait connaître puisqu'il vient seulement d'être
publié par M. Pitre sous le titre de la Lanterna magica. Lo Xisclet de C aidas rappelle
un récit du recueil de Cenac-Moncaut {Littérature populaire de la Gascogne,
p. 193); VAucellet vert, la Princessa encantada, deux contes de Madame d'Aulnoyj"
l'Oiseau bleu et la Chatte blanche, Los très princeps un conte slave, le Tapis volant.
La Noya dels cabels d'or fait souvenir d'un conte des frères Grimm, Raiponce; En
Père Patufet, du Tom Pouce allemand ; le Cabreta, d'un conte andalous recueilli par
F. Caballero : Obrar bien que Dios es Bios et de la Vurpi de Pitre. Un autre
conte de Caballero : Juan le soldat roule sur la même donnée que En Père Sensé.
Los très conseils de Salomo ne ressemblent pas seulement à un conte de Trueba
et à une tradition irlandaise que signale M. M. y L., ils sont presque identiques
au conte sicilien Li tri rigordi et rappellent aussi l'Exemple XLVI du Livre du
comte Lucanor. M. M. y L. indique bien d'autres analogies, et l'on pourrait sans
doute en augmenter encore la quantité, car dans des études comparatives de
cette espèce il est impossible de jamais se flatter d'être complet. Ces rappro-
chements suffisent, du reste, pour montrer quels soins M. M. y L. a donnés à
son recueil. Le Rondallayre a sa place à côté des excellentes collections de
contes que vient de nous envoyer l'Italie, à côté des volumes de M. Comparetti
et de M. Pitre, près desquels nous voudrions voir aussi bientôt s'aligner des pu-
blications analogues dont la France fournirait la matière. Nous sommes à peu
près au courant pour nos poésies populaires, nous sommes très en retard pour
les contes, et dans quelques années il sera impossible de les retrouver.
Th. DE PUYM AIGRE.
;s ijfjp jîfrtft.'Wîs.-ni fci.'ac
100. — Notre siècle dans les chansons russes historiques. Chansons
recueillies par P. V. Kirejevsky, rédigées et augmentées par P. Bezsonoff.
10' partie. Moscou, 1874 (Nach vjelc v russkih istoritcheskih pjesnjah. Pjesni sobran-
nyja P. V. Kirejevskim, pod redaczijei i s dopolnenijami P. Bezsonova. Vypusk 10.
Moskva. 1874).
Les services que Kalaidovitch, Rybnikoff, Hilferding ont rendus à la littéra-
ture russe sont connus : ils ont montré aux Russes étonnés que si quelqu'un
JJ2 REVUE CRITIQUE
leur reprochait le manque de verve épique, il n'aurait pas moins tort que
Voltaire faisant aux Français le même reproche. Si Kirejevsky et les éditeurs
de son recueil s'étaient bornés aux quatre premiers volumes et à l'index y joint,
son mérite serait le même, mais dès le cinquième volume commencent les
chansons historiques ; le huitième volume est consacré à Pierre le Grand ; le neu-
vième au xviiie siècle, et enfin le dixième, que nous avons sous les yeux, au
siècle présent. Il est évident que la valeur esthétique des chansons, ainsi que
leur ressemblance avec les épopées des autres peuples, devait diminuer, et qu'en
même temps le programme devait s'élargir : ce ne sont pas seulement les chan-
sons inventées par le peuple, mais aussi celles qui ont su conquérir la popu-
larité, qui devaient trouver place dans ces derniers volumes; d'un autre côté
ces chansons, comme productions purement historiques (c.-à-d. composées à
une époque connue par un auteur connu ou non connu), avaient besoin des
explications d'un éditeur instruit. Le recueil a trouvé cet éditeur dans la per-
sonne de M. Bezsonoflf, qui avait commenté aussi les quatre premiers volumes.
M. Bezsonoff n'est pas du nombre des savants qui frayent de nouvelles routes
à la science, mais son immense lecture, beaucoup d'expérience dans les travaux
de ce genre et sa diligence sans exemple, qualités surtout précieuses dans
l'explication des chansons qui doivent leur naissance à l'époque récente, le
rendent un commentateur modèle. Néanmoins M. Bezsonoff a ses défauts : il
parle trop pour avoir toujours raison ; il revient cinq ou six fois sur la même
pensée, ce qui ne la rend pas plus lucide ; il polémise toujours contre ses ennemis
réels ou imaginaires.
j, Le dixième volume, offert dernièrement au public russe, a plus d'intérêt
que les autres pour le public français, parce que le plus grand nombre des
chansons que contient ce volume doit sa naissance à la guerre de i8i2. La
plupart de ces chansons sont lyriques, et les formules n'en sont point créées à
nouveau, mais empruntées à des chansons plus anciennes: c'est ce qu'on voit par
exemple dans la première, où l'empereur français ordonne à Alexandre de lui
procurer des logements pour son armée, et où le général Koutouzoff console son
souverain. Il n'y a qu'un seul personnage vraiment épique dans cette guerre, c'est
le général des cosaques Platoff, qui doit sa popularité à son arme et à sa manière
de faire la guerre : les paysans illettrés sont en ce cas du même avis que
beaucoup d'écrivains, qui ont prouvé que Napoléon I" ne pouvait pas être
vaincu dans des batailles régulières, et que la guerre de partisan était seule appli-
cable contre un ennemi qui avait franchi la frontière. Les apparitions et dispa-
ritions subites des cosaques qui, de cette manière, affaiblissaient la grande armée,
sont exprimées poétiquement par la courte chanson qui raconte comment Platoff,
déguisé d'après l'ordre de l'empereur en marchand, après avoir fait couper sa
barbe, vient chez Napoléon ; l'empereur le régale d'une manière tout-à-fait
populaire (en lui présentant un petit verre), et lui demande des détails sur Platoff
lui-même ; celui-ci lui répond : « Vous n'avez pas besoin de perdre de l'argent
» pour voir Platoff; regardez-moi : nous nous ressemblons comme deux gouttes
d'histoire ET DE Littérature. 555
» d'eau. » Puis craignant que Napoléon ne finisse par le reconnaître, il saute
sur un cheval et lui envoie des railleries pour adieux. Dans d'autres variantes,
sans aucun doute plus récentes, c'est la fille de Napoléon, Arine, qui questionne
PlatofF sur sa figure. On peut être sûr de la route que prendra cette chanson,
si elle subsiste sans être détruite par les chansons artificielles qui chaque
jour gagnent du terrain chez le peuple russe ; Napoléon I", père d'une jolie fille
qui ressent le plus grand intérêt pour le héros inconnu, mais célèbre par ses
exploits, n'est pas très-loin de se transfigurer en sultan de chanson de geste.
Après ces chansons populaires M . Bezsonoff place les chansons de soldats (pleines
de lieux communs) et quelques odes et satires contemporaines. Une ode sur les
exploits des cosaques du Don (p. 173), trop ampoulée, mais poétique, et une
satire sur Napoléon (p. 139), où la rivalité de Koutouzoff et de l'empereur
français est présentée sous la forme d'une lutte à la danse, ont joui de la plus
grande faveur; la popularité de cette satire jusqu'à nos jours est si grande,
que le refrain en est resté populaire et quelques expressions en sont devenues
proverbiales. Cette satire existe aussi dans une rédaction française un peu plus
courte, qui commence ainsi :
Napoléon à danser
Voulut un jour s'exercer ;
Très dégoûté de l'Anglaise
Il apprend la Polonaise :
L'on va voir en rond
Tourner Napoléon.
M. Bezsonoff pense que c'est l'auteur lui-même qui a fait la traduction fran-
çaise. C'est là une pure conjecture, mais la priorité de la rédaction russe doit
être mise hors de doute '.
La mort d'Alexandre a été chantée de la manière suivante (p. 1 97) : « Notre
» Alexandre part pour faire la revue de son armée; il avait promis de revenir
» vers la Noël; les fêtes se passent, Alexandre ne revient pas. Je vais monter
» sur la tour qui est plus haute que les autres ; je regarderai du côté où doit se
» trouver notre Alexandre (des vers suivants et des autres rédactions imprimées
» p. 197 et 198 il résulte évidemment que c'est sa mère qui parle, et l'opinion
» de M. Bezsonoff, qui attribue ces paroles à «la voix du peuple» ne supporte
» pas la critique). Voilà la poussière qui monte en colonne sur la route de Peters-
» bourg; je vais interroger le courrier. « Où vas-tu, courrier? Dis-nous,
» courrier, quelque chose sur le tzar Alexandre. » « Otez vos châles roses et
» revêtez le deuil ; je vais vous dire toute la vérité sur le tzar Alexandre ; notre
» empereur Alexandre a rendu l'âme à Taganrog. Voilà douze généraux qui le
» portent sur leurs têtes ; deux (généraux) d'armée mènent son cheval noir ;
1 . [Nous regrettons que notre savant collaborateur n'ait pas donné les motifs de son
opinion. En effet ce couplet français, composé dans le rhythme et évidemment à l'imita-
tion de la chanson bien connue Quand Biron voulut danser, n'a rien qui sente la traduc-
tion. Il nous semble en outre avoir rencontré jadis cette chanson, analogue à tant d'autres
dirigées contre l'empereur. Ne pourrait-elle pas avoir servi de thème au chansonnier
russe.? — G. P.]
5 34 REVUE CRITIQUE
» quatre généraux de la garde portent les drapeaux. » Deux rédactions sui-
vantes, excepté ce détail sur la personne qui parle, sont des abréviations. —
Nous croyons que pour les lecteurs français, la chanson n'a rien de nouveau :
c'est le célèbre Malbrough s'en va-t-en guerre. A première vue il paraît
étrange qu'une chanson française ait pu pénétrer dans le gouvernement de Sim-
birsk, surtout quand on fait attention au caractère parodique de cette chanson et
qu'on songe que la mort d'Alexandre n'a jamais pu exciter la verve satirique.
Mais ce n'est pas une hypothèse; c'est un fait; en voici les preuves.
1. Le « Malbrough » existe depuis longtemps dans une traduction russe, et
sa popularité a été si grande, qu'il a produit une parodie obscène. 2. A l'occa-
sion de la mort du prince Potemkine, le favori de l'impératrice Cathe-
rine II, le « Malbrough » fut arrangé en chant funèbre sur la mort de ce
général, cette rédaction a été très-répandue (l'auteur de cet article l'a entendu
chanter par des femmes de village qui ne savaient ni lire ni écrire), et dans la
chanson traduite ci-dessus il n'est pas difficile de remarquer quelques expres-
sions de cette rédaction sur Potemkine. :?. Enfin, et c'est ici une raison négative,
la tour où monte la mère de l'empereur, le courrier, la cérémonie des funérailles
militaires, sont des traits tout-à-fait étrangers à la poésie populaire russe.
Entre autres pièces populaires sur le règne d'Alexandre nous citerons le
chant sur Araktcheeff, célèbre favori des dernières années ; on pourrait croire
que ce n'est qu'aux nobles que ce caporal régent inspira de la haine ; mais ce
volume du recueil nous prouve que le peuple aussi le connaissait, le haïssait,
et lui faisait un crime de son avarice et de son opulence, avec peu de raison, il
faut l'avouer.
La seconde partie de ce volume, consacrée principalement aux chansons que
l'éditeur indique comme celles de Narychkine, est intéressante d'abord par les
productions mi-populaires, mi-artificielles qui s'y trouvent (229 et ss. 443 et ss.);
malheureusement le savant éditeur n'indique pas toujours assez clairement les
sources qu'il a consultées et nous prive de ce moyen de faire quelques obser-
vations sur l'influence mutuelle du peuple et des poètes. Plus de 200 pages sont
• consacrées à des recherches sur quelques points de l'histoire et de la littéra-
ture du xviii' siècle, surtout à la question de savoir qui était le personnage
bafoué dans un opéra comique fait sur l'ordre et avec la collaboration de Ca-
therine II, « Porje Bogatyr Kosometovitch. » L'impératrice elle-même a donné
à entendre que c'était le roi de Suède Gustave ; mais les nouveaux bibliogra-
phes ne voient là qu'une mystification qu'ils cherchent à éclaircir. Une revue
^* russe consacrée surtout à l'histoire et à la littérature du xviii* siècle (Rouskaja
Harynd) voit dans cette pièce une satire sur le grand-duc héritier; M. Bezsonoff
l'applique à Potemkine : ses raisons quoique n'étant pas très-fortes ont une cer-
taine vraisemblance.
h- En finissant ce compte-rendu, nous pouvons exprimer l'espérance que les
<-;^Volumes suivants, qui contiendront les compléments, nous donneront beaucoup
de faits nouveaux. A. Kirpitchnikoff. <.
d'histoire et de littérature. ÎÎ5
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 14 mai 1875.
M. Hauréau donne une deuxième lecture de son mémoire sur les récits d'ap-
paritions dans les sermons du moyen âge, qu'il avait lu une première fois à la
séance du 2 avril dernier.
M. Ravaisson lit une note sur un bas relief funéraire, trouvé dans le lit de
l'Ilyssus, dont la photographie a été adressée à l'académie par le directeur de
l'école d'Athènes : v. la séance du 29 janvier 1875 (P- 90- Ce bas relief repré-
sente un vieillard et un jeune homme, sans doute le père et le fils. Le personnage
principal est évidemment le jeune homme, qui est figuré de face et avec un relief
très accusé, presque en ronde bosse. Il est debout dans l'attitude du repos,
tenant de la main gauche une massue. Auprès de lui sont un enfant assis et un
chien. L'enfant, qui se retrouve sur d'autres monuments analogues, paraît être
un jeune serviteur du personnage principal. Suivant le système qu'il a déjà
exposé à l'académie, M. Ravaisson pense que les personnages représentés sur ce
bas relief, ainsi que sur tous les monuments funéraires, y sont figurés morts et
dans l'autre monde. Le jeune homme est suivant lui liéroïsé ou représenté sous
les traits d'un héros tel que Thésée ou Hercule, plus probablement Thésée. i|
M. Aube continue la lecture de son mémoire sur le martyre de S** Félicité'et
!' de ses sept fils. Suivant les actes de ce martyre, une veuve chrétienne, nommée
Félicitas, fut martyrisée à Rome avec tous ses fils, au nombre de 7, quand
régnaient en commun des empereurs dont l'un au moins portait le nom d'Anto-
ninus, par les ordres d'un préfet de Rome nommé Publius et d'Antoninus lui-
z^iméme; leur supplice avait pour but de calmer la colère des dieux, qyi semblaient
1 irrités contre l'empire. L'un des martyrs portait le nom de Januarius : c'est celui
^^que nous appelons S. Janvier. M. de Rossi, s'appuyant tant sur les données du
,^ récit (qu'il croit à peu près contemporain des événements) que sur les caractères
Tarchéologiques d'une crypte de Rome dédiée aux saints Janvier, Agapitus et
afiFélicissime (ces deux derniers f 258), qu'il croit construite peu après la mort
^i^e S. Janvier pour lui servir de tombeau, place la date du martyre en l'an 162.
' Alors Marc Aurèle (M. Aurelius Antoninus) était empereur avec son frère L.
Verus'. La colère divine qu'on voulait apaiser s'était manifestée par un débor-
dement du Tibre suivi d'une famine. Le préfet de la ville était, comme l'a
montré Borghesi, le jurisconsulte P. Salvius Julianus, l'auteur de l'édit perpé-
tuel. M. Aube combat ce système. Le supplice de huit personnes, tuées à Rome
i. Hors le règne de ces deux princes, on ne trouve, selon M. de Rossi, d'autre époque
où aient régné deux empereurs dont un Antonin, que celle du règne de Caracalla et Géta
(211-212) : mais alors on ne trouve pas de préfet de Rome qui portât le prénom de
Publius.
J36 REVUE CRITIQUE D*HISTOiRE ET DE LITTÉRATURE.
même et par les ordres directs de l'empereur, s'accorde mal avec ce que nous
savons de l'humanité de Marc Aurèle, connu d'ailleurs pour l'un des princes dont
les chrétiens eurent le moins à se plaindre. Les arguments archéologiques ne
peuvent donner une conclusion rigoureuse : la crypte de S. Janvier peut aussi
bien être du j* siècle que du second. L'année 162 n'est pas la seule où l'on
trouve des calamités publiques qui aient pu être prises pour des marques de la
colère divine, et l'on trouve aussi sous les Antonins d'autres époques que celles
£ qu'indique M. de Rossi, où l'empire fut partagé : ainsi sous Marc Aurèle et
Commode (177-180), sous Septime Sévère et Antonin Caracalla (198-21 1 : dans
les dernières années l'adjonction de Géta porta le nombre des empereurs à 5).
Certaines expressions des actes indiquent une époque postérieure au règne de
M. Aurèle. Ainsi le préfet reproche à Félicité d'exciter ses fils ut dominorum
nosîrorum iussa contemnant. L'expression domini nostri pour désigner les empe-
reurs ne se trouve pas avant la fin du second siècle. D'ailleurs en 163 dans les
actes du martyre de S. Justin et de ses compagnons on ne voit pas le préfet de
Rome de cette année invoquer contre les chrétiens des ordres des empereurs
;, actuels, M. Aurèle et L. Verus , mais l'édit de Trajan, edictum Imperatoris : ce
"serait donc aussi cet édit qu'eût invoqué son prédécesseur de l'année précé-
dente — s'il avait eu à juger Félicité et ses fils. — Enfin il est probable que
i, parmi les préfets de Rome du règne commun de Septime Sévère et de Caracalla,
E dont les noms ne nous sont pas parvenus, il a dû s'en rencontrer quelqu'un du
prénom de Publius. — Ainsi s'écroulent, même en supposant les AcUs authen-
, tiques, les arguments de M. de Rossi. Mais, demande M. Aube, M. de Rossi
) a-t-il eu raison d'admettre de prime abord l'authenticité de ces actes ? n'aurait-il
L pas dû se demander s'il fallait y voir un récit historique, ou bien une légende
-composée à une époque postérieure, par exemple vers le temps de Constantin,
■ • pour l'édification des lecteurs ?
Ouvrages offerts à l'académie : — Komats et Sakitsi ou la rencontre de deux nobles
,,. cœurs dans une pauvre existence etc. par Riutei Tanefico, romancier japonais, trad.
etc. par F. Turrettini {extr. du Ban Zai Sau, Genève, 1875); — • C. A. Holmboe,
' Om Vildsviintypen paa galliske og indiske Mynter (extr. d. Vidensk.-Selsk. Forhandlinger
for 1868); — G. du Fresne de Beaucourt, Charles VII, son caractère (Paris, 1872-75,
2 vol. 8*); — Ch. Jourdain, Discours sur les travaux historiques de M. Guizot. —
Présentés par M. de Longpérier : — Alex. Bertrand , Le casque de Berru (extr. de la
• ' Revue archéologique); — F. Bompois, Explication d'un didrachme inédit de la ville
d'Ichnae (Macédoine); — 0. de Poli, Recherches sur le nom vulgaire de l'amphithéâtre
flavien (Colysée); — A. de Caix, Le musée archéologique, i" fasc. ; — par M. Ravais-
son : le 2' n* de la Gazette archéologique publiée par MM. de Witte et Lenormant.
Julien Havet.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
Magdebourg 1631 (Fischer. B. était un moine témoin oculaire de l'incendie et
du pillage de Magdebourg en 1631. Il attribue l'incendie non à Tilly mais aux
' Suédois et aux habitants. M. Onno Klopp n'a malheureusement publié que des
-fragments de cette ancienne relation inédite). — Alexi, Der Tod des Herzogs
Bernhard von Weimar (Fischer). — Neuhaus, Der Friede zur Ryswick
(ScHULz).— Retour de la Turquie de Charles XII en 1714-171 5 (Grossmann).
— V. HoLST, Verfassung u. Demokratie der vereinigten Staaten von Amerika
(Hermann). — Eberty, Geschichte des preussischen Staates (Foss). — Die
^-Archive des fùrsllichen Hauses Schwarzenberg (Ilwof). — Schuster, Das
îswiener Stadtrecht oder Weichbildbuch (Kotelmann). — Nochmals zur
anCeschichte der Stadt Stendal(G(ETZE, Kotelmann). — Programmenschau(Foss).
Jenaer Literaturzeitung, 1875, n° 10, 6 mars. HiTZiG, Das Buch Hiob
ùbers. und ausgelegt. Leipzig und Heidelberg, Winter'sche Verlagsb. In-S".
li-319 p. ("H. Steiner). — Keller, DeJuba Appiani Cassiique Dionis auctore,
Marburgi Cattorum, Elw^ert. In-S", 40 p.; Ders., Der zweite punische Krieg
und seine Quellen. Marburg, Elwert. In-8", viij-223 p. (G. Peter). — Lossius,
Drei Bilder aus dem livlaendischen Adelsleben des xvi. Jahrh. I. Leipzig, Dunc-
ker u. Humblot. In-S", 82 p. (Winkelmann). — Ammiani Marcellini rerum
gestarum libri qui supersunt, recens. Gardthausen. Vol. I. Lipsiae, Teubner.
In-S", xxvj-339 p. (Franz Rùhl). — Richard li Biaus, herausg. v. Fœrster.
Wien, Hœlder. In-8°, xxix-196 p. (G. Grœber). — Lycurgos' Rede gegen
Leokrates, erkl. v. Nicolai. Berlin, Weidmannsche B. In-8°, vj-78 p. (F.
='»Blass).
*.. Nuove Effemeridi Siciliane, studi storici, letterari, bibliografici , compilati
'*' da V. Di Giovanni, G. Pitre, S. Salomone Marino. Série terza,vol. I. Le prix
de l'abonnement est de 12 fr. pour l'Italie et de 16 fr. pour l'étranger. (La Sicile
possède un petit groupe d'érudits très-actifs qui s'occupent avec zèle et succès
de l'histoire littéraire et politique de leur pays. U suffit de citer les noms de V.
di Giovanni et de G. Pitre. La publication de VArcliivio Storico Siciliano, de la
Biblioteca storica e letteraria de Sicilia, ossia raccolîa di opère inédite 0 rare di
scrittori siciliani del secolo XVI al XIX qui compte déjà 1 9 volumes et enfin des
Nuove Effemeridi, revue trimestrielle qui sert de complément à la Bibliotheca et
^,j aui inaugure cette année sa 3'' série, sont la preuve de cette activité scienti-
't nque). V. Di Giovanni, Degli Eruditi siciliano del secolo XV. — S. Salomone
Marino, Relatione délie Feste délia città di Palermo a D. Giovanni d'Austria
dopo la vittoria di Lepanto scritta da un contemporaneo. — V. Di Giovanni,
Notizie d'illustri Letterati siciliani estratti dai mss. di V. Auria délia Bibl. comm.
di Palermo. — A, Arietti, Memorie sulP Isola di Ustica scritta da Michèle
ty Russo. — G. PiTRÈ, Dei Giuochi popolareschi solite festeggiarsi in alcuni tempi
J^:dell' anno in Palermo. — La Sicilia e i Siciliani ail' Estero. — BuUetino Biblio-
.,;grafico.
Il propugnatore, Janvier-Février 1875. (^^^ excellent recueil entre dans sa
huitième année d'existence. Nous sommes heureux de constater son rapide et
légitime succès.) Baudi di Vesme, La lingua italiana e il volgare toscano. —
G. Ghivizzani, g, Giusti e i suoi tem.pi. — L. Scarabelli, Trionfi del Petrarca.
— Imbriani, Natanar II, lettera a Francesco Zambrini sul testo del Candelaio
di Giordano Bruno. — G. Gargiolli, Documento aneddoto. — C. Coronedi-
Berti, Novelle popolari bolognesi. — C. Giuliari, La letteratura veronese al
cadere del secolo xv. — Bibliografie (Le Propugnatore donne par la plume de
M. Bertocchi un assentiment complet aux arguments par lesquels MM. SchefFer-
Boichhorst et Fanfani ont démontré la non-authenticité de la chronique de Dino
Compagni).
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Bartsch (K.). Chrestomathie provençale
accompagnée d'une grammaire et d'un
glossaire. 5* éd., revue et corrigée. In-8%
590 p. Elberfeld (Friderichs). 8 fr.
Commentationes philologae. Scripse-
runt seminarii philologi regii Lipsiens.
qui nunc sunt et qui nuper fuerunt sodales.
In-S", 268 S. Leipzig (Giesecke et De-
vrient). 6 fr.
Delitzsch (F.). Assyrische Studien. i.
Hft. Assyrische Thiernamen m. vielen
Excursen u. e. assyr. u. akkad. Glossar.
In-S", vii-189 S. Leipzig (Hinrichs).
10 fr. 75
Ewald (H.). Die Lehre der Bibel v. Gott
od. Théologie d. alten u. neuen Bundes.
5 Bd. Die Glaubenslehre. 2. Haslfte.
(Schluss). In-8% 504 S. Leipzig (Vogel).
13 fr. 35
L'ouvrage complet. 33 fr. 35
Fick (A.). Vergieichendes Wœrterbuch
der indogermanischen Sprachen sprach-
geschichtlich angeordnet. i. Bd., enth.
den Wortschatz der indogerman. Grund-
sprache, der arischen und europaeischen
Spracheinheit. 3. umgearb. Aufl. In-8°,
843 S. Gœttingen (Vandenhœck et R.).
18 fr. 75
Galeni (C). De Placitis Hippocratis et
Platonis libri novem. Recens, et expla-
navit J. Mueller. Vol. I. Prolegomena
critica, textum graecum, adnotationem
criticam versionemque latinam continens.
In-8°, viij-827 p. Leipzig (Teubner).
->^^ fr. 75
Heerdegen (F.). Untersuchungen zur
lateinischen Semasiologie. i. Heft. Ein-
leitung. In-S", 48 S. Erlangen (Deichert).
I fr. 50
Jahrbûcher fur classische Philologie.
Hrsg. V. D' A. Fieckeisen. 7. Suppl.-
Bd. 3. Hft. In-8°, S. 305-539. Leipzig
(Teubner). 7 fr. 50
Les tomes I à VII. 1 13 fr. 75
Justiniani, codicis, fragmenta Vero-
nensia éd. P. Krueger. In-fol. vij-84 S.
Berlin (Weidmann). 26 fr. 75
K.œnig (E.). Gedanke, Laut- und Accent
als die drei Factoren der Sprachbildung
comparativ u. physiologisch am He-
braischen dargestellt. In-8°, vij-155 S.
Weimar (Bœhlau), 4 fr.
Rurschat (F.). Wœrterbuch der litta-
uischen Sprache. i . ThI. Deutsch-litta-
uisches Wœrterbuch. 2. Abth. L-Z. Gr.
in-8°, xij-390 S. Halle (Buchh. d.
Waisenh.). 16 fr.
Le premier vol. complet. 36 fr.
Mittelhaus (C). De Baccho attico. In-
8°, 56 p. Breslau (MaruschkeetBerendt).
2 fr. 50
Nicanoris Trept '08u<T(7eta>iîj; (ttiy(x^ç reli-
quiae emendatiores. Ed. 0. Carnutt.
In-8', 68 p. Berlin (Borntraeger). 3 f. 25
Nisard (D.). Les quatre grands historiens
latins, suivis de vingt-deux mois de la vie
de Mirabeau. In-i8 jésus, iv-407 p. Paris
(Michel Lévy frères). 3 fr. 50
Nourrisson. Machiavel. In-12, xv-3 12 p.
Paris (Didier ei C"). 3 fr. jo
Pape (W.). Handbuch d. griechischen
Sprache. 2, ùberall bericht. u. verm-
Ausg. 6. Abdr. i. u. 2. Bd. Griechisch.
deutsches Handwœrterbuch. Gr. in-S".
Braunschweig (Viewcg u. Sohn). 24 fr.
Portagnier (T.). Étude historique sur le
Rethélois et l'archidiocèse de Reims. Le
Châtelet - sur - Retourne , Bergnicourt ,
Alincourt, Mondrégicourt et Epinois,
depuis les temps les plus reculés jusqu'à
nos jours. In-8°, 471 p. et 3 pi. Châtelet-
sur-Retourne (l'auteur).
Schrœder (L.). Ueber die formelle Un-
terscheidung der Redetheile im Griechi-
schen u. Lateinischen m. Berùcksicht.
der Nominalcomposita. In-8°, viij-562 S.
Leipzig (Kœhler). 8 fr.
Zeitschrift f. deutsche Philologie, hrsg.
v. E. Hœpfner u. J. Zacher. Erganzùngs-
Band. In-S», 622 S. Halle (Buchh. des
Waisenh.). 21 fr. 35
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 22 Neuvième année. 29 Mai 1875
REVUE CRITIQUE
-D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
3n RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port^n sus
' ''^^ ^^J^i'-i suivant le pays.
TflA!rr^.8.i
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 6j
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
GT7\T K 17 D 'X' Histoire et Théorie de la Musique de l'antiquité.
lL V A Ci rv 1 T. I". I fort vol. gr. in-8«. 30 fr.
BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
n,3l(i'^'. 2je FASCICULE.
fTxr"» if WT 77" à Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de
il 1 iVl 1 >1 IL Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut,
avocat à la Cour d'appel de Paris. 22 fr.
22e fascicule.
LT-iQ ■QT "CITDÇ ^^ Philippe. Poème en vers politiques de
CjO 1 1— iC U 1X0 Philippe le Solitaire, publié dans le texte
pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé
E. Auvray, licenciées-lettres. î fr. 75
::OLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE)
5e FASCICULE. .ifisenu
t-' • Iv 1 1 1 IL r\ Les noms de famille. ^ fr. 50
,^, PÉRIODIQUES. ^^ ^
'-^
î^ Icalel^N^ri?, new séries, 8 mai. J..A. Lawson, Wanderings in
the Interior of New Guinea. London, Chapman and Hall (G. E. D. Black). —
W. Warburton, Edward III.; Gairdner, The Houses of Lancaster and York,
with the Conquest and Loss of France. London , Longmans and Go. (G. W.
Boase : ces deux ouvrages font partie de la collection intitulée £poc/j5 of Hwfor)' ;
ils rendront de grands services aux étudiants). — G. A. Swainson, The Nicene
and Apostles' Greed, London, Murray (Edmund S. Ffoulkes : ouvrage inté-
ressant, mais n'allant pas au fond de la question). —Von Bezold, Zur
Geschichte des Husitenthums (Alfred Stern; cf. Rev. crit., 1874, II, p. 24$). —
Notes and News. — Notes of Travel. — The British Muséum (suite de la liste
des acquisitions nouvelles). — Notes of a Tour in the Gyclades and Grete. V.
Crète (suite: H. F. T ozer). — Correspondence. A new Edition of Pepys's
« Memoirs » (George Bell and Sons). — Miss Otté's Scandinavian History
(Edmund W. Gosse). — An Allusion to Hamlet (R. Simpson). — Fiske, Out-
lines of Gosmic Philosophy. 2 vols. London, Macmillan and Go. (J. S. Stuart
Glennie : la plus importante contribution apportée jusqu'ici par un américain à la
philosophie ; l'auteur est disciple de Spencer). — Meetings of Societies (Institut
anthropologique). "- '
The Athenseum, N" 2480, 8 mai. Journey across the Western Interior of
Australia. By Gol. P. Egerton Warburton. With an Introduction by H. Eden.
Ed. by H. W. Bâtes. Sampson Low and Go. — Swainson, The Nicene and
Apostles' Greed. — G. G. Leland, Fusang : or, the Discovery of America by
Ghinese Buddhist Priests in the Fifth Gentury. Trùbner and Go. {VAtlien£um ne
croit pas à l'assimilation de Fusang avec l'Amérique, et présente de graves
objections). — Warburton, Edward III. — Ancient History from the Monu-
ments : Egypt. By S. Birch ; Assyria. By G. Smith. Ghristian Knowledge Society
(deux ouvrages qu'il faut lire, et dont on loue la précision et la clarté). — Ano-
ther Site for Pisgah (Gharles Warren). — General Briggs (détails biographiques
sur cet orientaliste). — The Gave of Adullam. — The Interior of New Gumea
(réponse de M. Lawson et réplique de VAthenmm). — Prof. Ewald (not.
nécrol.). — Literary Gossip. — Societies (Soc. d'archéologie biblique, Institut
anthropologique).
Literarisches Centralblatt, N° 20, 15 mai. Stadler, Kant's Théologie.
Berhn, Dummler. ln-8°, 155p. — Hartmann, Erlseuterungen zur Metaphysik
des Unbewussten. Berlin, Duncker. In-8% 82 p. — Glass, Die metaphysischen
Voraussetzungen des Leibnitz'schen Determinismus. Tùbmgen, Laupp. In-8°,
vii)-i28p. — Garo, Geschichte Polens. 4 Th. i4?o-i455. Gotha, Perthes.
In-8% X-501 p. (n'est pas inférieur aux précédents volumes; l'article discute
toutefois un assez grand nombre de points de détail). — Steindorff,
Jahrbûcher des deutschen Reichs unter Heinrich III. i. Bd. Leipzig, Duncker
u Humblot. In-8", xij-536 p. (l'éditeur a remph sa tâche avec soin et talent).
— Urkundenbuch der Stadt Augsburg. Herausg. v. Ghr. Meyer. i. Bd. Augs-
burg, Butsch's Verl. In-4", 398 p. (bien édité; ce premier volume contient les
documents compris entre les années 1 104 et 1 346). — P. Ewald, Walram von
Naumburg. Bonn, Strauss. In-8% 86 p. (contribution intéressante à la littéra-
ture publiciste du xi« siècle). — K/empf, Phœnizische Epigraphik. Prag, Domi-
nicus In-8°, viij-84 p. (fournit d'excellents éclaircissements sur 1 inscription
d'Eschmunazar, corrections de texte, etc.). — Erdmann, Untersuchungen uber
die Syntax der Sprache Otfrids. i. Th. Halle, Buchh. d. Waisenhauses. In-b ,
xviii-2 34p. (cette partie traite des formes verbales dans les propositions simples
et composées; important ouvrage). — Koffmane, Lexicon lateimscher Wort-
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
•^ N- 22 .pu , ijfi'. — 29 Mai — 1875
Sommaire : loi. Boissier, La Religion romaine d'Auguste aux Antonins. — 102.
Mayhoff, Nouvelles Études sur le texte de Pline l'Ancien, — 103. Bartsch,
Chrestomathie provençale, 3* éd. — 104. Jeux de l'enfance, recueillis p. Maspons y
Labros. — 105. Dantès, Tableau chronologique et alphabétique des principaux
événements de l'histoire du monde. — 106. Le drame populaire de Fiiuiî, p. p.
Engel. — 107. CoRTAMBERT, Histoire des progrès de la Géographie de 1857 ^
1874. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
loi. — La Religion romaine d'Auguste aux Antonins, par Gaston Bois-
sier. Paris, L. Hachette, 1874, 2 vol. in-8*. — Prix : i j fr.
Les écrivains les plus convaincus de l'origine surnaturelle du christianisme
ont dû reconnaître que la soumission aux lois romaines de presque tout l'univers
alors connu facilita puissamment la conversion de l'ancien monde. A côté de
conditions extérieures si favorables à la diffusion de la religion nouvelle, l'histo-
rien découvre encore de précieux auxiliaires rencontrés par elle dans les chan-
gements profonds qui s'opéraient au sein des religions antiques au moment
même oii le christianisme venait les déposséder de leur empire sur les âmes. En
effet, on pourrait distinguer deux phases dans l'histoire des progrès du christia-
nisme : la première est caractérisée par la transformation préalable du poly-
théisme en monothéisme, et la deuxième est marquée par la victoire du christia-
nisme sur les religions qui, elles aussi, ne connaissaient plus qu'un seul Dieu.
Les premières conquêtes de l'apostolat ont été faites parmi les Juifs répandus
dans toutes les parties du monde romain, ou bien dans quelques grandes familles
patriciennes, amenées par une éducation philosophique prolongée à la croyance
au Dieu unique. De là ces conquêtes s'étendirent en Orient chez des peuples
dont les religions, presque monothéistes dès l'origine, étaient empreintes d'un
mysticisme exalté , et en Occident chez les populations mixtes des villes , où
le polythéisme ébranlé ou dénaturé sous l'action de causes puissantes se faisait
de plus en plus semblable aux religions de l'Orient. Mais les campagnes, sous-
traites à l'action de ces causes, demeurées étrangères à la propagation des nou-
veaux cultes, ont été aussi les dernières soumises et les plus obstinément rebelles
au joug du Christ : il a fallu employer d'autres armes que la prédication pour
faire adopter à leurs habitants la foi nouvelle , tant leur esprit était mal préparé
à en recevoir l'influence, tant leur cœur était peu disposé à en souhaiter les
promesses. On voit combien il importe d'étudier la propagation, dans notre
Occident, des cultes de Cybèle, de Mithra et de Serapis, pendant les deux pre-
miers siècles de notre ère, et cette étude est le but que poursuivait principale-
ment M. Boissier.
XV 22
3?8 i f » .r\.^ r ' revue critique î | t\ »' '"'^ r ■
Avant d'entrer dans l'examen détaillé de cet ouvrage, rendons d'abord justice
à l'esprit dans lequel il est conçu. M. B. s'est refusé à faire de l'histoire un instru-
ment de polémique religieuse, et cette réserve est si rare aujourd'hui qu'elle donne
à son ouvrage une physionomie originale et un charme inattendu. L'auteur, après
avoir mis en lumière les grands et beaux côtés du polythéisme et de la philoso-
phie ancienne, n'hésite jamais à en signaler les insuffisances et les lacunes. Il
prend plaisir à montrer au lecteur à quel degré de civilisation, de bien-être et de
lumières étaient parvenues les sociétés humaines sous les auspices de la Grèce
et de Rome, mais il déclare fermement que vers la fin du ii* siècle les sources de
ces progrès étaient taries, que l'efficacité des croyances religieuses et des sys-
tèmes philosophiques du monde ancien était épuisée'. Dans la lutte engagée
entre le christianisme et le rationalisme, M. B., historien scrupuleux, fournit des
armes aux deux partis, et il risque de les mécontenter l'un et l'autre.
Les limites entre lesquelles M. B. a arrêté son sujet n'offrent rien de bien
rigoureux au point de vue historique : les altérations de la religion romaine,
auxquelles il nous fait assister, remontent à une époque antérieure au règne
d'Auguste; d'autre part la fin de la période Antonine n'est caractérisée par aucun
mouvement religieux considérable. L'auteur a voulu, je pense, faire commencer
son histoire à la naissance même du Christ, en obéissant à une préoccupation
de parallélisme un peu gênante , et la terminer au moment où ayant tiré de
Plutarque, de Lucien et d'Apulée les éléments de son travail, il a vu les témoi-
gnages littéraires lui manquer tout à coup. Le terme final qu'il a adopté ne com-
porte aucune conséquence fâcheuse. Chez les écrivains que nous avons nommés,
on voit se dessiner le nouveau polythéisme avec les caractères qu'il présentera
deux siècles après chez Julien et chez Libanius. Les traits principaux de la vie
sociale, dont M. B. a joint le tableau à celui de la vie religieuse, n'ont guère
changé depuis le second siècle jusqu'à la fin de l'empire : cette persistance se
révèle dans le Digeste, qui reproduit tant de constitutions des empereurs de la
dynastie Antonine, aussi bien que dans les inscriptions, témoins de la vie antique
suppléant au manque de livres, qui ne montrent non plus aucun changement
essentiel dans la condition sociale des peuples pendant les cent cinquante années
qui suivent l'époque où s'est arrêté M. Boissier. Il a donc pu, sans franchir la
limite inférieure qu'il s'était prescrite, embrasser tout un ordre naturel de faits,
en montrer les rapports et en tirer des conclusions applicables à une longue et
importante période de l'histoire. Mais en faisant commencer son ouvrage au
règne d'Auguste, M. B. s'est exposé à un inconvénient grave. Une introduction
devenait indispensable, et pour ne pas lui donner des proportions trop grandes
il a fallu omettre d'importants détails et sacrifier des développements intéressants.
Cette introduction, composée de deux chapitres, fait connaître les traits saillants
1. T. II, p. 451. Est-il nécessaire de faire remarquer que cette manière de voir ne
préjuge en rien la question de l'origine surnaturelle du christianisme, question que l'auteur
n'avait pas à traiter? En admettant avec lui que le fonds gréco-romain fût devenu insuf-
fisant, que devons-nous conclure, sinon qu'un élément sémitique entre comme facteur irré-
ductible dans la civilisation moderne.^
d'histoire et de littérature. 5^9
et les conceptions fondamentales de la religion romaine. M, B. a parfaitement
exposé le caractère extraordinaire de cette religion, sans analogue, je crois, parmi
celles dont l'histoire nous est connue, qui se réduit, comme son nom l'indique, à
l'exactitude et à la régularité (t. I, p. 21), où il n'y a pas de dogmes, mais
seulement des cérémonies et des sacrifices, dans laquelle, en un mot, le culte est
tout, et l'idée rien ou peu de chose. Une sobre collection d'exemples bien choisis
dans la masse des faits permet de suivre l'auteur sans fatigue au milieu de l'ex-
position de ces doctrines si peu en rapport avec notre manière de sentir.
Avant la chute de la République, la religion avait éprouvé des modifications
sensibles et surtout beaucoup perdu de son prestige. M. B. assigne plusieurs
causes au discrédit dans lequel elle était tombée : je ne sais si toutes ont agi
comme il le suppose. Par exemple il attribue une certaine importance à ce que
l'élection populaire fût , à un moment donné , substituée à la coopiatio
dans le recrutement du collège des prêtres. Un tel changement aurait une
influence immense pour une religion dans laquelle le corps des prêtres exposerait,
propagerait ou défendrait une doctrine déterminée, parce que celle-ci recevrait
alors le contre-coup de tous les mouvements de l'opinion publique; mais à Rome
où le sacerdoce n'était, comme l'a si bien montré M. B., qu'un corps essentiel-
lement politique, l'accession des classes populaires n'est autre chose qu'un de
ces changements politiques, tous dirigés dans le sens démocratique, dont l'his-
toire de la République est remplie. Les auteurs anciens n'ont signalé dans la
religion aucun changement dont le nouveau mode de recrutement sacerdotal ait
été la cause, et M. B. ne peut aussi en rattacher aucun à ce fait.
Je ne pense pas non plus que le théâtre ait contribué, comme le pense M. B.,
à affaiblir la religion nationale. M. B. rapporte lui-même le témoignage de Polybe
sur la puissance des idées religieuses à Rome, alors qu'elles avaient perdu toute
efficacité chez les Grecs. Or Polybe n'a vu Rome qu'après la mort de Plaute.
Les plaisanteries lancées sur le compte du Zeus Thébain devaient, dit M. B.,
rejaillir sur le Jupiter très-bon et très-grand. Une généralisation aussi absolue
et aussi logique n'est pas conforme à ce que nous connaissons de l'esprit de
l'antiquité, laquelle s'accommodait de disparates qui nous paraissent fort
étranges. Je me demande même si elle est compatible avec l'esprit religieux
en général. Dans toute religion, le fidèle a les yeux très-ouverts sur les
parties puériles ou odieuses des cultes autres que celui auquel il adhère, il en rit
volontiers, sans que jamais il soit déterminé à faire un retour sur lui-même par
:el exercice de ses propres facultés critiques. La philosophie seule a partout
présidé à l'émancipation religieuse; à Rome, il n'en a pas été autrement. La fin
iu chapitre deuxième de l'introduction est consacrée à l'étude de la philosophie
"omaine sous la République, et particulièrement à celle des opinions religieuses
ie Cicéron. Il y faut joindre le chapitre qui traite de Varron et de son école et
\\iï, pour ne pas grossir l'introduction outre mesure, a été rejeté dans la deuxième
îartie de l'ouvrage , et vient ainsi après l'étude des rapports entre Sénèque et
;aint Paul'. Un scepticisme complet caractérise les idées religieuses de Varron,
I . Une table très-bien faite remédie à ces dispositions critiquables dans l'économie de
5^ REVUE CRITIQUE
et celles de Cicéron ne paraissent pas beaucoup moins radicales, quoiqu'il en
adoucisse agréablement l'expression et ne les montre que coquettement voilées.
La nécessité de ne pas allonger l'introduction oblige M. B. à ne rien dire du
poème de Lucrèce, qui méritait certainement quelques pages.
Nous entrons maintenant dans l'analyse du livre I" de l'ouvrage.
Pendant que les hommes éclairés , appartenant aux classes supérieures , affi-
chaient , comme Varron , une dédaigneuse indifférence pour les croyances de
leurs ancêtres, les cultes étrangers se propageaient secrètement dans les classes
inférieures. Méprisée et délaissée, tel était Pétat de la religion nationale quand
Octave, ayant renversé les derniers obstacles qui s'opposaient à l'établissement
du principat, se sentit tout naturellement rassasié d'innovations. Il songea donc
à faire reprendre à ses sujets ces habitudes d'ordre, de respect et de sagesse que
Ton perd ordinairement au milieu des guerres civiles, et la restauration de l'an-
tique religion romaine lui parut un des expédients les plus propres à seconder
son dessein. Il proscrivit sévèrement les cultes étrangers. D'autre part, il se fit
nommer grand pontife à la mort de Lépide, il rétablit les cérémonies négligée^
il rebâtit les temples en ruine (dans l'inscription d'Ancyre il compte et recompté
avec complaisance l'argent qu'il dépensa pour ce chapitre), il institua même
quelques cultes nouveaux : celui de Venus Genetrix, qui n'intéressait que la gens
Julia, ceux de Mars Ultor et d'Apollon, auxquels il avait voué des temples pen-
dant la guerre. Il alla plus loin, et voulut changer en hommes religieux ses con-
temporains sceptiques. Sa tentative n'eut qu'un succès très-court : il put, avant
sa mort, assister à son avortement. Mais l'échec ne fut pas complet : il obtint
des démonstrations qui pouvaient lui faire illusion, et il dut être quelque peu fier
de son œuvre, lorsque Horace et d'autres poètes rajustèrent leurs toges, prirent
une attitude correcte et tinrent des propos édifiants. M. B. a traité ce côté
comique de son sujet avec le soin et le sérieux dont il ne se départ jamais dans
le cours de son ouvrage.
La seule innovation religieuse qui ait survécu au fondateur de l'Empire est
l'apothéose des Césars , qui se rattache étroitement au culte de Rome et dAu-
guste. Aux déclamations habituelles sur la servilité des Romains, M. B. a
substitué une histoire détaillée de ce culte , de son établissement successif dans
les provinces, des institutions politiques nées avec lui et autour de lui. Il rend
son caractère vrai à l'apothéose, qui, décernée seulement aux bons princes',
n'était qu'une commémoration historique assez légitime. M. B. fait voir aussi
que les provinces, se trouvant réellement heureuses des résultats amenés par le
régime romain, ont pu manifester leur satisfaction sous une forme enthousiaste
qui ne doit choquer personne dès qu'on se reporte aux habitudes de l'antiquité.
Enfin le culte de Rome et d'Auguste, célébré dans la ville la plus importante de
chaque pays^ au moment où se tenait le concilium ou assemblée périodique des
l'ouvrage. Elle montre immédiatement que M. B. a ordonné les faits dans un ordre plus
logique qu'historique.
1 . Le Sénat abolissait la mémoire des mauvais empereurs immédiatement après leur
mort.
2. A Tarragone pour l'Espagne, à Lyon pour la Gaule, etc.
d'histoire et de littérature. J4I
députés des villes, se liait à l'exercice de la vie politique : il symbolisait l'union
de toutes les parties du vaste empire romain, il était l'acte par lequel les provinces
déclaraient solennellement qu'elles se sentaient membres de cet empire. Ce
chapitre renferme des résultats que la plupart des lecteurs auront trouvés abso-
lument neufs, et il est propre à montrer combien l'étude des faits conduit au delà
des idées courantes sur l'empire romain.
Nous arrivons enfin aux religions orientales qui, s'infiltrant abondamment dans
les lacunes de la religion romaine, la noyèrent pour ainsi dire, et n'en laissèrent
intactes que les parties les plus extérieures et les plus saillantes, protégées par
leur attache avec le reste du système politique. M. B. raconte leur introduction
à Rome', et expose tous les détails de leurs cultes. Il définit d'ailleurs avec
justesse les caractères communs à tous ces cultes : importance accordée au
prêtre, part considérable faite aux femmes dans la vie religieuse, recherche de
l'émotion religieuse par les fidèles, usage fréquent d'expiations et de purifications
solennelles. Ces idées générales, solidement établies sur les faits, sont d'une
grande importance pour l'histoire du christianisme, à laquelle M. B. songe
constamment; car autant il est absurde de prétendre, comme Boulenger au siècle
dernier, que le christianisme soit un plagiat des mystères isiaques ou mithriaques,
autant il serait déraisonnable de contester qu'il a dû trouver un accès facile près
de populations accoutumées à envisager la vie religieuse sous les aspects que
M. B. nous a montrés.
Les Romains n'autorisaient pas indifféremment l'exercice de tous les cultes.
Le druidisme fut proscrit comme trop cruel, le christianisme fut mal vu, inquiété
et finalement persécuté comme trop exclusif. En effet la condition imposée à
toute rehgion pour recevoir une espèce de droit de cité était sa tolérance pour
les autres religions, et nous ne voyons pas que cette condition ait fait obstacle à
leur prosélytisme. Les sectateurs des différents cuhes s'accommodèrent fort bien
de cet état de choses : ils ne cherchèrent même pas à se soustraire à l'ingérence
de l'État dans leurs affaires intérieures et se soumirent à des prêtres désignés
par les ministres du culte romain. On peut dire ainsi que la religion romaine agit
sur les cultes orientaux d'une certaine façon, en leur faisant perdre un peu du
caractère désordonné qu'ils présentaient en Asie et en Grèce. Y eut-il récipro-
cité ^ la religion romaine fut-elle modifiée par ces cultes à qui elle avait permis
de s'installer à côté d'elle ? leur prit-elle un peu de mysticisme et d'enthousiasme,
comme elle leur avait donné un peu d'ordre et de tenue ? M. B. l'admet : je dois
dire qu'il ne m'a pas convaincu sur ce point. Dans les monuments officiels, dans
les actes des Arvales, par exemple, on ne voit de prières adressées qu'aux dieux
romains et aux empereurs , et les cérémonies ont conservé sans altération leur
caractère antique et italien. D'autre part les témoignages des auteurs, invoqués
par M. B. à l'appui de sa manière de voir, ne me semblent pas la justifier 2,
1. M. B. explique comment certains cultes déjà pratiqués à Rome, ceux de Bacchus,
de Cérès, de la Bonne Déesse, qui présentaient plusieurs des caractères appartenant aux
cultes orientaux, servirent d'intermédiaires et fafilitèreot l'introduction de ces derniers.
2. T. I, p. 440 et suiv. ' î '■
-'.;àt f^u li'imrn-n' ç
342 REVUE CRITIQUE
« Le Capitole lui-même finit par ressembler beaucoup aux chapelles d'Isis
» Quand la figure de Jupiter apparaissait dans le lointain du sanctuaire, la foule
» s'écriait : Salut au maître ! Salve Imperator ' , » Le cri salve est une invocation
habituelle dans les cultes italiens^. Puis, dans le cas qui nous occupe, la foule
s'adressait à Jupiter Imperator, dont la statue, rapportée de Préneste à Rome en
380 av. J.-C. par T. Quinctius Flamininus, fut consacrée dans le Capitole 3.
« L'un, nous dit Sénèque^, s'est fait le licteur de Jupiter, un autre s'est institué
» son parfumeur, il remue les bras à distance et fait tous les gestes d'un homme
» qui verse des parfums. Minerve et Junon ont leurs coiffeuses, » etc. Prellers
a rapporté cet usage au culte tout romain des trois divinités adorées au Capitole.
On sait qu'en Grèce les plus anciennes idoles étaient richement costumées, por-
taient des cheveux et des barbes postiches. Les scènes de toilette s'expliquent
assez naturellement en se reportant à ce fait, et il n'y a pas besoin de recourir
à l'Orient, où d'ailleurs on ne cite rien de semblable. — « Diane avait des
» prêtres qui demandaient l'aumône par les rues comme ceux de Cybèle. » Je
ne saurais voir la preuve de cette assertion dans les vers d'Ovide auxquels ren-
voie M. B. ^ — « Pour obtenir la guérison d'une maladie grave, on couchait au
» Capitole ou sous le portique d'Apollon Palatin aussi bien que dans les temples
» de Sérapis. « Nul besoin, encore, de rattacher à l'Egypte l'usage de l'incu-
bation, employée pour consulter l'oracle de Faunus? et près de beaucoup d'oracles
grecs ^.
Le second livre de la Religion romaine est consacré à la philosophie et surtout
à Sénèque, qui méritait, par le nombre des ouvrages qu'il a laissés et par la fasci-
nation qu'il exerça sur ses contemporains , une place considérable dans cette
histoire. Pourtant M. B, montre que cet habile et éloquent écrivain est un esprit
assez peu original. On ne peut s'empêcher ici de louer l'esprit de justice de
M. B. qui l'empêche de surfaire un homme à qui il a consacré près d'un derai-ri
volume. En fait, les idées exprimées par Cicéron sont le fond sur lequel a vécu
pendant deux siècles la philosophie romaine?. Le stoïcisme, on le sait, s'acclimata
à Rome au point d'y sembler un produit du sol. Aussi M. B. lui consacre-t-il des
développements étendus. Il parle aussi des autres écoles qui tentèrent moins
heureusement la fortune, l'évhémérisme, l'épicuréisme, mais il est très-bref sur
?Tr-7ïïT:p-rrrTTn- !;.;ii;h!{i;. ■v.};-
1. Plin. Paneg. 5. : " ih ':' ■=;" . :'h'b ■■t^ 5v
2. V. les exemples dans Forcellini.
3. V. 0. Jahn. Arch. Aufsatze, p. 33.
4. Dans August. Civ. Dei VI. 10. ii
5. Rœm. Myth. p. 128. :f
6. Pont. I. 39 : Ante Deum matrem cornu tibicen adunco
Quum canit, exiguae quis stipis aéra neget?
Scimus ab imperio fieri ni! taie Dianae.
7. Virg. yEn. VII. 95. Ovid. Fast. IV. 653. Dans les passages de Serviusetdu scho-
liaste de Perse auquel renvoie M. B., il est question d'interrogation par la voie du rêve,
mais non de guérison, et M. Maury, Relig. de la Grèce, II. 457, pense même que l'usage
de l'incubation fut transporté par les Grecs dans les temples a Isis et de Sérapis.
8. Ibid. p. 460, qu'il faisait vraisemblablement partie de l'ensemble de rites et de tra-
ditions apporté en Grèce par les Indo-Européens.
9. T. II, p. s.
d'histoire et de littérature. 34}
CCS essais qui remontent à l'époque républicaine. Il aurait dû, je pense, nous
donner quelques détails sur le pythagorisme, dont les rapports avec la religion
romaine ont été profondément sentis dans l'antiquité même, comme en témoigne
le célèbre et faux synchronisme qui fait de Numa un disciple de Pythagore.
L'exposition plus ou moins fidèle qu'Ovide a donnée, dans les Métamorphoses, du
système pythagoricien montre quel crédit avaient gardé chez les contemporains
d'Auguste le nom et le souvenir du philosophe Samien.
M. B. a consacré plus de cinquante pages à la question, si souvent débattue,
des rapports qui auraient existé entre Sénèque et saint Paul. On ne pourrait se
défendre d'un certain dépit en voyant tant de place et tant de peine consacrées
à un problème depuis longtemps résolu, si on ne devait espérer que les résultats
acquis vont enfin pénétrer dans le large cercle de lecteurs que M. B. a conquis
par son talent.
A la page 1 16 du tome II, on trouve une observation délicate et précieuse :
« Nous avons remarqué déjà chez Sénèque deux tendances qui se combattent :
» il paraît moins religieux quand il n'écoute que ses sentiments personnels, et il
» le devient davantage lorsqu'il cède au courant de son siècle ; c'est la seconde
» de ces tendances qui l'emporte tout à fait après lui. » M. B. saisit et marque
heureusement l'origine d'une importante évolution dans la philosophie religieuse,
évolution au terme de laquelle la réflexion et la dialectique se trouvèrent rem-
placées, comme moyens d'arriver à la vérité, par l'effusion et la prière. Le
stoïcisme, après Sénèque, borna son rôle à la prédication et à la direction
morale, il tomba dans la rhétorique et la casuistique. Grâce à une équivoque ',
peu digne de moraHstes austères, ses doctrines semblaient conformes aux
croyances populaires, alors qu'elles en différaient absolument, et les philosophes
ne se pressaient pas de mettre fm à un malentendu sur lequel reposait son crédit
parmi la foule. Plus sincère et plus large, le néo-platonisme, en quête de tous
les mysticismes pour enrichir ses combinaisons, recueillit les traditions religieuses
de tous les peuples et se substitua au stoïcisme dès que les besoins de la vie
religieuse devinrent plus intenses et plus impérieux. M. B. nous en montre, dans
Apulée, le représentant le plus complet dans l'Occident au ii* siècle. Il rattacha
le genius romain aux démons dont les néo-platoniciens peuplaient l'univers, et fit
ainsi entrer la religion romaine dans leur vaste synthèse.
Le troisième livre est consacré à l'étude de la religion romaine au temps des
Antonins. Le sujet ne se rattache pas d'une manière nécessaire à ceux que M. B.
a traités dans les parties qui viennent d'être analysées. Les changements survenus
dans la vie domestique et dans la vie sociale des Romains me semblent avoir été
indépendants du nouvel esprit religieux. Les améliorations que l'on rencontre
au II* siècle dans la condition civile des femmes, dans celle des esclaves, sont les
moments d'une évolution purement juridique aidée, d'assez loin, par la philoso-
phie stoïcienne dont les principes égalitaires, incessamment proclamés, avaient
fini par devenir des espèces d'axiomes qui s'imposaient bon gré mal gré au
I. T. II, p. 145.
344 REVUE CRITIQUE
législateur. A la même époque, les dispositions charitables des classes élevées,
les fondations généreuses multipliées à l'envi, ont leur principe dans le patrio-
tisme local, toujours si puissant chez les anciens, ou bien sont des formes de
patronage appropriées à des temps et à des besoins nouveaux. Les idées reli-
gieuses n'ont rien à faire dans tout cela. C'est seulement en ce qui concerne les
associations populaires qu'il peut être permis de les faire intervenir, puisque la
religion servait de prétexte à la fondation de ces sociétés (destinées surtout à
pourvoir à la sépulture des associés). Quelques-unes s'intitulent culîores deum :
le caractère religieux semble ici plus marqué. Pourtant M. B. reconnaît lui-
même (p. 306) que ce sont des collèges funéraires peu différents des autres et
que la dévotion des membres de ces collèges ne doit pas être prise au sérieux.
En somme, la religion ne servit guère qu'à masquer la reconstitution des asso-
ciations populaires, tolérées sous la République, interdites ou étroitement sur-
veillées sous le Principat.
Ces réserves faites , nous n'avons que des éloges à donner au demi-volume
consacré par M. B. à l'étude des quatre grands faits qui éclairent la vie intime
de la société romaine aux deux premiers siècles de notre ère. M. B. admet que
ce fut pour le monde une époque heureuse. Je partage cette opinion dont il serait
trop long de développer ici les motifs : il vaut mieux les lire chez M, B. Le
tableau des classes supérieures , l'étude sur la condition des femmes , celle qui
est consacrée à l'esclavage, l'analyse si approfondie et si attachante qui nous fait
pénétrer au sein des associations populaires sont des morceaux du plus grand
intérêt, dont tous les traits sont habilement choisis, dont chaque détail est le
produit d'une enquête patiente et consciencieuse. Rien ne trahit pourtant, dans
ces chapitres, le travail ou l'effort. On sent qu'ils ont été écrits avec plaisir, que
l'auteur, transporté par l'imagination et par la science au milieu du peuple qu'il
étudiait, s'est mêlé sans embarras à tous les détails de sa vie.
Le retard apporté à la publication de cet article nous procure au moins le
plaisir de féliciter l'auteur sur le succès obtenu par son livre. Avant de prendre
congé de ce savant et attrayant ouvrage, souhaitons que M. B. n'abandonne pas,
au point où il l'a laissée, la religion romaine, et que l'accompagnant, deux siècles
encore, jusqu'à l'époque de sa lutte désespérée contre le christianisme, il nous
donne un livre qui prenne la place de celui de Beugnot, un peu arriéré
aujourd'hui. La science épigraphique de M. B., le commerce intime qu'il a dû
lier avec les cicéroniens et les virgiliens du iv^ siècle, nous assurent à l'avance
du prix qu'offrirait ce complément nécessaire et attendu des deux volumes que
nous avons examinés ' .
C. DE LA Berge.
I. A l'appréciation générale qu'on vient de lire, nous n'ajouterons que quelques obser-
vations particulières, sans grande importance parce qu'elles ne touchent pas au fond des
idées développées par M. Boissier.
T. I, p. 109. « Le prince qui est à la fois le chef religieux et civil d'une nation est
» toujours tenté d'imposer ses règlements de police comme des dogmes , et de forcer
» d'obéir aux dogmes comme aux règlements de police. » A l'appui de son assertion,
M. B. aurait pu faire valoir le sens nouveau que prend le mot impictas synonyme de lise-
d'histoire et de littérature. î45
102.— Novae lucubrationes Plinianse, scripsit Carolus Mayhoff. Lips. Teubner.
1874. 104 p. — Prix: 3 fr. 25.
M. Mayhoff est, depuis la mort de Louis Jan, chargé d'éditer Pline l'ancien
dans la collection Teubner. Dans le travail qui nous occupe, il expose les prin-
cipes qui doivent le guider dans son édition et discute un certain nombre de
passages plus ou moins altérés.
Après un court aperçu sur les sources de Pline, M. M. se range à l'avis
exprimé par Detlefsen (Philologus, XXXI, p. 387), que partout où l'on a perdu
les auteurs imités par Pline, le texte est fort douteux. Non pas précisément que
les mss. anciens fassent défaut ; on a même plus de secours que pour bien d'autres
auteurs : un palimpseste du v^ ou vi^ siècle (M) trouvé en 1853 par Mone dans
un monastère bénédictin de Carinthie, publié déjà dans la grande édition de
Sillig, t. VI, et qui contient la plus grande partie des livres XI à XV; une feuille
en onciale d'un ms. du vi* s. conservée dans le ms. de Paris 9378 (P), con-
tenant le fragment XVIII, 87-99 ^^ utilisée récemment par Detl.', enfin des
majesté, dans la langue du II* siècle. On doit à M. Aube une observation intéressante à
ce sujet. {Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions, 1866, p. 195).
T. I, p. 117. a Emporter par mégarde dans un mauvais lieu une monnaie à l'effigie
» du prince est un sacrilège qu'on punit de mort. » La phrase de Suétone {Tih. 59)
a effigiem (principis) nummo vel annuio impressam latrinae vel lupanari intulisse » est
mieux comprise depuis que l'on a retrouvé sur la muraille d'un lupanar de Pompei des
effigies de Galba, de Vespasien et de Titus, obtenues en appliquant des monnaies sur
l'enduit encore frais du mur; v. une note de Minervini au t. III« des Œuvres de Borghesi,
P- 233-
T. I, p. 163. D'autres empereurs que Commode se sont fait représenter sous les traits
d'Hercule, par exemple Caligula (Dion LXIX 26) et Domitien : « Herculis in magni
» vultus descendere Caesar dignatus (Martial. Epigr. IX. 65). » Voy. de Witte. Revue
Numismatique, 1845.
T. I, p. 171. M. B. tire du célèbre marbre de Thorigny la conclusion qu'en l'an 238
les assemblées provinciales avaient acquis assez d'importance pour oser mettre en accu-
sation les gouverneurs de la province, et donner à leurs députés à Rome un mandat im-
pératif à cet égard. Dès le règne de Trajan, on les trouve en possession de ce double
droit. Plin. Ep. III, 9. VIII, 6.
T. I, p. 412. M. B. suppose que le taurobole doit être originaire de l'Asie, mais il
n'en possède pas la_ preuve. Ch. Lenormant a déjà rattaché au sacrifice taurobolique le
fait, transmis par Etienne de Byzance au mot Màcrtaupa, que les Lydiens sacrifiaient un
taureau à la déesse Ma, identique à Rhéa. Sur les monnaies de Pessinunte, le taureau
prend quelquefois la place du lion, ce qui montre qu'il appartient aussi à Cybèle (Nou-
velle galerie mythologi(]ue, p. 1 5). Si le sacrifice lydien était réellement, comme on peut
le soupçonner, l'origine du taurobole, il faudrait admettre que la religion de Cybèle im-
portée à Rome offrait déjà une fusion des cultes lydien et phrygien.
T. II, p. 264. M. B., citant ces paroles de Sénèque : In aliéna uxore omnis amor turpis,
in sua nimius, traduit : « Aimer la femme d'un autre est un crime, aimer la sienne est un
» excès. » C'est évidemment une distraction; il faut traduire : « Envers la femme
» d'autrui tout amour est blâmable, envers la sienne un amour excessif. »
I . La haute antiquité de cette feuille, malheureusement très-endommagée et d'une lec-
ture pénible, nous engage à compléter la collation que l'on trouve dans l'édition de Det-
lefsen (vol. III, p. 121 sq.). Outre les variantes indiquées, on lit dans P : p. 121,
31 medulla — 34 binas om. — p. 122, 2. florem]|em (rem? En tout cas il n'y a place
que pour 3 lettres) — 3 carthariae — praerea — 4 secundariis sextarios — tantumdem —
5 e floris] floris —, praetium — 8 pollinatam] tempori (?) pollinata (tempori est presque
effacé, mais Dell, indique plus de lettres qu'il ne pourrait en tenir) — 10 cabarii —
346 ,K>!', REVUE CRITIQUE ,- |H 0
fragments de mss. très-anciens publiés par Endlicher (Catal. mss. Biblioth.
Vindob.) etc.
Outre ces vénérables débris, on a plusieurs mss. complets des x* et xi^ s. Mais
quand on est réduit à leur témoignage, on reste souvent dans l'incertitude. Il n'y
a pas lieu de s'en étonner; les copistes des vii'^ et viii^s. si funestes aux auteurs
latins, même les plus clairs, ne pouvaient manquer de transcrire inexactement
des mots techniques, des expressions obscures, et la quantité même des copies
ne fit que multiplier les fautes à l'infini.
M. M. consacre deux chapitres à défendre soit la leçon unanime des mss.j
soit la leçon du palimpseste M, principalement quand il a des textes grecs pour
confirmer ces leçons. Cette méthode de rapprochements, très-fructueuse en gé-
néral, a pourtant parfois induit en erreur des critiques habiles. Ainsi Detl. s'ap-
puyant sur un passage d'Aristote (H. An.VUl, 27) dans lequel se trouve le mot
y,X7jpoç, avait cru pouvoir, dans la phrase (XI, 50) : « Fit in favis quibusdam
qui vocatur clavus, amarae duritia cerae, etc. » rétablir clarus. Mais M. M.
fait observer avec raison que les mots amar£ duritia cer£ n'ont plus de sens
si l'on abandonne la vulgate qui peut, d'ailleurs, se défendre.
M. M. engage une longue discussion sur les corrections des mss. de second
ordre D (Vatic. n. 3861), R (Riccardianus), F (Leidensis Lipsii n. VII, que
Detl. a reconnu pour le Cfiiffletianus), a (Paris, n. 6795, désigné par E dans
l'ed. Detl.) et critique les conclusions auxquelles arrive Detl. (Philol. XXVIII,
p. 307). Ce dernier, après avoir prouvé que les corrections de seconde main
(Dî R2 F* a^) sont généralement meilleures que les leçons de première main,
prétend que ces quatre mss., écrits dans le Nord de la France, ont été corrigés
sur un même archétype. Armé des variantes des livres VII-XV rapportées par
Detl., M. M. dresse consciencieusement la liste des passages dans lesquels ces
mss. ont été corrigés, et de ceux dont les corrections sont particulières à chaque
ms. Il trouve, pour n'en citer qu'un exemple, que dans le livre VIII, a porte
187 corrections dont 59 ne sont communes à aucun autre; F, 2^2 dont 112
particulières; R, 45 dont 33 particulières (D n'a aucune correction, toujours
d'après Detl., dans le livre VIII). Or, jamais les corrections rapportées dans les
livres VII-XV ne sont identiques pour les quatre mss. en question, quelquefois
elles le sont pour trois, plus souvent pour deux; d'où M. M. conclut que
les corrections xie ces quatre mss. ont été faites au moyen de quatre mss.
différents.
Sans doute les observations de M. M. sont sérieuses, le tout est de savoir si
elles reposent sur une base aussi solide. M. M. reconnaît bien lui-même que
Detl. seul pourrait trancher la question, ayant en sa possession beaucoup plus de
variantes qu'il n'en a rapporté dans son édition ; mais il est probablement loin
de se douter combien la base de ses calculs serait modifiée par une collation
minutieuse.
i oriza — grecos — 24 thypen — 25 piste — 30 procuratore élus — 3 1 exstaqu
— 123, i. unu grano — 2 Leon|uni — 4 centegra||um — 8 greci^q. — erysinut
: grecis — 13 ferumq. — 21 furburibus —- 22 uiginti — 2} herbiliara.
d'histoire et de littérature. Î47
Pour ne parler que du ms. de Paris n. 6795, voici les variantes du commen-
cement du livre VIII, qui ne sont pas rapportées dans Detl, — t. II, p. 47, 3
in priorum m. i et 2 — 7 saltibus] talibus m. 1 — 18 subere m. i — 19 africano]
africo m. i et 2, africano m. 3 (on peut désigner ainsi des corrections faites par
une main de la renaissance) — 20 triumphos m. i et 2.
P. 48, 2. edidere] idere m. \, edidere m. 2, mais di gratté — 4 sedere m. i
(s gratté) — lasciuienti m. i — pyrriche] pernice m. i et 2 — coUudere —
5 imcessere m. i et 2 — 6 singulos m. 1, singulas m. 2 — 7 lectos] iectos m. i
— 9 in om. m. \ — 12 furibus m. i — mucianus IIII m. i — 1 3 et litterarum]
uel tiberorum m. i — ductus grecarum m. i et 2 — decidisse m. i —
16 cogerentur... sestimatione, om. m. i ; rétabli m. 2 à la marge supérieure. —
19 Praedonnipsi ra. i — in se] ipse m. i — expectandam m. i, expectendam
m. 2 — 20 iuua m. i — 24 secari] sacri m. i — 27 belus (? in ras.) m. i,
belli m. 2 — curaem. i — praelis m. 1; praeliis m. 2 — 29 minime m. i et
2 — 36 hominem m. 1 et 2 — 37 iras] istas m. i — 38 tradere] trahere m. Z'
— sequenti simili] sequentis mihi m. 1; reliquenti m. 2.
P. 49, 1. Omnium modo indurare uisus m. i. — En voilà assez pour donner
une idée des fautes du copiste de a et des corrections apportées à ce ras. Or,
pour tout ce passage, l'éd. Detl. ne rapporte que 10 variantes, tant m. i que
m. 2. Très-probablement on pourrait relever dans D R F autant d'inexactitudes
de collation. Peut-être ne faut-il pas reprocher à Detl. d'avoir passé sous silence
toutes ces variantes qui eussent triplé le volume de son édition ; mais on voit
par là combien l'arithmétique de M. M. est risquée.
Dans une question si délicate, il serait dangereux de donner exclusivement
raison soit à M. M., soit à Detl. D'un côté, il semble peu vraisemblable que le
même ms. d'un auteur si répandu ait servi à corriger quatre mss. d'époques un
peu différentes; mais de l'autre, il serait faux de conclure de la différence des
corrections apportées à D R F a que les correcteurs aient employé nécessaire-
ment quatre mss. différents, car jamais, à cette époque, les correcteurs ne s'as-
treignent à rétablir uniquement le texte de l'archétype qu'ils ont sous les yeux :l
ils corrigent sans scrupule tout ce qu'ils jugent fautif. En résumé, il est plus pru-
dent de dire que D R F a ont été corrigés avec plusieurs mss. provenant. tous
de la même source. ' J^^'^^* * '^ *« Haïqfj oqiiii»^ î»iî«!<«ioo;3«M'î^
Examinant l'autorité des corrections de ces quatre mss. M. M. trouve que le
correcteur de a a beaucoup plus altéré le texte que les autres et que F en parti-
culier. Mais combien une collation minutieuse releverait-elle de fautes à la charge
des correcteurs de D R F ? Car il ne faut pas oublier que M. M. n'a vu aucun
des mss. de Pline dont il discute la valeur.
Enfin, descendant à l'examen du ms. a lui-même, qui, comme D R F etc.,
est interpolé (on le voit par la comparaison avec M), M. M. cherche à établir
que ce ms. a, qu'il semble avoir pris en grippe, est le plus altéré. Il produit 50
passages ' dans lesquels, suivant lui, le copiste de a a changé volontairement
I. Notons en passant que, XIV, 128, a porte indicam, comme le rapporte Detl., et
348 3^ -. REVUE CRITIQUE
le texte de son archétype, et ajoute que ces exemples sont choisis de telle sorte
que dix suffiraient pour démontrer la mauvaise foi du copiste de a. La plupart
des fautes, au contraire, ne sauraient être attribuées qu'à son ignorance. Par
exemple, IX, 21, au lieu de transuolent oagantur (leçon de D F qui devait être
aussi dans l'archétype de a, au lieu de transuolent uaganturyûy a dans a ; transuo-
lent uento aguntur ; c'est la conséquence d'une dittographie de la syllabe ent. —
XI, 104, in orbe rodentes de a n'est pas plus loin de la bonne leçon que moruero-
dentes de D ; la confusion si fréquente de ^ et de u est un fait de prononciation.
— Ailleurs, XI, 59, la leçon de a teterrimae est beaucoup plus proche du mot
authentique deterrimae que les leçons deîerminae (M D) ou détermine (R).
Enfm, accordons à M. M. que a soit plus fautif que D R F, ce sera une rai-
son pour examiner ses leçons avec soin. Car, en général, quand plusieurs mss.
également anciens sont en présence, c'est le ms. le moins correct en apparence
qui fournit le plus de leçons authentiques. Plus le copiste a été ignorant, mieux
il a reproduit son archétype ; plus les corrections qu'il a faites, à son insu peut-
être, sont grossières et faciles à reconnaître.
D'ailleurs, M. M. admet lui-même (p. 99) que dans deux passages au moins
(XIV, 1 3 et XII, 54) on doit à a la vraie leçon '. — M. M. termine sa disser-
tation par quelques remarques pleines de justesse sur la valeur du ms. d (Paris.
6797, xiiie s,). Detl. avait dû admettre 62 fois sa leçon dans les livres VII-X,
quoiqu'il le crût d'abord copié sur F dont d différait en ces endroits. M. M.
signale plusieurs passages dans lesquels la leçon de d doit être également insé-
rée dans le texte.
x!i?ijtss^(rfy' >:':>= l'ifi'î; n^HliikiS'tniïe Châtelain.
„«■, -fti' ■
»o} .— Chrestomathie provençale, accompagnée d'une grammaire et d'un glossaire,
par Karl Bartsch. Troisième édition, revue et corrigée. EÏberfeld, Friederichs. 1^75.
Gr. in-8°, 590 p. — Prix : 8 fr.
Sauf un morceau ajouté et un autre changé, cette nouvelle édition ne diffère
pas de celle dont nous avons rendu compte il y a sept ans (1868, art. 1 36). Le
glossaire a été revu et amélioré ; il laisse encore à désirer çà et là^. Pour une
critique plus détaillée, nous renvoyons à la Romania, 1875, p. 1 30 ss. Le besoin
d'une nouvelle édition après si peu d'années est un heureux symptôme de l'ac-
tivité des études provençales. Il montre surtout quelle place elles tiennent dans
le haut enseignement allemand.
104. — Jochs de la Infancia, per Francisco Maspons y Labros. Barcelona, Marti
y Cantô. 1874. In- 12.
A côté des contes et des chansons, les jeux des enfants, si souvent accompa-
non indicum.
I. Les recherches que j'ai faites dans ce ms. 6795 m'ont fait rencontrer les rectifica-
tions suivantes aux var. fournies par Detl. — t. II, p. 74, 8 eosingu m. i — 77, 10 si
om. m. I et 2, habet m. 3 — Ibid. staret... ter] slare equos. idemq. ter m. i; staret in
capit. eue. equos sedemq. ter m. 2 — 83, 24 causa praetexi m. 1.
d'histoire et de littérature. ^49
gnés de formules et de chants, forment une branche curieuse de ce que les
Anglais ont si heureusement nommé le Folk-lore. Ils ont été jusqu'à présent bien
moins étudiés que les deux premiers groupes, parce qu'ils sont plus difficiles à
faire connaître et à comparer. Il est probable cependant que les résultats d'une
étude approfondie de ce sujet ne seront pas sans importance : à côté des varia-
tions d'époques et de pays, on devine dans tous ces petits drames enfantins un
fond commun qui peut bien remonter parfois à une haute antiquité, et de nom-
breux vestiges de traditions anciennes ou de mœurs disparues. Les recueils de
ce genre, sans être fort nombreux, commencent à se multiplier : en Angleterre,
en Allemagne, dans les pays Scandinaves, en Provence, en Espagne, en Sicile,
on a déjà rassemblé d'intéressants matériaux. Le petit livre de M. Maspons
apporte la contribution de la Catalogne, et cette contribution est riche et de bon
aloi. L'auteur aurait pu disposer sa matière plus simplement et surtout la classer
d'une façon plus commode; au moins aurait-il dû compenser par un index
l'absence de divisions marquées. Malgré ce léger défaut, la collection catalane
est la bien-venue, et M. Maspons, à qui nous devons déjà le recueil des contes
populaires de son pays, s'est acquis un nouveau titre à la reconnaissance des
amateurs de littérature comparée.
1 0 5 . — Tableau chronologique et alphabétique des principaux événements
de l'histoire du monde, par Alfred Dantès. Paris, Boyer, 1875. Gr. in-8*, 2 col.,
loj p.
Ce petit ouvrage donne d'abord la liste, année par année, des principaux
événements depuis « la création du monde » jusqu'en 1874; les mêmes événe-
ments sont ensuite rangés par ordre alphabétique d'après leurs traits les plus
saillants. Une liste aussi courte est nécessairement bien sommaire ; cependant,
" • pour aider la mémoire et faciliter certains points de vue d'ensemble, elle peut
n'être pas inutile. Elle paraît dressée avec assez de soin, notamment pour la partie
nécrologique. L'auteur annonce un Dictionnaire biographique et bibliographique des
hommes les plus remarquables dans les lettres, les sciences, les arts, qui semble fait
sur un plan commode.
106. — Das Volksschauspiel Doctor Johann Faust. Mit geschichtlicher Ein-
leitung und einem Verzeichniss der Literatur der Faustsage von 1510 bis Mitte 187J.
Herausgegeben von Cari Engel. In-12. Oldenburg. 1874. Druck und Verlag der
Schulzeschen Buchhandlung. — Prix : 3 fr. 80.
Ce petit livre comprend trois parties distinctes d'inégale longueur et d'impor-
tance non moins inégale, mais auxquelles l'éditeur a eu le tort, je crois, de don-
ner une pagination différente : 1° une introduction (p. 1-40) où sont passés en
revue les témoignages contemporains relatifs à l'existence d'un personnage his-
torique du nom de Faust ; 2° le drame populaire du xvi® siècle précédé d'un
prologue (1-47); 3° un catalogue de tous les écrits dont la légende a été l'objet ou
l'occasion depuis 15 10 jusqu'en 1873 (p. 1-95). On le voit, cette publication
J50 ^'t H;. REVUE CRITIQUE
n'a de commun avec celle de Simrock, qui l'a précédée de deux ans seulement,
que le Puppenspiel; elle est ainsi loin de faire double emploi avec le livre du cé-
lèbre germaniste.
Le Faust historique par lequel s'ouvre l'ouvrage de M. C. Engel n'est, comme
le nom l'indique, rien moins qu'une paraphrase ou un extrait de la légende po-
pulaire bien connue; c'est un essai, sinon pour refaire, à l'aide des témoi-
gnages du temps, l'histoire véritable de Faust, du moins pour découvrir,
sous le héros fabuleux du Volbbuch, le personnage réel qui s'y cache ou y a
donné naissance. Simrock avait aussi entrepris cette recherche à la fin de son
Faust, et il était arrivé à cette conclusion que le héros de la légende n'était autre
que l'inventeur de l'imprimerie, transformé en magicien par l'imagination popu-
laire. M. Engel ne partage point cette opinion et il étudie la question à un tout
autre point de vue ; s'appuyant exclusivement sur les témoignages que lui offre
le commencement du xvi^ s., il admet comme prouvé que Faust était un charla-
tan ou un imposteur, contemporain de la réforme, et parvenu à la célébrité grâce
à son habileté dans la magie. Cette conclusion ne saurait satisfaire ; et quelque
valeur que puissent avoir les témoignages qui sont ici rassemblés, ils ne suffisent
point pour établir d'une manière certaine et définitive la naissance de la légende
telle que nous la connaissons, encore moins pour en expliquer le caractère si
souvent antique. M. Engel ne répond pas d'ailleurs aux diverses objections que
soulève la question. Y a-t-il eu plusieurs Faust.'' Quel était, en particulier, le
personnage dont le charlatan du xvi^ siècle se donnait pour le disciple ou le
successeur, quand il prenait le nom de F ausîus junior? De tout cela pas un mot.
Il y a là évidemment, dans l'explication qui nous est proposée, une lacune qu'on
regrette que l'auteur n'ait point essayé de combler.
On est mieux renseigné sur l'origine et l'histoire du drame populaire, et
l'édition qui nous en est donnée par M. Engel, faite d'après l'unique manus-
crit contemporain, doit être pour nous la bienvenue. Si sous cette forme, en
effet, ce drame présente parfois moins d'intérêt tragique que dans la rédaction de
Simrock, il est, du moins dans sa première partie, plus complet, et il y a
un intérêt véritable à comparer les deux textes. C'est là surtout, avec la notice
bibliographique soigneuse qui le termine, ce qui fait le mérite du livre que
nous annonçons. *»»
107. — Histoire des progrès de la Géographie de 1857 à 1874, par E.
CoRTAMBERT. Parls, Paul Dupont. 1875. Gr. in-8% 142 p.
Cet opuscule est destiné à compléter , en la mettant au courant des récents
travaux, une édition précédemment publiée de la géographie de Malte-Brun.
Il est divisé en trois parties: 1° Voyages, découvertes, travaux géographiques
et topographiques, communications générales du globe; — 2" Mouvement de la
littérature géographique; — 3° Nécrologie géographique. C'est un résumé du
mouvement géographique dans ces dix-sept dernières années. L'auteur voulant
éviter tout développement, l'a rédigé dans une forme succincte qui est presque
celle d'un mémento. Sa notice contient de la sorte un grand nombre de faits et
d'histoire et de littérature. 351
d'indications, mais nous croyons que l'auteur l'eût rendue d'une utilité plus
pratique en donnant des renseignements bibliographiques sur tous les ouvrages
qu'il signale ■ .
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 2 1 mai 1 87 5 .
Le ministre de l'instruction publique transmet à l'académie la photographie
d'un objet employé comme amulette dans les pays barbaresques, envoyée par
M. Cherbonneau, une collation du texte des Gesta Francoram, faite à Rome par
M. L. Clédat, envoyée par M. A. Dumont, et de nouveaux estampages envoyés
par M. de S'" Marie. — Un grand nombre d'ouvrages sont adressés à l'académie :
beaucoup sont en danois et viennent de Christiania.
M. Ravaisson présente de la part de M. le D'" Schliemann une traduction
anglaise de son livre sur les antiquités de Troie. Cette traduction contient des
gravures, une carte et plusieurs plans qui n'étaient pas dans l'édition originale.
M. Ravaisson ajoute que depuis la publication des découvertes de M. Schliemann
le nombre des personnes qui ont adhéré à ses conclusions n'a fait qu'augmenter.
Il rappelle le dévouement dont il a fait preuve dans la recherche des antiquités
troiennes, et insiste sur la reconnaissance qui lui est due. — M. Schliemann,
présent à la séance, reçoit les remerciements que lui adresse M. le président
Alfred Maury au nom de l'académie.
M. de Longpérier communique au nom de M. Abadie les premiers résultats
des fouilles faites à Montmartre à l'occasion des travaux entrepris pour la
construction de l'église du Sacré Cœur. On a trouvé un cimetière du 1 3^ ou du
14* s., dans lequel à côté des cadavres étaient de petits pots à encens en terre
jaune ornés de stries rouges, en usage à cette époque, et plus bas d'autres
sépultures, qui remontent à l'époque mérovingienne. Dans ces dernières ont été
trouvées des boucles de ceinturon d'un travail germanique, une pièce de
monnaie de l'impératrice Sabine, femme d'Hadrien, et des boucles d'oreille en
or, dont l'une présente le dessin le plus élégant : M. de Longpérier met ces
objets sous les yeux des membres de l'académie.
M. Desjardins lit un mémoire sur les inscriptions du corps de garde de la
7® cohorte des vigiles de Rome, qui ont été découvertes il y a quelques années
et publiées par M. Henzen dans le Bulletin de l'institut de correspondance
archéologique de Rome en 1 867 et 1 874. Les vigiles, corps de pompiers et de
gardes de police institué par Auguste, formaient 7 cohortes dont chacune sur-
veillait deux des 14 régions de la ville; il y avait un corps de garde, excubito-
rium, dans chaque région. C'est du corps de garde de la région du Transtévère,
I. Il n'est pas exact de dire que a M. Bœckh a fait une carte ethnographique et lin-
» guistique (Sprachkarte) de PAllemagne » (p. 55). M. C. confond ici M. Bœckh avec
M. Kiepert. M. Bœckh n'a fait qu'un ouvrage sur la statistique des populations de langue
allemande en Europe et une carte linguistique de Prusse.
3 52 REVUE CRITIQUE D'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
Tune de celles que surveillait la -]" cohorte, que proviennent les inscriptions en
question. Ce sont des graffiti écrits par les soldats eux-mêmes. Presque tous ont
pour objet de constater que celui qui l'écrit a fait, pendant tel mois, un service
indiqué par les mots sebaciaria feciî ; quelquefois celui qui a fait ce service se
désigne lui-même par le terme de sebaciarius. Ce mot vient évidemment de
sébum, s.uif. M. Henzen, s'appuyant sur des mentions obscures contenues dans
deux ou trois de ces inscriptions, a cru que le service des sebaciaria consistait
dans l'obligation où auraient été alternativement les soldats de fournir à leurs
frais le suif pour les luminaires nécessaires au service du poste. M. Desjardins
ne le pense pas. Il fait remarquer que la mention du service fait par tel ou tel
est fréquemment accompagné de remarques telles que les suivantes : omnia Ma,
sine querela, ce qui indique que le sebaciarius veillait sur l'ordre public; felicis-
sime, féliciter, ce qui montre que ce service n'était pas sans difficulté; saluis com-
manipulis suis, d'où il résulte que celui qui le faisait conduisait une petite troupe
d'hommes sur la sécurité desquels il devait veiller. A leur tour ceux-ci devaient
le protéger, car le service était dangereux : l'auteur d'une de ces inscriptions,
ayant fmi son mois, adresse ses remercîments au génie du corps de garde et à
ses compagnons, genio escubitori et ceomanipulis suis. On voit aussi un sebaciarius
se plaindre de la fatigue : « Fufius Getulicus dicit : Lassus sum , successore[ra
» date]. » De ces détails et de quelques autres M. Desjardins conclut que le
service des sebaciaria devait consister à conduire les patrouilles nocturnes. Le
'nom viendrait de ce que ces patrouilles portaient pour éclairer leur chemin des
torches ou flambeaux de suif. C'est ainsi qu'aujourd'hui encore en certains pays
on dit souvent « Voici le falot » pour « Voici la patrouille ».
M. le président signale à l'académie la perte qu'elle a faite d'un de ses corres-
pondants en la personne de M. Eichhofî.
M. Renan offre de la part de M. Pricot de S'^ Marie une brochure sur l'Her-
zégovine. Il rappelle à cette occasion les services que M. de S'* Marie rend à
l'académie par ses nombreux envois d'estampages ; le nombre des inscriptions
puniques dont on lui doit la connaissance approche de deux mille.
M . Aube termine la lecture de son mémoire sur le martyre de S^^ Félicité et
de ses sept fils. Il ne pense pas que les actes de ce martyre tels qu'ils nous sont
parvenus soient authentiques. Il ne conteste pas l'interrogatoire des huit accusés,
auquel il reconnaît un caractère de vérité. Mais les autres détails du récit sont
à son avis fabriqués après coup : il signale comme particulièrement invraisem-
blable la mention d'une émeute des pontifes qui aurait forcé l'empereur et le
préfet de la ville à sévir contre la famille de Félicité. Il ne pense pas en tous cas
que l'exécution de Félicité et de ses fils ait eu lieu au temps de Marc Aurèle
comme le voulait M. de Rossi. S'il fallait fixer une autre date, il préférerait indi-
quer les premières années du 5® siècle.
M. Boutaric commence la lecture d'un mémoire sur les origines du régime
féodal et particulièrement sur l'immunité. Julien Havet.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
formen. Gœttingen, Vandenhœck u. Ruprecht. ln-8% iv-207 p. (bon dictionnaire
des difficultés de la langue latine).
Philosophische Monatshefte. Leipzig. 1875. Tome XI, jMivraison,
Questions religieuses. Analyse du livre de Hartmann : La Destruction spon-
tanée du, Christianisme et la Religion de l'avenir. — Hûber, prof, à Munich : La
(Question religieuse : contre E. de Hartmann, au point de vue théiste et chrétien.
Philosophie de l'Histoire. R. Flint, prof, à Saint-André (Ecosse). Philoso-
phie de l'Histoire en Europe, t. I, contenant seulement la France et l'Allemagne,
du XVI* au xixe siècle, de Bodin à Comte et à Michelet, de Leibniz à Lazarus et
à Lotze.
Psychologie. Franz Brentano, prof, à l'Univ. de Vienne. La Psychologie au
point de vue empirique, t. I. De la méthode en psychologie : Classification des
phénomènes psychiques.
Fragments sur l'Étude de la science de l'Homme, de la Société et de l'État
(W. Dilthey). — Bibliographie et renseignements.
Nordisk Tidskrift for Filologi og Paedagogik. Ny Raekke. 2 Bd,
1 . Haefte. Contribution à l'étude de VUmlaut en i, principalement à l'époque
antérieure à la séparation des langues germaniques (Leffler). — Les flexions
verbales en grec (d'après Curtius, par Knôs). — Revues. Motte, Étude sur
^Marcus Agrippa (L. U.). — Varia. Travaux publiés dans les programmes de
-diverses écoles en 1874 C^- ^O- — Notes étymologiques (Steffenson). — In
"'^Lucianum (Gertz). — Nécrologie. Cari August Walberg (C).
Bibliographia Critica de Historia e Litteratura , publ. p. A. COELHO.
Fasc. XI-XII. Cancionero de Lope de Stdniga. — Le livre de Ferdinand
Colomb, par d'AvEZAc. — Rom.ancero del Cid (Ed. Carolina Michaelis), —
Documents pour servir à l'étude des dialectes roumains, par E, Picot. — Zur
Katharinenlegende, von A. Mussafia. — Beitrag zur Kunde der norditalischen
Mundarten im xv. Jahrh., von dems, — Li dis dou vrai aniel, von A. Tobler.
— Dictionnaire d'Étymologie française, par A. Scheler. (Beaucoup des articles
de cette revue sont des reproductions d'articles de la Revue critique.)
h: La Hivista Europea, Mars 1875. R. Pareto, Roma e l'agro romano. —
Lettere inédite di F. de Boni. — La Chiesa e lo stato in Italia (fin). — Patuzzi,
Cesare Bettoloni (suite). — Revue de l'instruction élémentaire et secondaire en
Italie (C. Rosa). — Notices littéraires et bibliographiques françaises, italiennes
et slaves.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES,
■ - AVIS. — On peut se procurer à la librairie A, Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
-'magasin. ■■ ^^^/^-i
^ -^Abhandlungen, sprachwissenschaftliche.
'^''' Hervorgegangen aus G. Curtius' gram-
matischer Gesellschaft zu Leipzig, ln-8*,
175 S. Leipzig (Hirzel). 5 fr. 35
JEneee commentarius Poliorceticus rec.
A. Hug. In-S", xij-
ner).
S. Leipzig (Teub-
2 fr.
Althaus (E.). Quaestionum de Julii Pollu-
cis fonlibus Spécimen* In-8*, 40 S. Ber-
lin (Weber). i fr. $0
Amira (K. v.). Erbenfolge u. Verwandt-
sthafts-Gliederung nach den Alt-Nieder-
deutschen Rechten. In-8', x-22 5 S.
Mùnchen (Ackermann). 6 fr. 50
Aristoteles' Werke. Griechisch und
Deutsch u. m. sacherkla;r. Anmerkgn.
4. Bd. Aristoteles ùb. die Dichtkunst.
- Hrsg. V. D' F. Susemiiil. 2. Aufl. In-8',
. xxxvj-313 S. Leipzig (Engelmann).
5 fr- 5 5
Bailleu (P.). Quomodo Appianus in bel-
lorum civilium libris II-V usus sit Asinii
Pollionis historiis. In-S", 54 p. Berlin
(Weber). i fr. 50
Benfey (T.). Einleitung in d. Grammatik
der vedischen Sprache. i. Abhandlg.
Der Samhitâ-Text. In-4*, 40 S. Gœttingen
(Dieterich). 2 fr. 2j
Ueber die indogermanischen Endungen
' d. Genetiv Singularis îans, îas, îa. In-4*,
61 S. Gœttingen (Dieterich). 3 fr. 2$
Bernard (E.). William Langland. A
grammatical treatise. In-8*, 94 S. Bonn
(Strauss). 2 fr. 75
Blass (F.). Die attische Beredsamkeit. 2.
Abth. Isocrates u. Isaios. In-8*, 550 S.
Leipzig (Teubner). 18 fr. 75
Bluhme (F\). Die gens Longobardorum.
2. Hft. Ihre Sprache. In-8°, vj-54 S.
Bonn (Marcus). 2 fr.
Brugsch-Bey (H.). Histoire d'Egypte.
I" partie. 2' édit. In-8°, 180 p. Leipzig
(Hinrichs). 6 fr.
Déservillers (De). Du personnage d'Hil-
debert, son origine, ses relations avec le
Vendômois. In-8°, 12 p. Angers (imp.
Lachèse, Belleuvre et Dolbeau).
E'wald (P.). Walram v. Naumburg. Zur
Geschichte d. publicist. Literatur d. XI.
Jahrh. In-8*, 86 S. Bonn (Strauss).
2 fr. 75
Garcin de Tassy. La langue et la litté-
rature hindoustanies de 1850 à 1869.
2« éd. In-8°, 494 p. Paris (Maisonneuve
et C-).
Gidel (C.). Histoire de la littérature fran-
çaise, depuis son origine jusqu'à la Re-
naissance. Petit in-12, 476 p. Paris
(Lemerre). 2 fr. 50
Hoefer (F.). Histoire des mathématiques,
depuis leurs origines jusqu'au commen-
cement du XIX« siècle. In- 18 Jésus, iij-
606 p. Paris (Hachette et G*). 4 fr.
Italia. Hrsg'. v. Hillebrand. i. Bd. viij-
324 S. Leipzig (Hartung et Sohn).
10 fr. 75
Kaulich (W.). System der Metaphysik.
In-8*, xiv-470 S. Prag (Tempsky),
io fr. 75
Klein (J. L.). Geschichte d. Drama's.
II. Bd. I. Abth. In-8°. Leipzig (T. O.
Weigel). 14 fr. 75
Les tomes I à XI. 1" partie. I99f. 15
Loubers (H.). Quid de forensi eloquentia
senserit Antonius Loysellus. Dissertatio
academica. In-8°, 7^ p. Paris (Thorin).
Maillard (A.). Histoire de la littérature
française depuis les origines jusqu'au
XIX" siècle. 2" éd. revue et corrigée.
ln-8*, 187 p. Dresde (Schœnfeldj. 2 f. 75
Michelet (J.). Histoire de France. Nou-
velle édition revue et augmentée. T. 12
à 17 (fin). In-8*, 2064 p. Paris (Lib.
internationale). Chaque volume. 6 fr.
Rapports au ministre sur la collection
des documents inédits de l'histoire de
France et sur les actes du comité des
travaux historiques. In-4% 188 p. Parii
(Imp. nationale).
Scherer (W.). Vortraegeu. Aufsaetze zur
Geschichte d. geistigen Lebens in Deutsch-
land und Œsterreich. In-8*, vj-43 1 S.
Berlin (Weidmann). 10 fr. 75
Spiegel (F.). Arische Studien. i. Hft.
In-8°, 192 S. Leipzig (Engelmann). 5 fr.
■Volkmann(R.). D. Rhetorikd. Griechen
u. Roemer in systematischer Uebersicht
dargestellt. 2, durch Berichtiggn. und
Zusaetze verm. Ausg. In-8', viij-508 S.
Leipzig (Teubner). 13 fr. 35
"Wecklein (N.). Studien zu Euripides.
Mit e. Anhang zu yEschylus, Sophokles
u. den Bruchstùcken der griech. Tragi-
ker. In-8', 142 S. Leipzig (Teubner).
5 fr- 3 5
"White (J.). Te Rou; or, the Maori at
Home: a Taie exhibiting the Social Life,
Manners, Habits, and Customs of the
Maori Race in New Zealand prior to the
Introduction of Civilisation amongst then.
In-8°, cart. 342 p. London (Low).
I 3 fr. I $
Zonarae (J.) epitome historiarum. Cum
C. Ducangii suisque annotationibus éd.
L. Dindorfius. Vol. V. In-8*, 303 p.
Leipzig (Teubner). 4 tr.
Les J volumes. 21 fr.
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N' 23 Neuvième année. 5 Juin 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE Ï'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÊAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction : M. Stanislas G u yard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
22e FASCICULE.
Lire OT IhÎII^Ç ^^ Philippe. Poème en vers politiques de
tl"^ r l_i JZ/ U r\0 Philippe le Solitaire, publié dans le texte
pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé
E. Auvray, licencié ès-lettres. î f"*- 75
COLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE)
5e FASCICULE.
JL-i • tv 1 1 1 r_i tv Les noms de famille. 3 fr. 50
G-pv A Q T Q Les Contes orientaux dans la littérature française du
• Jr r\ Iv 1 O moyen-âge. Broch. in-8°. i fr.
En vente à la librairie Lippert, à Halle, et se trouve à Paris, à la librairie
A. Franck (F. Vieweg propriétaire), 67, rue Richelieu.
H^ ^ Tjr T T /-^ TT A o T~\ '"p Ritomell und Terzine. In-
. oUn U L-ii ArvU I 40. iofr.75
PÉRIODIQUES.
K.i'if -fn. -*;■■*■
The Academy, N" 1 58, new séries, 1 5 mai. W. Farquhar Hook, Lives of
the Archbisiiops of Canterbury. Vol. X. London, Bentley and Sons (M. Crei-
ghton). — The Black Book of the Admiralty : Appendix. Part III. Ed. by sir
Travers Twiss. London, Longmans and Co. and Trùbner (J. Westlake). —
Atkinson, History of Cleveland, Ancient and Modem. Vol. I. London, Simpkin,
Marshall and Co. (J. J. Cartwright). — C. F. Allen, De Tre Nordiske Riges
Historié, under Kong Hans, Christian II, Frederick I, Gustav Vasa, etc. 1497-
1 536. Kjœbenhavn (E. C. Otté : l'auteur, mort aujourd'hui, a écrit un intéres-
sant volume, dans la manière de Macaulay, sur cette période de l'histoire de
Scandinavie). — Minor historical Books (notes de l'éditeur sur les ouvrages
suivants : Life and Times of Alexander 1, Emperor of Ail the Russias, by Joyne-
ville; The Duke and the Scholar (le duc de Luynes et Huillard-Bréholles), by
Oliphant; Summary of Modem History, by Michelet; Saint-Ewen : Bristol and the
Welsh Border, 577-926; History of Gustavus Adolphus, by Cronholm), — Notes
and News. — Notes of Travel. — Heinrich Ewald (notice nécrol. : T. K. Cheyne).
— Mr. Carlyle's Portrait of John Knox. — New York Letter (nouvelles litté-
raires : J. L. Gilder). — Correspondence. The Association to protect the rights
of Authors (MoY Thomas). — « Pepys' Diary» (Bickers and Son; Mynors
Bright). — Lenormant, La Magie chez les Chaldéens et les Origines Acca-
diennes. Paris, Maisonneuve (A, H. Sayce : art. très-élogieux). — Science Notes.
Philology (nouveaux résultats acquis à la science par la brochure de M. Euting:
Sechs Phônikische Inschriften; appréciation peu favorable, et c'est justice, de la
brochure de M. Hyde Clarke, intitulée : Researches in prehistoric and protohistoric
Comparative Philology, etc.). — Meetings of Societies (Soc. des antiquaires, d'ar-
chéologie biblique,' de philologie).
The Athenseum, N° 2481, 15 mai. Malleson, A Historical Sketch of the
Native States of India. Longmans and Co. (sans valeur). — Bossuet and his
Contemporaries. Rivingstones. — Gairdner, Epochs of History. — The Houses
of Lancaster and York, w^ith the Conquest and Loss of France. Longmans and
Co. (excellent ouvrage classique). — « The Interior of New Guinea » (Hyde
Clarke; F. T. Pratt Barlow). — Prof. Ewald (not. nécrol.). — Literary
Gossip. — Societies (Inst. archéologique. Soc. de Philologie). — The Rock Edicts
of Asoka (A. Cunningham : annonce qu'il a rapporté de Pinde des reproductions
complètes et fidèles des inscriptions d'Asoka). — Miscellanea. Kemps (A. Hall).
liiterarisches Centralblatt, N°2i, 22 mai. Hertzberg, Der Untergang
des Hellenismus. Halle, Buchh. d. Waisenhauses. In-8°, viij-57! p. (bon ou-
vrage). — Kleine Denkmaeler aus der Merovinger Zeit. Herausg. v. Arndt
(cf. Rev. crit., 1874, II, p. 230). — Stumpf-Brentano, Die Wirzburger Im-
munitset-Urkunden des x. u. xi. Jahrh. Innsbruck, Wagner'sche Univ. -Buchh.
In-8°, 76 p. (l'auteur démontre que ces diplômes sont faux). — Deutsche Reichs-
tagsakten. 2. Bd. Hrsg. v. Weizs^cker. Mûnchen, Oldenbourg. In-4'', xx-
544 p. (on ne reproche à cet excellent ouvrage que l'absence d'un glossaire des
mots moyen-haut-allemands; ce second volume embrasse en effet les années
1 388-1 397). — L0EHNIS, Drei Monate im Orient. London, Siegle. In-8°, xv-
2C)8 p. — ScHwEWFURTH, Im Herzen von Africa. Leipzig, Brockhaus. In-8°,
xiv-599; xiv-561 p. — Prokesch-Osten, Nilfahrt bis zu denzweiten Katarak-
ten. Leipzig, Brockhaus. In-S", xiv-584 p. (destiné à servir de guide aux voya-
geurs en Egypte). — Marno, Reisen im Gebiete des blauen u. weissen Nil.
Wien, Gerold's S. In-8°, viij-520 p.
Jenaer Literaturzeitung, 1875, n° II, 13 mars. Ritschl, Die christlische
Lehre von der Rechtfertigung und Versœhnung. Bd. III. Bonn, Marcus. In-8°,
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 23 — 5 Juin — 1875
Sommaire : io8. De Kbemer, Histoire de la Civilisation musulmane, t. I. — 109.
Ebert, Histoire de la littérature latine chrétienne. — 110. Zupitza, Manuel du
vieil anglais; WUlker, Chrestomathie paléo-anglaise, i''" p. — in. Reclus, Nou-
velle Géographie universelle, fasc. i et 2. — Correspondance : Lettre de M. G. d'Eich-
thal à M. Vidal-Lablache. — Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
108. — Culturgeschlchte des Orients unter den Ghalifen, von Alfred von
Kremer. Erster Band. Wien. 1875. 1 vol. in-8*, x-547 p. — Prix : 16 fr.
L'histoire de la civilisation musulmane, pour laquelle tant de matériaux im-
portants ont été réunis depuis un demi-siècle, n'avait pas été jusqu'à présent
étudiée dans son ensemble. Nous possédons, il est vrai, d'estimables travaux sur
les origines de l'islamisme, sur la vie et le génie de son fondateur, sur les légis-
lations et les principaux monuments littéraires des peuples soumis au Koran,
mais la philosophie de leur histoire était encore à faire. C'est la tâche que vient
d'entreprendre un savant orientaliste préparé à cette œuvre difficile par un long
séjour en Orient et par l'étude de ses principaux historiens.
Hors du cercle de nos travaux, la société musulmane du moyen-âge est restée
ignorée ou méconnue, ou pour mieux dire, les préventions de l'esprit de secte
et les fausses spéculations du xviii'' siècle en ont laissé une image infidèle qui
persiste malgré les progrès des recherches historiques. On risque de passer pour
un esprit paradoxal, si l'on prétend que le foyer de la civilisation au ix^ siècle
était à Bagdad ; on provoque un sourire incrédule, si l'on cherche à démontrer
que le Khalifat arabe avait alors sur le monde occidental l'avantage d'une orga-
nisation politique plus vigoureuse, d'une administration plus régulière, que la
société arabe l'emportait sur la société féodale par sa culture intellectuelle, par
la largeur et l'indépendance de ses conceptions. Rien cependant n'est plus in-
contestablement établi par le dépouillement de ces immenses archives historiques
et littéraires dont les meilleurs documents ont passé des medressèhs d'Orient dans
nos bibliothèques. Dès l'année 835, un disciple de l'école Moutazalite (rationa-
liste) posait en axiome «que le doute est la base de l'investigation scientifique. «
Vers la même époque, les écoles juridiques de Bagdad discutaient et adoptaient
des principes tels que ceux-ci : « L'aveu, s'il est obtenu par l'emploi de la force,
» n'est pas recevable en justice. — Nul ne peut être privé de sa liberté sur une
» simple présomption de culpabilité. — La vie de l'infidèle et de l'esclave est
» aussi précieuse que celle du vrai croyant. » Ni les caprices du despotisme, ni
les déchirements intérieurs des sectes religieuses n'avaient eu encore de prise
sur le beau système de gouvernement établi par les premiers Omayyades et
développé par les princes de la dynastie d'Abbas. Des routes partant du cœur de
l'empire et allant d'une part jusqu'aux frontières de l'Inde et de la Chine, de
XV 2?
354 REVUE CRITIQUE
l'autre jusqu'au Sahara et à l'océan Atlantique assuraient un cours régulier à la
levée des impôts, aux mouvements de troupes, au pèlerinage et au commerce.
Un système de centralisation aussi savant mais moins formaliste que le nôtre
reliait toutes les provinces à la capitale et étendait l'action du pouvoir régulateur
jusque dans les plus petites bourgades. Une police vigilante protégeait la sécu-
rité des citoyens et assurait la loyauté des transactions commerciales. Tel est,
pour s'en tenir aux traits principaux, le tableau que présente l'empire d'Orient
principalement sous Haroun Ar-raschîd et Mamoun ; il était bien fait pour attirer
l'attention d'un penseur et d'un écrivain exercé comme l'est l'auteur de la
Culturgeschichte.
Disons en quelques mots comment il a compris cette tâche séduisante mais
ardue. Le premier chapitre résume à grands traits le règne des quatre khalifes
orthodoxes ou, selon l'heureuse expression de l'auteur, la période patriarcale.
On voit le principe du suffrage populaire se combiner dans l'élection de ces
princes avec l'ancienne théorie de la suprématie d'âge (Senoriatsidee). La sou-
veraineté se présente à ses débuts avec un caractère plus religieux que laïque.
L'idée de la séparation entre l'Église et l'État n'a jamais été et ne pouvait pas
être une conception sémitique. Le khalife, c'est-à-dire le vicaire du Prophète
exerce son double pouvoir sous le titre de Prince des Croyants (Emir el-moumi-
nîn) et d'imâm « chef de la prière. « Mais la théorie de la légitimité, de la trans-
mission héréditaire n'ayant jamais été acceptée franchement par la nation, le
principe opposé, celui de l'élection, s'étant maintenu, un germe de mort s'intro-
duit dès l'origine dans cette charge suprême et il ne tardera pas à exercer une
influence funeste sur les destinées de l'empire musulman. Le chapitre III décrit
les premiers tâtonnements de l'administration khalifale; il signale les emprunts
faits aux institutions étrangères, surtout à celles de la Perse et de Byzance. L'idéal
d'un état démocratique et socialiste domine encore les réformes les plus impor-
tantes. Omar, le véritable fondateur de la première civilisation arabe, a sans
cesse cet objectif sous les yeux et cherche à le faire prévaloir dans le nouvel
ordre de choses. Le trésor appartient à la communauté religieuse oummet; les
dépenses nécessaires, la solde des troupes, le paiement des fonctionnaires, etc.,
une fois prélevées, toutes les sommes provenant de l'impôt et de la conquête
doivent être distribuées au peuple, depuis les descendants du Prophète qui
reçoivent la plus forte part, jusqu'au plus humble affranchi. Le recensement fait
avec tant de soin par ce khalife a surtout pour but de régulariser le partage des
revenus de l'État entre tous les ayants-droit. Le même prince divise ses sujets
en deux grandes catégories : les tribus arabes forment une caste privilégiée qui
seule a le droit de porter les armes et de combattre pro aris etfocis. La popula-
tion des pays soumis à l'islamisme, celle qui a conservé son culte local moyen-
nant une redevance annuelle, forme la deuxième classe, celle des laboureurs et
des marchands. C'est elle qui nourrit l'État et alimente le trésor, tandis que la
classe privilégiée n'a d'autres soins que de défendre la religion nouvelle et de la
propager par la conquête et la prédication.
Nous voudrions pouvoir suivre pas à pas l'intéressant exposé de l'administra-
d'histoire et de littérature. 355
tion sous les Omayyades et les Abbassides, mais il est bien difficile de résumer
en quelques lignes des pages aussi substantielles. Contentons-nous d'indiquer
parmi les morceaux les plus dignes d'attention le sixième chapitre qui traite de
l'organisation militaire depuis les premières conquêtes jusqu'à l'asservissement
des khalifes par les maires du palais émir el-omera. On y verra avec quelle habi-
leté les Arabes, comme autrefois les Romains, ont su s'assimiler la tactique et
l'armement qu^ils trouvaient chez l'ennemi et ont réussi ainsi à le combattre avec
ses propres armes. Dans le chapitre VII, le système financier est étudié jusque
dans ses moindres détails. Pour la première dynastie, il est vrai, les documents
font défaut et il faut se contenter de quelques aperçus donnés en passant par les
chroniqueurs. En revanche, pour la période des Abbassides, nous possédons
trois rôles d'impôts, de provenance certainement officielle, qui nous font con-
naître les ressources de l'État au viii^ et au ix® siècle , les redevances en numé-
raire et en nature de chaque province, le cadastre financier et les rendements
des départements les plus importants, comme la Mésopotamie (Smra^), etc.
M. de K. a soumis ces états à un contrôle rigoureux et a su en tirer une éva-
luation aussi exacte qu'elle peut l'être, étant données les incessantes variations
de la monnaie d'or et d'argent (dinar et dirhem) à cette époque.
Dès le chapitre suivant « L'organisme de l'État » nous quittons le terrain des
faits pour rentrer dans celui de la théorie. C'est à Mawerdi, légiste et économiste
distingué, que sont empruntées les principales définitions des fonctions publiques.
Ce savant écrivain nous révèle le caractère propre, les attributions spéciales de
la hiérarchie administrative, depuis le vicaire de Mahomet jusqu'au dernier em-
ployé de la police. Certainement la réalité s'éloigne ici de la théorie fondamen-
tale, et l'histoire donne de trop fréquents démentis aux règles étabhes par Ma-
v/erdi ; mais il n'en est pas moins intéressant de connaître l'idéal qu'on se faisait
alors du mécanisme gouvernemental. Signalons enfin le dernier chapitre « Das
» Recht « où les principes des quatre écoles de droit sont exposés avec beau-
coup de précision et de lucidité. Comme l'auteur, nous donnons la préférence à
l'école Hanéfite qui, mieux que ses rivales, a su s'élever au-dessus de la lettre
de la loi et donner aux préceptes du Koran et des traditions l'interprétation
la plus libérale.
Le deuxième et dernier volume auquel l'auteur consacre tout le temps que lui
laissent ses fonctions administratives, traitera spécialement de la loi religieuse,
du culte, de l'organisation de la famille, de la société dans ses manifestations
religieuses et civiles. Nous espérons qu'il y sera fait une large part à l'étude des
sectes indépendantes et à celle du mouvement littéraire sous les premiers Abbas-
sides. On sait combien l'influence des idées aristotéliques et néo-platoniciennes
a été forte à cette époque et combien elle a développé l'essor de la libre recherche
et de la spéculation philosophique. Le m" et le iv^ siècle de l'hégire brillent d'un
éclat passager mais vif qui illumine tout un côté presque ignoré du génie musul-
man; on ne saurait donc trop insister sur ce point.
L'ouvrage de M. de K. a provoqué, paraît-il, d'assez vives critiques. Nous
n'avons pas à rechercher pourquoi un travail publié à Vienne rencontre aujour-
d'hui de nombreux contradicteurs surtout dans l'Allemagne du Nord. Il se peut
356 REVUE CRITIQUE
que certains détails secondaires, quelques dates, quelques noms propres soient
sujets à caution : c'était chose inévitable dans un livre qui traite de tant de sujets
divers, qui remue tant d'idées et de faits. Nous-même nous pourrions y signaler
quelques défauts de proportion. Par exemple, le récit trop romanesque de la
mort de Mahomet (p. i à 4). Le chapitre second « Das stâdtische Leben » avec
ses jolies anecdotes tirées àeVAghani, est ici un hors-d'œuvre ; ou plutôt, d'après
le plan annoncé dans l'Avant-propos, il serait mieux à sa place dans le deuxième
volume. Enfin la topographie de Damas et la description d'un intérieur arabe
présentent aussi quelques longueurs. Mais ce sont là des fautes vénielles. Quant
aux idées générales, aux déductions que l'auteur tire des chroniques et des
documents officiels, elles nous paraissent inattaquables. Nous attendrons la
publication du tome II pour porter un jugement définitif sur une œuvre aussi
vaste, mais nous avons tout lieu de croire qu'elle sera dans son ensemble digne
de l'attention des penseurs et des érudits. M. de K. aura eu le rare mérite de
dégager la loi scientifique des faits présentés sans élévation ni critique par les
historiens et de fournir ainsi à l'histoire de la civilisation de l'ancien monde un
document aussi sûr, aussi complet que le comporte l'état actuel de la science.
Barbier de Meynard.
109. — Geschichte der christlich-lateinischen Literatur von ihren Anfaengen
bis zum Zeitalter Karls des Grossen, von Adolf Ebeut. Leipzig, Vogel, 1874, in-8«,
xij-624 p. — Prix : 16 fr.
Ce livre est comme l'introduction d'une œuvre beaucoup plus considérable
qui depuis longtemps occupe M. Ebert: il se prépare à nous donner une histoire
générale de la littérature du moyen-âge dans les contrées de l'Occident. C'est
une grande entreprise, qui demande un travail immense, et qu'au témoignage des
savants compétents il est plus capable d'accomplir que personne. Il lui a semblé
qu'une œuvre de ce genre devait être précédée d'une étude sur la littérature
latine chrétienne depuis ses débuts jusqu'à Charlemagne. C'est là, en effet, que
la littérature du moyen-âge a ses racines, et l'on ne peut se flatter de la com-
prendre et de la connaître qu'en voyant d'où elle est sortie.
L'ouvrage de M. Ebert commence par des considérations générales sur l'état
du monde romain au moment où parut le christianisme. Il y montre avec beau-
coup de force que, par un malheur inévitable, les progrès accomplis dans la
morale publique, et dont tous les honnêtes gens se félicitaient, s'étaient tournés
contre la sécurité de l'empire. La philosophie avait répandu l'idée de la fraternité
universelle (universi generis humani societas), et cette idée s'était bientôt insinuée
dans la législation et les habitudes. Le droit de cité avait été accordé à tous les
peuples de l'empire ; Rome d'abord, puis l'Italie avaient cessé de posséder aucun
privilège. C'était assurément un grand progrès, auquel applaudissaient les esprits
généreux; mais à mesure que s'étendait la patrie le patriotisme diminuait. Quand
la cité, fondement des sociétés anciennes, s'effaça devant l'humanité, l'énergie du
sentiment national fut affaibli. En même temps l'émancipation graduelle de la
femme, du fils, de l'esclave, brisaient peu à peu le cadre de la famille antique.
Les anciennes inégalités sociales ayant été aplanies par l'empire, l'aristocratie,
d'histoire et de littérature. 3 57
en qui le pouvoir résidait autrefois, disparut. On la remplaça par une sorte de
monarchie bureaucratique et administrative, qui était faite pour donner au gou-
vernement du monde une régularité mécanique, mais qui ne créait pas des forces
vives pour résister aux Barbares. C'est au milieu de cette société en décadence
que débute brusquement et par des œuvres éclatantes, vers la fin du second
siècle, cette littérature chrétienne, dont M. Ebert veut nous raconter l'histoire.
Il a divisé son sujet en trois périodes qu'il étudie successivement. La première
s'étend depuis le second siècle jusqu'à Constantin ; c'est l'époque où se forme la
littérature latine chrétienne. Cette littérature ne commence pas tout à fait comme
les autres; elle ne connaît pas d'abord, au moins en ce qui concerne la prose,
de tâtonnements et d'indécisions, et débute par deux chefs-d'œuvre : ce sont
VOctavius de Minutius Félix et VApologeticum de TertuUien. Dans un premier
travail ' , M. Ebert avait établi, sur des preuves solides, que de ces deux ouvrages
c'est VOctavius qui a précédé l'autre et lui a servi de modèle. Il nous montre ici
qu'ils représentent les deux faces diverses de l'esprit chrétien à ce moment.
Minutius Félix était évidemment de ceux qui voulaient attirer les payens à la
doctrine nouvelle en leur faisant toutes sortes d'avances et de concessions. Il ne
cite jamais les livres saints, il part de la philosophie antique et affecte de s'y
rattacher. Son livre est composé sur le plan du De naîura deorum de Cicéron ;
il contient beaucoup d'imitations de Sénèque, il est écrit avec agrément et
quelquefois avec recherche. Ce sont des qualités qui ne se trouvent plus chez
TertuUien. On dirait au contraire qu'il prend plaisir à se moquer sans pitié de
tout ce qu'aimait la société de son temps. Il exige qu'elle renonce à ses traditions
et à ses habitudes. Il hérisse pour elle de difficultés les abords du christianisme.
Les lettrés lui sont tout à fait indifférents, il les choque par ses idées, il les blesse
par son style : autant celui de Minutius est élégant et raffiné, voisin des délica-
tesses savantes de Fronton et des mignardises d'Apulée, autant celui de Tertul-
lien est brusque, grossier, populaire 2, Cette double tendance, qui se manifeste
avec tant d'éclat, au début même de la littérature latine chrétienne, chez Ter-
tuUien et Minutius Félix, se retrouvera chez les écrivains qui vont suivre. Les
uns repousseront tout mélange avec la civilisation antique, les autres chercheront
par tous les moyens à s'accommoder avec elle, et ce sont ces derniers qui fini-
ront par l'emporter. M. Ebert nous fait suivre avec le plus vif intérêt les progrès
de cette alliance qui s'est faite entre la culture ancienne et l'esprit nouveau, et,
loin de s'en plaindre, comme le font aujourd'hui beaucoup de critiques, il pense
qu'elfe était nécessaire et nous montre que la littérature chrétienne en est sortie.
C'est ce que l'étude des débuts de la poésie chrétienne lui permet de mettre
dans tout son jour. Dès l'origine, il s'y manifeste, comme dans la prose, deux
tendances opposées. Tandis que Lactance, dans son Phœnix, conserve si bien la
couleur antique que les deux religions semblent pouvoir revendiquer ce petit
1. Voyez Revue critique, 10 juillet 1869.
2. A ce propos M. Ebert soutient contre l'opinion générale qu'il n'y a pas d'africa-
nismes chez TertuWkn. Les expressions qu'on a désignées de ce nom, et qu'on croit
propres à la province d'Afrique, étaient, selon lui, des laçons de parler populaires qui se
retrouvaient partout. Je renvoie à l'étude fort complète et très-intéressante que M. Ebert
a consacrée au style de TertuUien, p. 35.
5 5^ REVUE CRITIQUE
poème •, Commodien, au contraire, se jette hardiment dans les voies nouvelles.
M. Ebert a étudié avec soin cet étrange poète, qui sembla deviner le moyen-âge
et employa d'avance quelques-uns des procédés qui ne devaient être en usage
que cinq ou six siècles plus tard. En pleine civilisation romaine, sous les règnes
de Dèce et de Valérien, au milieu d'une société de lettrés délicats et difficiles, il
écrit dans une langue souvent barbare des vers qui n'ont plus aucune mesure,
et même par moments il remplace la quantité par la rime 2. Mais ce n'est qu'une
tentative isolée. Ici encore l'opinion publique força les littérateurs chrétiens à revenir
vite à l'imitation des modèles classiques, et les poètes aussi bien que les prosateurs
n'éprouvèrent aucun scrupule à « mettre le vin nouveau dans de vieux vases. »
L'événement prouva bien qu'ils n'avaient pas tort : de cette alliance entre
l'ancienne civilisation et les doctrines nouvelles sortirent des oeuvres admirables
que M. Ebert étudie dans son second livre. Cette seconde période, qui s'étend
depuis Constantin jusqu'à la mort de S. Augustin, c'est-à-dire jusqu'aux invasions
des Barbares, est l'âge d'or de la littérature chrétienne. Elle arrive alors à sa
perfection et produit des écrivains comme S. Hilaire de Poitiers, S. Ambroise,
S. Augustin, S. Jérôme, dont M. Ebert analyse les principaux ouvrages. Il nous
fait suivre l'histoire de la poésie chrétienne depuis les timides essais de Juvencus,
qui se contente de chercher dans Virgile des expressions et des tours de phrase
dont il puisse revêtir les récits des livres saints, jusqu'à Prudence et à S. Paulin,
dans lesquels il retrouve les traits originaux de l'esprit français et du caractère
espagnol. Fidèle au dessein qu'il poursuit, il montre tout ce que le moyen-âge
a tiré des œuvres de Prudence, surtout de la Psychomachia, qui a donné naissance
à tant de poèmes allégoriques, et du Peristephanon, d'oh sont issues ces chansons
en langue vulgaire qui racontent les légendes des martyrs. Il insiste sur les débuts
de la poésie lyrique, et le fait d'autant plus volontiers qu'on se trompe sou-
vent sur la façon dont elle a commencé. Il est de mode aujourd'hui de prétendre
que dès le premier jour les hymnes de l'Église ont été écrites en dehors des
règles de la métrique ancienne et en désaccord avec elles. Westphal soutient,
dans son histoire de la métrique grecque, que l'accent y remplace tout à fait la
quantité. On imagine donc qu'un art nouveau est né avec le christianisme , et
on le félicite de n'avoir pas voulu se servir des rhythmes qu'employaient les
poètes payens pour chanter leurs dieux ou leurs maîtresses. Malheureusement
il n'en est rien, et tout ce système repose sur une méprise. Le nombre des
hymnes attribuées à S. Ambroise est considérable, mais toutes celles qui portent
le nom de l'évêque de Milan ne lui appartiennent pas. L'usage s'était répandu
d'appeler Hymni Ambrosiani celles qui de quelque façon semblaient écrites
i . M. Ebert a donné quelques raisons nouvelles qui permettent d'affirmer que l'auteur
du Phœnix était chrétien.
2, M. Ebert persiste à croire que Commodien a écrit et a vécu en Asie ; j'ai dit ail-
leurs pourquoi il m'était difficile d'accepter cette opinion (voyez Revue critique, 10 juillet
1869). A propos du poème de Commodien publié par D. Pitra, M. Ebert ne paraît pas
avoir connu un excellent travail de M. Schérer, intitulé : L'Apocalypse^ de Commodien,
qu'il a publié dans ses Mélanges de critique religieuse. La plupart des opinions soutenues
par M. Ebert se trouvent déjà chez M. Schérer, et les mêmes corrections sont faites au
texte corrompu du vieux poète.
d'histoire et de littérature, J59
dans sa manière; mais il en est, dans le nombre, d'une époque et d'une méthode
fort différentes de la sienne. Il faut donc commencer par distinguer soigneuse-
ment les Hymni Ambrosii des Hymni Ambrosiani. M. Ebert pense qu'il n'y en a
que quatre dont l'authenticité soit hors de toute contestation : ce sont celles qui
ont été citées par S. Augustin. Il se trouve précisément que toutes les quatre
sont écrites dans un mètre régulier, et avec un grand respect de la quantité.
Elles se composent toutes de 3 2 dimètres iambiques distribués en 7 strophes.
C'est un vers dont s'était beaucoup servi l'ancienne poésie payenne ; on ne voit
pas que S. Ambroise ait éprouvé aucun scrupule à l'employer. M. Ebert fait
remarquer aussi que l'iambe était à Rome beaucoup moins populaire que
le trochée, et réservé, du temps de S. Ambroise, à la littérature des gens du
monde. C'est donc une grande erreur de s'imaginer que la poésie chrétienne à
son origine ait voulu rompre avec les habitudes et les traditions du passé. Nous
voyons au contraire que S. Ambroise composait ses hymnes dans les mêmes
mètres et avec les mêmes procédés qu'on employait autour de lui. Il tenait à les
faire aussi correctes que possible, et il aurait été fort surpris qu'on lui fit un titre
de gloire des fautes de quantité qu'il pouvait commettre. C'était bien un art
nouveau qui naissait, mais la nouveauté lui vint du fond des choses ; quant à la
forme, il n'éprouva pas le besoin de la changer, et s'accommoda de celle qu'avaient
consacrée les chefs-d'œuvre de l'art antique. Il fut dès le premier jour populaire,
mais au meilleur sens du mot, non pas en cherchant à se faire comprendre et
agréer du peuple par l'emploi de procédés grossiers, mais en l'élevant jusqu'à
l'inteUigence et au sentiment d'une poésie supérieure. Si plus lard on désapprit
les règles anciennes, si l'accent et la rime remplacèrent dans les vers la quantité,
ce fut un effet inévitable de l'ignorance et de la barbarie. Il faut donc laisser
aux choses leur vrai nom, et appeler corruption et décadence ce qu'on voudrait
nous représenter comme une sorte de révolution et de rénovation, accomplie
volontairement par des gens qui en avaient conscience, pour trouver aux idées
nouvelles une forme qui n'eût pas servi et qui leur convînt.
Le troisième livre de M. Ebert est de beaucoup le plus considérable. Il com-
prend une période de trois siècles et demi, depuis la mort de S. Augustin jusqu'à
Charlemagne. On y assiste à la décadence de cette littérature dont M. Ebert nous
a fait admirer jusque-là les progrès. Parmi les nombreux écrivains qu'il étudie,
il se trouve encore des prosateurs distingués, et surtout des poètes de talent,
comme Dracontius et Avitus, mais à mesure qu'on avance la barbarie l'emporte.
L'étude de cette décadence serait assez rebutante si l'on n'en pouvait tirer des
renseignements utiles, M. Ebert avait montré dans les livres précédents comment
la littérature chrétienne s'était formée de l'alliance de l'esprit nouveau avec la
culture antique; il fait voir ici un troisième élément qui entre dans le mélange
et le complète. Chacun des peuples barbares qui s'établit dans l'empire introduit
dans les lettres quelque chose de lui-même, et il est curieux d'observer comment
cet élément nouveau s'accommode avec les anciens et les modifie. C'est ce qui
donne, par exemple, un assez vif intérêt à l'étude des poètes de VAnthologie.
Assurément Luxorius, Mavortius, Coronatus ont en eux-mêmes fort peu d'agré-
ments; mais ils nous apprennent quelle fut l'influence des Vandales sur la
560 REVUE CRITIQUE
littérature latine du V siècle, et à ce titre ils méritent d'être étudiés de près.
Tel est le livre de M. Ebert. Il est difficile d'en donner une idée exacte dans
une analyse aussi courte. Qu'il suffise de dire qu'il est fait à la fois pour les deux
publics: il ne peut manquer de plaire aux gens du monde par ^ordonnance habile
des parties et la clarté de l'exposition; en même temps, il contentera les savants
qui trouveront beaucoup à y apprendre. Les ouvrages de ce genre étaient rares
autrefois en Allemagne; ils y deviennent plus communs, et il est visible que
l'érudition cherche à s'y faire plus populaire et plus accessible. On peut être
assuré que le livre de M. Ebert est appelé au même succès que l'Histoire des
mœurs romaines de Friedlasnder, conçue dans le même esprit, et qui s'adresse
aussi aux savants et aux gens du monde. Gaston Boissier.
1 10. — Altenglîsches Uebungsbuch. Zum Gebrauche bei Universitaetsvorlesungen.
Mit einem Wœrterbuche von Julius Zupitza. In-8*, iv-137 p. Wien. 1874. Wilh.
Braumùller. — Prix : 5 fr. J5.
Altenglisches Lesebuch. Zum Gebrauche bei Vorlesungen und zum Selbstunterricht
herausgegeben von D' Richard Paul Wulker, Privatdocent an der Universitaet Leipzig.
L Th. Die Zeit von 1250-1350 umfassend. In-8', x-228 p. Halle, Lippert'sche Buch-
handlung. 1874. — Prix : 6 fr.
Les deux ouvrages que nous rapprochons dans cet article sont loin, malgré la
ressemblance du titre, de faire double emploi ou de répondre au même but.
Sous le nom de vieil anglais, en effet, M. Zupitza désigne l'idiome parlé en
Angleterre depuis la conquête de ce pays par les Anglo-Saxons jusqu'à l'époque
de la fusion définitive de la langue des vainqueurs avec les éléments romans im-
portés de l'autre côté de la Manche par les Normands ou empruntés directement
au latin. Cette fusion ayant eu lieu, comme l'on sait, vers le milieu du xiV siècle,
le Manuel de M. Z. comprend ainsi la période si importante qui s'étend de la
fin du V siècle, ou plutôt du vii^, car nous n'avons pas de monuments anglo-
saxons de date plus ancienne, jusqu'à environ 1 350.
Tout autre est l'objet de Pouvrage de M. R. Wûlcker. Réservant avec raison,
et comme on le fait d'ailleurs d'habitude, le nom de vieil anglais à cet âge de
transition où la langue parlée en Angleterre se dépouilla de ses anciennes flexions
et s'enrichit de mots romans, transformation qui commence vers le miHeu du
xiii* siècle pour se terminer, avec le mélange des différents dialectes, à la fin du
xve siècle, son recueil ne doit aller que de 1250 à i joo. Le volume qu'il
vient de publier comprend seulement la première des deux époques qu'on peut
distinguer dans cette période de près de trois siècles, celle du vieil anglais pro-
prement dit, laquelle s'étend de 1240 ou 1250 jusque vers 1350; un second
volume nous donnera la période du moyen anglais, qui va de 1 350 à 1 500.
Si la nature des ouvrages de MM. Z. et W. est déjà si complètement différente,
la forme n'en est pas plus ressemblante. Désireux de présenter sous un volume
restreint un recueil capable de donner une connaissance générale de Pidiome
parlé en Angleterre jusqu'à l'époque de la transformation définitive de l'anglo-
saxon en anglais, M. Z. s'est contenté d'extraits assez courts des auteurs les
plus célèbres de cette longue période ; les morceaux que renferme son recueil
sont au nombre de vingt-huit, et on se fera une idée de la variété qu'ils pré-
d'histoire et de littérature. 361
sentent quand on saura que le premier est un hymne de Csedmon et que le
dernier est tiré du Guy de Warwick de John Lydgate. Sous le numéro 2 nous
avons même quatre inscriptions runiques, accompagnées de notes nombreuses et
d'une traduction en anglo-saxon. Enfin un dictionnaire fait avec soin et très-
complet, autant que j'ai pu le vérifier, termine comme complément indispensable
ce petit recueil destiné à faciliter l'étude si difficile du vieil idiome parlé en
Angleterre, et à suppléer aux choix ou trop volumineux ou si indigestes qui l'ont
précédé.
Si VUebungsbuch de M. Z, s'adresse surtout aux amateurs de l'anglo-saxon, le
Lesebuch de M. W. est plutôt fait pour les lecteurs désireux d'arriver à une
connaissance approfondie de l'anglais par l'étude de ses plus anciens monuments.
Le recueil qu'il nous donne répond parfaitement à ce but ; les morceaux sont
non-seulement choisis avec soin, mais sont encore d'une assez longue étendue;
les divers dialectes, qui offrent dans les premiers temps de la langue des diffé-
rences si tranchées, y sont représentés par des extraits nombreux et importants.
Un autre avantage non moins grand, c'est l'abondance et l'étendue des notes
explicatives qui suivent les trente morceaux dont se compose le Lesebuch; les
débutants y trouveront, avec des indications grammaticales et littéraires pré-
cieuses, la solution des difficultés que ne donne point le dictionnaire par lequel
se termine le volume. Tout concourt ainsi à rendre commode et utile ce conscien-
cieux ouvrage et fait désirer que l'auteur ne nous fasse pas attendre trop long-
temps la seconde partie, dont l'intérêt, puisqu'il doit nous faire connaître les
écrivains anglais les plus célèbres du moyen âge , surpassera sans doute encore
celui de la première. C. J.
III. — Nonvelle Géographie nniverselle ; La Terre et les Hommes , par
Elisée Reclus. Paris, Hachette. 1875. Livraisons i et 2. 32 p. gr. in-S". — Prix
de la livraison ; 50 cent.
Cet ouvrage doit se composer d'environ 500 livraisons hebdomadaires. Le
nom de son auteur, un des meilleurs géographes français, le recommande au
public, surtout dans notre pénurie d'ouvrages géographiques. Ce sera certaine-
ment un ouvrage remarquable et les « 2000 cartes intercalées dans le texte ou
» tirées à part » que nous promettent les éditeurs en augmenteront encore
la valeur. Nous attendrons pour juger l'ouvrage qu'un plus grand nombre de
livraisons parues nous permette de l'apprécier dans son ensemble. Nous nous
bornerons aujourd'hui à quelques critiques sur les « Observations générales »
qui remplissent les deux premières livraisons, et sur les illustrations qui les
accompagnent.
La mention de « 2000 cartes intercalées dans le texte ou tirées à part » fait
très-bien sur le titre. Il vaudrait peut-être mieux pourtant que les cartes fussent
moins nombreuses et plus soignées. Les cartes intercalées dans le texte d'un
volume in-8° ne peuvent avoir de netteté qu'à la condition de représenter dans
le détail un bout de pays qui offre un intérêt particulier. La carte de l'ancien et
du nouveau cours de la Piave que donne le prospectus en est un excellent exemple.
Mais vouloir faire ressortir les particularités d'une région comme l'Europe dans
^62 ' REVUE CRITIQUE »f:>HVih
une carte large de lo centimètres et haute de 7 est simplement chimérique. A
cet égard, il nous est impossible d'accepter pour autre chose que pour des cari-
catures géographiques les cartes du Keïuj de l'Europe et de la Zone isothermique
de l'Europe qui figurent pages 1 2 et 2 5. Nous désirons que les livraisons suivantes
ne nous en apportent pas de semblables.
Cette critique s'adresse peut-être plus aux éditeurs qu'à l'auteur. Mais nous
devons reprocher à ce dernier de trop chercher à donner à son oeuvre un cachet
exclusivement littéraire. Le style de M. Elisée Reclus est naturellement imagé et
surtout attachant parce qu'on y sent une pensée originale et personnelle : mais
M. R., subissant peut-être l'influence d'une Revue célèbre où il a beaucoup
écrit, se laisse volontiers aller à écrire de ces phrases où des amplifications
vagues tiennent la place des faits, des chiffres, des dates. On en jugera par un
seul exemple; il s'agit de l'origine des populations européennes: « Sommes-nous
)) les « Fils du sol », les « rejetons des chênes », comme le disaient les tradi-
» tions anciennes en leur langage poétique...., etc. ?» M. R. ne donne ni le
terme exact, ni la date, ni le lieu de ces poétiques appellations. Tout est écrit
dans ce style, sans précision, sans références, ni notes. M. R. a sans doute
craint de paraître pédant ; il a voulu faire un ouvrage de vulgarisation et non un
ouvrage de science ; mais est modus in rébus, et à fuir l'apparence du pédantisme
on risque de se donner l'apparence de la frivolité. La façon dont M. R. semble
comprendre le rôle d'un écrivain géographe nous rappelle quelques lignes mali-
cieuses où Vohaire critiquait Fontenelle sous les traits d'un Académicien de
Saturne. « Il faut avouer, dit Micromégas, que la Nature est bien variée. —
» Oui, dit le Saturnien, la nature est comme un parterre dont les fleurs —
)) Ah! dit l'autre, laissez là votre parterre! — Elle est, reprit le secrétaircit
» comme une assemblée de blondes et de brunes dont les parures — Et
» qu'ai-je à faire de vos brunes .'' dit l'autre. — Elle est donc comme une galerie
>) de peinture dont les traits — Eh non! dit le voyageur, encore une fois
» la nature est comme la nature. Pourquoi lui chercher des comparaisons? —
» Pour vous plaire , répondit le secrétaire — Je ne veux point qu'on me plaise,
» répondit le voyageur. Je veux qu'on m'instruise ». Plus d'un lecteur, craignons-
nous, sera tenté de faire cette observation à M. ÉHsée Reclus.
La seconde livraison contient une carte ethnographique, en couleurs, de notre
Europe. Le public français est si ignorant de l'ethnographie de la partie du
monde qu'il habite que cette carte sera pour lui instructive. Elle est faite avec
autant d'exactitude que permet une échelle aussi petite en proportion de la
variété des races. M. R. a oublié d'y faire figurer les Wendes de Lusace qui
forment au milieu de la population allemande un groupe au moins aussi important
que les colonies allemandes soigneusement indiquées sur le Volga. Dans cet
enchevêtrement de couleurs employées pour désigner les différentes races, le
coloriste de M. R. a commis une méprise en teintant jaune, c.-à-d. comme
« Touraniens » les Celtes de Galles, au lieu de les teinter vert, couleur réservée
aux Celtes. La répartition de la population européenne en nationalités qui accom-
pagne cette carte ne nous semble pas dressée avec le même soin. Ainsi, M. R.
compte 36,000,000 de Français; nous croyons ce chiffre inférieur à la réalité de
d'histoire et de littérature. 563
près d'un million. Par contre, il compte 52,000,000, d' «Allemands et Suisses»
(sic !) ce qui est trop élevé de plusieurs millions. Sa terminologie ethnographique
est remplie de termes surannés ou fantaisistes. Nous venons de citer le nom de
Suisses employé par M. R. bien qu'il n'ait pas plus de signification ethnogra-
phique que le nom d'Autrichien. Le terme de Touranien est chimérique. On ne
peut pas parler de « populations de langues gréco-latines «, car les langues qui
sont latines ne sont pas grecques, et réciproquement. M. R. emploie le terme
étrange et nouveau de Latinisés pour désigner les peuples de langue latine,
parce qu'ils ne descendent pas des Romains par voie de génération. A ce compte,
il faudrait changer la dénomination de tous les peuples dont l'histoire entrevoit
la généalogie jusqu'à un certain moment, et leur donner des noms aussi longs
que celui d'un grand d'Espagne. Par exemple on nous appellerait des Franco-
Romano-Gallo-lbéro-Ligures, et encore omettrait-on bien des ancêtres oubliés,
Troglodytes, Quaternaires, Tertiaires et autres. De même il est tout aussi peu
fondé de remplacer le vieux nom d'anglais par celui d' Anglo-Celtes qui ne con-
viendrait strictement qu'aux populations de la Cornouaille et de l'Irlande anglisées
depuis trois siècles. M. R. s'abuse sur la signification ethnographique des
mélanges et surtout sur l'utilité de renoncer aux noms usités et connus pour des
noms qui sont compliqués et ne sont même pas entièrement exacts. Au surplus,
en ethnographie (nous ne dirons pas en anthropologie) is pater est quem lingua
demonstrat.
Nous désirons que les livraisons suivantes soient au-dessus de semblables cri-
tiques. Cette publication se fait sous les plus heureux auspices. Son auteur est un
de nos meilleurs géographes et la puissante Hbrairie qui l'édite peut faire tous les
frais des cartes, diagrammes et gravures qui doivent accompagner une géo-
graphie générale. Bien plus, nous avons besoin de bons ouvrages de géographie,
et la faveur du public ira vite chercher un livre qui contribuera à remplir cette
lacune. Peut-être avons-nous trop accentué nos critiques préliminaires. L'ouvrage
de M. Reclus ne répondra peut-être pas à toutes les exigences que nous croyons
légitimes ; mais il sera à la fois intéressant et instructif. C'est beaucoup pour un
ouvrage de géographie, parce que c'est rare en France du moins.
H. Gaidoz.
CORRESPONDANCE.
Paris, 12 mai 1875.
A M. Vidal- Lablache.
Je dois avant tout vous remercier. Monsieur, de l'obligeant article que, dans la
Revue critique du i" mai, vous avez bien voulu consacrer à mon Mémoire sur le site
de Troie. Mais permettez-moi de vous exprimer en même temps le regret que
j'éprouve de n'avoir pu obtenir votre complet assentiment aux conclusions des
hommes éminents dont je me suis fait l'interprète, Lechevalier, c'" de Choiseul,
Mauduit et autres. Je le regrette d'autant plus que notre désaccord me paraît
reposer plutôt sur de simples malentendus que sur de réelles dissidences. Je
citerai comme exemple le reproche qu'au début même de votre article vous
adressez à Lechevalier. Selon vous, il aurait accusé l'antiquité de s'être trompée
j64 .'■'r'*^*' REVUE CRITIQUE
en désignant le Mendéré, dans toute sa longueur, sous le nom de Scamandre, et
aurait voulu rendre à ce cours d'eau le nom de Simoïs, en corrigeant une erreur
qui remonte à Hérodote. Vous ajoutez que « cette dernière hypothèse est la clef
» de voûte du système de Lechevalier. »
Je reconnais, Monsieur, que la détermination des cours respectifs du Sca-
mandre et du Simoïs est bien en effet la clef de la topographie homérique. Mais
cette détermination est-elle bien de la part de Lechevalier celle que vous lui
attribuez? Je crois, Monsieur, qu'un examen plus attentif modifierait à cet égard
votre impression. Non, Lechevalier n'a point voulu restituer au Mendéré dans
toute sa longueur le nom de Simoïs. Il n'a prétendu appliquer ce nom qu'à la
portion du fleuve descendant de l'Ida jusqu'à son ancien confluent avec le
Scamandre. M. de Choiseul, en adoptant le système de Lechevalier, le carac-
térise avec une précision qui ne laisse rien à désirer. « Lorsque les deux fleuves,
» a-t-il dit, se rencontraient dans la plaine, le Simoïs perdait son nom après le
» confluent. De là (jusqu'à l'embouchure dans l'Hellespont), le Scamandre
» donnait son nom à leurs eaux réunies. » Pour M. de Choiseul, de même que
pour Lechevalier, le Mendéré au-dessous du confluent porte donc le nom de
Scamandre, c'est seulement au-dessus qu'il porte le nom de Simoïs.
Je pourrais m'arrèter à d'autres détails, examiner, par exemple, si, comme
vous le dites, « un des traits les mieux marqués de l'Iliade est' l'identité absolue
» du Mendéré et du Scamandre, « Mais une pareille discussion, fort minutieuse,
fort ingrate, ne serait nullement ici à sa place. Je crois infiniment préférable
d'aller tout de suite à ce qui, pour vous comme pour moi, semble être le nœud
de la question. Cette question d'ailleurs intéresse à un haut degré l'archéologie
en général et l'histoire de notre archéologie française en particulier. Que cette
pensée soit mon excuse pour l'insistance que je mets à plaider auprès de vous la
solution que j'ai défendue.
Lechevalier a pris pour point de départ de ses investigations, et comme moi
vous admettez avec lui, que d'après Homère Troie se trouvait dans l'angle formé
par la rencontre du Scamandre et du Simoïs, le Scamandre étant à gauche et le
Simoïs à droite de la ville. Cette position résulte de deux passages de l'Iliade
(V, 35$ et XI, 497-500), passages dont vous confirmez le sens par la citation
d'un troisième (XIII, 657-677). Telle est pour la détermination du site de
Troie la donnée homérique; mais il restait à en retrouver les éléments sur le
terrain, et c'était là un problème plein de difficuhés. Lechevalier l'a résolu avec
une persévérance et une sagacité à laquelle il me semble que vous n'avez pas
suffisamment rendu justice. Disons en peu de mots comment il a procédé pour
arriver à la solution.
Quand on compare les descriptions de l'Iliade avec la plaine de Troie telle
qu'elle existe aujourd'hui, on est immédiatement frappé du rapport que présente
le cours du Mendéré, dans sa partie inférieure; avec le Scamandre, tel que nous
le décrit Homère. Mais en vain cherche-t-on aujourd'hui, en remontant le Men-
déré, depuis son embouchure jusqu'à sa sortie de la plainç près de Bounarbachi,
un affluent qui puisse être le Simoïs. Un seul cours d'eau, le Kimar-Sou, l'an-
cien Thymbrius, vient s'y déverser par la rive droite, non loin de Bounarbachi.
d'histoire et de littérature. 565
Mais le Kimar-Sou ne peut représenter le Simois. Il n'en a point la violence
torrentielle; il descend des hauteurs de Callicolonne, non point des hauteurs de
l'Ida. Entre ce petit fleuve et le Mendéré on ne peut d'ailleurs imaginer l'empla-
cement de Troie.
Le premier mérite de Lechevalier a été de constater, par un attentif examen
des lieux, ce singulier désaccord avec la donnée homérique. Son second mérite
a été d'arriver par ses recherches et ses ingénieuses inductions à donner l'expli-
cation de cette apparente anomalie, et à retrouver le site cherché, dans les con-
ditions indiquées par l'Iliade.
A l'ouest du Mendéré, près de Bounarbachi, Lechevalier conduit par son
guide turc rencontre dans une de ses courses de nombreuses sources, recueillies
dans des canaux et dans une piscine de construction évidemment ancienne; une
des sources s'échappe d'un bassin formé de débris antiques. La présence d'un
pareil ensemble ne peut s'expliquer que par le voisinage, à l'époque où il fut
établi, d'un grand centre de population, et des eaux aussi abondantes ont dû, en
effet , provoquer la formation d'un tel centre. Or Homère décrit les sources du
Scamandre comme étant situées à l'extrémité de la plaine à proximité de Troie.
Les sources que Lechevalier a devant les yeux ne sont-elles donc pas celles du
Scamandre, et le plateau voisin n'est -il pas le site de Troie? Il l'explore aussitôt
et, vous-même le dites, Monsieur, « le trait de lumière est pour lui la coïnci-
» dence de ce site éminemment stratégique avec d'abondantes sources à sa base
» et un cours d'eau que la ville supposée aurait eu à sa gauche. »
, Il me reste à parler de ce cours d'eau.
Les eaux réunies de toutes les sources de Bounarbachi forment en effet une
petite rivière qui aujourd'hui se déverse par un canal artificiel dans la mer Egée,
à l'ouest, et qui est navigable pour de petits bateaux, depuis son origine jusqu'à
son embouchure. Ce cours d'eau, ce canal de dérivation, étaient, comme les
sources elles-mêmes, inconnus avant l'exploration de Lechevalier; il a eu le
mérite de les découvrir. Cependant cette rivière qui, par ses sources et par le
plateau qui la domine, répond au Scamandre, n'est pas un affluent de cet autre
cours d'eau, du Mendéré qui, placé à la droite du site supposé de Troie, répond
exactement à ce qu'Homère nous dit du Simois. Pour Lechevalier cette difficulté
est promptement levée. Les deux cours d'eau se réunissaient autrefois; mais les
crues violentes du Simois, en exhaussant son lit et le terrain avoisinant, ont
refoulé les eaux du Scamandre. C'est alors que pour assécher la vallée qui s'étend
à l'ouest du Mendéré jusqu'à l'Hellespont, il a fallu creuser le canal de dérivation,
qui aujourd'hui conduit les eaux de la rivière de Bounarbachi à la mer Egée.
Cette disparition supposée de l'ancien confluent sert à expHquer un autre fait
jusqu'alors inexplicable, je veux dire l'application du nom du Scamandre à l'an-
tique Simois. Comme l'a bien vu M. de Choiseul, la partie inférieure du Mendéré
actuel dut naturellement conserver le nom de Scamandre alors même que les
eaux de cette rivière eurent cessé de couler dans le lit commun ; peu à peu ce
nom, dépassant l'ancienne limite qui n'existait plus, remonta jusqu'à la source du
Simois. Le nom du Mendéré, dérivé de celui du Scamandre, est la preuve tou-
jours subsistante de l'extension donnée à ce dernier nom. •Ti^gm'idftti'ri'pif»i>
366 REVUE CRITIQUE
J'ai essayé, Monsieur, de resserrer dans ces quelques lignes l'histoire des
consciencieuses explorations et des ingénieuses -conjectures de Lechevalier. J'ai
laissé de côté tous les détails ; ils se trouvent dans mon mémoire. Ils n'eussent
fait qu'embarrasser cet exposé. Il m'a semblé qu'ainsi réduite à ses grands traits,
l'œuvre de Lechevalier laissait mieux apprécier ce qui s'y trouve d'initiative, de
justesse et de cohérence.
J'ajoute que jusqu'ici aucun système sérieux ne lui a été opposé. Vous-même,
Monsieur, ne me semblez pas partager la foi de M. Schliemann en l'identité de
Troie et d'Hissarlik. Cette assimilation, qui en réalité ne repose que sur la vieille
prétention des habitants de l'Ilium d'Alexandre, et que déjà Strabon combattait
par d'excellents arguments , a contre elle le texte homérique et la nature même
des lieux ; il n'y a là rien qui ressemble à une position stratégique. Je ne revien-
drai pas sur les considérations que j'ai présentées sur la question d'Hissarlik
dans mon mémoire; mais il est un fait qui ne s'était pas offert à ma pensée,
lorsque j'ai rédigé ce travail, et sur lequel je dois appeler votre attention.
M. Schliemann a écrit que l'antiquité tout entière était d'accord pour placer à
Ilium-Hissarlik le site de la Troie homérique. Il entend certainement Vanticjuité
après Alexandre, car auparavant il n'est pas question du nouvel Ilion dans l'his-
toire. Toutefois, dans ces limites même, l'assertion est inexacte. Les poètes
romains, qui assurément n'ignoraient pas l'existence de l'Ilium d'Alexandre,
protégé, développé par César et les empereurs, placent ailleurs cependant le site
de la Troie homérique. Lucain nous montre César visitant après la bataille de
Pharsale ce site vénéré. Il le dépeint couvert d'arbres et de broussailles; les
ruines même ont disparu.
Caesar
Circuit exustae nomen memorabile Trojae,
Magnaque Phœbei quaerit vestigia mûri.
Jam sylvae stériles et putres robore trunci
Assaraci pressere domos, et templa deorum
Jam lassa radice tenent, ac tota teguntur
Pergama dumetis; etiam periere ruinae.
Cette Troie effacée. César veut la rebâtir :
■25oti6'nZ'- Restituam populos; gratâ vice moenia reddent
Ausonidae Phrygibus, romanaque Pergama surgent.
(Liv. IX, 998.)
Ce projet de restauration, repris on ne sait par qui, est combattu par Horace
dans une ode célèbre et la peinture que fait le poète des lieux où fut Troie
répond parfaitement à la description de Lucain :
Priami Paridisque busto
Insultât armentum, et catulos ferae
Celant inultae.
Le site qui nous est ici dépeint n'est donc évidemment pas celui du nouvel
Uium, alors si florissant, embelli, agrandi par Alexandre et ses successeurs, par
Sylla, par César, par Auguste.
Je serais heureux. Monsieur, si cette rapide analyse des travaux de Lecheva-
lier et de ses continuateurs pouvait déterminer de votre part une adhésion plus
complète aux solutions proposées par eux et qui, jusqu'à ces derniers temps,
avaient obtenu un assentiment si général. Je termine en vous exprimant l'espoir
d'histoire et de littérature. 07
que ce désir ne sera pas déçu et vous prie de vouloir bien agréer l'assurance de
mes sentiments les plus distingués. G. d'Eichthal.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du iS mai 187$.
M. A. Dumont envoie de Rome une copie du poème de Rad. Tortarius, colia-
tionné à la bibliothèque du Vatican par M. Clédat. — M. Th. R. Pétri écrit de
Quincy, Illinois, pour demander des renseignements sur la ville de Quincy,
Seine et Marne, arr. de Meaux, qui paraît avoir donné son nom à la famille
américaine de Quincy et par suite à la ville qu'il habite.
Le ministre de l'instruction publique ayant demandé l'avis de l'académie sur
le choix de deux membres du conseil supérieur des beaux arts, nouvellement
créé, qui doivent être nommés par le ministre parmi les membres de l'académie
des inscriptions, l'académie désigne au scrutin MM. de Longpérier et Ravaisson.
M. Alexandre Bertrand lit une note sur l'un des deux tumulus de Graeckwyl,
dans la vallée de l'Aar, en Suisse. Le tumulus dont il entretient l'académie con-
tient deux sépultures d'époques diverses, l'une du 9" s., l'autre de l'époque
gauloise. Dans celle-ci ont été trouvés des fragments de bandes de roue en fer,
des fibules de bronze, les fragments d'un vase de même métal, etc. C'est une
de ces sépultures de chefs gaulois dans lesquelles le mort était couché sur son
char. Des serviteurs ont été tués et enterrés avec lui, les corps de quelques uns
ont été brûlés. Le vase de bronze est des plus remarquables : M. Bertrand en
présente un moulage restauré, exécuté aux ateliers du musée de S, Germain. On
y voit la représentation de la Diane orientale, tenant deux lièvres par les pattes,
et flanquée de deux lions : au dessus de sa tète est un aigle, flanqué de deux
lions plus petits qui reposent sur les corps de deux serpents. La présence de la
figure de cette divinité sur ce vase indique un travail très ancien , antérieur au
5e s. avant notre ère. C'est un type qui est venu de l'Orient, mais qui a été
reproduit par les Étrusques. On peut se demander si le vase en question est
venu, dans la contrée où il a été trouvé, de l'est de l'Europe (Crimée ou Thrace),
ou bien de l'Étrurie : M. Bertrand considère la seconde hypothèse comme la
plus vraisemblable. On peut supposer qu'il aura été rapporté d'Italie par les
Gaulois qui prirent Rome. — M. Maury appuie l'idée de l'origine étrusque du
vase en question, et pense qu'il a pu venir en Helvétie par la voie du commerce.
— M. de Longpérier dit que si la divinité représentée sur ce vase appartient à
l'origine aux religions orientales, d'où son image a été ensuite apportée en Italie
et s'y est répandue, le vase lui-même est certainement de style et de fabrica-
tion étrusques, et que l'existence de relations commerciales fréquentes entre
l'Italie et les contrées situées au N. des Alpes est maintenant établie avec assez
de certitude pour qu'il n'y ait pas besoin de chercher une autre explication de la
présence de cet objet dans la vallée de l'Aar.
M. Boutade continue la lecture de son mémoire sur les origines du régime
féodal et spécialement sur l'immunité. Avant de chercher les origines du système
368 REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
féodal, M. Boutaric s'efforce de définir nettement ce système, et pour cela il se
place à l'époque de son développement le plus complet, vers l'an 1200. A cette
époque il trouve la féodalité caractérisée essentiellement par les trois principes
suivants : 1 . Les terres sont subordonnées hiérarchiquement les unes aux autres,
et toutes ou peu s'en faut à celle du roi (qui est ainsi presque le seul plein pro-
priétaire foncier de son royaume). 2. De la condition de la terre dépend celle de
l'homme qui la possède (on est duc, comte, baron, chevalier, roturier, selon
qu'on possède un duché, un comté, une baronnie, un fief de haubert, une cen-
sive). 3. A la propriété est attachée la souveraineté : les seigneurs ont les droits
régaliens de justice, de guerre, de battre monnaie, etc., et ces droits sont atta-
chés à la possession de la terre qui constitue leur seigneurie. Or si les deux
premiers de ces principes essentiels de la féodalité peuvent être en partie ratta-
chés, quant à leur origine, à diverses coutumes ou institutions des temps méro-
vingiens et carolingiens, tels que les bénéfices et les précaires militaires et autres,
la comiîiua germanique, l'antrustionat, la recommandation, les rapports entre les
uassi et les senior es de l'époque carolingienne, aucune de ces institutions anté-
rieures n'explique comment a pu naître la confusion de la souveraineté et de la
propriété entre les mains du seigneur, ce 3Mrait caractéristique du régime féodal
(ou mieux seigneurial). La principale explication de ce fait doit être cherchée
dans la manière dont les comtes, vicomtes et autres fonctionnaires, sous les
successeurs de Charlemagne , s'approprièrent , à leur profit et au profit de leurs
enfants, les pouvoirs attachés aux charges qui leur avaient été confiées. Mais à
cette cause principale M. Boutaric pense qu'il faut en joindre une autre, subsi-
diaire, la fréquente pratique des concessions à.' immunités par lesquelles les rois
mérovingiens aliénèrent au profit des églises des portions considérables, non
seulement de leur domaine, mais encore de leur souveraineté.
Ouvrages offerts à r académie, déposés sur le bureau : — A. Balbi, Éléments de géogra-
phie générale, 4" éd. par H. Chotard, Paris, in-12; — Alex. Bertrand, Les Gaulois
(mém. lu à l'acad. en avril 1875; extr. de la Revue archéologique; — Bhartrihari,
Stances erotiques, morales et religieuses, trad. du sanscrit par P. Regnaud, 2" éd.,
in-i8; — Coutumes du pays et comté de Flandre, quartier de Bruges, par Gilliodts
VAN Severen, 4*; — Coutumes du pays et duché de Brabant, quartiers de Louvain et
de Tirlemont, par C. Casier, 4"; — Labarte, Hist. des arts industriels au moyen âge
et à l'époque de la renaissance, 2* éd., t. 3. fasc. 5 ; — et diverses revues et brochures.
Présentés, de la part des auteurs : — par M. de Longpérier : — Fr. Lenormant, La
langue primitive de la Chaldée, 8"; — • L. Rochette, Sentences, maximes et proverbes
mandchoux et mongols; — par M. Desnoyers : — Pinart, La caverne d'Aknanh , île
d'Ounga, archipel Schamagm, Alaska (Paris, 4*); — Bibliothèque de linguistique et
d'ethnographie américaines, 1" vol., par le même; — par M. Maury : — E. de Barthé-
lémy, Note sur la sépulture antique fouillée à Berru (Marne) en 1872; — A. de Bar-
thélémy, Étude sur les monnaies gauloises trouvées en Poitou et en Saintonge.
Julien Havet.
ERRATA.
Dans mon article sur les Morgenl. Forsch., n" 19, p. 291, biffer les corrections
proposées pour les pages 1 18, 1. 1 3 et 1 30, 1. dern. et suiv. — Ibid., 1. 24,
lisez mazhalin, au lieu de mizhalin, qui est un lapsus calami. — De Goeje.
N° 21, p. 326, 1. 22, au lieu de années, lisez armées.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
viij-598 p. (Wilh. Bender). — LoTZE, System der Philosophie. Th. I. Leipzig,
Hirzel. In-8°, viij-597 p. (Fortlage). — Duncker, Geschichte des Alterthums.
4. Aufl. Bd. 2. Leipzig, Duncker u. Humblot. In-8", ix-485 p. (ScHRADER).-r-
WiTTiCH, Magdeburg, Gustav Adolf und Tilly. Bd. I; Bd. Il, i. Hselfte.
Berlin, Duncker's Vbg. In-S", xxv-777; xxiv-i-66p. (K.G. Helbig).— Carmina
graeca medii aevi éd. G. Wagner. Lips., Teubner. In-S", xiv-382 p.; Neu-
griechische Volkslieder. Hrsg. v. Luber, Salzburg, Zaunrith'sche Buchdruckerei.
In-8", 61 p. (G. Bursian). — Bûhler, Davos in seinem Walserdialekt. Th. I;
Th. Il, Heft 1. Heidelberg, Selbstverl. d. Verfassers. In-8°, xxxviij-3 14; 1-88 p.
(J. Winteler). — Brunn, Die Bildwerke des Parthenon. Mùnchen, Franz.
In-8°, 50 p.; Ders., Die Bildwerke des Theseion. Ebend. p. 51-65 (L.
Schwabe).
N° 12, 20 mars. Wackernagel, Das deutsche Kirchenlied von der
seltesten Zeit bis zu Anfang des xvii. Jahrh. Bd. 4. Leipzig, Teubner. In-S",
xxiv-1184 p. (B. BiEHRiNc). — Dahn, Westgothische Studien. Wûrzburg,
Stahel. In-4'*, iv-321-viij p. (Behrend). — Vanderkindere, Notice sur l'ori-
gine des magistrats communaux (A. Heusler; cf. Rev. crit., 1874, II, p. 405).
— Garcin de Tassy, L'Islamisme d'après le Coran. 3* éd. Paris, Maisonneuve.
In-8°, 412 p. (E. Prym). — Franz Delitzsch, Durch Krankheit zur Genesung,
Leipzig, Naumann. In-S", 203 p. (G. Siegfried). — HoLLyENDER, Die Kriege
der Alamannen mit den Rœmern im 3. Jahrh. n. Chr. Karlsruhe, Braun'sche
B. In-8", 47 p. (C. Peter;. — Heller, Deutschland und Frankreich in ihren
politischen Beziehungen vom Ende des Interregnums bis zum Tode Rudolfs von
Habsburg. Gœttingen, Peppmûlier. In-8°_, 160 p. (P. Scheffer-Boichorst).
— Rybka, Bruder Elias von Cortona. Leipzig, Naumann. In-8°, 74 p. (Wilhelm
Bernhardi). — J0ACHIM, Johannes Nauclerus und seine Chronik. Gœttingen.
In-8°, 70 p. (Adalbert Horawitz). — Sayce, The principles of comparative
Philology. London, Trûbner. In-8'', xiv-381 p. (Schrader). — Speck, Quaes-
tiones Ausonianae. Vratislaviae, typis Jungferi. In-8°, 47 p. (W. Teuffel). —
Heydemann, Die antiken Marmor-Bildwerke in der sog. Stoa des Hadrian, etc.
Berlin, Reimer. In-8°, vj-388 p. (Richard Fœrster). — Westermayer, Der
Lysis des Plato. Erlangen, Deichert. In-8'', 132 p. (M. Vermehren). — Cinq
éditions des Niebelungen (E. Sievers).
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Bœhmer (J. F.). Regesta Imperii VIII.
Die Regesten d. Kaiserreichs unter Kai-
serKarlIV. 1 346-1 578. Aus dem Nach-
lasse J. F. Bohmer's hrsg. u. erganzt v.
A. Huber. 1. Lief. In-4% 160 S. Inns-
bruck (Wagner). 8 fr.
Bouchet (G.). Les Serees, avec notice et
index. T. 3. In-)2, 319 p. Paris (Le
merre). 7 fr. 50
Brachet (A.). Nouvelle grammaire fran-
çaise fondée sur l'histoire de la langue ,
à l'usage des établissements d'instruction
secondaire. In- 12, xix-248 p. Paris
(Hachette et C*). ! fr. 50
Catalogue méthodique de la bibliothèque
communale de la ville d'Amiens, i" sup-
plément. In-8', 665 p. Amiens (imp.
Yvert).
Clos (L.). Étude sur la municipalité de
Toulouse, ln-8', i6 p. Toulouse (imp.
Douladoure).
Courajod (L.). Les armoiries des comtes
de Champagne au XIII" siècle. In-8°,
j p. Nogent-le-Rotrou (imp. Gouver-
neur).
Coussemaker (E. de). Scriptorum de
musica medii aevi novam seriem a Ger-
bertina aiteram collegit nuncque primum
edidit. T. 4. Fasc. 2. In-4*, p. 81-160.
Paris (Durand et Pedone-Lauriel).
De Faytinelli (P.). Rime : ora per la
prima voltà pubblicate con notizie suUa
vita deli' autore ed altre iliustrazioni da
L. Del Prête. In- 16, 120 p. Boiogna
(Romagnoii). 4 fr. 50
Delisle (L.). Le Cabinet des manuscrits
de la Bibliothèque nationale, étude sur
la formation de ce dépôt, comprenant les
éléments d'une histoire de la calligraphie,
de la miniature, de la reliure et du com-
merce des livres avant l'invention de
l'imprimerie. T. 2. In-4°, x-551 p. Paris
(Imp. nationale). 40 fr.
Douët-d'Arcq (L.). Nouveau recueil de
comptes de l'argenterie des rois de
France. In-8*, lxxj-366 p. Paris (Loones).
Facezie e motti de! secoli XV e XVI :
codice inedito magliabechiano. In- 16, x-
152 p. Boiogna (Romagnoii). 6 fr.
Ficker (J.). Forschungen zur Reichs- u.
Rechtsgeschichte Italiens. 4. Bd. Urkun-
den. 2. Abth. In-8% S. 289-605. Inns-
bruck (Wagner). 1 1 fr. 80
Les tomes I à IV. 62 fr. 75
Flechia (G.). Nomi locali del Napolitano
derivati da gentilizi italici. In-8°, 58 p.
Torino (Paravia e C).
Frediani (F.). Lettere familiari e filolo-
giche raccolte e illustrate dal P. A. Gal-
licani. In- 16, 448 p. Pistoia (Bracali).
5fr.
Greville (C. C. F.). A Journal of the
Reigns of King George IV and King
William IV. Edited by H. Reeve. 3 vol.
in-8'', cart. 440 p. London (Longmans).
45 fr-
Head (B. V.). On the Chronological
Sequenceof the Co'- '■"-acuse. In-8',
cart. London (Smith). 10 fr.
Krakauer (G.). Dâs Verpflegungsv/esen
der Stadt Rom in der spaeteren Kaiser-
zeit. In-S", 59 S. Berlin (Mayer et Mùller).
I fr. 75
Krohn (A.). Sokrates u. Xenophon. In-S",
x-179 S. Halle (Miihlmann). 6 fr.
Lauria (G. A.), La Bitinia. La Lidia :
Studj. In-8', 80 p. Napoli (tip. di
Avall.one).
Libro délie nature degli uccelli fatto per
lo Re Danchi : testo antico toscane
messo in luce da F. Zambrini. In- 16,
xxxvj-172 p. con figure in cromolitog. a
fac-similé del codice. Boiogna (Roma-
gnoii). ijfr.
Mill (J. S.). Nature; The Utility of Reli-
gion, and Theism. In-8*, cart. 270 p.
London (Longmans). 13 fr. tj
Minto (W.). Characteristics of English
Poets, from Chaucer to Shirley. In-S",
cart. 490 p. London (Blackwood).
II fr. 2 J
Persio (A.). Discorso intorno alla con-
formità délia lingua italiana con le più
nobili antiche lingue eprincipalniente con
la greca. In-i6, 80 p. Napoli (tip.
Morano).
Peigné-Delacourt. Topographie archéo-
logique des cantons de la France. Pro-
gramme et Spécimen. In-8', 8 p. Noyon
(imp. Andrieux).
Prévost. Histoire de Manon Lescaut et
du chevalier Des Grieux. Précédée d'une
étude par A. Houssaye. Six eaux-fortes
par Hédouin. 1" partie. In-i6, xxxij-
180 p. Paris (Lib. des Bibliophiles).
Rabbinovicz (R.). Variae lectiones in
Mischnam et in Talmud babylonicum
quum ex aliis antiquissimis et scriptis et
impressis tum e codice Monacensi praes-
tantissimo collectae, annotationibus ins-
tructae. Pars VI. Tract. Psachim. In-8*,
380 p. Mùnchen (Rosenthal). 10 fr.
Les parties I à IV et VI. 38 fr.
Racine (J.). Œuvres. Texte original avec
variantes, notice par A. France. T. j.
In- 12, 289 p. Pans (Lemerre). 5 fr.
Rœsîger (A. F.). De DurideSamio Dio-
dori Siculi et Plutarchii auctore. In-8',
64 p. Gœttingen (Rente). 1^-75
Wordsworth (C). Social Life at the
English Universities in the Eighteenth
Century. In-8°j cart. 766 p. London
(Bell et D.). 18 fr. 75
Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 24 Neuvième année. 12 Juin 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE F'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÊAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction: M. vStanisias Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Etranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
■— — — — — ^— ■'~i— ^■■■^— ~— — ^— ^™'^^^"^— ^■■■— — ^^^^■^^■^^"^™^^— '■^— ■
ANNONCES
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
BIBLIOTHÈQUE DE l'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
22e fascicule.
de Philippe. Poème en vers politiques de
Philippe le Solitaire, publié dans le texte
pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé
E. Auvray, licencié ès-leltres. ? fr- 75
COLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE)
5e fascicule.
•tl< • iv 1 1 1 l_i r\ Les noms de famille. j fr. 50
LES PLEURS
G. PARIS
Les Contes orientaux dans la littérature française du
moyen-âge. Broch. in-S". i fr.
En vente à la librairie Lippert, à Halle, et se trouve à Paris, à la librairie
A. Franck (F. Vieweg propriétaire), 67, rue Richelieu.
H. SCHUCHARDT
Ritornell und Terzine. In-
4°. 10 fr. 75
PÉRIODIQUES.
The Academy, N" 1 59, new séries, 22 mai, LuKis, On the Class of Rude
Stone Monuments which are commonly called in England Cromlechs, and in
France Dolmens. London, Simpkin, Marshall and Co. (H. Dryden : informa-
tions sûres, représentation fidèle des monuments). — Wordsworth, Social
Life at the English Universities in the Eighteenth Century. London, Bell and
Sons (J. Bass Mullinger: ouvrage des plus instructifs et amusants). — Viollet
LE Duc, The Annals of a Fortress. Transi, by B. Bucknall. London, Sampson
Low and Co. (Robert Home : art. favorable). — Dasent, The Vikings of the
Bahic. A Taie of the North in the Tenth Century. London, Chapmann and Hall
(Edmund W. Gosse : extrêmement intéressant et rempli de curieux détails sur
la vie de ces écumeurs de mer). — Curt Wachsmuth, Die Stadt Athen im
Alterthum. Vol. I. Leipzig, Teubner(J. P. Mahaffy : le meilleur ouvrage qui
ait paru sur la topographie d'Athènes). — Carrent Literaîur. — Notes and News.
— Notes of Travel. — Paris Letter (G. Monod : revue littéraire). — Oxford
Letter (A. H. Sayce). — Wild Men in India (R; C, Childers). — Mr. Gaird-
ner's « Houses of Lancaster and York » (James Gairdner : répond à quelques
critiques de VAcademy). — Pepy's Diary (George Bell). — Lewes, Problems
of Life and Mind. Vol. IL London, Trùbner (Frederick Pollock). — Tyler,
Ecclesiastes; a Contribution to its Interprétation. London, Williams and Norgate
(S. R. Driver : mérite d'être lu). — Science Notes (^Anthropologie). — Meetings
of Societies (institut anthrop.. Soc. psychologique, des antiquaires). — The Capi-
toline Muséum, The Colosseum, the Palatine and Esquiline Hills (I, C. Hemans).
The Athenœum, N° 2482, 22 mai. Pennington, The Life and Character
of Erasraus. Seeley, Jackson and HalHday (on ne voit pas bien la nécessité de
cette nouvelle vie d'Erasme). — Lanfrey, Histoire de Napoléon I"'. T. V.
Paris, Charpentier (digne des volumes précédents). — Early Allusions to Shaks-
peare (C. Elliot Brov^ne). — The Land of Moab (H. B. Tristram : répond à
un critique acerbe de ses ouvrages par M. Paine). — Notes from Paris (Edmond
About). — Literary Gossip (M. Gairdner écrit à propos de deux critiques que
lui a adressées i'Aîhen£um au sujet des cartes qui accompagnent son dernier
ouvrage). — Societies (Soc. psychologique, royale historique, inst. anthrop..
Soc. philologique de Cambridge).
liiterarisches Centralblatt, N° 22, 29 mai. Jahn, Die Geschichte der Bur-
gundionen und Burgundiens 2 Bde. Halle, B. d. Waisenhauses. In-8°, xxxvj-
560; ix-556 p. (malgré ses défauts, cet ouvrage est un véritable monument).
— Die Chroniken der fraenkischen Staedte. Nûrnberg. 5. Bd. Leipzig, Hirzel.
In-8"j x, p. 441-888. — BussoN, Zur Geschichte des grossen Landfriedens-
bundes deutscher Staedte (cf. Revue critique, 1875, ^° '4)- — Schœtter, Cours
d'histoire universelle. 2 vol. Histoire du moyen-âge. Luxemburg, Brùck. In-8°,
327-vj p. (n'est pas au courant de la science). — XII panegyrici latini. Rec.
Baehrens. Leipzig, Teubner. In-8", xxvj-324 p. (la Revue crit. appréciera cette
édition). — Q. Horatius Flaccus erkl. v. H. Schùtz. i. Th. Oden und Epoden,
Berlin, Weidmann. In-8", xxiv-295 p. (nombreuses critiques sur cette édition
classique), — Craik, A manuel of English Literature and Language. In 2 vols.
Leipzig, Tauchnitz. In-8'', 352; 310, 16 p. (sans grande valeur).
Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit, N° 4, April 187 5. Die
Mûnzer, Hieronymus Holzschuher und die Furtenbache (fin .-W. Lochner). —
Sphragistische Aphorismen. XC. (F. K.). — Urkundliche Beitraege zur Kûnstler-
geschichte Schlesiens (Dr. C. Wernicke). — Das Grabmal des Ritters Wilhelm
von Rechberg im Kreuzgang der Stiftçkirche von Ellwangen (Pfarrer Busl). —
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N' 24 — 12 Juin — 1875
Sommaire : ii2. Hymne à Ammon-Ra, tr. p. Grébaut. — 113. Krumbholz,
Recherches sur la première Idylle de Théocrite. — 114. Riese, l'Idéalisation des
peuples du Nord dans les littératures grecque et latine. — 115. Querolus, p. p. Peiper.
— 116. Documents inédits pour servir à l'histoire de la Réforme et de la Ligue, p.p.
LouTCHiTZKY. — II 7. CouRRiÈRE^ Histoirc de la littérature contemporaine en
Russie. — Variétés : Sur deux relations de voyageurs espagnols. — Sociétés savantes :.
Académie des inscriptions. ...^i\.^ '.'.
. — . « . ■ — ' — — — — — — •
112. — Bibliothèque de l'École des Hautes-Études, 2i« fascicule. Hymne à
Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de Boulaq, traduit et commenté par Eu-
gène Grébaut, élève de l'Ecole des Hautes-Études, avocat à la Cour d'appel de Paris.
Paris, librairie A. Franck. 187$. Gr. in-8', xxxij-j04 p. — Prix : 22 fr.
M. Grébaut, élève de l'École des Hautes-Études, a été formé par M. Maspero;
c'est un disciple qui fait le plus grand honneur au jeune et savant professeur. Il
est juste d'ajouter que M. Grébaut a suivi pendant longtemps le cours de M. de
Rougé au Collège de France, et qu'il est visiblement imbu des excellents prin-
cipes qu'il a puisés à cet enseignement. Ce qui distingue, en effet, son travail,
ce qui le recommande à l'attention de tous, c'est la méthode, cette méthode sûre
et prudente qui inspira le Mémoire sur Ahmès et qui consiste à ne rien avancer
que preuves en mains, à ne pas faire un pas sans avoir affermi le terrain sous
ses pieds; cette règle de conduite, malheureusement dédaignée par quelques-uns,
est indispensable pour exécuter de bons travaux dans une science en voie de
formation, indispensable surtout dans l'étude d'un texte égyptien religieux.
M. Grébaut apporte dans l'égyptologie le scepticisme du mathématicien; il
n'admet que ce qui lui est démontré, et ne jure par aucun maître; il n'accepte
pas, les yeux fermés, les formules ayant cours; il soumet à sa critique person-
nelle les traductions de ses devanciers, il ne croit qu'à ce que disent les textes,
car, pour me servir de son expression, il les prend au sérieux; c'est à eux seuls
qu'il demande l'éclaircissement des points obscurs; ce n'est pas de son imagi-
nation qu'il tire ses explications, mais de l'étude comparative des inscriptions. Il
a abordé son travail sans idées préconçues, sans système échafaudé d'avance :
ce qu'il expose sur la religion, il l'a lu dans les hiéroglyphes; il n'est pas un
rêveur, mais un investigateur soigneux, patient, minutieux, qui étudie les textes
à la loupe, qui ne laisse rien passer, et pour qui nul détail n'est indifférent. Dès
les premières pages de son commentaire il donne une preuve frappante de son
attention scrupuleuse et nous en fait recueillir les fruits; en étudiant la structure
de son texte, en comptant les phrases, en pesant les mots, il a surpris les règles,
jusqu'ici cachées, de la versification égyptienne et il les expose ainsi (p. ^i) :
(( Chaque phrase, développement d'une pensée unique, constitue un verset divisé
en deux parties à peu près égales, se faisant pour ainsi dire contre-poids, et
XV 24
370 REVUE CRITIQUE
présentant un parallélisme d'idées et d'expressions. Pour l'expression, le paral-
lélisme consiste dans la répétition des mêmes tournures syntaxiques et des mêmes
formes grammaticales ou au moins dans l'emploi de tournures et de formes ana-
logues. Il est aussi mis en relief par le retour des mêmes mots et par des allité-
rations : mais ces ornements accessoires, fort précieux pour nous, car ils rendent
sensible la règle de construction poétique, font souvent défaut. Quant aux points,
c'étaient, je crois, de simples accents marquant le repos de la voix après une
suspension de sens, et dont le nombre, variable avec la longueur du verset, reste
le même dans chacune de ses deux parties principales. »
Voici quelle est la division de la première partie de l'ouvrage. Après une pré-
face, dans laquelle l'auteur expose sa méthode d'interprétation des textes reli-
gieux, se place la traduction interlinéaire de l'hymne entier, puis le commentaire
des deux premières pages dont le fac-similé, accompagné d'une transcription
hiéroglyphique, termine le volume. Deux autres parties seront consacrées à la
fin du commentaire et à une étude sur la religion.
Les 270 pages de commentaire que contient le premier volume paru pré-
sentent d'intéressantes observations philologiques; mais la partie la plus impor-
tante et la plus neuve a trait à la religion. Voici, par exemple, comment M. Gré-
baut entend la conception égyptienne de la divinité : « L'Egypte monothéiste a
» considéré les dieux de son panthéon comme les noms qu'un être unique rece-
» vait dans ses divers rôles, en conservant dans chacun, avec son identité, la
ï) plénitude de ses attributs. Dans son rôle d'Éternel, antérieur à tous les êtres
» sortis de lui, puis dans son rôle d'organisateur des mondes, enfin dans son
» rôle de Providence qui, chaque jour, conserve son œuvre, c'est toujours le
» même être réunissant dans son essence tous les attributs divins. Cet être qui
» en soi un et immuable, mais aussi mystérieux et inaccessible aux intelligences^
» n'a ni forme ni nom, se révèle par ses actes, se manifeste dans ses rôles, dont
» chacun donne naissance à une forme divine qui reçoit un nom et est un
» dieu. »
Rappelant diverses formules égyptiennes qui présentent les dieux tantôt
comme engendrés par le dieu unique, tantôt comme étant ses propres membres,
M. Grébaut ajoute : « Il faut remarquer que, loin d'être une expression de poly-
» théisme, ces formules avaient précisément pour but d'en écarter l'idée. Ce ne
« sont pas les dieux qu'on adore, au contraire, on leur dénie l'existence person-
» nelle; on adore, sous le nom d'un dieu quelconque, le dieu caché qui, en se
» transformant lui-même, en s'enfantant pour de nouveaux rôles, engendre les
>> dieux, ses formes et ses manifestations Le dieu qui n'a pas de forme et dont
» le nom est un mystère (ce sont les expressions égyptiennes) est une âme agis-
» santé qui remplit des rôles nombreux, personnifiés par les dieux ; ceux-ci sont
» des formes procréées, c'est-à-dire animées par l'âme qui les revêt, ou pour
» nous servir de l'expression de l'hymne de Boulaq, qui les habite. Elle circule
« de rôle en rôle sans perdre jamais une seule des qualités qui sont de son
» essence divine. De quelque nom qu'il l'appelle, sous quelque forme qu'il la
» cherche, quelle que soit la manifestation sous laquelle il la reconnaît, le
d'histoire et de littérature. 371
» croyant la proclame toujours l'âme de tous les dieux, le dieu unique qui n'a
» pas son second et lui attribue toutes les perfections divines.
» Le dieu un, ou l'âme divine, se manifestait dans l'ordre physique par la
» lumière. Le soleil considéré comme un symbole parfait de la divinité, était,
» en conséquence, adoré dans toute l'Egypte, et la plupart des noms du dieu
') égyptien répondaient à ses positions successives pendant sa révolution quoti-
■> dienne. Mais les Égyptiens ont reconnu aussi une manifestation morale de la
) divinité dans le Vrai, cette lumière des intelligences. C'est Dieu qui « enfante
') la Vérité, « et qui en est (littéralement en faif) le corps. Il est « le maître de
) la Vérité, l'âme divine subsistant par la Vérité. » Il vit de Vérité. Dans chaque
■> dieu qu'il enfante, il se manifeste donc par la Vérité. La Vérité étant la parole
) de l'Être suprême, les dieux sortent de sa bouche et sa parole devient les dieux.
> Lui-même est le vrai de parole^ ma kheru. »
On sait que l'expression ma kheru, appliquée tantôt aux dieux tantôt aux
norts divinisés, a reçu pendant longtemps et reçoit encore de beaucoup d'égyp-
■ologues la traduction de justifié. Devéria est le premier qui ait fait comprendre
(|ue ce sens est absolument incompatible avec un titre divin; il avait proposé
l'interprétation véridique, ayant l'autorité de parole, persuasif, M. Grébaut explique
ijue ce savant regretté n'avait pas saisi le vrai sens et, traduisant par projé-
lanî la vérité, émettant la vérité, il démontre que cette qualification découle natu-
lellement de ce qu'on vient de lire sur la divinité se manifestant par le Vrai: « La
) manifestation du vrai, la vérité proférée, ma Kheru, quia donné naissance aux
; dieux et par laquelle ils continuent d'être, se saisit elle-même dans son effet
) le plus sensible, le règne de la Vérité, du Bien, de la Sagesse, règne qui a mis
) fin au désordre du Chaos, et auquel correspondent, dans l'ordre physique, les
) effets de la lumière succédant aux ténèbres primordiales. Chaque matin, en
) même temps que renaît sa lumière, le dieu-Soleil se manifeste par la Vérité
) (ma) proférée (kheru); il est vrai de parole (ma kheru). Tout dieu solaire, Ra,
) Osiris, Khepra, Shu, Armakhis est, en ce sens, vrai de parole, ma kheru;
> c'est ce que nous apprenons par des hymnes malheureusement trop rares.
) Comme la plupart des textes religieux parvenus jusqu'à nous ont été trouvés
) dans les tombeaux, et que les chapitres du Livre des morts, écrits sur papyrus
) ou gravés sur les sarcophages, en constituent le fonds principal, en fait, les
) textes religieux que nous possédons nous parlent surtout du ma kheru du
) soleil couché, Osiris, dieu des morts, auquel tout défunt, appelé à renaître à
> une nouvelle existence, était assimilé. Quand le soleil Osiris reparaîtra en vrai
) de parole, ses ennemis, les ténèbres et le mal, les partisans de Set, seront
X renversés : Horus aura vengé son père et le règne de la Vérité (suteni n ma-t)
ï. aura commencé. Les ténèbres ne sont dissipées que par la lumière : le mal
y (asef, l'erreur, le mensonge, le désordre moral) ne disparaît que devant la
T. Vérité, mais il la rencontre dans la parole d'Osiris : est ta parole vérité pour tes
)) ennemis, ô Osiris!
» L'homme, si ses actions ont été conformes à la Vérité, est devenu un auteur
y> de vérité (ar ma sur plusieurs stèles funéraires), un vrai de parole (ma kheru):
572 REVUE CRITIQUE
» il se manifeste donc comme Osiris, le Vrai éternel, et, triomphant de ses
» ennemis après sa mort, échappe à l'anéantissement; divinisé par ses propres
» œuvres, il prend place parmi les dieux qui vivent à la suite d'Osiris. Son
» assimilation aux dieux étant complète, sa participation aux privilèges divins
» est sans bornes ; il devient lumineux (s-hef) comme Osiris renaissant en Ra,
» et voit s'accomplir pour lui ce souhait qu'on formait pour tout défunt : « Que
» les dieux lui accordent d'être lumineux (Khu) dans le ciel, avec Ra, vrai de
» parole dans Neter-Kher, avec Osiris. »
» En résumé la parole exprime la vérité du dieu manifesté par la lumière et
» la vérité de l'être auteur du vrai, père des dieux. Aux dieux elle apporte la
» vérité qui les nourrit, aux puissances typhoniennes la vérité qui les détruit »
(p. 116-120).
Le mot égyptien ta « terre, région » est toujours écrit au duel; M. Grébaut
est le premier qui ait compris et démontré la signification de cette orthographe.
De même que nous concevons une ligne nommée équateur qui sépare le globe
en deux hémisphères, les Égyptiens disaient que le soleil, dans sa course d'Orient
en Occident, tranche le monde en deux parties, le Nord et le Sud, qu'il vivifie
simultanément par les rayons sortis de ses deux yeux : aussi cet astre est-il
nommé Roi du Midi et du Nord ; c'est le titre représenté par le roseau et l'abeille,
titre que l'on traduit à tort par roi de la haute et de la basse Egypte et que le
pharaon s'attribue , non parce qu'il est souverain de l'Egypte, mais parce qu'il
est assimilé à Horus, le soleil levant. En donnant cette interprétation M. Grébaut
explique de la manière la plus inattendue et en même temps la plus naturelle le
sens des titres divins et royaux qui constituent les protocoles et qui tous ont
pour objet la domination solaire sur les régions du Sud et du Nord (p. 17? à
227). rrj'iiyon
Par les citations qu'on vient de lire on aura pu, je l'espère, se faire une idée
de l'intérêt particulier qu'offre la première partie de TÉtude sur l'Hymne à
Ammon du musée de Boulaq; il est à désirer pour la science que les deux autres
parties se succèdent rapidement. Tout le monde sera d'accord avec moi pour
voir dans ce livre un début des plus remarquables : il nous annonce un égyp-
tologue avec lequel il faudra compter.
Paul PlERRET.
1,^. _ Albin Krumbholz. Quaestionum Theocritearum spécimen primum, quo
agitur de locis aliquot primi idyllii difficilioribus ad fabulam Daphnidis spectantibus.
Dresde. 1875. In-S" (J3 p.). — Prix : i fr. jj.
On ne sait pas très-bien à quoi s'en tenir sur le compte de Daphnis; en par-
ticulier, l'histoire de ses amours est toujours demeurée fort obscure. Aussi la
première idylle de Théocrite fenferm.e-t-elle plusieurs passages qui n'ont pas
encore reçu une interprétation satisfaisante. On y voit notamment, aux vers 82-
8$, courir au travers des bois une jeune fille ou jeune femme (y.wpa), sans doute
une amante de Daphnis, dont les philologues n'ont pu, jusqu'à présent, établir
à coup sûr l'identité. M. K. la désigne en ces termes : « mystica illa %iùpcL Théo-
d'histoire et de littérature. 375
)) critea, quae haud scio an viris doctis majores paravent quam ipsi Daphnidi cru-
)) ciatus, it Pourquoi faut-il que les compatriotes de M. K. déparent si souvent
de bons livres par des traits de ce genre ! Au demeurant, le travail dont nous
rendons compte, — présenté par son auteur à l'Université de Rostock pour
obtenir le grade de docteur, — est un résumé convenable des opinions émises
par divers savants sur quelques-unes des questions difficiles qui concernent
Daphnis. On n'y trouvera rien de nouveau, si nous ne nous trompons, qu'une
conjecture (ato-a pour àvà au vers 96) qui ne paraît point bonne. Sans toucher
aux grosses difficultés qui ont été soulevées, nous pensons qu'on pourrait lire,
au vers 1 50, èvl xpavatat au lieu de iià y.pava:crt '.
Charles Graux.
114. — Die Idealisirung der Naturvœlker des Nordens in der griechi-
schen und rœmischen Litteratur. Von Prof. D' Alexander Riese. Heidelberg,
Verlag von G. Weiss. 1875. In-4'', 44 p. — Prix : 2 fr, 75.
M. Al. Riese, éditeur des Satires Ménippées de Varron, de l'Anthologie latine,
des œuvres d'Ovide, et auteur de nombreux travaux sur l'antiquité, a été chargé,
en septembre 1874, d'un discours à l'assemblée des philologues, réunie à Inns-
pruck. Il avait pris pour sujet les jugements portés sur les Germains par les
auteurs romains. Ce discours ayant été accueilli favorablement, M. R. paraît
avoir étendu le champ de ses observations, et c'est sans doute le résultat de ces
nouvelles études qu'il a déposé dans les pages dont nous venons d'indiquer le
titre, et qui ont été d'abord publiées en tête du « Programme » du gymnase de
Francfort s. le Mein.
La Germanie de Tacite est-elle une idylle, un roman, une satire, ou bien un
ouvrage sérieux de géographie et d'ethnographie? Telle est la question d'où
M. R. prend son point de départ. Il se prononce pour la dernière de ces opi-
nions ; mais il reconnaît en même temps que Tacite cherche les causes de la
force des Germains précisément dans le contraire de ce qui fait la faiblesse de la
Rome impériale, et qu'il se complaît à peindre, dans la Germanie, un état de
choses qui lui paraît plus ou moins idéal. Ce contraste établi entre la civilisation
gréco-romaine et les mœurs primitives des Barbares, et plus spécialement la
représentation de certains peuples du Nord comme ayant en partage une vertu
et une félicité idéales, voilà ce que M. R. poursuit à travers tous les âges des
littératures grecque et romaine, depuis Homère jusqu'à Tacite. Ce sont d'abord
des peuples plus ou moins fabuleux, habitant l'extrême Occident, dont la justice
et le bonheur sont célébrés par les anciens poètes grecs. Plus tard, les mêmes
traits, et d'autres plus nombreux, mais toujours semblables, sont prêtés aux
Hyperboréens, aux Scythes, et enfin, au T"" siècle ap. J.-C, surtout par les
hommes de l'opposition stoïcienne, aux Germains.
On ne lira pas ce petit écrit sans être frappé de maint aperçu nouveau sur les
I . Sur cette conjecture, v. Tournier, Exercices critiques, n' 479.
■ ' I
574 .Mim^^ REVUE CRITIQUE TZîH'q
auteurs les plus connus, comme aussi d'informations très-curieuses puisées à des
sources moins fréquentées. T.
115. — Aulularia sive Querolus, Theodosiani aevl comoedia. Edidit R.
Peiper. Leipzig, Teubner, 1875. In- 12, xl-68 p. — Prix : 2 fr.
On sait qu'il existe, sous le nom d' Aulularia, emprunté à la comédie de Plaute,
ou de Querolus, nom du principal personnage, une composition dramatique, dont
on s'accorde aujourd'hui à fixer la date au iv« siècle : elle ne peut être du vu",
comme on l'a souvent dit , puisque , sans parler d'autres raisons , elle est citée
par Servius; ce témoignage tendrait même à faire reculer la date. En effet Ser-
vius commet déjà une erreur qui a été universelle au moyen-âge, et attribue le
Querolus à Plaute ' : il semble que pour qu'une telle confusion fût possible , il
fallait que la pièce eût déjà une certaine antiquité. Une nouvelle édition du Que-
rolus, revue sur tous les manuscrits, était à désirer, d'abord parce que celle de
Klinkhamer (Amsterdam, 1829) n'avait pas à beaucoup près épuisé la tâche du
critique, ensuite parce que l'ouvrage en lui-même, tant par le fond que par la
forme, mérite une attention qu'il n'a guère obtenues Comme œuvre littéraire,
la pièce est assurément médiocre ; cependant l'intrigue bien conçue amène des
péripéties amusantes, et les hors d'œuvre qui la relèvent ne manquent pas
d'un certain esprit î ; mais surtout elle a le mérite de mettre en scène quelques
traits des mœurs de l'antiquité à son déclin : nous citerons le rôle joué par
les devins et les mathematici, la croyance à une bonne et mauvaise fortune
afférente à chacun, l'identification du Lar avec le Fatum, les rapports des
esclaves entre eux et avec leurs maîtres, etc. Malheureusement l'auteur,
comme beaucoup de ses contemporains, écrit dans un style à la fois si plat et si
bizarre, il est si incapable de peindre avec précision des caractères ou des
mœurs, il préfère si évidemment à la réalité les conceptions les plus incohérentes,
qu'on trouve dans son ouvrage peu de chose dont on puisse sûrement profiter.
Ainsi les pratiques des mathematici sont décrites d'une façon absurdement inin-
telligible , et le curieux tableau des plaisirs nocturnes des esclaves risque fort
d'être de la pure fantaisie. Le sujet de la pièce est des plus simples 4, et n'a,
1. M. Peiper dit que Vincent de Beauvais, s'il avait lu le Querolus, n'aurait certaine-
ment pas commis cette méprise, parce que dans le prologue l'auteur dit positivement que
sa comédie n'est pas celle de Plaute. C'est faire trop d'honneur à la critique du moyen-
âge. M. P. remarque lui-même (p. xx) que Jean de Salisbury avait lu toute la pièce; en
dit-il moins positivement qu'elle est de Plaute? Vital de Blois, qui a mis en vers élégiaques
le Querolus et un AmphUruo probablement du même genre, les attribue l'un et l'autre à
Plaute.
2. Nous citerons comme exemple de la négligence avec laquelle on l'a traitée les quel-
ques mots que lui consacre M. Bernhardy : « Sous le nom de Plaute s'est encore conservé
» le Querolus, fade comédie, composée peut-être avant le IV' siècle, et qui n'est qu'une
» rédaction en prose de \' Aulularia. «
3. Magnin s'est étrangement exalté à propos du Querolus : « C'est, dit-il {Revue des
Deux-Mondes, 1835, t. II, p. 67O, à la fois une comédie de caractère, de mœurs et
d'intrigue, étincelante d'esprit, de verve et de poésie. » Malgré ce dithyrambe, on a peu
lu le Querolus, même dans l'analyse fort habile du spirituel critique.
4. IT paraît d'ailleurs emprunté à une comédie grecque : du moins l'auteur le dit
d'histoire et de littérature. 575
quoiqu'on l'ait souvent répété, aucun rapport avec celui de VAulularia, dont on
pourrait à la rigueur regarder le Querolus comme une continuation. En effet il
s'agit d'une urne où l'avare Euclion (c'est le nom du héros de Plaute) a caché son
trésor, qu'il a indiquée, en mourant en pays étranger, à un ami infidèle, et que
celui-ci, le parasite Mandrogéronte, après avoir essayé de la voler, restitue
malgré lui au fils d'Euclion, Querolus ' . Ce qui fait une partie de l'intérêt de cette
pièce, c'est la question de savoir si elle a été représentée. Magnin l'affirme ; E. du
Méril {Origines latines du théâtre moderne, p. 14-1 5) est porté à en douter; mais les
raisons qu'il donne sont toutes faibles, excepté une, ce vers du prologue : Nosfabellis
atque mensis hune libellum scripsimus^; ces expressions indiquent en effet un livre écrit
pour être récité à table. Mais certains endroits de l'ouvrage, notamment la scène 1,
où le dieu Lare trouve à ses pieds et saisit un trident oublié par des pêcheurs, et
surtout la scène où Mandrogéronte jette l'urne par la fenêtre dans la maison de
Querolus, ne permettent guère de douter que la pièce ne fût destinée à la repré-
sentation. Il est possible de tout concilier : nous voyons déjà dans Pétrone
l'usage de faire paraître dans les festins des histrions qui déclamaient ou même
jouaient de véritables scènes (cf. Plin. Epist. I, i $): le Querolus paraît avoir été
destiné à une exécution de ce genre : c'est proprement ce qu'on appelait un acroama.
La brièveté de l'ouvrage, le petit nombre des personnages, le caractère savant du
style et des allusions (notamment juridiques), la prédominance du dialogue sur
l'action, tout vient, si nous ne nous trompons, confirmer cette conjecture 5. Du
Méril prétend que le Querolus n'a pas été fait pour être joué parce que, «malgré
» l'usage suivi constamment par tous les anciens auteurs comiques, aucune trace
» de versification ne s'y laisse apercevoir. « C'est là une erreur évidente.
L'auteur nous dit qu'il marche dodo pede, et cette expression peut s'entendre
dans plusieurs sens, mais non assurément dans celui de simple prose : il a voulu
faire des vers, mais lesquels? M. Peiper se borne à peu près à reproduire ce
qu'a écrit Wernsdorf sur ce point. L'opinion même de Wernsdorf, et surtout
la remarque qu'y joint M. P., devait le porter à imprimer la pièce en vers. Le pied
boiteux, expression, comme le remarque M, P., qu'Ovide applique au distique,
désigne une unité métrique dont les deux moitiés sont inégales, et M. P.
dit en effet : « Alias igitur leges apud nostrum quoque priores enuntia-
» torum partes secuntur, alias posteriores , illae cum sint ad prosam orationem
» confirmatae, trochaicas eis adjunxit plerumque clausulas. » Nous croyons qu'il
était presque indispensable, pour donner une idée du mode de composition et
expressément : Qui Graecorum disciplinas ore narrât barbare. Il est vrai que tout ce pas-
sage (notamment le terme de barbarus) paraît imité des prologues de Plaute.
1. L'auteur a emprunté à Plaute l'idée du rôle qu'il prête au Lar familiaris; mais il
lui fait faire à Querolus un petit cours de philosophie qui montre bien ce que devenaient
les vieilles idées religieuses entre les mains des beaux esprits d'alors.
2. Ce vers, comme celui qui est cité dans la note i et beaucoup d'autres, offre un
tétramètre trochaïque catalectique parfait, et, ce qui est digne d'attention, rhythmique
aussi bien que métriijue, Voy. ci-dessous.
5. Les plaisanteries perpétuelles sur les parasites, sur les esclaves, etc., semblent aussi,
non moins aue la discussion académique (cf. I, 13) sur la bonne et la mauvaise fortune,
faites pour le même milieu.
376 'Mmm.- REVUE CRITIQUE ^^^'
de récitation de la pièce, de reproduire par l'impression cette singulière structure.
Il est vrai que c'est souvent difficile : le mètre semble parfois se dérober com-
plètement, et il serait téméraire d'introduire des corrections; cependant la plu-
part du temps on trouve des lignes comme celles-ci, les premières de l'ouvrage :
Rutili venerande semper magnis laudibus,
Qui das honoratam quietem quam dicamus ludicris,
Inter proximos et propinquos honore dignum putas*,
Duplici fateor et ingenti me donas bono,
Hoc testimonio, hoc collegio : haec vera est dignitas.
Quaenam ergo his pro meritis digna referam praemia?
On voit que le premier hémistiche est très-irrégulier, le second assez réguliè-
rement composé de six à huit syllabes et terminé invariablement par un trochée
suivi d'une syllabe indifférente. Le mouvement de ce second hémistiche paraît
également trochaïque, et ce fait, aussi bien que la séparation du vers en deux
hémistiches et le nom même de pes dodus, nous fait hésiter à croire, avec
Wernsdorf et M. Peiper, que nous ayons ici une imitation grossière du vers de
Térence, dans lequel on ne conserverait plus que l'iambe final. Nous y verrions
plus volontiers, ainsi que dans les vers analogues qu'offrent des inscriptions
africaines *, une forme très-libre qui serait à peu près au tétramètre trochaïque
catalectique ce que celle de Commodien est à l'hexamètre. En tout cas il était
d'autant plus désirable de distinguer les vers pour l'œil que le sens est générale-
ment achevé avec chaque vers, et que la forme de la pièce prend ainsi un tout
autre aspect.
Une des circonstances qui donnent encore de l'intérêt au Querolus, c'est qu'il
a été mis en vers élégiaques par Vital de Blois et que cette imitation a eu le
plus grand succès au moyen-âge. M. P. émet sur ce poète (p. xxj) deux opinions
tout à fait nouvelles, l'une qu'il n'était pas de Blois, l'autre qu'il vivait au viii^ ou
au IX* siècle et non, comme on l'a cru jusqu'ici, au xii^. La raison qu'il donne
de la première opinion ne paraît pas très-bonne ; quant à la seconde il ne l'appuie
d'aucun argument (ut mea est sententia), et il serait à souhaiter qu'il en donnât
les motifs : elle nous paraît tout à fait invraisemblable.
Le texte est établi avec beaucoup de soin. Il laisse encore à désirer, car les
quatre mss. ont des fautes communes assez nombreuses, et plusieurs passages
restent ininteUigibles ou évidemment altérés. M. P. a souvent corrigé avec
bonheur la leçon des manuscrits ; nous citerons notamment 53,18 luas aurum
pour thesaurum. La ponctuation est assez négligée, parfois tout à fait fausse :
adnsi 4, 6-7 Locum tantummodo senex ostendit. Oblitus doli parasitas navem ascendit,
lisez Locum tantummodo senex ostendit, oblitus doli h Parasitas, etc. (cf. 6, 17).
Voici deux passages où il nous semble qu'on peut rétablir une leçon meilleure.
1. Il paraît inutile de suppléer avec M. P. dum devant putas.
2. Voy. Biicheler, Rhein. Mus. XXVII (1872), 474. Nous pensons avec M. Bûcheler
contrairement à M. P., que la circonstance que ces versnese trouvent qu'en Afrique rend
probable aussi pour le Querolus une origine africaine. En tout cas les inscriptions afri-
caines qui le présentent auraient dû être étudiées par l'éditeur du Querolus.
3. Doli est d'ailleurs la fin du vers.
d'histoire et de littérature. 377
36,1 Mandrogéronte demande à Querolus s'il a un coffre vide, pour emporter
sa mauvaise fortune hors de chez lui quand on l'aura découverte : Estne aliqua
tibi arcula inanis? Quer. Non una quidem. Mandr. Una tantum est opus, in qua
lustrum illud exportetur foras. Quer. Ergo et claves largior, ut inclusa excludatur
calamitas. Il semble clair (cf. 41, 17) qu'il faut retrancher non avant una, et dès
lors, bien loin de changer avec M. P. Ergo en Ego, on comprend que c'est ce
mot qui donne tout le sens à la phrase; ce sont les clefs du coffre que Querolus
remet à Mandrogéronte. — L'autre correction est encore plus sûre. Mandrogé-
ronte a reçu d'Euclion mourant l'indication du lieu où est caché son trésor;
il lui a décrit l'endroit oh demeure son fils Querolus, la disposition intérieure de
la maison , etc. Mandrogéronte arrive avec ses deux compHces devant la maison
qu'ils cherchent : Mandr. Nisi me fallit traditio, jam pervenimus. Sard. Ipsa est
platea quam requiris. Syc. Recurre ad aediculum cito. Mandr. Sacellum in parte,
argentaria ex diverso. Syc. Utrumque sic est. Sard.' Ventum est. Quid praeterca?
Mandr. Domus excelsa. Syc. Apparet. Mandr. Iligineis foribus. Sard. Ipsa est.
Le mot aediculum, qui est d'ailleurs d'un latin douteux, n'a ici aucun sens : il faut
indiculum. Les aides de Mandrogéronte l'invitent à consulter la note qu'il a prise
de la description d'Euclion pour reconnaître s'il est vraiment devant la maison
signalée. Sur quoi il lit en effet les différentes indications contenues dans cette
note (cf. 24, 23 ; au vers suivant nous lirions tu pour tua^.
G. P.
116, — Documents inédits pour servir à l'Histoire de la Réforme et de
la Ligue, par Jean Loutchitzky. Kiew. 1875. Vol. gr. in-8* de iij-354 p.
M. Loutchitzky va bientôt faire paraître un ouvrage, préparé avec beaucoup
de soin , qu'il intitule : Histoire de la réaction féodale en France au xvi^ et au
xvu" siècle. Il en détache aujourd'hui les pièces justificatives, pensant que la
plupart de ces pièces « étant très-peu connues et même pour beaucoup complé-
» tement inconnues, » il pouvait être utile de les mettre au jour sans attendre
la publication de l'ouvrage entier. M. L. ne nous donne pas ici tous les docu-
ments qu'il a pu recueillir, pendant son séjour en France (i 872-1 874), dans les
archives et bibliothèques de Paris, Grenoble, Nîmes, Montpellier, Toulouse et
Montauban : il a choisi ce qui, dans son abondante récolte, lui a paru valoir le
mieux, et c'est le dessus du panier qu'il offre au public.
Je ne puis mieux faire que d'emprunter à l'éditeur lui-même l'énumération
analytique des pièces dont se compose son volume (Préface, p. ij) : « Les docu-
» ments qui ont trouvé place dans cette édition se rattachent directement aux
» événements du xvi* siècle qui peuvent éclaircir la lutte des partis, celle des
« protestants et de la Ligue. La formation et les premiers progrès de la Ligue,
» ses commencements en Dauphiné, ses causes et ses éléments tant sociaux que
I. L'imprimé porte Mand.; ce n'est sans doute qu'une faute d'impression. Le livre en
contient plus d'une, p. ex. 20, 6. 51, 16-17. 57> 24.
jyS .HW\:\ REVUE CRITIQUE
» religieux étant le sujet de mes premiers chapitres, j'ai placé au commencement
» de ce recueil les pièces qui s'y rapportent, telles que celles sous les n°' I-IX.
» Les pièces à partir du n° X se rapportent à des événements particuliers au
» parti protestant après la paix de Monsieur. La lutte intérieure de la fraction
» consistoriale et des villes avec la noblesse, le parti des politiques et le maré-
« chai de Damville se révèle dans ces pièces et y trouve son explication. Les
» pièces n°* XIX, XX, XXIV-XXX ont le même caractère, mais avec des traits
» qui trahissent, encore plus clairement que les précédentes, l'influence de
)■) l'élément social et politique dans les luttes des partis entre eux, dans les dis-
» cordes intestines des partis mêmes. Elles indiquent les germes de la lutte qui
» se développe vers la fin du xvi^ siècle pour finir par un soulèvement des
» paysans dans la France méridionale (Les Croquants, n" Ixij). La période qui
« va de 1579 au renouvellement de la Ligue, les péripéties de la Ligue, les
» rapports entre les diverses fractions du parti protestant et l'état de Languedoc
» sont mis en lumière par les documents n°' XXXV-XLII, et les lettres de
» Condé, de Montmorency, de Joyeuse et de Montpensier, tirées des manuscrits
)> de la bibliothèque de Saint-Pétersbourg. Les pièces numérotées de XLIII à
» LXI se rapportent exclusivement aux événements de la Ligue, aux relations
» entre le peuple et la bourgeoisie dans les villes. La plupart des documents
» sont tirés des archives du palais de justice et de la ville de Toulouse, qui fut
» un des principaux foyers de la Ligue. — Ces courtes explications suffisent, à
« mon avis, pour indiquer sommairement le contenu de ce volume, en attendant
» l'apparition de l'ouvrage, où je m'efforcerai de commenter cette collection... »
Les pièces si patiemment réunies par M. L. ont été généralement bien lues et
bien publiées (je ne parle pas de certaines fautes d'impression que nous n'évi-
tons pas assez en France et qui sont particulièrement excusables dans un livre
sorti des presses de Kiew). Presque toutes ces pièces sont fort intéressantes et,
dans leur ensemble, elles forment un des recueils les plus curieux qui, de nos
jours, aient été mis à la disposition des historiens du xvi« siècle. Entre tous ces
documents qui nous transportent du Bourbonnais en Dauphiné, de Bourgogne en
Champagne, de Blois à Anduze, de La Rochelle à Fréjus, de Toulouse à Lyon,
de Montauban à Périgueux, de Millau à Paris, je signalerai la série des lettres
de Condé (p. 126-133), de Montmorency (p. 133-150), de Joyeuse (p. 150-
172), lettres qui nous apportent beaucoup d'informations nouvelles. Je signalerai
encore les nombreuses pièces relatives à Toulouse, celle de toutes nos villes
méridionales qui gagne le plus à la publication du recueil de M. L. (p. 19, 106,
109, 256, 2$8, 278, 295-298, 312-322, 325, etc.). Notons enfin, parmi les
extraits qui concernent les Croquants (p. 334-354), une relation très-détaillée
de la révolte des paysans périgourdins en 1 594 et 1 594, tirée des registres de
l'hôtel de ville de Périgueux.
'' Sans insister sur un travail qui, pour être bien jugé, a besoin d'être rapproché
du livre auquel il sert de base, je dirai que M. L. n'a pas eu tort d'espérer
{Préface, p. j) que le monde savant appréciera l'importance de tous ces maté-
riaux. J'ajouterai que je crois pouvoir promettre à cet étranger qui met au ser-
d'histoire et de littérature. 379
vice de notre histoire tant de zèle, tant de dévouement, que son recueil d'au-
jourd'hui, que son livre de demain, trouveront parmi nous l'accueil le plus
sympathique.
■0 .■ ix', y. T. DE L.
117. — C. CouRRiÈRE. Histoire de la littérature contemporaine en Russie.
1 vol. in- 12. Librairie Charpentier. — Prix : j fr. 50.
On se plaint que les Français connaissent peu les littératures étrangères ; la
librairie Charpentier, pour remédier à cette ignorance, publie une série d'Histoires
de la littérature contemporaine dans les divers états de l'Europe. Trois volumes
ont déjà paru : l'Histoire de la littérature contemporaine en Italie par M. Am.
Roux, un volume analogue de M. Odysse Barot sur l'Angleterre et l'ouvrage
qui nous occupe en ce moment. Ce n'est pas le moins curieux de tous, ni celui
auquel le public a fait l'accueil le moins bienveillant. L'attention se tourne
volontiers vers la Russie , on commence à soupçonner que ce pays n'est pas si
étranger à notre civilisation qu'on voulait nous le faire accroire et qu'il mérite
d'être sérieusement étudié. L'ouvrage de M. Courrière ne saurait manquer
d'apprendre beaucoup à tous ceux qui ne connaissaient jusqu'ici que les noms de
Herzen et de Tourguenev. L'auteur débute dans la carrière des lettres; on le
sent à certains tâtonnements, à l'inexpérience de sa plume; mais il a le très-
grand mérite d'avoir vécu longtemps en Russie et d'être parfaitement au courant
du mouvement littéraire qu'il entreprend d'exposer. Si nous ne nous trompons
M. Courrière a été longtemps collaborateur du journal français de Saint-Péters-
bourg et il y traitait spécialement de la littérature russe. On voit qu'il a beau-
coup lu et beaucoup retenu. Aucun étranger vivant en dehors de la Russie
n'aurait pu entreprendre une œuvre de ce genre et réunir tant de faits en un
volume de 400 pages. Les grandes figures de la littérature contemporaine y sont
mises en relief d'une façon convenable : Griboïedov, Pouchkine, Lermontov,
Gogol, Bielinsky, Gontcharov, Pisemski, Tourguenev, Ostrovsky sont successi-
vement présentés au lecteur et des extraits de leurs œuvres lui permettent de se
faire une idée au moins sommaire de leur talent. Le roman a surtout attiré
l'attention de M. C. Il s'est efforcé d'y retrouver l'histoire des tendances qui ont
agité la société russe depuis un demi-siècle. Peut-être lui a-t-il un peu trop
sacrifié les poètes et les savants. Nous sommes un peu étonné de voir le grand
fabuliste Krylov, mort en 1844, exclu du volume ou à peine honoré d'une
quinzaine de lignes assez dédaigneuses. Nous aurions plus d'une lacune à signaler.
Comment parmi les œuvres de Pisemsky avoir oublié ce drame si remarquable :
Vamère destinée (Gorkaïa Sudbina) ? Ostrovsky, le grand représentant du
théâtre russe, nous paraît traité bien légèrement. Les savants, dont quelques-uns
sont de véritables écrivains, n'ont qu'une place bien minime; la littérature popu-
laire mise en relief depuis quelques années par tant de travaux distingués n'est
pas même indiquée. Dans une nouvelle édition que nous souhaitons vivement au
livre de M. C, il y aurait lieu de donner au volume un peu plus d'équilibre.
Le style manque parfois de correction; il se ressent du séjour prolongé
?8o REVUE CRITIQUE
que l'auteur a fait en Russie et de Finexpérience de l'écrivain. Ainsi la
Grusie dont parle M. C. s'appelle en français Géorgie (p. 58). Le mot athéiste
(p. 214) n'est guère employé aujourd'hui. Dans certains cas la plume du critique
l'a trahi; l'analyse du chef-d'œuvre de Gogol, le Réviseur, est écrite d'un ton
familier et d'un style où détonnent les mots de farceur, déficelles, etc. M. C. a
fait une grande place aux analyses des romans. Mais il se laisse dominer par le
récit qu'il veut faire connaître, au lieu de le dominer lui-même : l'emploi des
temps des verbes dans ces analyses n'est pas toujours heureux; elles auront
besoin d'être sévèrement retouchées. Ces critiques n'ôtent rien à l'intérêt de ,
l'ouvrage ; nous souhaitons que l'auteur ait occasion de le soumettre à une sérieuse
révision, et nous l'engageons vivement à continuer ses études sur le monde russe.
Louis LEGER.
VARIÉTÉS.
Sur deux relations de voyageurs espagnols.
La Revista Europea de Madrid contient dans son numéro du 2 mai 1875, sous
le titre de Cuestion bibliogrdfica, une traduction de l'article publié ici même
(n" du 27 février 187$) sur les Andanças é viajes de Pero Tafur, suivie d'obser-
vations rectificatives par l'auteur de cette publication, M. Jimenez de la Espada '.
Dans sa réponse à mon compte-rendu, l'érudit castillan s'attaque surtout à
l'opinion que j'ai émise : 1° sur la valeur de certains extraits d'un traité géogra-
phique composé par un franciscain espagnol du xiv^ siècle ; 2" sur l'expédition
génoise de la fm du xiii* siècle à la recherche de la route maritime des Indes
orientales.
J'ai vu avec plaisir que M. J. de la E. n'a pas hésité à reconnaître l'identité
du traité de son franciscain avec le livre du frère mendiant dont les chapelains
de Bethencourt ont publié plusieurs extraits ; il a été amené par là à examiner
quelques ouvrages où les extraits en question ont été souvent cités à l'appui de
certaines théories de géographie historique, mais n'ont point été étudiés en eux-
mêmes.
Avant de répondre aussi brièvement que possible, et en me tenant à un point
de vue strictement scientifique, — ce qui n'est pas tout à fait le cas de mon
honorable contradicteur, — je dois faire observer que mon intention, en rendant
compte de la publication de M. J. de la E., n'était pas de discuter à fond l'au-
thenticité du prétendu voyage en Afrique du franciscain espagnol, précisément
parce que l'existence du texte original , qu'on croyait perdu , venait de m'être
révélée. Il ne peut entrer dans l'esprit de personne de porter un jugement d'en-
semble sur un texte qu'on ne connaît que par extraits et à travers une traduc-
tion, alors que la version primitive existe et va être mise au jour. Mon intention
était donc simplement de démontrer à l'éditeur l'identité des fragments reproduits
I. Cet article a été tiré à part sous le titre de Cuestion bibliogrtifica, por D. M. Jime-
nez de la Espada. Madrid, Médina y Navarro. 1875. 39 pages in-8*.
d'histoire et de littérature. 581
dans Le Canarien avec divers passages du texte publiés dans l'introduction de
Tafur, et ensuite d'attirer son attention sur les appréciations très-peu favorables
portées par plusieurs érudits sur ce texte dont il ne soupçonnait pas qu'on eût pu
s'occuper avant lui. Il me suffisait donc parfaitement de me placer sous le couvert
de MM. Peschel et Major, qui ont examiné indépendamment l'un de l'autre, et à des
points de vue différents, la relation de notre moine. M.J.delaE, me reproche avec
raison d'avoir parlé d'wune série d'historiettes étrangères aux localités décrites»
et d'avoir ajouté de l'importance aux observations des rédacteurs du Canarien et
de l'annotateur Bergeron. Les historiettes se réduisent en effet à l'histoire des
fourmis qui ramassent l'or ', et je reconnais qu'il n'y a pas plus à tenir compte des
remarques de Bontier et de Leverrier que des annotations de Bergeron. Mais ce
que je ne saurais accorder à mon savant contradicteur, c'est qu'un moine ait pu
donner d'un voyage effectué au commencement du xiV siècle, dans des régions
où .aucun espagnol ne s'était sans doute risqué avant lui, une relation aussi laco-
nique et aussi dépourvue de tous les détails qu'on est habitué à rencontrer dans
les ouvrages de ce genre. Alors même qu'on en viendrait à reconnaître l'exac-
titude de la plupart des faits géographiques et historiques rapportés par le moine
et qu'on trouverait des raisons plausibles pour expliquer ses erreurs ^ le ton
seul de la narration laisserait encore bien des doutes sur la véracité du franciscain
espagnol. En résumé si nous ne possédions de cette relation que l'abrégé du
Canarien, je crois que le plus prudent, dans l'état actuel de la science, serait de
ne plus en tenir compte, — et c'est aussi ce qu'a fait M. Peschel; — mais puisque
l'original existe il convient simplement d'en attendre la publication.
Je passe maintenant à l'expédition génoise de la fin du xiii^ siècle. M. J, de
la E, réclame contre la critique que je lui ai faite d'avoir admis deux expéditions,
l'une en 1 287, l'autre en 1 292 . Sa réplique prouve qu'il ne-s'est pas rendu compte
de la valeur des textes qui nous ont conservé la mémoire de cette fameuse tenta-
tive. Il faut avant tout mettre bien en évidence le fait suivant : c'est que tous ces
textes, sans exception, ne parlent que d'une seule expédition. De nos jours
seulement, quelques érudits (entre autres l'historien de Gênes, Canale), dans
1. M. J. de la E. conteste même le caractère si évidemment légendaire de cette allu-
sion : il rappelle <)ue la découverte des mines d'or de Huillipatahua au Chili a été due à
des écrevisses, et il ne voit pas pourquoi ces fourmis du moine n'auraient pas existé aussi
bien que celles d'Hérodote. D'abord il est à peu près prouvé aujourd'hui que les fourmis
d'Hérodote étaient des hommes (voy. Fr. Schiern, Sur l'origine de la tradition des fourmis
qui ramassent l'or, Copenhagne, 1873, et Revue critique, 1874, n" 29). Ensuite si le
moine avait réellement assisté à l'intéressant travail de ces insectes il nous l'aurait décrit
d'une iâçon tout autrement précise. L'allusion du moine procède vraisemblablement des
légendes inscrites sur les cartes du temps vers l'embouchure du fleuve de l'or (voy. la
carte florentine de 13^1 qui donne : Hic coligitur aurcum).
2. Je serais curieux de savoir entre autres comment M. J. de la E. explique que le
moine, après avoir parlé du prêtre Jean (d'Abyssinie) « en un de ses tiltres Patriarche
f> de Nubie, qui marchit d'un des costés aux déserts d'Egypte et de l'autre costé à la
» rivière de Nil, » etc., puisse nous présenter ce même prêtre Jean comme demeurant
dans la citée de Mêlée (Melli). Cette erreur, qui pouvait être commise par l'auteur d'un
traité de géographie, n'ayant à sa disposition, pour se rendre compte de la largeur de
l'Afrique à cette latitude, que les cartes si imparfaites du temps, est inexplicable de la
part d'un voyageur.
?82 "^^'JTA REVUE CRITIQUE
l'impossibilité de concilier les dates présentées par ces textes, ont cru pouvoir
tourner la difficulté, en admettant qu'elles se rapportaient à deux expéditions;
mais depuis la découverte d'un texte complet des annales de Jaques Doria tous
les critiques spéciaux qui, à ma connaissance, se sont occupés de cette question,
ont renoncé à cette hypothèse. Vient ensuite la question de la date de l'expédi-
tion. Ici il m'est impossible de comprendre comment M. J. de la E. peut mettre
un instant en balance le témoignage absolument contemporain, et qui plus est en
grande partie oculaire, de Doria' avec la notice de l'astronome padouan Abano (dans
son Conciliaîor differentiarum, où une erreur de date au sujet de notre expédition
n'a rien qui puisse surprendre, étant donnés l'éloignement des lieux et la nature
de l'ouvrage), et avec l'itinéraire ^ et la lettre d'Usodimare qui écrivait plus d'un
siècle et demi après l'événement. Ensuite l'autorité du passage de Doria ne dé-
pend pas du tout, comme le croit M. J. de la E., du plus ou moins de valeur
des corrections de texte proposées par MM. Pertz et d'Avezac pour concilier les
dates des trois auteurs?. Cette discordance, qui n'a qu'une importance très-
secondaire, ne doit pas empêcher de considérer la date 1291 comme la seule
admissible; on ne pourra la remplacer par une autre qu'en démontrant que le
passage des annales de Doria n'est pas authentique.
Il me reste à répondre à quelques objections philologiques que M. J. de la E.
fait à mon petit Errata des Viajes de Tafur. Quand je dis qu'il faut séparer
aman en a man, il est clair que j'entends par là d man, mais cette particule n'est
jamais accentuée dans les mss. du xv« siècle. — On trouve dans les mss. de la
même époque les formes use, asse et a se : il me semble préférable d'écrire a se
pour éviter la confusion avec ase, forme incorrecte pour /î^zê, hace et ase(acies).
— Deque est une forme parallèle de desque^, il convient d'écrire en un seul
mot deque, sans cela on pourrait, dans certains cas, attribuer à cette conjonction
le sens de la formule relative de que.
J'ai laissé entendre au début de cet article que la réplique de M. J. de la E.
pourrait bien ne pas avoir été inspirée par un intérêt exclusivement scientifique.
En effet la tournure donnée à la discussion et certains exposés de principes de
l'érudit castillan laissent assez voir qu'il a été particuHèrement froissé de ce que
des étrangers se soient permis de suspecter la bonne foi d'un de ses compa-
1. « Ideo ego lacobus Auriae que a temporibus de 1280 usque per totum annum
» de 1293 per comune lanue acta sunl et que civitati et civibus lanue evenerunt, tan-
» quam qui omnia vidi et interfui, vel a videntibus veraciter didici, in scriptis redigam,
p etc. » Monum. Germ., t. XVIII, 288.
2. La copie de cet itinéraire qui est à Turin porte au reste la date de 1290 (au lieu
de 1281). M. J. de la E. donne naturellement la préférence au ms. de Gênes, mais tout
porte à croire que la bonne leçon est fournie par celui de Turin, voy. le Bulletin de la
Société de géographie, avril 1875, p. 416, 417.
3. Pour ma part je suis très-disposé à admettre la correction de Vadino en Ugotino,
mais celle de trigesimo en tredecimo me semble peu plausible; car dans l'original d' Abano
cette date a dû être exprimée en chiffres, et en ce cas on ne s'expliquerait pas le chan-
gement de XIII en XXX.
4. Dans un ms. de la Chronique des rois de Castille (c'est le texte étudié par M. A. de
les Rios, Hist. ait. de la lit. esp., t. IV, 386 à 392) que j'ai précisément sous les yeux,
et qui est daté de 1429, ces deux formes sont sans cesse employées l'une pour l'autre.
d'histoire et de littérature. 385
triotes. C'est ainsi qu'il reproche avec amertume à M. Peschel de traiter dédai-
gneusement le frère mendiant, quand dans une autre occasion il a témoigné son
admiration pour l'héroïsme des Espagnols! Il me serait facile de citer plusieurs
passages de la réponse de M. J. de la E. qui paraissent inspirés par cette même
rancune. Je me contenterai de reproduire une phrase qui a trait aux réserves
que j'avais faites sur la valeur du récit de Tafur; elle caractérisera mieux que je
ne saurais le faire l'esprit qui a animé M. J. de la E. dans toute cette discussion,
La voici : « Les réserves continuelles que M. M, -F. a cru devoir faire sur le
» crédit qu'on doit accorder à notre voyageur me semblent quelque peu
» affectées ' ; ce qui ne m'empêche pas du reste de reconnaître qu'il estparfaite-
« ment autorisé à procéder de cette façon, car il s'agit de soumettre l'ouvrage
» d'un écrivain né dans un pays de menteurs et de saltimbanques à l'examen
» d'une critique sur la maturité et l'infaillibilité de laquelle tout le monde est
« d'accord. » Alfred Morel-Fatio.
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 4 juin 1 87 $ .
M. le président Maury annonce à l'académie la perte qu'elle vient de faire en
la personne de M. l'abbé Cochet, l'un de ses correspondants.
L'académie proroge jusqu'au 3 1 décembre 1 876 le concours ouvert pour le
prix Bordin sur ce sujet : Recueillir les noms des dieux mentionnés dans les
inscriptions babyloniennes et assyriennes, tracées sur les statues, bas-reliefs des
palais, cylindres, amulettes, etc., et tâcher d'arriver à constituer, par le rappro-
chement de ces textes, un panthéon assyrien.
M. Le Blant lit une courte note sur le martyre de S'" Félicité et de ses sept
fils, qui a fait récemment l'objet d'un mémoire de M. Aube, lu à l'académie.
M. Aube avait présenté incidemment, sans d'ailleurs s'y arrêter, mais en la
déclarant digne d'examen, la pensée que le fait même de ce martyre était peut
être apocryphe, et qu'on pouvait y voir une fable composée (probablement vers
le temps de Constantin 306-337) à l'imitation du récit qu'on lit au 2" livre des
Machabées, ch. 7. M. Le Blant combat cette opinion. Il cite les divers témoi-
gnages qui établissent que les chrétiens des premiers siècles ont cru au martyre
de Félicité et de ses fils et les ont vénérés comme des saints : le premier en
date est un calendrier de l'an 354; ensuite vient une inscription consacrée par
S. Damase (366-384) à S. Janvier, l'un des fils de Félicité, puis diverses indi-
cations postérieures recueillies dans les écrivains ecclésiastiques. La dévotion des
chrétiens pour S'" Félicité au 4" s. est établie aussi par ce fait que le nom de
1 . Je ne vois pas comment il peut y avoir affectation à douter de l'exactitude de récits
dont la vérification n'a pas pu être faite et qui se trouvent, sur certains points, en désac-
cord avec d'autres relations dont la valeur est plus facile à déterminer. A propos de la
discordance entre les rapports de Poggio et de Tafur sur Conti, M. J. de la E. nous ré-
pond simplement qu'appelé à choisir entre un diplomate italien et un chevalier castillan,
il donne la préférence au chevalier. C'est là un procédé plus commode que critique.
384 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
Félicitas est l'un de ceux qui se rencontrent le plus souvent dans les épitaphes
des catacombes, toutes antérieures à l'an 410. Devant ces preuves de la véné-
ration dont Félicité et ses fils ont été l'objet, M. Le Blant a peine, dit-il, à croire
que la dévotion des premiers chrétiens et des pères de l'église se soit égarée sur
des fantômes.
M. de Longpérier commence la lecture d'un mémoire de M. Chabas sur les
poids, mesures et monnaies des anciens Égyptiens. L'auteur étudie successive-
ment chacune des diverses unités de poids, de mesure, etc., qu'on trouve men-
tionnées dans les textes égyptiens , et cherche à en déterminer la valeur. Les
monuments ne fournissent malheureusement que des données incertaines sur la
valeur de ces unités diverses. Il n'est même pas toujours possible d'en savoir
exactement les noms, à cause de l'usage où l'on était d'écrire ces noms en
abrégé : M. de Longpérier fait remarquer que le même usage se retrouve en
Europe au moyen-âge et dans les temps modernes. — La partie du mémoire qui
a été lue à cette séance était consacrée aux unités de mesure et de poids : les
monnaies feront l'objet de la prochaine lecture.
M. Clermont-Ganneau lit une note sur la ville d'Hippos, qui fut dans l'anti-
quité l'une des principales villes de la Décapole, en Palestine. L'emplacement
de cette ville, qui devait être située à l'est du lac de Tibériade, n'a pu encore
être déterminé exactement. M. Clermont-Ganneau expose les raisons qui le
portent à croire que c'est la même ville qui est appelée dans le Talmud Sousita,
et dans un écrivain arabe du 9* s., Ibn-Khordadbeh, Sousia; ces noms rap-
pellent le nom hébreu du cheval, ^ow, et ont par conséquent la même significa-
tion que le nom grec "iTzr.oq. C'est le nom hébreu qui a dû se conserver dans le
pays : les explorateurs qui voudront retrouver l'ancienne ville d'Hippos devront
donc chercher un lieu dont le nom soit analogue à Sousia ou Sousita.
Ouvrages, etc., déposés sur le bureau* : — Estampages d'inscriptions puniques, envoyés
par M. de S^e Marie, n" 1901 à 2000; — A. Castan, Notice sur le peintre Lancrenon,
Besançon, 1875, 8*; Tabulae codicum manuscriptorum praeter graecos et orientales in
bibliotheca palatina Vindobonensi asservatorum , éd. academia caesârea Vindobonensis.
Vol. VII, cod. 11501-14000, Vindob., 1875, 8*. — Présentés de la part des auteurs : —
par M. Jourdain : La Souanétie libre, épisode d'un voyage à la chaîne centrale du Cau-
case, par Raph. Bernoville, Paris, 1875, f"; — par M. Derenbourg : Études
sabéennes, par J. Halévy, Paris, 1875, 8*.
Julien Havet.
ERRATA.
N" 22, p. 341, 1. 17, au lieu de Boulenger, lisez Boulanger.
P. 342. Les notes 7 et 8 n'en font qu'une, où il faut lire : « M. Maury (Relig.
» delà Grèce, 11,457) pense même que l'usage de l'incubation fut transporté
;) par les Grecs dans les temples d'Isis et de Serapis, et {ibid. p. 460) qu'il
» faisait vraisemblablement partie, etc. »
P. 343, 1. 34, au lieu de religion, lisez société.
I . Dans cette liste ne sont pas comprises les livraisons des recueils envoyés périodi-
quement à l'académie.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
Zur Geschichte der Stadt Scheinfeld in Franken (A. MoRiETH). — Zur Geschichte
des Ofens (H. Ahrendts). — Zur Geschùtzkunde (H. Palm). — Umtaufung
eines Zwitters (Dr. Baur). — Hoc monet contempnere divicias (W. Watten-
bach). — Findlinge. — Beilage zum N" 4. Chronik d. germ. Muséums. — ,
Schriften der Akademien und historischen Vereine. — Nachrichten.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages !
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans "*
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en ■
magasin.
Adams (J. Q_.)- Memoirs comprising Por-
tions of his Diary from 1795 to 1848.
Edited by C. F. Adams. Vol. 3. With
Portrait, In-S^cart.Philadelphia. 31 f. 25
Attwell (H.). Table of the Aryan Lan-
guages. In-4*>, London (Williams et Nor-
gate). 9 fr. 40
Bacon. The Proficience and Advancement
of Learning. With Essays Civil and Mo-
ral and a Collection ot Apophthegms.
In-i2, 318 p. London (Ward et L.).
1 fr. 25
Baker (S.). Ismailïa, a narrative of the
Expédition to Central Africa for the
Suppression of the Slave Trade organised
by Ismail, Khédive of Egypt. With Maps,
Portraits and upwards of fifty full-page
Illustrations by Zwecker and Durand.
2 vol. in-8°, cart. 1020 p. London
(Macmillan). 45 fr.
Balby de Vernon (de). Recherches his-
toriques faites dans l'église de Cléry
(Loiret). Découverte du cœur de Charles
VIII, roi de France. In-8°, 1 1 p. Orléans
(imp. Jacob).
Barbier de Mon tault(X.). Les Heures
de René d'Anjou à l'évêché d'Angers.
In-S", 14 p. Marseille (imp. Cayer et C*).
Becker(B. H.). Scientific London. In-8',
348 p. London (King). 6 fr. 25
Black (C. C). Michael Angelo Buonaroti,
Sculpter Painter, Architect : the Story
of his Life and Labours. Gr. in-8*, 270 p.
cart. London (Macmillan). 39 fr. 40
Broglio(E.). Vita di Federico il Grande.
Vol. I. In-i6, xx-238 p. Milano (Hoepli).
Sfr.
Butler (W. A.). Lectures on the History
of Ancient Philosophy. Edited from the
Author's Mss., with Notes, by W. H.
Thompson. 2d éd. revised by the Editer.
In-8*, cart. 586 p. London (Macmillan).
I j fr.
Carpenter (W. B.). Principles of Mental
Physiology. 2d edit. In-8*, 760 p. cart.
London (King). 1 5 fr.
Da-wkins (W. B.). Cave Hunting. Rese-
arches on the Evidence of Caves respec-
ling the Early Inhabitants of Europe.
Illustrated by coloured plate and wood-
cuts. In-8*, cart. 472 p. London (Mac-
millan). 26 fr. 25
Delprat (C). Les orchestres et les insti-
tutions musicales en Hollande. In-8',
28 p. Paris (imp. Morris père et fils).
Des Périers (B.). Nouvelles récréations
et joyeux devis, suivis du Cymbalum
Mundi, réimprimés par les soins de P.
Jouaust. Avec une notice, des notes et
un glossaire par L. Lacour. T. 1. In-8*,
xIij-283 p. Paris (Lib. des Bibliophiles).
10 tr.
Du Fail. Œuvres facétieuses de Noël du
Fail , seigneur de la Hérissaye, gentil-
homme breton, revues sur les éditions
originales et accompagnées d'une intro-
duction, de notes et d'un index philolo-
gique; par J. Assézat. T. 2. Contes et
discours d'Eutrapel (fin), Appendice et
Index. In- 16, 428 p. Paris (Daffis). 5 tr.
Duplessis (G.). Un curieux du XVII^ s.
Michel Bégon, intendant de La Rochelle.
Correspondance et documents inédits ,
recueillis, publiés et annotés. Avec un
portrait gravé à l'eau-forte par P. Sellier.
In-8*, xvj-144 p. Paris (Aubry).
Entrée et séjour de Charles VIII dans la
capitale de la Champagne en i486, avec
notes et pièces curieuses relatives à cette
entrée et à l'établissement de la première
imprimerie troyenne. In-4" et in-8*, 40 p.
Paris (Champion).
Fiske (J.). Outlines of Cosmic Philosophy.
■ Based on the Doctrine of Evolution.
• "With Criticisms of the Positive Philoso-
phy. 2 vols. In-8% cart. London. 37 f. 50
Fitzgerald (P.). The Romance of the
English Stage. 2 vols, in-8', cart. 658 p.
London (Bentley). 30 rr.
Gervinus (G -G.). Histoire du XIX* s.
depuis les traités de Vienne. Traduit de
l'allemand par J.-F. Minssen. T. 22.
In-B', 319 p. Paris (Lib. internationale).
Sfr.
Greg (W. K.). Rocks Ahead; or, the
Warnings of Cassandra. 2dedit., with a
Reply to Objectors. In-8°, 276 p. cart.
London (Triibner et C^). 11 fr. 25
Greville (C. G. F.). A Journal of the
Reigns of King Georg IV and King Wil-
liam IV. Edited by H. Reeve. 2d edit.
3 vol. in-8*, cart. London (Longmans).
45 fr.
Hardwick (G.). Ghrist and other Mas-
ters : an Historical Enquiry into some
of the chief Parallelisms and Contrasts
between Christianity and the Religious
Systems of the Ancient World. 3d Edit.
edited by F. Procter. In-8°, 602 p. cart.
London (Macmillan). 13 fr. 15
Hauréau (B.). Histoire littéraire du
Maine. Nouvelle édit. T. 7. In- 18 Jésus,
280 p. Paris (Dumoulin).
Hockley (W. B.)- Taies of the Zenana,
or, a Nuvt^ab's Leisure Hours. 2 vols.
in-8°, cart. London (King). 26 fr. 25
Hyver (G.). Le doyen Pierre Grégoire de
■ Toulouse et l'organisation de la faculté de
- droit à l'Université de Pont-à-Mousson
(1582-1597). In-8*, xvj-88 p. Pont-à-
Mousson (imp. Ory).
Jardine (K..). The Eléments ot the Psy-
chology of Cognition. In-8*, 282 p.
London (Macmillan). 8 fr. 15
Jung. La France et Rome, étude histo-
rique (XVII-, XVIII- et XIX- siècles).
Rome et le clergé de France au XVII- s.,
conflits entre la France et Rome, 1682
et 1801, l'Europe, Rome et le clergé de
France en 1874, les solutions, d'après
les documents inédits tirés des archives
de France et de l'étranger. In-i8 Jésus,
xj-436 p. Paris (Charpentier). 3 fr. 50
Leçons de philosophie. Institution des
Chartreux à Lyon. 2 vol. in-8-, xij-765 p.
Lons-Ie-Saulnier (lith. Lançon).
Lecoy de La Marche. Titres de la
maison ducale de Bourbon. T. 2. In-40,
vji-540 p. Paris (Pion et G'). 36 fr!
Lewin (T.). The Life and Epistles of St.
Paul. 2 vol. in-40, 910 p. London (Bell
et S.). 52 fr. 50
Madelaine (G.). Essai historique sur
l'abbaye de Mondaye, de l'ordre de Pré-
montré. Ouvrage orné de lith., fac-similé,
tableaux historiques, etc. In-8", xx-
526 p. Caen (imp. Le Blanc-Hardel).
5fr.
Ory (E.). Étude sur la pyrotechnie de Jean
Appier Hanzelet, maître des feux artifi-
ciels de S. A. le duc de Lorraine
Charles IV, livre imprimé en 1630 a Pont-
à Mousson, avec mention du revolver et
de la mitrailleuse (gravures à l'appui).
In-S", 40 p. Pont-à-Mousson (imp. Ory).
Prévost. Histoire de Manon Lescaut et
du chevalier Des Grieux. Précédée d'une
étude par A. Houssaye. Six eaux-fortes
par Hédouin. 2- partie. In- 16, 146 p.
Paris (Lib. des Bibliophiles).
Sampson (H.). A History of Advertising,
from the Earliest Times. Illustrated by
Anecdotes, Curious spécimens and bio-
graphical Notes, with Illustrations and
Fac similes. In-S', cart. 620 p. London
(Ghatto et W.). 9 fr. 40
Smiles (S.). The Huguenots in France
after the Revocation of the Edict of
Nantes. New Edit. In-8°, cart. 420 p.
London (Daldy et J.). 7 fr. 50
Terninck (A.). Promenades archéolo-
giques et historiques sur les chaussées
romaines des environs d'Arras route de
Thérouanne. In-8°, 200 p. et : grav.
Arras (lib. Bradier).
Thucydides. History of the Peloponne-
sian War. Translated by R. Crawley.
In-S"^, cart. London (Longmans). 26f. 2j
Vernyes (de). Mémoires de Jehan de
Vernyes, conseiller du roy et président
de la Cour des Aides de Montferrand.
1 589-1 593. In-8', 96 p. Paris (Aubry).
2 fr.
"Words-worth (J.). Fragments and spé-
cimens of Early Latin. With Introduc-
tions and Notes. In-S", 690 p. cart.
London (Macmillan). 22 fr. 50
Zimmermann (G. A.). Ephesos imersten
christlichen Jahrhundert. In-8», 1 57 S.
m. e. Karte. lena (Deistung). 3 fr. 25
Nogent-le-Rotrou. Imprimerie de A. Gouverneur.
N* 25 Neuvième année. 19 Juin 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Étranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas Guyard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES .._..., .
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES
22« FASCICULE.
Lt7C DT TTÏTDC ^^ Philippe. Poème en vers politiques de
Cil i3 1 J-_jJl/ U ivO Philippe le Solitaire, publié dans le texte
.pour la première fois, d'après six mss. de la Bibliothèque nationale, par l'abbé
E. Auvray, licencié ès-lettrès. ? fr- 75
COLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE)
5e FASCICULE.
t-j • iv 1 1 1 Eu Iv Les noms de famille, 3 fr. 50
G-pv A T-) T r^ Les Contes orientaux dans la littérature française du
• 1 /\ Iv 1 O moyen-âge. Broch. in-S". i fr.
En vente à la librairie Lippert, à Halle, et se trouve à Paris, à la librairie
A. Franck (F. Vieweg propriétaire), 67, rue Richelieu.
HA^ ^ Tjr T T /-^ Tj A o T-\ r-p Ritomell und Terzine. In-
. oL.ri U Url AKU I 40. iofr.75
PERIODIQUES.
The Academy, N» i6o, new séries, 29 mai. A. Firmin-Didot, Aide Manuce
et PHellénisme à Venise. Paris, Firmin Didot (J. A. Symonds : la compétence
unique de l'auteur est une garantie de la valeur de son ouvrage). — Taswell-
Langmead, English Constitutional History. London, Stevens and Haynes (Alfred
CuTBiLL : excellent manuel, dont on ne saurait trop recommander la lecture). —
Melliss, St. Helena. London, Reeve and Co. (H. W. Bâtes : description phy-
sique, historique et topographique de l'île de Sainte-Hélène). — Henry Brink-
low's Complaynt of Roderyck Mors, somtyme a gray fryre, unto the parliament
howse of Ingland his natural cuntry; for the redresse of certen wicked lawes,
evel customs, a[n]d cruel decreys. (About A. D. 1542); The Lamentacyon of
a Christen Agaynst the C}^tye of London made by Roderigo Mors. (A. D. 1 545).
Ed. by J. Meadows. Published for the Early English Text Society by N. Trûbner
(Nicholas Pocock : ces ouvrages jettent une certaine lumière sur la condition et
la conduite du clergé de cette époque; il ne faut pas perdre de vue, cependant j
que l'auteur avait apostasie). — Lenz, Kœnig Sigismund und Heinrich der
Fûnfte von England (James Gairdner; cf. Rev. crit., 1875, I, p. 2?$). — Carrent
Literature (notes de l'éditeur). — Notes and News. — The India Muséum (F. J.
Goldsmid). — Notes of a Tour in the Cyclads and Crète. VL Crète (suite :
H, F. Tozer). — Correspondence. An Important Ms. of the Psalms (Ad. Neu-
BAUER : a vu entre les mains de Rabbi Jacob Saphir, auteur de |la relation de
voyage bien connue appelée Eben Saphir, un ms,, malheureusement incomplet,
des psaumes, remontant probablement au xi* siècle, et qui fournit d'importantes
variantes au texte reçu). — Pepys' Diary (F. Cunningham; Mynors Bright).
— 0' Neill, a First Japanese Book for English Students. London, Harrison
and Sons (^Robert K. Douglas : il y a pénurie de manuels du japonais en Angle-
terre; le livre de M. 0' Neile est le bienvenu). — Science Notes (note sur la
partie II, vol. CXII des Neue Jahrbiicher fiir Philologie und Padagogik, sur le n° de
mars-avril de la Zeitschr. fiir die œsterr. Gymnasien). — Meetings of Societies (Soc.
des antiquaires de Cambridge, de numismatique, de philologie).
The Athenœum, N° 2483, 29 mai. Four Years in Ashantee. By the Missio-
naries RAMSEVERand Kùhne. Ed. by Mrs. Weitbrecht. With Introduction by
Rev. Dr. Gundert and Préface by Prof. Christlieb. Nisbet and Co. (ne
manque pas d'intérêt). — The Romantic Legend of Sâkya Buddha : from the
Chinese-Sanskrit. Trubner and Co. (on est frappé de la similitude de cette ver-
sion de l'histoire du Buddha avec la légende chrétienne de Barlaam et Josaphat).
— Correspondance inédite de la comtesse de Sabran et du chevalier de Boufflers,
1778-1788. Publiée par E. de Maigneu et Henri Prat. Paris, Pion (la plupart
de ces lettres sont très-agréables). — « The Interior of New Guinea » (J. Mo-
resby, Captain R. N.: signale les nombreux points sur lesquels il n'est pas d'ac-
cord avec l'auteur de la Nouvelle Guinée). — The Centenary of Ariosto (A. de
Gubernatis). • — Literary Gossip (le bruit court qu'on va publier la correspon-
dance philosophique de Stuart Mill; on espère que le Trésor mettra à la dispo-
sition de M. Smith une somme suffisante pour lui permettre de reprendre en
grand ses fouilles en Assyrie ; on annonce la prochaine publication d'un résumé
de la littérature hindoue par M. Monier Williams). — Science. Guano (George,
Birdwood). — Geographical Notes. — Societies (Soc. de géographie, de numi*-
matique, de philologie).
Iiiterarisches Gentralblatt, N''2 3, $ juin. Hilgenfeld, Historisch-kritische
Einleitung in das Neue Testament. Leipzig, Fues's Verl. In-8'', viij-828 p. (cet
important ouvrage est le fruit de toute une vie d'étude). — (Siegfried, Philo
von Alexandria. Jena, Dufft. In-S", vj-418 p. (ce livre contient de riches maté-
riaux pour l'histoire du philonisme). — Miliarakis, K'j-/,XaB'.-/.à r,Toi Yswvpaçfa
REVUE CRITIQ^UE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N* 25 — 19 Juin — 1875
Sommaire : ii8. Les stances de Bhartrihari, tr. p. Regnaud, 2* éd. — 115.
Brugsch, Histoire d'Egypte, i" p., i' éd. — 120. — De Backer, Bisadari,;
poème malais. — 121. Guillaume de Machaut, Lt livre du Voir dit , p. p. Paris.
— 122. Jean Rus, Œuvres, p. p. Tamizey de Larroque. — 123. Bonaventure
DES Périers , Le Cymbalum Mundi, p. p. F. Frank. — Sociétés savantes : Académie
des inscriptions.
118. — Les Stances erotiques, morales et religieuses de Bhartrihari,
traduites du sanscrit par Paul Regnaud. 2' éd. corrigée et augmentée de stances
supplémentaires. Paris, Ern. Leroux. 1875. In-8*, xvj-140 p. — Prix : 2 fr. 50.
Cet élégant petit volume est la première traduction vraie que nous ayons en
notre langue des Centuries de Bhartrihari. Les deux versions que nous en possé-
dions jusqu'ici ne donnent, en effet, qu'une idée très-fausse de l'original, dont
elles rendent la portée exacte rarement , la finesse et la grâce jamais. La
1'% qui a pour auteur le médecin Thomas Lagrue ■, est la reproduction en français
d'une paraphrase hollandaise faite elle-même indirectement, par l'intermédiaire
d'un brahmane. Elle est du reste incomplète et sa date seule la classe parmi les
curiosités bibliographiques. Quanta celle de M. Fauche 2, elle vaut ce que valent,
les autres traductions de cet interprète infatigable et perpétuellement malheureux:'
il n'est pas une fibre du poète hindou qui n'ait été broyée sous ce lourd et infi-'
dèle mot-à-mot. C'est donc une heureuse idée qu'a eue M. P. Regnaud de pré-
senter au public français une image élégante et fidèle de ces petits poèmes à la
fois subtils et naïfs, une des fleurs les plus délicates de l'imagination hindoue.
Le nouveau traducteur, qui du reste avait déjà fait ses preuves de compétence
par la publication d'une étude très-estimable sur Bhartrihari?, a expliqué lui-
même dans sa Préface comment il comprenait sa tâche d'interprète. « En allé-
» géant, autant que possible, mes traductions 4 de tout appareil érudit, en don-
)) nant dans la mesure où elle le comporte un tour moderne et occidental à la
» phraséologie indienne, j'ai le ferme désir de n'omettre aucun trait essentiel et
» caractéristique des originaux. Je veux rendre tout entière et avec sa couleur
» propre la pensée de mes auteurs, mais en m'imposant en même temps la loi
» d'essayer de plaire. En résumé, si j'atteignais mon idéal, l'indianiste pourrait
)) me consulter avec confiance et le lettré ne serait pas rebuté par un style qui,
1. Elle se trouve dans l'ouvrage de Th. Lagrue intitulé : le Théâtre de l'Idolâtrie ou
la Porte ouverte pour parvenir à la connaissance du Paganisme caché, etc. Amsterdam, 1670.
L'original hollandais est d'Abraham Roger.
2. Bhartrihari et Tchaaura. Paris, 1852. ■
3. Études sur les Poltes sanscrits : Bhartrihari, les Centuries. Paris, E. Leroux. 1874;"^
4. M. R. se propose de faire suivre sa traduction de Bhartrihari de plusieurs autres
conçues dans le même esprit, entre autres de celle de la MricchakaXikâ.
XV 2 5
386 /-\ I r REVUE CRITlQUr-f | ï "t / Tl O
j) SOUS prétexte de littiéraîite absolue et d'exégèse grammaticale , encourrait à
» juste titre le reproche d'être incorrect, diffus et obscur. » C'est là une tâche
difficile, étant donné le caractère de la langue de Bhartrihari et celui de la nôtre :
M. R, y a cependant réussi. Tout en serrant le texte de fort près, son français
a l'allure libre et aisée, et ce qu'il a retenu de saveur étrangère, loin de rebuter,
y ajoute du piquant. Par-ci par-là peut-être, M. R. eût-il bien fait de jeter par-
dessus bord quelques éléments d'épithètes trop richement composées qui encom-
brent parfois sa phrase sans compensation suffisante au point de vue de l'exacti-
tude. Mais c'est là une question de goût personnel, où il est difficile de contenter
tout le monde. En tout cas, si ce sont là des taches, elles sont rares et légères
et de celles dont le meilleur juge est le public lettré lui-même. En ce qui con-
cerne M. R., il a déjà rendu son verdict, en faisant à sa traduction l'accueil le
plus flatteur et le mieux mérité. Une i"" édition enlevée en trois mois est un fait
rare chez nous quand il s'agit de sanscrit.
M. R. n'a pas cru devoir s'engager à fond dans l'examen des problèmes
d'histoire littéraire qui s'attachent à son recueil ; et il est de fait que, dans une
traduction destinée au grand public, une discussion pareille eût peut-être été
déplacée. Ce qu'il en dit, toutefois, est suffisant pour orienter le lecteur, et
témoigne d'une critique sage et mesurée. Il a fort bien vu qu'il ne fallait pas
attribuer la moindre valeur historique aux contes qui nous ont été transmis sur
un fabuleux Bhartrihari, frère du non moins fabuleux Vikramâditya, lesquels
auraient régné à Ujjayinî vers le milieu du i" siècle avant notre ère. Je regrette
cependant qu'il n'ait pas fait plus d'usage de ces récits. Sans doute ce n'est pas
là de l'histoire, pas même de la légende ; mais d'une certaine façon c'est de la
critique littéraire. Que le nom de Bhartrihari ait passé du recueil au conte ou,
en sens inverse, du conte au recueil, peu importe le chemin suivi par la fiction :
celle-ci n'en est pas moins une sorte d'appréciation symbolique qui nous montre
sous une forme concrète ce que les lettrés des cours indiennes du moyen-âge
trouvaient dans cette poésie, leur façon d'en dégager par imagination la person-
nalité du poète et de se représenter le monde dans lequel il pouvait avoir vécu.
Et considérés à ce point de vue, ces récits me paraissent aussi vrais qu'ils sont
ingénieux. Rien à mon sens ne traduit mieux l'impression que laisse cette poésie
à la fois raffinée et naturelle , ardente et sceptique , fraîche et désabusée , riche
d'observation et de fantaisie, d'une sensibilité exquise qui vibre au moindre
souffle, s'ouvre à toutes les émotions et ne s'abandonne à aucune, et de chaque
sentiment ne prend pour ainsi dire que la fleur, — rien, dis-je, ne traduit mieux
cette impression que l'histoire de ce Bhartrihari, fils des amours d'un Génie qui,
parmi ses aventures ayant trouvé le premier trône du monde, y savoure toutes
les jouissances et les trouve vaines; qui, après avoir renoncé à l'immortalité pour
une femme et s'être vu trahi par l'infidèle ', exhale son dépit en un impromptu
1. Cette partie du récit a beaucoup voyagé et se retrouve, par exemple, chez un chro-
niqueur byzantin du IX* siècle qui l'applique à Théodore II et à Eudoxie. Bhartrihari
ayant reçu d'un saint homme un fruit conférant l'immortalité, le donne à sa favorite, qui
en gratifie son amant et ainsi de suite : le fruit, après avoir passé par bien des mains,.
d'histoire et de littérature. 587
et, laissant là le monde et les grandeurs, s'en va, désabusé mais non assouvi,
méditer dans la solitude sur le néant des choses d'ici-bas. C'est bien là le Salo-
mon qui convient à cet autre Ecclésiaste. M. R. a indiqué ces traditions; mais
peut-être ne l'a-t-il pas fait suffisamment pour la plupart de ses lecteurs.
Reste la double question du degré d'authenticité que comportent les Centuries
et de l'époque probable de leur composition. Pour la i", M. R. a parfaitement
vu qu'il ne fallait pas être trop exigeant, ni surtout prétendre faire un choix
parmi ces stances dont les attributions sont parfois contradictoires, et dont le
nombre varie presque avec chaque manuscrit'. Quant à la 2% il propose pour
limites extrêmes le viii® et le x® siècle. Sur ce dernier point je serais tenté d'être
encore moins précis que lui. En pareille matière, surtout quand il s'agit de sen-
tences aussi courtes, le style est un indice peu sûr. D'un côté nous avons la
Vâsavadattâ, pour ne prendre que cet exemple, dont la prose est bien plus arti-
ficielle que les vers de Bhartrihari, et qui est du vu" siècle; de l'autre il serait
faux de croire qu'après le x", on n'a plus su tourner un distique avec élégance et
simplicité. La principale raison, toutefois, qui a fait adopter à M. R. le viii" siècle»
comme limite supérieure, c'est l'état d'avancement des doctrines védantiques,
telles qu'elles sont exposées dans les Centuries, état que ces doctrines n'ont
revêtu qu'après la réforme de Çamkara. Cette observation,, parfaitement juste:
pour le fond, aurait eu besoin d'être expliquée davantage. Il n'y a guère, en
effet, dans le recueil de Bhartrihari de doctrines proprement dites susceptibles
d'être ainsi datées. Mais à côté de lieux communs mystiques qui ne sont d'aucune
époque précise, il s'y trouve quelques particularités qui viennent à l'appui de la'
conclusion de M. R. J'entends l'esprit profondément sectaire de ce védantisme,'
la juxtaposition des cultes de Çiva et de Vish/ju qui se montre çà et là (les^
inscriptions ne la constatent guère que je sache avant le ix* siècle), enfin l'ascé-
tisme de carrefour, inconnu dans la vieille littérature, dont il n'y a pas non plus
beaucoup de traces dans les descriptions de Hiouen-Tlisang (vu" siècle), mais
qui, à l'époque de la composition de quelques stances du recueil, avait certaine-
ment remplacé dans la pratique et réduit à l'état de lieu commun littéraire l'as-
cétisme exercé dans la solitude au fond des bois. Ce sont là autant de faits qui
nous reportent en plein dans la période militante du brahmanisme qui commence
avec Kumârila et Çamkara.
Je pense donc, comme M. R., que plusieurs de ces stances sont certainement
postérieures à Çamkara, qu'un grand nombre d'autres le sont très-probablement;
mais j'ajoute que certains éléments du recueil peuvent être et, selon toute pro-'
babilité, sont bien plus anciens. Nous ne pouvons plus guère douter du fait que*
les Hindous ont eu de très-bonne heure une poésie gnomique et erotique dans
est finalement retrouvé par le roi dans celles d'une courtisane.
I. Strictement ces stances devraient être au nombre de 300; mais ce chiffre est tou-
jours dépassé. M. R. en a recueilli 369 et le total est loin d'être définitif. La Paddhali
de Cdrngadhara, par exemple, en contient plusieurs qui manquent dans les éditions
{Zeitschr. der D. morgenl. Gesellsch. XXVII, p. 60). Dans sa 1" édition M. R. n'avait
admis que 300 stances; dans la 2' il s'est décidé avec beaucoup de raison à donner les
suppléments.
388 ?•:•■ REVUE CRITIQUE
le genre de celle que nous trouvons dans les Centuries. Les recueils que nous en
avons, soit sous forme d'anthologies compilées de divers auteurs, soit sous
forme de collections mises, comme celle de Bartrihari, sous le nom d'un seul,
sont en général, il est vrai, assez modernes. Mais leur contenu est en bonne
partie ancien. Il semble même que parmi les recueils analogues, le nôtre soit le
mieux garanti : bien qu'un certain nombre des stances qu'il contient soient
attribuées ailleurs à d'autres auteurs, ces contradictions sont ici bien moins
fréquentes que celles qu'on observe pour les collections mises sous les noms, par
exemple, de Cânakya et d'Amaru. Quelques-unes de ces stances sont du reste
citées comme exemples dans le Kâvyaprakâça qui est antérieur au x* siècle et dans
le Kâvyâdarça qui est antérieur au vii^ : d'autres reparaissent dans le Pancaîantra
et dans VHitopadeça comme des proverbes ou des maximes qui ont passé dans
l'usage commun. Je ne me dissimule pas la faiblesse de ces arguments pris un à
un, l'interpolation pratiquée sur la plus grande échelle étant le mal chronique de
la littérature sanscrite : mis ensemble ils ont cependant quelque valeur, et doivent
nous faire hésiter à rejeter plus bas que le viiF siècle tout le contenu des Cen-
turies ' .
Je me suis déjà exprimé sur la valeur de la traduction de M. R., sur son élé-
gance et sur sa fidélité. Malgré les difficultés que notre langue soulève à chaque
pas dans une oeuvre pareille, son français non-seulement lutte sans désavantage
pour l'exactitude avec le latin de M. de Bohlen et l'allemand de M. Bôhtlingk,
mais en bien des endroits il l'emporte sur eux sous le rapport de la netteté et du
bonheur de l'expression. Il est du reste inutile de dire que M. R. a mis à profit
les derniers résultats de la critique et qu'il a travaillé sur les meilleurs textes, en
particulier sur celui qu'a donné M. Bôhtlingk dans ses Indische Spriiche. Il est à
regretter seulement qu'il n'ait pas pu faire usage de la 2" édition de cet excellent
recueil, qui lui aurait probablement suggéré quelques améliorations. Mais tout
en consultant les travaux de ses devanciers, M. R. a su rester indépendant et
suivre sa voie propre dans un grand nombre de passages difficiles. Quelques-uns
de ces changements sont très-heureux. Ainsi st. 40 du supplément la traduction
de rahasyam par « dans une chambre secrète » est plus naturelle que celle de
M. Bôhtlingk qui en fait une parenthèse devant exprimer toute une proposition.
St. 50 ibid. le choix des variantes est excellent. II, 90 âçraya est mieux rendu
par « protecteur » que par l'allemand behâlter qui ne donne pas un sens bien
net. I, 22 montre chez M. Bôhtlingk une jeune femme qui, se reposant à l'ombre
d'un bois, découvre sa gorge et écarte les rayons de la lune, ce qui ne signifie
rien : chez M. R., elle renvoie à l'astre ses rayons parce qu'en se découvrant le
sein, elle fait apparaître une seconde lune. Au lieu de nivârayantî, M. R. paraît
avoir nivartayantî, et il n'y a pas de doute que ce ne soit là la bonne leçon.
1. Je dois ajouter que M. R. est lui-même tout prêt à faire une exception en faveur
de la 2* centurie. — Le seul Bhartn'hari dont l'existence soit historiquement constatée,
est jusqu'ici le grammairien auteur du Vdkyapadiya et du Bhatùkdvya, lequel est de la
I" moitié du VI' siècle et pourrait fort bien avoir des droits sur une bonne partie du
recueil des centuries.
d'histoire et de littérature. 389
En d'autres endroits, par contre, son interprétation est moins justifiable.
Voici, en suivant l'ordre du livre, un relevé de quelques-uns de ces malentendus
auxquels ne parvient pas toujours à échapper le traducteur le plus soigneux. I,
I, le dieu de l'Amour n'est pas armé d'une fleur, mais de fleurs. Ces fleurs, au
nombre de $, et qui sont spécifiées dans la poétique indienne, forment la pointe
des 5 flèches dont le dieu est armé. — 1,4. « les visages de lotus des nouvelles
» mariées resplendissent comme des champs de lotus bleu qu'on voit à
» l'horizon ». Il y a plus de logique que cela dans ces petits tableaux, et les
leçons de M. Bôhtlingk sont ici incontestablement préférables : l'image princi-
pale porte sur les œillades voltigeant autour du visage des belles comme des
abeilles autour des lotus. — I, 8 et 9. M. R. avoue avoir vainement cherché
dans les auteurs d'histoire naturelle une mention relative à un bruit que ferait le
flamant en marchant. Le texte ne dit rien de semblable : le cliquetis des bra-
celets d'une jeune femme y est simplement comparé au bruit du flamant, c'est-
à-dire au claquement prolongé et sonore que certains échassiers produisent avec
le bec. — I, 12. « le globe de tes seins a l'éclat de perles enchâssées »; le sens
est plutôt : sur ton sein brille un collier de perles. — 1, 18. « une cause de
» partialité » ne rend pas mâtsarya qui est l'envie. — I, 67, il s'agit du taureau
et non du sanglier de Çiva. — II, 72 doit se traduire : « Les dieux (quand ils
» entreprirent de baratter l'océan) ne se laissèrent ni charmer par les joyaux
» inestimables ni effrayer par le terrible poison (produit par le barattement) ; ils
'» n'eurent point de repos avant d'avoir obtenu l'ambroisie )>. Le sens de cette
"strophe ne paraît pas avoir été saisi par M. R. — Il en est de même pour III,
6 1 ; le sens est : la vraie grandeur consiste à servir Çiva ; régner et recevoir les
hommages intéressés de quelques misérables n'est rien. — III, 82, ce n'est pas
l'acte « d'attacher au poteau de la continence un éléphant en rut « qui est estimé
un fait inouï, mais celui d'y attacher « notre cœur, cet éléphant en rut ». —
III, 93, reposer sa tête sur des lianes serait encore un luxe pour l'ascète; ce
sont ses propres bras qui lui servent d'oreiller : nija n'est pas traduit. — Supplé-
ment , n° 5 « l'homme devient tout autre en un clin d'œil , quand il cesse d'être
» enflammé par le désir des richesses » . Le texte est d'une morale plus brutale ;
il revient à dire que, sans argent, l'homme n'est plus lui-même. — N" 6 ne re-
proche pas au nuage de prêter l'oreille aux plaintes du Câtaka, mais de ne pas les
prévenir. — N° 2 5 nija et para ne signifient pas « de basse naissance, de nais-
» sance élevée », mais parent et étranger. — N" 35, « Les hommes d'un grand
» caractère ont certaines manières d'être extérieures qui les distinguent » ; le
sens est : adoptent l'une ou l'autre des deux conduites suivantes. Axamâlâ ne
signifie pas « couronne de roses », mais chapelet. M. R. s'est laissé tromper par
l'allemand Rosenkranz qui a les deux sens. — N°4$. « S'empresserait-on d'aller
» voir l'endroit où les paons déposent leur ordures, si, dans leur enivrement,
» ils ne dansaient pas » Le sens est : verrait-on le derrière des paons, si
les sottes bêtes ne le découvraient pas elles-mêmes quand elles dansent (en
étalant leur queue) ? Voir le Pancatantra I, fable 20. — N° 5 3 la fin de la stance
signifie : l'homme croit jouir, en réalité il se médicamente. — N" 64 « quand le
590 REVUE CRITIQUE
» naufrage de ses doutes est complet et définitif » ; c'est le contraire : quand il
s^est débarrassé de tous les tracas du doute. — N° 6(>. « Quelle est la pénitence
» dont les fruits sont qu'on possède la science sacrée, que l'unique consé-
» quence de la vocation soit l'apaisement? » Il faut : dont les fruits sont
que la science sacrée ne produise en nous que l'aspiration à l'apaisement.
La plupart de ces observations portent, on le voit, sur de simples lapsus ou
sur des nuances assez légères; d'autres, il est vrai, en petit nombre, sur des
erreurs plus graves. Ni les unes ni les autres toutefois ne sont de nature à dépré-
cier en quoi que ce soit la valeur générale de la traduction de M. R., qui, dans
l'immense majorité des cas, est absolument digne de confiance. Si j'ai relevé ces
peccadilles, c'est précisément parce que son travail est de ceux qui méritent
qu'on les examine de près, et aussi parce que j'espère que M. R. aura bientôt
l'occasion de faire disparaître ces taches dans une 3® édition que je lui souhaite.
; A. Barth.
119, — Henri Brugsch. Histoire d'Egypte, i" partie. Introduction, Histoire des
dynasties I-XVII. 2" édition. Leipzig, J. C. Hinrichs. jSyj. I,n-8*, 180 p. — Prix :
6 fr. " ^'^''[ '
Dans l'état actuel de la science, une Histoire d'Egypte doit enregistrer exac-
tement tous les faits déjà connus et décrire les quelques monuments importants
qui ont survécu à la ruine de la civilisation égyptienne. La première édition de
V Histoire de M. Brugsch publiée en 1859 contenait à peu près tout ce qu'on
savait, il y a quinze ans : la seconde est loin de renfermer tout ce qu'on sait
aujourd'hui. Je ne puis examiner l'un après l'autre les chapitres dont elle se
compose : je me contenterai de prendre dans le chapitre qui traite de la XII® dy-
nastie, les quelques lignes consacrées au fondateur de cette dynastie, Amenem-
hat I, et de rapprocher les données fournies par M. Brugsch des données fournies
par les monuments originaux.
M. Brugsch identifie le roi Amenemhat I avec un grand fonctionnaire Ame-
nemhat qui vivait en l'an II de Ranebtaoui Mentouhotep III'. Je vois à cette
hypothèse quelques difficultés. Si M. Brugsch m.aintient le classement qu'il avait
adopté dans la première édition de son histoire ^ et qu'il ne parait pas avoir
rejeté dans la seconde, il y a entre Mentouhotep III et Amenemhat I trois rois
au moins : Entew IV, Ranebkherou Mentouhotep IV et Sankhkara [Ameni].
Mentouhotep IV a régné au moins quarante-six ans ? : en mettant vingt années
pour le restant de son règne et pour la durée encore inconnue des règnes de Men-
touhotep III, Entew IV et Sankhkara, nous obtenons la somme de soixante-six
ans pour l'intervalle qui sépare l'an II de Mentouhotep III et l'avènement de la
XI le dynastie. D'autre part Amenemhat I régna au moins trente ans dont dix-
neuf et quelques mois seul, le reste avec son fils Ousortesen H : entre l'an H de
Mentouhotep III et l'an XXX d'Amenerahat I, il y a donc au bas mot quatre-
I. Brugsch, Histoire d'Egypte, 2' éd. p. 80, 84. — 2. Id. i" éd. p. 51, 52.
3. Orcurte, Catalogue du Musée de Turin, Vcstibolo, stèle n° 5445.
j. Mariette, Album pliotûgraplii(jue, pl. 54.
d'histoire et de littérature. 391
vingt-seize ans, dont soixante-seize établis par le témoignage direct des monu-
ments et vingt rendus probables par le témoignage des listes royales. Or, l'Ame-
nemhat mentionné dans l'inscription de Mentouhotep III est déjà chef de nome,
général d'armée et ne peut en aucune manière être considéré comme un enfant.
A moins d'admettre qu'Amenemhat I ait vécu cent trente ans et soit devenu roi
vers l'âge de cent ans, ce qui est peut-être un peu tardif pour un fondateur de
dynastie, je ne vois guère le moyen de l'identifier avec l'Amenemhat nommé dans
l'inscription de Mentouhotep III : tout au plus pourrait-on admettre que le général
Amenemhat fut le grand-père du roi Amenemhat.
Les documents relatifs au règne d'Amenemhat I sont assez rares. C'était un
motif de plus pour les étudier tous et avec soin. M. Brugsch n'a pas même cité
le plus important et le plus instructif d'entre eux, les Instructions du roi Amenem-
hat I à son fils Ousortesen I. C'est une sorte de pamphlet politique, écrit évidem-
ment au temps de la XIP dynastie, et qui fut considéré plus tard comme une des
œuvres classiques de la littérature égyptienne. On en connaît jusqu'à présent six
manuscrits ou portions de manuscrits différents, le Papyrus Sallier II, pi. I-III, le
Papyrus Sallier I, pi. VIII, verso, le Papyrus Millingen, le manuscrit 4920 du
Louvre, les Ostraca 362:5 et 3638 du British Muséum. L'auteur suppose que le
roi Amenemhat apparaît en songe à son fils pour lui donner quelques avis et
résumer en quelques versets les principaux événements de son règne'. On y
trouve des allusions aux guerres civiles qui accompagnèrent la chute de la
XI* dynastie et préparèrent l'avènement de la XIP. « Mes images, dit le roi
» défunt, vivent au milieu des hommes, — car j'ai fait de l'endeuillé un satisfait
» dont les cris n'ont plus été entendus ; les grandes batailles on ne les a plus vues,
» — et pourtant on avait combattu auparavant comme si l'Egypte eût été un
)) taureau oublieux du passé, — et il n'y avait eu de fortune stable ni pour le
» savant ni pour l'ignorant. ^ » Les conspirations de palais ne manquèrent pas
aux débuts du nouveau roi. « C'était après le souper, quand la nuit fut venue,
)) — je pris une heure de plaisir : — Je me couchai sur les tapis de ma maison,
» je m'étendis, — et je commençai dans mon âme à suivre le sommeil; — mais,
» voici, on avait rassemblé — des armes pour lutter contre moi — et je me
» trouvai aussi faible que le ver des champs. — Alors je m'éveillai pour com-
» battre, en pleine possession de mes forces, — mais je vis bientôt que je
» n'avais qu'à frapper un ennemi qui ne tenait pas. — Si je prenais un rebelle
« les armes à la main, — je faisais cet assaillant tourner dos et s'enfuir : — il
)) n'était pas brave [même] dans la nuit, et personne n'osa combattre. 3 « A lire
l'histoire de M. Brugsch on dirait qu'Amenemhat I n'eut qu'à se présenter pour
monter sur le trône. Les Instructions nous montrent qu'il eut fort à faire pour
arriver au pouvoir et pour s'y maintenir : elles nous permettent de comprendre
certaines allusions que renferment des monuments postérieurs, la grande inscrip-
tion de Beni-hassan, par exemple, où il est dit que le roi Amenemhat I nomma
1 . La traduction de ce texte se trouve dans le tome II des Records ofthc Past, p. 9-16.
2. Verset 5. — 3. V. 6-7. ; ■, •" \*; ■' ": ' "^ .--.,. •
/
392 •' REVUE CRITIQUE
un grand personnage au gouvernement du nome de Meh, dans le temps qu'il
« parcourait le pays réprimant le mal, se manifestant comme le dieu Toum lui-
»■ même et restaurant ce qu'il trouvait détruit. »
M. Brugsch constate qu'Amenemhat I étendait son autorité jusque sur les
régions éthiopiennes : il ne parle nulle part des guerres de ce prince. Les Instruc-
tions disent pourtant : « Je combattis le Ouaouà (l'Éthiopien), — et j'emmenai
» le Matsaï (le Libyen) en prisonnier; — je dirigeai mes efforts contre le Sati
» (l'Asiatique), et il vint à moi comme un chien couchant. ' « La stèle C, i du
Louvre qui date del'an[XX]IV d'Amenemhat I parle également de ces guerres,
et le nomarque en l'honneur de qui elle fut élevée y dit de lui-même : « J'ai
)) frappé les Pettiou, les Mentiou, les Heroushâ; j'ai détruit leurs villes. »
Amenemhat I fut donc un roi conquérant, et ses campagnes vers le sud prépa-
rèrent la colonisation de la Nubie. "*^v"Sjïï|î.
En énumérant les édifices d'Amenemhat I, M. Brugsch mentionne le tombeau
qu'il se fit élever, mais sans citer une inscription importante où sont racontées
quelques-unes des opérations préliminaires à la construction de ce tombeau.
C'est un texte gravé à la pointe sur les rochers de Hammamat par un scribe peu
habitué à ce genre de travail. « Le chef des prêtres de Khem, le royal délégué,
i) Entew, fils de Sebek-nakht, dit : « Mon seigneur le roi m'envoya à Rohannou
)) (Hammamat) chercher cette auguste pierre (le sarcophage royal), telle que
» jamais on n'en a transporté pareille depuis le temps du dieu Rà Je restai
)) huit jours à explorer ce pays, pour faire connaître ce qui s'y trouve, puis je
» me prosternai devant Khem [mari] de sa mère, devant la déesse Oert-hakaou
» et devant tous les dieux de ce pays, je leur brûlai des parfums sur la flamme. ^ »
Les Instructions décrivent sommairement le tombeau où fut placé ce sarcophage.
« Je me construisis une maison (un tombeau) orné d'or; — les voûtes en sont
» peintes en bleu, les murs — et les couloirs sont en blocs scellés de métal ; —
y> — les verrous sont en métal-me/2 artificiel. Fait pour l'éternité, le temps recule
» devant lui, — On y trouve beaucoup de passages compliqués;' — moi
)) seul sais dire où l'on peut me trouver, — si bien que nul autre ne le saura,
. » excepté toi, — Ousortesen; Que tes jambes aillent, — et toi, toi-même, de
» tes propres yeux, tu me verras, — représenté dans une heure de joie, — au
j) milieu des esprits qui me rendent hommage. 5 » Amenemhat semble du reste
avoir été grand constructeur de temples et de palais : on trouve les traces de son
activité sur tous les points de l'Egypte dans le Fayoûm, à Thèbes, à Memphis.
On peut ajouter aux monuments de son règne que M. Brugsch cite en assez
grand nombre, deux tables d'offrandes, l'une trouvée à Karnak et conservée
aujourd'hui au Musée de Boulaq, l'autre découverte à Qom el Qalah dans les
ruines du temple de Ptah à Memphis et publiée récemment par M. Mariette 4.
Pour le règne commun d'Amenemhat 1 M. Brugsch a employé l'Histoire de
Sineh, trop modérément à mon avis : il y a dans ce curieux document plus d'un
I. V. 12. — 2. Lepsius, Denkm. II, ii8, d. — 5. V. 15-14.
4. Monuments divers, t. I, pi. 34, /.
d'histoire et de littérature. 393
renseignement à tirer sur l'état de l'Egypte et de la Syrie méridionale au temps
de la XI I" dynastie. M. Brugsch n'a pas observé que la stèle du musée de Boulaq
qui porte une date de l'an XXX d'Amenemhat et de l'an X d'Ousortesen I nous
force à placer dans ce règne commun toutes les stèles qui portent des dates du
règne d'Ousortesen I inférieures à l'an X, c'est-à-dire les stèles C 2 et 3 du
Louvre, V, 5, de Leyden. La stèle C, 3 du Louvre datée de l'an IX renferme
des détails curieux sur la construction du tombeau d'Ousortesen I '. En poussant
plus loin l'examen, il me serait facile de prouver que M. Brugsch n'a pas mieux
traité les autres souverains de la XIP dynastie qu'il n'avait fait de leur chef. Il avait
pourtant à sa disposition toutes les stèles inédites du Musée de Boulaq et tous
les monuments que les fouilles de M. Mariette ont mis au jour pendant ces der-
nières années.
En résumé on peut dire que V Histoire de M. Brugsch à côté de parties bien
faites {les Dynasties Memphites, le Sémitisme en Egypte) contient des parties vieillies
qu'il faudrait mettre au courant des progrès de la science et quelques inexacti-
tudes matérielles qu'il sera facile de corriger dans une prochaine édition 2,
G. Maspero.
120. — Louis DE Backer. Bidasari, poème malais, précédé des Traditions poétiques
de l'Orient et de l'Occident. Paris, Pion. 1875. In-8", 267 p.
On connaît trop peu en France les travaux considérables qu'on doit aux savants
néerlandais sur l'histoire, l'ethnographie, la littérature des peuples de l'archipel
indien. Le poème de Bidasari, échantillon extrêmement remarquable de la poésie
malaise, traduit depuis longtemps en hollandais et plus d'une fois commenté,
méritait de passer dans notre langue, et il faut remercier M. de Backer qui, à
défaut du malais, possède le néerlandais, plus facilement accessible, de l'avoir
rais à notre portée. Il nous assure que « cet idiome du Nord a pu conserver
)) facilement le sens de l'original.)) Nous ne pouvons comme lui que l'espérer. —
Le texte néerlandais est parsemé d'un très-grand nombre d'expressions malaises,
que M. de B. a conservées, mais qu'il aurait dû expliquer, comme l'a sans doute
fait le traducteur qu'il suit. Le lecteur français a quelque peine à comprendre
des phrases comme celle-ci (p. 89) : « Elle avait des sountings faits d'or, cou-
)) verts de tjempakka d'or, rivés à des fleurs de mendalieks; on regrettait seu-
)) lement qu'elle ne portât pas de pedaka )); ou cette autre (p. 160) : « L'ai-
)) guière circulait au milieu des mantris, des pahlouans et des houloubalangs. »
La forme du poème malais paraît digne de toute attention : elle est pénétrée
d'une poésie gracieuse, voluptueuse et tendre qui fait honneur au vieux fakir
qui s'en donne comme l'auteur. Le fond est fort curieux et prêtait à d'intéres-
santes études de littérature comparée. Ce que M. de B. a donné en ce genre,
comme introduction , est absolument incohérent et sans valeur. Au reste, on
chercherait en vain dans ce livre les renseignements les plus nécessaires : l'auteur,
1. Mélanges d'archéologie égyptienne, t. II, p. 221.
2. Je tiens à signaler un passage assez obscur (p. 80-82) où M. Brugsch attribue for-
mellement à un roi de la XI* dynastie, une inscription qu'il attribue quelques pages plus
loin (p. 123-126) à un roi de la XIII'.
Î94 -^^l ►* REVUE CRITIQUE
avec un peu de peine, aurait cependant pu les tirer des ouvrages néerlandais
qu'il avait sous la main. La négligence avec laquelle tout ce travail est exécuté
lui enlève beaucoup de prix, mais ne l'empêche pas d'être encore digne
d'intérêt.
121. — Le livre du Voir dit par Guillaume de Machaut où sont contées les amours
de messire Guillaume de Machaut et de Péronnelle dame d'Armentières avec les lettres
et les réponses, les ballades, lais et rondeaux du dit Guillaume et de la dite Péronnelle,
publié sur trois manuscrits du XIV siècle par la Société des bibliophiles françois.
Paris, Aubry. 1875. Vol, gr. in-S", xxxv-408 p. — Prix : 1 5 fr.
Voici une des œuvres les plus agréables et les plus curieuses de tout le moyen-
âge, qui se présente à nous dans un des plus beaux volumes que l'on ait
imprimés, de notre temps. La Société des bibliophiles françois a eu la main
heureuse en choisissant, pour l'ajouter à sa précieuse collection, un poème
autrefois si célèbre et que presque personne ne connaît aujourd'hui. Cette Société
n'a pas été moins bien inspirée en confiant la tâche délicate de publier le Voir dit
à celui de tous nos érudits qui était le plus capable de la remplir : j'ai nommé
M. Paulin Paris.
La grande difficulté, ce n'était point l'établissement du texte. La Bibliothèque
nationale possède trois manuscrits des œuvres complètes de Guillaume de Ma-
chaut, exécutés tous les trois par d'excellents calligraphes, sous les yeux mêmes
de l'auteur (Fonds français, n*" 1584, 9221 et 22546)'. L'attentive comparai-
son de ces trois manuscrits a permis à M. P. de reconstituer le Voir dit avec une
irréprochable fidélité. Mais ce qui demandait plus qu'une longue expérience et
qu'un extrême soin, ce qui exigeait les meilleures qualités du critique, et surtout
cette qualité maîtresse que l'on appelle la sagacité, c'était l'explication du poème.
Certes M. P. a deviné, dans les recherches si vastes et si diverses auxquelles il
a consacré sa vie, bon nombre d'énigmes historiques et littéraires, mais peut-être
aucune des victoires de ce commentateur de tant de vieux textes n'a-t-elle été
plus brillante et plus décisive que celle d'aujourd'hui, et c'est en toute justice
qu'il a pu se rendre le témoignage que voici (p. xxxj) : « Je crois avoir abordé
» et résolu toutes les difficultés qui s'opposoient à la parfaite intelligence du
» Voir dit. »
Je vais résumer en quelques lignes la très-spirituelle notice dont M. Paris a
fait précéder ce poème.
Guillaume de Machaut, chanoine de l'église de Reiras, aussi renommé comme
poète que comme musicien, était arrivé à sa cinquantième année environ, non
sans quelques fâcheuses infirmités — (il avait des accès de goutte et un de ses
yeux était presque éteint) — , quand il reçut, un beau jour, par l'intermédiaire
d'un ami, certain rondeau que lui adressait une jeune fille qui, à force de goûter
l'écrivain et le compositeur, avait, de loin, fini par s'éprendre de l'homme 2. Ce
leste et joli rondeau débutait ainsi :
1. Le no 9221 garde la signature du fils du roi Jean, de ce duc de Berry qui fut un si
mauvais prince et un si admirable collectionneur. Le n* 1 584 est le meilleur des trois
manuscrits, et c'est d'après cet exemplaire qu'ont été données les gravures du volume qui
fait tant d'honneur aux presses de M. Lahure.
2. M. P. rappelle (p. xvj) que M°" de La Toirr-Franqueville, après la lecture de la
d'histoire et de littérature. ?95
Celle tjui onques ne vous vit itJfît-H>îitî*'';
Et qui vous aime loiaument
De tout son cuer vous fait présent.
Naturellement le galant chanoine, émerveillé, riposta par un rondeau des plus
flatteurs. Aux rondeaux succédèrent des lettres, puis revinrent des rondeaux.
D'autres poésies suivirent, chansons et ballades, escortées de lettres de plus en
plus tendres, de plus en plus vives, si bien que ce qui d'abord ne semblait devoir
être qu'un jeu devint une belle et bonne passion réciproque. Après avoir échangé
force vers et force prose, le poète et la jeune fille se virent et ne s'en
aimèrent que mieux. Guillaume, à la formelle demande de son amie, raconta
minutieusement l'histoire de ses relations avec elle. Dans plus de neuf mille vers,
il prodigua les détails, quelquefois les plus singuliers, sur tout ce qui s'était passé
entre elle et lui. Rien n'est plus curieux que ce journal amoureux où règne d'un
bout à l'autre une incomparable sincérité. L'auteur a reproduit dans son poème
diverses pièces de vers de son amie (évidemment retouchées, sinon refaites par
lui) et il y a inséré aussi les quarante-six lettres, pleines pour la plupart d'une
riante et délicieuse naïveté, qu'ils s'écrivirent pendant les trois années (1362-
1 364) que dura leur amoureux commerce. Tout cela forme un mélange des plus
piquants et dont la saveur est parfois encore relevée par les notes de l'éditeur.
Sans doute le poème a ses défauts, et, au nombre des plus graves de ces défauts,
on doit mettre des longueurs qui nous impatienteraient davantage, si nous n'étions
disposés à beaucoup pardonner à un homme qui a profondément aimé', et si,
d'ailleurs, les pages incolores et vides que l'on rencontre cà et là n'étaient pas
cent fois rachetées par tant d'autres pages gracieuses et animées.
L'éditeur signale ainsi (p. xiij) les problèmes qu'il avait à résoudre : « Ma-
» chaut, qui a dit tant de choses, a pris soin de taire le nom de la jeune dame
» qui l'avoit inspiré, le temps où le poème fut écrit, les lieux où s'étoient passées
» les aventures, enfin, l'âge auquel il étoit alors parvenu lui-même. « En ce
qui regarde l'âge, M. P. prouve, à l'aide d'ingénieux rapprochements, que
Guillaume de Machaut a dû naître, non vers 1296, comme l'a cru M. Tarbé,
l'éditeur de quelques extraits de ses poésies ^ encore moins en 1284, comme l'a
pensé M. Fétis (^Biographie des Musiciens), mais de 1311 à 1316, et que, par
conséquent, lorsqu'il reçut le doux message qui fut l'origine du Voir dit, il frisait
ou même dépassait un peu cette terrible cinquantaine à partir de laquelle, selon
la mélancolique parole de Bassompierre, on peut bien aimer encore, mais on ne
doit plus s'attendre à être aimé. M. P. n'établit pas moins sûrement que le Voir
dit, au lieu d'avoir été composé en 1348, comme l'a prétendu M. Tarbé, fut
écrit en 1363 et 1364. Enfin — et c'est là le plus important des résultats
Nouvelle Hèldise, envoya vainement à Jean-Jacques Rousseau une déclaration d'amour, et
que Bettina, après la lecture des poésies de Gœthe, adressa, non inutilement, des lettres
du ton le plus chaud à ce vieillard bientôt septuagénaire.
1. Machaut s'excuse ainsi (p. 21) de sa prolixité : « et se je vous escris trop longue-
« ment, si me le pardonnes, car de l'abondance du cuer la bouche parle. » L'auteur
annonce (p. 17) qu'il y aura d'inévitables répétitions dans son livre.
2. Poésies de G. de Machaut, 1849. La publication a été faite avec une insigne négli-
gence. Voir, par exemple, à V Appendice du présent volume, p. 384 et 38$ , le véritable
texte d'une des épîtres si mal éditées par M, Tarbé.
^Ç)6 REVUE CRITIQUE
obtenus — il est incontestable que l'héroïne du chanoine de Reims n'a pas été
Agnès d'Evreux, sœur du roi de Navarre Charles le Mauvais, mariée en 1 349 à
Gaston Phébus, comte de Foix ', mais une « gente, jolie et joincte » champe-
noise, Peronne ou Peronelle d'Unchair, dame d'Armentières, fille de messire
Gauthier d'Unchair, seigneur d'Armentières, et de Peronne de Jouveignes ou
Jouveniaus^, ladite dame d'Armentières alors orpheline, sous la tutelle de son
beau-père ou parâtre Jean de Conflans, seigneur de Vielmaisons en Brie'. C'est
dans les anagrammes du Voirait que M. P. a découvert les noms des deux
amoureux : Guillaume de Machaut, Péronnelle d'Armentières; c'est dans les poésies
d'Eustache Deschamps, bailli de Valois, le meilleur élève de l'auteur du Voir dit^,
et dans l'Histoire généalogique des grands officiers de lu Couronne i, qu'il a trouvé
l'éclatante confirmation de sa découverte. Si l'on me demande ce que devint la
châtelaine d'Armentières, je répondrai que malheureusement l'on n'en sait rien,
et que M. P. conjecture qu'elle se maria, sans laisser de postérité.
Soit dans les notes mises au bas des pages, soit dans les Notes et corrections
rejetées à l'Appendice (p. 385-408), soit enfin dans le Glossaire, où sont recueillis
plusieurs mots qui manquent à tous nos autres glossaires (p. 383-408), l'éditeur
a réuni tous les éclaircissements que pouvait désirer l'homme le moins familiarisé
avec la langue du xiv^ siècle 6. Grâce à tant d'habiles précautions, le Voir dit est
d'une lecture aussi facile et aussi attrayante que celle d'un de nos meilleurs
romans contemporains. T. de L.
1. C'est M. de Caylus (Mémoire sur G. de Machaut, dans le Recueil de l'Académie des
Inscriptions, t. XX, p. 417) qui, le premier, a mis en circulation cette inadmissible hypo-
thèse, aveuglément adoptée par M. Tarbé.
2. M. P. croit (p. ij) que la maison de Jouveignes n'est autre (jue la maison deJouvenel,
et il appelle l'attention des lecteurs, en une judicieuse note (p. i| et iij) sur la nécessité
de soumettre à un nouvel examen l'opinion du P. Anselme et des généalogistes à la suite,
touchant l'origine de la famille de Jouvenel, qui semble bien être une branche de la grande
maison italienne des Ursins ou Orsini.
3. L'éditeur ne manque pas de rappeler (p. xxv) que Charlotte Jouvenel des Ursins,
mariée à Eustache de Conflans, vicomte d'Ouchy Le Chastel, « amoureuse de la poésie
» non moins que sa très arrière parente, et d'humeur non moins tendre, choisit pour
» amant favorisé le grand poète François de Malherbe, ainsi devenu le nouveau Guillaume
»■ de cette nouvelle Péronnelle. » M. P. ajoute que plus jeune que Machaut, Malherbe
fut en revanche plus rude que lui et que dans sa jalouse fureur, il alla, le brutal! — (Ha-
bemus confitentem reum) — jusqu'à battre, un jour, la belle vicomtesse d'Ouchy.
4. E. Deschamps, à la mort du poète C'377), crut devoir adresser à Peronne, pour la
consoler, une ballade où il lui parle avec une touchante sympathie (édition Crapelet, p. 82)
de ce
Machaut qui tant vous a aimé
Et qui estoit la fleur de toute flours.
J.T. VI, p. 145.
6. A la p. 110, note i, sous le mot Saint Gravais, M. P. met : a S. Caprais ou Ca-
» praise, abbé de Lérins. » Ne serait-ce pas S. Caprais, évêque d'Agen , qui, ainsi que
sa contemporaine sainte Foy, jouit, au moyen-âge, d'une assez grande popularité? — On
lit (p. 137, note 1), à propos du mot cabre, chèvre : « Cabri se dit encore en Cham-
» pagne. » Cabri se dit bien ailleurs, et notamment en Gascogne, où l'expression 5du/«r
comme un cabri est sans cesse employée dans la conversation familière. — Au sujet du
mot haire, ennui (p. 271, note ?), M. P. s'exprime ainsi : <■< On dit encore dans un sens
» analogue en Champagne : quel haria! » Ce n'est pas seulement en Champagne, mais un
peu partout en France, et même à Paris, que l'on a conservé le mot haria. — Enfin, à
la dernière ligne de la p. 402, nous trouvons cette assertion qui n'est exacte qu'à demi :
d'histoire et de littérature. 397
122. — Œuvres de Jean Rus, poète bordelais de la première moitié du XVI* siècle,
Eubliées d'après l'exemplaire unique qui paraisse subsister, par Philippe Tamizey de
lARROQUE. Paris, Claudin. 1875. In-S", 73 p. {Collection méndionale, tome sixième).
— Prix : 5 fr.
C'est la bibliothèque d'Auch qui possède le seul exemplaire connu des poésies
de Jean Rus; c'est un petit volume, imprimé à Tholoze par Guy on Boudeville en
1540. Il contient quelques pièces couronnées aux jeux floraux de Toulouse et
un petit nombre d'autres pièces. Les recherches diligentes de M. Tamizey de
Larroque et d'autres personnes fort compétentes n'ont rien révélé sur ce person-
nage, en dehors de l'estime singulière où l'ont tenu plusieurs de ses contempo-
rains et compatriotes. On le présente volontiers, dans les pièces faites à son
honneur et jointes suivant l'usage à son volume, comme un émule et même un
futur vainqueur de Marot. Il mourut sans doute jeune, peu de temps après ses
premiers vers, et ne réalisa pas ce pronostic, mais le peu qui nous reste de lui
fait comprendre qu'on ait pu le porter. Il montre dans ses quelques vers, à des
doses plus faibles, l'élégance du poète de Cahors unie à la grâce molle et un peu
délayée de Saint-Gelays. Ses épigrammes, toujours soigneusement écrites, sont
assez fades; ses blasons ne méritent pas à mon sens les éloges que leur donne
l'éditeur; mais une de ses pièces, le Triste Chant d'une dame abandonnée par
son amant, est d'un sentiment tendre et d'une heureuse simplicité de forme qui
la mettent au premier rang parmi les petites poésies françaises antérieures à la
Pléiade :
« Plus tost la mer seichera, » Or tumbez, les cieux, en bas!
Disois tu, « que je vous laisse ; Or soit la mer asseichée!
Plus tost le ciel tumbera Mon amy ne m'ayme pas,
Que nostre amour se rabaisse. » Ains aultre dame a cherchée, etc.
M. T. de L. a sauvé Rus comme il avait sauvé Imbert (voy. Rev. ait. 1872,
art. 54), survivant aussi dans un exemplaire unique. Grâce à lui, la littérature
française saura qu'elle a perdu dans le jeune lauréat des Jeux floraux en i $40
sinon un grand poète, au moins l'espérance d'un vrai poète.
L'édition est la reproduction de Pimprimé, avec des notes explicatives fort
bonnes, et dont plusieurs, qui portent sur des noms cités par Rus, ont demandé
des recherches : on sait que M. T. de L. ne plaint pas sa peine en semblable occur-
rence. — Au lieu de longis, signifiant «logis», p. 28, je lirais lougis (c'est sans
doute une forme gasconne, mais les gasconismes sont fréquents dans notre
poète); p. 32, V. 9, dicts, 1. dict; une faute d'impression (ancienne ou moderne i*)
plus grave est vouldra pour vauldra, p. 27, v. 9. Ces trois erreurs se trouvent
précisément dans le Triste Chant. — Dans une note envoyée à l'éditeur, M. R.
Dezeimeris, trouvant obscur ce vers : Rose, sur l'œuvre naturelle, propose de
corriger l'œuvre surnaturelle (ou d'admettre une tmèse tout à fait impossible). Ce
n'est pas nécessaire; le vers, si je ne me trompe, signifie : au-dessus de ce que
« La caroie étoit la ronde aux chansons que les petits enfants seuls pratiquent encore. »
D'autres que les petits enfants se livrent aux joies de cette danse primitive, et, dans le
sud-ouest de la France, le soir des jours de moisson, des jours de vendanges, et souvent,
le dimanche, après les vêpres, jeunes gens et jeunes filles marquent à la fois de la voix et
du pied l'entraînante cadence de la caroie.
398 REVUE CRITIQUE
produit la nature, supérieure à toutes les productions naturelles (c'est la même pensée
que celle de l'épigr. de la belle Barralis, p. 41), la leçon proposée ne convient
d^ailleurs pas au contexte. G. P.
125. — BoNAVENTURE DES Périers. Lc Cymbalum mundi, texte de l'édition
princeps de 1 537, avec notice, commentaire et index, par Félix Frank. Paris, Le-
merre. In-8', lxxvii-ij3 p. — Prix : 7 fr. 50.
De tous les pamphlets du xvi^ siècle, il en est peu qui ait trouvé autant d'édi-
teurs et de commentateurs que le Cymbalum mundi; l'originalité des idées, l'ex-
cellence du style l'ont toujours fait rechercher, et l'obscurité de certains passages
a piqué au vif la curiosité des érudits. L'édition, dont nous rendons compte, est
bien la quatrième originale de notre siècle , et l'auteur a réussi à préciser pluS'
que ses devanciers le sens énigmatique de ces quatre dialogues.
Si Bonaventure est un des meilleurs écrivains de la France au xvi'' siècle, il
en est aussi l'un des plus obscurs, et sa fréquentation a fini par influer sur l'esprit
de son éditeur, M. Frank, qui dans son désir d'expliquer certains passages,
est tombé parfois dans une subtilité encore plus grande que celle de l'auteur.
C'est là en effet un défaut contre lequel il faut se prémunir dans l'étude de ces
auteurs allégoriques; on finit, en ayant toujours devant les yeux des pensées et
des expressions à double sens, par voir une intention là où il n'y a que hasard
pur.
Cette réserve faite, nous reconnaîtrons bien volontiers qu'on ne peut que
donner des éloges à l'annotation et à l'introduction en général ; l'une et l'autre
sont extrêmement étudiées et donnent à l'ouvrage son véritable sens. C'est bien
là l'écrit de ce des Périers, aussi ennemi des protestants que des catholiques,
franchement athée, gabeur et railleur, mettant aux prises tous les théologiens du
temps, transformant le Christ en Mercure et lui faisant voler la Bible au cabaret.
Ce lumineux commentaire nous fait sentir pourquoi les Sorbonnastres, qui pou-
vaient facilement comprendre des expressions que nous n'interprétons aujourd'hui
qu'à force d'érudition, ont si bien poursuivi ce livre, qu'aujourd'hui il ne reste
plus qu'un seul exemplaire de l'édition originale.
Outre cette recherche des explications un peu subtiles, le commentaire de
M. F. présente encore un autre léger défaut. Quelquefois les arguments ne sont
pas rangés dans un ordre bien logique et ne s'enchaînent pas rigoureusement.
Signalons par exemple l'histoire de l'exemplaire du cabinet Roze et de l'exemplaire
de Versailles. Ce n'est qu'à force de réflexion qu'on arrive à deviner à quoi
l'auteur veut en venir, et la suite du raisonnement laisse fort à désirer. Ailleurs
nous relèverons quelques subtilités, comme l'explication de tout à un et de vertu
née, fin de deux vers de Bonaventure. Ailleurs encore, trouvant dans l'exemplaire
original la faute d'impression suivante : Phlegon le cheval pour Phlegon Le cheval,
M. F. y trouve tout un anagramme, haine ou paine lève col (p. Ixvij). Nous
sommes tout disposé à reconnaître avec lui que le Cymbalum mundi « est plein
» d'anagrammes et d'arrangements de mots subtils; » mais ici il va réellement
trop loin et attribue à des Périers des idées trop mystérieuses. Il ne nous reste
plus qu'à relever quelques points de détail sans grande importance.
d'histoire et de littérature. 599
P. V et suiv. L'auteur se montre trop sévère pour l'édition de M. Lacour,
qui malgré ses imperfections était certainement en progrès sur les précédentes.
Quelquefois même on trouve dans ces reproches une nuance d'acrimonie et de
vivacité qu'il faut toujours éviter en pareil cas.
P. Ixv et suiv. et ioj-108. M. F. se livre à une longue dissertation pour
retrouver le sens des trois mots plus ou moins grecs, prononcés par Mercure, et
renfermant une adjuration au cheval Phlegon d'avoir à parler. Son explication
est peu concluante, et il n'y arrive qu'au moyen de remaniements successifs- dans
la forme de ces mots. ^^m$%fi':i^
P. 62-3. Dans l'interprétation du nom de Curtalius, M. F., qui a prouvé
d'une façon péremptoire que ce personnage et son acolyte Byrphanes sont des
prêtres de l'Église catholique, trafiquant des indulgences, essaie vainement de
lui trouver une étymologie satisfaisante ; il y voit successivement le sens de ton-
suré, de élevé dans un monastère, croyant faussement que le mot latin curîis
ne s'entend au moyen-âge que d'un domaine ecclésiastique, enfin d'officier ecclé-
siastique. Nous avouons n'avoir point d'explication à proposer; mais aucune de
celles qui précèdent n'est acceptable et il faudrait chercher ailleurs.
Malgré ces petites erreurs ou ces légères taches, nous ne ferons aucune diffi-
culté de reconnaître que cette édition du Cymbalum peut être regardée comme
définitive, et que le commentaire de M. F. en a une fois pour toutes fixé le sens
et indiqué la portée.
SOCIÉTÉS SAVANTES. ;.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 1 1 juin 1 87 5 .
Le ministre de l'instruction publique transmet divers mémoires des élèves de
l'école archéologique de Rome, envoyés par M. A. Dumont, savoir : — Étude
sur quelques distinctions extraordinaires en usage sous l'empire, par M. Bloch ;
— Du classement des mss. de la i« décade de Tite Live, par M. Riemann; —
Étude sur l'œuvre inédite de Jacques Grimaldi, par M, Mùntz; — Description
et classement des mss. de Bertrand de Born, et Notice sur le ms. de Salimbene,
par M. L. Clédat; — Étude sur la plus ancienne rédaction du Liber ponîificalis,
par M, l'abbé Duchesne. . m i^^:-î'.mmi'î^.-ît^'.
M. Duruy présente de la part de M. Maspero un vol. hititulé Histoire^ ancienne
des peuples de l'Orient jusqu'à la conquête d'Alexandre, Paris, 1875.
L'académie se forme en comité secret. A la reprise de la séance publique, elle
décerne au scrutin le premier prix Gobert à M. Lecoy de la Marche, pour son
Histoire du roi René et son vol. intitulé Comptes et mémoriaux du roi René, et le
second prix à M. Paillard, pour son Histoire des troubles religieux de Valenciennes
(i 560-1 $69) et son Discours sur les causes des troubles des Pays-Bas.
Le prix du concours Bordin, sur ce sujet : Étude philologique et critique du
texte des œuvres de Sidoine Apollinaire, est décerné au mémoire n" 1 . L'enve-
loppe cachetée qui contient le nom de l'auteur de ce mémoire est ouverte. C'est
M. Ém. Châtelain, élève de l'école des hautes études.
M. Renan lit ua passage d'une lettre de M. Clermont-Ganneau, en date du
400 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
2 avril 1 87 1 , qu'il avait communiquée à l'académie le 26 janvier 1872, Dans
cette lettre était déjà présentée l'identification de l'ancienne ville d'Adoullam avec
la localité appelée aujourd'hui 'Edelmiyé, qui vient d'être annoncée en Angle-
terre comme une découverte nouvelle d'un explorateur anglais.
M. Egger présente de la part du traducteur Les plaidoyers civils de Démosthène,
trad. etc. par Rod. Dareste, 2 vol. in-12. Il fait remarquer que cette traduction
est la première qui ait pour auteur une personne au fait du droit et de la pro-
cédure attiques, et signale les renseignements que M. Dareste a fournis au lecteur
sur ces matières.
M. de Longpérier continue la lecture du mémoire de M. Chabas sur les poids,
monnaies et mesures des anciens Égyptiens.
M. Boutaric termine la lecture de son mémoire sur les origines du régime
féodal et spécialement sur l'immunité. Il pense qu'on doit faire remonter aux
concessions d'immunité l'origine du droit de justice qui appartenait au moyen âge
à un grand nombre de seigneuries ecclésiastiques. Par ces concessions, les rois
mérovingiens et carolingiens accordaient à de grands propriétaires fonciers,
communautés monastiques ou particuliers, pour toutes leurs terres et pour celles
qu'ils pourraient acquérir à l'avenir, non seulement la franchise d'impôt, mais
l'exemption de l'autorité des agents royaux de justice et autres. Il était interdit
à ceux-ci de mettre le pied sur le territoire de l'immunité; le propriétaire ou le
chef de la corporation qui avait reçu la concession tenait sa cour où il présidait
à l'administration de la justice à leur place : nous avons des procès verbaux de
plaids tenus par des abbés en vertu de ce droit. Si l'établissement de la féodalité
et la nécessité de respecter les droits des seigneurs ne permirent plus aux rois
Capétiens cie faire des concessions de ce genre, celles que leurs prédécesseurs
avaient faites n'en restèrent pas moins en vigueur. Encore à la fin du 1 3^ siècle
on les voit invoquées en justice avec succès par des abbayes désireuses d'établir
leur droit de juridiction : M. Boutaric en cite deux exemples tirés d'un cartulaire
de S. Maur des Fossés. C'est par cette origine aussi que s'explique l'extrême
morcellement des juridictions ecclésiastiques qu'on remarque sous l'ancien régime
et jusqu'en 1789. Le territoire d'une ville comme Paris, loin de ressortir tout
entier à la justice royale, était partagé entre divers chapitres ou couvents, qui
exerçaient chacun sa juridiction, non sur une région compacte, mais sur une
foule de points dispersés par toute la ville : trois maisons contiguës, p. ex., rele-
vaient parfois de trois seigneuries ecclésiastiques différentes. Cela vient de ce
que chacune de ces corporations avait autrefois reçu par une concession d'im-
munité le droit de justice dans tous ses domaines et par conséquent sur toutes
les pièces de terre qu'elle pouvait posséder de tous côtés, et avait depuis toujours
conservé ce droit aux mêmes lieux. Quand des corporations reçurent le droit de
justice par concession directe à une époque postérieure à celle où les concessions
d'immunité furent en usage, elles reçurent pour ressort une région unique et
compacte, et non plus des parcelles détachées et isolées les unes des autres.
Juhen Havet.
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
v.<x\ 'ffTopta Twv Ku7.)vaBwv vY)aa)v. Athen, TÛTcot; 'Âve^apx. In-8", 4i6p.(^travail
estimable). — Liber cancellariae Stanislai Ciolek. 2. Th. herausg. v. J. Caro.
Wien, Gerold's. In-S", 273 p. — Teutsch, Geschichte der Siebenbûrger Sachsen
(cf. Rev. crit., 1875, I, p. 179). — Teutsch, Die « Unionen » der drei stsen-
aischen « Nationen » in Siebenbûrgen bis 1 542. Hermannstadt, Selbstverlag.
In-B", 70 p. (dissertation écrite en connaissance de cause). — Gantrelle,
Ueber Entstehung, Charakter und Tendenz von Tacitus Agricola. Nacii der_2.
Ausg. des Originals ûbers. Berlin, Schrœder. In-8*, 42 p. — Aulularia sive
Querolus (cf. Revue critique, 187$, n" 24). ■:
Jenaer Literaturzeitung, 1875, n" i j, 27 mars. Knobel, Commentar zur
Genesis, neu bearb. v. Dillmann. Leipzig, Hirzel. In-8°, xviii-495 p. (Schra-
der). — Von Jhering, Der Kampf um's Recht. 4. Aufl. Wien, Manz. In-8°,
viij-96 p. (F. D. Sanio). — Rahn, Geschichte der bildenden Kûnste in der
Schweiz. 2. Abth. Zurich, Staub. In-8", p. 193-452 (Franz Reber). — Schôll,
Karl Nipperdey f am 2. Januar 1875. Jena, Dufft. In-8°, 2$ p. (Fr. Zarncke).
N° 14, 3 avril. Gr^efe, Die 70 Jarhv/ochen des Propheten Daniel.
Leipzig, Hinrichs'sche B. In-8°, vij-56 p. (Ad. Kamphausen). — Das samari-
tanische Targum zum Pentateuch. Herausg. v. Brùll. Th. I-IV. Frankfurt a.
M., Erras. In-8°, 1-204, '8, 39 p. (Bernhard Stade). — Von Bethmann-
HoLLWEG, Der germanisch-romanischeCivilprozess im Mittelalter. Bd. 3, Abth.
I. Bonn, Marcus. In-8°, xj-270 p. Stintzing). — Rivière, Histoire des insti-
tutions de l'Auvergne. T. 1.2. Paris, Marescq. In-8% xxiv-518; 545 p. (Alph.
Rivier). — Pfleiderer, Friedrich Wilhelm Joseph Schelling. Stuttgart, Cotta.
In-8°, 68 p. (Erdmann). — Brugsch-Bey, Histoire d'Egypte (cf. le présent
n° de la Rev. criî.). — Herdegen, Nûrnberger Denkwûrdigkeiten 1409-1497.
Herausg. v. Theodor Von Kern. Erlangen, Besold. In-B"*, iv-82 p. (Kerler).
— Thukydides erkl. v. Classen. Bd. 5, 5. Buch. Berlin, Weidmannsche B.
In-8°, 188 p. (J. M. Stahl). — Bouché-Leclerq_, Giacomo Leopardi, sa vie
et ses œuvres. Paris, Didier. In-8°, viij-317 p. (Adolf Tobler). — Fragments
d'un mystère provençal, p. p. Chabaneau. Périgueux, impr. Dupont. ln-S°,
16 p. (Adolf Tobler). — Alemannia. Zeitschrift fur Sprache, Litteratur und
Volkskunde des Elsasses undOberrheins, herausg. v. Birlinger. Bd. 1.2. Bonn,
Marcus. In-8°, viij-292 p. (Steinmeyer). — Henning, Ueber die Sanctgallischen
Sprachdenkmseler bis zum Tode Karls des Grossen. Strassburg, Trùbner. ln-8°,
xiij-159 p. (Steinmeyer).
Philosophische Monatshefte. Leipzig. 1875. 4Mivraison.
Merx, prof, de langues orientales à la Fac. de théologie de Giessen. La Phi-
losophie religieuse d'Averroès (leçon d'ouverture). Sa théorie de l'unité de l'intel-
lect, combattue dès 1240 par les chrétiens, Alexandre de Haies, Guillaume
d'Auvergne, Thomas d'Aquin, etc. — Opposition delà doctrine de Gazzali et de
celle d'Averroès; le premier faisant de la philosophie la servante, le second la
sœur de la religion. Antagonisme des deux écoles.
Histoire critique de la philosophie, de son origine jusqu'à nos jours, de Dûhring
(2* édit. 1 873). La philosophie repose sur le concours de deux choses : le savoir
et le vouloir. Elle a deux principes : positivité et sentiment. Il distingue dans son
histoire trois périodes : les spéculations grecques ; la philosophie moderne vivi-
fiée par l'esprit scientifique; la période allemande.
Nouvelles études sur l'histoire de la Civilisation et de la Littérature de Karl Rosen-
kranz.
Réponse de Brentano à Horwicz au sujet de diverses critiques sur la psycho-
logie.
Bibliographie. Variétés : La Société académico-philosophique de Leipzig.
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Assier (A.). Napoléon I" à l'école royale
militaire de Brienne^ d'après des docu-
ments authentiques et inédits, 1779- 1784.
In-8", 48 p. et portr. Paris (Champion).
Baif (J.-A.). Poésies choisies, suivies de
poésies inédites ; publiées avec une notice
sur sa vie et ses œuvres, des appendices
bibliographiques, des spécimens des
Etrennes et des chansonnettes, un tableau
de la prononciation au XVI* siècle, des
notes et des index, par L. Becq de Feu-
quières. Edit. ornée d'un portrait gravé
à l'eauforte par M. A. Féart. In- 1 8 jésus,
xl-392 p. Paris (Charpentier). 3 fr. 50
Boutroux (E.). De veritatibus aeternis
apud Cartesium. In-8', 71 p. Paris (G.
Baillière).
Brachet ( A . ) . Morceaux choisis des grands
écrivains du XVI' siècle, accompagnés
d'une grammaire et d'un dictionnaire de
la langue du XVI« siècle. In- 1 2, cj-3 3 2 p.
Paris (Hachette et C). 3 fr.
Carné (de). Étude sur la vie et les ouvrages
de M. de Chateaubriand. In-8', 72 p.
Paris (Douniol et C").
Caverni (K.). Problemi naturali di Gali-
leo Galilei e di altri autori délia sua soucia.
In-i6,xviij-268p. Firenze(Sansoni). 3f. 50
Claretie (J.). Les derniers Montagnards,
Histoire de l'insurrection de Prairial an III
(1795), d'après les documents originaux.
In-8', 273 p. Paris (Polo). 4 fr.
Cocheris (H.). Entretiens sur la langue
française. Histoire de la grammaire,
origine et permutation des lettres, for-
mation des mots , préfixes , radicaux et
suffixes. In- 16, 398 p. Paris (lib. de
l'Echo de la Sorbonne). 2 fr. 50
Guarducci (E.). De Pétri in urbem
romam adventu : disquisitio historica.
In- 16, 40 p. Bononiae (tip. Mareg-
giani).
Jackson (W.). ThePhilosophy ofNatural
Theology : on Essay in Confutation of
the Scepticism of the Présent Day. In-8°,
cart. London (Hodder et S.). i $ fr.
La Lumia (J.). I romani e le guerre ser-
vili in Sicilia. 2a ediz. In-i6, 164 p.
Roma-Torino-Firenze (Lœscher). 3 f. 50
IiC-wes (G. H.). Problems of Life and
Mind. Vol. i. 3d Edit. In-8-, 482 p.
cart. London (Trùbner). 1 5 ir.
Moran. Spicilegium Ossoriense; being a
Collection of original Letters and Papers
illustrative of the History of the Irish
Church, from the Reformation to the
year 1800. 1. séries. In-4'', 530 p. Half-
bound. London (Simpkin). 20 fr.
Reddition de la ville de Lons-le-Saulnier
en 1 595. Enquête contemporaine sur cet
événement. In-8", 12 p. Lons-le-Saulnier
(imp. Gauthier frères).
Revillout (E.). Le Concile de Nicée et le
Concile d'Alexandrie. Étude historique
sur l'assemblée confirmatrice et promul-
gatrice présidée par Saint Athanase en
l'année 362 d'après les textes coptes.
In-8°, 64 p. Paris (Palmé).
Rolland (E.). Vocabulaire du patois ou
pays messin tel qu'il est actuellement
parlé à Rémilly (ancien département de
la Moselle, canton de Pange). In-8°,
18 p. Paris (lib. Franck).
Rosenzweig fL.). Recherches historiques
dans les archives départementales, com-
munales et hospitalières, Hôtel-Dieu de
Vannes. In-i8, p. 237-292. Vannes (imp.
(Galles).
Schleicher (A.). A Compendium of the
Comparative Grammar of the Indo-Euro-
pean, Sanskrit, Greek and Latin Lan-
guages. Translated from the 3d German
Edition by H. Bendall. Part i. In-8°,
180 p. cart. London (Trûbner). 9fr. jo
Sutta Nipâta; or Dialogues and Dis-
courses of Gotama-Buddha. Translated
from the Pâli, with Introduction and
Notes by Sir M. Coomara Swâmy. In-8»,
196 p. cart. London (Trùbner). 7 f. 50
Virenque (M.). Des monuments dits cel-
tiques et des légendes populaires du can-
ton de Cormes et de ses environs. In-S",
18 p. Rodez (imp. Ratery).
Nogent-le-Rolrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
N' 26 Neuvième année. 26 Juin 1875
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION
DE MM. C. DE LA BERGE, M. BRÉAL, G. MONOD, G. PARIS.
Secrétaire de la Rédaction: M. Stanislas Guyard.
Prix d'abonnement :
Un an, Paris, 20 fr. — Départements, 22 fr. — Étranger, le port en sus
suivant le pays.
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
67, RUE RICHELIEU, 67
Adresser toutes les communications à M. Stanislas G u yard, Secrétaire de la
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu).
ANNONCES
^mÊmmmmmmÊa^imÊa^m^ÊmÊÊimmm^^mmmÊÊmmmÊitm^Ê^ÊmmmmmmÊÊmtJÊÊamÊÊÊÊÊm^mmÊm^mmmmÊmmÊÊÊimm^m^^^mm^mÊmm^imt^^^ai^ÊmmmmmmÊm
En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire,
67, rue de Richelieu.
MT7 TiJt r\ T D t? C ^^^^ Société de linguistique. T. IL 5e fasci-
Ej iVl vJ 1 rv C< O cule (complément du volume) . 4 fr.
Contenu: H. Kern, le suffixe ya du sanscrit classique, ia de l'arien, — L.Havet,
Note sur l'article précédent. — D'Arbois de Jubainville, les thèmes celtiques en 5.
— M. Bréal, Umbrica. — L. Havet, sur les palatales sanscrites. — A. Bergaigne,
du rôle de la dérivation dans la déclinaison indo-européenne. — Variétés :
M. Bréal, Frères jumeaux dans le vocabulaire latin. — Caro, carnis. — Vilis. —
Masiicare. — KaXcç. — Latin sus, sur. Ombrien sururont, surur. — Indulgere. —
Sanscrit sva pour su « bien «. — A. Bauer, de la double origine de l'article alle-
mand. — L. Havet, sur la déclinaisiVi des thèmes féminins en a. — Le locatif
ombrien. — F. Baudry, Notice sur k suffixe participial -ant. — J. Darmesteter,
Nomen, nâman. — Index.
COLLECTION PHILOLOGIQUE (ANCIENNE SÉRIE)
5e FASCICULE.
A-'* tv 1 1 1 LLi Iv Les noms de famille. j fr. 50
G. PARIS
Les Contes orientaux dans la littérature française du
moyen-âge. Broch, in-S». i fr.
PÉRIODIQUES.
Revue de l'Instruction publique (supérieure et moyenne) en Belgique,.
XXIIP année. Nouv. série. T. XVIII, jMivr. Note sur le programme des cours
des athénées royaux (S. X.). — Des liens qui unissent la musique à la philologie
(Gevaert). — Les fragments de la plupart des ouvrages attribués au logographe
Denys de Milet appartiennent à Denys de Mitylène (R. de Block). — Note sur
Léon De Pella. — Étude sur Lafontaine (A. Brauch). — Étude sur Marivaux.
Le paysan parvenu (Armand Piters). — De quelques parisianismes populaires
et d'autres locutions non encore ou mal expliquées (Ch, Nisard, -jésuite). —
Comptes-rendus. Egger, Notions élémentaires de grammaire comparée (0. M.
cf. Rev. ait. du 3 avril). — Platus, Aulularia, p. p. E. Benoist (0. M.). —
PiOT, Les Pagi de la Belgique et leurs subdivisions pendant le moyen-âge (Go-
defroid Kurth). — Bibliotheca historica, ou indication de tous les ouvrages
historiques nouveaux paraissant en Allemagne et à l'étranger (Godefroid Kurth),
— Varia. Sommaire de la Revue critique d'histoire et de littérature.
The Academy, N" 161 , new séries, 1 5 juin. Merle d'Aubigné, History of
the Reformation in Europe in the Time of Calvin. Transi, by W. L. R. Gates.
Vol. VI. London, Longmans and Co. (Nicholas Pocock : l'auteur n'est pas au
courant de la science, surtout en ce qui concerne la Réforme en Ecosse). —
Thornton, Indian Public Works, and Cognate Indian Topics. London, Mac-
millan and Co. (James Innés Minchin : cet ouvrage n'est pas si complet que
celui de M, Markham sur le même sujet). — Heckethorn, The Secret Societies
of ail Ages and Countries, London, Bentley and Son (J, M. Ludlow : il ressort
de l'article que cet ouvrage est sans valeur scientifique). — Vattelet, Der
Konflikt Vilhelms des Eroberers mit seinem Sone Robert und di Nachfolge im
Englisch-Normaennischen Reiche im iare 1087, Zurich (George F. Warner:
excellente contribution à l'histoire anglo-normande). — Current Literature (notes
de l'éditeur). — Notes and News. — Notes of Travel. — An Unpublished Speech
of Lord Wentworth, — Correspondence. Who was the Juge who Committed
Prince Henry? (Cléments R. Markham). — The Affinities of the Gipsies with
the Jats (Paul Bataillard : réclame la priorité de l'identification des Tsiganes
avec les Djatts). — Pepys' Diary (George Bell). — Fr, Delitzsh, Assyrian
Studies, Part I, The Names of Animais in Assyrian, Leipzig; Lenormant, Etudes
accadiennes. Vol, II, P. I. Paris, Maisonneuve (A. H. Sayce: ces deux ouvrages
contribuent dans une large mesure au progrès des études assyriennes), —
Meetings of Societies (Soc. philologique de Cambridge, institut anthropologique).
The Athenseum, N''2484, 5 juin. Mullens, Twelve Months in Madagascar,
Nisbet and Co. — Lonsdale, The Worthies of Cumberland. Vol. VI. Routledge
and Sons (n'est pas inférieur aux précédents volumes). — The Royal Asiatic
Society (aperçu du rapport annuel que le journal de la Société va publier avant
peu). — Literary Gossip. — Geographical N^tes (récentes découvertes et explo-
rations), — Societies (Soc, royale de littérature, Association britannique d'ar-
chéologie. Institut anthropologique), — Miscellanea. Is Aetion Shakespeare?
(J. W. Hales),
Literarisches Centralblatt, N" 24, i 2 juin. Volkmar, Paulus Rœmerbriefe,
Zurich, Schmidt. In-8°, xxij-164 p. (commentaire très-original). — Siebeck,
Untersuchungen zur Philosophie der Griechen. Halle, Barthel. In-8", xiij-289 p.
(quatre essais sur Socrate et la sophistique, la théorie platonicienne de la matière,
la théorie aristotélicienne de l'éternité de l'univers, les rapports de la philosophie
d'Aristote et du stoïcisme). — Mendelssohn-Bartholdy, Geschichte Griechen-
lands von der Eroberung Konstantinopels durch die Tiirken im J. 1455 ^^^ ^"^
unsere Tage. 2 Th, Leipzig, Hirzel, In-S", viij-jyj p, (on fait de cette seconde
REVUE CRITIQUE
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE
N' 26 — 26 Juin — 1875
Sommaire : 124. D'Eichthal, Mémoire sur le texte primitif du premier récit de la
Création. — 125. Brandes, Mémoires sur l'histoire ancienne de l'Orient. — 126.
Ei-Lis, Peruvia-Scythica. — 127. Davis, Journal d'un voyage en Asie-Mineure. —
128. Merwart, Le premier conflit de la Pologne avec l'Allemagne. — 1 29. Molière,
Le Misanthrope, Les Femmes savantes, Les Précieuses ridicules, Le Tartuffe, Le Bourgeois
gentilhomme, p. p. Laun. — 130. Kuhff, Géographie de l'Allemagne en allemand.
— Sociétés savantes : Académie des inscriptions.
124. — Mémoire sur le texte primitif du 1" récit de la Création (Genèse,
ch. I-II, 4), suivi du texte du 2« récit, par M. Gustave d'Eichthal. Paris, Sandoz et
Fischbacher. 1875. ^-8", viij-8o p.
I.
La cosmogonie du peuple hébreu, qui ouvre le livre de la Genèse, nous a
toujours paru d'une clarté transparente et d'une extrême simplicité. Avant tout,
Dieu créa le ciel et la terre; la terre est toute confusion, les ténèbres enveloppent
la masse liquide, et le vent s'agite sur la surface des eaux. Soudain la lumière
pénètre dans ce chaos et l'œuvre de Dieu commence. La voûte du firmament se
forme, la terre se dégage du milieu des flots, elle se couvre d'une variété immense
d'arbres et de végétaux, les corps lumineux suspendus au-dessus d'elle lui
envoient l'éclat et la vie; les fleuves, la mer et l'air se peuplent aussitôt d'innom-
brables espèces de monstres marins, de poissons et d'oiseaux, la terre elle-même
devient la demeure bruyante d'animaux de tout genre, et lorsque tout est classé,
disposé, orné, l'homme, fait à l'image de Dieu, entre en maître dans son superbe
royaume.
Nous avons tous lu et raconté à nos enfants ce récit charmant, écios dans la
jeune imagination d'une âme naïve et pieuse, saisie un matin, dans Ijas vastes
plaines de la Mésopotamie, du spectacle merveilleux de la nature, jetant au pre-
mier rayon du soleil le linceul des ténèbres et du silence, et renaissant à la
lumière, à la vie et au bruit des mille voix qui la remplissent. Le poète avait-il
trouvé cette relation dans la vaste bibliothèque de Babylone, et en verrons-nous
un jour surgir l'original sous les efforts des savants assyriologues, auxquels nous
devons déjà tant de surprises ' ? En tout cas, il l'aura débarrassée des fables et
mythes qui l'obscurcissaient, il l'aura jetée dans le moule monothéiste de son
culte, et terminée par la sanctification du jour de repos.
Qui s'en serait douté! ce récit sous sa surface plane et unie cachait des pièges
de toute sorte, et depuis des siècles, théologiens et exégètes, juifs ou chrétiens,
y ont cherché et découvert des difficultés assez nombreuses pour se troubler à
1 . On a déjà trouvé une tablette, relative à la création ; mais elle est fruste de toutes
parts.
XV ; 26
402 REVUE CRITIQUE
eux et à d'autres la douce jouissance que pouvait inspirer la lecture de ce déli-
cieux morceau •. Il y a là des beautés si délicates qu'on les écrase en les serrant
de trop près. Le ciel et la terre ayant été créés au commencement, se demanda-
t-on, que signifie l'œuvre des autres jours? Comment la lumière existait-elle dès
le début, si le soleil, la lune et les astres ne sortent que le quatrième jour de la
main de Dieu ? Et pourquoi une bénédiction pour les habitants de l'eau et de
l'air, puis pour l'homme, et point de « foisonnez et multipliez-vous » pour les
animaux de la terre ? L'approbation sacramentale : « Et Dieu vit que c'était
» bon, » qu'on lit à la fin de chaque œuvre, pourquoi manque- t-elle après la
création de la voûte du ciel ? les mots : « Et il fut ainsi, » également habituels
dans notre récit, sont une fois déplacés ; pourquoi ? Dieu donne leurs noms au
jour, à la nuit, au firmament, à la terre, à la mer, pourquoi n'en fait-il pas autant
pour le soleil et la lune^ ? Nous ajouterons : pour les astres, pour les animaux
de toutes les classes! Nous aurions ainsi obtenu un curieux spécimen d'ancienne
nomenclature pour les êtres qui peuplent notre terre, et comme linguiste, je n'y
aurais pas été indifférent !
Que l'ancienne et la moderne orthodoxie aient été préoccupées des différences
que l'observation scientifique de la nature établissait entre les résultats de la
physique et de la cosmologie et les assertions des Écritures, qu'elle ait fait des
efforts pénibles pour diminuer ou pallier l'écart qui allait grandissant entre la
poésie empirique de la Bible et les découvertes des Copernic, des Newton, des
Laplace, cela ne surprendra personne. Mais ce qui a lieu d'étonner, c'est de
voir des esprits éminents, que ne retiennent pas des considérations aussi étroites,
appliquer une critique minutieuse et subtile à une matière qui, à notre sens, ne
la comporte pas.
M. d'Eichthal, dans le Mémoire que nous avons sous les yeux, marche sur les
traces de savants considérables, telsqu'Ewald, Knobel, Schrader et bien d'autres
qui se sont occupés du premier récit de la Genèse. Dans le chapitre II, intitulé
« Objections soulevées par le texte traditionnel du i" récit de la création, » il a
réuni habilement et exposé clairement toutes les contradictions qu'on a cru
rencontrer dans notre texte, et la solution qu'il propose dans les chapitres IV et
V est certainement la plus hardie et la plus radicale qu'on ait tentée. La créa-
tion du firmament remplace le fiât lux de notre rédaction, et sert de préliminaire
à toute la création. Le premier jour est consacré aux luminaires; le second, à
la séparation de la terre et des mers; le troisième, aux plantes; le quatrième,
aux animaux qui remplissent l'eau et l'air; le cinquième, aux animaux de la
terre; le sixième enfin à la création de l'homme. Nous n'en voulons pas à
M. d'Eichthal de la témérité avec laquelle il bouleverse toute l'ordonnance des
versets dans notre récit ; nous croyons même qu'il peut être quelquefois utile que
1 . Voyez Ewald, Jahrbûcher d. bibl. Wissenschaft, I (1849), p. 77 et suiv. — Schrader,
Studien zur Kritik und Erklarung d. bibl. UrgeschichU, 1863, p. i et suiv. — Knobel et
Dillmann, dans leurs commentaires sur la Genèse.
2. Schrader, /. c. p. 24.
d'histoire et de littérature. 405
la critique s'use par son exagération même, et qu'elle aille jusqu'au bout dans la
voie où elle est entrée, lorsque cette voie n'est pas bonne.
Pour nous, nous ne chicanerons pas les diaskeuastes de notre texte reçu pour
le déplacement des mots waïliy kên du verset 7 au verset 6 ; nous admettrons
aussi à la rigueur un wayaf elohlm kî tôb, au milieu du v. 8. Ce sont du reste
les seuls changements que les Septante se soient permis, bien que nous ne
croyions pas que ce fût sur l'autorité d'un texte différent du nôtre ; ils ont fait
modestement et timidement ce qu'on nous propose d'entreprendre en grand et
en franchissant toute limite. Mais pour tout le reste nous croyons notre texte
dans un excellent état de conservation, toutefois avec deux réserves que nous
nous hâtons d'émettre. Premièrement, il se peut que les v. 29 et 30' soient
ajoutés postérieurement, par rapport aux v. 2 et 3 du chap. IX. En second lieu,
nous n'oserions pas affirmer que l'original de notre récit contient déjà les mots :
« il fut soir, il fut matin, tel jour, » répétés six fois. Dans ce cas, la séparation
des eaux supérieures et des eaux inférieures , et le dégagement de la terre ou
du continent par la retraite de ces dernières dans leurs réservoirs, auraient été
considérés comme une seule œuvre approuvée une fois à la fin par le « et
Dieu vit, etc. »
L'œuvre du premier jour était toute de préparation. Le mot « berêschît » qui
a tant tourmenté les grammairiens ^ ne présente aucune obscurité. La préposi-
tion bêt sans voyelle se/t en hébreu à la fixation d'une date : le premier du mois
se dit : be-éhâd, etc. Le premier moment de la création est une date unique dans
l'histoire ; il ne pouvait être indiqué par aucun mot impliquant l'idée d'ordre et
de succession. Bârischônâhj qu'on a souvent réclamé?, aurait eu ce défaut qu'il
fallait éviter. C'est bien une raison analogue qui a fait mettre à la fin du v. 5 ,
yôm éliâd « un jour, » au lieu de yôm rischôn « premier jour; » après le second
jour seulement, on pouvait parler d'un premier. On a donc choisi le terme berê-
schît qui ne sert jamais comme nom de nombre ordinal ou cardinal. — Du ciel,
mentionné dans le i^*" verset, il n'est plus question; il est le séjour, le trône
à'ëlôhîm, et il est impénétrable. Le schâmayim des v. 7-8, au contraire, est le
ciel visible aux humains, la voûte solide qui porte les réservoirs de pluie, et à
laquelle seront plus tard attachés les luminaires, l'étendue introduite au milieu de
la masse Hquide, qui tout entière faisait partie de la terre du premier jour.
Cette terre qui embrassait, en outre de l'eau, les ténèbres et le vent, ce chaos
créé, diffère également de Vérés du v. 10, qui est la terre proprement dite, dis-
tincte du rakîa' et de la mer. Enfin la lumière qui traverse le chaos et doit en
éclairer le débrouillement, n'en fait pas moins partie du chaos, et se distingue,
1 . Une fois ces deux versets écartés, tous les verbes de notre récit peuvent être lus au
pluriel, en y ajoutant à la fin un waw, lettre que l'orthographe phénicienne supprime tou-
jours. En phénicien, bdrâ et bâreou, wayyômer et wayyômeroUj etc. s'écrivent de la même
façon. On s'expliquerait ainsi le pluriel na'asth (vers. 26). Le verset 50 seul contient le
singulier ndtatti.
2. Ibn Djanâh, Kitâb alousoul, r. rôsch. — Ibn Ezra et Raschi dans leurs commen-
taires.
3. Voy. particulièrement Ibn Ezra, sur ce verset.
404 REVUE CRITIQUE
dans la pensée de l'écrivain, des corps lumineux, créés le quatrième jour. Il nous
paraît puéril de se préoccuper de la possibilité physique d'une telle distinction,
de même qu'il est oiseux de se demander, comment avant la création du soleil
on pouvait parler de soir et de matin.
La différence que nous avons établie entre le ciel et la terre du premier verset,
où l'hébreu présente schâmayim et érés avec article , et entre le ciel et la terre
des versets 8 et 10, où l'article ne se trouve pas, ressort surtout dans le verset
4 du second chapitre, verset qui a été tant tourmenté par les interprètes de la
Bible '. Les chapitres II et III nous racontent des événements qui se sont passés
çntre Dieu et l'homme; le jardin d'Éden, qui est le théâtre de ces événements,
tout terrestre qu'il soit, est presqu'un séjour intermédiaire entre l'habitation de
Dieu et la demeure définitive du genre humain. L'histoire (tôledôt), qui plus tard
sera celle de l'homme, est cette fois encore l'histoire « du ciel et de la terre 2, »
et elle ajoute, « lorsque Jâhvé ëlôhîm fit « ciel et terre, » mentionnés dans les
versets 8 et 10 du chapitre précédent. Cet écrivain continue : Et aucun produit
des champs ne poussait encore sur la terre, etc. Il indique donc nettement le
moment qui sépare dans le premier récit la première et la seconde œuvre du
troisième jour. L'auteur du second récit, en mettant avec intention d'abord
haschschâmaïm ve-hâârés, et ensuite érés ve-schâmaïm, vise ouvertement le premier
récit, bien qu'il s'en écarte sur bien des points et qu'il poursuive un but différent.
En effet, la création des plantes lui sert de transition facile à la description du
paradis, et à l'histoire du premier couple jusqu'au moment où ils sont obligés de
le quitter.
Nous nous abstenons de tout jugement sur le chapitre III du mémoire : In-
fluence des doctrines persanes sur les Israélites. — La création de la lumière
dans la Genèse. Certes cette influence sur la doctrine juive pendant et après la
captivité est incontestable, et M. d'Eichthal a parfaitement raison, lorsqu'il cite
quelques passages du second Isaïe, destinés à la combattre. D'après ce que nous
venons de dire, nous ne pouvons la découvrir nulle part dans le i" récit de la
création. J. Derenbourg.
II.
Nous sommes heureux de publier sur cette importante question l'avis d'un
éminent hébraisant : mais nous demandons la permission d'ajouter un mot au
sujet de l'influence perse, qu'il nous serait difficile de ne pas reconnaître dans le
récit de la création. On trouvera naturel que nous nous rangions sur ce point
du côté de M. d'Eichthal , ayant nous-même exprimé en plusieurs occa-
sions l'opinion que les croyances perses ont laissé leur empreinte, non pas
seulement sur le premier, mais encore sur le second chapitre de la Genèse?.
1. Les uns l'ont considéré comme la souscription du récit; d'autres comme l'en -tête
déplacé de ce récit; d'autres encore l'ont déchiré en deux en rattachant le premier membre
au 1" récit, et le second au second récit de la création.
2. Le mot khibbdreâm « lorsqu'ils furent créés » est ajouté par l'auteur monothéiste
pour prévenir la pensée d'une matière incréée, et vise le 1" verset du chapitre I.
3. Hercule et Cacas, p. 124. De Persicis nominibus, p. 43.
d'histoire et de littérature. 405
Quoique le Bundehesh soit de rédaction moderne, le fond de croyances qu'il
représente est le même que dans l'Avesta : or, le Bundehesh nous donne un
récit de la création qui offre avec celui de la Genèse une ressemblance trop
frappante pour que l'un des deux ne soit pas imité de l'autre, à moins que tous
les deux ne viennent d'une source commune. Laissant pour le moment de côté
cette dernière hypothèse, que M. Derenbourg indique comme possible, mais
pour laquelle les moyens de vérification nous font défaut, j'examine si le récit
de la création est plus à sa place dans les croyances iraniennes ou dans les
croyances du peuple d'Israël. Voici, selon le Bundehesh et selon la Bible, la
succession des six créations :
Bundehesh. Bible.
!« le ciel la lumière
2' l'eau le firmament
3^ la terre la terre avec les arbres
4* les arbres le soleil et la lune
5* les animaux les poissons et les oiseaux
6* l'homme les reptiles, les bêtes de la terre et
l'homme.
Non-seulement la disposition du Bundehesh est moins incohérente, mais elle
se rattache au reste de la théologie perse, qui place au-dessous d'Ormuzd six
grands génies (les Ameshas-çpentas) chargés de veiller sur les différentes parties
de la nature. A ces sept divinités sont opposés autant de démons, qui se pro-
posent de détruire l'œuvre de la création. Le plus grand d'entre eux, Ahriman,
s'introduit dans le monde sous la forme d'un serpent (c'est la forme habituelle
sous laquelle se montre le démon dans les livres iraniens), et il induit en tentation le
premier couple (Meshja et Meshjanê, c'est-à-dire l'homme et la femme). Toutes
ces idées sont à leur place dans une conception de l'univers où deux principes
ennemis sont éternellement aux prises, tandis qu'on ne sait trop quel sens y
attacher chez un peuple monothéiste. Dans le reste du Pentateuque il n'est plus
fait allusion ni aux sept jours de la création, ni au serpent, ni au jardin d'Eden.
C'est seulement plus tard que ce dernier reparaît, et cette fois sous un nom perse
(pairidaêza « enclos o). Nous croyons donc qu'il est naturel d'attribuer ce récit
à la religion où il fait le mieux corps avec l'ensemble , et si l'une et l'autre reli-
gion ont puisé à une source commune, nous pensons que la religion perse est
la plus rapprochée de cette source.
Mais du moment que la narration hébraïque doit être considérée comme un
emprunt, l'idée d'interversions survenues dans le récit n'a rien d'invraisemblable.
M. d'Eichthal ne tire pas seulement ses arguments des fausses idées de physique
qu'on y peut découvrir. Il montre certaines anomalies qui, même en se mettant
à la place du narrateur, sont difficiles à concevoir. On est étonné, par exemple,
de voir qu'il n'y ait pas un jour uniquement pour la création de l'homme.
« Rappelons-nous, dit justement M. d'Eichthal, l'origine toute spéciale, la haute
406 REVUE CRITIQUE
» mission, la destinée souveraine que le livre sacré assigne à l'homme; rappe-
» lons-nous le langage tout particulier qu'il emploie pour annoncer sa création.
» Tandis que, pour produire les autres créatures. Dieu commande aux éléments
» d'accomplir son ordre, tandis qu'il fait sortir de la terre et de la mer les
» autres êtres organisés, plantes et animaux aquatiques, aériens ou terrestres,
» quand il s'agit de l'homme, Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, selon
» notre ressemblance A cette œuvre exceptionnelle, est-il donc vraisem-
» blable que, dans le plan divin, un jour spécial n'ait pas été consacré? »
Le récit de la Genèse met surtout en évidence et se complaît à dépeindre la
toute-puissance et la bonté de Dieu. Ce qui appartient en propre à ce récit,
c'est, par exemple, le verset : Et Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière
fut. Et encore : Dieu vit que la lumière était bonne. L'idée d'associer la création
avec l'institution de la semaine paraît également hébraïque. Nous voyons ici
comment la cosmogonie polythéiste d'une nation voisine se transforme dans
l'imagination monothéiste d'Israël. Il n'est pas moins curieux d'observer comment
la guerre éternelle d'Ahriman contre le genre humain se cache, à moitié com-
prise, à moitié défigurée, dans les paroles de Dieu au serpent : « Parce que tu
» as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre toutes les bêtes des
» champs; tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras la poussière tous les
» jours de ta vie ; et je mettrai inimitié entre toi et la femme, et entre ta
» semence et la semence de la femme; cette semence te brisera la tête, et tu
» lui briseras le talon. » La théologie iranienne se réduit ici aux proportions
d'un apologue.
Nous ne suivrons d'ailleurs pas M. d'Eichthal dans son essai de restitution
rhythmique, qui paraît bien hardi si l'on songe que le récit a pu être déformé dès
le premier moment qu'il a pénétré chez les Israélites. Les retranchements qu'il
propose sont assez arbitraires. On vient de voir que nous regardons comme ex-
primant le véritable esprit de la narration juive une phrase qui paraît interpolée
à M. d'Eichthal. Nous songeons encore moins à constater avec lui dans le texte
biblique des traces de polémique contre le mazdéisme. Une telle intention
répugne au caractère simple du récit, qui avait sans doute passé par bien des
bouches avant d'être fixé , et dont la provenance , comme il arrive d'habitude ,
était probablement ignorée. Michel Bréal.
125. — H. Brandes. Abhandlungen zur Geschichte des Orients im Alter-
thum. Halle am Saale, Lippert'sche Buchhandlung. 1874. Gr. in-8*, 151 p. —
Prix : 5 fr. 3$.
Les trois mémoires que renferme le livre de M. Brandes échappent par la
nature même du sujet à une analyse exacte. Dans le premier, sur le canon des
Eponymes assyriens, M. Brandes adoptant l'opinion de tous les assyriologues, sauf
M. Oppert, fait courir la série des Eponymes assyriens sans interruption de 909
à 666 av. J.-C. Dans le second sur la Chronologie des deux royaumes Hébreux,
il essaie de fixer la succession des rois de Juda et d'Israël au moyen des
monuments assyriens : il m'a semblé que dans cette partie de son travail
d'histoire et de littérature. 407
M. Brandes abusait un peu des hypothèses de règnes simultanés. Il fait régner
Amaziah de Juda, quatre ans avec son père Joas, Ozziah vingt-quatre ans avec
Amaziah, Jotham huit ans avec son père Ozziah, et huit ans avec son fils Akhaz.
Dans le troisième mémoire il est question des Années apocaîastatiques des Egyp-
tiens; c'est sous un autre nom un nouvel essai de restitution de la période
sothiaque, assez curieux en théorie, mais assez peu utile dans la pratique. —
M. Brandes n'est ni égyptologue, ni assyriologue : cela se voit à la manière
dont il accepte sans discussion certaines assertions contestables. Il a du moins
essayé de ne puiser qu'aux meilleures sources et a réussi à traiter d'une façon
intéressante les sujets qu'il s'était imposé d'étudier.
126. — Robert Ellis, B. D. Peruvia Scythica. The Quichua language of Peru,
its dérivation from central Asia with the American languages in gênerai, and with the
turanian and iberian languages of the old world, including the basque, the lycian, and
the pre-aryan language of Etruria. London, Trùbner. 1875. In-S", vij-2i9 p. —
Prix : 8 fr.
L'auteur avait publié en 1 870 un essai « sur les affinités asiatiques des anciens
» Italiens » ; en 1873 un travail « sur les noms de nombre comme preuve de
rt l'unité originaire du genre humain'. » Ces deux traités sont réunis et déve-
loppés dans le présent volume. Les Étrusques, selon M. Ellis, sont un mélange
de Thraces et d'Ibériens. Par leur origine thrace ils tiennent à la souche arienne;
par le sang ibérien, ils sont apparentés avec les peuples de l'Afrique et de l'Amé-
rique, qui ne formaient dans le principe qu'une seule et même famille, savoir la
famille scythique. Les noms de nombre, ainsi qu'une certaine quantité de sub-
stantifs, fournissent la preuve de cette parenté. Parmi les auteurs sur lesquels
M. E. s'appuie, nous avons remarqué Lopez (les races aryennes du Pérou), Eu-
ropaeus (Stammverwandschafî der meisten Sprachen der alten Welt) et Reinisch
(Einheitlicher Ursprung der Sprachen der alten Welt). Cet ouvrage peut être consi-
déré comme un nouvel exemple des dangers de l'étymologie quand elle n'est pas
tenue en bride par la phonétique et dirigée par l'observation des formes gram-
maticales.
127. — Anatolica, or the journal of a visit to some of the ancient ruined cities of
Caria, Phrygia, Lycia, and Pisidia, by the Rev. E. J. Davis. Londres, Grant and
Co. In-8*. 1874. — Pf^'x '■ 26 fr. 25.
L'ouvrage de M. Davis, chapelain du consulat anglais à Alexandrie, n'est pas
l'œuvre d'un érudit ; pour s'en apercevoir, il suffit d'en avoir feuilleté quelques
pages. De plus, le voyage a été fait bien rapidement ; l'auteur n'a guère pu se
rendre un compte très-exact de l'état actuel du pays , en étudier les races et les
religions différentes, recueillir des données précises sur la statistique et les pro-
ductions des provinces qu'il visitait. Cependant, comme il paraît avoir l'esprit
juste, on peut encore trouver dans ces pages plus d'une remarque utile; comme
I. Cf. Revue critique, 1873, II, p. 313.
4o8 REVUE CRITIQUE
M. Davis aime POrient, malgré toutes les fatigues qu'il y trouve, comme il adore
le voyage, il y a dans tout son récit un entrain, une joie de voir et d'avoir vu,
qui soutient jusqu'au bout l'intérêt. Ceux-là surtout qui ont eu le bonheur de
mener pendant quelque temps cette vie pénible et charmante retrouvent là, tra-
duites avec sincérité, des émotions, des impressions qu'ils ont éprouvées jadis;
ils suivent donc avec plaisir M. D. dans ces chevauchées qui lui font parcourir
quelques-unes des régions les moins bien connues de la péninsule anatolique.
Malgré l'intérêt que nous avons trouvé à refaire une course en Asie-Mineure
avec M. D., nous ne pouvons nous dispenser de signaler tout ce qui manque à
son livre; ce sera lui prouver avec quelle attention nous l'avons lu. Le chapitre
II, sur Ephèse, est bien insuffisant. Au lieu d'exposer, d'après M, E. Curtius
par exemple ', les résultats importants qu'ont obtenus les belles fouilles dirigées
pendant plusieurs années par M. Wood aux frais du British Muséum, l'auteur
copie une longue description de Chandler, qui remplit tout le chapitre III. Or,
quels qu'aient pu être les mérites de Chandler, il est certain que, depuis les der-^
nières découvertes, sa description est tout à fait arriérée.
Pour ce qui est des inscriptions, M. D. est d'une indifférence déplorable. Il
passe parfois à côté sans les copier, et donne pour prétexte qu'il n'a pas le
temps 2.
P. 135, dans le village de Karaatlu, au sud-est de la Phrygie, entré le lac de
Saldu et celui de Yarichlu, M. D. voit deux grandes figures sculptées en bas-
relief sur la surface du roc calcaire. Il reconnaît lui-même qu'elles ne sont pas
de travail grec, qu'elles rappellent celles qu'Hamilton a découvertes en Ptérie,
et non-seulement il ne s'arrête pas pour les dessiner, quoique capable de faire
un croquis passable, mais il ne nous en donne même pas une description qui eût
toujours été possible quoique la sculpture ait souffert du temps. « Ce sont deux
» hautes figures debout, « voilà tout ce qu'il nous en dit; mais quelle est l'atti-
tude, quel le costume, quelle la coiffure? Rien, pas un mot. C'est assez pour
éveiller notre curiosité, pas assez pour la satisfaire. Nous ne pouvons nous em-
pêcher de songer aux « deux hautes figures debout, « sculptées de même sur la
face d'un roc, que nous avons eu le bonheur de découvrir à Ghiaour-Kalè, près
d'Hoïadja, à l'ouest d'Ancyre?. Aurait-on, dans un autre district de la Phrygie,
une répétition du même motif, un monument du même art et peut-être de la
même expédition, de la même conquête? Quel dommage que M. D. ne nous
donne pas les moyens de répondre à cette question qu'il nous conduit à poser!
1. Beitrcege zur Geschichte und Topographie Kkin-Asicns (Ephesos, Pergamon, Smyrna,
Sardes) dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, 1872, in-4*.
2. P. 61 , il donne une inscription latine, relative à la construction d'un aqueduc; il
ajoute que le texte grec correspondant est gravé au-dessous, et il ne le transcrit pas.
Texte latin et texte grec ont déjà été publiés nombre de fois (C. I. L. III, 424 et C. I.
Gr. 2958), mais il n'en sait rien, et ce n'est pas ce qui le décide à s'abstenir. La longue
inscription de Lacina qu'il publie p. 138 a déjà été reproduite, bien plus exactement
copiée; on la trouvera dans le Voyage archéologique de Le Bas, partie V, additions,
n" 1700. On y trouve aussi, sous les n" 1361, 1370, 1369, les inscriptions d'Attalia que
donne M. D. p. 213 et 214.
3. Exploration archéologique de la Galatie, t. I, p. 1 56-1 jj et t. II, pi. 9 et 10.
d'histoire et de littérature. 409
p. 6$ . Dans les Zeibeks des environs de Smyrne, ces pittoresques montagnards
dont les armes et le costume font la joie des peintres, M. D. prétend retrouver
des descendants des Cariens, C'est une pure conjecture qui ne s'appuie sur
aucune ombre de preuve. La population de l'Asie-Mineure a, depuis l'antiquité,
subi tant d'influences et de mélanges que vouloir y distinguer aujourd'hui
quelques-uns de ces éléments primitifs est une tentative tout arbitraire, un pur
caprice.
P. n7) 01^ indique à M. D. une statue; mais cela l'aurait dérangé de sa route
d'aller la voir; il y renonce. Alors pourquoi voyager?
M. D. a visité quelques-unes des ruines les plus curieuses et les moins étudiées
jusqu'ici que renferme l'Asie-Mineure ; ainsi les villes isauriennes de Cremna et
de Sagalassos; mais par malheur ses descriptions ne nous apprennent qu'une
chose , l'étendue et l'importance des débris qui en subsistent. Les plans qu'il
nous en donne sont, il l'avoue lui-même, faits de souvenir. Ceux qu'il avait
dressés sur le terrain, il les a perdus dans un accident du voyage; or, quelque
mémoire qu'on veuille bien lui attribuer, on aura de la peine à prendre très au
sérieux des tracés topographiques ainsi établis.
P. 232, M. D. partage une idée fausse, qui, malgré les observations des
architectes, se perpétue religieusement chez les voyageurs. A propos du théâtre
de Termessos, il parle « de la vue splendide que commandent d'ordinaire les
)) théâtres grecs. » Assis sur les gradins de ces théâtres dont le mur de scène a
disparu, il raisonne comme si celui-ci n'eût jamais existé; mais, lorsque le théâtre
était intact , ce mur, avec sa hauteur qui atteignait celle des gradins les plus
élevés, avec la riche décoration architecturale qui l'ornait, arrêtait le regard des
spectateurs, où qu'ils fussent placés, et bornait leur horizon.
Les planches sont assez nombreuses; mais je n'en vois pas qui nous apportent
de documents nouveaux. Les meilleures sont encore les litho-photographies ob-
tenues avec les épreuves de M. Svoboda. Quant aux croquis destinés à nous
faire connaître soit le relief du terrain dans certaines parties de la péninsule, soit
divers motifs d'architecture, ils sont exécutés avec trop de naïveté pour avoir
grand intérêt, d'autant que plusieurs des objets ainsi reproduits, certains
sarcophages ou certains ornements, n'ont rien de curieux. Les seuls dessins qui
aient quelque valeur sont ceux des pages 192, 224, 228, qui représentent des
portes monumentales de Kremna et de Termessus.
Ce qui reste le plus intéressant, ce sont encore les observations de l'auteur
sur les populations de la péninsule. C'est au galop de son cheval qu'il les visite;
mais il profite de toutes les occasions de causer. En Asie-Mineure, surtout dans
ces districts montagneux de la Pisidie et de l'Isaurie, on ne se sert pas de la tente
pour voyager; chaque nuit on couche sous un toit, ce qui met en contact avec
les habitants. M. D. éprouve pour le paysan turc cette estime et cette sympathie,
mêlées d'une profonde compassion, que ces braves gens ont inspirées à tous
ceux qui les ont vus chez eux, qui se sont assis à leur foyer; il peint le laboureur
épuisé par la conscription , luttant avec une résignation touchante contre les
duretés d'une administration qui lui prend beaucoup par l'impôt et ne lui rend
en échange aucun de ces services que chez nous l'État est tenu d'assurer et de
410 REVUE CRITIQUE
distribuer aux citoyens. Les résultats de ce régime sont mis en lumière dans
l'appendice K, qui contient, d'après des témoins oculaires, des détails navrants
sur la famine de 1 874 en Asie-Mineure ; il paraît avéré que des milliers de per-
sonnes sont mortes de faim dans le centre de la péninsule. Il y avait bien, à peu
de distance, des districts où le blé surabondait; mais d'une province à l'autre,
les routes et les moyens de transport manquaient; y eût-il eu des routes, que
les mudirs, mutessarifs et autres fonctionnaires, à bien peu d'exceptions près, ne
seraient point sortis de leur indolence et de leur routine ou bien ne se seraient
donné quelque mouvement que pour spéculer sur la misère du peuple et en tirer
quelques profits. P. 148, on remarquera des détails intéressants sur les efforts
que font les Grecs de l'intérieur pour apprendre leur ancienne langue et répandre
l'instruction dans leurs rangs; M. D. a rencontré là, à Adalia, un évêque grec
qui désapprouve et contrarie ces efforts, au lieu de les favoriser. Je ne doute
point de son témoignage, mais le fait est rare. Je ne me souviens pas, pour ma
part, d'avoir rencontré un dignitaire de l'église orientale qui avouât craindre
l'instruction et s'en défier; j'en ai vu de fort ignorant, mais ceux-là même ne
prétendaient pas empêcher les autres d'apprendre et de cultiver leur esprit.
Le dernier chapitre, où M. D. résume ses impressions et ses jugements, se lit
avec plaisir. Je n'ai point vu les régions de l'Asie-Mineure qu'il a parcourues;
mais les choses paraissent se passer en Caramanie comme dans les provinces du
centre et dans celles que baigne la mer Noire, La conclusion à laquelle arrive
M. D. est aussi celle où nous avions été conduits : le système suivi par le gou-
vernement turc — si cela peut s'appeler un système — n'est avantageux pour
aucun des groupes de race et de langue diverse que comprend l'empire ; mais
c'est surtout sur les Musulmans, sur les Turcs osmanlis qu'il pèse lourdement,
c'est pour eux surtout qu'il a des effets oppressifs et vraiment destructeurs. Sous
le double fardeau qui l'écrase, la population turque diminue rapidement, du
moins dans les campagnes. La dernière famine, d'après tous les renseignements
que nous avons reçus, a dû supprimer, dans les sandjaks de Konieh, Yuzgat,
Césarée et Sivas, plus d'un village musulman qui ne se repeuplera et ne se rebâ-
tira jamais; les Turcs, une fois ruinés, n'ont pas, pour se relever et relever
leurs maisons, la ressource du commerce et de l'industrie. Ceux qui auront sur-
vécu à cette disette iront dans les villes grossir la foule de ces domestiques, de
ces fonctionnaires inférieurs qui, mal payés ou même employés sans salaire par
un maître qui les nourrit de sa desserte, vivent de la corruption, l'entretiennent
et la rendent inguérissable,
G. Perrot.
128. — Erster Zusammenstoss Polens mit Deutschiand, seine Bedeutung
und seine Folgen, von Karl Merwart. Graz. 1874. Druck und Verlag von Leykam-
Josefsthal. — Prix : 2 fr. 75.
Cette monographie se compose de deux parties, 54 pages de texte et 64 d'ap-
pendice. Dans la première partie, l'auteur raconte la réunion des tribus polo-
naises en un royaume par Mieczyslaw, les luttes de ce dernier contre le margrave
de VOstmark Gero et contre Otton le Grand, sa défaite, sa soumission et l'éta-
d'histoire et de littérature. 411
blisseraent du christianisme en Pologne. C'est un récit sans dates, sans indi-
cations ethnographiques ni géographiques, orné de portraits qui semblent
empruntés à des manuels de style (p. 10, portrait de Mieczyslaw et p. 14, portrait
de Gero), et de réflexions où se révèle, à défaut de sens historique, la géné-
rosité d'une âme jeune. C'est ainsi qu'après avoir loué (p. 2) l'amour de la
liberté, qui animait les tribus polonaises, M. M. vante leur respect de l'indépen-
dance d'autrui : « La pensée de priver autrui de sa liberté leur était aussi pénible
» que celle d'être privées de la leur. » M. M. ne veut pas que l'on accuse le
margrave Gero de cruauté, à propos de l'assassinat ordonné par lui de trente
chefs slaves, ses hôtes. D'abord, dit-il, les Slaves avaient fait un complot contre
la vie de Gero : « Aussitôt celui-ci reconnut l'importance de la conspiration. Il
» comprit que les Slaves en voulaient à sa vie , non par haine contre lui, mais
» parce qu'ils avaient tous les jours devant les yeux, comme but de leurs efforts,
» la récupération de leur ancienne liberté, et leur affranchissement des liens qui
)> les rattachaient à l'empire Un homme comme Gero, qui avait si souvent
» regardé la mort en face, tenait peu à la vie. S'il avait été sûr que les Slaves
» ne voulaient que sa mort, il se serait peu préoccupé de leurs projets; mais
» comme il était convaincu que sa mort serait le signal d'une révolte générale
» des Slaves,.... révolte qui pouvait très-mal finir pour les Allera.ands, il se
» résolut à étouffer la conspiration dans son berceau » (p. 16). Suit le récit
dramatique de l'assassinat. «Il me semble que cette unique action, ajoute M. M.
» (p. 15, note 2), ne suffit pas à prouver que la cruauté ait été un trait du
» caractère de Gero, d'autant plus que tout ce que nous savons de ce caractère
» nous donne toute raison de supposer qu'il s'est ainsi conduit, non par ven-
» geance, mais par politique. Qu'est cette action de Gero, en comparaison des
» cruautés d'un Robespierre.? Et pourtant nous savons bien que Robespierre
» n'était pas cruel, qu'il avait au contraire les sentiments les plus nobles »
La seconde partie de la monographie de M. M. contient cinq dissertations. La
première, sur l'origine de la Pologne, est consacrée en grande partie à la réfuta-
tion, qui a déjà été faite, des hypothèses, ingénieuses, mais peu solides, de Bie-
lowski, sur les liens historiques qui rattacheraient le royaume de Pologne à celui
de Mosavie, le royaume de Moravie à celui de Dacie. — La seconde disserta-
tion, sur les luttes de Mieczyslaw contre les tribus polonaises , est un commentaire
de ce passage du chroniqueur Martinus Gallus (1 , 5) : « At Mesco, ducatum adeptus,
)> ingenium animi cœpit et vires corporis exercere, ac nationes per circuitum
» bello saepius atemptare. » M. M. y veut voir la constatation précise de longues
luttes engagées par Mieczyslaw contre les tribus polonaises pour les soumettre à
sa domination. Il veut que le mot nationes désigne, non les Bohémiens ni les
Allemands, contre lesquels Mieczyslaw a pourtant combattu, mais seulement les
tribus polonaises, et que les mots sapius et atemptare démontrent l'existence d'une
série de tentatives malheureuses de Mieczyslaw, qui auraient précédé le succès
définitif. C'est demander beaucoup à un texte, surtout si l'on pense que Martinus
Gallus écrivait au commencement du xii" siècle, c'est-à-dire plus d'un siècle
après Mieczyslaw, et qu'aucun témoignage polonais ni allemand n'autorise une
si large interprétation de son témoignage. Les passages des Annales Hildes-
412 REVUE CRITIQUE
heimenses (années 985 et 986) que cite M. M. (p. 72, note 1; p. 73,
note 3) prouvent que Mieczyslaw commandait à des forces considérables et,
par induction , que la réunion des tribus polonaises sous son autorité était un
fait accompli ; il n'y est pas fait allusion à des luttes, qui sont très-vraisemblables,
mais dont on ne peut par aucun texte démontrer l'existence.— La troisième disser-
tation, mr le combat de Mieczyslaw avec Gero, est employée à montrer le rôle qu'au-
rait joué dans la lutte entre ces deux personnages le comte saxon Wichmann,
un ambitieux brouillon, qui, mécontent de l'empereur et du duc de Saxe,
conspira plusieurs fois contre eux avec les Slaves. M. M. s'appuie sur sa propre
connaissance du cœur humain et sur un texte torturé de Widukind, pour essayer
de démontrer qu'en 965 Wichmann a été l'instrument de la politique de Gero
contre Mieczyslaw : Gero l'aurait envoyé vers une tribu des Slaves de l'Elbe
avec mission de mener ceux-ci en guerre contre les Polonais. M. M, convient
qu'il ne peut citer aucun témoignage à l'appui de sa thèse; mais il s'en console
en disant que si les contemporains n'ont rien su de ce pacte entre Wichmann et
Gero, c'est que les deux complices s'étaient juré le secret et qu'ils se sont tenu
parole. — La quatrième dissertation a pour titre : De quelle façon la Pologne dé-
pendait de l'Empire. M. M. n'a pas de peine à démontrer que Widukind, contem-
porain de Mieczyslaw, ne sait rien d'une subordination de la Pologne à l'empire;
Thietmar parle d'un tribut imposé à Mieczyslaw par Otton (Thietmar, II, 19)
et traite le premier en vassal de l'empire; mais Thietmar écrivait au siècle sui-
vant, et, ce qui rend son témoignage suspect, en un temps oii l'Allemagne était
engagée dans une guerre sanglante et malheureuse contre la Pologne. M. M.
perd beaucoup de temps à vouloir démontrer que « ce qu'il y a de purement
» objectif dans les nouvelles de Thietmar, c'est-à-dire les faits, n'est pas en
» contradiction avec le récit de Widukind, tandis qu'au contraire l'interprétation
» subjective et la façon dont le premier présente les faits sont tout à fait arbi-
« traires » (p. 94). Thietmar dit par exemple (II, 19), que Mieczyslaw
payait tribut à l'empire pour le pays jusqu'à la Warta. M. M. admet le fait,
mais ne veut pas que le chroniqueur s'en autorise pour conclure que Mieczyslaw
ait été subordonné à l'empire. Selon lui, prétendre que le paiement d'un tribut
est la preuve d'une subordination, reviendrait à dire que « pendant un temps
)) l'empire d'Allemagne a été subordonné aux hordes hongroises. Et personne
» ne voudrait soutenir cela. » Il est probable que les Hongrois du x' siècle
soutenaient cela. M. M. est bien obligé lui-même de se faire cette objection
qu'un pays tributaire n'est pas l'égal du pays auquel il paie tribut; mais il se tire
d'affaire par une subtilité. « Par le fait du tribut, dit-il, le vainqueur est autorisé
» à imposer de certaines exigences ÇForderungen) au vaincu »; mais une
exigence, continue-t-il, est quelque chose de tout-à-fait théorique [etwas ganz
idéales)] Avoir le droit d'imposer des exigences ne signifie pas qu'on les
impose en réalité, ni que, au cas 011 elles sont imposées, elles soient acceptées
par le vaincu!.... Il est inutile d'insister sur cette logomachie, bien que l'auteur
en soit très- satisfait, et se flatte d'avoir clairement démontré qu'entre son appré-
ciation et celle de Thietmar, « la distance est grande et la différence inouïe. »
P. 95-6. La meilleure partie de cette quatrième dissertation est la conclusion.
d'histoire et de littérature. 41 J
M. M. montre qu'il y avait entre l'Allemagne et la Pologne un rapport de
convertisseur à converti, que le second pays dépendait ecclésiastiquement du
premier, car l'évêché de Posen relevait de l'évêché de Magdebourg, et, par
ce lien, la Pologne était rattachée à l'Allemagne et à la civilisation occiden-
tale. — La cinquième dissertation. Hypothèse de Bielowski sur un double baptême
de Mieczyslaw, est la réfutation de cette opinion avancée par Bielowski que Mie-
czyslaw, avant de recevoir le baptême catholique, avait été baptisé selon le rite
slave. Dès que Bielowski soutenait que les rois de Pologne continuaient les rois de
Moravie, convertis par Méthode et Cyrille et baptisés selon le rite slave, il était
obligé de produire cette hypothèse, qu'il appuie, comme toujours, sur des inter-
prétations ingénieuses de textes.
En somme le travail de M: Merw9rt ne rendra point de grands services : le
neuf n'y paraît pas vrai, et le vrai n'y est pas neuf. Il est mal composé; on ne
comprend guère ce pâle récit, suivi de cet apparat de dissertations. Il eût mieux
valu que les deux parties fussent fondues l'une dans l'autre. Allons plus loin;
peut-être n'élait-il pas nécessaire que cette monographie vît le jour : M. M.
avoue, à la première phrase de sa préface, qu'il en a eu le soupçon.
Ernest Lavisse.
129. — Moliére's "Werke. Mit deutschem Commentar, Einieitungen und Excursen,
herausgegeben von D' Adolf Laun. (I. Le Misanthrope. — II. Les Femmes savantes.
Les Précieuses ridicules. — III. Le Tartuffe ou l'imposture. — IV. Le bourgeois
gentilhomme). Berlin, G. van Muyden, 1873, 1874. — Prix : 12 fr. 50.
De tous nos classiques Molière seul a eu le privilège d'être admiré presque
sans réserves de l'autre côté du Rhin, et il n'y a guère rencontré de détracteurs
que Schlegel. Epargné par la critique de Lessing, loué et étudié par Gœthe, il a
trouvé des traducteurs comme Baudissin, qui ont fait passer dans leur langue
toutes les délicatesses de sa pensée et les finesses de son style. Ce n'est pas une
œuvre semblable que nous annonçons aujourd'hui, mais une publication qui, pour
être plus humble, n'en témoigne pas moins de la haute estime oh l'on tient notre
grand comique en Allemagne. Donner une édition d'un écrivain étranger est
toujours une entreprise délicate, M. Laun a montré qu'il était à la hauteur de
cette tâche difficile, et les quatre pièces que nous avons sous les yeux font hon-
neur à sa connaissance de notre langue, comme à la pureté de son goût et à la
sûreté et à l'étendue de son érudition. Rien d'essentiel qui ait été dit sur le sujet
n'est omis dans l'étude placée en tête de chaque comédie , et il est intéressant
d'y trouver rapprochés et se confirmant mutuellement les jugements de nos cri-
tiques et les appréciations des compatriotes de l'éditeur. Enfin des notes courtes,
mais substantielles, résolvent toutes les difficultés d'interprétation, et donnent tous
les éclaircissements nécessaires. Ainsi, tout contribue à rendre cette publication
utile, et nous ne pouvons qu'en souhaiter et en prédire le succès. Nous engageons
toutefois M. L. à revoir plus soigneusement le texte de son auteur; nous
avons trouvé dans les premières pièces quelques fautes d'impression qu'une
414 REVUE CRITIQUE
attention plus grande empêchera sans peine de se reproduire dans les comédies
qu'il lui reste à publier.
C. J.
130, — Géographie de PAllemagne en allemand; lectures géographiques, textes
extraits des écrivains allemands avec 14 cartes et des exercices, par Ph. Kuhff, pro-
fesseur au collège Chaptal, Paris, Hachette, 1875. In-12, viij-392. p. — Prix : 5 fr.
Nous croyons heureuse l'innovation de M. Kuhff. Aujourd'hui que l'on com-
mence de bonne heure l'étude des langues vivantes, on peut en profiter pour
mettre entre les mains des élèves, surtout dans les classes supérieures, des ou-
vrages ou des recueils qui leur enseignent avec la langue quelque chose de plus.
L'histoire et la géographie du pays dont on étudie la langue peuvent faire l'objet
d'utiles et intéressantes leçons. L'ouvrage de M. K. n'est pas un traité
méthodique de géographie, mais un recueil de morceaux où les faits principaux
se trouvent exposés. Il les a disposés et variés de façon à offrir des lectures aisées
aux élèves des différentes classes. C'est sans doute pour éviter une périphrase
{Europe centrale ou autre chose) que M. K. a intitulé son livre « Géographie
» de V Allemagne », mais nous n'admettons pas qu'on fasse entrer dans ce
nom la Suisse, l'Autriche et le Luxembourg. Ce n'est pas exact, et c'est recon-
naître les prétentions annexionistes des Allemands. La géographie, physique,
politique, industrielle, la statistique, l'ethnographie ont chacune leur place. Les
morceaux nous ont semblé bien choisis; nous regrettons pourtant que M. R.
n'ait fait aucun emprunt ni à Wachsmuth ni à Ernest Kopp, et plus encore qu'il
ait pris au sérieux le celtomane allemand Riecke. Riecke lui a fourni un morceau
intitulé : Die Germanen, ein keltischer Volkssîamin (!) (p. 308) et des étymologies
celtiques de Berlin (p. 174) et de Kyffhaeuser (p. 167)! Nous avons vu avec
plaisir des notices sur les Wendes, les Kassoubes, les Lithuaniens, etc., mais
M. K. a tort de mettre les Wendes dans la province de Prusse ; le groupe wende
est partagé par les divisions administratives entre les provinces prussiennes de
Brandebourg et de Silésie et le royaume de Saxe. — L'étymologie d'Alsace et
d'Alsaciens par la rivière 111 (p. 29J est erronée : M. K. ne la donne du reste
qu'avec un point d'interrogation. — Ce volume est accompagné de 14 cartes
qui ne brillent ni par le fini ni par l'élégance; mais nous pensons qu'elles ont
pour but principal de familiariser les élèves avec les noms allemands des pays et
des localités. A cet égard, M. K. fera bien de faire disparaître de la prochaine
édition quelques noms français qui sont restés dans ses cartes, Mulhouse, Neuf-
châiel, Savoie (p, 5), Thionville, Château-Salins, Lorraine (p. 42 et 58); p. 58 le
graveur a écrit hohe Vehen pour hohe Veen ou Vehn. Ces fautes légères n'em-
pêchent pas le recueil de M. K. d'être un ouvrage bien fait, et nous croyons
qu'entre les mains de maîtres habiles, il rendra service à l'enseignement.
H. Gaidoz.
d'histoire et de littérature. 415
SOCIÉTÉS SAVANTES.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
Séance du 1 8 juin 1 87 5 .
M. Leblanc, bibliothécaire et conservateur du musée de Vienne (Isère), adresse
à l'académie un compte rendu des fouilles faites à Vienne depuis le commence-
ment de l'année 1 87 5 , avec le fac simile d'une inscription dont ces fouilles ont
amené la découverte.
Le ministre de l'instruction publique transmet à l'académie de la part de M. A.
Dumont divers mémoires des élèves de l'école archéologique de Rome, savoir :
Projet d'un catalogue du fonds de la reine Christine et d'un inventaire des documents
relatifs à l'histoire de France qui sont conservés en Italie, par MM. Duchesne, Clédat et
Zeller; — Analecta : r Repudium ambitionis de P. de Brac, 14' s.; 2' le serment que
les fonctionnaires prêtaient sous Justinien; 3* une rédaction de l'Ordo romanus du 8* s; ;
4* les poèmes de R. Tortarius, du i r s. : par M. l'abbé Duchesne; — Les mosaïques
italiennes antérieures au 9' s., par M. Mùntz; — Documents inédits ou peu connus sur
les artistes français qui ont travaillé en Italie au moyen-âge et à la renaissance , avec un
appendice pour les époques suivantes, par M. Mùntz; — Étude sur la langue de Tite
Live, par M. Riemann.
M. MohI, au nom de la commission du prix Volney, annonce que ce prix est
décerné cette année au Dictionnaire cambodgien-français de M. Aymonier, Saigon,
1 874, 4". La commission a accordé en outre à titre d'encouragement une somme
de 500 fr. à M. Aristide Marre, auteur d'un Mémoire sur le malgache.
M. de Longpérier commence la lecture d'un mémoire de M. Félix Robiou, sur
quelques questions de chronologie et d'histoire bibliques, que l'auteur cherche
à éclaircir au moyen des annales assyriennes d'Assurbanipal. M. Robiou examine
quel est le roi assyrien, désigné dans le livre de Judith sous le nom de Nabucho-
donosor, qui combattit et vainquit un roi mède appelé Arphaxad. — Celui-ci
paraît être le même dont parle Hérodote sous le nom de Phraorte, et dans lequel
on reconnaît ordinairement le Phraorte fils de Déiokès et père de Kyaxare'.
Mais sir Henry Rawlinson a émis une hypothèse contraire, que M. Robiou croit
nécessaire d'examiner avant d'aller plus loin. Selon sir H, R. le roi mède en
question est, non pas Phraorte, père de Kyaxare et fils de Déiokès, mais Déiokès
lui-même, dont le père s'appelait aussi Phraorte et dont le patronymique
Phraazad aura pu devenir dans Hérodote <I>pa6proç et dans le livre de Judith
Arphaxad. Cette hypothèse peut paraître confirmée par le synchronisme de la
date que la version latine du livre de Judith semble attribuer à la défaite du roi
mède, et la date connue de la mort de Déiokès (vers 657-654). Mais M. Robiou
montre que ce synchronisme apparent tient à une erreur de la version latine,
qui a supprimé plusieurs des faits relatés dans les versions grecque et syriaque 2.
— Ce point éclairci , M. Robiou indique un rapprochement qui lui paraît de
1. Je reproduis ces noms sous la forme que leur donne M. Robiou.
2. C'est d'après les 3 versions grecque, syriaque et latine que M. Robiou étudie le livre
de Judith, à défaut de l'original chaldéen qui ne nous est pas parvenu.
4l6 REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE.
nature à fournir un synchronisme pour la solution de la question principale. Il
pense que le roi des Élamites Arioch, Erioch ou Ariuc, dont parle le livre de
Judith (i. 6), doit être le même qu'Urtaki, mentionné dans les annales d'Assur-
banipal comme l'un des premiers ennemis que celui-ci eut à combattre.
M. Desjardins commence la seconde lecture de son mémoire sur les inscrip-
tions du corps de garde de la 7^ cohorte des vigiles de Rome (v. la séance du
21 mai, p. 351). — Sur un passage de ce mémoire, où M. Desjardins, parlant
des frumentaires romains, les donnait pour des agents de police salariés, dont le
nom viendrait des distributions de blé auxquels ils avaient part, M. Naudet
conteste cette opinion. Il croit que le nom de frumentarius indique, non celui qui
reçoit du blé, mais celui qui est chargé d'en procurer aux autres et de le leur
distribuer, et que les frumentaires étaient les soldats chargés 'du service de
l'alimentation des troupes.
Ouvrages déposés sur le bureau : Alessandro Bonola, Nuovi canti, 2^ éd. 1874; Buc-
colica di P. Virgilio Marone, recata in vers! italiani, 1875 : Bologna, 8'; — Le saint
Graal publié par E. Hucher, t. 1, Le Mans, i^J, in-12*; — Histoire des Taira, tirée
du Nit-pon Gwai-si, trad. du chinois par Fr. Turrettini; extr. de l'Atsume Gusa,
Genève, 1874-75, 4*. — Compte général de l'administration de la justice maritime pen-
dant les années 1868, 1869 et 1870. — Présentés de la part des auteurs : — par M. Gar-
cin de Tassy : Indian wisdom, par M. Monier Williams, gr. 8", 542 p. 2; —par M. J.
Girard : R. Lallier, De la condition de la femme dans la famille athénienne au v* et
au iV siècle, et De Critiae tyranni vita et scriptis, thèses de doctorat, Paris, 1875. —
M. Delisle oiîre un vol. publié par lui sous ce titre : Notice sur un ms. mérovingien con-
tenant des fragments d'égyptien, appartenant à M. J. Desnoyers, — M. de Longpérier
présente de la part de M. Sorlin Dorigny les empreintes de 8 inscriptions him.yarites.
Julien Havet.
1. En adressant cet ouvrage à l'académie pour le soumettre à l'un de ses concours,
M. Hucher annonce que les autres volumes, au nombre de 4, sont sous presse, et qu'il
compte y prouver que le premier auteur du roman du S. Graal était un Français du
Gâtinais.
2. « M. Williams, dit M. Garcin de Tassy, donne dans ce travail, au moyen d'ana-
lyses et d'extraits d'ouvrages sanscrits, une idée générale et exacte du caractère et des
richesses de la littérature sanscrite et par conséquent de l'esprit, des manières de penser
et des usages des Hindous. La littérature sanscrite, dont M. Williams offre un excellent
résumé, le meilleur, je crois, qu'on en ait donné jusqu'ici, est la source des vraies connais-
sances que nous pouvons avoir sur les Hindous. Selon M. Williams le bouddhisme et les
différentes écoles de la philosophie brahmanique doivent avoir existé ensemble. A ses yeux
les bouddhistes représentent les libres penseurs et les brahmanistes les croyants, si l'on
peut donner ce nom aux sectateurs de la religion mythologique qui a enfanté celle de la
Grèce et de Rome. M. Williams marque en deux mots la différence qui existe entre le
brahmanisme et le bouddhisme : dans le premier système c'est Dieu qui devient homme,
dans le second c'est l'homme qui devient Dieu. »
Le propriétaire-gérant : F. VIEWEG.
Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur.
partie un éloge sans réserves). — Bernhardi, Geschichte Russland's und der
europseischen Politik in den Jahren 1814 bis 1831. 2. Tii. Leipzig, Hirzei.
In-8°, xij-447; viij-845 p. (chose bizarre, le premier volume, paru en 1863,
forme en réalité la continuation des deux présentes parties; ce défaut de com-
position n'enlève d'ailleurs rien aux solides mérites de l'ouvrage). — Cori, Bau
und Einrichtung des deutschen Burgen im Mittelalter. Linz, Haslinger in Comm.
In-8'', 172 p., 104 fig. (destiné au grand public). — lacobi Wimpfelingii Ger-
mania ad rempublicam Argentinensem. Thomae Murneri Ad rempublicam Argen-
tinam Germ^nia nova. Strassburg, Schmidt. In-4°, 20 p. (en 1414, Wimpfeling
écrivit un discours pour démontrer que l'Alsace avait toujours été allemande;
Mùrner s'opposa à ses conclusions; le conseil de la ville de Strasbourg interdit
et anéantit ce dernier discours). — Krûger, Des Ptolomaus Lucensis Leben u.
Werke. Gœttingen, Peppmûller. In-8°, 84 p. — Collection (nouvelle) de Mo-
numents pour servir à l'étude de la langue néo-hellénique, p. p. Legrand.
n"' 4 et 5. Paris, Maisonneuve (ces deux n"" contiennent une troisième édition,
très-améliorée, du poème sur Tagiapiera, l'interprétation des oracles de Léon le
Philosophe, une description de la bataille de Varna par un témoin oculaire, une
élégie sur la prise de Constantinople). — Heerdegen, Untersuchungen zur
lateinischen Semasiologie. i. Heft. Erlangen, Deichert. In-8°, 48 p. (cette in-
troduction promet beaucoup). — Eckenbrecher, Die Lage des homerischen
Troja. Dûsseldorf, Buddeus. In-S", 63 p. (reproduit de 1842). — Nicanoris
Tcepl 'Ocucasiay.rjÇ C7xt-fij.7;<; reliquiae emendatiores. Ed. Carnuth. Berlin, Born-
traeger. In-8°, 68 p. — Delbruck, Das Sprachstudium auf den deutschen Uni-
versitaeten. Jena, Dufft. In-8", 24 p. (Conseils aux jeunes gens sur la manière dont
ils doivent étudier la grammaire comparative). — Festschrift zu der dritten
Saecularfeier d. berlinischen Gymnasiums zum grauen Kloster. Berlin, Weid-
mann. ln-8°, vi-414 p. (liste des travaux que contient ce volume commémoratif).
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES.
AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en
magasin.
Aubigné (Agrippa d'). Œuvres complètes
publiées pour la première fois d'après les
manuscrits originaux, accompagnées de
notices biographique, littéraire et biblio-
graphique, de variantes, d'un commen-
taire, d'une table de noms propres et
d'un glossaire, par E. Réaume et F. de
Caussade. T. 3. In-8*. 452 p. Paris
(Lemerre). 10 fr.
Authenticité (L') des « historié » attri-
buées à Fernand Colomb. In-S", 10 p.
Abbeville (imp. Briez,PaillartetRetaux).
Baillie (N. B. E). Mohmumudun Law
of Inheritance. 2d Edit. In-S", cart.
London (Smith et E.). 7 fr. 50
Blanc (C). Des expressions de la lumière.
In-4°, 1 5 p. Paris (Firmin Didot, frères,
fils et C«).
Boucher de Molandon. Station pré-
historique aux bords de l'Essonne. Silex
taillés, ossements et fragments de poterie
primitive découverts en quelques grottes
de grès, à Buthiers (Seine-et-Marne), près
MaTesherbes (Loiret). Notice. In-8', u p.
et pi. Orléans (Herluison).
Boutiot (T.). Histoire de la ville deTroyes
et de la Champagne méridionale. 4" vol.
et dernier. In-8°, 66 < p. Paris (Aubry).
8 fr. 50
Butler (W. F.). The Wild North Land;
being the Story of a Winter Journey
with Dogs across Northern North Ame-
rica. 4th Edit. In-8', cart. 368 p. Lon-
don (Low). 9 fr. 40
Chardon (H.). Les Noëls de Samson Bé-
douin , moine de l'abbaye de la Couture
du Mans, de 1526 à 1563; précédés
d'une étude sur les recueils de noëls
manceaux du XVI" siècle. In-S", 72 p.
Le Mans (imp. Monnoyer).
Ghénier (A.)- Œuvres poétiques. Avec
une notice et des notes par M. G. de
Chénier. 3 vol. petit in- 12, clvij-963 p.
Paris (Lemerre). 18 fr.
Coupry (H.), Traité de versification
arabe. In-S", xxviij-206 p. Leipzig
(Brockhaus). 13 fr. 35
Desjardins (A.). Charles IX. Deux
années de règne, 1 570-1 572. Cinq mé-
moires historiques d'après les documents
inédits. I. La Paix de Saint-Germain.
II. L'Amiral à Blois. III. Les Mariages.
IV. L'Assassinat deCoiigny. V. LaSaint-
Barthélemy. In-S», 124 p. Douai (imp.
Crépin). 3 fr.
Duehring (E.). Cursus der Philosophie
alsstrengv^'issenschaftlicherWeltanschau-
ung u. Lebensgestaltung. i. Lief. In-8*,
192 S. Leipzig (Koschny). 4 fr.
Geschichte d. Wissenschaften in Deutsch-
land. NeuereZeit.i4.Bd.In-8°. Munchen
(Oldenbourg). 18 fr.
Les volumes I à XIV. 144 fr. 50
Haase (F.). Vorlesungen iiber lateinische
Sprachwissenschaft, hrsg. v. F. A. Eck-
stein. I. Bd. Einleitung. Bedeutungs-
lehre. In-8*, vj-220 S. Leipzig (Simmel
et C-). 8 fr.
Havet (L.). Les Poésies populaires de la
Basse-Bretagne par M. de La Ville-
marqué. In-8% 42 p. Lorient (imp.
Corfmat fils).
Hedde (J.). Excursion en Suisse. Inscrip-
tion cryptographique. In-S", 12 p. Lyon
(imp. Vingtrinier).
Hirschfeld (0.). Epigraph. Nachlese zum
Corpus inscriptionum latinarum. Vol. III
aus Dacien u. Moesien. Gr. in-8*, 69 S.
mit eingedr. Holzschn. Wien (Gerold's
Sohn). 2 fr.
Kaufmann (D.). Die Théologie d. Bachja
Ibn Pakuda. Gr. in-8% 102 S. Wien
(Gerold's Sohn). 2 fr. 50
Luchalre (A.). Notice sur les origines de
la maison d'Albret (977-1270). In-8°,
45 p. Pau (Ribaut).
Malbranche (F.). Bernay pendant l'in-
surrection de mars 1792. In-8', 22 p.
Bernay (imp. V" Lefèvre).
Ménard (R.). Histoire des beaux-arts.
Art moderne, architecture, sculpture,
peinture, art domestique. In-i6, 400 p.
Paris (Lib. de l'Écho de la Sorbonne).
2fr.
Molière. Le Bourgeois gentilhomme. Edi-
tion originale, réimpression textuelle par
les soins de L. Lacour. In- 12, xxj-171 p.
Paris (Lib. des Bibliophiles). 10 ir.
Molière. Œuvres avec notes et variantes
par A. Pauly. T. 7 et 8. Petit in-12,
750 p. Paris (Lemerre). Chaque vol. 5 f.
Monbrison (G. de). Un Gascon du XVI'
siècle. In-8*, 47 p. Paris (imp. Claye).
Nisard (D.). Portraits et études d'histoire
littéraire. In- 18 Jésus iij-444 p. Paris
(Michel Lévy frères). 3 fr. 50
Pégat (F.). Des consuls de Montpellier
sous l'autorité des fonctionnaires royaux,
notamment pendant les années 1640 à
1657, d'après un manuscrit des Archives
de la Ville. In-8*, 46 p. Montpellier
(imp. Bœhm et fils).
Quicherat (J.). Histoire du costume en
France depuis les temps les plus reculés
jusqu'à la fin du XVIII* siècle. Ouvrage
contenant 481 grav. dessinées sur bois
d'après les documents authentiques par
Chevignard, Pauquet et P. Sellier. Gr.
in-8°, iij-684 p. Paris (Hachette et C').
20 fr.
Rochambeau (A. de). Voyage à la
Sainte-Larme, de Vendôme. Étude histo-
rique et critique sur cet antique pèleri-
nage. In-8*, 103 p. avec fig. et 4 pi.
Vendôme (imp. Lemercier et fils).
Tegner (E.). Frithiofs Saga. Translated
from the Sw^edish, with Notes, Index and
a short Abstract of the Northern My-
thology by L. Hamel. In-8», 280 p. cart.
London (Trùbner). 9 fr. 40
Tsiganes (Les) d'après les lettres, les
ouvrages et les chroniques de MM. Hector
Berlioz, Boldényi, Oscar Comettant ,
Gérando, Armand Gouzien, F>antz Liszt,
Marcellin, Mérimée, Jean de Muller, Paul
de Saint- Victor, etc. In-8», 30 p. Paris
(imp. Fiilon et C*).
Zeitung (archseologische). Hrsg. v. E.
Curtiusu.R.Schœne. NeueFolge. 7.Bd.
(1874). 4 Hfte. Berlin (G. Reimer). 16 f.
Nogent-le-Rotrou, Imprimerie de A. Gouverneur.
-«r-v:
/ A^r^
>-%.i^f<
•' il
i ir m-
PLEASE DO NOT REMOVE
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET
UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY
m.
^^P: i^ ^ tf^
M
'>^.
■:y^->^m
7^-^^ .:I^^:t^sS-C'^
^^K^^HHPi
/ ^ ' -.,/^-^ i
^KCjSu^^^^ ■<
P*'*^-*A. .X>/ -.if.'
-..4^^*^
-.1*"*^
Ki^HMI
<^.T^Hf^
^•^^
T ,^'' -i.i/ A^t'
:^*¥«